Aller au contenu

Discours de M. de Bismarck à la Chambre des députés de Prusse, en faveur de la gratuité de l’instruction primaire, 4 février 1881

La bibliothèque libre.
Discours de M. de Bismarck à la Chambre des députés de Prusse, en faveur de la gratuité de l’instruction primaire, 4 février 1881
Revue pédagogique, premier semestre 18817 (p. 343-344).

Allemagne. — Il faudra désormais compter M. de Bismarck au nombre des partisans de la gratuité de l’enseignement primaire. Il a développé ses idées sur ce sujet dans la séance du 4 février de la Chambre des députés, à l’occasion de la discussion de son plan de réformes financières et administratives.

« Ce n’a jamais été pour personne un plaisir d’avoir à payer des impôts, a dit le versatile chancelier, et il n’y a rien non plus, dans le fait d’être contribuable, qui flatte l’amour-propre du citoyen ; tout au contraire, il se sent humilié d’être capite census. C’est seulement dans le cas où l’impôt est assis sur une propriété qu’on le paye peut-être avec une certaine satisfaction, — comme nous autres propriétaires payons l’impôt foncier. Mais quand le contribuable ne sait où prendre l’argent qu’on lui demande, il préfère certainement qu’on ne lui en demande point, et l’école gratuite lui paraîtra de beaucoup préférable à l’école qui exige une rétribution. Je me félicite d’être tout à fait d’accord sur ce point avec l’honorable M. Richter ; je pense comme lui que la rétribution scolaire est pour le père une des charges les plus lourdes. Dans la plupart des provinces on a l’habitude d’admettre gratuitement un enfant sur trois, lorsqu’ils appartiennent à la même famille. Mais ne fallût-il payer que pour deux, ou même pour un seul, c’est encore souvent trop pour les parents. Il aurait suffi d’un léger amendement au projet de loi qui vous est présenté — amendement qui ne pourra plus, il est vrai, se produire dans cette session — pour assurer partout ou presque partout, à la population de la Prusse, des écoles gratuites, et à l’instituteur une existence indépendante non seulement des hasards de la rétribution scolaire, mais encore des décisions arbitraires des communes. Avec le système de la rétribution scolaire, l’instituteur est placé dans une situation analogue à celle que le système de la dîme fait à un ecclésiastique, qui se voit souvent obligé d’exiger la dîme d’un plus pauvre que lui. Ce sera pour l’instituteur une satisfaction d’amour-propre — et nous savons que l’amour-propre est un des traits principaux du caractère de ces messieurs — que de n’avoir plus à réclamer le payement de la rétribution à de malheureux enfants qui viennent. en classe les pieds nus, et de se sentir dans une situation indépendante. »

Nous ne savons si l’adoption du plan administratif de M. de Bismarck, qui consiste à enlever aux municipalités une partie de leurs attributions pour les transférer aux autorités d’arrondissement (Kreis), aurait réellement pour conséquence la gratuité de l’enseignement primaire ; nous rappellerons seulement que ce plan a rencontré une vive résistance à la Chambre des seigneurs, et qu’à la suite de la démission du ministre Eulenburg, M. de Bismarck se verra probablement contraint de modifier ses-projets.