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Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle/Béton

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BÉTON, s. m. C’est une maçonnerie faite de mortier de chaux et sable et de caillou ou de pierres cassées menu. Les Romains ont fait grand usage du béton dans leurs constructions ; ils employaient des chaux bien cuites et bien éteintes, presque toujours hydrauliques, des sables ou pouzzolanes parfaitement purs ; avec ces premiers éléments, ils ne pouvaient manquer de faire du béton excellent (voy. Construction).

Les traditions romaines touchant la construction se conservèrent assez bien jusqu’à l’époque carlovingienne, et on voit encore, dans les constructions antérieures au Xe siècle, des massifs exécutés en béton grossier conservés sans altération. Depuis le Xe siècle jusqu’à la fin de la période ogivale, les constructions élevées en pierre ou en moellon ne laissent guère de place au béton, que l’on ne rencontre que dans les intérieurs des massifs ou dans les fondations. Généralement ces bétons ou remplissages en maçonnerie sont mal faits pendant la période romane ; ils sont inégaux, mal corroyés et pilonnés ; les chaux employées sont de mauvaise qualité, les sables mélangés de terre. D’ailleurs les bétons veulent être coulés en grandes masses pour conserver leurs qualités ; et ces remplissages en mortier et débris de pierres, que l’on trouve au milieu des massifs romans revêtus de pierre de taille, se desséchaient trop rapidement pour pouvoir acquérir de la dureté.

Dans les provinces méridionales, là où le mode de construire des Romains s’était le mieux conservé, nous trouvons, jusqu’au XIIe siècle, le béton employé pour les fondations, pour les aires sur les voûtes. Il faut croire que dans ces contrées on avait acquis même une expérience consommée dans la fabrication du béton ; car nous voyons au château de la cité de Carcassonne des fenêtres et des portes de la fin du XIe siècle dont les linteaux, d’une grande portée, sont en béton coulé dans une forme.
Linteau.fenetre.Carcassonne.png
Nous donnons ici (1) une de ces fenêtres ; le linteau A est en béton d’une extrême dureté, et nous n’avons pas vu un seul de ces linteaux brisés par la charge, qui cependant est considérable. Ce béton, coulé et pilonné dans un encaissement, est composé d’une chaux hydraulique mêlée avec le sable limoneux de l’Aude et de petits fragments de brique ; le caillou est cassé très-menu et presque entièrement composé de grès vert. Ici, l’intention bien évidente des constructeurs a été de réserver ces pierres factices pour les grandes portées ; ils les estimaient donc plus résistantes que le grès du pays, qui cependant est très-dur ; et ils ne se sont pas trompés, car ces linteaux n’ont subi aucune altération[1]. Lorsqu’au XIIIe siècle les constructions ne se composèrent plus que de murs minces et de points d’appui grêles, le béton ne trouvait plus d’emploi qu’en fondation, et encore on ne saurait donner ce nom aux maçonneries bloquées alors en usage (voy. Blocage).

  1. La colonnette qui divise en deux cette fenêtre est en marbre blanc des Pyrénées, ainsi que la base et le chapiteau ; les piédroits et le second linteau B sont en grès vert. Les constructeurs ont donc admis qu’un morceau de béton était moins fragile que les pierres naturelles, étant seulement soutenu à ses extrémités et chargé sur le milieu. Ce linteau n’a que 0m, 25 d’épaisseur sur une longueur de 1m, 20 de portée et une largeur de 0m, 30 environ.