Dictionnaire national et anecdotique par M. De l’Épithète/Section complète - T

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T.

TIERS-ÉTAT : lorsque la nation ou l’état, comme on le voudra dire, étoit composé de trois ordres, le troisieme ou dernier étoit le tiers-état. Il étoit formé de ce que les deux premiers ordre, le clergé & la noblesse, appelloient les vilains, & ces vilains c’étoit nous, ces vils enfans que Dieu avoit condamnés à manger le pain à la sueur de leur front, & à payer les violons à nosseigneurs toutes les fois que nosseigneurs l’ordonneroient ainsi. La volonté de Dieu s’est faite pendant une longue suite de siecles, jusqu’en 1789, époque à laquelle un oint du Seigneur a pris en considération les vingt-trois millions de vilains qui peuploient son royaume, & a dit : « Je n’aime point cette race parasite de nosseigneurs qui reste les bras croisé, tandis que les vilains travaillent. Il n’y aura désormais de monseigneur que celui qui sera utile au bien public ; plus de distinctions ; que un soit plus vingt-trois est une absurdité arithmétique dont je ne veux plus entendre parler ».

Ces paroles ont eu un effet magique, & soudain nosseigneurs & vilains, vilains & nosseigneurs, tout a été confondu ; il n’a plus été possible de rien distinguer ; les vilains avoient le dos courbé, & l’œil vers la terre, ils se sont redressés & ont pris le regard de nosseigneurs. Ceux-ci, en fins courtisans, & pour plaire à leur maître, se sont un peu voûtés à la maniere des vilains. Cette métamorphose, toutefois, ne s’est point faite sans bruit. Dans le premier ordre on a crié à l’anathême, & dans le second à l’anarchie. Cependant à force de se mêler on s’est rapproché, l’oint a paru, & l’on s’est embrassé ; il est vrai qu’il y a eu force baiser des Judas, mais ces petites rancunes passeront ; le François n’en sait pas conserver.

TRÉSOR-ROYAL : allez, levez les yeux ; voyez-vous sur la porte ces lettres d’or ? elles vous disent ce que ce trésor devoit être ; le déficit & les circonstances vous apprennent ce qu’il a été ; le nouveau régime & la constitution vous vont faire voir ce qu’il doit être, ce qu’il faut qu’il soit… Il sera le Trésor national, cette caisse générale où l’on versera fidélement un impôt réparti avec justice & égalité, perçu avec loyauté, & employé avec discernement.

Hommes aux talons de couleur, filles aux chars dorés, vous irez porter vos bons ailleurs ; ce n’est plus à cette caisse qu’on soldera les mémoires de vos maître-d’hôtel, ou de vos marchandes de modes.

TRIBUNES OU GALERIES de la salle de l’assemblée nationale : elles sont destinées pour le public qui est admis à assister aux séances des représentans de la nation, qui désireroient que le local pût contenir toute la nation elle-même ; car la non-publicité qui a été votée par quelques membres, a été rejettée avec indignation, sur-tout par ce côté loyal qui ne crie jamais au blasphême lorsqu’on n’est point de son avis.

Il y a trois tribunes, ou la tribune est divisée en trois partie : l’une est destinée pour les seuls suppléans[1], il en est une autre où l’on est placé par billets, & une troisieme où l’on se place à force de bras. Dans l’une ou l’autre de ces tribunes il faut observer le plus grand silence, ne point se permettre d’applaudissemens, & encore moins d’exclamations improbantes. Mais cette injonction fût-elle encore plus prohibitive, il est des sensations qui ne peuvent rester muettes, & les tribunes transgressent malgré elles toutes les fois que les représentans ont fait retentir la voûte de la salle du cri de l’enthousiasme ou de l’indignation. Ce dernier, sur-tout, se manifeste quand l’aristo-côté se grouppe indécemment pour ébranler la base de la constitution, & il se grouppe souvent.

  1. Voyez ce mot.