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Dictionnaire historique et critique/11e éd., 1820/Louis 4

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LOUIS XIII, roi de France, fils et successeur de Henri-le-Grand, naquit à Fontainebleau, le 17 de septembre 1601, et commença de régner le 14 de mai 1610. Si les dix premières années de son règne furent troublées par plusieurs factions, qui dégénérèrent quelquefois en guerres civiles (A), les vingt et trois autres ne furent pas moins agitées, ou par des guerres de religion, ou par des guerres étrangères ; de sorte que c’est à ce prince que convient d’une façon particulière ce que Job dit en général de tous les hommes [a]. Ce règne si peu pacifique fut extrêmement glorieux ; et il y avait long-temps que la France n’avait remporté tant de victoires éclatantes. On peut néanmoins dire qu’au milieu de tant de triomphes et de tant de gloire, ce monarque a été fort malheureux (B) ; car l’intérieur de sa maison le plongeait éternellement dans le chagrin. Il ne se pouvait fier ni à sa mère, ni à sa femme, ni à son frère (C), trois personnes qui se laissaient gouverner par des esprits brouillons et factieux, et très-malintentionnés. Ses sœurs mêmes lui étaient contraires, et surtout celle qu’il avait mariée avec le roi d’Angleterre ; car elle recevait à bras ouverts tous les mécontens, et fortifiait le penchant de son mari pour les intérêts de l’Espagne. Louis XIII n’ayant pas la tête assez forte pour pouvoir régner par lui-même, et se laissant toujours mener par des favoris, ne fournissait que trop de prétextes aux esprits inquiets ; et si dans la nécessité où il se trouvait de dépendre de ses ministres, il ne fût pas tombé enfin sous le pouvoir du grand cardinal de Richelieu, il eût couru risque pour le moins de sa couronne (D) ; mais cet habile ministre, engagé par ses propres intérêts à soutenir l’autorité de son maître, s’appliqua avec tant de vigilance à dissiper tous les complots, qu’il les fit aller en fumée. Il fallut faire sauter quelques têtes d’importance ; mais cette sévérité était alors absolument nécessaire (E) : la clémence, utile en tant d’autres occasions, eût été très-pernicieuse dans celle-ci. Il ne faut point croire ceux qui osent assurer que l’on fit mourir des gens dont toute la faute consistait dans le malheur de déplaire au premier ministre (F). On parlerait peut-être plus raisonnablement, et ce serait même une accusation bien désobligeante, si l’on disait qu’il y eut quelques personnes décapitées dont tous les crimes seraient demeurés impunis en cas qu’elles se fussent attachées à ses intérêts. Ceux qui parlaient équitablement se contentaient de se plaindre par rapport à quelques-uns de ces malheureux, de ce que la cour les avait soumis aux interprétations les plus sévères de la loi, et ne leur avait pas fait grâce. Ceux qui n’écoutaient que leur passion étendaient leurs plaintes et leur vengeance sur les juges mêmes, et cela ne pouvait point être juste à l’égard de celui qui présida au procès de M. de Montmorenci (G). Nonobstant les machinations intérieures que le cardinal eut à combattre, il ne laissa pas de travailler utilement aux affaires de dehors. Il acquit au roi, son maître, la gloire d’avoir abaissé la maison d’Autriche, qui faisait trembler tout le reste de l’Europe. Pour le porter à faire la guerre à l’Espagne, il lui leva les scrupules de conscience qui l’en empêchaient (H) ; car comme Louis XIII haïssait les protestans, il ne pouvait se résoudre à traverser la maison d’Autriche qui les avait sur les bras. Le cardinal le tira de ces vues de religion, et l’engagea dans une ligue avec la Hollande. Ce fut l’an 1635 qu’elle fut conclue, et qu’on déclara la guerre à l’Espagne. On n’avoue pas aux Français que les sollicitations pressantes des Provinces-Unies aient surmonté la répugnance qu’ils y avaient. On prétend que ce furent eux qui en dernier lieu témoignèrent le plus de hâte (I). Quelques-uns disent que le cardinal précipita trop cette affaire [b], et ils se fondent sur l’embarras où il se trouva dès la seconde campagne ; mais ils ne songent pas que la plus sublime des intelligences humaines n’aurait jamais pu prévoir que la première campagne se passerait de la manière qu’elle se passa. Elle avait commencé par une victoire complète sur l’armée des Espagnols, et selon toutes les apparences elle devait les déconcerter pour plusieurs années : cependant ce fut la plus pitoyable campagne que l’on vit jamais (K). Il y a long-temps que les Français en ont imputé la faute au prince d’Orange (L), le généralissime de toute l’armée ; et qu’ils ont dit même que le cardinal de Richelieu, avec tout son grand génie, s’était laissé tromper par les Hollandais (M). Le célèbre cavalier Nani a trop déféré à ces pensées françaises, comme un jurisconsulte frison le lui a fait voir (N). Louis XIII mourut le 14 de mai 1643, après une longue maladie, et si las de sa condition, qu’il ne cessait de répéter ces paroles du saint homme Job : Tædet animam meam vitæ meæ [c]. Il avait aimé la guerre, et s’était trouvé en personne à plusieurs belles expéditions. Il porta le surnom de Juste, titre qui, selon la maxime des anciens, renferme toutes les vertus morales [d]. Il n’avait jamais aimé la lecture, depuis qu’on l’en eut dégoûté, en lui faisant lire un ouvrage qui lui déplaisait (O). On peut dire, généralement parlant, qu’il ne fut pas bien instruit aux lettres, et qu’il ne les aima point (P) ; et cela n’empêcha pas qu’il ne fît paraître beaucoup de délicatesse d’esprit en plusieurs rencontres (Q). Je copierai le caractère qu’on lui donne dans l’Histoire de l’Édit de Nantes (R). La même raison, qui m’empêche dans plusieurs autres articles de rapporter un détail d’actions selon la suite du temps, n’en a détourné ici, c’est que je ne veux pas répéter ce qu’on trouve dans M. Moréri. Je suis surpris qu’il ait oublié l’acte solennel par lequel Louis XIII mit sa personne et son royaume sous la protection de la Sainte Vierge [e]. M. Godeau exerça sa muse sur ce sujet avec peu de jugement. Un savant critique le poussa d’une grande force (S). J’ai oublié de dire que l’autorité royale se fit sentir, sous le règne de Louis XIII, plus fortement qu’elle n’avait jamais fait en France (T), et je ne crois pas que le parlement de Paris ait jamais souffert une mortification aussi honteuse que celle qu’on lui fit subir l’an 1631 (V). Il est vrai qu’il semble que cette illustre compagnie s’était un peu trop oubliée, et qu’elle avait eu le malheur de se laisser emporter par les artifices de quelques esprits factieux. J’examinerai peut-être ailleurs [f] l’horoscope qui se trouve dans les Mémoires de Sully.

Il ya beaucoup d’apparence que Louis XIII ne fut point fâché de la mort du cardinal de Richelieu ; car c’était un homme qu’il n’aimait point, et qu’il craignait, et dont il se serait défait, si de puissantes raisons ne l’en eussent détourné. Il s’imagina entre autres choses que ses troupes étant commandées par les créatures de cette éminence, il n’en disposerait pas comme il voudrait (X), s’il rompait entièrement avec elle. On le sollicita souvent, ou de donner ordre, ou de permettre qu’on tuât ce cardinal (Y) ; mais on n’obtint point cela de lui. Il ne voulut pas même qu’après la mort de ce ministre sa famille perdît rien de son éclat ; et l’on croit qu’il en usa de la sorte afin de persuader au monde qu’il ne l’avait point élevée par une condescendance servile (Z). La même raison eût dû le porter à laisser dans les prisons ou dans l’exil les personnes dont le cardinal avait causé la disgrâce : néanmoins, se sentant proche de sa fin, il consentit à la liberté et au retour de la plupart. On assure qu’il entra dans cette affaire quelques motifs d’économie (AA). Le peu de temps qu’il survécut au cardinal, fut peut-être le plus désagréable qu’il eût jamais passé ; car, outre les infirmités corporelles, il sentit beaucoup de chagrins : et comme il est fort probable qu’il n’ignorait pas les intrigues de la reine (BB), on peut se persuader raisonnablement que son esprit fut travaillé de mille inquiétudes. Il n’y eut pas jusqu’au dauphin qui sans y penser ne le chagrinât (CC). On n’a point encore vu une bonne Histoire de son règne : c’est ce qui fait attendre avec impatience celle que M. le Vassor a entreprise, et dont le premier volume [g] qui s’étend jusques à la majorité de ce prince en 1614, a été fort bien reçu du public.

Le premier supplément que je donnerai à son article, dans cette troisième édition regarde ce que j’ai rapporté sur le peu de fruit que l’on tira de la victoire d’Avein (DD).

  1. Il y a comme un train de guerre ordonné aux mortels sur la terre. Chap. VII, vs. 1.
  2. Voyez les Mémoires de Montrésor, tom. I, pag. 74 et suiv., où l’on bâme fort le cardinal.
  3. Mon âme est ennuyée de ma vie, chap. X, vs. 1.
  4. Ἐν δὲ δικαιοσύνη συλλήϐδην πᾶσ᾽ ἀρετή έςιν.

    In justitiâ autem comprehensim omnis virtus inest.
    Theognis, vs. 147.

  5. Voyez la remarque (S).
  6. Dans l’article Rivière, tom. XII. [Bayle n’a pas donné cet article. ]
  7. Imprimé à Amsterdam deux fois en 1700. Les Nouvell. de la Rép. des Lettres nous ont appris qu’on en a fait deux versions anglaises.

(A) Son règne... fut troublé par plusieurs factions, qui dégénérèrent quelquefois en guerres civiles. ] Quand on examine l’histoire du règne de Louis XIII, depuis le commencement jusqu’à la fin, on est mille fois tenté de se demander à soi-même : Mais est-il vrai que je lis des choses faites en France ? N’aurais-je point sous les yeux un livre où, par des fictions romanesques, quelques écrivains se plaisent de peindre le caractère d’un peuple mutin, et d’une noblesse encline à la rébellion : caractère que ces auteurs se sont avisés de publier sous le nom de France, afin de cacher le nom d’une autre nation ? On est surtout tenté de se faire ces demandes, lorsqu’on s’est laissé préoccuper par les railleries des étrangers, qui accusent les Français d’être idolâtres de la monarchie et de leurs monarques, ou par les éloges que plusieurs auteurs français répandent sur leur nation, comme si elle était naturellement soumise à ses rois, avec un zèle et avec une fidélité incomparables. Il n’y a rien de plus faux que ces railleries des étrangers, et que ces éloges de plusieurs plumes françaises. L’auteur du Testament politique de M. de Louvois a bien mieux connu le génie de la nation. Il pose en fait que le seul et le vrai moyen d’éviter en France les guerres civiles est la puissance absolue du souverain, soutenue avec vigueur, et armée de toutes les forces nécessaires à la faire craindre. Pour des brouillons et des rebelles, dit-il [1], il est constant qu’on en a vu en France sous les règnes précédens, et au commencement de celui de V. M., autant qu’en aucun autre endroit de l’univers. Il établit la même maxime, lorsqu’il fait cette remarque touchant les Anglais [2] : On sait assez quelle est dans le fond leur disposition. Ils sont aussi légers et aussi remuans que des autres nations ; mais quoi qu’on en dise ils ne le sont pas plus. C’est l’occasion, c’est la forme du gouvernement, c’est l’impunité, ce sont les moyens qu’on leur laisse, qui les rendent remuans. On verrait dans les autres états les sujets qui sont les plus soumis devenir aussi brouillons et aussi mutins, si la prudence, l’autorité, et la vigueur de leurs souverains ne les retenaient, et ne leur en retranchaient toutes les occasions. Considérez comment il raisonne sur la différence qu’il y a en France entre ce règne et les règnes précédens. Où est-elle aujourd’hui cette multitude d’esprits remuans et enclins à la révolte ? N’ont-ils pas tous les prétextes qu’ils ont jamais eus ? Les guerres et les autres dépenses que V. M. est obligée de faire pour soutenir l’éclat de sa gloire, ne l’obligent-elles-pas d’imposer sur le peuple des tribus plus excessifs qu’il n’en fut jamais levé même sous Louis XI ? Les prétendus réformés n’ont-ils pas été poussés plus loin que sous Charles IX et sous Louis XIII ? La noblesse n’est-elle pas plus chargée qu’elle n’a jamais été ? Le clergé ne contribue-t-il pas aux besoins de l’état, plus qu’il n’a jamais fait, et dans ce siècle, et dans tous les siècles passés ? Et V. M. n’a-t-elle pas autant de démêlés avec le siége de Rome, qu’aucun roi de France en ait eus ? Cependant tout est tranquille, tout est soumis. Point de révolte, point de trahison. La guerre et les troubles ne sont qu’au dehors, au lieu qu’autrefois ils étaient au dedans [3]........ D’où vient donc cette différence ?...... D’où vient ce changement ? De la différence avec laquelle V. M. manie l’autorité royale ; de son discernement à en faire le véritable usage ; de son adresse à conduire cette bête brute qui s’appelle le peuple, et qui demeurant sans frein court à l’abandon de tous les côtés où son instinct le pousse, mais qui s’accoutume insensiblement à se laisser régir par le mors qu’on lui donne, et à marcher mieux à proportion de ce qu’on lui tient la bride plus serrée. C’est le pouvoir absolu qui seul est le véritable frein capable de dompter la fougue d’une multitude aveugle et capricieuse [4]. Il dit en un autre endroit [5] : « Que l’autorité limitée du souverain et celle des républiques ont plus de mauvais côtés, et sont sujettes à plus de fâcheuses suites pour l’état et pour le peuple, que n’est le pouvoir arbitraire. Les factions, les séditions, les tumultes, les guerres civiles, font souvent plus de mal en un an, que tout le déréglement d’un monarque absolu n’en pourrait causer en toute sa vie. » Il se pourrait tromper par rapport à certains pays ; mais il n’y a point d’apparence qu’il se trompe à l’égard de sa nation : elle est d’un tel génie, que le plus fâcheux état où elle se puisse trouver est de vivre sous un gouvernement mou et faible. Alors chaque gentilhomme est le tyran de son village, chaque grand seigneur tyran de son canton : alors on ne voit que séditions et soulèvemens [6]. Lisez l’histoire de France, remarquez principalement les minorités, vous serez convaincu de ce que je viens de dire. Vous trouverez le caractère de cette nation dans celui que M. de la Bruyère donne aux enfans. Voyez la note [7].

(B) Au milieu... de tant de gloire, ce monarque a été fort malheureux. ] Un auteur moderne voulant prouver le néant des prospérités humaines, se sert de deux grands exemples : il parcourt la vie d’Auguste, et puis il continue de cette manière [8] : « Venons au second exemple, et regardons d’abord le plus glorieux potentat de ce siècle, dans une continuation de bénédictions du ciel, telles que toute la terre a eu sujet de s’en étonner. On peut bien juger que je veux parler de Louis XIII, dont ceux qui viendront après nous admireront sans doute les prospérités, s’ils en jugent par l’éclat de ses actions héroïques, par le nombre de ses trophées, par l’étendue de ses conquêtes, et par la grandeur de ses triomphes. En effet, soit que vous considériez les monstres qu’il a domptés au dedans, soit que vous jetiez les yeux sur les avantages qu’il a eus partout au dehors, vous serez contraint d’avouer que la France n’a jamais eu de roi plus fortuné que lui. Elle n’a point de frontière qu’il n’ait avancée de beaucoup dans le pays ennemi. Elle n’a point d’envieux dont il n’ait dompté l’orgueil et confondu les desseins. Et si vous prenez garde à ce qui s’est passé tant sur l’Océan que sur la Méditerranée, vous jugerez que tous les élémens combattaient pour nous sous la domination de ce prince. Or les marques de son bonheur n’étaient pas moindres dans son domestique ; et c’est sans doute qu’il avait de grands avantages sur Auguste de ce côté-là. Dieu lui donna pour compagne de sa couche une princesse que la bonté singulière, jointe à plusieurs autres vertus extraordinaires et vraiment héroïques, lui eussent pu faire aimer, quand elle n’eût point été une des plus parfaites au reste, et des plus agréables de son temps. Il se voyait père de deux fils très-dignes de son affection, pour être si beaux, et si bien formés de nature, qu’il n’eût pas pu les souhaiter plus accomplis, outre que le temps auquel il les avait eus les lui devait rendre encore plus chers. Tout le monde le respectait ; et de quelque côté qu’il se tournât dans son Louvre, il n’y voyait que des témoignages d’amour et de révérence. Pouvait-il donc rester quelque chose à sa félicité pour être plus entière, si nous en jugeons par les apparences ? Avec tout cela néanmoins, que dirons-nous si, par sa propre confession, il n’a jamais passé un jour sans quelque mortification, ni goûté en sa vie la douceur d’une joie qui ne fût détrempée dans l’amertume du déplaisir. Je m’empêcherai bien ici de commettre la faute de celui que les Athéniens traitèrent si mal pour les avoir obligés à pleurer une seconde fois les infortunes de leurs alliés, en les représentant sur un théâtre. Et de vrai, mon imprudence serait plus grande que la sienne, si je voulais aujourd’hui m’étendre sur un sujet si ennuyeux que nous serait celui des soucis cuisans et des inquiétudes continuelles de ce monarque. Mais tant y a que puisqu’en mourant ses dernières paroles, que les jurisconsultes nomment sacrées, et qui passent pour des oracles dans des bouches moins véritables que la sienne, nous ont assurés que ses contentemens n’ont jamais été purs, ni ses plaisirs exempts de tristesse et d’afflictions, ne pouvons-nous pas bien conclure que tout son bonheur, non plus que celui d’Auguste, n’avait rien d’essentiel, et qu’il était seulement de la nature de ces choses qui ne subsistent que dans l’opinion ? » Je ne fais point de remarques sur ce long passage, quoiqu’il soit peut-être facile d’y trouver quelque sujet de critique : je me contenterai d’observer que l’on y voit une preuve de mon texte, la plus convaincante qui se puisse. Louis XIII avoue qu’il a été malheureux : personne ne le pouvait savoir aussi bien que lui, et rien ne l’engageait à dissimuler dans l’état où il était. Voyez dans la remarque (E) ce que je cite de M. le Laboureur.

La Mothe-le-Vayer dit une chose qui m’engage à un petit supplément. Auguste, dit-il [9], eut la disgrace de laisser pour héritier de la plus grande partie de ses biens, et pour successeur à l’empire, le fils de son ennemi mortel. Cela est faux [10] : mais il est très-vrai que Louis XIII laissa la régence de son royaume à une personne qu’il haïssait de tout son cœur, et qu’ainsi sa disgrâce fut plus fâcheuse que ne l’eût été celle d’Auguste. On devine aisément pourquoi cet auteur ne compare pas à cet égard les malheurs de l’empereur romain avec ceux du roi de France. La remarque suivante nous apprendra le peu d’affection qu’avait Louis XIII pour son épouse, qu’il déclara néanmoins régente.

(C) Il ne se pouvait fier ni à sa mère, ni à sa femme, ni à son frère. ] Voici de quoi diviser cette remarque en trois articles.

I. Il fallut que pour le bien de son royaume, c’est-à-dire pour ôter aux esprits factieux les moyens de cabaler dangereusement, Louis XIII donnât ordre à sa mère de sortir de France [* 1] : et il ne se porta à ces dures extrémités, qu’après avoir essuyé une longue suite de brouilleries, où l’autorité royale était fort mal ménagée. Il fut nécessaire plus d’une fois de subjuguer par les armes les partisans de Marie de Médicis.

II. Quant à sa femme, je vous renvoie aux Mémoires de M. de la Rochefoucauld. J’ai su de M. de Chavigny même, dit ce duc [11], qu’étant allé trouver le roi de la part de la reine, pour lui demander pardon de tout ce qu’elle avait jamais fait, et même de ce qui lui avait déplu dans sa conduite, le suppliant particulièrement de ne point croire qu’elle eût eu aucune part dans l’affaire de Chalais, ni qu’elle eut trempé dans le dessein d’épouser Monsieur, après que Chalais aurait fait mourir le roi, il répondit sur cela à M. de Chavigny, sans s’émouvoir : En l’état où je suis, je lui dois pardonner, mais je ne la dois pas croire. Notez que le roi s’en allait mourir lorsqu’il parla de la sorte. C’est un temps où pour l’ordinaire l’on dit ce qu’on pense, et principalement par rapport aux choses où le mensonge ne sert de rien. Il faut donc conclure qu’il mourut très-persuadé que son épouse était complice d’une énorme conspiration, où l’on avait résolu de se défaire de lui, et de la faire épouser au duc d’Orléans son successeur. Or comme l’affaire de Chalais s’était passée l’an 1626, jugez si ce prince avait vécu peu d’années dans la défiance par rapport à cette reine, et dans les dégoûts d’un triste ressentiment. Il ne faut plus trouver étrange qu’elle ait été si long-temps stérile : les maris les plus incontinens pourraient-ils bien se résoudre à s’approcher de leurs femmes, s’ils les croyaient capables d’une si noire trahison ? Il faut bien du temps à un prince pour digérer ce morceau ; il faut que son confesseur revienne souvent à la charge [12], lors même que plusieurs années ont passé sur cette plaie. Que Louis XIII eût raison, ou qu’il n’en eût pas, c’était toute la même chose. Son cœur n’en souffrait pas moins. M. de la Rochefoucauld dit [13] que le roi, quand il fit cette réponse à M. de Chavigny, croyait que la reine avait encore des liaisons avec les Espagnols, par le moyen de madame de Chevreuse qui était alors à Bruxelles. Il observe aussi qu’il fallut faire jouer mille machines, afin d’obtenir du roi que la reine fût régente ; elle croyait le roi très-éloigné de cette pensée, par le peu d’inclination qu’il avait toujours eu pour elle [14]... Elle et Monsieur, qui avaient eu trop de marques de l’aversion du roi, et qui le soupçonnaient presque également de les vouloir exclure du maniement des affaires, cherchaient toutes sortes de voies pour y parvenir [15]. Elle n’y serait jamais parvenue, s’il avait fallu que le roi la lassât pleinement maîtresse ; mais dans l’espérance qu’il eut de ne lui laisser qu’une ombre d’autorité, il passa la déclaration [16]. Il ne pouvait consentir à la déclarer régente, et ne se pouvait résoudre aussi à partager l’autorité entre elle et Monsieur. Les intelligences dont il l’avait soupçonnée, et le pardon qu’il venait d’accorder à Monsieur, pour le traité d’Espagne, le tenaient dans une irrésolution qu’il n’eût peut-être pas surmontée, si les conditions de la déclaration que le cardinal Mazarin et M. de Chavigny lui proposèrent, ne lui eussent fourni l’expédient qu’il souhaitait pour diminuer la puissance de la reine, et pour la rendre en quelque façon dépendante du conseil qu’il voulait établir [17].

III. Quant à son frère, tout le monde sait ses chutes et ses rechutes : on l’engageait dans toutes sortes de complots ; il y avait des provinces qui se soulevaient pour lui ; il avait des intelligences en Espagne. En un mot, puisque le roi le croyait complice de l’affaire de Chalais, il ne pouvait le regarder que de mauvais œil. Cet objet le faisait ressouvenir qu’on avait voulu lui ôter la vie, pour faire épouser sa veuve au duc d’Orléans, qui lui aurait succédé. Je ne sais point si la jalousie de mari se mêla dans les chagrins de Louis XIII ; mais on assure que la reine caressait beaucoup le duc d’Orléans. Voici ce que nous apprennent des mémoires publiés l’an 1685 [18]. « Monsieur faisait tous les jours sa cour aux reines, qui étaient demeurées à Paris durant le siége de la Rochelle ; et c’était avec beaucoup de franchise, même avec la reine régnante, avec laquelle il avait toujours été en bonne intelligence, et n’observait pas trop de cérémonie. Dès qu’elle vint en France, elle le traita de Monsieur, en parlant à lui et de lui, et a toujours continué. À quoi quelques-uns ont trouvé à redire, attendu qu’en lui écrivant elle ne le traite que de frère. Pendant le petit voyage que le roi vint faire à Paris, Monsieur ayant rencontré la reine une fois qu’elle venait de faire une neuvaine pour avoir des enfans, il lui dit en raillant : Madame, vous venez de solliciter vos juges contre moi : je consens que vous gagniez le procès, si le roi a assez de crédit pour cela. » Tel qu’on nous le représente dans ces mémoires, il avait un peu besoin de l’avis qui fut donné au duc de Valois [19]. Le même livre nous apprend que le roi était pour le moins aussi chagrin de ce que son frère avait des enfans, que de la stérilité de la reine. Voici les alarmes qu’on lui donna sur le mariage du duc d’Orléans avec l’héritière de Montpensier. Tronson, secrétaire du cabinet, et quelques autres serviteurs particuliers du roi, qui regardaient seulement l’intérêt de sa personne royale, et non celui de l’état, ayant représenté au roi de quelle importance il lui était de marier Monsieur, son frère, à une riche héritière, alliée comme celle-là à la maison de Guise, qui avait autrefois voulu envahir la couronne, et avec un tel apanage qu’on lui donnait, que sa majesté n’ayant point d’enfans, il ne serait plus considéré que comme un roi languissant, et que toute la cour, qui ne se conduit que par intérêt, l’abandonnerait pour aller à Monsieur, comme à un prince vigoureux qui promettait bientôt lignée, sur laquelle chacun fonderait ses espérances, et ferait des desseins qui ne pourraient être qu’au préjudice de sa royale personne. Sa majesté en fut tellement touchée de jalousie, que le père Souffran, son confesseur, l’étant venu trouver un matin dans son cabinet, sa majesté ne faisant que sortir du lit, elle se jeta à son cou tout éplorée, dit qu’il connaissait par effet que la reine sa mère se souviendrait toute sa vie de ce qui s’était passé à la mort du maréchal d’Ancre, et que les avantages qu’elle procurait à Monsieur ne permettaient pas de douter qu’elle ne l’aimât plus que lui. Le père, bien étonné de ce discours, essaie d’effacer doucement ces défiances de l’esprit du roi, l’assure, au contraire, etc. [20]. On remit le calme dans son esprit : le mariage fut conclu [21] ; il en vint bientôt une fille : tout cela chagrinait le roi, et ce fut un bonheur pour lui que sa belle-sœur mourut peu après les couches ; il ne laissa pas d’en paraître fort affligé. Voyez la note [22]. Il se garda bien depuis de consentir à un second mariage de son frère [23].

(D) S’il ne fût tombé sous le pouvoir de.... Richelieu, il eût couru risque pour le moins de sa couronne. ] Ceux qui obsédaient les deux reines et Monsieur n’espéraient rien sous le ministère du cardinal de Richelieu, et espéraient tout, pourvu que S. A. R. montât sur le trône. Il avait deux moyens de lui mettre couronne sur la tête : l’un était de se défaire du roi, l’autre était de le traiter comme on a traité don Alphonse, roi de Portugal. Le second moyen n’était pas facile à exécuter, dans une nation qui est jalouse de ses lois fondamentales [24], et sous un ministre aussi vigilant et aussi habile que l’était le cardinal de Richelieu. Voilà pourquoi on avait choisi l’autre expédient, s’il est vrai que Chalais eût eu le dessein que nous avons vu ci-dessus [25], dans le passage de M. de la Rochefoucauld. On ne saurait ôter à bien des gens la pensée qu’il se formait un infâme mystère d’iniquité, pour donner tout à la fois au duc d’Orléans la couronne et la femme de son frère. Je ne sais ce qui en est. Voyez la Vie du cardinal de Richelieu, imprimée à Amsterdam, en 1694, au tome premier, page 304.

(E) Il fallut faire sauter quelques têtes d’importance : mais cette sévérité était... nécessaire. ] De tous ceux qu’on décapita pour crime de rébellion, sous le règne de Louis XIII, il n’y eut personne que l’on regrettât autant que le duc de Montmorenci [26]. Aussi était-ce un seigneur d’un grand mérite, adoré dans le Languedoc, son gouvernement, et admiré de toute la France, comme il parut par l’empressement avec lequel on sollicita sa grâce. Mais c’était cela même qui, en bonne politique, devait porter le monarque à ne lui point pardonner lc crime de félonie. Il était dangereux de laisser vivre une personne si généralement admirée, et qui pouvait facilement entraîner dans une seconde rébellion tout le Languedoc. S’il l’avait fait dans le temps que les Espagnols assiégeaient Leucate [27], que serait devenue la France ? Et qu’on ne me dise pas que la gratitude l’aurait attaché au service de son prince, ou que la faiblesse qu’il avait reconnue au duc d’Orléans l’aurait guéri de l’envie de se soulever pour lui. Ce sont de pauvres raisons. Le duc de Montmorenci, remis en grâce, n’aurait jamais pu souffrir le crédit du cardinal, et il aurait mieux pris ses mesures une seconde fois pour le perdre. Il se serait prévalu des témoignages que les grands et les provinces lui avaient donnés de leur estime extraordinaire pendant sa prison, etc. Il fallut de grands exemples de sévérité, sous un règne où la noblesse française s’apprivoisait de telle sorte aux conspirations, aux soulèvemens, aux intelligences avec l’Espagne, qu’on aurait dit que l’idée d’infamie, ni même l’idée de faute, n’était plus jointe avec ces sortes de crimes. Autant vaudrait-il changer le gouvernement monarchique en anarchie, que de laisser prendre cours à de tels abus. M. le Laboureur raconte une chose qui est très-curieuse ; c’est que le roi ne consentit à la mort de M. de Montmorenci que par un esprit de servitude. Je rapporterai tout le passage : il fait voir que Louis XIII, le sceptre en main et la couronne sur la tête, était plus gêné et plus malheureux que s’il avait eu les fers aux pieds. Cette réflexion doit éternellement renouveler les larmes de la France, sur le destin de Henri, duc de Montmorenci, et de Damville, amiral et maréchal de France, fils unique de ce connétable qui se précipita plutôt par malheur que par inclination, dans une moindre faute, et qui fut accablé de toute la rigueur des lois, quoiqu’elle fût sans aucune périlleuse conséquence, et sans danger d’aucune suite : je dirai encore quoique le roi y dût perdre l’ornement et la gloire de sa cour, l’honneur de sa noblesse, les délices de son royaume, et, ce qui doit être encore plus cher à un grand prince, le plus auguste et le plus digne sujet de clémence qui se présentera jamais. Je tiens de la bouche de M. le Prince, que Louis XIII lui en témoigna ses regrets au lit de la mort, non pas avec des pleurs, mais avec des sanglots, et qu’il le conjura de croire qu’on lui avait fait violence en ce malheureux voyage de Toulouse, qu’il fit contre son cœur, et où malgré sa résolution, il se laissa emporter à une foule de prétextes, ou plutôt de prestiges d’état, qui disparurent après cette funeste tragédie, et lui laissèrent un déplaisir cuisant qu’il avait jusque-là tenu caché dans son sein. Eh ! mon cousin, lui dit-il ensuite, ce n’est pas régner, c’est plutôt être esclave de la tyrannie, ou du moins est-ce en sentir toutes les peines dans une royauté légitime, que de n’entendre que de sinistres rapports, et d’être toujours en défiance de nos plus proches, de nos principaux officiers et de ceux que nous affectionnons, et de soumettre et de régler toute notre conduite sur des fantômes de politique, qui ne sont bien souvent que l’intérêt d’autrui [28].

Il y a plusieurs vérités dans ce discours, je n’en doute point. Je suis persuadé que le cardinal de Richelieu représenta plus d’une fois au roi son maître les desseins des sujets rebelles avec beaucoup d’exagération ; car dans le grand nombre de complots qui se formèrent sous ce règne, il y en eut plusieurs qui n’eurent pour but que la ruine du cardinal : on n’en voulait ni à la personne, ni à l’autorité du prince ; et néanmoins cette éminence avait l’adresse d’insinuer [29], et même de persuader, qu’on machinait une translation de la couronne en faveur du duc d’Orléans. C’est par-là qu’on fit consentir le prince à faire sauter tant de têtes. Il connaissait dans la suite ces illusions, et en gémissait secrètement. Il était à plaindre ; mais il y a beaucoup d’apparence qu’il sentait bien qu’il ne pouvait sortir de sa servitude qu’en passant sous un autre joug encore plus incommode, et que ce fut la raison qui l’empêcha de chasser le cardinal, quoiqu’il le haît. L’éloignement de ce ministre eût mis Louis XIII, pieds et poings liés, sous la puissance du duc d’Orléans. On lui eût peut-être laissé le titre de roi, on eût gouverné sous son nom ; mais toutes les affaires se seraient passées selon le caprice des favoris de ce duc. On aurait vu un étrange règne. Les deux reines et leurs créatures, le duc d’Orléans et les siennes, auraient tout brouillé et tout confondu, et l’on n’eût formé aucun grand dessein pour la gloire de la monarchie, et contre les intérêts de l’Espagne ; et si quelques événemens avaient été glorieux, le roi aurait vu que le duc son frère en eût remporté la louange : cruel sujet de jalousie, mille fois plus dur que ne l’était l’ascendant du cardinal. On n’ignore pas combien de fois la jalousie d’autorité mit martel en tête à Louis XIII. Il tomba malade lorsqu’on eut appris que les Anglais étaient descendus dans l’île de Rhé, et ne put aller en personne sur les côtes du Poitou. Il fut conseillé d’y envoyer Monsieur pour son lieutenant général [30]. La première entreprise de Monsieur n’ayant pas trop bien réussi, le roi lui en écrivit une lettre pleine de ressentiment, de ce qu’il avait si légèrement exposé les troupes sans qu’il en fût besoin, et contre les ordres exprès de sa majesté, qui étaient de tenir seulement les choses en état, et de ne rien hasarder jusqu’à son arrivée. Peut-être aurait-on trouvé encore plus mauvais que Monsieur eût réussi à ses premières armes ; et l’on croit que cette crainte fut ce qui fit devancer au roi le temps de sa parfaite convalescence, afin de pouvoir au plus tôt se rendre à son camp [31]. Voici un effet encore plus grand de la même jalousie. Le roi ayant déclaré le duc d’Orléans général de l’armée d’Italie [* 2], à la sollicitation de la reine sa mère, se repentit ensuite de lui avoir donné cet emploi, dans la pensée que son frère allait acquérir beaucoup de gloire en Italie, et que cela ternirait la sienne. Il se mit si violemment cette opinion dans la tête, que le chagrin l’empêchait de dormir. Étant allé [* 3] à Chaillot, où était le cardinal, il lui dit qu’il ne pouvait souffrir que Monsieur allât commander en chef l’armée d’Italie, et qu’il fît en sorte qu’on lui pût ôter cet emploi. Le cardinal répondit : « Qu’il ne savait qu’un seul moyen d’ôter cet emploi au duc d’Orléans, qui était que le roi allât lui-même en Italie ; mais que s’il prenait cette résolution, il fallait qu’il partît dans huit jours au plus tard. » Le roi dit qu’il le ferait, et se disposa dès lors à cela [32]. Il faut peu connaître les princes, pour nier que la jalousie qu’ils conçoivent contre leurs fils ou contre leurs frères, et en général contre ceux qui leur doivent succéder, ne soit un mal beaucoup plus fâcheux que le chagrin de dépendre d’un premier ministre. Voyez dans Brantôme [33] la furieuse jalousie de Charles IX contre son frère, le duc d’Anjou, général des troupes qui battaient les protestans à Jarnac et à Moncontour. Ne doutez point que ce ne fût un moindre mal pour Louis XIII, d’être dominé par le cardinal de Richelieu, que ne l’eût été de voir son frère, sa mère, sa femme, trop accrédités à la cour. Les créatures de ces trois têtes n’étaient capables que de petites intrigues de cour, qui eussent ruiné les affaires générales. Ainsi le bien du royaume demandait que l’on usât de sévérité contre les chefs des rebelles, qui voulaient mettre le gouvernement en de telles mains trop espagnoles [34].

(F) Il ne faut pas croire ceux qui osent assurer que l’on fit mourir des gens dont toute la faute consistait dans le malheur de déplaire au premier ministre. ] L’auteur des Mémoires de M. d’Artagnan affirme que le maréchal de Marillac et plusieurs autres furent jugés et condamnés par des commissaires, quoiqu’on ne leur pût imputer d’autre crime que d’avoir osé déplaire au cardinal [35]. Il rapporte ensuite ce que l’on a vu ci-dessus [36] touchant le prêtre Grandier, et puis il dit que « Saint-Preuil ressembla à ce malheureux prêtre : on fit venir mille et mille témoins contre lui, tant du gouvernement de Dourlens, qu’il avait eu avant que d’avoir celui d’Arras, que de plusieurs autres endroits. Le meunier lui fut confronté par plusieurs fois, mais quoique tout son crime, aussi-bien que celui de Grandier, ne fût que d’avoir déplu aux puissances, il ne laissa pas d’avoir le cou coupé [37]. » Voilà de très-grands mensonges ; car si l’on examine sans préjugé toutes les pièces du procès du maréchal de Marillac, l’on verra sans peine qu’il était coupable d’une infinité de concussions et de voleries, et dans le cas de l’ordonnance qui condamnait les criminels de péculat à la confiscation de corps et de biens [38]. Il est vrai qu’en donnant aux termes de cette loi le sens le plus favorable et le plus bénin, on eût entendu par confiscation de corps la perte de la liberté, et non pas celle de la vie ; mais de ce que les juges ne passèrent pas in mitiorem, et qu’ils suivirent l’interprétation la plus sévère, il ne s’ensuit pas que ce maréchal fût innocent, et que tout son crime consistât à s’être rendu désagréable au cardinal de Richelieu. On allègue beaucoup de défauts de la procédure [39], et tout cela pour prouver que les commissaires furent gagnés, et que l’innocence de l’accusé fut opprimée ; mais il faut savoir aussi que d’autres auteurs affirment que la procédure fut conforme à la régularité la plus exacte [40]. Examinez bien les Observations de M. du Châtelet sur la Vie et la Condamnation du maréchal de Marillac. C’est une réponse à un libelle que les ennemis du cardinal avaient publié. L’on serait fort téméraire, soit que l’on crût sans examen ce qu’ils soutinrent, soit que l’on crût de la même sorte les narrations de ses amis. Les satires de ceux-là sont aussi suspectes que les flatteries de ceux-ci. Défions nous et des unes et des autres, et ne décidons rien qu’après une forte discussion des faits. Défions-nous aussi du penchant que la nature nous donne à présumer en faveur de ceux qui encourent la disgrâce d’un ministre trop puissant. « C’est un défaut assez ordinaire à ceux qui ne sont point appelés au gouvernement de le traverser ; et comme si la confiance du prince et les faveurs du peuple ne pouvaient s’attacher à de mêmes sujets, on ne voit point d’homme en crédit, et qui ait la moindre part à la conduite des choses, de qui la personne et les actions soient approuvées qu’après sa mort ou sa disgrâce. Les divers accidens de la vie du maréchal de Marillac, et les affections envers lui toutes différentes, selon sa fortune, fournissent à notre âge une preuve certaine de cette ancienne créance. Toute la France trouvait à redire au choix que le roi faisait de lui, publiait ses larcins, blâmait sa promotion aux honneurs, accusait son mauvais courage, et n’y pouvait remarquer aucun mérite, ni aucune qualité digne d’un si grand accroissement. Aussitôt que sa majesté l’a voulu faire punir, et que pour de grandes raisons elle en a retiré sa protection, ses premiers accusateurs l’on maintenu contre la justice, ont assuré qu’il était innocent, digne de ses charges, et si rempli de valeur et de piété, qu’il méritait tout hors sa chute [41]. » C’est ainsi que parle M. du Châtelet, au commencement du livre que j’ai allégué ci-dessus. On assure que le cardinal de Richelieu ayant appris que les commissaires avaient prononcé l’arrêt de mort, s’écria : Il faut avouer que Dieu accorde des lumières aux juges, qu’il ne donne point aux autres hommes, puisque ceux qui ont fait le procès au maréchal de Marillac ont découvert des actions qui méritaient le dernier supplice : je ne croyais point qu’il y eût dans ses actions de quoi faire donner le fouet à un page [42]. Si j’avais ouï dire cela à ce cardinal, je croirais qu’il tint ce discours. C’est une opinion fort répandue qu’il savait très-bien que dans une conférence où l’on avait agité ce qu’il fallait faire contre lui, ce maréchal avait opiné qu’il fallait le faire mourir. L’on dit même qu’il offrit son bras pour un tel exploit [43]. Un tel homme aurait été effectivement punissable, et l’aurait paru surtout à ce cardinal.

Pour ce qui regarde Saint-Preuil, les mémoires que j’ai cités sont encore plus déraisonnables. C’était un gentilhomme d’Angoumois qui s’était poussé par une bravoure extraordinaire, aussi délicat sur le point d’honneur et sur la réputation de bon duelliste et de cavalier déterminé, que peu consciencieux sur le chapitre des débauches et des extorsions. On avoue dans les Mémoires de M. d’Artagnan qu’il avait enlevé une femme mariée. Comment ose-t-on dire après cela que tout son crime ne fut que d’avoir déplu aux puissances ? Le rapt n’est-il point puni du dernier supplice, selon les lois du royaume ? Ceux qui enlèvent une fille qui consent à être enlevée, ne sont-ils point réputés en France dignes de mort ? Saint-Preuil, à plus forte raison, avait encouru la même peine, lui qui avait enlevé une femme dont le mari était vivant ? Je laisse les concussions et les violences dont il se trouva convaincu, et qui étaient d’autant plus odieuses qu’il commandait dans une place soumise depuis peu de temps au joug français, et qu’il fallait apprivoiser par une administration modérée à la nouvelle domination, On ne vit jamais plus clairement que sous le règne de Louis XIII la vérité de cette maxime de l’empereur Marc Aurèle : In causis majestatis hæc natura est, ut videantur vim pati etiam quibus probatur. C’est le propre des procès en crime d’état que les personnes même qui sont dûment convaincues passent pour avoir été opprimées [44]. La plupart des gens sont si paresseux qu’ils ne sauraient se donner la peine d’examiner qui a tort ou qui a raison : ils veulent néanmoins juger des choses, et pour le faire à peu de frais, ils se fixent à la probabilité ; ils trouvent apparent que ceux qui ont le plus de puissance sont les auteurs de l’injustice. Dion Chrysostome a fait cette observation : Οὐ γὰρ ἃ ποιοῦσιν ἔνιοι σκοποῦσιν, ἀλλὰ τίνες ὄντες· οὐδὲ τοὺς ἀδικοῦντας, ἢ βιαζομένους ἐθέλουσιν ἐξετάζειν πολλάκις, ἀλλ᾽ οὓς εἰκὸς βιάζεσθαι τῷ δύνασθαι πλέον. Quidam enim non considerant quæ faciant, sed qui sint ; neque injuriam facientes, neque violentiam passos volunt examinare plerumque, sed quibus verisimile sit injuriam fieri ab iis qui plus valent [45]. La compassion pour les malheureux, et l’envie qu’on porte aux puissances sont une source d’illusion. Voyez la note [46]. Mais ce qui donne lieu à cela est que l’on n’éprouve que trop souvent que ceux qui ont de l’autorité en abusent pour se venger de leurs ennemis en les opprimant sous de fausses accusations.

(G) ..... Cela ne pouvait point être juste à l’égard de celui qui présida au procès de M. de Montmorenci. ] Ce fut M. de Châteauneuf, garde des sceaux. Il était en disgrâce au temps de la mort de Louis XIII, et l’on travailla fortement à son rappel peu après la mort de ce prince : mais le cardinal Mazarin s’y opposait autant qu’il pouvait, et s’y trouva merveilleusement aidé par madame la princesse, qui, dans ce nouvel orgueil de la victoire de Rocroy, croyait que tout lui était dû, et publiait hautement qu’il fallait que toute leur maison sortit de la cour, si la reine remettait dans le conseil celui qui avait présidé à la condamnation de M. de M. tmorenci, son frère [47]. Peut-on rien voir de plus injuste que la prétention de cette princesse ? M. de Châteauneuf méritait-il d’être exposé au moindre ressentiment de la sœur et des parens de M. de Montmorenci ? Pouvait-il se dispenser de présider à ce procès ? Sa charge ne demandait-elle pas qu’il reçût du roi cette commission ? et pouvait-il être d’un autre avis que de celui de tous les juges, qui, malgré le désir ardent qu’ils avaient de sauver la vie à M. de Montmorenci, opinèrent du bonnet pour l’arrêt de mort. Le prince de Condé, son beau-frère, madame la princesse de Condé, sa sœur, s’ils eussent été ses juges, n’eussent pas pu opiner autrement que M. de Châteauneuf. Il est de la dernière évidence qu’un gouverneur de province qui se soulève contre son roi, et qui charge les troupes du roi, et qui demeure prisonnier dans un tel combat, mérite la mort. Il était évidemment vrai que M. de Montmorenci se trouvait dans un tel cas ; les preuves en étaient aussi claires que le jour, et l’on avait son propre aveu. Il ne restait donc aucune ombre d’incertitude, ni sur la question de droit, ni sur la question de fait ; il ne pouvait donc pas y avoir partage de sentimens ; ce n’était donc pas de M. de Châteauneuf que madame la princesse se pouvait plaindre, et néanmoins elle faisait éclater son ressentiment contre lui tout comme si c’eût été une chose raisonnable : tant il est vrai que les grands se laissent si fort aveugler par leurs passions orgueilleuses, qu’ils font gloire de ce qui réellement est un désordre et une faiblesse pitoyable.

(H) Le cardinal de Richelieu leva au roi les scrupules de conscience qui l’empêchaient d’attaquer l’Espagne. ] M. Silhon nous apprend cela. Quelque juste, dit-il [48], que fut le sujet de cette rupture [49], on eût encore balancé de la faire, sans les violentes poursuites des Hollandais, et les ardens offices de quelques amis qu’ils eurent auprès du roi et du cardinal de Richelieu. Le roi y avait de la répugnance par scrupule de religion, qui lui fut levé par une assemblée de docteurs qu’on convoqua sur ce sujet. On connaîtra mieux les dispositions de ce prince dans ses alliances avec les protestans, si l’on consulte le Musæum Italicum de deux célèbres bénédictins. « On leur montra, dans la bibliothéque du cardinal Barberin, une lettre du feu roi Louis XIII. Le pape Urbain VIII s’était plaint à sa majesté de son alliance avec les Suédois, dont les armes victorieuses ravageaient alors l’Allemagne. Le roi répondit secrètement au pape de sa main, et offrit de se départir de l’alliance des Suédois, pourvu que le roi catholique cessât de donner sa protection à feu Monsieur, retiré alors à Bruxelles, et qu’il voulût joindre ses forces à celles de la France pour les tourner toutes contre les protestans d’Allemagne, et contre les huguenots de France. Sa sainteté communiqua la lettre du roi à l’ambassadeur d’Espagne, qui en écrivit à Madrid, et n’en reçut point de réponse. Sans cette lettre originale, le public n’aurait point eu connaissance de ce trait curieux de notre histoire [50]. » Ce passage est tiré du journal de M. Cousin. Joignons-y ce que l’on trouve dans l’un des journaux de M. Gallois. On y apprendra que si Louis XIII avait suivi son génie, il aurait laissé ruiner la religion protestante en Allemagne par l’empereur, puisqu’avant le ministère du cardinal de Richelieu, il rendit de très-grands services à la cause catholique dans l’empire. Voici les paroles de M. Gallois, dans l’extrait qu’il donne de l’Ambassade de messieurs les duc d’Angoulême, comte de Béthune, et de Châteauneuf, envoyés par le roi Louis XIII en Allemagne, l’an 1620. « Le motif de cette ambassade fut aussi glorieux à la France que le succès en fut avantageux à la maison d’Autriche. Ferdinand II, à son avénement à l’empire, se vit dépouillé de la couronne de Bohème par le prince Palatin, et de celle de Hongrie par Bethlen Gabor. Il vit en même temps la haute Autriche révoltée, et la plupart des princes protestans en armes contre lui. Le roi pouvait attendre en repos la ruine d’un prince dont les desseins ne pouvaient que lui être suspects. Mais parce que la religion catholique eût pu souffrir quelque diminution en Allemagne par la perte de ce prince, il aima mieux le soutenir dans sa chute que de souffrir que la religion tombât avec lui. Il lui fit offrir un puissant secours ; et cependant, pour l’aider de ses conseils et de l’autorité de son nom, il envoya MM. d’Angoulême, de Béthune et de Châteauneuf ambassadeurs en Allemagne. À leur arrivée, ils tirent le traité d’Ulm, par lequel fut arrêtée une surséance d’armes entre les princes catholiques et les protestans ; ce qui fut cause du gain de la bataille de Prague, et ensuite du rétablissement des affaires de l’empereur [51]. » N’allez pas vous imaginer que ce langage soit un artifice du journaliste, car les protestans conviennent [52] que cette ambassade servit de beaucoup à l’empereur, et qu’elle fut préjudiciable aux princes qui s’étaient ligués contre la maison d’Autriche.

(I) On prétend que ce furent les Français qui en dernier lieu témoignèrent le plus de hâte. ] M. Huber, qui est mort depuis quelque temps [53] professeur en droit dans l’académie de Frise, prétend [54] que la cour de France, bien résolue à la guerre, cacha finement ce dessein tandis que le duc d’Orléans était à Bruxelles. Elle se faisait prier par la Hollande : ce jeu dura plus d’un an ; mais après le retour du duc, et la défaite des Suédois à Nortlingen, le cardinal de Richelieu témoigna un empressement extrême pour se liguer avec la Hollande. Neque tamen aliter se commisêre, quàm ubi præter Suecos, etiam Belgas fœderatos stabili et fidenti fœdere sibi conjunxissent, à quo multi in Hollandiâ imprimis, adhuc erant alieni. Mirum est, quanto studio et fervore Richelius extremo tempore, cùm priùs se rogari passus esset, in hoc fœdere fabricando versatus sit, quod tandem confectum die viii februar m. dc. xxxv [55]. Si l’on en veut croire les Français, le cardinal ne sortit de son irrésolution que par la force des machines que les Hollandais firent jouer. Nous avons déjà ouï là-dessus M. Silhon [56] ; mais il va nous dire bien d’autres choses. « Ce qui fit prendre parti en cet état d’incertitude, et tomber la balance dans les contre-poids que faisaient diverses considérations dans l’âme du roi et du cardinal, fut la trêve que les Hollandais se laissèrent clairement entendre qu’ils feraient, si nous ne nous résolvions à la guerre. Les conséquences de cette trêve (s’ils l’eussent faite) étaient sans doute fort à craindre pour nous et pour nos autres alliés, mais non pas au point qu’on se le représentait à la cour, et que le père Joseph et Charnassé, qui poussaient fortement à cette roue, le figurèrent..... Les présens, qui ne furent point épargnés de la part de messieurs des États, durant cette poursuite et depuis, achevèrent d’aplanir toutes les difficultés qui s’y rencontrèrent. Outre cela, comme la crainte des inconvéniens dont la trêve nous menaçait avait été le plus puissant motif qui nous avait fait entendre à la guerre, l’espérance des fruits que nous en devions recueillir ne fut pas un petit charme pour nous y engager. C’était à peu près la moitié de tout ce que l’Espagne possède aux Pays-Bas, qui nous en devait revenir par les conditions du traité, et le partage entre les Hollandais et nous en était fait sur le papier, avec une telle bienséance que chacun avait pour soi ce qui l’accommodait le mieux en cette prétendue dépouille. Avec ces machines, ils nous poussèrent où ils voulurent ; et l’ardeur que nous fîmes paraître à suivre tous leurs mouvemens fut si grande, qu’au lieu qu’ils nous eussent donné de l’argent pour nous obliger à rompre, si nous leur eussions tenu le marché haut, ils en obtinrent de nous en une quantité notable, et ne voulurent pas même le recevoir qu’en quarts d’écus de poids, afin de les pouvoir convertir avec plus de profit aux espèces de leur pays. Ce qui fut le meilleur pour eux fut que nous consentîmes que le prince d’Orange aurait toute la direction de la guerre, et que nos généraux lui seraient subalternes et recevraient la loi de lui [57]. »

(K) Ce fut la plus pitoyable campagne que l’on vit jamais. ] Laissons parler un historien qui n’est ni Français, ni Hollandais, ni Espagnol. Comme les Français, dit-il [58], marchaient vers Maestricht avec plus de trente mille hommes de guerre et quarante canons, le prince Thomas, avec des troupes qui n’étaient pas extrêmement fortes, essaya de leur disputer le passage à Avesnes [59], il fut battu, et perdit beaucoup de gens. Ensuite les victorieux s’étant avancés sans trouver d’opposition, se joignirent au prince d’Orange, qui les attendait avec vingt mille hommes de pied, six mille chevaux, et quatre-vingts pièces de canon. Cette armée paraissait épouvantable, tant par son nombre que par sa valeur, et déjà le monde s’attendait à des succès qui répondraient à la grandeur de ses forces. Mais quels furent ses exploits ? Elle força une bicoque [60], où il fut commis des barbaries épouvantables [61] : elle fit semblant d’aller à Bruxelles ; mais le prince d’Orange ayant retardé la marche, donna le temps aux Espagnols de s’en approcher [62]. Elle mit le siége devant Louvain avec le succès que l’on va lire [63] : « La hardiesse des attaquans ayant été d’abord un peu arrêtée, l’armée française commença à se dissiper ; car les Hollandais faisant venir ponctuellement des lieux voisins des vivres pour leurs troupes, n’en laissaient pas suffisamment pour les Français, qui, bien que par leur hardiesse et par leur force ils eussent pu surmonter toutes sortes de périls, éprouvaient que la faim était un ennemi invincible. Une grande partie périssait de misère ; une plus grande partie désertait, qui étaient tués ensuite par les paysans ; de sorte que les forces étant extrêmement affaiblies, et les vivres ayant manqué, les généraux tombèrent d’accord qu’il fallait lever le siége, et permettre à chacun de se sauver où il pourrait. Les chefs, et ceux qui restèrent de l’armée de France, furent réduits à s’aller embarquer en Hollande, où le peuple se moquait d’eux, voyant qu’il ne restait plus d’une si grande armée, qui aspirait à de si importantes conquêtes, qu’un petit nombre de gens abattus, dans le désordre, et contraints de se réfugier chez leurs alliés [64].... L’armée française ne fut pas sitôt dissipée que la crainte qui troublait auparavant les provinces qui dépendent de l’Espagne, vint troubler les Hollandais à leur tour, et les pénétra jusque dans le cœur. Le comte d’Embden surprit le fort de Schenk..., qui ouvre l’entrée dans le cœur de la Hollande. Le prince d’Orange, sans perdre temps, alla y mettre le siége. » Le cavalier Nani fait ici une lourde faute : il suppose d’un côté que les Espagnols ne prirent le fort de Schenk qu’après la dissipation des troupes françaises ; et de l’autre, que les Français n’eurent point de part à la reprise de ce fort. Ce sont tous mensonges [65]. Silhon en parle bien autrement. C’est bien plus, dit-il [66], après avoir rapporté la mauvaise foi dont il accuse les Hollandais, comme si la fortune nous eût voulu donner un moyen de nous venger généreusement des Hollandais, et de leur rendre du bien pour le mal qu’ils nous avaient fait : elle permit que les Espagnols surprissent le fort de Schenk dans le Betau ; c’est-à-dire, qu’ils eussent l’entrée dans les propres entrailles de la Hollande [67]........ En ce dur et triste accessoire la France ne manqua point à ceux-ci ; et sans se souvenir de ce qui s’était passé de leur part en notre armée, elle envoya ordre au maréchal de Brézé, qui était demeuré seul à la commander, de ne se séparer point du prince d’Orange, jusqu’à la réduction du fort de Schenk, qui se fit plusieurs mois après son attaque.

Mais voici des réflexions plus mystérieuses. j’ai lu dans un livre imprimé l’an 1654 [68], que les Français se sont plaints que les Hollandais avaient laissé prendre le fort de Schenk, afin d’avoir un prétexte de séparer les armées dont la jonction leur était suspecte. Voici les paroles de ce livre [69] : Si l’on en voulait croire les Français, ils nous donneraient d’une autre tablature : car ils disent que cette perte fut faite du consentement des États, qui, jaloux de voir les forces d’un si puissant roi entrer trop proche de leurs limites, laissèrent perdre exprès ledit fort, pour avoir occasion de se séparer d’avec l’armée de France, pour reprendre la clef de leur pays ; et pour maintenir leur dire ils allèguent deux raisons : la première est que l’on n’y laissa point de garnison considérable, et que les deux vaisseaux de guerre s’en étaient retirés le jour de la prise ; et pour la deuxième raison, ils disent que l’on fit périr leur armée de nécessité ; si bien que de quarante mille hommes, il n’en retourna pas plus que cinq mille en France ; lesquelles paroles il ne faut pas prendre pour article de foi.

(L) ...... Les Français en ont imputé la faute au prince d’Orange. ] Je ne cite point les auteurs qui ont écrit depuis l’an 1672 : Un de Pontis [70], qui nous représente ce prince tout-à-fait chagrin de la victoire d’Avein ; un abbé Bizot [71], qui accuse la Hollande d’avoir agi de mauvaise foi dans le siége de Louvain, et en quelques autres rencontres. Je citerai un ouvrage imprimé l’an 1651. Voici ce que l’on y trouve [72] : « Les Hollandais ne mirent pas long-temps à nous faire ressentir les effets de cette jalousie. Le gain de la bataille d’Avein, dont le premier mouvement de nos armes fut suivi, contre l’attente de tout le monde, ne leur donna guère moins d’alarme qu’aux Espagnols qui la perdirent ; et de peur que cet avantage n’en tirât d’autres après lui, comme c’est la coutume, et que nos généraux qui étaient le maréchal de Châtillon et le maréchal de Brézé, ne poussassent plus avant la victoire, le prince d’Orange leur envoya ordre de le venir joindre. Si néanmoins Châtillon, qui ne savait qu’aller droit aux choses dont il se mêlait, en eût été cru on fût allé assiéger Namur, et faire là un bon établissement, nonobstant les ordres du prince d’Orange. Mais Brézé, qui avait la confidence du cabinet et le secret des affaires, s’y opposa et fit résoudre son compagnon à obéir à leur généralissime, suivant l’intention de la cour. Et ce fut là le premier germe de division qui vint depuis si fortement à s’éclore entre ces deux généraux, qu’ils furent une fois à en mettre l’épée à la main l’un contre l’autre [73]......... Le prince d’Orange fit promener si long-temps notre armée sans rien faire, au siége de Tirlemont près, et la laissa tellement dénuée de subsistances, quoiqu’il se fût obligé de lui en fournir [74], qu’elle se défit d’elle-même, ou plutôt que les Hollandais la défirent sans combattre, à faute de la secourir, et qu’ils en eurent la dépouille qui était ample et riche, presque pour rien. Outre cela, ce procédé du prince d’Orange, et les longueurs et tournoiemens des marches de son armée et de la nôtre, sans rien entreprendre, donnèrent loisir aux Espagnols de revenir de la consternation où la bataille d’Avein les avait jetés, et d’évoquer un puissant secours d’Allemagne, qui nous mit presque sur la défensive. »

Copions ici ce que l’on trouve dans un ouvrage que j’ai cité plusieurs fois. « L’on eut avis presque en même temps de la défaite du prince Thomas à Avein, qui causa une grande consternation à tout le pays. L’armée française s’étant depuis avancée jusqu’aux portes de Bruxelles, il ne s’est jamais vu une telle épouvante parmi ces peuples. Le cardinal infant avait déjà fait transporter les plus précieux meubles du palais à Anvers, et border le canal de toute son armée, résolu d’abandonner lui-même Bruxelles, si la faim et Picolomini qui arriva avec le secours d’Allemagne, n’eussent contraint nos gens de se retirer. On disait aussi que le prince d’Orange n’était pas trop aise de les voir si avancés dans le pays. La reine-mère et Madame s’étaient déjà réfugiées à Anvers, où leurs officiers furent contraints de se tenir cachés assez long-temps pour éviter la fureur de ce peuple, qui avait la nation française en horreur depuis le saccagement de Tirlemont [75]. » Un général qui aurait voulu, ou qui aurait su profiter de cette étrange consternation qui avait saisi la cour de Bruxelles, que n’eût-il pas fait ? Un consul romain en pareil cas eût rendu bon compte d’une province avant la fin de l’année.

(M) Le cardinal de Richelieu........ s’était laissé tromper par les Hollandais. ] « Ceux-ci devaient attaquer avec cinquante mille hommes de pied et dix mille chevaux les provinces qui obéissaient à l’Espagne.... L’on avait ainsi partagé les conquêtes : le Luxembourg, Namur, le Hainaut, l’Artois et le Cambrésis devaient être pour la France, avec une partie de la Flandre en deçà de la ligne que l’on devait tirer de Blachemberg entre Bruges et Dam, en y comprenant Ruremonde. Le reste devait appartenir aux états de Hollande, qui promettaient de laisser l’exercice de la religion catholique en tous les lieux où elle se trouverait. On convenait aussi de ne faire ni paix ni trêve que d’un commun consentement, et de n’entrer en aucun accommodement ni traité, que les Espagnols n’eussent été entièrement chassés des Pays-Bas. On devait assiéger les places alternativement, à savoir une de celles qui seraient destinées à la France, et ensuite une de celles qui seraient assignées à la Hollande ; et laisser aux généraux d’armée le choix d’attaquer celles qu’ils jugeraient à propos. On devait, outre cela, mettre conjointement une armée navale en mer. La France devait déclarer la guerre à l’empereur, et à tout autre prince qui sur ce sujet entreprendrait d’apporter quelques troubles aux états des Provinces-Unies [76]. » Sur cela on fait ce dilemme : ou le cardinal de Richelieu a été persuadé que les Hollandais observeraient ce traité, ou il n’en a pas été persuadé. S’il l’a été, qu’avait-il fait de ses lumières ? Le plus petit sens commun ne dicte-t-il pas qu’il était incomparablement plus de l’intérêt de la Hollande, que l’Espagne conservât une partie du Pays-Bas, que de souffrir qu’il fût entièrement partagé entre la France et les Provinces-Unies ? Si le cardinal de Richelieu ne croyait pas que la Hollande fût assez simple pour consentir que l’Espagne perdît tout ce pays-là, il était bien simple lui-même de faire un traité qu’il savait bien que la Hollande n’exécuterait jamais, et que le bien public, la loi souveraine des états, ne lui permettrait jamais d’exécuter. J’avoue qu’il est difficile de tirer de ce labyrinthe le cardinal, et de ne voir point qu’il fit un grand pas de clerc ; à moins qu’on ne dise que le pitoyable état où étaient les Suédois, et l’affront sanglant que la France avait reçu par la détention de l’archevêque de Trèves, ne permettaient point à cette couronne de laisser l’Espagne en repos, et l’engageaient à se liguer avec la Hollande à des conditions qu’on savait bien qu’elle n’exécuterait jamais entièrement. Le mal présent exigeait qu’on se contentât de l’exécution d’une partie, et qu’on laissât faire le temps. Voici les réflexions de M. Silhon [77].

« Les Hollandais, par ce moyen [78], faisaient deux choses fort considérables pour eux : l’une de nous embarquer dans la même guerre qui les occupait, d’où il leur était apparemment infaillible de ne sortir jamais que par une paix qui les ferait reconnaître pour souverains par ceux qui les traitaient de sujets : ce qu’ils s’étaient proposé en traitant avec nous ; l’autre, qu’encore que le partage concerté, s’il venait à s’accomplir, leur dût être un principe immortel de jalousie, et qu’ils crussent que nous avoir pour voisins au lieu des Espagnols, n’était que changer de crainte, et peut-être qu’empirer de condition, ils jugèrent qu’il valait mieux s’exposer à un mal certain et contre lequel il y avait plusieurs remèdes pour obtenir un bien présent et d’une telle importance, que celui de nous rendre compagnons de leur fortune ; c’est-à-dire de lui donner par cette société une base plus sûre et plus ferme qu’elle n’avait. Qu’à la vérité ils souffriraient bien que nous nous rendissions maîtres des places de la mer, qui étaient si fatales à leur commerce entre les mains des Espagnols, et même de quelques autres de leurs places qui étaient frontières des nôtres : mais que de nous établir dans le cœur de la Flandre, et aux lieux qui leur étaient proches, ce qui leur faisait de la peine ; ou que le cours de la guerre l’empêcherait de lui-même, ou qu’ils trouveraient moyen de le divertir, soit en cessant d’agir contre les Espagnols, et d’occuper comme ils faisaient une partie de leurs forces ; ou prenant le temps de s’accorder avec eux sous quelque prétexte plausible que l’état des choses leur fournirait. »

(N) Un jurisconsulte frison le fait voir au cavalier Nani.] Ce cavalier s’est imaginé que le prince Frédéric-Henri laissa périr l’armée de France pour se venger d’une injure qu’il avait reçue du cardinal de Richelieu, et qu’il chercha l’occasion de faire voir à toute l’Europe qu’il avait plus de génie que ce cardinal. Il n’y a point de doute, dit-il [79], que de même que les Provinces-Unies avaient consenti à tous les partis qui pouvaient obliger les Français à rompre ouvertement avec l’Espagne, elles ne craignissent rien tant, après avoir obtenu ce qu’elles souhaitaient, que de les avoir sous ombre d’amitié pour voisins. Aux intérêts généraux de la Hollande venaient se joindre les ressentimens particuliers du prince d’Orange contre Richelieu ; car celui-ci, quoiqu’il fît profession d’être ami de ce prince, et lui témoigne de la confiance, avait, peu d’années auparavant, par quelques pratiques secrettes, tâché de se rendre maître d’Orange, ville dont les aînés de la maison de Nassau portent le nom, et qui est située vers le Dauphiné : mais comme ce dessein ne réussit pas, le cardinal cacha la chose tout autant qu’il put, et empêcha qu’on en parlât. Frédéric-Henri de son côté dissimula cette injure avec autant d’artifice qu’on en avait apporté pour la supprimer, et attendit une occasion favorable pour s’en venger. Enfin ce prince trouva le moyen de pouvoir faire dire de lui, que si par la prise de plusieurs places d’importance il avait acquis la réputation d’un grand courage et d’une grande valeur, en surpassant Richelieu par son esprit, on ne lui pouvait refuser dans le monde la louange d’une grande politique et d’une grande prudence. Richelieu néanmoins, voyant qu’il avait besoin de l’alliance des Hollandais et de l’amitié de ce prince dans la guerre qui avait été entreprise, méprisa les moindres vengeances pour s’appliquer aux plus grandes. Voyons la réponse de M. Huber.

Il dit, 1o. que si les Français manquèrent de vivres, ce fut leur faute : que n’établissaient-ils des magasins ? Le traité ne portait pas que la Hollande leur fournirait les provisions nécessaires [80] ; que si les vivandiers aimaient mieux vendre leurs denrées aux Hollandais qu’aux Français, c’était parce que ceux-ci n’avaient point d’argent et n’observaient point de discipline [81] ; 2°. qu’il ne tenait qu’aux Hollandais d’éloigner de leurs frontières les états du roi de France, en s’accordant avec l’Espagne, et que la haine qu’ils avaient pour la nation espagnole ne leur donnait pas le temps de réfléchir sur le mal que c’est d’être voisin de la France [82] ; et qu’après tout, le cavalier Nani juge de leurs mœurs selon les ruses mystérieuses d’Italie. Non est dubium quin Nanius Belgarum ingenia moresque secundùm Italos eorumque profundas artes æstimet [83] ; 3°. que le prince d’Orange étant le généralissime des deux armées, et ayant travaillé avec ardeur à la conclusion de cette ligue, il n’y a point d’apparence que pour se venger de quelques pratiques du cardinal, il eût voulu se priver de la belle gloire d’une très-heureuse campagne, ni exposer la république au ressentiment d’un allié si nécessaire et si redoutable ; 4°. enfin, que, l’alliance ayant subsisté pendant douze ans, les Français ne se sont pas plaints de la prétendue perfidie. Avausionensis summo studio belli societatem procuraverat, imperium in ipsum Gallorum exercitum suo conjunctum acceperat, ut omnis gloria in ipsum redundaret : hoc unicè in eam gratiam ut propter evanidas in arcem Arausionensem insidias à Richelio propositas, regem potentissimum deformi proditione lethaliter offenderet ? Remque publicam tunc ejus amicitiæ indignam daret præcipitem et societatem tantâ principis ipsius curâ studioque contractam incontinenti abrumperet ? Quid enim aliud ab immani proditionem perfidiâque poterat expectari ? Cùm tamen eadem societas per duodecim annos continuata sit, nec quicquam ejusmodi tunc temporis vel unquàm posteà Galli de fœderatis Belgis, etiam cùm irati essent, conquesti fuerint [84].

Je ne crois pas qu’on puisse opposer à ces raisons de M. Huber [* 4] ce que M. du Maurier rapporte du chagrin que le prince Frédéric-Henri se plut à faire au cardinal de Richelieu, pour se venger de l’entreprise que ce cardinal avait formée sur la principauté d’Orange. Cet auteur assure [85] que le prince cacha son ressentiment dans son cœur, et attendit une occasion favorable de s’en ressentir, qui ne tarda guère à se présenter ; car...... [86] l’armée de France ayant défait à plate couture les forces d’Espagne à Avein, se joignit au prince d’Orange après avoir saccagé une partie du Brabant ; mais le prince, qui avait toujours sur le cœur l’affaire d’Orange, et qui n’aimait pas mieux le voisinage des Français que celui des Espagnols, manque de vivres et de subsistances fit ruiner notre armée victorieuse, qui s étant retirée en Hollande après la levée du siége de Louvain, sous prétexte de l’approche de Picolomini avec une armée d’Allemagne, y périt la plupart de faim, de misère et de maladie ; n’en étant pas retourné la sixième partie dans le royaume. Le prince d’Orange regardait le cardinal de Richelieu comme un ennemi réconcilié, qui ne le recherchait que parce qu’il avait nécessairement affaire de lui : et pour cela, sous main, il lui faisait tous les déplaisirs et toutes les mortifications dont il était capable, donnant retraite favorable à tous ceux qui étaient disgraciés en France, et les honorant des plus beaux emplois et de sa confiance même, comme il le fit bien paraître entre autres à MM. de Hauterive et de Beringhen, qu’il considérait autant pour faire dépit au cardinal, que parce qu’ils le méritaient : et le cardinal de Richelieu, tout puissant qu’il était, se voyait forcé d’avaler ces pilules, ayant nécessairement besoin de la diversion de Hollande pour le bien de ses affaires [87]........ Ainsi il continua de rechercher l’amitié de M. le prince d’Orange, et il fut arrêté que dorénavant chacun attaquerait l’ennemi commun de son côté. Du depuis il entretint une fidèle et parfaite correspondance avec le prince : et le prince que s’était assez vengé, et tirait un grand avantage de l’alliance avec la France, exécuta depuis les traités de bonne foi. On voit manifestement que ce n’est là qu’une copie des médisances du cavalier Nani ; et comme d’ailleurs les mémoires de du Maurier sont postérieurs à l’an 1672, ils ne sont point propres à servir de preuve. Ce serait en tout cas un fait d’où l’on pourrait recueillir qu’un roi s’expose à de grands malheurs, lorsqu’il se sert d’un premier ministre qui est haï personnellement dans le pays de ses alliés. Louis XIII en aurait fait une triste expérience ; ils auraient sacrifié ses armées à la passion de se venger de son cardinal. Ce sacrifice eût été une voie bien ingénieuse de vengeance ; car rien n’est plus propre à renverser un premier ministre, que les mauvais succès de la guerre. Mais ne croyons pas tout ce système de l’historien de Venise et de M. du Maurier.

(O) On le dégoûta de la lecture.... en lui faisant lire un ouvrage qui lui déplaisait. ] « Le roi Louis XIII, pour n’avoir pas été conduit selon ses inclinations, ni par le chemin que son esprit voulait prendre, se lassa tellement dans la lecture utile, mais désagréable, des Antiquités de Fauchet, qu’il eut une aversion si générale pour toutes sortes de livres, et si longue, qu’elle n’a pu être bornée que par la fin de sa vie. » L’auteur dont j’emprunte ces paroles [88] cite Gomberville, dans la Doctrine des Mœurs, et met ce fait sous le 24 de mars. Je ne sais pas pourquoi il choisit ce jour. Voyez le Ménagiana, vous y trouverez ceci [89] : Monsieur de Gomberville, de l’académie française, était fils d’un buvetier de la chambre des comptes. Il a écrit dans son livre de la Doctrine des Mœurs, que ce qui détourna le roi Louis XIII de l’étude, fut qu’on lui donna à lire l’Histoire de France, par Fauchet. Le mauvais langage de cet auteur lui donna ce dégoût, quoique d’ailleurs il y ait de bonnes choses.

(P) Il ne fut pas bien instruit aux lettres, et il ne les aima point. ] M. le Vassor, qui a donné au public le premier volume de l’Histoire de Louis XIII, remarque avec beaucoup d’étonnement qu’il n’a trouvé que peu de choses de l’éducation de ce roi [90] [* 5]. Il dit que le gouverneur [91] qu’Henri IV lui donna, n’avait pas les qualités que cet emploi important demande ; et que la peinture qu’un auteur [92] vient de nous faire des amours extravagans et romanesques de la vie et de la mort tout-à-fait épicurienne de Vauquelin-des-Ivetaux, premier précepteur de Louis XIII, est une preuve certaine qu’Henri IV, qui l’avait choisi de son propre mouvement, n’était pas bon connaisseur en gens de mérite [93]. Il ajoute qu’un an après la mort de Henri IV, Vauquelin perdit cet emploi par la jalousie de certaines gens, et que Nicolas Lefebvre lui succéda, homme distingué par sa science et par sa piété, qui mourut un an après, et que Fleurance Rivaut, habile mathématicien, dit-on, monta de la charge de sous-précepteur à celle de précepteur en chef. Un jeune homme, continue-t-il, qui passe par tant de mains différentes, ne devient pas ordinairement fort habile.

Il est certain que Nicolas Vauquelin, sieur des Ivetaux, avait de l’esprit et du savoir. Il était fils de monsieur de la Frénaie, président au bailliage et siége présidial de Caen, en l’année 1605, dont il se voit un grand recueil de vers, imprimé à Caen [94]. Nicolas Lefebvre était de Paris, et avait beaucoup de mérite, un savoir exact, profond, étendu, une grande probité, une modestie incomparable. Son article est bon dans le Dictionnaire de Moréri. Voyez aussi les éloges que Casaubon lui a donnés [95]. Il avait été choisi par Henri IV pour instruire le prince de Condé [96] ; mais non pour précepteur du dauphin, comme l’assure le Grain [97]. Ce fut sous la régence de Marie de Médicis, qu’il fut élevé à cette charge [98]. Il mourut le 3 de novembre 1612, âgé de soixante-huit ans et quelques mois. Mais supposons tant qu’on voudra que lui et des Ivetaux avaient un très-grand mérite, et que la qualité de bon précepteur, qualité plus rare que celle de précepteur n’est commune, se trouvait unie dans leur esprit avec celle de savant, nous n’en pourrons point conclure que Louis XIII ait été bien élevé ; car ils ne furent que très-peu de temps les directeurs de ses études. Il faudrait savoir comment s’acquittèrent de leur charge ceux qui vinrent après Lefebvre. On ne saurait guère se prévenir en leur faveur, quand on songe qu’ils s’obstinèrent à lui faire lire les ouvrages de Fauchet qui lui déplaisaient. Ce n’était pas le moyen de former son goût : c’était le chemin de le rebuter. On dit néanmoins qu’il devint assez délicat sur le chapitre de l’éloquence, et que les harangueurs de ce temps-là lui déplaisaient infiniment, quoique ses éloges fussent la matière de leurs discours. Voici mon témoin [99] : « Louer toujours, admirer toujours, et employer à cela des périodes d’une lieue de long, et des exclamations qui vont jusqu’au ciel, cela fait dépit à ceux-mêmes que l’on loue et que l’on admire. Les victorieux s’en sont plaints au milieu de leurs triomphes. Et je sais de bonne part, que le feu roi se regardant un jour au miroir, étonné du grand nombre de ses cheveux gris, en accusa les complimenteurs de son royaume, et leurs longues périodes. Il dit à celui de qui je le sais, ces paroles remarquables : J’ai opinion que ce sont les harangues qu’on m’a faites depuis mon avénement à la couronne, et particulièrement celles de monsieur de ***, qui m’ont blanchi la tête de si bonne heure. »

(Q) Il fit paraître beaucoup de délicatesse d’esprit en plusieurs rencontres. ] Si ce que Balzac vient de nous apprendre ne paraît pas un bon commentaire de ce texte-ci, que dira-t-on après avoir lu ces paroles du chevalier de Méré ? « Comment se peut-il donc faire que cette cour soit si différente de ce qu’elle était autrefois ? Henri-le-Grand, qui jugeait bien de tout quoiqu’il n’eût guère étudié que le métier de la guerre, et le feu roi, ce me semble, n’y ont pas peu contribué. Ce prince, que nous avons vu, avait esprit délicat, et disait d’excellentes choses. Peut-on rien dire de plus agréable que ce mot : Mettez votre chapeau, Brion, mon frère le veut bien ; et tant d’autres que je pourrais rapporter ? Comme il aimait la bonne raillerie, il rebutait fort celle qui prenait le contre-pied, et le C. D. R. pensa être disgracié pour en avoir écrit une au M. D. E., encore qu’elle n’eût rien de coupable que d’être fort mauvaise [100]. » Une infinité de lecteurs entendront mieux ce qui concerne le mettez votre chapeau, Brion, etc., si je leur raconte la chose un peu amplement, et telle que M. Boursault l’a décrite. Feu M. le duc d’Orléans, Gaston de France, était si jaloux des droits attachés à sa qualité, que sur cet article il ne faisait grâce à personne. Pour avoir le plaisir de voir les princes du sang chapeau bas en sa présence, quand il trouvait une occasion de leur parler, il les tenait le plus long-temps qu’il pouvait, et jamais ne se découvrait un seul moment, tant il avait peur d’oublier ce qu’il était. Louis XIII, allant un jour de Paris à Saint-Germain par une chaleur excessive, et Monsieur accompagnant sa majesté, les seigneurs qui étaient nu-tête aux portières du carrosse avaient toutes les peines du monde de résister à la violence du soleil. Le roi, qui s’aperçut de ce qu’ils souffraient, eut la bonté de leur dire : Couvrez-vous, messieurs, couvrez-vous ; mon frère le veut bien [101].

(R) Je copierai le caractère qu’on lui donne dans l’Histoire de l’Édit de Nantes. ] Il était....... « jaloux de sa puissance jusqu’à l’excès, quoiqu’il ne sût ni la connaître, ni en jouir. Jamais dans tout le cours de sa vie, il ne put ni l’exercer par lui-même, ni la souffrir dans les mains d’un autre. Il lui était également impossible de n’élever pas ses favoris à une extrême puissance, et de les supporter dans cette grandeur que lui-même leur avait donnée. À force de les enrichir, il les mettait en état de lui déplaire. L’excès de sa complaisance pour eux était comme le premier degré de sa haine : et je ne sais si on trouverait dans son histoire l’exemple d’un favori dont il ait plaint la mort ou la décadence. Mais ses sentimens demeuraient cachés dans son cœur, et parce qu’il les communiquait à peu de personnes, ceux qui veulent qu’il y ait toujours du mystère dans la conduite des princes, l’accusaient d’une noire et profonde dissimulation. À dire le vrai au fond, la raison de son silence était qu’il ne se fiait ni à lui-même, ni à personne ; et qu’il avait beaucoup de timidité et de faiblesse. Presque tous ceux qui ont parlé de lui reconnaissent qu’il avait du courage ; que dans le danger il ne perdait pas le jugement ; qu’il aimait et entendait la guerre ; qu’il possédait plusieurs belles connaissances ; mais qu’il n’avait pas la force de régner [102]. » Ce portrait semble assez bien tiré d’après nature [* 6].

(S) Un savant critique poussa M. Godeau d’une grande force. ] La déclaration du roi touchant cet acte de dévotion pour la Sainte Vierge est datée du 10 de février 1638. Vous la trouverez toute entière dans le Mercure Français [103] ; je me contente d’en détacher cette partie : « À ces causes nous avons déclaré et déclarons, que prenant la très-sainte et très-glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre état, notre couronne et nos sujets, la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte conduite, et défendre avec tant de soin ce royaume contre tout l’effort de tous ses ennemis, que soit qu’il souffre le fléau de la guerre, ou jouisse de la douceur de la paix, que nous demandons à Dieu de tout notre cœur, il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire. Et afin que la postérité ne puisse manquer à suivre nos volontés en ce sujet, pour monument et marque immortelle de la consécration présente que nous faisons, nous ferons construire de nouveau le grand autel de l’église cathédrale de Paris, avec une image de la Vierge, qui tienne entre ses bras celle de son précieux fils, descendu de la croix ; nous serons représentés aux pieds et du fils et de la mère, comme leur offrant notre couronne et notre sceptre. Nous admonestons le sieur archevêque de Paris, et néanmoins lui enjoignons que tous les ans, le jour et fête de l’Assomption, il fasse faire commémoration de notre présente déclaration à la grande messe, qui se dira en son église cathédrale, et qu’après les vêpres dudit jour, il soit fait une procession en ladite église, à laquelle assisteront toutes les compagnies souveraines, et le corps de ville, avec pareille cérémonie que celle qui s’observe aux processions générales les plus solennelles. Ce que nous voulons aussi être fait en toutes les églises, tant paroissiales que celles des monastères de ladite ville et faubourgs, et en toutes les villes, bourgs et villages dudit diocèse de Paris. Exhortons pareillement tous les archevêques et évêques de notre royaume, et néanmoins leur enjoignons de faire célébrer la même solennité en leurs églises épiscopales, et autres églises de leurs diocèses. »

M. Godeau fit une hymne sur ce sujet, dans laquelle le roi, s’adressant à la Sainte Vierge, lui étale le mérite extraordinaire du cardinal de Richelieu, et le reconnaît non-seulement pour son collègue, mais aussi pour un collègue qui veillait afin de laisser dormir son associé. Le jésuite [104] qui critiqua M. Godeau, sortit des termes de la modestie, et s’emporta ; mais au fond il avait raison de censurer cette conduite. Je rapporterai un peu au long sa censure, et n’aurai pas peur d’en être blâmé, comme à l’égard de plusieurs autres citations empruntées de certains livres qui ne sont rien moins que rares ; car le livre de ce jésuite n’est guère connu, et ne se trouve presque plus. Citons-en donc hardiment un bon morceau, qui nous apprendra que Louis XIII aimait point qu’on louât à ses dépens le premier ministre. Il sentait sa dépendance, mais il était fâché qu’on s’en aperçût ; et il est même certain que le cardinal ménageait adroitement, dans ses paroles et dans sa conduite extérieure, la délicatesse de son maître. Ainsi, M. Godeau se servait de flatteries qui n’étaient ni conformes au decorum, ni à la prudence [105]. Cùm Ludovicum XIII offerentem se ac regnum Mariæ Virgini, induceret, huic de isto sermonem affinxit, qui totus abhorreat à regis sensu et consuetudine, cardinalis prudentiâ, ac voluntate, rei naturâ. Quid attinuit à rege, sanctis ac religiosis suis ad Dei matrem precibus, cujusquam mortalis laudes admisceri ? quid necesse fuit, minutè atque enucleatè exaggerari ? quid convenit tam multis in tam exiguo carmine ?..... Verùm remitto pessimi poëtæ errata, atque condono. Quis hoc, Antoni, tibi ignoscat, vel civis bonus, vel vir non excors, quòd regi socium et consortem regni invidiosissimè addidisti ?

Tandis [* 7] qu’un si sage ministre
Avec moy tiendra le timon.


Quid ais, perduellis ? Tenir le timon avec le roi, tenere clavum et principatum cum rege pariter ? neque est enim istuc proregem agere, sed unà cum rege regem esse. Quod si de filio regis unico, herede proximo et vero, patre vivo, dicas, crimen imminutæ majestatis incurras : cùm de alieno, de cive, de administro, de eo, qui hoc sinè scelere cogitare non ausit, dixeris : omni culpâ, reprehensione, pœnâ liber sis ? Nescis quàm retinens Ludovicus auctoritatis ? quàm nihil hujus perferens, undè peti vel tantulùm majestas videretur ? quàm gnarus istorum cardinalis, neque quidquam tàm verens, quàm ne quis istiusmodi parùm consideratus sermo et improbus ac seditiosus ad aures regis accederet, aut in vulgus serperet ? ut mirum sit, ni apud utrumque, si modò legere scriptiunculam istam tuam curavit, graviter offenderis. Præsertim cùm nihil excusare posses, neque hoc tibi imprudenti excidisse, neque ullis versus angustiis, ac necessitate coactum fecisse ; cui tàm facile fuerit tàm apertum nefas advertere, et invidiam verbis atque asperitatem vel tollere omninò, vel sic mitigare : Tandis qu’un si sage ministre dessous moi tiendra le timon... Quod sequitur, satis ridiculum, eundem cardinalem unum opponi inferis ac dæmonibus cunctis [* 8] : Les enfers n’ont point de démon, dont je craigne rien de sinistre. Et hoc arrogans ac propè impium [* 9] : C’est par lui que tout n’est possible. Nempè si cardinalis affuisset, non esset rex mortuus. Vitandum sanè fuit, ut ne id usurpares, in quo aperta assentatio minimum est, quod reprehendatur, illum ipsum regem futurum fuisse, nisi regi adjutor et comes adjunctus esset [* 10]. Et vous en eussiez fait un roi, etc. Non possum verò tibi, Godelle, non succensere quòd in tàm effusis administri regii laudibus, regem deprimis, et nobis exhibes somniculosum, ac nihil agentem, qui hoc etiam confiteatur de se :

Je [* 11] goûte en repos le sommeil, etc.


Quem porrò regem ? vigilantissimum, laboriosissimum ; patientiâ injuriarum cœli ac terræ insignem, qui multiplici et diversâ in ultimas regni oras expeditione, valetudinem et corpus amisit, neque vitam longiùs, quàm in quartum et quadragesimum annum produxit [106].

(T) L’autorité royale se fit sentir... plus fortement qu’elle n’avait jamais fait en France. ] Chose remarquable ! sous un prince qui ne jouissait pas lui-même de l’autorité, ni d’une pleine liberté, la puissance royale s’est plus fortement établie qu’elle n’avait fait sous les monarques les moins dépendans de leurs ministres, et les plus habiles dans l’art de régner. C’est proprement sous Louis XIII que les rois de France ont été mis hors de page, et non pas sous le règne de Louis XI. C’est au cardinal de Richelieu qu’on doit imputer cela ; c’est lui qui commença l’œuvre de la puissance arbitraire, et qui l’amena bien près de la perfection ; mais non pas aussi près que l’on s’en plaignait alors : la suite a montré qu’il manquait beaucoup de choses à cet ouvrage ; on les y a jointes depuis, ou on les y joint encore. Les peuples et les magistrats sentirent cette nouveauté, et en murmurèrent [107]. Ce fut le sujet de mille conversations. Costar raisonna une fois contre un politique qui lui soutenait, « qu’il n’y a point de princes plus dangereux que ceux qu’un poëte latin [108] appelle nimiùm reges : des souverains qui sont trop souverains, et des rois qui sont trop rois. » Ceux qui voudront voir les raisons de M. Costar n’ont qu’à lire la dernière lettre de ses Entretiens. Sous les règnes faibles, dit-il [109], les guerres étrangères et domestiques sont inévitables. Si un roi n’est bien absolu chez soi, il est impossible qu’il soit redouté chez ses voisins, et le mépris que les ennemis feront de ses forces, excitera nécessairement leur ambition et leur avarice.…. Pourvu qu’on laisse faire M. le cardinal, pourvu que Dieu ne se contente pas de l’avoir montré aux hommes, et qu’il nous laisse jouir longues années du beau présent qu’il nous a fait en le donnant à la terre ; tous ces petits tiercelets de rois, qui partageaient en quelque sorte le royaume [110], verront leur tyrannie détruite ; et s’ils sont encore considérables, ce ne sera plus par la puissance de mal faire, mais seulement par le mérite de leur personne, et l’utilité de leurs services.... Il y a long-temps qu’on a comparé le peuple à la mer [111], qui est naturellement tranquille, et qui jouit d’une bonace continuelle, si elle n’est troublée par la violence des vents. Mais notre sage pilote a trouvé l’invention de les lier, de les enfermer, et de s’en rendre le maître : de façon qu’en l’état où il nous a mis, s’il se pouvait élever encore quelque trouble ou quelque sédition manquant de chefs pour la conduire et la soutenir, les remèdes en seraient aussi aisés que les causes en seraient légères ; car cette multitude dont nous parlons est un monstre qui a son cœur dans la tête, aussi-bien que son esprit : et Tacite a dit de la populace, que n’ayant point de conducteur, elle est toute tremblante, toute effrayée et toute étourdie : Vulgus sinè rectore, pavidum, socors. Voilà comment il faisait l’apologie des arrêts de bannissement et de mort, à quoi il avait fallu recourir pour dissiper les factions. Dans les maladies intestines, ajouta-t-il [112], dont la France était travaillée, il a fallu pour la sauver lui réitérer les saignées.

(V) Je ne crois pas que le parlement de Paris ait jamais souffert une mortification aussi honteuse qu’en 1631. ] Le roi ayant été averti des préparatifs de guerre qui se faisaient en faveur du duc d’Orléans presque par tout le royaume [113], et que la Bourgogne devait être le principal siége de la rébellion, y accourut promptement. Cette diligence obligea le duc à se retirer [114] sur les terres des Espagnols avec ses fauteurs. Ceux-ci furent déclarés criminels de lèse-majesté. La déclaration ayant été vérifiée au parlement de Bourgogne [115] fut envoyée au parlement de Paris, où les opinions se divisèrent tellement qu’il y eut un arrêt de partage au lieu d’un arrêt de vérification [116]. « D’où vint que le roi, étant de retour à Paris, fut obligé, pour ne laisser un tel désordre sans correction, de mander le parlement au Louvre, avec ordre d’y venir à pied comme coupable, et en état de recevoir la réprimande qu’il méritait, pour faire entendre qu’il ne lui appartient pas de délibérer sur les affaires d’état ; qu’il ne lui envoyait les déclarations qu’il faisait sur cette matière, que pour les publier, enregistrer, et faire observer par ses peuples ; et qu’il devait apporter d’autant moins de difficulté à publier celle dont il est question, qu’il y a bien de la différence entre une commission qui est délivrée pour faire le procès à quelqu’un et le juger, et une déclaration qui est publiée par sa majesté pour faire connaître à ses sujets ceux dont il se plaint, les raisons qu’il en a et pour lesquelles ils sont coupables du crime de lèse-majesté : vu que, dans une déclaration, sa majesté leur laisse un certain temps pendant lequel ils peuvent obtenir grâce de sa clémence, s’ils y ont recours, et que même après cela on ne laisse pas d’observer toutes les formalités nécessaires aux procès criminels avant que les condamner. Cela fut fait dans le Louvre, le roi séant en son conseil, et le parlement, en corps. étant à genoux en sa présence, et même après que le garde des sceaux lui eut fait entendre, de la part de sa majesté, qu’il n’avait pas l’autorité de juger des déclarations d’état qu’il lui envoyait, elle déchira de sa main l’arrêt de partage, qui avait été écrit dans les registres du greffe, et commanda d’y mettre en sa place celui de son conseil, par lequel il le cassait ; avec défenses de mettre en délibération à l’avenir semblables déclarations : et enfin, pour expier la faute de ce corps sur quelques particuliers, par ordre de sa majesté, les présidens Gayan et Barillon, et le sieur Lesné, conseiller, reçurent commandement de s’éloigner pour quelque temps de Paris, et furent suspendus de l’exercice de leurs charges, pour avoir parlé avec trop peu de respect de ses actions et de la conduite de l’état [117]. »

Il y a dans les pays étrangers une infinité de gens qui s’imaginent que c’est par un changement tout-à-fait moderne que les parlemens de France ont été exclus du partage de la souveraineté. Il y a même plusieurs Français qui sont dans une pareille erreur. Il ne sera donc pas inutile de marquer ici par des faits certains et incontestables, qu’il y a long-temps qu’on a déclaré au parlement de Paris les bornes de sa fonction, et cela sur le pied d’un ancien usage. Cette compagnie étant au Louvre, l’an 1631, dans la posture qu’on vient de marquer [118], le garde des sceaux, de Châteauneuf, blâma fortement le procédé de messieurs du parlement de Paris, et leur justifia, par quantité de raisons, et par divers exemples, que le parlement ne peut et ne doit point connaître que des affaires des particuliers, et des différens qui sont de partie à partie, et non pas des affaires d’état, dont le souverain se réserve à lui seul la connaissance. Que lors même qu’il s’agit de faire le procès aux princes, aux ducs et aux officiers de la couronne, pour des malversations en la direction des finances et du maniement de l’état, il est nécessaire, afin que les parlemens en puissent connaître, que le roi leur adresse une commission expresse qui étende, en ce cas, leur juridiction ordinaire ; ou que sa majesté y assiste en personne, et qu’elle autorise, par sa présence, l’instruction de ces procédures extraordinaires. Que d’ailleurs y ayant grande différence entre une commission pour faire le procès, et une déclaration qui note seulement ceux dont le roi se plaint, l’on n’a jamais douté que les parlemens ne doivent prendre connaissance de cause avant que de juger sur une commission ; et qu’au contraire ils ne soient tenus de vérifier, sans aucun délai ni délibération, une déclaration qui laisse toujours aux criminels un certain temps, dans lequel ils peuvent se remettre au devoir, et empêcher par ce moyen que l’on ne passe outre à l’instruction de leur procès. La remontrance du garde des sceaux étant achevée, le roi se fit apporter le registre de la cour, et marquer la feuille où était l’arrêt de partage, que lui-même déchira, et y fit insérer au lieu, l’arrêt du conseil de ce même jour, 12 de mai, par lequel très-expresses inhibitions et défenses étaient faites à ladite cour de parlement, de mettre à l’avenir en délibération telles et semblables déclarations, concernant les affaires d’état, administration et gouvernement d’icelui, à peine d’interdiction de leurs charges, et de plus grande, s’il échéait : et pour la faute commise en ce regard par ladite cour, était ordonné que lesdites lettres de déclaration seraient retirées d’icelle, avec défenses très-expresses de prendre aucune juridiction ni connaissance du contenu en icelles. Il n’y eut jamais personne qui fût mieux instruit des lois du royaume que le chancelier de l’Hospital. Voyez néanmoins de quelle manière il fit parler Charles IX [119]. Bodin vous apprendra que ce prince fit un arrêt, le 24 de septembre 1563, pour défendre au parlement de Paris de mettre en dispute si l’on vérifierait ou non les édits que sa majesté leur enverrait [120]. François Ier. avait fait une semblable ordonnance, l’an 1528 [121] [* 12].

(X) Il s’imagina que ses troupes étant commandées par les créatures du cardinal, il n’en disposerait pas. ] Les mémoires de M. d’Artagnan nous apprennent que Cinqmars, favori du roi, conçut beaucoup d’aversion pour le cardinal de Richelieu, depuis qu’il eut remarqué que cette éminence empêchait qu’il n’épousât une princesse. Il tâcha de porter le roi à congédier ce ministre ; et il croyait avoir remarqué que si sa majesté ne le chassait pas d’auprès d’elle, c’était bien moins manque de bonne volonté que parce qu’elle l’appréhendait. Elle lui avait répondu effectivement, quand il lui en avait parlé, que ce qu’il lui proposait là était bien difficile ; qu’il ne faisait pas réflexion que ce ministre était maître de toutes les places de son royaume et de toutes les armées tant de mer que de terre ; que c’étaient ses parens et ses amis qui les commandaient, et qu’il pouvait les faire révolter contre elle toutes les fois et quantes que bon lui semblerait [122]. Joignons à cela une réflexion. Les favoris des princes, ou ceux qui ont le plus de part au gouvernement, s’appliquent pour l’ordinaire avec une vigilance incroyable à se faire donner, ou à procurer à leurs parens les emplois les plus lucratifs et les plus glorieux. On dirait qu’ils se regardent comme les héritiers du genre humain ; il n’y a point de charge vacante qu’ils ne demandent où pour eux, ou pour quelqu’une de leurs créatures. Il y a des gens qui n’attribuent cela qu’à une avarice insatiable, et qu’à une ambition démesurée : mais il est sûr que si au commencement ce sont les causes uniques de ce procédé, la prudence dans la suite en est le plus grand motif ; car les envieux et les ennemis d’un premier ministre, s’augmentent à mesure que son autorité se fortifie ; il a donc de jour en jour un nouveau besoin de se faire des appuis et des remparts ; et c’est pourquoi il ne cesse point d’éloigner des charges les personnes qui lui sont suspectes, et d’avancer ceux qui se dévouent à sa fortune. Le cardinal de Richelieu se maintint par-là, et affermit de telle sorte sa puissance, qu’elle dura plus que sa vie. Vous avez vu dans le passage des mémoires de M. d’Artagnan, que ce fut ce qui empêcha le roi de satisfaire l’envie de le ruiner. Voyez un peu en quel état furent les choses après la mort de son éminence ; voyez-le, dis-je, dans ces paroles de M. de la Rochefoucauld [123]. J’arrivai à la cour, que je trouvai aussi soumise à ses volontés [124] après sa mort, qu’elle l’avait été durant sa vie, ses parens et ses créatures y avaient les mêmes avantages qu’il leur avait procurés ; et par un effet de sa fortune, dont on trouvera peu d’exemples, le roi, qui le haïssait et qui souhaitait sa perte, fut contraint non-seulement de dissimuler ses sentimens, mais même d’autoriser la disposition que le cardinal de Richelieu faisait par son testament, des principales charges et des plus importantes places de son royaume. Il choisit encore le cardinal Mazarin pour lui succéder au gouvernement des affaires, et ainsi fut assuré de régner bien plus absolument après sa mort, que le roi son maître n’avait pu faire depuis trente-trois ans qu’il était parvenu à la couronne. Mais pour ne rien oublier, il faut que j’observe qu’il était du service du roi, qu’en ce temps-là les armées et les places fortes ne fussent point sous la direction des ennemis du cardinal. L’habileté de ce ministre n’eût point suffi à le maintenir sans les bons succès qui accompagnaient les armes du roi. Il eût fallu nécessairement qu’il succombât, si les guerres de Louis XIII eussent été malheureuses. Il était donc de l’intérêt de ses ennemis que les Espagnols triomphassent, et missent le royaume dans une continuelle frayeur. Que n’aurait-on pas eu à craindre, si les généraux français eussent souhaité la ruine du cardinal, et si leur destin particulier n’eût pas dépendu de celui de ce ministre ? Ceux qui souhaitaient sa perte eurent un très-grand plaisir des prospérités des Espagnols, l’an 1636, et le comte de Soissons, prince du sang, s’acquitta très-mal de son devoir, lorsqu’il fut question d’arrêter cette tempête. C’est qu’il n’aurait pas été marri qu’elle s’augmentât jusques au point de forcer le roi à sacrifier le cardinal à l’indignation publique. Nous n’eussions jamais cru, ce sont les termes d’une déclaration du roi [125], qu’après avoir pardonné au comte de Soissons, notre cousin, la mauvaise frasque qu’il fit contre notre service, en 1636, lorsque nous confiions nos armes entre ses mains, il se fût embarqué de nouveau, etc. Voyez ce qui a été dit ci-dessus [126] touchant la levée du siége de Fontarabie.

On a vu au commencement de cette remarque que le cardinal de Richelieu irrita Cinqmars en l’empêchant d’épouser une princesse. N’engageons point le lecteur à la fatigue de consulter un autre ouvrage : disons ici que cette princesse était la même Marie de Gonzague qui épousa le roi de Pologne quelque temps après. Elle avait été aimée du duc d’Orléans, frère unique de sa majesté ; mais la reine-mère, pour empêcher qu’il ne l’épousât, la fit mettre dans le bois de Vincennes [127]. Cette détention finit peu après par ordre du roi, qui promit, en 1631, à son frère, qu’on lui permettrait de l’épouser [128]. Le duc d’Orléans ne profita point de ces offres ; il méditait une rébellion qui fut réprimée dès sa naissance, et il se sauva dans les pays étrangers et s’engagea avec une sœur du duc de Lorraine. L’une des six choses qui donnèrent à Cinqmars une furieuse aversion pour le cardinal de Richelieu, fut qu’en lui parlant de la princesse Marie de Gonzague, il ajouta que sa mère le voulait marier avec elle. Votre mère, répondit son éminence, est une folle ; et si la princesse Marie a cette pensée, elle est plus folle que votre mère. Ayant été proposée pour femme de Monsieur, auriez-vous bien la vanité et la présomption de la prétendre ? c’est chose ridicule [129]. Notez que l’auteur des Galanteries des rois de France a débité une chose diaboliquement satirique touchant ces amours de Cinqmars.

(Y) On le sollicita souvent de donner ordre, ou de permettre qu’on tuât ce cardinal. ] J’ai rapporté dans la remarque précédente la réponse que fit Louis XIII à la proposition de disgracier le cardinal. Cette réponse fit conclure à son jeune favori [130], que quand il aurait tué le cardinal, le roi serait bien aise tout le premier d’en être défait, bien loin de songer à le venger : ainsi se confirmant toujours de plus en plus dans le dessein de faire périr ce premier ministre, il tâcha d’engager Tréville à l’exécution. [131] « Mais Tréville qui était sage et prudent lui répondit, quand il lui en parla, qu’il ne s’était jamais mêlé d’assassiner personne, et que c’était tout ce qu’il pourrait faire si sa majesté lui témoignait elle-même qu’il y allât du bien de son état. Cinqmars lui répliqua que s’il ne tenait qu’à le lui faire dire, la chose serait bientôt faite, qu’il s’en faisait fort avant qu’il fût deux fois vingt-quatre heures, et qu’il ne lui demandait sa parole qu’à cette condition. Tréville la lui donna sans faire trop de réflexion à ce qu’il faisait. Cependant, soit qu’il ne le fît que parce qu’il ne crût pas que le roi consentît jamais à pareille chose, lui qui ne faisait que dire tous les jours qu’il était au désespoir d’avoir fait tuer comme il l’avait fait le maréchal d’Ancre, ou qu’il se laissât un peu trop aller à son ressentiment. Cinqmars n’eut pas plutôt sa parole qu’il pressentit sa majesté là-dessus. Le roi, qui était naturel, lui avoua qu’il ne serait pas trop fâché d’être défait de son éminence, sans penser à quel dessein il lui faisait cette proposition. Il crut que ce qu’il lui en disait n’était qu’une chose en l’air, et comme quand l’on demande à quelqu’un si l’on serait joyeux ou fiché que telle ou telle chose arrivât. Quoi qu’il en soit, Cinqmars, tirant avantage de cette réponse, fut retrouver Tréville..... et lui dit de tâter le roi..... Tréville..... mit dès le même jour sa majesté sur ce chapitre. Elle ne lui répondit rien qui ne fût conforme à ce que Cinqmars avait tâché de lui persuader [132]..... Cinqmars qui savait déjà tromper adroitement et faire passer pour des vérités des mines et des œillades, crut qu’au lieu de faire dire à Tréville tout ce qu’il lui avait promis, il lui suffisait de lui faire témoigner par le roi les mêmes choses qu’il lui avait dites. Tréville qui en avait ouï dire tout autant au roi, non pas une seule fois, mais plus de cent, n’en fut pas si content qu’il pensait. Il souhaita que sa majesté s’en expliquât plus positivement avec lui, et la chose ayant traîné jusqu’à son départ, ils résolurent qu’ils exécuteraient leur coup à Nemours. L’un ne s’y obligea que sous promesse que l’autre lui fit toujours de lui faire dire par le roi ce qu’il lui avait promis ; et l’autre le faisant, parce qu’il croyait toujours l’amuser et l’obliger insensiblement à faire la chose sans y faire une grande réflexion. Quand la cour fut arrivée à Melun [133], Tréville ayant sommé Cinqmars de sa parole, celui-ci le remet à Fontainebleau, où le roi devait séjourner un jour. Il en parla effectivement à sa majesté et la pressa même d’y consentir ; mais le roi ayant cette proposition en horreur, et lui ayant fait réponse qu’il n’y pensait pas d’oser seulement lui en parler, il la cacha à Tréville, et lui dit que sa majesté lui avait répondu qu’on devait entendre les choses à demi-mot, sans obliger un roi à faire un commandement comme celui-là ; que c’était ainsi qu’en avait usé le maréchal de Vitry, quand il l’avait défait du maréchal d’Ancre...... [134] Tréville ne fut point content du tout de cette réponse, et bien que toutes les mesures fussent déjà prises pour faire cet assassinat, il rompit tout, d’abord qu’il vit que le roi ne voulait point consentir. » Ensuite de cela l’auteur raconte que Cinqmars fit faire un poignard pour tuer lui même le cardinal ; qu’il le pendit au pommeau de son épée comme c’était la coutume de ce temps-là ; que le cardinal averti de ce dessein se tint sur ses gardes ; que le hasard voulut néanmoins qu’il se trouvât par deux fois tête à tête avec Cinqmars durant le chemin, mais quelque résolution qu’eût prise ce favori, il se trouva si interdit quand il fut question d’exécuter son coup, qu’il n’eut pas la force de mettre la main au poignard, qu’il n’avait fait faire néanmoins que pour lui ôter la vie.

Je ne prétends pas que l’on prenne pour des vérités tout ce qui se trouve dans les mémoires de M. d’Artagnan ; mais il est sûr que son éminence fut persuadée que Cinqmars avait résolu d’exécuter cet assassinat à Lyon. Voyez la lettre qu’elle écrivit à sa majesté, le 7 de juillet 1642 [135]. « Et il est constant par la lettre même du roi, que Cinqmars ne fit aucun scrupule d’attenter à la personne du cardinal, et qu’il ne proposa pas seulement au roi qu’il fallait s’en défaire, mais s’offrit de l’exécuter lui-même ; de quoi sa majesté eut horreur, et blâma une si méchante pensée [136]. » Recueillons de ceci un bon argument pour réfuter une fausse imagination de Gui Patin. Une infinité de gens la prennent pour un fait certain, et font là-dessus mille réflexions sérieuses, tant la chose leur paraît singulière et surprenante. Voici les paroles de Gui Patin : « J’ai toujours dans l’esprit le passage de l’Histoire du président de Thou, où il est parlé d’Antoine de Richelieu, appelé vulgairement le Moine, qui a coûté la vie à son petit-fils. Il eût bien mieux valu ne pas écrire. Que sait-on si dans quelque siècle il ne se trouverait pas quelque tyran qui lancerait son foudre sur ma famille, de chagrin que j’aurais écrit quelque vérité de ses ancêtres ? On n’eût pas coupé la tête à M. de Thou, si le cardinal de Richelieu n’eût cherché l’occasion de se venger sur le petit-fils de ce qu’avait écrit le grand-père [137]. » C’est ce qu’il écrivait le 8 de novembre 1658. il persévéra dans cette pensée, et il répéta cette observation en écrivant à un ami, le 31 de juillet 1669, avec cette seule différence qu’il prenait pour le fils de l’historien, et non pas pour le petit-fils, la victime du cardinal. Il connaissait mieux alors le degré de parenté. L’Histoire de M. le président de Thou, dit-il [138], est belle et plus que belle ; mais elle déplut si fort au cardinal de Richelieu, qu’il en fit perdre la vie au fils aîné de l’auteur, qui était un fort honnête homme ; et cela pour un passage d’Antoine Du Plessis de Richelieu, qui est dans le Ier. tome, sous François II, l’an 1560... Ce passage commence ainsi : Antonius Richelius vulgò dictus Monachus [* 13], etc. La facilité avec laquelle tant de gens ont cru ce que Gui Patin assure dans ces deux passages, nous doit convaincre qu’en certaines occasions il suffit pour persuader une chose, qu’elle contienne un excès de bizarrerie et de crime. Elle devient croyable de cela même qu’elle choque le bon sens et la vraisemblance. Mais laissons cela et raisonnons. Il est constant que Cinqmars avait entrepris de perdre le cardinal de Richelieu : cette éminence était convaincue qu’il voulait se servir même de l’assassinat. Il est constant que M. de Thou fut l’ami intime de Cinqmars, et que pour le moins il fut admis à l’étroite confidence du dessein de ce favori, en tant qu’il était question de renverser la fortune du cardinal [139]. N’est-ce point chercher midi à quatorze heures, s’il est permis d’employer cette phrase proverbiale, que de remonter jusqu’aux expressions de M. de Thou l’historien, comme à la cause de la mort de M. de Thou, le confident de Cinqmars ? Le premier ministre, vindicatif autant qu’il l’était, pouvait-il fonder son ressentiment sur une phrase du père, lorsqu’il savait que son mortel ennemi avait eu tant de liaisons avec le fils ? N’est-ce point de cette complicité qu’a dû naître l’esprit de vengeance ? Patin parle comme un homme qui assurerait que Mévius, ayant reçu des coups de bâton de Titius, ne le châtia que parce que le père de Titius n’avait point salué avec assez de respect un parent de Mévius.

(Z) Il ne voulut pas que la famille du cardinal perdît rien de son éclat,..... afin de persuader qu’il ne l’avait point élevée par une condescendance servile. ] « L’on crut, d’abord qu’il fut mort, que comme le roi ne l’avait jamais guère aimé, sa famille ne serait pas long-temps dans le lustre où il l’avait mise. Mais sa majesté, qui prévoyait que si elle faisait un coup comme celui-là, ce serait témoigner trop ouvertement, comme on l’avait dit. souvent dans le monde, que ce ministre l’avait toujours tenue en tutelle, et qu’il n’y avait que sa mort qui l’en eût fait sortir, elle l’y maintint non-seulement, mais lui accorda encore de nouveaux honneurs. Elle fit recevoir au parlement le fils du maréchal de Brézé duc et pair [140]. » Nous avons vu ci-dessus [141] ce que M. de la Rochefoucauld observe touchant le crédit où il trouva les créatures du cardinal, lorsqu’il revint à la cour après la mort de son éminence. M. de la Châtre en a parlé sur le même ton [142].

(AA) Il consentit à la liberté ou au retour de la plupart. On assure qu’il y entra..... quelques motifs d’économie. ] « Le roi, de qui la maladie augmentait tous les jours, voulant donner dans la fin de sa vie quelques marques de clémence, soit par dévotion, ou pour témoigner que le cardinal de Richelieu avait eu plus de part que lui à toutes les violences qui s’étaient faites depuis la disgrâce de la reine sa mère, consentit de faire revenir à la cour les plus considérables de ceux qui avaient été persécutés, et il s’y disposa d’autant plus volontiers, que les ministres, prévoyant beaucoup de désordres, essayaient d’obliger des personnes de condition, pour s’assurer contre tout ce qui pouvait arriver dans une révolution comme celle qui les menaçait. Presque tout ce qui avait été banni revint [143]. » L’auteur qui m’apprend ces choses est de grand poids, car c’est un grand seigneur qui était alors sur les lieux, et dont l’esprit n’avait pas moins de distinction que la naissance. Une autre personne de qualité, et fort mêlée dans les intrigues, nous fournira de quoi confirmer notre texte ; et voici ses paroles ; elles contiennent un trait satirique contre le roi [144] : « Quelque temps auparavant, le cardinal Mazarin et M. de Chavigny portèrent le roi à la délivrance des maréchaux de Vitry et de Bassompierre, et du comte de Cramail. Le moyen dont ils se servirent en cette occasion mérite d’être écrit, n’étant pas mal plaisant ; car ne voyant pas que sa majesté y eût beaucoup d’inclination, ils la prirent par son faible, et lui représentèrent que ces trois prisonniers lui faisaient une extrême dépense dans la Bastille, et que n’étant pas en état de faire cabale dans le royaume, ils seraient aussi bien dans leurs maisons où ils ne lui coûteraient rien. Ce biais leur réussit ; ce prince étant préoccupé d’une si extraordinaire avarice, que tous ceux qui lui pouvaient demander de l’argent lui pesaient sur les épaules, jusque-là qu’après le retour de Tréville, Beaupuy, et des autres que la violence du feu cardinal l’avait forcé d’abandonner lorsqu’il mourut, il chercha une occasion de leur faire une rebuffade à chacun, pour leur ôter l’espérance d’être récompensés de ce qu’ils avaient souffert pour lui. À la liberté des prisonniers suivit le rappel des exilés [145]. » Ces sortes de faits sont ceux qui paraissent les plus dignes de la curiosité du lecteur, à beaucoup de gens. C’est pourquoi je m’imagine qu’on approuvera que je les enchâsse dans mon Dictionnaire.

(BB) Il est fort probable qu’il n’ignorait pas les intrigues de la reine. ] Les mouvemens qu’elle se donna depuis la mort du cardinal de Richelieu jusques à celle du roi [146], témoignent qu’elle était fort ambitieuse, et que ce n’avait pas été sans sujet que ce cardinal, se conformant en cela au goût de son maître, l’avait tenue de court : car si on lui eût permis de se mêler des affaires, elle eût eu ses adhérences, et ses cabalistes ; et c’eût été le moyen de multiplier les factions, qui n’étaient déjà que trop importunes. Indiquons en gros ce qu’elle fit pour parvenir à une régence plénière, malgré les désirs et les volontés du roi son époux. Le cardinal avait remontré à ce prince que vu la dernière conspiration contre l’état, où Cinqmars avait employé le nom et l’autorité de son altesse royale, pour donner plus de poids et de crédit à sa faction,..... il ne serait pas à propos, en cas qu’il vînt faute de sa majesté, de laisser prendre au duc d’Orléans, son frère, la régence et le gouvernement du royaume, et moins encore la tutelle et l’éducation des fils de France [147]. Le roi goûta fort cet avis du cardinal, et ayant su que dès le premier ou le second de décembre 1642, la santé de ce premier ministre était désespérée, il se hâta d’exécuter ce conseil, de sorte que le mercredi, 3 du mois, il manda les présidens du parlement de Paris, et les gens du roi, et leur dit qu’il avait fait dresser une déclaration pour exclure de la régence, en cas que Dieu disposât de lui, le duc d’Orléans son frère, à qui il avait déjà pardonné jusqu’à six fois, et à qui il ne croyait pas devoir après cela confier ce qu’il avait de plus cher, son état et ses deux fils : et que le parlement eût à vérifier le plus tôt qu’il pourrait cette déclaration si importante et si nécessaire pour la tranquillité publique [148]. Elle fut enregistrée le 5 du même mois, pour être pleinement et entièrement exécutée [149]. La santé du roi s’affaiblissait de jour en jour, et personne ne jugea qu’il fût en état de vivre longtemps ; c’est pourquoi la cour se remplit de menées et d’intrigues : les uns s’empressaient d’offrir leurs services à la reine ; les autres songeaient à remettre en grâce le duc d’Orléans. On porta le père Sirmond, confesseur du roi, à lui proposer la corégence pour monsieur son frère avec la reine..... Mais cette proposition déplut si fort au roi, qu’après l’avoir aigrement rebutée, et en avoir même dit quelque chose à la reine, il ne voulut plus entendre parler son confesseur ; et, l’ayant fait renvoyer sous un autre prétexte, prit en sa place le père Dinet [150]. Enfin le roi s’adoucit et pour la reine et pour le duc d’Orléans. Il fit une déclaration où « il ordonne que Dieu l’appelant à lui, la reine son épouse soit régente ; qu’elle ait l’éducation de leurs enfans, avec l’administration du royaume ; et que le duc d’Orléans, son frère, soit lieutenant général du roi mineur dans toutes les provinces, sous l’autorité de la reine. Il veut que la régente et le lieutenant général ne puissent rien faire que par l’avis et le conseil souverain de la régence, composée de ses cousins le prince de Condé et le cardinal Mazarin, et des sieurs Séguier, chancelier de France, Bouthillier, surintendant des finances, et de Chavigni, secrétaire des commandemens, qualifiés tous ministres d’état, et que le prince et le cardinal en soient les chefs dans l’ordre qu’ils sont nommés, en l’absence toutefois de son altesse royale. Il entend aussi que dans son conseil tout se délibère et se résolve à la pluralité des voix : et qu’à la même pluralité on y pourvoie, tant aux plus importans emplois et aux principaux offices de la couronne, qu’aux charges de surintendant des finances, de premier président et de procureur général au parlement de Paris, et de secrétaire des commandemens [151]. » Cette déclaration ayant été lue tout haut dans la chambre de sa majesté, en présence des princes et des ducs et pairs, etc., le 19 d’avril 1643, le roi la signa, et l’apostille qui suit : Ce que dessus est ma très-expresse et dernière volonté, que je veux être exécutée. La reine et le duc d’Orléans la signèrent de même ; après s’être promis et juré l’un à l’autre, de n’y point contrevenir. Ce qui ne se passa point, à l’égard de la reine, sans bien verser des larmes, témoins de son affliction et de sa douleur...... Cela étant fait, furent introduits les députés du parlement. Le roi, tout malade qu’il était, leur déclara lui-même qu’il avait fait dresser des lettres pour la régence ; qu’il désirait être promptement vérifiées, et qu’il enverrait pour cela le lendemain matin à la grand’chambre, monsieur son frère, monsieur le prince et monsieur le chancelier. En effet, elles furent lues et publiées le matin même, à l’audience [152]. La lettre de cachet qui accompagna la déclaration enjoignait au parlement de la vérifier sans délai et sans difficulté aucune... de tirer ensuite des registres, la déclaration contre Monsieur, frère unique du roi, et de la remettre incessamment entre les mains de monsieur le chancelier, pour être cancellée ou rompue [153]. La reine, très-mal satisfaite des limitations que l’on avait mises à sa régence, ne s’occupa que des mesures nécessaires à faire casser la déclaration ; et à peine le roi eut les yeux fermés, qu’elle se transporta en pompe au parlement de Paris, pour se faire donner une régence pleine et entière. L’ancienne coutume voulait que les veuves des rois de France se tinssent quarante jours de suite dans leur chambre, sans voir ni soleil ni lune, jusques à ce que leurs maris fussent enterrés [154]. Anne d’Autriche, veuve de Louis XIII, ne s’enferma point ainsi : elle s’en alla à Paris dès le lendemain de la mort du roi son époux [155], et trois jours après elle se trouva à la plus pompeuse et à la plus éclatante cérémonie qui se puisse voir au parlement de Paris ; et selon les intrigues qu’elle avait formées auparavant, elle y fit détruire les dernières volontés du roi, cette déclaration du mois d’avril précédent qu’elle avait juré d’observer, et qui avait coûté tant de travail et de peine [156], et qui fut indubitablement l’ouvrage de M. le chancelier Séguier...... et de M. le premier président Molé [157].

Il est remarquable que l’un des moyens que les serviteurs de cette reine employèrent pour parvenir à leurs fins, fut de la porter à se servir des créatures du cardinal de Richelieu, et à oublier chrétiennement les injures qu’elle en avait reçues. Montaigu dévot de profession, mettant Dieu et le monde ensemble, et joignant aux raisons de dévotion la nécessité d’avoir un ministre instruit des choses de l’état, y ajouta encore (à mon avis) une autre considération qui la gagna absolument, qui fut de lui représenter que le cardinal Mazarin avait en ses mains, plus que personne, les moyens de faire la paix ; et qu’étant né sujet du roi son frère, il la ferait avantageuse pour sa maison, qu’elle devait essayer de maintenir en pouvoir, afin de s’en faire un appui contre les factions qui pourraient naître en France durant sa régence [158]. Un prophète n’aurait pas mieux rencontré que Montaigu ; car il s’est trouvé qu’au bout de seize ans le cardinal Mazarin a conclu la paix avec l’Espagne, si avantageusement pour cette couronne, et si désavantageusement pour la France, que les plus éclairés ont cru qu’il n’en usa de la sorte que par les prières ou par les commandemens de la reine-mère, en qui le roi son mari avait toujours remarqué un cœur espagnol ; et de là vint en partie qu’il voulut que sa régence dépendît du conseil qu’il lui enjoignait [159]. « Louis-le-Juste ne s’arrêtait pas tant aux exemples, qu’à la raison. Il savait que la reine son épouse n’entendait rien du tout aux affaires, et qu’elle ne pouvait pas s’en être acquis d’expérience, n’en ayant jamais eu de communication. Comme la régence, dit-il, est de si grand poids, et que la reine n’a pas la connaissance nécessaire pour la résolution des difficultés inséparables du gouvernement, nous avons jugé à propos d’établir auprès d’elle, et sous son autorité, un conseil qui puisse décider. D’ailleurs, ce qu’il y avait de particulier dans cette rencontre, était qu’y ayant rupture entre les deux couronnes, la reine serait obligée de faire la guerre à son propre frère, le roi catholique. Cependant, le même Louis XIII lui avait déjà autrefois reproché qu’elle ne pouvait oublier son pays, et qu’elle prenait trop de part aux nouvelles et aux affaires d’Espagne [160]. »

(CC) Il n’y eut pas jusqu’au dauphin qui, sans y penser, ne le chagrinait. ] M. Boursault ayant dit que les rois sont si délicats que la moindre chose les blesse, et que ceux mêmes qui leur sont les plus chers sont quelquefois ceux qui les chagrinent le plus aisément, en apporte cet exemple : « Un jour que j’étais avec M. le président Perrault dans sa belle galerie, M. de la Vrillière, secrétaire d’état, le vint voir ; et c’est de lui, monseigneur, que je sais ce que je vais vous apprendre. Le roi, qui n’était encore que dauphin, fut baptisé à Saint-Germain, le 21 d’avril 1643, âgé de quatre ans, sept mois et quelques jours. Louis XIII ne put assister à cette cérémonie. Il était malade, et mourut vingt-trois jours après. Au sortir du baptême, on mena monseigneur le dauphin au roi, à qui il apprit qu’il venait d’être baptisé. J’en suis bien aise, mon fils, répondit le roi. Hé comment vous appelez-vous ? Je m’appelle Louis XVI, repartit ce jeune prince, sans penser à ce qu’il disait, et peut-être même sans en savoir la conséquence. Cependant cette réponse chagrina le roi : dans l’état où il était, il la prit pour un mauvais présage ; et se tournant de l’autre côté, pas encore, dit-il, pas encore. Quelque flatteur (car les princes ont le malheur d’en avoir avant qu’ils sachent parler) avait déjà entêté cet auguste enfant du grand nom qu’il devait bientôt porter, et fut cause de la petite mortification qu’il donna innocemment au roi son père [161].

(DD) Ce que j’ai rapporté sur le peu de fruit que l’on tira de la victoire d’Avein [162]. ] J’ai cité M. Sihon, qui assure que les artifices du prince d’Orange empêchèrent les Français de profiter de cette victoire ; et j’ai observé que cet écrivain publiait cela l’an 1651, et que je ne voulais point citer ceux qui ont écrit après l’an 1672 : je tiens encore la même route, et voilà pourquoi je n’allègue point présentement un M. de la Neuville [* 14] qui a dit [163] entre autres choses, que le prince d’Orange avait su trouver, sans le faire paraître, les moyens de sacrifier à sa jalousie la plus belle armée qu’on eût encore vue dans ce siècle [164]. Mais je pourrai bien rapporter le témoignage d’un Italien dont le livre fut imprimé l’an 1640. C’est un historien assez fameux, c’est le comte Galeazzo Gualdo Priorato. Il raconte [165] que les généraux français furent d’avis qu’au lieu d’assiéger Louvain on marchât tout droit à Bruxelles. Ce conseil fut suivi ; mais le prince d’Orange, en ayant trouvé difficile l’exécution, reprit la route de Louvain, et fit connaître que la prise de cette place serait importante. L’historien ajoute qu’il y eut des gens qui trouvèrent de l’artifice dans ce procédé, vu qu’on croyait que les Hollandais aimaient mieux avoir pour voisins les Espagnols que la France. Questa benche buona opinione, e uscita di bocca d’un capitano tanto prudente, nondimeno non tralasciarono alcuni di divisarla per artifitiosa ; conciosia che gli Hollandesi credevasi, che amassero bene la corrispondenza coli Francesi per cavarne aiuti, ma non già la vicinanza, e maggior loro grandezza, per che stando quelle provincie sotto all’ obedienza d’una corona, la cui potenza era lontana, e disunita, essi erano stati, e tuttavia vedevansi bastanti a difender la loro libertà : il che più difficile sarebbe riuscito loro, quando havessero havuto da fare con un potentato di forze, e di stato umito, e loro confinante [166].

  1. * Joly observe que la reine-mère s’échappa de Compiègne, le 18 juillet 1631. Son fils, qui la retenait prisonnière, était loin de lui donner l’ordre de sortir de France.
  2. (*) Bassomp., Mém., tom. II, pag. 521.
  3. (*) Le 3 de janvier.
  4. * Joly rapporte un passage des Mémoires chronologiques de d’Avrigny, qui combat l’opinion de Huber. Mais d’Avrigny nomme cet auteur Habert, et Joly ne faisant pas observer qu’écrire Habert est une faute, ne donne-t-il pas à penser que Bayle en a fait une en mettant Huber. Ulric Huber, né en 1636, mort en 1694, à un article dans le Dictionnaire de Chaufepié.
  5. * Pour y suppléer, Joly rapporte, 1°. lettre écrite, en 1643, par le R. P. Cotton au R. P. Burtigius, touchant l’éducation de Louis XIII ; 2°. Extrait d’une lettre du père Pierre Millepied, compagnon du R. P. Cotton, au R. P. Richeome, du 8 octobre 1613 ; 3°. Extrait des manuscrits de Dupuy. Il y ajoute quelques particularités sur Louis XIII, tirées des mémoires manuscrits de M. de la Mare. Tous ces morceaux confirment ce que dit Bayle, que Louis XIII n’était pas instruit, et n’aimait pas les lettres. On a cependant imprimé les Préceptes d’Agapétus à Justinian, mis en français par le roi Louis XIII, 1612, in-8o. Le prétendu traducteur n’avait que onze ans, et peut-être aurait-il dû avoir place dans les ouvrages de Baillet et de Klefeker. Il est à croire que le travail de sa majesté enfant avait été au moins revu par Lefebvre, son précepteur.
  6. * Joly donne comme plus ressemblant le portrait de Louis XIII, qu’on trouve, pages 304 et suiv. du tome II des Mémoires de d’Avrigny.
  7. (*) Pag. 136.
  8. (*) Pag. 136.
  9. (*) Pag. 137.
  10. (*) Ibidem.
  11. (*) Ibidem.
  12. * À cette remarque voici ce que Leduchat ajoute : « le parlement avait reconnu qu’elles (les affaires d’état) n’étaient pas de sa compétence, dès l’année 1483, par la bouche de son premier président la Vaquerie, lequel, prié par le duc d’Orléans de le reconnaître pour régent, lui représenta que le parlement ne prenait connaissance que des procès entre particuliers. Vous trouverez cela dans la République de Bodin, qui l’a pris, je pense, dans l’Histoire du règne de Charles VIII. »
  13. (*) C’est Bèze qui le premier à dit cela, tom. II, pag. 592 et 795 de son Hist. eccles. ; il est même cité à cet égard par M. de Thou. Ainsi, en toutes manières, Gui Patin attribue au cardinal de Richelieu une vengeance peu vraisemblable. Rem. crit.
  14. * La Neuville est, comme le dit Joly, un pseudonyme d’Adrien Baillet.
  1. Testament politique de M. de Louvois, pag. 388.
  2. Là même, pag. 343.
  3. Testament politique de M. de Louvois, pag. 388, 389.
  4. Testament politique de M. de Louvois, pag. 392, 393.
  5. Là même, pag. 383, 384.
  6. Voyez le passage de Costar, dans la remarque (T).
  7. L’unique soin des enfans est de trouver l’endroit faible de leurs maîtres, comme de tous ceux à qui ils sont soumis : dès qu’ils ont pu les entamer, ils gagnent le dessus, et prennent sur eux un ascendant qu’ils ne perdent plus. Ce qui nous fait déchoir une première fois de cette supériorité à leur égard, est toujours ce qui nous empêche de la recouvrer. La Bruyère, Caractères de ce siècle, pag. 438, 439, édition de Paris, 1694.
  8. La Mothe-le-Vayer, Discours de la Prospérité, au tome VIII de ses Œuvres, pag. 328 et suiv., édition de Paris, 1681, in-12.
  9. La Mothe-le Vayer, Discours de la Prospérité, au tome VIII de ses Œuvres, p. 329.
  10. Tibère, successeur d’Auguste, était fils d’un homme qui à la vérité se déclara contre Auguste pendant la guerre de Pérouse, et puis tâcha de faire un parti en faveur du fils de Pompée, et enfin s’attacha à Marc Antoine ; mais peu après il fit sa paix avec Auguste, et lui céda même sa femme. Suétone, in Tiberio, cap. IV.
  11. Mémoires de M. de la Rochefoucauld, pag. 5.
  12. Voyez l’article Caussin, tom. IV, pag. 609, remarque (B).
  13. Dans ses Mémoires, pag. 3.
  14. Mémoires de la Rochefoucauld, là même.
  15. Là même, pag. 4 et 5.
  16. Là même, pag. 4.
  17. Voyez sur tout ceci la remarque (BB).
  18. Mémoires de feu M. le duc d’Orléans, contenant ce qui s’est passé en France de plus considérable depuis l’an 1608 jusqu’en l’année 1636. À Amsterdam, chez Pierre Mortier, 1685, in-12.
  19. Voyez l’article de François Ier., t. IV, pag. 563, remarque (B).
  20. Mémoires du duc d’Orléans, pag. 41.
  21. L’an 1626.
  22. Encore que le roi trouvât son compte dans cette perte, et qu’apparemment il en dut être le moins fâché, par raison de la jalousie qu’il avait eue de ce mariage, que la grossesse de Madame lui avait depuis donnée beaucoup plus grande, se trouvant libre de toutes ces craintes, sa majesté ne laissa pas de témoigner un extrême déplaisir, pour avoir eu toujours en grande estime la vertu de cette princesse ; mais il ne fut pas marri qu’elle n’eût laissé qu’une fille. Mémoires du duc d’Orléans, pag. 59.
  23. Là même, pag. 72.
  24. Notez qu’encore que cette nation soit aussi sujette qu’une autre à se soulever, il reste toujours un puissant parti qui s’attache au gros de l’arbre dans les guerres civiles.
  25. Citation (11).
  26. Il fut décapité à Toulouse, l’an 1632. Voyez son Éloge, et les regrets de sa mort, dans les Mémoires du sieur de Pontis, tom. II, pag. 44 et suiv., édit. d’Amsterdam, 1694.
  27. L’an 1637.
  28. Le Laboureur, Additions aux Mémoires de Castelnau, tom. II, pag. 152.
  29. Le connétable de Luynes s’était déjà servi de cette ruse : il avait mis dans l’esprit du roi que Marie de Médicis le voulait traiter comme Catherine de Médicis avait traité Charles IX. Voyez l’Histoire de l’Édit de Nantes, tom. II, liv. VI, pag. 288.
  30. Mémoires du duc d’Orléans, imprimés l’an 1685, pag. 81.
  31. Là même, pag. 83.
  32. Histoire du cardinal de Richelieu, imprimée à Amsterdam, 1604, tom. I, pag. 436, à l’ann. 1626.
  33. Mémoires, tom. II, pag. m. 3, dans l’Éloge de Charles IX.
  34. Voyez, dans la remarque (T), les paroles de Costar.
  35. Mémoires de M. d’Artagnan, pag. 160.
  36. Citation (8) de l’article Loudun, dans ce volume, pag. 386.
  37. Mémoires de M. d’Artagnan, pag. 161.
  38. Voyez l’Histoire du cardinal de Richelieu, imprimée à Amsterdam, 1694, tom. II, pag. 49.
  39. Voyez la même Histoire, pag. 40 et 50.
  40. Voyez le Ministère du cardinal de Richelieu, tom. II, pag. 392 et suiv., édition de Hollande.
  41. Du Châtelet, Observations sur la Vie et Condamnation du maréchal de Marillac, initio.
  42. Voyez l’abbé de Marolles, dans son Abrégé de l’Histoire de France. Voyez aussi l’Histoire du cardinal de Richelieu, tom. II, p. 52.
  43. Voyez les Mémoires de du Maurier, pag. 369.
  44. Vulcatius Gallicanus, in Avidio Cassio, pag. m. 445, tom. I Histor. Augustæ Scriptor.
  45. Dio Chrysost., orat. XXXIV.
  46. Τοῖς μὲν γὰρ δυςυχήσασιν ἔλεος, τοῖς δὲ κρατήσασι ϕθόνος παρακολουθεῖ καὶ τὸ μὲν ἡττηθὲν, τοῖς τοιούτοις ἀδικεῖσθαι, τὸ δὲ νικῆσαν, ἀδικεῖν δοκεῖ. Quippè infelices misericordia, potentes invidia sequitur : ac victus accepisse victor attulisse injuriam videtur. Herodian., lib. IV, cap. V, pag. m. 187. Voyez le passage de Salluste, cité dans la Critique générale du Calvinisme de Maimbourg, p. 299 de la troisième édition.
  47. Mémoires de M. de la Châtre, pag. m. 333.
  48. Silhon, Éclaircissement de quelques Difficultés touchant l’Administration du cardinal Mazarin, liv. I, pag. 127, édition de Hollande, in-12.
  49. C’est-à-dire, la déclaration de guerre faite à l’Espagne, l’an 1635.
  50. Journal des Savans, du 26 janvier 1688, pag. 249, 250, édition de Hollande.
  51. Journal des Savans, du 7 mars 1667, pag. m. 95.
  52. Voyez Wicquef., Traité de l’Ambassadeur, liv. I, pag. 448, et liv. II, pag. 426.
  53. On écrit ceci le 7 de décembre 1695.
  54. Quanquàm Gallis erat fixum animo, rebus Hispanorum labefactatis, spe certâ magnorum progressuum, in bellum adversùs illos erumpere, tàm callidè tamen hoc consilium dissimulârunt, ut à Fœderatis, quos interim modicis fovebant subsidiis, per integrum annum sequentem se rogari et observari sustinuerint. Priùsquàm animum et arma detegerent, facto opus esse judicârunt, ut regis fratrem cum matre Bruxellis agentem, sibi reconciliarent, eumque in Galliâ complecterentur. Ulric., Huber, Hist. Civilis, tom. III, pag. 180.
  55. Ulric. Huber, ibid., pag. 182.
  56. Dans la remarque (H), citation (48).
  57. Silhon, Éclaircissement de quelques Difficultés, etc., pag. 127, 128.
  58. Baptiste Nani, Histoire de la République de Venise, tom. IV, liv. X, pag. 7 de l’édition de Hollande, 1682. Je me sers de la traduction de M. l’abbé Talleimant.
  59. Il fallait dire Avein.
  60. Tillemont.
  61. Le pillage, le meurtre, le violement des femmes et même des religieuses, la profanation des choses saintes, y furent horribles. De Pontis attribue tout cela aux troupes de Hollande. Les écrivains espagnols déclamèrent d’une grande force là-dessus, pour rendre odieux les Français. Voyez le Discours que don Francisco de Quévedo adressa au roi de France.
  62. Nani, Histoire de la République de Venise, tom. IV, liv. X, pag. 7.
  63. Là même, pag. 8.
  64. Là même, pag. 10.
  65. Lisez de Pontis et Puységur, qui servaient dans l’armée française ; vous y verrez que les Français furent employés au siége du fort de Schenk.
  66. Silhon, Éclaircissement de quelques Difficultés, pag. 133, 134.
  67. Là même, pag. 134, 135.
  68. Intitulé : Apologie pour la Maison de Nassau, ou Réfutation des calomnies contenues au livre intitulé : de Stadhouderlyke Regeeringe, par P. L. J.
  69. Pag. 295.
  70. De Pontis, Mémoires, t. II, p. 76, 77.
  71. Hollande Métallique. Voyez le Journal des Savans, du 19 janvier 1688, pag. 237, édit. de Hollande.
  72. Silhon, Éclaircissement de quelques Difficultés, pag. 131.
  73. Silhon, Éclaircissement de quelques Difficultés, pag. 133.
  74. M. Huber nie cela. Voyez la remarque (N), citation (80).
  75. Mémoires de M. Le duc d’Orléans, pag. 271, 272.
  76. Nani, Histoire de la République de Venise, tom. IV, pag. 5.
  77. Silhon, Éclaircissement de quelques Difficultés, pag. 130, 131.
  78. C’est-à-dire, par le traité conclu avec la France.
  79. Nani, Histoire de la République de Venise, tom. IV, pag. 9.
  80. In fœdere non erat comprehensum, ut Belgæ in hostili solo Gallis de commeatu prospicerent ; id ipsis incumbebat pro se, uti Belgæ pro suis id satagerunt. Ulric. Huber, Hist. civilis, tom. III, pag. 188.
  81. Si negociatores Belgis quàm Gallis vendere maluerint, ac indè Gallorum inopia sit orta, id horum rapinis et stipendiorum defectui imputandum. Si hâc fiduciâ Brabantiam ingressi sunt, quòd Batavi illos alerent, malè rationem putaverunt. Idem, ibidem.
  82. Nihil est certius, quàm odium Hispanicæ gentis plerisque Belgis tum nequedum permisisse, ut quantum à Gallorum viciniâ periculum immineret, ad animum revocarent.
  83. Idem, ibidem.
  84. Idem, ibidem, pag. 189, 190.
  85. Du Maurier, Mémoires pour l’Histoire de Hollande, pag. 321.
  86. Là même, pag. 322.
  87. Là même, pag. 324.
  88. Le père David l’Enfant, dominicain, Histoire générale de tous les Siècles de la nouvelle Loi, mois de mars, pag. 160.
  89. Ménagiana, pag. 219 de la première édition de Hollande.
  90. Le Vassor, Histoire de Louis XIII, tom. I, pag. 667.
  91. Gilles de Souvré.
  92. Vigneul Marville, dans ses Mélanges d’Histoire et de Littérature. Voyez aussi le Ier. tome du Cbevræana, pag. 292 et suiv., édit. de Hollande.
  93. Le Vassor, Histoire de Louis XIII, tom. I, pag. 668.
  94. L’abbé de Marolles, au Dénombrement des auteurs qui lui ont donné des livres.
  95. Casaub., exerc. XVI in Baron., cap. LXXX, pag. m. 551.
  96. Continuat. Thuani, pag. 318.
  97. Le Grain, Décade de Louis XIII, pag. 2.
  98. Continuat. Thuani, pag. 318.
  99. Balzac, avant-propos du Socrate chrétien, folio ciiij.
  100. Chevalier de Méré, Traité de l’Esprit, pag. 23, édition de Hollande.
  101. Boursault, Lettres nouvelles, pag. 381, édition de Hollande.
  102. Histoire de l’Édit de Nantes, tom. II, liv. V, pag. 220.
  103. Tome XXII, pag. 284 et suiv. Voyez l’Histoire de l’Édit de Nantes, tom. II, p. 578.
  104. François Vavasseur, déguisé sous le nom de Candidus Hésychius.
  105. Anton. Godellus, Episcopus Grassensis, utrùm Poëta, pag. 82 et seq.
  106. Le père Vavasseur se trompe. Louis XIII ne vécut que quarante-un ans et près de deux mois.
  107. Voyez les Mémoires de Marolles, p. 143.
  108. Manilius.
  109. Costar, Entretiens avec Voiture, pag. 563.
  110. Conférez ce que dessus, remarque (A) de l’article Guise (Louis), tom. VII, pag. 415.
  111. Voyez, tom. VI, pag. 98, la citation (75) de l’article Édouard IV.
  112. Costar, Entretiens, pag. 565.
  113. Voyez le Ministère du cardinal de Richelieu, tom. I, pag. 207.
  114. À Besançon.
  115. Ministère de Richelieu, tom. I, p. 215.
  116. Auberi, Histoire du cardinal de Richelieu, liv. IV, chap. XVII, pag. m. 303, 304.
  117. Ministère du cardinal de Richelieu, tom. I, pag. 218, 219.
  118. Auberi, Histoire du cardinal de Richelieu, liv. IV, chap. XVII, pag. 304.
  119. Tom. VIII, pag. 261, remarque (K) de l’article Hospital (Michel de l’).
  120. Bodin., de Republicâ, lib. III, chap. I, pag. 389, edit. latinæ, 1600.
  121. Idem, ibidem.
  122. Mémoires d’Artagnan, pag. 180.
  123. Mémoires de M. de la Rochefoucauld, pag. 2. Voyez la remarque (Z).
  124. C’est-à dire, du cardinal de Richelieu.
  125. Datée du 8 de juin 1641. Voyez les Mémoires de Montrésor, pag. m. 367, 368.
  126. Dans la remarque (D) de l’article Fontarabie, tom. VI, pag. 501.
  127. Auberi, Histoire du cardinal de Richelieu, liv. IV, chap. VI, pag. m. 269 et 270 du Ier. tome.
  128. Là même, chap. XVI, pag. 298.
  129. Voyez le Journal du cardinal de Richelieu, pag. 208, édit. de 1638, in-12.
  130. Mémoires d’Artagnan, pag. 181.
  131. Là même.
  132. Mémoires d’Artagnan, pag. 183.
  133. Le roi partait pour le Roussillon, en 1642.
  134. Mémoires d’Artagnan, pag. 184.
  135. Elle est parmi les Mémoires de Montrésor, pag. 203. Voyez aussi pag. 190.
  136. Auberi, Histoire du cardinal de Richelieu, liv. I, chap. LXXXIII, pag. 321.
  137. Patin, lettre CXXIV, pag. 486 du Ier. tome.
  138. Là même, lettre CCCCXCII, p. 432 du IIIe. tome.
  139. Cela paraît par les pièces du procès.
  140. Mémoires d’Artagnan, pag. 198.
  141. Dans la remarque (X), citat. (123).
  142. La Châtre, Mémoires, pag. 286.
  143. Mémoires de la Rochefoucauld, pag. 7 et 8.
  144. Mémoires de la Châtre, p. 296, 297.
  145. Voyez, à la page 369 des mêmes Mémoires de la Châtre, le rappel des autres exilés.
  146. Voyez les Mémoires de M. de la Rochefoucauld, ceux de M. de la Châtre, et la Réponse de M. le comte de Brienne, aux Mémoires de M. de la Châtre.
  147. Auberi, Histoire du cardinal Mazarin, liv. I, pag. 124.
  148. Là même, pag. 125.
  149. Là même, pag. 127.
  150. Mémoires de la Châtre, pag. 295.
  151. Auberi, Histoire du cardinal Mazarin liv. I, pag. 128.
  152. Là même, pag. 130.
  153. Là même, pag. 127.
  154. Voyez, dans ce volume, pag. 371, la remarque (O) de l’article Lorraine, au commencement.
  155. Le roi mourut à Saint-Germain.
  156. Auberi, Histoire du cardinal Mazarin, liv. II, pag. 149.
  157. M. Auberi, là même, dit que M. du Puy en avait fourni les mémoires, les exemples et les autorités.
  158. Mémoires de la Châtre, pag. 317.
  159. Voyez, ci-dessus, citation (16).
  160. Auberi, Histoire du cardinal Mazarin, pag. 152, 153.
  161. Boursault, Lettres nouvelles, pag. 384, 385, édition de Hollande.
  162. Voyez la remarque (L).
  163. Dans son Histoire de Hollande, depuis la trêve de 1609, jusqu’à la paix de Nimègue, en 1678. Cet ouvrage, en quatre tomes in-12, fut imprimé à Paris, l’an 1693. Il a été réimprimé à Bruxelles, l’an 1701.
  164. La Neuville, Histoire de Hollande, tom. II, pag. 254, à l’ann. 1635, édition de Paris, 1693.
  165. Priorato, Historia delle Guerre di Ferdinando II, etc., libro decimo, all’ ann. 1635, pag. 342, édition de Venise, 1640, in-4o.
  166. Là même, pag. 343.

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