Dictionnaire infernal/6e éd., 1863/Kirghis

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Henri Plon (p. 389-390).
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Kirghis. Les Kirghis, voisins des Kalmouks, sont mahométans ; ils ont un grand prêtre appelé Achoun, qui réside près du khan ; ignorants et superstitieux, ils croient aux sortilèges et possèdent cinq classes de magiciens : les uns font leurs prédictions avec des livres, d’autres se servent de l’omoplate d’une brebis, dépouillée avec un couteau, car elle serait sans vertu si quelqu’un y avait porté les dents ; une troisième classe, pour lire dans l’avenir, sacrifie un cheval, un mouton ou un bouc sans défaut ; la quatrième consulte la flamme qui s’élève du beurre ou de la graisse jetés dans le feu. Enfin il y a des sorcières qui ensorcèlent les esclaves, persuadent aux maîtres que si l’esclave ensorcelé venait à déserter, il s’égarerait indubitablement dans sa fuite et retomberait dans les mains de son maître ; que s’il s’échappait, il rentrerait au moins dans l’esclavage du même peuple.

Pallas rapporte, d’après le récit même qu’il en a entendu faire par les Kirghis, un fait assez ingénieusement inventé : Un parti de Kirghis se mit un jour en campagne avec un des devins de la seconde classe pour attaquer les Kalmouks ; ceux-ci avaient également un devin qui, employant toute sa science, avertit ses compatriotes de l’arrivée des Kirghis, et les engagea à s’éloigner à mesure que ceux-ci avançaient. Le devin kirghis, voyant que son frère le Kalmouk allait faire échouer l’entreprise, employa la ruse ; il dit aux Kirghis de seller leurs chevaux à reculons et de monter dessus. Le Kalmouk, ainsi induit en erreur, vit sur son os que les Kirghis rétrogradaient ; il conseilla donc à son parti de revenir sur ses pas. Les Kirghis joignirent par ce moyen les Kalmouks et les firent prisonniers[1].


  1. La Russie pittoresque.