Discours d’ouverture de la Convention nationale démocratique de 2004

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Discours d’ouverture de la Convention nationale démocratique de 2004



27 juillet 2004

Merci beaucoup. Merci beaucoup. Merci. Merci. Merci beaucoup. Merci beaucoup. Merci. Merci. Merci, Dick Durbin. Nous sommes tous fiers de vous.

Au nom de ce grand État de l’Illinois, carrefour d’une nation, terre de Lincoln, permettez-moi d’exprimer ma plus profonde gratitude d’avoir le privilège de faire un discours à cette convention.

Ce soir, c’est un honneur particulier pour moi parce que, soyons réaliste, ma présence ici n’était pas très probable. Mon père était un étudiant étranger, né et élevé dans un petit village du Kenya. Il a grandi en gardant des chèvres et a été à l’école dans une cabane couverte d’une tôle ondulée. Son père, mon grand-père, était cuisinier, domestique des Britanniques mais mon grand-père avait des grands rêves pour son fils. En travaillant dur et en persévérant, mon père a obtenu une bourse pour venir étudier dans un endroit magique, l’Amérique, qui brillait comme un phare de liberté et d’opportunité à tous ceux qui étaient venus auparavant.

En étudiant ici, mon père a rencontré ma mère. Elle est née dans une ville de l’autre côté de la Terre, dans le Kansas. Son père a travaillé sur des plates-formes pétrolières et dans des fermes pendant presque toute la Grande Dépression. Le lendemain de l’attaque de Pearl Harbour, mon grand-père s’est engagé, a rejoint l’armée de Patton, a marché à travers l’Europe. À la maison, ma grand-mère élevait leur enfant et est allée travailler sur une chaine d’assemblage de bombardiers. Après la guerre, ils ont étudié grâce au Servicemen’s Readjustment Act, ont acheté une maison grâce à la Federal Housing Administration et ont plus tard déménagé vers l’est, jusqu’à Hawaï, à la recherche d’opportunités.

Et eux aussi avaient de grands rêves pour leur fille. Un rêve commun, né sur deux continents.

Mes parents ne partageaient pas seulement un amour improbable, ils partageaient une foi durable dans les possibilités de cette nation. Ils m’ont donné un nom africain, Barack ou « le béni », croyant que dans une Amérique tolérante, votre nom n’est pas un obstacle au succès. Ils m’ont imaginé rejoindre les meilleures écoles du pays, même s’ils n’étaient pas riches, car dans une Amérique généreuse, on n’a pas besoin d'être riche pour exploiter son potentiel.

Tous deux sont morts maintenant et pourtant je sais que ce soir, ils me regardent avec une grande fierté.

Je suis ici aujourd’hui, reconnaissant envers la diversité de mon héritage, conscient que les rêves de mes parents se perpétuent à travers mes deux filles. Je suis ici tout en sachant que mon histoire fait partie de la grande histoire américaine, que j’ai une dette envers tous ceux qui sont venus avant moi et quand dans n’importe quel autre pays au monde, mon histoire n’aurait été possible.

Ce soir, nous nous rassemblons pour affirmer la grandeur de notre nation — pas seulement à cause de la taille de nos gratte-ciel, de la puissance de notre armée ou de la taille de notre économie. Notre fierté est basée sur une prémisse très simple, résumée dans une déclaration faite il y a plus de 200 ans : « Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. »

C’est ça le vrai génie de l’Amérique : une foi dans des rêves simples, une insistance sur de petits miracles, que l’on peut mettre nos enfants au lit le soir tout en sachant qu’ils sont nourris, habillés et protégés du mal, que l’on puisse dire ce que l’on pense, écrire ce que l’on pense, sans entendre quelqu’un soudainement frapper à sa porte, que l’on puisse avoir une idée et bâtir sa propre entreprise sans avoir à verser des pots-de-vin, que l’on peut faire son devoir électoral sans crainte de représailles et que nos voix seront comptées, du moins, la plupart du temps.

Cette année, pour cette élection, nous sommes appelés à réaffirmer nos valeurs et nos engagements, à les confronter à la dure réalité et voir si nous sommes à la hauteur de l’héritage de nos aïeux et la promesse des générations futures.

Et, mes chers compatriotes, démocrates, républicains, indépendants, je vous dis ce soir: nous avons encore beaucoup à faire.

Beaucoup à faire pour les ouvriers que j’ai rencontrés à Galeburg dans l’Illinois, qui perdent leur emploi à l’usine Maytag, délocalisée au Mexique et qui doivent se battre contre leurs propres enfants pour des emplois à 7 dollars de l’heure; beaucoup à faire pour le père que j’ai rencontré et qui avait perdu son travail et se demandait, en retenant ses larmes, comment il allait payer les 4 500 dollars par mois pour payer les médicaments de son fils sans les aides financières sur lesquelles il comptait; beaucoup à faire pour la jeune femme de la banlieue est de Saint-Louis, et des milliers comme elle, qui a les notes, la volonté et l’envie mais pas l’argent pour aller à l’université.

Mais ne vous méprenez pas ! Les personnes que j’ai rencontrées, dans des petites et des grandes villes, à des diners ou dans des parcs, n’attendent pas du gouvernement qu’il résolve tous leurs problèmes. Ils savent qu’ils devront travailler dur pour s’en sortir... et ils le veulent.

Allez dans les comtés autour du Comté de Cook à Chicago et les gens vous diront qu’ils ne veulent pas que leurs impôts soient gaspillés par l’assistance sociale ou par le Pentagone.

Allez dans n’importe quel centre-ville et les habitants vous diront que le gouvernement ne peut pas tout seul apprendre à nos enfants à apprendre — ils savent que les parents doivent leur apprendre, que les enfants ne peuvent pas y arriver sauf si on a de grands espoirs pour eux, qu’on coupe la télévision et qu’on taise les rumeurs disant qu’un jeune noir avec un livre joue au blanc. Ils savent ces choses-là.

Les gens n’attendent pas du gouvernement qu’il résolve tous leurs problèmes mais ils ressentent, au plus profond d’eux-mêmes, qu’avec un petit changement dans les priorités, nous pouvons être sûrs que chaque enfant américain a un bon départ dans la vie et que toutes les opportunités lui restent ouvertes.

Ils savent que nous pouvons faire mieux et ils veulent ce choix.

Dans cette élection, nous offrons cette possibilité. Notre parti a choisi pour nous mener un homme qui incarne le mieux ce que ce pays a à offrir. Et cet homme, c’est John Kerry. John Kerry comprend les idéaux de la communauté, de la foi et du service parce que ceux-ci ont façonné sa vie. De ses années héroïques au Viet Nam à celles de procureur et lieutenant-gouverneur, durant deux décennies au Sénat des États-Unis, il s’est dévoué pour son pays. Encore et encore, nous l’avons vu prendre des décisions difficiles quand des plus aisées étaient possibles.

Ses valeurs, et ce qu’il a réalisé, illustrent ce qu’il y a de meilleur en nous. John Kerry croit en une Amérique où le travail est récompensé. Alors, au lieu d’offrir des réductions d’impôts aux entreprises qui délocalisent à l’étranger, il en offre à des entreprises qui créent des emplois ici.

John Kerry croit en une Amérique où tous les Américains peuvent se payer la même couverture maladie que les hommes politiques de Washington.

John Kerry croit en l’indépendance énergétique pour que nous ne soyons plus les otages des profits des compagnies pétrolières ou de sabotages de champs pétrolifères à l’étranger.

John Kerry croit en la liberté constitutionnelle qui fait que notre pays est jalousé dans le monde entier et il ne sacrifiera jamais nos libertés de base, ni n’utilisera la foi pour nous diviser.

Et John Kerry croit que dans un monde dangereux, la guerre doit parfois être une option mais ne doit jamais être la première option.

Vous savez, il y a quelques temps, j’ai rencontré un jeune homme nommé Seamus dans une réunion de vétérans à East Moine dans l’Illinois. C’était un gamin avec une belle allure, 1m80 — 1m85, les yeux clairs et un grand sourire. Il m’a dit qu’il avait rejoint les Marines et allait aller en Irak la semaine suivante. En l’écoutant parler de la raison pour laquelle il s’était enrôlé, de la foi absolue qu’il avait en notre pays et ses dirigeants, de son attachement au devoir et au service, j’ai pensé que ce jeune homme avait tout ce qu’aucun d’entre nous ne pouvait espérer pour un enfant mais je me suis alors demandé : est-ce que l’on sert Seamus aussi bien qu’il nous sert ?

J’ai pensé à ces 900 hommes et femmes — fils et filles, maris et femmes, amis et voisins, qui ne reviendront pas chez eux. J’ai pensé à ces familles que j’ai rencontrées et qui doivent se battre pour continuer à vivre sans les revenus d’un être cher ou dont un membre est revenu amputé ou paralysé mais qui n’aura pas d’aide médicale à long terme parce qu’il est réserviste.

Quand on envoie nos jeunes hommes et femmes vers le danger, nous avons l’obligation solennelle de ne pas falsifier les chiffres ou cacher la vérité sur la raison pour laquelle on les envoie. Nous avons l’obligation de nous occuper de leur famille lorsqu’ils sont absents, de prendre soin des soldats lorsqu’ils sont de retour et de ne jamais aller à la guerre sans avoir suffisamment de troupes pour la gagner, assurer la paix et gagner le respect du monde.

Maintenant, laissez-moi mettre les choses au clair. Nous avons de vrais ennemis dans le monde. Nous devons les trouver. Nous devons les poursuivre et nous devons les vaincre.

John Kerry le sait. Et tout comme le lieutenant Kerry n’a pas hésité à risquer sa vie pour protéger les hommes qui ont servi avec lui au Viet Nam. Le président Kerry n’hésitera pas un instant à utiliser notre puissance militaire pour garder l’Amérique saine et sauve.

John Kerry croit en l’Amérique et il sait que ça n’est pas suffisant pour certains d’entre nous de simplement prospérer. A côté de notre célèbre individualisme, il y a un autre ingrédient dans la saga de l’Amérique: une croyance que l’on est tous unis pour former un seul peuple.

S’il y a un enfant du sud de Chicago qui ne sait pas lire, ça me regarde, même si ce n’est pas mon enfant. S’il y a une personne âgée quelque part qui ne peut pas payer ses médicaments et qui doit se choisir entre se loger ou se soigner, ça affecte ma vie même si ce n’est pas un de mes grands parents. S’il y a une famille américaine d’origine arabe rassemblée sans bénéficier d’un avocat ou d’un procès en bonne et due forme, ça menace mes libertés publiques.

C’est cette croyance fondamentale — je suis le gardien de mon frère, je suis le gardien de ma sœur — qui fait que notre pays fonctionne. C’est ce qui nous permet de poursuivre nos rêves individuels tout en formant une seule famille américaine.

E pluribus unum: « Out of many, one. » E pluribus unum: « De la diversité, un seul. »

Maintenant, alors même que nous parlons, il y a ceux qui se préparent à nous diviser : les diffuseurs de publicité négative qui adoptent la politique du n’importe quoi. Alors ce soir, je leur dis, il n’y a pas une Amérique libérale et une Amérique conservatrice, il y a les États-Unis d’Amérique. Il n’y a pas une Amérique noire, une Amérique blanche, une Amérique latino et une Amérique asiatique, il y a les États-Unis d’Amérique.

Les érudits aiment à découper notre pays entre états rouges et états bleus ; les états rouges pour les Républicains, les états bleus pour les Démocrates mais j’ai une nouvelle pour eux, moi aussi. Nous prions un Dieu magnifique dans les états bleus et nous n’aimons pas les agents fédéraux qui farfouillent dans nos bibliothèques dans les états rouges. On apprend le base-ball à nos enfants dans les états bleus et, oui, on a des amis homos dans les états rouges. Il y a des patriotes qui se sont opposés à la guerre en Irak et il y a des patriotes qui l’ont soutenue.

Nous formons un seul peuple, chacun d’entre nous prêtant serment à la bannière étoilée, chacun d’entre nous défendant les États-Unis d’Amérique.

Au final, c’est à ça que revient cette élection. Participons-nous à une politique du cynisme ou participons-nous à une politique de l’espoir ?

John Kerry nous demande d’espérer. John Edwards nous demande d’espérer.

Je ne suis pas en train de parler d’un optimisme aveugle ici, l’ignorance pleine de bonne volonté qui pense que le chômage disparaîtra si on n'y pense pas ou que la crise de l’assurance médicale se résoudra d’elle-même si nous l’ignorons. Ce n’est pas de ça que je parle. Je parle de quelque chose de plus important.

C’est l’espoir des esclaves s’asseyant autour d’un feu et chantant des chansons à propos de la liberté. L’espoir d’émigrants partant pour des contrées lointaines. L’espoir d’un jeune lieutenant de la Navy patrouillant dans le Delta du Mékong. L’espoir du fils d’un meunier qui ose envers et contre tout. L’espoir d’un gamin maigre avec un nom bizarre qui pense que l’Amérique a une place pour lui, aussi.

L’espoir. L’espoir face à la difficulté ! L’espoir face à l’incertitude ! L’audace de l’espoir. Au final, c’est le plus grand don que Dieu nous a fait, le fondement de cette nation. Une croyance en des choses invisibles. Une croyance en des jours meilleurs devant nous.

Je crois qu’on peut donner à nos classes moyennes un peu de soulagement et offrir aux familles qui travaillent de nombreuses opportunités. Je crois qu’on peut offrir un emploi aux chômeurs, un toit aux sans domicile fixe et sauver de la violence et du désespoir les jeunes des villes à travers l’Amérique. Je crois que le bon vent nous pousse et que l’on se trouve à un carrefour de notre histoire. Nous pouvons faire les bons choix et affronter les défis qui nous attendent.

Amérique ! Ce soir, si tu ressens la même énergie que moi, si tu sens la même urgence que moi, si tu sens la même passion que moi, si tu sens la même espérance que moi et si nous faisons ce que nous avons à faire, alors je n’ai pas de doute qu’à travers le pays, de la Floride à l’Orégon, de l’état de Washington au Maine, le peuple se lèvera en novembre et John Kerry sera président, et John Edwards sera vice-président et ce pays réclamera son dû et un jour meilleur suivra ce long processus politique.

Merci beaucoup à vous tous. Que Dieu vous bénisse. Merci.