Discours de clôture du congrès fondateur du Mouvement Démocrate - 2 décembre 2007

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Discours de clôture du congrès fondateur du Mouvement Démocrate - 2 décembre 2007



2007

Discours prononcé en clôture du congrès de Villepinte (Seine-Saint-Denis).


Mes chers amis, merci. Bien sûr, mes premiers mots seront pour vous dire merci de la très grande confiance que vous me manifestez, et à me souvenir des étapes de cette histoire d'amitié et de confiance. J'ai évidemment la gorge un peu serrée. Je n'ai pas oublié ce que nous avons fait ensemble ces derniers mois, ces dernières années. Je n'ai pas oublié combien fut rude la route, combien elle l'est encore, combien d'embûches et d'embuscades cette route rencontre, a rencontrées et, je n'en doute pas, rencontrera. C'est au nom des embûches, des embuscades, que l'on mesure combien on dérange, c'est-à-dire combien on est en train de changer les choses dans son pays. Regardez l'adversité, demandez-vous pourquoi elle se réunit et vous saurez alors quelle est l'importance du chemin que nous avons entrepris de faire et de l'enjeu qu'il y a derrière cette marche que nous avons commencée. (Applaudissements...) Comme vous le savez, nos statuts prévoient que le Bureau exécutif, le gouvernement du mouvement qui m'entoure, doit être désigné lors du premier Bureau politique. Je présenterai notre équipe devant le Bureau politique, mais je veux vous présenter un bureau exécutif provisoire qui, jusqu'au mois de janvier, sera chargé de m'entourer. Je vais vous lire leur nom et puis je vais vous demander, peut-être, de les applaudir. Seront membres du Bureau exécutif provisoire : Abdelatif ALI, Député de Mayotte, Philippe ARNAUD, Sénateur de Charente, Jean ARTHUIS, Sénateur de la Mayenne et Président de la Commission des finances du Sénat, Gilles ARTIGUES, qui était Député de Saint-Étienne et qui conduira notre liste à Saint-Étienne, Eric AZIÈRE, Conseiller de Paris et Conseiller régional d'Île-de-France, Denis BADRÉ, Sénateur des Hauts-de-Seine, Didier BARIANI, Conseiller de Paris et Conseiller régional d'Île-de-France, Jean Luc BENNAHMIAS, Député européen, Anne-Marie COMPARINI... Si Anne-Marie Comparini est là, je l'invite à nous rejoindre à la tribune, elle devait être là ce matin, Véronique FAYET, Conseillère régionale d’Aquitaine, Françoise FERAT, Sénateur de la Marne, par ordre alphabétique j'ai oublié Yves DETRAIGNE, Sénateur de la Marne, Jacqueline GOURAULT, Sénateur du Loir-et-Cher et président des élus démocrates, Nathalie GRIESBECK, Députée européen, Olivier HENNO, Maire et conseiller général du Nord, Jean-Jacques JEGOU, Sénateur de Val-de-Marne, Bruno JONCOUR, Maire de Saint-Brieuc et conseiller régional de Bretagne, ... Pendant que je vous parle je classe par ordre alphabétique alors si je fais une erreur vous me le pardonnerez... Anne LAPERROUZE, Députée européen, Jean LASSALLE, Député des Pyrénées-Atlantiques, Bernard LEHIDEUX, Député européen, Corinne LEPAGE, Michel MERCIER, Président du Groupe au Sénat et Sénateur du Rhône, Catherine MORIN-DESAILLY, Sénateur de Seine-Maritime, Jean PEYRELEVADE, Marielle DE SARNEZ, Députée européen et tête de notre liste à Paris, Jean-Marie VANLERENBERGHE, Sénateur-Maris d'Arras. par ordre alphabétique j'ai oublié Eric DELHAYE, Et je vais adjoindre à ce Bureau exécutif, à la fois pour qu'ils animent le parti et pour qu'ils y siègent, une équipe de délégués nationaux jeunes. Dans cette équipe de délégués nationaux jeunes, je nommerai, et je l'enrichirai par la suite : Quitterie DELMAS, Céline ALLÉAUME, Fabienne FAURE, Conseiller régional de l'Ain, Patrick MIGNOLA, Marc FESNEAU, et je demanderai à Pierre-Emmanuel PORTHERET, qui a fait un travail formidable, d'animer cette équipe et de la coordonner. Christophe MADROLLE et Raymond PRONIER seront aussi membres de cette équipe de délégués nationaux. Je pense, en effet, qu'il est nécessaire… Cette équipe sera enrichie d'autres que je nommerai dès le courant de la semaine prochaine, car j'ai besoin de faire en sorte qu'une génération nouvelle monte aux responsabilités, que cette génération nouvelle... (Applaudissements...) ...s'occupe, cela a été demandé à plusieurs reprises, de l'animation de nos organisations.... Tu as raison, j'ai oublié Philippe NOGRIX, Sénateur d’Ille-et-Vilaine, excuse-moi Philippe, il y avait eu une faute de frappe dans ma liste... J'ai besoin qu'une génération nouvelle monte, j'ai besoin que nous animions effectivement et de près la vie de nos mouvements départementaux. J'ai besoin que des visages nouveaux apparaissent, des sensibilités nouvelles et des expériences nouvelles. C'est ce renouvellement du mouvement que nous assumerons ensemble. Voilà l'équipe provisoire qui, pendant le mois de décembre et avant la réunion en janvier de notre premier Bureau national, m'accompagnera, si vous me donnez votre confiance, parce que, comme c'est un congrès fondateur, il est extraordinaire, et je vais vous demander votre confiance sur l'équipe et les principes que je viens d'énoncer devant vous. Qui est d'accord pour que cette équipe soit autour de moi de manière provisoire pendant le mois de décembre ? (Procédure de vote à mains levées: adopté à la presque unanimité) Henri CATHERIN s'apprêtait à lever son bulletin pour dire qu'il n'y avait pas de seniors dans ces équipes. Je lui promets qu'on mettra une équipe de seniors pour que tout le monde puisse sa part à l'animation du nouveau mouvement. Je suis très frappé par le Congrès fondateur que nous avons eu et je suis très frappé par le changement que nous assumons ensemble. Il y a longtemps que je voulais et que je rêvais d'un changement profond dans la désignation de cette famille politique qui, jusqu'à maintenant, était uniquement qualifiée de centre ou de centriste. J'ai toujours trouvé que centriste, cela rimait avec triste et j'ai toujours préféré dire centrale, mais il me semblait depuis longtemps que l'enjeu c'était que l'on ne nous désigne plus par une définition géographique, par référence à la droite et à la gauche, mais qu'on nous désigne par notre identité. Alors, démocrates, je vous salue, citoyens démocrates, je vous salue !.... (Applaudissements...) J'ai été très frappé, pendant le congrès, de la remarquable qualité des interventions de la part de ceux qui formaient le congrès, de la part des adhérents, de la part des militants. J'ai trouvé que, de manière absolument ouverte, sans qu'il n'y ait aucun filtre d'aucune sorte, sans qu'il n'y ait aucun choix arbitraire d'aucune sorte, tout le monde ayant pu s'exprimer, quelquefois dans la vivacité –et moi-même cela m'arrive d'avoir de la vivacité. Alors que ceux qui sont parfois l'objet de ces « coups de chaud » comprennent que c'est la chaleur du congrès. Mais j'ai été extraordinairement frappé de la qualité de pensée, d'expression, par la distinction et par la qualité d'expérience de vous qui vous êtes exprimés, de votre sagesse et de votre équilibre et c'est une première réponse à tous ceux qui disaient « mais comment peut-on faire vivre ensemble des gens qui viennent d'horizons différents ? » Car le moment est venu d'oublier les fractures, les étiquettes du passé, tout ce qui a empêché dans ce pays, au fond, l'immense majorité qui la forme et sur laquelle ce pays est assis, qui a empêché cette majorité d'exister et de se faire entendre de manière à conduire, comme elle aurait dû le faire, les affaires de la France. Je suis frappé depuis longtemps car quelque chose que j'ai entendu exprimer ce matin à la radio dans une interview par les adhérents de Nantes qui disaient « mais chez nous, il y a d'anciens RPR, d'anciens socialistes, d'anciens verts et beaucoup de personnes qui venaient de nulle part, à côté des militants centristes traditionnels. Nous n'avons aucune difficulté à vivre ensemble et nous croyons les mêmes choses ». Et bien ceci, il faut que nous y réfléchissions car cela ne doit plus être présenté comme un miracle, ou comme une exception, mais comme un signe des temps : les clivages, les partages, les frontières et les fractures d'autrefois sont en train de s'effacer et de disparaître au profit de nouveaux clivages, de nouvelles fractures et de nouveaux projets et il se trouve que nous sommes rassemblés autour de ce projet démocrate. C'est cela qui nous soude, c'est cela le ciment et c'est pour cela que nous irons loin et que la France va nous rencontrer. (Applaudissements...) Et c'est pourquoi je dis : soyons fiers de notre nom. Il y avait, jusqu'à maintenant, les socialistes, les communistes, les gaullistes... Il y a les démocrates. Démocrate, cela veut dire deux choses : cela veut dire citoyen de plein exercice, et cela veut dire porteur d'un projet de société qui est probablement le plus avancé qu'on doive définir pour le XXIème siècle !.... (Applaudissements...) Ce nom de démocrate, c'est de par le monde -on a parlé tout à l'heure d'élections qui ont lieu aujourd'hui dans l'immense espace russe, on a parlé de combats qui sont en train d'être menés dans l'espace qui fut celui de l'Union soviétique autrefois, nous avons souvenir de ce qui s'est passé en Ukraine, nous avions choisi la couleur orange bien avant que n'arrive la révolution orange en Ukraine, mais ça a été pour nous un combat que nous avons partagé... Partout dans le monde, ceux qui refusent les dictatures, partout dans le monde, ils s'appellent démocrates. Nous sommes un mouvement de résistance, de résistance internationale... (Applaudissements...) de résistance -naturellement ce n'est pas le cas de notre pays- à ceux qui confisquent le pouvoir et l'exercent de manière arbitraire, mais plus encore nous sommes un mouvement de résistance à l'ordre mondial, lorsque l'ordre mondial est injuste. Nous sommes un mouvement de résistance aux modèles qui essaient de s'emparer aujourd'hui de la mondialisation. Je voudrais vous lire quelques lignes de quelqu'un à qui il faut que nous adressions, en ce moment, notre pensée, notre chaleureux soutien, je voudrais vous lire quelques lignes de Aung San Suu Kyi qui mène, à la tête du Mouvement Démocrate birman, le combat que vous savez contre la dictature. (Applaudissements...) Et je vous demande d'avoir présent à l'esprit ce double sens du mot démocrate : revendication de la liberté et de la responsabilité du citoyen et porteur d'un projet de société qui ne s'accommode pas d'un modèle qui ferait disparaître un certain nombre de valeurs au profit des valeurs matérielles. Je veux vous lire ces lignes de Aung San Suu Kyi. Elle commence par citer un économiste et philosophe français, qui s'appelle François PÉROU, et qui dit : « Le développement personnel, la liberté des personnes épanouies dans les valeurs auxquelles elles adhèrent et qu'elles vivent en actes est l'un des ressorts les plus puissants du développement sous toutes ses formes ». Et Aung San Suu Kyi poursuit en disant : « Alors que le concept de développement humain commence à occuper une place fondamentale dans la pensée des économistes et responsables internationaux, l'Économie de Marché, dont les majuscules rayonnent d'une aura que l'on voudrait quasi mystique, fait de plus en plus figure, aux yeux de nombreux gouvernements, de voix rapide et infaillible vers la prospérité matérielle. Selon eux, tous les problèmes auxquels sont confrontés leurs pays pourraient être résolus grâce à des mesures économiques. L'économie fait figure de deus ex machina, la clef la plus importante pour ouvrir les serrures de toutes les portes de la nouvelle Asie -c'est Aung San Suu Kyi qui parle- dont nous rêvons. Dès lors que l'on voit dans l'économie la clef la plus importante pour ouvrir les serrures de toutes les portes, on en vient tout naturellement à juger la valeur d'un homme principalement, sinon exclusivement, à l'aune de son efficacité en tant qu'instrument économique. Cela ne concorde pas avec une vision du monde où les institutions économiques, politiques et sociales ont pour but de servir l'homme et non l'inverse, où la culture et le développement fusionnent pour créer un environnement dans lequel le potentiel humain peut se réaliser pleinement ». Voilà ce que dit Aung San Suu Kyi. (Applaudissements) Eh bien, démocratie, cela veut donc dire deux choses : nous n'oublierons pas, en tant que démocrates, dans la vie politique française que cela veut dire, bien entendu, non à l'absolutisme, séparation des pouvoirs, indépendance de la presse -j'en dirai tout à l'heure un mot- État impartial et vérité dites aux citoyens. Et cela veut dire une deuxième chose : un autre projet de développement pour la planète, un projet de développement humain, un projet qui ne s'arrête pas à la croissance économique, mais qui recherche la croissance humaine, qui suppose que l'économie est bien administrée et libérée quand il le faut, mais que l'économie doit servir l'homme et non pas l'inverse. (Applaudissements...) Le but du Mouvement Démocrate est donc de proposer à la France un nouveau projet de société et de rechercher les conditions de l'alternative politique qui rendra possible la réalisation de ce projet. Les démocrates en France, les démocrates en Europe, je pense à nos amis et camarades italiens, à nos amis et camarades britanniques, aux huit ou dix partis européens qui ont formé avec nous le Parti Démocrate Européen. Et quand nous l'avons fondé, nous avions naturellement à l'esprit avec Romano Prodi et Francesco Rutelli que le Parti Démocrate Européen était la matrice des partis démocrates que nous devrions fonder dans chacun de nos pays en Europe, Parti Démocratique en Italie, Mouvement Démocrate en France, Libéraux Démocrates en Grande-Bretagne... Partout, va se mettre en place cette double revendication : le progrès, c'est la responsabilité du citoyen, et le progrès c'est un projet de société de développement humain. (Applaudissements...) Alors je voudrais, en quelques mots, traiter de ces deux chapitres à l'aune des enjeux qui sont devant nous en France, que vous allez devoir porter en développant ce mouvement. Premièrement, la revendication d'un citoyen responsable. Bien entendu, et nous sommes en train de le vivre en France, il y a plusieurs conceptions de la République. Il y a ceux qui pensent que la République s'accommode de l'extrême centralisation des pouvoirs dans un certain nombre de domaines de la confiscation des pouvoirs, et ceux qui pensent qu'au contraire la République c'est l'équilibre des pouvoirs, la séparation des pouvoirs et l'indépendance réciproque des pouvoirs politiques, économiques et médiatiques. Je voudrais revenir sur ce sujet, parce que vous savez tous, nous savons tous, qu'il y a aujourd'hui une entreprise de contrôle d'un grand ensemble de médias par les amis du pouvoir dans notre pays, une entreprise qui fait que, naturellement grâce à l'arme économique et grâce à la puissance d'un certain nombre de groupes, il se trouve que l'amitié, la proximité avec le Président de la République ont désormais étendu un réseau puissant sur les médias français. Chaque jour, on voit de nouveaux pas dans cette prise de contrôle d'un grand ensemble de médias. Je veux vous dire clairement que, pour nous, démocrates, ni la démocratie ni la République ne peuvent s'accommoder de ce que les médias soient sous le contrôle d'un réseau de proximité avec le Président de la République, quels que soient les moyens financiers dont ce réseau dispose. (Applaudissements...) Et face à cette tentative de contrôle, il faut que nous aidions, par tous les moyens disponibles, et tous les dialogues avec eux seront bienvenus, il faut que nous aidions les journalistes à conquérir et à sauvegarder leur indépendance. (Applaudissements...) Nous nous servirons de toutes les tribunes possibles pour le faire et, notamment, de toute discussion qui viendra en matière institutionnelle pour déposer, sur ce sujet central, les amendements et les textes qui garantiront, d'abord, une séparation stricte entre les uns et les autres et, deuxièmement, une protection, s'il en était besoin, des rédactions à l'égard de ceux qui étant possesseurs des médias, voudraient éventuellement de force ou de gré, et le gré n'est pas moins dangereux que la force, de force ou de gré, faire que la présentation des choses puisse être plus favorable au pouvoir que le pluralisme et l'objectivité médiatique ne le voudraient. En tout cas, ce serait, pour la France, une extraordinaire régression que cette exigence d'indépendance des médias ne soit pas défendue dans le champ politique français et, même si nous sommes seuls, nous la défendrons. (Applaudissements...) De la même manière, la France a droit à ce que lui soient données, en tout cas proposées, j'espère un jour garanties, des institutions plus équilibrées qu'elle ne les a aujourd'hui. J'ai dit hier à quel point j'avais mis de l'espoir dans le « comité Balladur » -dit Balladur- qui était normalement destiné, selon la lettre de mission qui était la sienne, à répondre à un certain nombre d'exigences. Premièrement, mettre en conformité le texte avec la réalité. Lorsque le Président de la République est élu au suffrage universel, il est naturel qu'il ait un rôle d'inspirateur de l'action nationale et, le gouvernement, il est naturel qu'il ait un rôle de mise en oeuvre. On a renoncé à cette clarification, de sorte que nous aurons un jour de nouveau des questions qui se poseront à partir de ce fait désormais institutionnel qui est que demeurera inscrit dans notre Constitution, le fait que c'est le gouvernement qui détermine et conduit la politique de la nation. On ne changera rien, et dans ce refus du changement, il y a le risque d'un certain nombre d'affrontements et de crises que je vous mets en mémoire pour le jour inéluctable où elles viendront. Notre idée était que d'une manière ou d'une autre, il était assez normal que le Président de la République se voit reconnaître les prérogatives qu'il exerce au-delà de l'imaginable, et qui était de déterminer les grands axes de la politique de la nation et, pour le gouvernement, la responsabilité de les mettre en œuvre ; que ce gouvernement responsable devant l'Assemblée nationale pouvait ainsi recevoir de plein fouet le jugement de l'opinion par députés interposés lorsqu'une crise ou une autre s'ouvrirait. Je dis que sur ce point, je regrette que la « commission Balladur » n'ait pas répondu aux demandes qui lui étaient adressées. Ce ne sera pas un élément de clarté. Ce sera un élément de crise éventuelle. Mais deuxièmement, et encore plus grave, tout le monde -et je croyais que la lettre de Nicolas Sarkozy, de mission à la « commission Balladur » le disait, entre les lignes, en tout cas- tout le monde en France sait où est le mal de nos institutions. Tout le monde sait où est le virus qui fait que la France n'a pas droit à la démocratie que tous les autres pays européens ont obtenu et exercent de plein exercice. Tout le monde sait d'où ça vint. Ça vient d'une seule chose, c'est que la représentation du peuple, par députés interposés, que cette représentation du peuple n'est pas fidèle au pluralisme de la nation, premièrement, et parce qu'elle n'est pas fidèle au pluralisme de la nation, qu'elle devient dépendante de l'exécutif. Lorsque vous avez un parlement qui n'est pas autonome, qui ne trouve pas ses racines dans la représentation exacte du peuple dont il est chargé d'être le porte-parole, lorsque ce parlement n'est pas autonome et qu'il dépend de l'exécutif, la fonction de liberté du législateur, la fonction de contrôle et la fonction d'organisateur objectif et libre du débat public, aucune de ces trois fonctions ne peut être remplie. Le mal français est que la représentation parlementaire dépend de l'exécutif, du Président de la République et du gouvernement et pas de la confiance et du pluralisme du peuple. (Applaudissements...) Tant que vous n'aurez pas construit cette autonomie, cette liberté de parole, cette liberté de pensée de la représentation nationale par rapport à l'exécutif, vous aurez le déséquilibre, hélas, dans lequel nous sommes enfermés depuis des décennies. Le refus ou le presque refus, j'espère que le presque l'emportera sur le refus, le refus ou le presque refus de la « commission Balladur » de donner au pays une loi électorale plus juste -parce que je n'accepte pas l'idée que 20 sièges, c'est-à-dire 3 ou 4 % de l'Assemblée nationale soit une loi électorale plus juste ! J'appelle cela un pourboire, un backchich ou de la charité publique et le citoyen ne relève ni du pourboire ni du bakchich ni de la solidarité publique. (Applaudissements) Vous savez bien la situation dans laquelle nous sommes et que je rappelais hier. Un sondage récent est paru il y a trois semaines je crois, ou quinze jours, sur quel serait votre vote aujourd'hui au premier tour de l'élection présidentielle. Et le sondage donnaient, au prmeier tour, 34 % à Nicolas Sarkozy. Sa présence sur les médias suffit naturellement à expliquer et, après tout, il l'a gagnée, cette hyper présence, le petit pas en avant que ce sondage notait. 34%. Il a 340 députés à l'Assemblée nationale. 34, 340, cela tombe bien. Ségolène Royal était notée à 22 %. 22. Il y a 220 députés de gauche à l'Assemblée nationale. Cela tombe bien. Nous, nous étions dans ce sondage à 17 % et nous avons 3 députés -les trois à la tribune- à l'Assemblée nationale ! Où est la justice ? Où est le respect du peuple ? (Applaudissements...) Où est la prise en compte du pluralisme ? J'ai eu l'occasion de dire, devant la « commission Balladur », à un de ses membres, membre de l'UMP, qui disait : « Mais, bon, les citoyens ont choisi ». Je leur ai dit : nous ne sommes pas moins citoyens que vous parce que nous sommes un peu moins nombreux que vous dans le pays. Ce n'est pas le nombre qui fait le citoyen. La démocratie, ça n'est pas la dictature de la majorité, c'est la protection des minorités, le droit d'expression de toute minorité à l'Assemblée nationale, dès l'instant que ces minorités sont provisoires.... (standing ovation...)' ...la dictature de la majorité, c'est naturellement une fausse représentation de ce que la démocratie doit être. Et je le répète, pardonnez-moi de le dire, je l'ai dit hier pour nos statuts : la République, elle organise le double principe qui est celui de fonctionnement des sociétés démocratiques, des gouvernements, de la prise de décision, principe de cohérence à l'intérieur de l'exécutif, principe de représentation dans l'assemblée qui doit contrôler et exprimer le sentiment du peuple en face des décisions de l'exécutif. C'est la raison pour laquelle, tant qu'il n'y aura pas cette loi électorale juste, tout "ripolinage" des institutions sera vain. Le Général de Gaulle, sur les institutions de la IVème République avait un jugement très sévère. (...) Vous savez qu'en 1951 il avait fait élire 120 députés sous son étiquette à l'Assemblée nationale et, pendant l'été 1952, il a dû constater qu'il lui en restait aucun ou presqu'aucun, qu'ils étaient tous passés de l'autre côté. Il se trouve que c'était le Général de Gaulle, le libérateur de la patrie, l'homme qui avait réinstauré la République en France et vous voyez le gouffre historique qui sépare l'expérience tellement lourde et significative du Général de Gaulle par rapport aux pauvres histoires, assez amusantes cependant, que nous sommes en train de vivre. Enfin, vous vous rendez bien compte que, lorsque le Général de Gaulle indiquait à ses amis : « vous pouvez passer du côté du pouvoir, aussi nombreux que vous soyez, eh bien, vous découvrirez que, avec de mauvaises institutions, il est impossible de mener une bonne politique ». Eh bien ce que le Général de Gaulle disait, au début des années 50, je le trouve absolument d'actualité aujourd'hui. Tant que vous aurez la concentration du pouvoir, l'effacement du parlement, l'hyper personnalisation qui fait que, dans notre pays, il n'y a même plus de gouvernement, que le gouvernement a été effacé, qu'il a disparu de l'écran au profit de la seule fonction présidentielle, tant que vous aurez cela, soyez assurés que les choix du pays seront, d'une manière ou d'une autre détournés, qu'ils conduiront, d'une manière ou d'une autre, à l'erreur et que l'on vérifiera chaque fois que les promesses et les réalités ont vu se creuser entre elles un gouffre tel qu'il n'y a que la désillusion qui soit au bout du chemin. Je suis persuadé que nous avons besoin de reprendre des institutions saines pour que la démocratie s'exerce à nouveau et que la République soit enfin équilibrée. (Applaudissements) (...) Cela nous conduit à une deuxième question, à un deuxième chapitre de notre message. Le premier c'était le citoyen responsable. ...J'ai oublié la dernière phrase que je voulais dire (...) Parce que si le citoyen n'est pas responsable, si le citoyen ne peut pas contrôler la vérité de ce qu'on lui dit, alors il est incapable de conduire les réformes, les changements, les adaptations qui s'imposent dans son pays. Si vous ne lui donnez pas les éléments du choix, le progrès de la société devient impossible, car tout le monde à ce moment-là s'accroche à ses "acquis" comme on dit. Le conservatisme est une force extrêmement puissante dans les sociétés humaines. C'est d'ailleurs, à bien des égards, une force bénéfique. Je ne suis pas de ceux qui pensent qu'il suffit de faire table rase de tout. Je pense que le conservatisme est une force de défense, de protection des sociétés humaines, et je n'en fais pas une caricature mais, si vous n'informez pas les citoyens sur les raisons qui doivent les conduire à changer, pourquoi voulez-vous qu'ils acceptent le changement ? Je dis que si la vérité avait été dite à ce peuple, jamais il n'aurait accepté qu'on accumule sur ses épaules une dette de 1 200 milliards d’euros qu'il va devoir assumer, jour après jour et faire assumer, hélas, par ses enfants !.... (Applaudissements...) Les plus jeunes des Français devraient faire un procès en irresponsabilité aux générations politiques qui ont accepté, dans un silence complaisant, que cette accumulation de dette soit ainsi amassée sur leurs épaules. Il y a de la non-assistance à génération en danger dans les choix qui ont été faits. (Applaudissements...) Le droit à la vérité, c'est le droit au mouvement pour une société et, si vous lui dissimulez la vérité, au bout du compte, vous aurez le blocage. Je suis persuadé que c'est une des fonctions principales des institutions démocratiques que de garantir au citoyen qu'on va lui dire la vérité sur sa situation et l'informer sur les choix disponibles. On va le considérer comme responsable et, s'il est responsable, il acceptera les choix. Si on ne lui donne pas cette garantie et qu'on ne l'informe pas sur les choix, il les refusera. Je suis pour la responsabilité, car la responsabilité, c'est le mouvement. Je traite rapidement, après le citoyen responsable, du deuxième chapitre, du deuxième message qui sera celui, forcément, de tous les démocrates en France. Je le dis seulement en quelques lignes, parce que c'est un sujet qui nous occupera pendant des mois, il faut que nous réfléchissions aux nouvelles ou à la nouvelle définition de l'État. Vous vous souvenez peut-être qu'il y a un peu plus d'un an, 13 ou 14 mois, nous avions tenu un colloque ensemble qui s’appelait « Aux racines du mal français ». Eh bien, aux racines du mal français, il y a une idée fausse de l'État. Aux racines du mal français, il y a que l'État peut s'occuper de tout et que, chaque fois que l'on a un problème, dans la société française, y compris les chiens dangereux, on se tourne vers l'État en disant : Monsieur État, s'il vous plait, ou Madame qui servez l'État, s'il vous plait, veuillez résoudre ce problème à notre place. La France souffre d'une idée fausse de l'État et il faut que nous nous souvenions de ce qui a été depuis longtemps défini par des esprits, de grands esprits de tout premier plan : chaque fois que vous vous en remettez à un État tout-puissant, au bout du compte, vous finissez avec un État impuissant. Eh bien, c'est la situation de notre pays (Applaudissements...). C'est la situation de notre pays, parce qu'il est impossible qu'il y ait quelque part quelqu'un d'assez intelligent, d'assez informé, d'assez capable pour décider de tout sujet à la place de 65 millions de citoyens. C'est absolument impossible. (Applaudissements...) Quand bien même il existerait quelqu'un qui ait toutes ces vertus, et je crois que cela n'existe pas, il est impossible que les décisions ainsi concentrées puissent répondre de tous les besoins d'invention, d'adaptation, de situations nouvelles que nous avons à assumer. C'est impossible et c'est un drame pour la France, qu'à chaque élection, les candidats se présentent en laissant croire aux citoyens qu'ils ont, dans la poche, une baguette magique qui va leur permettre de répondre à toutes les questions. L'État ne peut pas se présenter comme celui qui va tout résoudre et s'il le fait, il ment, et au bout du chemin il y a des désillusions qui vont ébranler un peu plus la société française. Nous croyons à une autre définition de l'État. L'État partenaire, l'État qui dialogue avec la société, avec les personnes du terrain. C'est le seul moyen pour résoudre les problèmes si graves que nous portons. Par exemple, celui qui croit que le problème des banlieues sera résolu par l'invocation du douzième ou treizième plan Marshall qu'on nous promet pour le mois de janvier, alors que nous l'avons entendu à peu près tous les ans, depuis dix ou quinze ans, celui-là sera inéluctablement au bout du compte un déçu. Il est impossible... Vous savez bien que l'État n'en a pas les moyens. Il y a des moments où il est juste qu'il mette des moyens à disposition d'un grand effort national. J'ai approuvé l'idée que Nicolas Sarkozy a émise selon laquelle la vente de 3 % d'une grande entreprise publique allait permettre un plan spécial pour les universités. Je trouve que c'est juste et qu'il n'y a aucune raison de le critiquer -il y a des moments où il faut être capable de faire ça- mais l'idée que l'État a quelque part les moyens de tout résoudre pour un problème aussi grave, lourd, sociologique, la conséquence aussi lointaine d'une cascade d'accumulation de mauvaises décisions, cette idée est un leurre et au bout du compte, ceux qui la croient seront abusés. Je veux vous rappeller simplement les émeutes de 2005. Vous vous souvenez du drame que l'on a vécu, de l'inquiétude des Français, du regard absolument rempli d'incrédulité de tous les pays et de tous les médias des pays étrangers qui venaient voir la France en proie aux émeutes. On a annoncé une action de grande ampleur. Qu'est-ce qui a changé sur le terrain ? Je ne veux pas dire "rien", mais en tout cas je dis "pas grand-chose" et je dis une très grande déception. Tant que vous n'aurez pas l'idée que c'est sur le terrain que cela se joue avec les habitants eux-mêmes, avec des conseils de quartier, avec leur autorité, avec des associations, avec tous ceux de terrain qu'il faut aider, vous vous tromperez sur le drame et sur la résolution du drame que nous vivons dans les banlieues. C'est une révolte des injustices qu'il faut soigner sur le terrain et l'État lointain est absolument incapable de le faire. Le troisième chapitre est celui que j'ai évoqué en commençant : nous avons un projet de société du développement humain et de la croissance durable. J'insiste beaucoup, je reprends l'expression qui a été si souvent abordée pendant ce congrès : non seulement nous acceptons, mais nous revendiquons l'idée de durabilité. Durable, la protection du patrimoine, du patrimoine climatique, du patrimoine biologique, dont nous avons la charge, au nom des générations qui viennent. Durable, la question de la dette. Durable, la question des retraites. Ne nous racontons pas d'histoires. On vend aujourd'hui aux citoyens, aux travailleurs, de faux droits. Tout le monde sait que les assurances qu'on donne pour l'avenir... J'ai le souvenir précis de Nicolas Sarkozy, pendant le débat avec Ségolène Royal entre les deux tours. Il lui a dit : « Madame, vos critiques sont injustifiées, parce que les retraites sont financées jusqu'en 2020 ». (...) Tout le monde sait qu'elles ne sont pas financées jusqu'en 2020, qu'elles ne sont pas financées pour 2015, qu'elles ne sont pas financées pour 2010, et nous aurons à avoir dès le printemps 2008 un rendez-vous qui devrait être un rendez-vous de lucidité dans lequel nous devrons mettre sur la table -je l'ai dit dès le moment des régimes spéciaux- les impératifs d'équilibre des régimes de retraite, qui devrait permettre à chacun d'y voir clair sur sa situation ultérieure, de décider lui-même de l'âge de sa retraite en tenant compte des années qu'il a passées au travail et de la pénibilité du travail qu'il a accompli. Je suis prêt d'ailleurs à ce que l'on prenne en compte aussi le fait qu'un certain nombre de ces salariés avaient leur régime de retraite inscrit dans leur contrat de travail et je considère que ce n'est pas à écarter et à effacer d'un revers de main. Ces éléments-là, nous n'en sortirons que si nous avons avec un régime de droits réels, qu'on appelle régime de retraite de points, qui devrait être équilibré et remis entre les mains des partenaires sociaux, une fois pour toutes. (Applaudissements) J'ai défendu cela pendant la campagne présidentielle. J'ai été très heureux qu'un grand économiste comme Thomas Piketty, grand et jeune économiste, reprenne cette idée ou en tout cas illustre cette idée dans le journal Libération récemment. Si vous trouvez cette tribune, lisez-la, car elle est absolument éclairante du système de durabilité. Nous voulons un système de retraite en équilibre durable et le souci du durable devrait être au coeur de la réflexion politique dans notre pays. Je m'empresse de dire, Corinne (Lepage) et Jean-Luc (Benhamias), en vous regardant, que c'était ainsi que j'avais compris l'idée du n°2 du gouvernement en charge du développement durable, de la protection du patrimoine, capable de se mêler de toutes les politiques publiques dans notre pays, et pas seulement enfermé dans le seul cercle de l'écologie. Parce que vous aurez beau avoir des Grenelles de l'environnement, plutôt bien réussis, la réalité ne changera pas, comme on est en train de commencer à le voir. Ce n'est pas parce qu’on on se met d'accord sur des vœux que l'on se met d'accord sur des réalités ; et je pense que l'idée que Nicolas Hulot, en particulier, avait défendue, c'était une idée plus juste que l'idée dans laquelle on a enfermé aujourd'hui cette fonction ministérielle. Durable, l'idée que l'évolution d'une société ne peut être marquée que par la justice. Je n'aime pas, au fond, l'inspiration des « deux poids, deux mesures » dans laquelle, depuis plusieurs mois maintenant, est enfermée l'inspiration gouvernementale. Je vous l'ai dit hier, je n'ai pas aimé que le même jour, on supprime l'impôt de bourse, 280 millions rendus au monde financier et boursier et que, le même jour, on décide que 780 000 foyers de personnes âgées et modestes devront acquitter la redevance télévision. 280 millions d'un côté, 80 millions de l'autre ! 116 € pour les retraités modestes, c'est beaucoup beaucoup d'argent et je pense que l'on aurait pu trouver un équilibre entre les deux. Puisque l'on supprimait 280 millions, on pouvait équilibrer les 80 millions de la redevance télévision. Il y a là quelque chose qui ne me paraît pas juste, et c'est pour cela que les réformes seront rejetées au lieu d'être acceptés. C'est un système de valeurs. Je vais dire autre chose, car cela viendra dans le débat très vite et probablement je ne serai pas d'accord avec beaucoup d'entre vous, mais je ne suis pas d'accord avec la décision qui sera bientôt prise de libéraliser à tout va le travail du dimanche (Applaudissements…). Je sais que cela plaît à beaucoup de personnes... Mais, si en prenant des décisions politiques, nous pensons au système de valeurs qui doit les inspirer, alors, le désir de consommation un jour, de liberté, le plaisir d'aller faire ses courses devrait passer après la considération que beaucoup de femmes -ce sont souvent des femmes- ne pourront pas voir leurs enfants... (Applaudissements...) Naturellement, on vous dira : elles ont le libre choix et elles seront payées davantage ce jour-là qu'un autre jour. Cependant, dès l'instant que l'on vous paie davantage, ce jour-là, plutôt qu'un autre jour, est-ce que, lorsque vous êtes vraiment en difficulté financière, avez-vous vraiment le libre choix ?... (Applaudissements...) Naturellement, il y a beaucoup de personnes qui pensent aux clients. Moi, je pense aux vendeuses et je dis que c'est juste de penser aux vendeuses avant de penser aux clients, car les clients ont le choix et les vendeuses n'auront pas le choix et que l'on sera une société de dépendance et de contraintes. (Applaudissements...) Un projet de société de développement humain, c'est un projet qui est fondé sur des valeurs partagées, mises en acte et suivies d'effet. L’Europe indépendante grâce à la France indépendante Quatrième chapitre, et il est aussi important que tous les autres, vous vous souvenez qu'hier nous avons défini ensemble le grand défi de notre génération : trouver un autre projet de société dans la mondialisation. Naturellement, vous mesurez la puissance et la force des très grands États qui portent le projet de société qui domine aujourd'hui la mondialisation et, d'une certaine manière, les États-Unis et la Chine ne sont pas loin d'avoir choisi le même modèle dans lequel les inégalités croissent au lieu de décroître. Ce n'est pas le même système politique mais, si vous y réfléchissez bien, au bout du compte, pour les personnes, pour les familles, pour les pauvres et les très riches, vous vous apercevez que le résultat social est, en termes de valeurs, exactement le même, ce sont toutes les deux des sociétés qui ont accepté sans en débattre avec leurs concitoyens qu'au fond, l'argent soit le pilier central de la construction des sociétés qu'ils mènent. Nous, nous refusons ce système de valeurs. Toutefois, cela ne suffit pas de le dire. Même dans un congrès amical, nourri, cela ne suffit pas de le dire. On a besoin, désormais, des instruments politiques pour porter un autre projet de société. C'est pourquoi, quelle que soit la profondeur de la crise de l'Europe, quelles que soient les difficultés que celle-ci rencontre, quels que soient les objectifs souvent justes de ceux qui indiquent qu'il y a en Europe une majorité de gouvernements qui en réalité se rallient au modèle dominant de la planète… nous n'avons pas d'autres possibilités, quelle que soit la force de ces objections, que de regarder l'Europe comme le seul recours dont nous disposons en face des hyper-puissances portant un projet de société qui ne correspond pas à ce que nous attendons. Nous n'avons pas d'autre possibilité. (Applaudissements...) Et c'est un enthousiasme pour nous que cette future voie politique puisse exister, à condition que nous puissions débattre de nos projets et de nos valeurs et les défendre à l'intérieur. C'est pourquoi je dis, comme Marielle l'a dit tout à l'heure à ce micro, que l'indépendance de la France est la condition de l'indépendance de l'Europe. C'est pourquoi il faut que la France demeure ce qu'elle était, c'est-à-dire un pays qui porte une résistance à l'échelon international et non pas un alignement à l'échelon international, pour que l'Europe puisse continuer d'être ce qu'elle est ce qu'elle devrait être. Le combat pour l'Europe indépendante, c'est le même combat que celui de la France qui résiste au modèle dominant dans le monde. C'est la même chose et, en tout cas, pour nous, c'est un projet de société et, si je dois employer le mot exact, c'est un projet de civilisation. Ce qui se joue là, c'est l'avenir de notre civilisation, de nos valeurs, de nos familles et de nos enfants. (Applaudissements...) Alors, naturellement, ce projet-là, ces quatre chapitres de ce projet : citoyen responsable, l'État partenaire, le développement humain et la croissance durable, l'Europe indépendante grâce à la France indépendante, c'est un combat politique ! Vous vous apercevez qu'il ne ressemble à aucune des deux propositions politiques qui, jusqu'à maintenant, se sont partagées l'espace politique en France. Nous sommes un parti politique original en ce que nous avons un projet politique original. Ce projet politique, il va falloir l'imposer et la réussite du Mouvement Démocrate est naturellement la condition de la défense de ce projet. Voyez-vous, de la réussite de ce mouvement, je ne doute pas une seconde et je n'en doute pas plus, d'une certaine manière, que le libérateur de la patrie que j'évoquais à l'instant ne doutait de la victoire finale lorsqu'il est parti à Londres au début du conflit. Il se trouve que les conditions sont réunies, si nous sommes à la hauteur, pour que des millions de Français rejoignent le combat que nous menons. Je ne doute pas une seconde, mais je sais la difficulté du chemin et j'ai eu toute occasion d'éprouver ces dernières semaines et ces derniers mois. J'ai eu toute occasion d'éprouver la multiplication des pièges, des influences, des carottes et des bâtons qui pouvaient s'adresser à un certain nombre de responsables, généralement élus, pour les convaincre, amicalement, ou en fronçant le sourcil, de bien vouloir rejoindre le camp des puissants, le camp des vainqueurs. Je n'ai aucun doute sur la difficulté du combat qu'il va nous falloir conduire. Je vois bien la conjonction des méchancetés, des rancoeurs ou même parfois des haines qui sont conjuguées contre nous. Je vais vous dire, c'est parce qu’il y a cette conjonction-là que nous pouvons être sûrs du chemin. Si nous ne dérangions pas à ce point le système établi, croyez-vous qu'il réunirait des forces aussi puissantes, des amicales aussi nombreuses pour essayer de faire croire... (Applaudissements...) ...au fond, deux choses ? Ils se mettent si nombreux pour essayer de faire croire que nous sommes seuls, mais je n'ai pas aperçu, pendant ce week-end, que nous étions seuls -j'ai vu passer 6 000 personnes au Congrès fondateur du Mouvement Démocrate sur les trois jours- …(Applaudissements...) ou que je ne serais pas entouré. Je vous demande de regarder la tribune, de regarder les élus qui sont là, les responsables économiques, politiques, de courants d'opinion présents ici ! Je ne me sens pas seul, quand j'ai autour de moi les femmes et les hommes qui sont à cette tribune. Je ne me sens pas seul… (Applaudissements...) je ne me sens pas seul, ils sont au premier rang, à la tribune. Je ne me sens pas seul quand nous sommes avec Marielle de Sarnez, Corinne Lepage, Jean-Luc Benhamias, Jacqueline Gourault, Michel Mercier, Jean Peyrelevade, Jean Lassalle et l'ensemble de ceux qui sont à la tribune, j'en oublie, je leur demande pardon. Je ne me sens pas seul, je me sens au contraire avec une équipe solide, alors qu'il y a ailleurs tant d'équipes fragiles. (Applaudissements...) Eux ne sont pas là, Jean-Marie Vanlerenberghe l'a dit et Bernard Lehideux l'a dit, de même que Didier Bariani et Gilles Artigues, ils ne sont pas là parce qu’ils pensaient trouver ici un avantage d'ambition, ils ne sont pas là parce qu’ils veulent y trouver un intérêt personnel, de carrière. Ils sont là parce qu’ils croient à ce que nous faisons et qu'ils ont la certitude que la société française attend de cette équipe qu'elle lui propose un chemin nouveau. (Applaudissements...) Avec vous et avec eux, je n'ai aucun doute sur le fait que les Français, déçus, les Français qui rencontreront la désillusion, les Français qui attendent et espèrent autre chose vont se retrouver dans la maison commune que nous avons décidée de bâtir. Toutefois, c'est une injonction et si vous permettez, amicalement, c'est un ordre, il faut que nous soyons ouverts, car des pans entiers de la société française n'ont pas encore bougé et vont le faire. Je veux dire avec certitude que, dans les rangs des gaullistes en France, il n'est pas possible qu'il n'y en ait pas pour dire « La politique que l'on nous impose est le contraire de ce que nous avons voulu et cru pendant des décennies ». Le gaullisme était un projet de résistance et on propose aux Français, sans le dire, un projet d'alignement. Eh bien ce n'est pas possible qu'il n'y en ait pas qui viennent et disent qu’ils ne s’y reconnaissent pas et qui revendiquent cette grande famille. (Applaudissements...) Je parle d'amitié avec eux. Mais je sais très bien que dans les rangs du PS, il y a également beaucoup de sympathisants et même de militants, beaucoup, beaucoup de femmes et d'hommes qui commencent à se dire, qui constatent que l'enfermement, la fascination du PS uniquement en direction des rangs sympathiques mais de l'analyse que je ne peux pas accepter de la gauche radicale, que tout cela est une manière de rendre inaudible le message que ce grand parti avait porté pendant des années et des années. Le message était peut-être valide autrefois. Nous avons souvent été en contradiction avec eux. Aujourd'hui, il est impossible à entendre. Je suis persuadé que nous devons avoir une attitude ouverte à l'égard de tous ceux-là, qui, d'un bord ou de l'autre, vont un jour poser la question de l'alternative à construire au projet de société que l'on essaie de mettre en place en France. Notre combat pour une alternative nouvelle commence aux municipales Je suis persuadé que cette question d'ouverture pour une alternative nouvelle, je suis persuadé que cette question sera au centre des années qui viennent et peut-être de la décennie que nous allons vivre ensemble. Voilà le sujet du combat ! Il dépend de vous ! Il dépend de votre ouverture d'esprit. Il dépend de votre compréhension de l'enjeu qui se constitue, avec nous, cet immense mouvement qui va proposer au pays une alternative au projet de société qui est en train de se mettre en place. Je l'ai dit depuis le début de ce congrès. Je suis persuadé que la question est celle du projet. On voit bien les forces extrêmement puissantes qui essaient de conduire la France à une société très inégalitaire, assez matérialiste que les Français, je crois, récusent et refuseront. En face, nous avons commencé à construire un projet alternatif. Ceux qui parlaient de frontière entre la droite et la gauche doivent se rendre compte que ces frontières ont changé. Ce n'est plus entre la droite et la gauche, c'est entre une attitude d'alignement sur ceux qui dominent le monde et de résistance en face de ceux qui dominent le monde que se situe désormais la nouvelle frontière. Il y a une société à construire, une société de justice, une société de développement humain, une société de valeurs qui ne récuse rien de l'efficacité économique. J'ai aimé quand Jean Peyrelevade a dit « ce n'est pas avec l'argent qu'il faut réconcilier les Français, mais avec les entreprises, l'esprit d'entreprise et la volonté d'entreprendre, c'est avec l'esprit d'initiative et de création ». (Applaudissements...) Nous revendiquons autant d'efficacité économique, mais plus de justice et des valeurs mieux établies que ceux qui essaient aujourd'hui de nous conduire là où la France ne veut pas aller. C'est ce que nous avons entre les mains comme enjeu. Nous allons en vivre les différentes étapes. Cela va commencer aux élections municipales où les deux principales missions du Mouvement Démocrate sont celles-ci : Premièrement, le nouvellement. Nous allons présenter, dans l'immense majorité des villes, des équipes de renouvellement qui feront apparaître des visages nouveaux. Deuxièmement, nous allons mettre au centre des élections municipales, non pas des questions de politique partisane, ce n'est pas le drapeau du MoDem que nous voulons faire flotter sur les villes de France, ce sont les préoccupations et les attentes de nos concitoyens. (Applaudissements...) Pardon de ce truisme, les élections municipales, nous voulons les vivre municipalement. Nous voulons que l'on s'occupe des écoles, des trottoirs, de la circulation, des transports en commun, de l'éco-citoyenneté dans les villes dans lesquelles nous allons présenter des listes. Ce n'est pas l'étiquette des partis qui compte à nos yeux, même pas la nôtre. Ce qui compte à nos yeux, c'est l'intérêt des citoyens. Nous serons compris, si nous sommes les plus proches de ce que les citoyens attendent. (Applaudissements...) Nous voulons que cette proximité se traduise par une novation considérable dans la manière de gérer les villes, c'est-à-dire du pluralisme. Nous n'acceptons pas l'idée qu'une ville soit entre les mains d'un seul clan contre l'autre clan. Nous trouvons cela ridicule. Nous pensons que les problèmes de circulation, de trottoirs, d'écoles, de social ne sont pas les problèmes d'une étiquette contre l'autre. Il est absurde que, parce que vous avez eu 51 % des voix, vous ayez tous les pouvoirs, et que ceux qui ont eu 49 % n'aient que la possibilité de se croiser les bras et d'assister, impuissants ou ronchonneurs, aux décisions prises par l'équipe municipale. (Applaudissements...) De ce fait, notre conception des élections municipales est que nous demanderons à tous ceux qui conduiront des listes en notre nom et à ceux avec qui éventuellement nous pourrons nous allier, nous leur demanderons de bien vouloir considérer que, la loi, c'est le pluralisme et qu'il faudra que soient pris en compte, dans les équipes auxquelles nous participerons, les principaux courants démocratiques majoritaires ou minoritaires de la ville. Tout le monde a le droit d'être représenté. La démocratie municipale, ce n'est pas la dictature de la majorité contre la minorité, c'est la prise en compte de toutes les sensibilités de la ville. Voilà l'agenda devant nous, voilà le travail devant nous. Nous avons créé le seul parti nouveau de la vie politique française et c'est un parti authentique, car ce n'est pas le pâle décalque, la pâle copie, la roue de secours ou le strapontin d'un parti puissant sous l'aile duquel on se situait, auprès de qui on va quémander des prébendes. C'est un parti autonome avec un projet de société qui importe aux citoyens français que nous sommes, ce projet de société importe à l'Europe quand elle pense à son destin, ce projet importe à toute la partie du monde en train de vivre le développement, comme la soumission, à une manière de voir les choses qui ne corresponde pas aux attentes des personnes. Nous voulons la société de développement humain, c'est ce que les gens attendent et c'est pourquoi le destin du Mouvement Démocrate que nous avons fondé aujourd'hui rencontrera à coup sûr le destin de la France ! (Standing ovation) Je n'oublie pas de remercier notre équipe de permanents, peu nombreux, et de bénévoles, sans lesquels l'organisation d'un tel congrès n'aurait pu être possible. Je vous remercie. (Applaudissements)