Discours de Lionel Jospin, Premier ministre, prononcé le 18 décembre 1997 à Casablanca pour l’inauguration du lycée Massignon

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche


Inauguration du Lycée Louis Massignon


Lionel Jospin
Premier ministre


18 décembre 1997
Casablanca


Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs,

C'est, vous le devinez aisément, avec un réel plaisir que l'ancien ministre de l'Education nationale que je suis, participe à la fois à l'inauguration et au premier anniversaire du lycée Massignon, nouvel établissement d'enseignement français au Maroc.

C'est aussi un sentiment de fierté que ressent bien légitimement le Premier ministre français en contribuant à mettre en valeur les efforts déployés par son pays pour entretenir dans le monde un réseau, sans égal, d'établissements scolaires à l'étranger.

Cet établissement nouveau mérite bien une inauguration d'envergure, ne serait-ce que pour manifester notre intention de poursuivre une politique volontariste en faveur de l'enseignement du français à l'étranger. De tels établissements sont un hommage rendu à notre enseignement public, à notre diplomatie culturelle, à la vitalité de la Francophonie, mais aussi à l'ouverture du Maroc au monde.

Ils sont donc au cœur de notre relation politique.Notre réseau au Maroc est depuis toujours le plus important puisqu'il scolarise quelques 17 000 élèves dans 5 lycées, 5 collèges et 18 écoles et que les deux tiers de ces élèves sont marocains !

Quand on a pour langue maternelle un grand véhicule de communication internationale tel que la langue arabe, il n'est pas évident de se donner pour ambition d'en acquérir un second. C'est pourtant le choix fait depuis longtemps par les autorités marocaines en autorisant l'ouverture de notre réseau à leurs nationaux et c'est aussi le choix individuel que font chaque année tant de familles marocaines.

C'est un engagement lucide et réaliste car le rayonnement et la prospérité du Maroc passent aussi par la maîtrise qu'auront nombre de ses enfants de plusieurs langues.

Pour cette raison, nul n'ignore ici que nos établissements, victimes de leurs succès, ne suffisent plus à la demande. Nul ne méconnaît les frustrations et parfois le désarroi de certaines familles qui ne peuvent trouver place dans une école de l'Agence ou, comme ont dit encore aujourd'hui, de la « Mission universitaire ». C'est pourquoi il fallait trouver ensemble un nouvel élan qui tienne compte à la fois des réalités comptables et de nos intérêts mutuels bien compris.

Je me félicite donc qu'autorités marocaines et françaises aient fait preuve d'imagination pour répondre à la demande opiniâtre des familles. Ainsi est né, ici même, il y a exactement un an, un nouveau type d'établissement : « les établissements autofinancés », relevant - comme ceux de l'Agence - de la Convention de coopération de 1984. Placés sous la tutelle de l'Office scolaire et universitaire international (OSUI), association française sans but lucratif, une chaîne nouvelle du savoir est en train de se constituer sur le modèle de « Massignon ». A Rabat, El Jadida et Agadir, trois nouveaux collèges, dont certains deviendront lycées, se sont ouverts en septembre dernier. A la prochaine rentrée, d'autres verront le jour sans doute à Fès et dans les provinces du Nord. Ainsi s'élargissent les bases de notre coopération éducative et s'adapte notre diplomatique.

Massignon est un succès. Il accueillait 200 élèves dès la première année, 310 aujourd'hui ; il en accueillera 500 à la rentrée 98 et en comptera 800 en régime de croisière, c'est-à-dire de la maternelle à la terminale. Il offre comme les établissements de l'Agence, à la fois un enseignement français conforme aux programmes et aux instructions, et un enseignement de langue et civilisation arabes qui les conduiront jusqu'à l'option internationale du baccalauréat, dont je me permets de rappeler le taux de réussite en 1997 : 97 % ! C'est en effet la meilleure réponse qui puisse être donnée aux familles marocaines que d'associer étroitement, dans un même projet d'établissement, enseignement français et composante de langue et civilisation nationale, qui sont garants à la fois des racines et de l'ouverture internationale. Je profite de l'occasion pour remercie le ministère marocain de l'Education nationale qui met à la disposition du réseau français au Maroc quelque 180 enseignants et 4 inspecteurs. Que nos partenaires sachent combien nous y sommes sensibles et combien nous apprécions la qualité des enseignants choisis.

Dans cette synergie franco-marocaine, il était naturel que ce lycée prenne le nom de Louis Massignon, à la fois illustre arabisant, homme d'action et homme de foi, « un homme qui n'avait qu'une parole devant Dieu et devant les hommes », selon la belle formule d'un de ses proches. Louis Massignon a pleinement mérité que sa vie et son oeuvre soient honorées par l'inscription de son nom au frontispice d'un établissement. J'appelle les élèves éduqués ici à s'inspirer de ses leçons de volonté et de tolérance. Qu'ils sachent aussi que le Maroc a motivé sa vocation profonde, après un diplôme consacré à l'histoire marocaine, à travers l'oeuvre de Léon l'Africain. Qu'ils n'oublient pas qu'après avoir fondé la revue des Etudes islamiques (1930), puis le Comité France-Maghreb (1953), cet intellectuel œcuménique s'est rendu à Madagascar pour visiter le souverain marocain Mohammed V qui s'y trouvait alors en exil. On retrouve bien dans ce geste l'homme fidèle et visionnaire que fut Louis Massignon. Il est bon que cet hommage solennel lui soit rendu en présence de son fils que j'ai tenu à associer à l'événement et qui partage plus que tout autre l'émotion de l'instant.

Permettez-moi de conclure en remerciant les autorités marocaines ici présente, tous les parents d'élèves, la direction et le corps professoral, les autres personnels et bien sûr les élèves de leur travail. Il n'est jamais facile de mener un projet pédagogique et a fortiori de l'imaginer et de lui donner vie. C'est déjà un succès qui s'annonce, je n'ai pas à vous souhaiter une pleine réussite, mais à la constater solennellement.