Discours d’Éric Besson à l’occasion de la remise des insignes de l’Ordre du Mérite à Florence Devouard

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche


Discours d’Éric Besson à l’occasion de la remise des insignes de l’Ordre du Mérite à Florence Devouard



17 décembre 2008


PREMIER MINISTRE SECRETARIAT D’ETAT AUPRES DU PREMIER MINISTRE CHARGE DE LA PROSPECTIVE, DE L’EVALUATION DES POLITIQUES PUBLIQUES ET DU DEVELOPPEMENT DE L’ECONOMIE NUMERIQUE, Paris, le 17 décembre 2008

DISCOURS D'ERIC BESSON

à l’occasion de la remise des insignes de l’Ordre du Mérite National

à Florence DEVOUARD

Ancienne Présidente de l’association WIKIMEDIA

Le 17 décembre 2008

Chère Florence DEVOUARD, Je ne ferai pas un long discours. Mais je tiens à vous dire à tous combien je suis heureux de vous accueillir dans ce Secrétariat d’Etat pour vous remettre cette décoration.

Cette décoration salue, chère Florence DEVOUARD, votre implication personnelle. Elle salue aussi l’engagement de tous ceux et celles qui participent à l’aventure Wikimedia, et à travers eux, des centaines de milliers d’internautes qui par leurs efforts quotidiens bâtissent et entretiennent la gigantesque pyramide de connaissances qu’est l’encyclopédie en ligne Wikipedia.

Et Wikipedia, pour moi, n’est pas un site comme les autres. J’ai eu l’occasion de l’écrire, dans un petit ouvrage[1] : Wikipedia incarne supérieurement ce qu’Internet peut être pour ceux qui veulent en faire un moyen de transformer leur vie.

Depuis sa création, Internet est une porte ouverte vers l’information et la connaissance. Mais l’information qu’il recèle, est le fruit d’ajouts massifs, désordonnés, redondants, incomplets.

Cette information n’était mise en valeur que par son accessibilité via les moteurs de recherche. Et, de plus, si une grande quantité d’informations étaient unilatéralement mises en ligne, rares étaient les endroits où, en présence de l’information même, on puisse réagir, nuancer, débattre et faire émerger un consensus.

Partager, puis débattre, nuancer, faire émerger un consensus : c’est ce à quoi servent, dans tous les domaines, les logiciels que l’on appelle wikis.

Wikipedia n’a pas inventé le wiki, mais elle a donné l’occasion à la plupart des internautes de les découvrir et d’y participer. Le résultat est celui que l’on connaît : Wikipedia donne à l’Internet un lieu où tous les internautes peuvent débattre de ce que l’on peut dire sur un sujet. Les questions se traitent au prorata de l’intérêt que le monde leur porte. Aussi il ne faut pas s’étonner que l’article sur la chanteuse Britney Spears soit plus précis que celui sur John Maynard Keynes. Mais on peut se féliciter que l’article sur Keynes soit si agréable à lire, et donne à ceux qui le découvrent, l’envie d’en savoir plus. Wikipedia n’est pas une source parfaite d’informations, loin s’en faut ! Toutefois, tous ceux qui en connaissent les règles savent comment en tirer le meilleur profit. J’en veux pour preuve que même ses détracteurs ne peuvent s’empêcher de l’utiliser.

Vous avez dirigé cette association, WIKIMEDIA, durant deux ans, depuis Malintrat en Auvergne. Votre exemple montre que depuis un village dont tout le monde ignorait le nom avant de vous rencontrer, on peut diriger une organisation de taille mondiale, dont les actions se répercutent sur des millions de vies. Internet a créé une nouvelle façon d’influer sur le monde.

Vous avez notamment aidé Wikipedia à devenir ce qu’il est aujourd’hui : un projet qui se décline dans toutes les langues, et qui échappe complètement à la critique que l’on fait souvent à Internet, d’être le cheval de Troie de la langue anglaise.
Je ne peux que me féliciter que le français soit parmi les trois langues qui fournissent à votre encyclopédie en ligne le plus d’articles. Ce seul fait vous désignerait pour être décorée aujourd’hui ! Wikipedia est peut-être l’un des plus beaux projets culturels de ce début de siècle, il faut en féliciter la communauté que vous représentez aujourd’hui.

Wikipedia aide le monde à utiliser les wikis. Et comme j’ai eu plusieurs fois l’occasion de l’exprimer, les wikis sont en train de révolutionner le partage de l’information, comme l’e-mail, il y a quinze ans, a révolutionné la communication entre les personnes.

Il est important que les acteurs économiques de toutes sortes, les plus petits comme les plus grands, se penchent sur ces nouveaux modes de partage, et les mettent en œuvre. L’avènement des wikis dans nos entreprises recèle inéluctablement un gisement de croissance et de productivité considérable. Je crois que vous consacrez une grande partie de votre temps à développer une activité de conseil autour de ces sujets, et je serai heureux de pouvoir, à l’occasion, m’entretenir avec vous de la capacité de notre tissu économique à tirer parti de ces technologies.

Mais plus que tout autre chose, Wikipedia est une école de la démocratie. Les modes de contrôle, les règles que vous avez élaborées pour que tous les sujets, même les plus brûlants, puissent être débattus, arbitrés, édités, montrent que d’une assemblée innombrable peut émerger une véritable sagesse. C’est je crois, le pari qu’ont fait ceux qui ont fondé les démocraties. Wikipedia, en rassemblant une très vaste communauté d’amoureux de la connaissance, a fondé une république du savoir, ouverte à tous mais néanmoins exigeante, toujours en mouvement.

Notes[modifier]

  1. La République numérique, Ed. Grasset