Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle/Bestiaires

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BESTIAIRES, s. m. On désigne par bestiaires les recueils, fort en vogue pendant le moyen âge, qui contiennent la description des animaux réels ou fabuleux de la création. Ces descriptions sont presque toujours accompagnées de vignettes. Pendant les XIe, XIIe et XIIIe siècles, ces bestiaires, copiés et annotés dans les monastères, sur les auteurs de l’antiquité, avec force variantes et nouvelles histoires, avaient un sens symbolique. Les qualités ou les défauts de chaque animal étaient présentés comme une figure de l’état de l’âme humaine, de ses vices ou de ses vertus, comme une personnification de l’Église ou même de Jésus-Christ. Le bestiaire en prose picarde du commencement du XIIIe siècle, donné tout au long dans les Mélanges archéologiques des RR. PP. A. Martin et Cahier[1], est précédé d’un court prologue qui indique parfaitement le but que les compilateurs des bestiaires se proposaient d’atteindre. « Chi commence, dit l’auteur, li livres c’on apèle Bestiaire. Et par ce est il apelés ensi, qu’il parole (parle) des natures des bestes ; car totes les créatures que Dex créa en terre, cria il por home, et por prendre essanple et de foi en eles et de créance. » Du moment qu’il était admis que les animaux de la création avaient été créés pour l’homme et afin que l’étude de leurs mœurs fût pour lui un exemple, on ne doit pas s’étonner si nous voyons sculptés sous les portails des églises, autour des chapiteaux et jusque sur les meubles sacrés, une foule d’animaux destinés à rappeler les vertus que les chrétiens devaient pratiquer ou les vices qu’ils devaient éviter. Au moyen âge, l’homme est le rentre de toutes choses sur la terre, et l’Église lui montre sans cesse cette vérité dans les monuments qu’elle élève. Après avoir représenté Dieu, ses rapports avec l’homme, l’histoire de son sacrifice et la hiérarchie céleste, l’Église n’oublie aucun des êtres secondaires, et les fait entrer dans le grand concert de la création. C’est là le signe le plus évident de la tendance des idées du moyen âge vers l’unité, l’ordre, le classement. Tout a sa place dans la création, tout a un but et une fonction, tout se rapporte à l’homme, qui doit compte à Dieu, comme responsable à cause de son intelligence, de toute chose créée pour lui. Ne regardons pas, dans nos monuments, ces sculptures d’animaux, souvent étranges, comme des caprices d’artistes, des bizarreries sans signification ; voyons-y, au contraire, l’unité vers laquelle tendait la pensée du moyen âge, les premiers efforts encyclopédiques des intelligences du XIIIe siècle, les premiers pas de la science moderne dont nous sommes si fiers[2] (voy. Cathédrale, Imagerie).

  1. Manusc. de la bibliot. de l’Arsenal, n°283, fol. CCIII.
  2. Nous renvoyons nos lecteurs aux Mélanges archéologiques des RR. PP. Martin et Cahier, pour l’étude détaillée des bestiaires du moyen âge. Cette portion de l’ouvrage des RR. PP. est très-complète et accompagnée de planches nombreuses, copiées sur les manuscrits.