Discours de Pierre Messmer, Premier ministre, prononcé le 25 avril 1973 pour l'inauguration du dernier tronçon du boulevard périphérique de Paris

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Discours pour l’inauguration du dernier tronçon
du boulevard périphérique de Paris


Pierre Messmer
Premier ministre


25 avril 1973


Madame le président, Mesdames, Messieurs,

Voici une grande œuvre achevée. car c’était vraiment une grande œuvre de construire autour de Paris une ceinture de 36 kilomètres. Comme toutes les grandes œuvres, ce fut aussi une œuvre difficile. Moins, il faut l’avouer, pour des raisons domaniales car il s’est trouvé, grâce au choix du tracé, que presque tout le périphérique a été construit sur des terrains qui appartenaient à la Ville de Paris pour lui avoir été transférés entre les deux guerres par l’État, au moment où l’on déclassa les fortifications et la zone. Mais c’était une œuvre difficile pour des raisons techniques, je n’y reviendrais pas, et plus encore peut-être parce que la construction du Boulevard périphérique dans une zone fortement urbanisée était inévitablement la source d’un grand nombre de problèmes, de problèmes humains, de problèmes sociaux et aussi de ces problèmes d’environnement dont on parle beaucoup aujourd’hui mais que les constructeurs du périphérique ont connu dès le premier jour.

Cette grande œuvre — et qui remonte très loin en arrière, comme nous le rappelait son principal responsable technique — a été exécuté, en fin de compte, en moins de dix-sept ans, ce qui est un délai tout à fait raisonnable et pour un prix, également très raisonnable, qui s’élève à environ deux milliards de francs, ce qui n’est guère pour 36 kilomètres de périphérique en zone urbaine. Et cette œuvre est un succès.

C’est un succès d’abord par rapport à sa destination. La raison d’être de ce Boulevard périphérique est d’améliorer la circulation en région parisienne, et en particulier aux limites de Paris. Cet objectif est déjà largement réalisé. On m’a dit que sur certaines sections du périphérique on enregistre dès maintenant plus de 160 000 passages de véhicules par jour et que bientôt on s’attend à enregistrer près de 200 000 passages par jour sur ces sections. Et ces passages ont allégé, dans une mesure dès maintenant sensible, les boulevards des Maréchaux où l’on peut circuler de façon presque normale.

C’est donc un succès du point de vue de la circulation, au point que, dès maintenant, il est préférable pour les véhicules souhaitant traverser Paris sans s’y arrêter, de faire la moitié du tour de Paris plutôt que de traverser la ville du nord au sud ou de l’ouest à l’est.

Mais c’est aussi un succès du point de vue de la sécurité car sur ce Boulevard périphérique, qui connait encore trop d’accidents — car il y a toujours trop d’accidents — toutes choses égales d’ailleurs, la sécurité est néanmoins meilleure que sur d’autres voies du même style.

Et, puis enfin, on peut dire que c’est un succès car ce Boulevard périphérique s’est, dans l’ensemble, bien intégré dans le paysage parisien. Certes, tout n’est pas parfait, mais on peut dire que dans les sections les plus récentes et en particulier la section que nous inaugurons aujourd’hui, les ouvrages ont été réussis non seulement techniquement mais artistiquement, et l’on peut dire aussi que l’environnement a été, dans l’ensemble, sauvegardé ou à peu près reconstitué.

Cette grande œuvre n’a été possible que parce que deux conditions ont été réalisées. La première c’est la continuité. Il n’était pas possible de réaliser une œuvre comme celle-ci s’il n’y avait dans le dessein d’abord, dans l’exécution ensuite, une continuité suffisante. Une continuité au niveau de l’administration de la Ville de Paris, une continuité aussi dans le District et au Gouvernement. Et cette grande œuvre n’a été possible que dans la coopération, la coopération des services entre-eux, et Dieu sait si la coopération des service à Paris et dans la région parisienne est complexe et difficile, et une coopération surtout entre Paris, le District et l’État, puisque de ces deux milliards qui ont été dépensés l’État et la Ville ont apportés chacun 40 % et le District 20 %. Cette coopération qui était nécessaire et cette continuité qui a été très utile sont pour nous un enseignement ; un enseignement pour l’avenir de ce que nous voulons faire à Paris, car l’achèvement du périphérique est pour nous le début d’autres projets, mais aussi un enseignement pour l’avenir de tout ce que nous ferons dans la région parisienne et dans la France entière.