Dictionnaire raisonné du mobilier français de l’époque carlovingienne à la Renaissance/Coussin

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COUSSIN, s. m. (ceuche, coute, coite). Sac d’étoffe rembourré de laine ou de plume ; s’entend comme oreiller, coussin, matelas.

« Conchier comme sor une coite,
« Car la terre estoit douce et moite[1].
« … »

Les assassins de la reine Blanche, femme de don Pèdre, étouffent cette princesse entre deux matelas :

« Dont prinrent li Juif sans point de l’atargier
« La dame, et puis la vont dessus. I. lit couchier ;
« Et puis gietent sur lui une coute à ormier[2],
« Et puis vont les. II. coûtes d’une corde lier,
« Et à chascun coron pendirent. I. mortier[3] ;
« … »

Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la Renaissance (1873-1874), tome 1-103.png

On plaçait des coussins sur les siéges de bois ou de métal, et sous les pieds des personnes assises (voy. Chaire), sur les bancs, les bahuts ou coffres placés autour des salles de réception, Ces coussins étaient, chez les personnages riches, recouverts d’étoffes précieuses, brodées, ou tissées d’or et de vives couleurs ; ils étaient généralement carrés, avec quatre boutons ou glands aux quatre angles. Dans les peintures et vignettes de manuscrits antérieurs au XIIe siècle, on voit figurer aussi des coussins cylindriques comme nos traversins. Le XVe siècle, qui apporta un grand luxe dans l’ameublement, donna aux coussins des formes appropriées à leur usage particulier : ainsi les coussins de siéges sont épais, larges, carrés ou ronds ; ceux destinés à être placés sous les pieds sont quelquefois en forme de boule ; ceux jetés sur les bancs sont taillés de façon à permettre aux personnes assises d’appuyer leurs coudes entre leurs oreilles. C’est ainsi que sont figurés les coussins que nous présente la vignette (fig. 1), tirée du manuscrit de Girard de Nevers, de la Bibliothèque nationale[4]. Les dames de qualité qui se rendaient à l’église faisaient porter avec elles des coussins que l’on posait sur les dalles ; elles pouvaient s’agenouiller ainsi sans trop de fatigue et sans salir leurs vêtements. Dans les cérémonies, c’était, comme aujourd’hui encore, sur des coussins richement drapés que l’on posait les insignes, couronnes, épées, sceptres.

  1. Le Roman de la Rose, vers 1403, édit. de Méon.
  2. Un coussin d’étoffe d’or.
  3. Chron. de Bertrand du Guesdin, vers 6931 et suiv.
  4. Manusc. fonds la Vallière, no 92.