Discours de l'Hon. Louis-Joseph Papineau devant l'Institut canadien à l'occasion du 23e anniversaire de fondation de cette société, le 17 décembre 1867

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Discours de l'Hon. Louis-Joseph Papineau devant l'Institut canadien à l'occasion du 23e anniversaire de fondation de cette société, le 17 décembre 1867

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

Vous me croirez, je l’espère, si je vous dis: « j’aime mon pays ». L’ai-je aimé sagement, l’ai-je aimé follement?... Au dehors des opinions peuvent être partagées. Néanmoins, mon coeur puis ma tête consciencieusement consultés, je crois pouvoir décider que je l’ai aimé comme il doit être aimé. Ce sentiment, je l’ai sucé avec le lait de ma nourrice, ma sainte mère. L’expression brève par laquelle il est le mieux énoncé: « MON PAYS AVANT TOUT », je l’ai balbutiée sans doute sur les genoux de mon père. Dès qu’il m’eut entendu dire un mot, il vit que son fils ne serait pas muet, et qu’il fallait donner une bonne direction à son instruction. Cette direction, au temps où le pays était plus moral que spéculateur, était connue dans nos bonnes vieilles familles, et nous inspirait l’amour du pays et l’estime pour tout ce qui pourrait être pour lui une source de bien être et de grandeur. J’aime donc l’Institut canadien, l’une de nos gloires nationales; l’Institut qui a servi la patrie avec tant de persévérance, avec un si entier dévouement, avec tant de généreuse ardeur, par de vraiment grands et utiles succès. Je ne saurais me trouver dans une réunion plus agréable et plus intéressante pour moi qu’en celle des membres de cet institut et de leurs nombreux amis, justes appréciateurs des services qu’il a rendus au pays, et reconnaissants admirateurs du judicieux programme qu’il a adopté, pour conserver les bribes de liberté politique conquises durant un passé glorieux, dans des luttes parlementaires longues, ardues et souvent périlleuses. Ces bribes avaient été arrachées d’une part au mauvais vouloir du gouvernement aristocratique de l’Angleterre, toujours hostile aux droits populaires; et, d’autre part, à une oligarchie, faible en nombre, nulle en mérite, venue de la veille d’outre-mer et que la métropole, par une arbitraire partialité, avait constituée puissance locale dominatrice.

Je me plais, je me trouve bien, au milieu d’une réunion aussi patriotique, aussi libérale, aussi progressive, aussi fièrement indépendante que l’Institut l’a été. J’espère qu’il continuera à l’être, en demeurant fidèle aux règles qu’il s’est données, et à ses méritoires antécédents.

Deux mots suffisent pour expliquer son symbole, sa profession de foi politique. Il dit: « Justice pour nous, justice pour tous; raison et liberté pour nous, raison et liberté pour tous. » Il est cosmopolite. Je me plais au milieu de l’élite la plus patriotique de Montréal, au milieu des belles, aimables, vertueuses épouses des membres de l’Institut, ces maris dévoués au service du pays natal ou adopté, dévoués à la vie et à la mort, si celle-ci était requise pour le salut de la patrie. Jeunes demoiselles, belles, bonnes et patriotes comme vos mères, vous êtes ici dans un sanctuaire vénérable où le culte de la patrie est le plus dignement célébré, puisqu’il est pur de toute convoitise, de gain et d’intérêt personnels.

Messieurs de l’Institut, vous avez accepté l’apostolat de proclamer, de faire aimer, de défendre le droit de libre examen et de libre discussion, comme le meilleur et le plus légitime moyen de parvenir à la connaissance de la vérité, à l’amour de tout ce qui peut être bon et utile à l’humanité en général, à la patrie en particulier. Ce n’est que par le libre examen que l’on peut acquérir des convictions assez fermes pour qu’elles deviennent, en matières importantes, une véritable foi très ardente, dont on veut la propagation et le triomphe à quelques risques et à quelques désagréments personnels qu’elle puisse nous exposer.

Au nombre des vérités les plus importantes et les plus utiles, celles qui se rapportent à la meilleure organisation politique de la société sont au premier rang. Elles sont de celles qu’il est honteux de n’avoir pas soigneusement étudiées, qu’il est lâche de n’oser pas énoncer, quand on croit que celles que l’on possède sont vraies et dès lors utiles.

Les bonnes doctrines politiques des temps modernes, je les trouve condensées, expliquées et livrées à l’amour des peuples et pour leur régénération, dans quelques lignes de la Déclaration d’indépendance de 1776, et de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.

Vous allez vous récrier et dire: « Est-il possible que les droits de l’homme et du citoyen ne lui aient été révélés que d’hier? » Non, non, Messieurs, le génie émancipateur du genre humain, le génie de la Grèce, le plus judicieux qui ait surgi sur la terre pour diriger l’humanité dans la voie du progrès, les avait compris, codifiés et pratiqués. Aristote, l’esprit le plus vigoureux de son temps, et peut-être de tous les temps; le plus méditatif, le plus créateur, le plus encyclopédique; Aristote explique comme on le fait depuis hier, depuis les déclarations du Congrès et de l’Assemblée nationale, depuis 1776 et 1789, tout ce qui a rapport à la science du gouvernement. Il la connaît à fond. Il a étudié et fait connaître plus de formes diverses de gouvernement qu’il n’en existe aujourd’hui dans l’Europe et l’Amérique entières. Il dit les avantages et les désavantages qui étaient attachés à cette infinie variété de gouvernements. Il dit pourquoi la monarchie adoptée dans l’enfance des nations, adoptée par tous les états de la Grèce dans les siècles antérieurs, y a été très sagement rejetée plus tard. Il décrit toutes les espèces de monarchies: absolue, tempérée, constitutionnelle, héréditaire ou élective, accompagnées d’un, de deux, de trois corps indépendants pour la rendre durable et protectrice.

C’est une oeuvre capitale, comme tout ce qui est sorti de ce prodigieux cerveau. Pour bien connaître quelle a été la filiation des idées et le progrès des sciences politiques depuis ces temps jusqu’au nôtre, l’étude réfléchie des politiques d’Aristote me parait indispensable. Je la conseille fortement à mes jeunes amis, à tous ceux qui sont appelés à participer à la vie gouvernementale et désirent s’y rendre vraiment utiles.

Dans le même département des sciences, l’homme et le livre qui font le plus d’honneur aux âges modernes et à la philosophie du 18ème siècle, est bien Montesquieu et son Esprit des lois. Son livre est bon à ce point, vous le savez, qu’il a fait dire « que le genre humain ayant perdu la grande charte de ses libertés, Montesquieu l’avait retrouvée, et la lui avait rendue. » Éloge vrai, mais mutilé et insuffisant. Il fallait ajouter qu’il l’avait retrouvée dans les politiques de son devancier, plus grand que lui, puisqu’il fut le découvreur des vrais principes dont Montesquieu a été l’habile commentateur. Aristote a été plus en garde contre le danger de mêler le faux au vrai, plus soigneux de ne pas laisser fléchir sa forte raison sous des considérations de position personnelle. Il était trop sincère pour voiler sa pensée par de craintifs ménagements. Aristote, précepteur d’Alexandre, signale fièrement les vices des monarchies et des monarques. Montesquieu, républicain convaincu et libre penseur, exalte l’excellence de la monarchie française quand elle est en pleine décomposition par suite de l’orgueilleux despotisme de Louis XIV, de ses guerres incessantes et insensées, de son faste ruineux, de ses persécutions néroniennes contre les Français protestants. Il l’exalte, quand elle est en décomposition de plus en plus rapide grâce aux débauches de Louis XV, le roi de droit divin, le marchand associé à la compagnie du pacte de famine, qui abusait du pouvoir royal pour créer une abondance factice sur un point du royaume et une disette réelle sur un autre point, afin d’acheter à bas prix ici, et vendre à gros bénéfice là, laissant mourir de faim ses sujets bien-aimés aussi longtemps qu’il le jugeait profitable.

Aristote a préparé son élève à la fondation d’Alexandrie, grand fait dans l’histoire du développement de l’esprit humain, qui a amené l’échange des idées et des produits; qui a uni l’extrême orient à l’extrême occident, développé le commerce libre qui alla répandre ses bienfaits par toute la terre, avec tous les éléments d’une civilisation plus éclairée et plus féconde. L’excellence des leçons d’Aristote ne pouvait pas empêcher qu’Alexandre ne fut parfois extravagant et féroce.

Il n’y a rien de meilleur dans l’antiquité que les Éthiques ou traité de morale d’Aristote. C’est un livre à lire et relire avec profit. Ce qu’il y a de louable dans la conduite d’Alexandre doit être porté au crédit de son précepteur. Ce qu’il y eut de mauvais, et c’est ce qui prédomine, doit être imputé aux vices de son tempérament fougueux, et à l’adulation que la puissance fait invariablement éclore autour d’elle. Ni les Éthiques, ni Callisthènes, parent et ami d’Aristote, que celui-ci lui a donné pour le mettre en garde contre ses penchants vicieux, ne l’empêchent de s’y abandonner avec fureur.

Il fait mourir son moniteur qui ne sait pas flatter. À la demande d’une courtisane, il fait incendier Persépolis; sur de fausses délations, il fait tuer plusieurs des braves qui l’ont aidé à conquérir le monde. Il est Néron, il est Caligula, excepté qu’il a des repentirs, dans les moments sans doute où l’image d’Aristote indigné lui apparaît en songe, ou dans la veille, s’il ose un moment être seul et se recueillir. Alexandre est maître de faire tomber cette tête vertueuse, comme Néron, plus tard, tuera Sénèque. Le précepteur le sait bien, et il n’excuse pas.

Qu’avait donc à craindre Montesquieu de Louis XV, quand il déguisait sa pensée sur ce règne déshonoré? Rien qu’un décret de prohibition contre l’impression de son livre, qui aurait paru clandestinement en France, et librement à l’étranger; une lettre de cachet, tout au plus quelques semaines de séjours à la Bastille, où la vie n’était point dure et austère pour les gens de lettres, où la sympathie de ses amis et de ses admirateurs l’aurait entouré d’une cour plus respectable que celle de Versailles. La persécution ne pouvait que grandir son nom et populariser son oeuvre.

Montesquieu a été juge intègre et savant: mais il avait acheté sa charge de juge comme un grand nombre d’autres personnes avaient acheté pareille magistrature. C’était l’usage du temps. L’intérêt et l’esprit de corps ne l’ont-ils pas poussé à approuver la vénalité des charges dans la monarchie, quoique plusieurs publicistes plus judicieux, ou moins aveuglés par leur position, eussent censuré cette vénalité?

Aristote est de beaucoup le plus grand par la pensée, le plus vertueux dans la conduite. Cependant il faut lire et relire l’Esprit des Lois. Ce livre nous rendra meilleurs citoyens, et plus éclairés que si nous négligions de l’étudier. Il contient les meilleurs enseignements sur les sujets dont il s’occupe. Nul autre n’est aussi propre à faire réfléchir, à fortifier le jugement, à vivifier la flamme du patriotisme, malgré les graves erreurs qu’il renferme et qui furent signalées dès l’époque de son apparition.

Montesquieu est tombé dans une autre erreur. Il a loué avec exagération la constitution anglaise, sans faire connaître exactement toute sa pensée. Évitant de spécifier le motif de cette admiration, on l’a cru absolue et on l’a fort exagérée, surtout en Canada. Il ne jugeait cette constitution si excellente qu’en la comparant à celle de la France et son temps. N’osant pas dire franchement: « nous sommes très mal gouvernés dans notre beau pays de France, » il a dit: « combien nos voisins sont mieux gouvernés que nous! » L’on veut qu’il n’ait vu rien d’aussi parfait que les institutions anglaises, que cette combinaison des trois pouvoirs toujours maintenus en équilibre. Il savait mieux que cela. Il savait que depuis la décapitation d’un Stuart et l’expulsion de sa famille, il n’y avait qu’une seule puissance dans la Grande-Bretagne, l’aristocratie. Par sa prépondérance, elle pesait avec les formes les plus courtoises sur les rois courbés devant elle. Elle avait à son gré disposé de leur couronne, qu’elle avait donnée à un étranger. – Heureux hasard! cet étranger la méritait.

Le républicain Cromwell avait commencé la grandeur de son pays, le républicain hollandais la consolida et l’agrandit avec un mérite et un succès parfaits. L’aristocratie pesait plus lourdement encore sur le peuple, et avec les formes les plus discourtoises, l’achetant et le brocantant comme une marchandise. Elle restait maîtresse par la vénalité des élections, ne souffrait que ses cadets et ses commis sur les bancs des Communes. Montesquieu employait donc l’artifice, comme on s’en sert encore aujourd’hui pour mettre en plus fort relief le despotisme qui trônait alors en France. Il témoignait en cela de plus d’esprit que d’honorabilité. Ainsi font aujourd’hui ses imitateurs.

Personne en France n’ose s’attaquer à l’empereur personnellement. Il a des moyens de répression trop formidables. Cependant il n’est personne contre qui autant de reproches amers, d’épigrammes caustiques, ne soient plus incessamment portés à la connaissance de ses sujets, sous le voile des allusions les plus transparentes. Tout ce que Tacite, Suétone et Martial ont buriné de flétrissures sur les actes des empereurs, sur les terreurs et les lâchetés des sénateurs, est enchâssé dans de prétendues histoires romaines, à l’adresse de Napoléon III. Ainsi fit Montesquieu. Ne voulant pas dire combien étaient avilis la cour et les courtisans de Versailles, il feignit de voir ailleurs des perfections qui n’y étaient pas.

Les vraies doctrines sociologistes[sic] des temps modernes se résument en peu de mots: Reconnaître que, dans l’ordre temporel et politique, il n’y a d’autorité légitime que celle qui a le consentement de la majorité de la nation; de constitutions sages et bienfaisantes que celles sur l’adoption desquelles les intéressés ont été consultés, et auxquelles les majorités ont donné leur libre acquiescement; que tout ce qui est institution humaine est destiné à des changements successifs; que la perfectibilité continue de l’homme en société lui donne le droit et lui impose le devoir de réclamer les améliorations qui conviennent aux circonstances nouvelles, aux nouveaux besoins de la communauté dans laquelle il vit et se meut.

Les institutions auront plus ou moins de durée, selon qu’elles auront mieux ou moins bien formulé et défini les droits et les devoirs du magistrat responsable, – chargé de faire exécuter la loi, sans pouvoir y substituer son action extralégale, sous peine de punition certaine et efficace – ainsi que les droits et les devoirs de sujets, demeurés assez puissants pour sauvegarder facilement leurs franchises et leurs immunités.

Une génération qui a joui de l’estimable privilège de se choisir la constitution qui lui convient le mieux, admettra volontiers et décrétera que les générations suivantes devront jouir du droit qu’elle a trouvé bon et juste de se donner à elle-même. En conséquence, à des époques fixes et rapprochées, les peuples libres auront des conventions, distinctes de leurs parlements et des autres corps législatifs ordinaires. Ceux-ci, fondés et élus par la constitution, lui doivent soumission absolue. Ils sont chargés de la maintenir intacte, de ne faire de lois que celles qui ne la violent pas. Ces peuples libres doivent avoir aussi un pouvoir judiciaire, autorisé à décider, quand la question lui est soumise, si une loi est conforme ou contraire à la constitution, pour la déclarer exécutoire si elle y est conforme, ou nulle et de nul effet si elle lui est contraire. La convention, elle, aux époques et dans les circonstances pour lesquelles elle est établie, devient l’autorité la plus importante d’un pays, sans avoir le pouvoir d’y faire la moindre loi. Elle n’a nulle autre attribution que celle d’examiner si le corps politique est demeuré sain, ou s’il est devenu malade; s’il est actuellement fort; s’il est progressif et satisfait; ou s’il existe quelque maladie qu’il soit possible à la sagesse humaine de guérir, quelque mécontentement qu’il lui soit possible de faire cesser. Sous les regards du pays entier, assistant à ses délibérations par la voie du journal quotidien, qui publie le compte-rendu de tout ce qui s’y dit, s’y propose et s’y résout, elle conclut à ce que des modifications à la constitution existante, telles qu’elle les indique, soient soumises à la considération et à la décision des citoyens. Après discussion libre, la majorité de ceux-ci décide de ce qu’elle en accepte, de ce qu’elle en rejette. La pays se donne à lui-même une constitution révisée et améliorée.

Voilà le système américain, de bien loin le plus parfait que l’ingénuité et la raison humaines aient encore imaginé, pour promouvoir le plus rapidement possible la grandeur et la prospérité des états qui auront le bonheur de le recevoir.

Voilà mes convictions et ma foi politiques. Je n’ai ni le droit ni la prétention de les faire adopter; mais j’ai indubitablement le droit de les exprimer librement. J’en ai le même droit qu’a de les réfuter chacun de ceux qui pensent autrement que moi. Ce n’est pas un droit théorique, c’est un droit donné par l’autorité suprême qui éclaire tout homme venant en ce monde et lui a soufflé: « faites pour autrui ce que vous voulez que l’on fasse pour vous. » C’est le droit qui ne fut reconnu qu’en partie par les articles de la capitulation qui disent: « ils deviennent sujets anglais. » Ce titre a brisé pour eux le scellé qu’il y avait eu sur leurs lèvres, l’embastillement par lettres de cachet pour quoi que ce soit qu’ils diront et écriront; confère le droit à la pleine discussion orale et écrite, l’autorité d’appeler en assemblée publique quiconque voudra bien s’y rendre pour les entendre; abolit la censure préalable sur les livres, et proclame la liberté de la presse, aussitôt qu’une presse aura été importée en leur pays.

Voilà quel a été le droit: c’est beau, très beau! Ce qui a été le fait, c’est laid, très laid! – souillé et ensanglanté.

D’après ces principes trois fois saints et justes, le Canada, depuis qu’il est devenu anglais, n’a pas encore eu de constitution. Il a eu une infinie variété de formes d’administration, toutes mauvaises. Chacune et toutes ne méritent et n’obtiendront de l’impartiale histoire que le mépris pour leurs défectuosités, et que la flétrissure pour les noms de leurs auteurs, qui organisaient l’oppression des majorités par les minorités.

Énumérons-les:

  • Régime de la guerre; trois mois en 1759.
  • Régime soldatesque de 1759 à 1763; durée, quatre ans.
  • Régime à patente royale, de 1763 à 1774; – durée, 11 ans.
  • Régime parlementaire premier, 1774 à 1791; – 17 ans.
  • Régime parlementaire second, de 1791 à 1837; – 46 ans.
  • Régime soldatesque second – 1839; – un an.
  • Régime parlementaire troisième, Conseil spécial; – 2 ans.
  • Régime parlementaire quatrième, Union des Canadas; – 27 ans.
  • Régime parlementaire cinquième, intronisé depuis quelques mois, et le plus coupable de tous.

Voilà huit régimes bousculés les uns sur les autres en peu de temps par la meilleure des monarchies; cette autorité principe de grande stabilité, dit-on, pour tout ce qu’elle touche.

Le régime de la guerre! Il peut être ravageur et païen, ou civilisateur et chrétien. Personne aujourd’hui ne doute que la guerre telle que l’avait ordonnée Louis XIV dans le Palatinat, par l’incendie et la dévastation des champs et des habitations, n’ait été un acte de barbarie criminelle. Nulle part ailleurs il n’a été dénoncé et flétri aussi amèrement qu’en Angleterre.

Wolfe était lettré, Wolfe était chrétien, et il a choisi de faire la guerre avec plus de cruauté et moins de motifs d’excuse que n’en avait Louis XIV.

Au Canada toute la population valide, et plus que la population valide, puisqu’il y eut des volontaires de plus de quatre-vingts ans et des volontaires de moins de douze ans, était concentrée dans les camps et les garnisons.

La population entière du Canada n’était pas de soixante mille âmes; les trois armées d’invasion étaient de plus de soixante mille soldats. Celle qui fondait sur Québec comptait plus de vingt mille hommes de débarquement, sans compter la puissance de sa flotte. Il y avait pour l’attaque cent matelots contre un, vingt canons contre un. Cela était connu dans les deux camps. Des transfuges, toujours attirés par l’appât de l’or ou le dégoût du service, passant sans cesse de l’une à l’autre armée, faisaient bien connaître la situation respective des combattants. D’un côté, pleine abondance de toutes munitions de guerre et de bouche. De l’autre, dès le début du conflit, recommandation de ménager la poudre durant les engagements, et diminution de la ration, en partie chair de cheval, sans quoi l’on eût bien vite manqué de l’une et de l’autre.

Ces renseignements obtenus, Wolfe crut que la défense ne pourrait être sérieuse, que l’on se bornerait à attendre les premiers coups de canon pour sortir avec les honneurs de la guerre, au moment de la capitulation.

La sommation de se rendre fut altière. Noble et ferme fut le refus. Pendant tout le siège les pertes furent, dans les escarmouches comme dans les attaques régulières, en sens inverse du nombre des combattants, trois à quatre dans les gros bataillons contre un dans les petits pelotons.

Irrité d’une résistance si héroïque, la colère faisant place à tout sentiment de justice et de raison, Wolfe écrit que si l’on continue à employer les Sauvages, il fera fusiller les prisonniers de guerre Français et Canadiens.

On lui répond qu’il ne le fera pas; qu’il ne voudra déshonorer ni son nom ni celui de son roi et de son pays; qu’il ne réussira pas à faire de ses braves soldats des assassins; que sa menace est oiseuse, et qu’après réflexion il aura regret de l’avoir proférée.

La semonce porte fruit. Les Sauvages combattent et font des prisonniers. Wolfe combat, fait des prisonniers et ne les assassine pas. Mais la raison n’a pas encore fait entier retour chez lui.

Par quatre ordres successifs, il fit porter la torche incendiaire depuis Saint-Antoine-de-Tilly à Kamouraska, quarante lieues de pays. Il le fit dans la Côte de Beaupré, dix autres lieues de pays, cinquante lieues en tout, où il n’y avait pas un homme en armes, mais une foule de femmes, d’enfants et de vieillards en pleurs et en prières pour la conservation des jours de leurs époux, de leurs pères, de leurs enfants de plus de douze ans. Tous ceux-ci étaient rendus, comme le devoir, l’honneur et leurs grands coeurs le voulaient, autour de l’enceinte infranchissable de Québec.

Même dévastation dans l’Île d’Orléans abandonnée, vide même d’infirmes, de femmes et d’enfants, transportés au-dessus de Jacques-Cartier. Dans la ville, aux trois-quarts abîmée et incendiée par le jet continu jour et nuit de boulets, bombes et pots à feu pendant trois mois, l’on se disait: « Il est visible qu’il n’espère plus rester au pays. S’il y devait rester, il aurait des intérêts de conservation. Quand il n’a plus que la rage de la destruction, c’est qu’il est à la veille de battre en retraite. » Ce retour à la confiance rendit moins vigilant. Une surprise eut lieu. Une erreur emporta le grand Montcalm à la témérité d’attaquer avec la moitié de son armée, qu’il aurait eue entière deux heures plus tard, des troupes braves comme les siennes, mais bien plus nombreuses et bien mieux postées. Il fut battu. Les deux généraux tombent avec gloire. Wolfe s’écrie: « Je meurs heureux, puisque mon pays est vainqueur. »

Vaillant mot, qui pour les siens et au jour de son martyre absout de grands torts.

Mais l’histoire véridique est inexorable. Elle n’a pas le droit de cacher les crimes et les hontes des héros. Elle dira et redira que Wolfe a outragé les lois de l’humanité et violé le droit de la nature et des gens, tel qu’il était réglé et arrêté depuis longtemps entre toutes les nations policées; qu’il n’y a que le crime de expulsion des Acadiens qui, en noirceur, dépasse le sien, et que c’est l’aristocratie anglaise qui les a voulus tous deux.

Voilà au début ce qu’ont été les titres de l’Angleterre à l’affection de nouveaux sujets.

Le triomphe, la joie et le butin, et le crime aussi, restent au vainqueur; la douleur, la ruine, l’honneur sans tache, restent aux vaincus. Hommage à nos glorieux ancêtres!

Vient le régime soldatesque. Québec a capitulé. Partie des troupes est retournée en Angleterre et dans les colonies voisines. Le général Murray avec une forte garnison est cantonné dans la ville. Il prétend qu’avec la chute de la forteresse, le gouvernement entier de Québec est devenu anglais. Il sait qu’il ne reste pas un seul homme armé dans ce gouvernement; que les troupes françaises se sont repliées sur Montréal, à soixante lieues de distance. Il n’avait rien à craindre. Il n’était pas docteur en droit, j’en conviens. Mais il n’est pas un Anglais à l’âge d’homme, pas un homme de naissance et d’assez d’instruction pour être général dans l’armée, qui ignore que la loi anglaise, comme la loi de Dieu, défend l’assassinat.

L’événement de la conquête semble avoir troublé les têtes et vicié les coeurs, ouverts aux seules inspirations des folles terreurs sans causes, à la soif du sang, au désir d’atroces vengeances.

Que le pouvoir nourrisse de tels sentiments; qu’il paie les séides et les sicaires prêts à applaudir à ses brutalités, il ne manquera pas d’espions, pourvoyeurs de chair humaine, pour gratifier ses appétits.

À douze lieues de Québec, un malheureux propriétaire d’un moulin à vent n’a pas été à l’armée. Il en était exempté par son état, par la nécessité de ne pas laisser mourir de faim les femmes, les enfants, les vieillards du voisinage. Il fallait y laisser quelqu’un qui pût mouturer le peu de grain qui pourrait échapper au feu, au pillage, à la dévastation générale. Il avait quelques minots de blé de plus qu’il ne lui en fallait pour la consommation de sa famille. Il refusa de le vendre. Pressé, il dit: « Le roi de France n’abandonnera pas le Canada. Nos gens reviendront au printemps. Je leur donnerai mon blé, plutôt que de le vendre aujourd’hui. »

Rapport de ce grave propos est fait au général Murray. Sa fureur est partagée par son entourage, et ne connaît plus de bornes. Il faut un exemple. Il faut frapper le pays de terreur! hurle d’un commun accord la bande forcenée. De suite l’ordre: « Un sergent, un caporal et un parti de huit hommes se rendront à Saint-Thomas, demanderont au meunier s’il ne se nomme pas Nadeau, et, sur sa réponse affirmative, le pendront à la vergue de son moulin, y resteront deux heures, et, après s’être assurés qu’il est bien mort, reviendront à Québec. »

Voilà comme étaient compris et expliqués les droits des nouveaux sujets anglais; quelle était la protection promise, quelle était l’administration de la loi criminelle anglaise; quelle serait l’administration des lois civiles, pari passu.

Quelques mois plus tard, en juillet 1760, M. Duchesnay, seigneur de Beauport, de la plus ancienne famille titrée au pays, toujours distinguée et méritante alors et depuis, officier dans l’armée française ou les milices, les avait suivies à Montréal. Beaucoup d’autre gentilshommes du gouvernement de Québec en avaient fait autant. Leurs résidences, plus éloignées, ne les laissaient pas connaître.

Les militaires n’allaient pas au loin. Beauport et la chute de Montmorency sont si près et si beaux, que les officiers de la garnison se donnaient le plaisir de faire cette charmante promenade. Le manoir, qui, je pense, subsiste encore, est une jolie maison dont le site heureux et la forme pittoresque sont très appétissants. Cette maison avait servi de modèle à d’autres maisons seigneuriales, telles que le château de Vaudreuil sur la place Jacques-Cartier, une jolie maison à Près-de-Ville appartenant naguère à la famille Cotté, et quelques autres que j’ai vues debout, toutes disparues depuis, les unes tombant de vétusté, les autres pour l’agrandissement de la ville.

Il était naturel de demander à qui appartenait le joli castel. Au seigneur de l’endroit, M. Duchesnay. – Où est-il? – Apparemment à Montréal, avec l’armée. – Oh! bon! bon! à nous la maison!

Le général et son conseil avaient passé une ordonnance, portant que de tous les habitants de cette partie du Canada appelée le pays conquis... ceux qui ne rentreraient pas dans leur foyers, mais demeureraient avec l’armée française, seraient privés de tous leurs biens, terres et possessions;

[...] et vu que M. Duchesnez[sic], habitant de Beauport, est actuellement avec l’armée française, nous, nous le dépouillons de toutes ses maisons, terres et possession, de tous les biens réels et personnels qu’il a, ou qu’il a eus en aucun temps dans la paroisse de Beauport, et nous vous les donnons, à vous, capitaine Wm. Johnston, et à vous, lieutenant Nugent, avec tous les droits qu’y pourrait exercer le dit Duchesnez, s’il était sur ses biens et en possession d’iceux, avec plein pouvoir à vous, à vos hoirs, exécuteurs et ayant-cause, de les vendre et aliéner comme bon vous semblera. En foi de quoi j’appose mon sceau et ma signature,

James Murray, 2 juillet 1760

Voilà un système facile et expéditif de confiscation. Mais quel degré d’ignorance, de rapacité, de manque d’honneur, chez le gouverneur qui enlève et chez les militaires qui reçoivent ces dépouilles!

La capitulation de Montréal en septembre suivant annula de plein droit ce vol officiel.

Ajoutons qu’il n’y avait pas encore d’imprimerie dans le pays pour faire connaître ces décisions, appelées ordonnances; ni de traductions françaises pour qu’il fût possible à ceux qu’elles concernaient de les comprendre.

Ainsi fut, au début, représenté le gouvernement anglais, par des hommes capables de telles aberrations d’esprit, coupables de tels excès d’emportement.

Qui le croirait? Ce gouverneur était bien meilleur que tous ses adjoints en autorité.

Parmi ceux-ci furent:

  1. des vivandiers et cabaretiers qui avaient fait fortune en suivant et vendant dans le camp;
  2. on tira de prison un favori nécessiteux, ignorant de la loi civile et de la langue française, et par commission sur parchemin on l’affubla de la robe de juge-en-chef. Digne chef de ses assesseurs de même démérite que lui.

Tous étaient si gonflés de haine et de fanatisme contre les Canadiens-Français et le catholicisme, que le gouverneur dut quelquefois mater leurs projets de persécution.

Rencontrant au contraire des Canadiens instruits et de bonnes manières, gentilshommes dans toute la force du mot, il leur porta un affectueux intérêt.

Son gouvernement à patente royale, avait été fabriqué dans le Conseil Privé, sans consultation évidemment avec les aviseurs légaux de la Couronne. L’aristocratie, armée de l’épée de Brennus, et de son rugissement de Vae victis, décréta que les lois anglaises seraient celles du Canada « autant que les circonstances le permettraient. » Odieuse équivoque étudiée, qui livrait tout à l’arbitraire, et laissait aux juges la faculté de décider toujours pour l’ami, toujours pour le parti, toujours pour l’acheteur, toujours pour l’Anglais, puisque « les circonstances le permettaient ».

Les charges publiques furent ouvertement vendues au rabais, par les titulaires à des substituts.

Le général, indigné des violences du juge-en-chef, dut le suspendre et le renvoyer en Angleterre. Toute la population anglaise s’irrite contre le gouverneur, et le peu de Canadiens qui prennent part aux affaires expriment leur confiance en lui.

Dégoûté de la tâche qu’il a à remplir, il écrit en Angleterre:

Sous prétexte que les lois d’exclusion contre les catholiques en Angleterre et en Irlande sont applicables au Canada, les nouveaux sujets sont exclus de toute charge publique. Il n’y a que parmi la population anglaise et protestante qu’ont été pris les magistrats et les jurés. Elle ne compte en tout qu’environ 450 hommes, la plupart méprisables par leur ignorance. Ils sont enivrés de l’importance imprévue qui les a atteints, et s’empressent de l’exercer avec ostentation et rigueur. Ils haïssent la noblesse canadienne, parce qu’elle est respectable, et le reste de la population et moi, parce que j’empêche un peu le mal qu’ils voulaient lui faire.

Le commerce de Londres, soulevé et aveuglé par celui du Canada, demande le rappel du gouverneur Murray et l’obtient. Celui-ci fut révoqué parce qu’il était devenu sympathique aux Canadiens. Il demande une enquête, et, après examen, le Conseil Privé décide que les accusations portées contre lui sont mal fondées.

Enfin les officiers en loi de la Couronne sont consultés. Ils font désavouer en 1766 les ordonnances de 1764, qui excluaient les nouveaux sujets de toute participation à l’administration de la justice, et en font passer une qui leur permet d’être jurés et avocats.

Là se borna pour l’instant la portioncule de justice qu’on leur départit.

Puis tout resta chaos et désordre jusqu’au Bill ou Acte de Québec, adopté après que les officiers en loi de la Couronne eurent formellement déclaré que le roi seul n’était pas législateur; qu’il n’était tel qu’avec les deux Chambres du Parlement; que la proclamation de 1763 et tout ce qui s’était fait de prétendue législation sous son autorité étaient autant d’actes inconstitutionnels et nuls. Ainsi le gouvernement le plus parfait au monde selon Montesquieu, Blackstone, Delolme, était demeuré douze ans entiers dans l’ignorance de son ignorance, de ses usurpations, de son incapacité et de sa négligence à gouverner par la loi plutôt que par l’arbitraire, toujours armé du glaive de l’injustice, jamais des balances ni du bandeau de la justice.

Toute cette partie de notre histoire a été pour la première fois élucidée, mise en ordre, écrite avec l’âme et la sensibilité d’un patriote, la profondeur de pensée d’un homme d’état, l’intégrité d’un juge impartial et éclairé, les charmes d’un style facile et pur, par notre vertueux compatriote, le meilleur de nos historiens, le regretté monsieur Garneau, mon ami intime, dont tous les jours je déplore la fin, ainsi que celle de tant d’autres hommes de rares mérites avec qui j’ai agi, – auxquels je survis. C’est encore un des livres dont je recommande la lecture assidue et réfléchie à quiconque aime le Canada et veut aider à l’amélioration de son sort.

Quant aux époques plus récentes, l’histoire a été très fidèle à la règle de n’oser rien dire de faux. Mais le désir de la conciliation, la pression cléricale, me semblent l’avoir laissé moins libre qu’il ne le fallait pour oser ne rien taire du vrai.

D’une part, il ne connut pas le vrai en entier: nul blâme pour cela. D’autre part, il put être persuadé qu’il serait plus prudent de ne pas dire aujourd’hui ce qui serait plus utilement dit demain. La considération de l’utile doit dominer chez l’homme d’action. Mais la considération de la vérité, de la vérité absolue [et] entière sur les faits et les hommes historiques, doit seule diriger la plume libre de l’historien. S’il croit qu’il n’est pas prudent de la dévoiler toute à un moment donné, et que le temps n’est pas encore venu pour lui de tout dire, c’est son droit de différer, pourvu qu’il la garde en portefeuille jusqu’au jour où la révélation n’aura plus d’inconvénient. Qui sait? il en a peut-être été ainsi pour M. Garneau!

Depuis que sa belle histoire du Canada a été publiée, beaucoup de nouveaux documents historiques ont été découverts, qui jetteront un plus grand jour sur le passé récent. Ils font désirer une nouvelle édition de ce bel ouvrage. Heureusement M. Garneau laisse des enfants dignes de leur bon et illustre père, dignes d’être les continuateurs du noble monument qu’il a érigé et consacré à l’honneur de son Canada bien-aimé. – Le ciel leur a départi à tous, et à l’aîné en particulier, que j’ai l’honneur de mieux connaître, une supériorité de talents qui lui permettrait d’enrichir son pays d’une nouvelle édition plus complète. Il est à la source la plus abondante qu’il y ait au pays (la bibliothèque du Parlement) de tout ce qui a été imprimé de relatif au Canada. Son caractère loyal lui ouvre de plein droit les archives manuscrites de toutes les communautés, des conseils exécutifs et législatifs, des secrétariats provinciaux, des greffes de toutes les cours; enfin celles des familles privées, qui contiennent beaucoup plus d’écrits relatifs aux diverses époques de notre histoire qu’on ne le pense communément. Ces dernières sources feront mieux connaître l’état de notre société qu’il n’a encore été donné de le faire.

Il n’y avait pas eu de gouvernement légitime au pays. L’aristocratie en est avertie et le reconnaît. Le règne du mal sans mélange va donc finir; celui du bien va-t-il commencer? Toute la sagesse et toute l’autorité de l’État réunies en parlement nous donnent le troisième genre d’administration, la première charte parlementaire.

Il devenait urgent de ne pas soulever l’Amérique entière. Les treize anciennes colonies s’agitent et ne veulent pas se laisser taxer par la métropole. En attendant une partie plus sérieuse, elles jouent à brûler le roi et ses ministres en effigie, elles défendent l’importation des timbres; et quand il s’en est glissé en contrebande, elles enjoignent aux receleurs de les empaqueter et de les renvoyer à la trésorerie anglaise, qui n’en sera pas quitte pour ses frais d’inutiles impressions. Elles jettent à la mer les thés taxés par la haute sagesse, la pleine justice, la toute-puissance du parlement. Elles s’étudient à avoir raison contre lui par des protestations et des écrits irréfutables. Enfin, la raison ne pouvant rien contre une obstination injuste et présomptueuse, il fallut songer à se confédérer, à s’organiser en puissance sous la direction d’un congrès.

Les puissances peuvent rester postulantes pour escamoter de l’argent à l’aristocratie; l’argent dépensé, elles deviennent hargneuses. Alors l’une dit à l’autre: « Servante, je vous ai trop payée. » L’autre répond: « Nous en connaissons qui nous paieront mieux. » Il me semble avoir naguère entendu pareil dialogue, échangé entre Londres et Ottawa. Il se répétera en crescendo.

Le second congrès sonne le tocsin à Philadelphie par la Déclaration inspirée de l’Indépendance. Il a noyé en foule des aristocraties de naissance et de privilège, pour les remplacer par des aristocraties divines, celles du génie, du savoir, des vertus publiques, celles qui font leurs preuves de vraie noblesse dans les concours ouverts à la libre compétition entre toutes les classes de citoyens d’un même pays; dans l’équitable système électif, où le plus pauvre en fortune peut devenir le plus haut placé dans la hiérarchie sociale, s’il est le plus riche en mérite, et sous l’heureux fonctionnement duquel on peut s’assurer des successions de Présidents, qui seront tous des hommes de transcendante supériorité et tels que l’hérédité n’en peut donner.

Les monarques médiocres, les souverains perdus par les flatteurs, sont nécessairement la généralité des rois; le monarque vertueux est la rare exception. Les quatre premiers princes hanovriens avaient dû affaiblir beaucoup le respect pour la royauté: – trois d’entre eux par leurs vices personnels, et le meilleur d’entre eux par les humiliations et les malheurs de son long règne, malheurs causés par son opiniâtre déni de justice envers l’Irlande et l’Amérique. Il fut enfin forcé de leur reconnaître des droits, mais quand? Seulement à la suite des défaites et de la capture de ses armées, et quand il vit que la rébellion allait peut-être renverser son trône.

Aujourd’hui il y a plaisir à reconnaître que notre auguste souveraine a toutes les vertus les plus propres à inspirer la vénération pour sa personne; qu’elle a compris et pratiqué mieux qu’aucun autre roi de sa dynastie, aussi bien qu’il soit possible de les comprendre et de les remplir, tous les devoirs de sa haute dignité; qu’elle fait avec bonheur tout le bien que la loi lui permet de faire; qu’elle est souverain constitutionnel accompli. Sachant combien sont restreints ses droits, elle n’en a laissé perdre aucun, elle n’en a convoité aucun autre. L’on sait que rien ne peut excéder l’assiduité avec laquelle elle a, dans les épreuves les plus douloureuses, continué à faire le travail qui incombe à sa charge. Cela est très grand et très admiré par tout le monde civilisé. Mais, pour ceux de ses sujets qui sont moins occupés de la vie publique que de la vie de famille, ce premier et plus fort élément de moralisation, bien plus respecté dans les Îles Britanniques que sur le continent, elle est encore plus vénérée peut-être et plus chérie comme épouse et mère que comme reine. Il n’est aucune femme anglaise qui ne dise: Puisse mon époux être pour moi ce que le sien a été pour elle! Aucun Anglais qui ne doit répéter journellement: Puisse mon épouse être pour moi ce que la reine a été pour son auguste époux! Point de famille où les enfants ne doivent répéter: « Puissent nos princes et leurs soeurs être dignes de leurs augustes parents! »

Ah! s’ils répondent aux soins prodigués pour leur donner l’éducation et l’enseignement les mieux entendus pour les préparer à bien remplir leurs devoirs, quelque situation publique ou privée qu’ils aient à occuper par la suite, ils seront dignes de leurs parents. Ils feront le bien grandement, avec bonheur pour eux et pour nous.

Ce sentiment, répété dans toutes les familles de l’empire, tend à les moraliser toutes.

Lisez donc les volumes très intéressants que Sa Majesté a publiés sur sa vie intime.

Vos sentiments de respect et d’affection pour Sa Majesté seront fortifiés, – sans que cela prouve la supériorité de la constitution anglaise sur celles qui donnent plus de liberté qu’elle au peuple.

Retournons à 1775.

L’aristocratique gouvernement ne peut plus retarder à faire des lois pour ce pays, puisqu’il se dit le seule législateur omnipotent pour les colonies désarmées et soumises, en même temps qu’il est guerroyant avec celles qui résistent. Il établit un système d’impôt contre nous, dans un parlement où nous n’étions pas représentés.

Il viole par là, et la Grande Charte, et la déclaration des droits, et ces principes essentiels du droit public et du droit commun anglais, qui ont établi, par punition des rois et par jugements des tribunaux, qu’il n’y a pas de taxation légale sans représentation.

Il refuse au pays la liberté de nommer des représentants, parce qu’il a trop de fanatisme pour admettre que les catholiques, qui étaient alors plus de quatre-vingts contre un protestant, puissent être mis sur un pied d’égalité avec leurs co-sujets bretons, être comme eux électeurs et éligibles.

Il fallait priver les uns et les autres de ce droit, toujours aussi cher au peuple qu’il est déplaisant et inquiétant pour ceux qui sont législateurs par droit de naissance.

On confia donc le pouvoir législatif à un conseil peu nombreux nommé par la Couronne.

Par grande grâce, les catholiques n’en étaient pas exclus. – En pratique ils le furent, n’y formant jamais qu’une insignifiante minorité.

Étonnante libéralité vraiment, que la terreur de la révolution américaine put seule arracher à nos oppresseurs.

Américains, grand merci! – Et vous, Ô lords, vous fûtes bien étroits et bien mesquins dans vos largesses.

Mais nos pères ne pensèrent pas ainsi. – Toute la noblesse canadienne et les élèves de nos collèges se groupèrent autour du gouverneur Carleton, déterminés à faire les plus grands efforts avec lui pour la défense du pays, et tout le clergé se décida à faire des sermons de circonstance, pour porter le peuple des campagnes à s’armer dans le même but. – Celui-ci eut le bon sens de dire: « Notre état est de faire pousser du bled et de le vendre bien cher. » Il y réussit étonnamment bien et répara en grande partie, de 75 à 83, les désastres de 59 à 63.

Des mille à douze cents anglais qu’il y avait dans tout le Canada, les neuf-dixième de ceux qui étaient à Québec eurent le bon sens de sortir de la ville à la veille du siège et d’aller chercher des effets en Angleterre, certains qu’ils les revendraient à d’énormes bénéfices. La plupart, et avec parfaite raison, disaient hautement que la métropole faisait une guerre impie à ses enfants, qu’ils avaient pour eux l’étendue des forêts de leur pays, où les armées seraient cernées, affamées et capturées, et que le bon droit et la bonne cause finiraient par prévaloir: prophéties heureusement accomplies.

Bien vite après la lutte, les progrès merveilleusement rapides des États-Unis les rendaient l’objet de l’étonnement et de la bienveillance de tous les grands écrivains du continent européen.

Plus tard, quand on commença au Canada à apprendre l’anglais, on se passionna justement pour les sublimes discours des Fox et des Burke en faveur de la juste cause américaine.

Ceux de ce pays qui s’étaient le mieux battus pour l’Angleterre durent commencer alors à douter qu’ils eussent bien fait de se battre pour une caste, et contre un peuple.

Lorsque je leur disais: « Quand bien même les Anglais auraient mieux fait depuis 1774, alors ils ne vous étaient connus que pour les injustices et les insultes déversées sur vous par torrents. Les Anglais coloniaux vous expliquaient les torts de la métropole et restaient les bras croisés. Pourquoi ne fîtes-vous pas de même? » – l’on m’a répondu: « Les anciens parmi nous avaient pris part aux combats de la Monongahela (invariablement dite la Malengueulée), de Chouaguen (Oswego), de Carillon, de Québec, et à bien d’autres encore ». Reprendre les armes les reportait aux beaux jours de leur jeunesse. Ils avaient joui de la plénitude de la vie d’aventures, de voyage, du camp. Elle avait été suivie de quinze ans d’engourdissement léthargique. Le plus proche et le premier prêt à les enrôler était sûr de les avoir.

Se battre, c’était la vie du gentilhomme: – tout est là.

Pour les jeunes gens des collèges, le roi était tout. Il n’y avait encore que des précepteurs et des préceptes théologiques et philosophiques français. Ceux-ci adoraient George III, avec plus de raison qu’ils n’en avaient eue, quand, prenant leur bonnet de docteur en France, ils avaient eu la naïveté de croire à des fictions telles que les vertus de Louis XV et de la sainte ampoule, apportée du ciel, huile et fiole, pour assurer la perpétuité de la monarchie. Une souveraineté divisée avec quelque autre autorité que celle du roi, était pour eux une monstruosité. C’était cette souveraineté nouvelle et impie, qui mettait tout à feu et à sang chez nos infortunés voisins.

« Comme le roi d’Angleterre est bon, ajoutaient-ils! Il vient de rétablir le paiement des dîmes. Battez-vous pour lui, nobles collégiens. En le faisant vous êtes sûrs de ne pas pécher. En ne le faisant pas, nous sommes sûrs que vous pécheriez. »

Il n’y avait d’écoles pour hommes que dans les villes, qui ne formaient pas un sixième de la population. Les familles aisées demeurant dans leurs seigneuries, envoyaient leurs enfants s’instruire à Québec. Les seigneurs et les curés y envoyaient, en partie à leurs frais, des fils de cultivateurs de talents marquants. Ils usaient de leur influence pour solliciter les cultivateurs à l’aise d’y envoyer aussi leurs enfants.

C’est ainsi que dans un examen de fin d’année au Séminaire de Québec, le jeune Nadeau, orphelin infortuné du meunier tué par ordre, comme je l’ai dit, répondant avec un beau succès, le gouverneur Carleton, présent, demande quel est le nom de ce jeune homme. Il l’apprend. Il rougit, il pâlit, puis cède à son émotion, et avec des larmes dans la voix s’écrie: « Pauvre enfant, puisque c’est un gouverneur anglais qui vous a ravi votre père, il n’est que juste qu’un autre gouverneur anglais vous en tienne lieu. Continuez à vous appliquer, venez me voir, je me charge de votre éducation. »

Ce beau trait d’honnête sensibilité, cet aveu public en expiation d’un grand crime commis par un de ses prédécesseurs, dut faire plus et mieux que les arguties sophistiques des précepteurs, pour gagner les coeurs, la volonté, les services des volontaires collégiens.

L’oligarchie qui remplissait le nouveau conseil nourrissait les mêmes convoitises, le même fanatisme religieux, la même soif du pouvoir exclusif, qu’elle avait nourris durant les administrations précédentes.

La lutte et les reproches entre le gouverneur, les conseils et les cours, furent de la plus grande virulence et bien plus scandaleux que les précédents parce qu’il y avait maintenant un journal, qui rendait compte des enquêtes, prouvant la culpabilité de la plupart des employés.

Cette imprimerie publiait, pour qui voulait la bien payer, les accusations, les réclames, les réfutations des combattants. Il n’y eut jamais plus de pamphlets canadiens qu’à cette époque. Une seule presse n’y suffisait pas. L’impression d’ailleurs était très chère ici: prix de monopole.

La sécurité pour l’expression libre de ses pensées était bien plus grande à Londres qu’ici.

Là étaient aussi les juges du combat. Il y eut toujours vingt pages et plus d’imprimées à Londres, contre une à Québec.

Bientôt juges et plaideurs, conseillers et pétitionnaires, tous convinrent que l’état actuel était intolérable, et qu’il en fallait chercher un meilleur auprès du parlement, qui avait si mal réussi dans ce coup d’essai.

Ainsi finit dans la réprobation unanime le premier régime parlementaire.

Pendant sa durée, le général Haldimand eut son règne de terreur et ses lettres de cachet, bien plus cruelles que celles du despotisme français. Il jeta dans les prisons, les pontons, ou le couvent des Récollets, des centaines de personnes, – citoyens qui ne surent jamais ni les noms de leurs accusateurs, ni la nature des crimes qui leur étaient imputés, qui ne purent obtenir de procès, qui furent soumis à des traitements brutaux, qui furent toujours tenus au secret, et qui, emprisonnés durant bon plaisir, ne savaient quand ni comment cesseraient le pouvoir et la malice de leur tortureur.

Il doit y avoir beaucoup plus de détails authentiques dans quelques registres encore et trop longtemps tenus secrets, que n’en fournissent les écrits connus sur cette funeste époque.

Du Calvet, passé en Angleterre pour y faire imprimer ses livres accusateurs contre cet odieux tyran, en fit passer un bon nombre de copies au Canada. Il y revenait pour prélever des fonds, afin de poursuivre devant les tribunaux son atroce persécuteur. Il périt en mer. On sait le départ du vaisseau qui devait le porter; son arrivée n’est annoncée ni au point de destination, ni en aucun autre endroit. Il a donc sombré en mer. Beaucoup de ses amis ont cru à sa mort violente. Mais l’on ne doit jamais admettre qu’un crime énorme a été commis, quand il n’a pas été clairement prouvé.

Le bill de 74 et les opinions des officiers en loi de la Couronne avaient enfin reconnu qu’aux termes de la capitulation et du traité de paix de 1763, et même d’après les seuls principes du droit public de l’Europe chrétienne, il n’aurait jamais dû y avoir, pour un nouveau sujet, d’incapacité à l’exercice d’aucun emploi public, à raison de son catholicisme, et qu’en Canada tous les sujets étaient de plein droit sur un pied de parfaite égalité. L’oligarchie coloniale n’en continuait pas moins à demander le système représentatif, avec droit d’éligibilité pour les protestants seuls. Les Canadiens le demandaient pour tous sans distinction de culte ni d’origine. Ils étaient dans le vrai. Les hésitations des cabinets anglais duraient depuis plusieurs années, laissant tout ici dans la souffrance et le désordre. Elles eussent duré plus longtemps sans la tourmente qui, en un instant, ébranle et déracine la plus ancienne et la plus forte monarchie du monde, disperse sa vaillante noblesse et soulève de toutes parts le flot populaire autour d’elle. La consternation est dans toutes les cours et l’épouvante chez tous les nobles, chez ceux de l’Angleterre plus qu’ailleurs, parce qu’ils sont plus éclairés et plus réfléchis. L’effroi que répandent les principes de l’Assemblée nationale a des effets plus salutaires que n’en avait produits la Déclaration d’indépendance. L’on fait mine de se convertir, si l’on ne se convertit pas sincèrement. Le danger étant devenu plus grand en se rapprochant, on est plus libéral en 89 qu’en 76, et l’on accorde enfin le système représentatif, avec le suffrage presque universel et l’éligibilité, la même pour tous les sujets indistinctement.

Il fallait que ces concessions fussent avantageuses aux majorités, pour que les hommes de la minorité, qui avaient toujours gouverné jusqu’alors, se montrassent si fort irrités de se voir, disaient-ils, abaissés à ce niveau. L’influence constitutionnelle du corps représentatif va sans doute être la même ici que celle qu’il a déjà en Angleterre, et elle y est grande. Bons Canadiens, on vous le dit, et vous le croyez... Réveillez vous! votre songe doré va s’évanouir. La Couronne a toujours le droit de nommer le conseil législatif; et pour apaiser les colères de l’oligarchie qui voulait le système pour elle et les siens seulement, on saura bien rendre illusoire la folle espérance, aveuglément conçue, qu’une représentation française influente pût être tolérée dans une dépendance anglaise. On fit donc du conseil l’ennemi organisé en permanence du corps représentatif. On appela dans le nouveau conseil ceux des membres de l’ancien qui s’étaient le plus violemment opposés à l’introduction du système représentatif. On en exclut inflexiblement le petit nombre d’entre eux qui en avaient appuyé la demande, sans distinction d’origine. La droite reprenait ainsi ce que la gauche avait hypocritement offert.

Ainsi, ces deux chambres inconciliables ne feront rien du tout, ce sera la balance des pouvoirs, l’équilibre maintenu en sens inverse de ce qu’il est dans la métropole, où toute l’action prépondérante existe en réalité dans la chambre des lords, qui ne laissent élire que leurs fils, leurs dévoués, leurs commensaux et leurs serviteurs, dans ces bourgs si justement nommés pourris, patrimoines de leurs familles dans le passé et dans l’avenir. Leur altière domination vient heureusement d’y être affaiblie par le dernier acte de réforme parlementaire. Tout ce qui avait favorisé la demande du système représentatif fut donc éliminé du nouveau conseil; tout ce qui s’y était fougueusement opposé y fut recueilli, à deux ou trois exceptions près.

On préparait donc sciemment, ou plutôt on organisait artistement, l’animosité entre ces deux corps. Elle ne s’est pas ralentie un instant tant qu’ils ont été en présence. L’histoire de ce que fut ce régime de gouvernement a été tracée à grands traits par lord Durham. Il est loin de rendre justice à la libéralité des représentants, mais il fait justice de l’arrogance et de l’illibéralité des conseils et des pactes de famille dans l’une des provinces, et des conseils et de l’oligarchie dans l’autre.

Au milieu des difficultés d’une situation si volontairement et studieusement faite mauvaise et arbitraire, ce n’est pas un mince mérite à la chambre d’assemblée d’avoir, la première, dans toute l’étendue de l’empire, établi le principe de la tolérance religieuse absolue, d’avoir détruit les disqualifications résultant d’une législation surannée contre les Israélites, et à un moindre degré contre toutes les églises dissidentes, en permettant aux ministres de celles-ci et aux synagogues de tenir des registres de l’état civil, pour les membres de leurs congrégations. Nous sûmes faire cela longtemps avant que le parlement impérial songeât à en faire autant. Nous l’imposâmes au conseil, longtemps récalcitrant.

Mais la lutte acharnée fut toujours celle du droit de l’assemblée seule d’asseoir et de répartir l’impôt. Là encore, l’intervention du parlement impérial fut pernicieuse, inconstitutionnelle, contraire aux droits les mieux établis des sujets anglais, tant dans la métropole que dans ses colonies. Toutes celles qui avaient eu des représentants avaient disposé de leur revenu entier, par les votes de leurs chambres électives. Le même droit était refusé aux seuls Canadas.

Le mouvement insurrectionnel, légitime en principe, imprudent en pratique puisqu’il a succombé, n’a pas été conseillé par les hommes les plus influents du parlement: au contraire. Mais ceux qui voulaient détruire les hommes publics du Bas-Canada; qui voulaient l’union des deux provinces; qui désiraient voir l’exécutif maître et régulateur du revenu et de la législation, y poussaient sous main. Ils réussirent à la précipiter, pour en percevoir les profits. Eux aussi se trompèrent, et le parlement qui les appuya se trompa. Il lui en coûta plus qu’il n’aurait voulu donner, et en concessions de libertés longtemps refusées, et en trésor, au profit – dans les deux Canadas – des minorités, qui eurent son appui mais non son estime. Ce qui fut patent dans le mouvement de l’époque est assez connu, ce qui en fut secret le sera plus tard. Tant aux États-Unis que dans les provinces, des citoyens éminents, patriotes éprouvés et sincères, ont les preuves et les moyens de faire mieux connaître les hommes et les événements historiques de cette époque qu’ils ne le sont aujourd’hui.

Le second régime soldatesque se créa lui-même. Il proclama, sans droit de le faire, la loi martiale et la fit fonctionner plus sanguinairement, en quelques semaines, que le Comité de salut public ne l’avait fait en France.

À l’époque où celui-ci se livra à de détestables assassinats, les rois de toute l’Europe coalisée s’avançaient pour démembrer la République. Ce terrible comité dut improviser et lancer quatorze armées, et organiser ainsi la victoire. Jamais les mots: « vaincre ou mourir » n’avaient été prononcés avec autant de nécessité qu’à cet instant suprême. Il fallait obéir, sous peine d’asservissement à l’étranger. La résistance à l’armement, la fuite de l’enrôlement, étaient des crimes contre la France, et contre l’humanité, que la France voulait voir libre autour d’elle comme chez elle. Le tribunal avait été constitué, par la législature, pour l’absolutisme, avec des pouvoirs exorbitants et exceptionnels. Ses membres les plus actifs se sont livrés avec colère à la poursuite de ceux qui étaient dénoncés comme conspirateurs contre l’armement et contre la défense du sol envahi. Les précautions voulues par la loi qui le constituait ont été violées en un trop grand nombre de cas. De là la juste et perpétuelle infamie qui s’attache à son nom. En deux ans de temps il a condamné à mort un peu moins de deux mille victimes! C’est atroce! Proportion gardée aux populations, l’immolation en Canada a été cinq fois plus nombreuse.

Au Canada, lors du second soulèvement, il n’y avait pas de dangers possibles pour le gouvernement mis sur ses gardes, et fortifié par la présence de plusieurs régiments venus depuis la première prise d’armes. Tous les tribunaux réguliers du pays exerçaient librement leur autorité. Personne n’a pu être légalement arraché à la juridiction de ses juges naturels, sans que ceux qui l’ordonnaient ne fussent en révolte ouverte contre la loi à laquelle ils devaient soumission.

Beaucoup de ceux qui ont été assassinés n’ayant pas été pris les armes à la main, ils pouvaient être détenus par la suspension de l’acte d’habeas corpus, pour être livrés plus tard à des poursuites criminelles devant les juges et les jurés. Pour que la proportion fût la même qu’en France sous Robespierre, il n’eût fallu que dix-sept poursuites; il y a eu quatre-vingt-neuf condamnations, toutes illégales, plus vindicatives, plus atroces que celles qu’a ordonnées le Comité de salut public! Soyons-en certains, le nom de celui qui a signé l’ordre d’établir ces cours martiales, qui a signé dix-sept arrêts de mort suivis d’exécution, a plongé ses mains dans le sang innocent plus que ne l’avait fait le comité maudit. Son nom sera à perpétuité accolé à ceux des plus odieux criminels de 1793. Et ceux qui l’ont poussé à cette inique détermination font partie de la même bande. L’aristocratie se l’agrégea sous le titre de lord Seaton: au Canada, on l’appela « milord Satan ».

Un troisième régime soldatesque ne se verra probablement pas en Canada. La presse a trop émoussé et détrempé le sabre. Il n’est plus bon à rien pour la politique.

Le Conseil spécial est un autre régime, que ceux qui le donnent et ceux qui en acceptent l’exercice déclarent être mauvais mais temporaire. M. Poulett Thomson est envoyé pour l’inaugurer. Il n’y eut jamais d’autobiographie plus insolente que celle où cet homme très vicieux s’incrimine lui-même, en étalant avec ostentation les moyens de violence et de corruption qu’il a employés pour se donner une majorité factice dans les assemblées des deux Canadas.

Ces scandaleux aveux auraient dû lui attirer l’animadversion de ses supérieurs, si le gouvernement anglais n’avait pas été celui qui de longue main avait voulu l’Union des deux Canadas, et poussé à la demander ceux de ses fonctionnaires provinciaux qui relevaient plus directement de lui, ainsi que la foule d’émissaires secrets, de voyageurs pensionnés, qui partout intriguaient pour lui.

Il avait trop à coeur, au prix de n’importe quelles hontes, le succès de cette mesure, pour ne pas récompenser, en se l’associant, un homme qui avait agi avec une aussi entière conformité aux nobles et pratiques habitudes de l’aristocratie anglaise.

Il fut fait lord Sydenham.

Le quatrième régime parlementaire fut forcément imposé comme tous les actes antérieurs, sans que les populations eussent été consultées.

Une liste civile fut votée par le parlement où nous n’étions pas représentés. La violence impose, la force maintient de pareilles usurpations.

Elles violent le droit. Elles outragent le faible; – mais s’il est un homme gouverné par des principe fixes, il ne doit pas baiser la main qui le frappe. Il doit protester et dire: « Au premier jour que vous serez faible, que je serai fort de vos embarras, je serai vengé. »

Les hommes qui ont accepté la loi du plus fort et son usurpation, qui l’ont flattée, qui l’ont servie, ont crié bien haut: « l’Union nous a sauvés!! »

Ils se sont étourdis sur la honte d’être déserteurs de principes qu’ils avaient proclamés être les seuls vrais, les seuls salutaires et applicables à leurs pays.

Un changement d’opinion, quand il est désintéressé, peut être sincère et louable. Mais quand il est rémunéré au lendemain d’une défection, il est suspect toujours, trahison souvent.

Quand votre opinion vous exposait à la persécution, vous excluait des chances de parvenir, il n’y avait pas à douter qu’elle ne fût sincère et très honorable.

Vous étiez grands. Les majorités allaient au-devant de vous, et vous élisaient, et vous réélisaient, sans qu’il en coûtât rien, ni à vous ni à vos amis.

Mais depuis que le patronage et l’or ont été des moyens indispensables pour vous faire élire, vous n’avez plus de titre à la confiance.

La législation ne pourra jamais faire autant de bien à la société, que la corruption lui a fait de mal.

Vous restez un gouvernement fort sur les bancs des parlements, mais hors de leur enceinte vous restez sans aucune autorité morale sur les masses.

La population se trouve tellement divisée et sous-divisée, qu’elle se sent énervée, qu’elle reste sourde aux conseils, indifférente au sort d’hommes publics qui ont flotté entre tant de diverses opinions.

Si un temps de danger se présente, où le concours de tous serait indispensable pour le surmonter, ce concours ne se trouvera pas.

Ceux qui ont le plus crié: « l’Union nous a sauvés », sont, dès qu’ils se trouvent engagés dans quelque embarras personnel, les premiers à se sauver hors de l’Union.

Ils ont été demander une neuvième combinaison politique, à la même autorité dont ils ont blâmé les huit combinaisons politiques antérieures.

Ils n’avaient pas mission de la demander. Ils étaient élus pour conserver la huitième combinaison, pour faire des lois ne dépassant pas les limites de l’autorité qu’elle leur conférait.

Ils n’étaient pas un corps constituant. S’il y avait eu quelque patriotisme chez eux, et qu’ils eussent cru les changements qu’ils ont obtenus utiles à leurs commettants, les plus intéressés dans la solution des questions qui doivent régler leur état social, ils se seraient fiés à la décision des intéressés.

Ils n’avaient pas les moyens de soumettre leurs projets à la décision des intéressés, diront-ils.

Soit; ils ne pouvaient pas les réunir en convention; encore moins le voulaient-ils. Ils étaient trop certains que leur plan serait rejeté dans trois au moins des provinces aujourd’hui confédérées!

Ils devaient au plus préparer leurs résolutions et demander au parlement d’autoriser l’assemblée de conventions provinciales pour décider si elles seraient adoptées ou rejetées. Ils auraient été des mandataires fidèles, au lieu d’être des usurpateurs.

Or s’ils redoutent le mot de CONVENTION parce qu’il est trop américain, – comme s’il était sensé de repousser une proposition éminemment raisonnable parce que les Américains l’ont consacrée par une heureuse expérience de plus de quatre-vingt ans, – ils devaient au moins dire: « Nous qui ne pouvons altérer l’acte en vertu duquel nous siégeons, nous qui ne pouvons fouler aux pieds les conditions d’après lesquelles nous avons été élus, nous annonçons pour une autre année des élections générales, qui auront pour objet de donner au peuple l’occasion de se prononcer sur le mérite ou le démérite du travail que nous avons préparé pour lui et dans son intérêt et non pour nous et dans nos intérêts. » Au lieu de cela, aller directement en Angleterre, c’est dire : « Nous reconnaissons votre pleine puissance; nous nous en sommes toujours plaints, et nous y avons toujours recours. »

C’est aussi lui dire : « Vous êtes aussi inconséquents que nous, puisque vous êtes toujours prêts à saisir l’occasion de faire naître des causes de plaintes et de justes mécontentements dans vos colonies. Pourquoi vous immiscez-vous à y régler des difficultés dont vous ne pouvez pas être les meilleurs juges? pourquoi légiférer pour des pays dont vous ne pouvez apprécier les désirs, les besoins, les ressources, aussi bien que le feraient ceux qui y sont nés, aussi bien que le feraient ceux qui sont allés s’y établir depuis de longues années?

Au moins attendez que leurs requêtes vous saisissent de la cause. Vous en aurez de toutes les provinces et de tous les partis, entendus contradictoirement. Vous les aurez après que les discussions dans la presse vous auront permis d’apprécier la valeur des raisons qui seront données par les amis et par les adversaires du projet. Tant que vos délibérations dureront, les intéressés attendront sans trop d’impatience.

Pourquoi, durant ce délibéré, ne chercheriez-vous pas quelque nouveau moyen de solution des difficultés qui naissent dans vos colonies? Les anciens moyens vous ont rarement réussi. Ils vous ont souvent coûté du sang et des trésors. Vous avez donné des décisions erronées que vous avez été forcés de rescinder, pour ne pas affaiblir les principes de votre propre gouvernement. Vous consolez-vous en disant : “ nous avons infligé plus de mal que nous n’en avons reçu? ” Qui doute de votre force? Combien il serait plus beau que l’on comptât sur votre justice! »

Les Américains semblent avoir employé le moyen le plus propre à prévenir les plaintes et les soulèvements des peuples contre les gouvernants, en laissant aux majorités à décider, par la voie du scrutin, du choix des institutions qui leur conviennent le mieux. La très grande majorité des publicistes et des hommes d’État de toute l’Europe et du Royaume-Uni en particulier admettent que ce moyen convient parfaitement bien aux États-Unis. En quoi donc l’état social des colonies est-il si différent de celui de leurs proches voisins, pour présumer que la même organisation politique ne leur conviendrait point?

Peut-on en préparer une meilleure? Cherchez, trouvez, révélez-la et soumettez-la à l’examen des hommes éclairés; de ceux qui ont le droit de décider des questions de cette importance par la supériorité reconnue du génie et du savoir, et non par le seul accident de la naissance.

Il est des hommes de génie et de savoir en grand nombre dans un corps aussi nombreux que celui de la pairie du Royaume-Uni, dont l’éducation spéciale est la science du gouvernement. Qu’ils donnent une preuve qu’ils sont mieux qualifiés à gouverner les hommes que ne le sont ceux qui ont donné des constitutions admirablement bonnes au gouvernement général de l’Union et à ceux des trente-six États de la confédération américaine! Ce n’est pas l’acceptation précipité de l’acte de confédération bâclé à Québec qui peut prouver la sagesse des hommes d’État de l’Angleterre. Il n’est pas leur oeuvre; il a été préparé dans l’ombre, sans autorisation de leurs constituants, par quelques colonistes anxieux de se cramponner au pouvoir qui leur échappait. Le sinistre projet appartient à des hommes mal famés et personnellement intéressés, l’accomplissement du mal au parlement britannique, surpris, trompé, et inattentif à ce qu’il fait.

À première vue, l’acte de confédération ne peut avoir l’approbation de ceux qui croient à la sagesse et à la justice du parlement, à l’excellence de la constitution anglaise, puisqu’il en viole les principes fondamentaux, en appropriant les deniers appartenant aux colons seuls et non à la métropole ni à aucune autorité dans la métropole. Il est plus coupable qu’aucun autre acte antérieur. Il a les mêmes défauts, et il en a de nouveaux, qui lui sont propres, et qui sont plus exorbitants contre les colons que ne l’ont été ceux des chartes parlementaires ci-devant octroyées, ou imposées.

Les autres ont été donnés dans des temps et des conditions difficiles et exceptionnels. La cession d’un pays nouveau, avec une majorité dont les croyances religieuses et l’éducation politique différaient profondément de celles de la minorité, pouvait laisser craindre que celle-ci ne fût exposée à des dénis de justice. La pleine et entière tolérance religieuse, le premier et le plus important des droits qui appartiennent aux hommes en société, n’avait pas été comprise ni admise à cette époque. L’Angleterre était persécutrice chez elle, folle et injuste; elle fut folle et injuste ici, ici plus qu’ailleurs, car le droit public devait nous éviter ce mal. Elle l’ignora. Si elle s’était restreinte à des mesures protectrices pour les minorités, elle était à louer; si elle a dépassé le but, si elle a opprimé la majorité, elle a fait le mal. Mais c’était alors l’erreur commune qui l’égarait et qui l’excuse. Les lois odieuses de l’intolérance sont aujourd’hui répudiées par tout le monde civilisé, hors Rome et St. Petersbourg. Là aussi pourtant, il faudra tôt au tard finir pas se rendre à la force du droit à la vue des bienfaits qu’il déverse sur les États qui le respectent.

La concision du mot de Cavour : « L’Église libre dans l’État libre », est un des plus beaux titres au respect, à l’amour et à l’admiration, justement acquis à ce très grand homme d’État. Ces mots heureux, qui une fois énoncés ne peuvent jamais être oubliés, qui, en une courte sentence, contiennent tout un code complet et parfait sur le sujet qu’ils exposent et qu’ils expliquent, font – comme si les langues de feu du Cénacle avaient touché tous ceux qui les retiennent – en un instant connaître, aimer et proclamer la pleine vérité qu’ils n’avaient qu’obscurément entrevue et timidement aimée. Et pourtant cette révélation, soudaine pour beaucoup, est depuis longtemps codifiée pour tous, dans les trente-six États de l’Union voisine.

Les églises libres, indépendantes, séparées de l’État, ne lui demandant rien en présence les unes des autres, sont les plus heureuses et deviennent des plus édifiantes, à raison de cette séparation d’avec l’État et de cette proximité entre rivales. Elles ont pour soutien leur savoir et leurs vertus, elles n’en demandent pas d’autres. Elles ne manquent de rien de ce qu’elles jugent utile à la pompe du culte, à l’aisance convenable de tous leurs ministres, à leurs oeuvres de bienfaisance et de charité. Se surveillant les unes les autres, elles sont éminemment morales, parce que l’éclat et la publicité puniraient chaque faute commise. Aucune faute n’y pouvant passer impunie, il n’y en aura que rarement. Où une église seule régnera, elle sera mal édifiante, elle élèvera des bûchers pour les hérésies, les schismes et les sorciers. Ses adversaires diront : « il faut bien qu’elle soit fausse, puisqu’elle est si cruelle », et ses amis diront : « il faut bien qu’elle soit divine, puisqu’elle se soutient malgré ces cruautés ».

Quand le droit à la libre pensée et à la libre expression de la pensée, religieuse, politique et scientifique, est aussi généralement proclamé qu’il l’est par les lois, les moeurs et la pratique des jours actuels, il ne peut plus être perdu. Les gens sensés ne devront plus le décrier.

D’autres actes parlementaires contre le Canada ont été des actes de rigueur, à la suite de troubles qui auraient été prévenus par une minime portion des concessions tardives qui leur ont été faites trop tard. Le mérite de ces concessions est mince et a peu de prix, parce qu’elles ne furent faites qu’après des exécutions qui furent des meurtres.

L’acte actuel a été infligé à des provinces qui étaient paisibles, où il n’y avait plus dans le moment d’animosités de races ni d’animosités religieuses à calmer. Là où personne n’était coupable, tous sont punis, puisqu’ils subissent une loi sur laquelle ils n’ont pas été consultés. Voilà le grief commun.

Mais le grief exceptionnel, et le plus flétrissant entre toutes les autres misères et dégradations de l’état colonial, dans le passé et dans le présent, c’est le sort fait, par les meneurs canadiens en premier lieu, et par le parlement impérial en second lieu, à la Nouvelle-Écosse.

Le peuple de la Nouvelle-Écosse, représenté par le plus habile, et, quant à sa province, le plus irréprochable des hommes publics, en possession de la pleine confiance et du respect de ses concitoyens justement acquis, et de l’estime des ministres et des hommes les plus éminents du parlement anglais dans tous les partis, est devant eux. Il les prie d’écouter les voeux et les prières d’un peuple qu’ils doivent aimer, pour ses habitudes paisibles à l’intérieur, pour son attachement ininterrompu à la métropole, pour sa déférence constante à ses conseils, et il les assure que l’expression de répulsion contre les mesures préparées par des intrigues en Canada est l’expression vraie des sentiments de la majorité des électeurs de la Nouvelle-Écosse. Il eût pu dire : de leur sentiment unanime, tant est infime la portion qui, cédant à des considérations personnelles, ne députe au parlement de la Dominion, pour la province entière, qu’un seul homme, fait ministre salarié.

Quand le parlement confédéré a été réuni, le fait était devenu patent que nos frères de l’Acadie étaient unanimes à rejeter la confédération. L’on a justement laissé aux illibéraux officiels le rôle de dédaigner leurs voeux et leurs droits. C’est une répétition de leur rôle de tous les temps. Ils disent à eux comme à nous : « Vous vous croyez opprimés, soyez-le. Vous vous trompez, nous décidons pour vous et contre vous, comme l’Angleterre l’a décidé. Bon gré mal gré, vous nous êtes enchaînés, nous vous aimons et ne voulons pas divorcer. Nous sommes forts, vous êtes faibles, soyez soumis! »

De fait, leurs droits ont été plus outrageusement violés encore que les nôtres. Tous les hommes libres, et qui méritent de l’être, se doivent un appui mutuel. Nous ne pouvons donc demeurer indifférents à l’oppression de nos frères des colonies maritimes, et tous les hommes vraiment libéraux et indépendants du Canada leur doivent aide et sympathie.

Ce nouveau plan gouvernemental révèle plus que les autres encore l’animosité violente de l’aristocratie contre les institutions électives.

C’était à la suite de longues années d’efforts incessants que les conseils législatifs avaient été rendus électifs. Ceux qui s’étaient moralement ennoblis en arrachant cette importante concession aux autorités coloniales et métropolitaines s’ennoblissent-ils beaucoup aujourd’hui en la ravissant à leurs compatriotes? Au contraire, ils sentent et savent qu’ils n’échapperont pas au mépris que méritent ces tergiversations. Ils luttent entre eux avec acharnement pour obtenir d’outre-mer des titres nobiliaires. Ils fraudent d’une part leur pays et se fraudent même entre eux pour la supériorité du rang; et ils trouvent même moyen d’associer à leur honte de nombreux complices, comme si elle était moins foncée pour être plus partagée! Ils promettent aux conseilleurs élus pour une période de les faire conseillers à vie. Ils créent un simulacre d’aristocratie, devenue telle par la participation des intéressés à une violation patente de la loi. Toutes ces intrigues sont assez immorales pour plaire au cabinet anglais et le pousser à un acte pire que presque tous ses torts passés. Les réactionnaires redemandent les institutions du moyen-âge à l’instant même où le noble peuple anglais les démolit.

En récapitulant quelques phases de l’histoire de notre pays pour vous indiquer la politique systématique suivie par le gouvernement aristocratique de l’Angleterre, dans ses anciennes comme dans ses nouvelles colonies, j’ai voulu vous montrer que ce système a toujours été imposé d’après les préjugés naturels de la caste qui nous gouverne dans son intérêt, intérêt qui est en conflit perpétuel et irrémédiable avec ceux des masses; qu’il a été nuisible aux établissements nouveaux en Amérique; que l’intérêt de ceux-ci est de demander leur émancipation le plus tôt possible, et d’acquérir tous les avantages et tous les privilèges de nationalités nouvelles, tout à fait indépendantes de l’Europe.

C’est à mes concitoyens de toutes les origines que j’en appelle aujourd’hui comme je l’ai toujours fait; que je dis que nous devons être non seulement soucieux de conserver les droits qui sont acquis, mais que, par la libre discussion, nous devons nous efforcer sans cesse d’en acquérir de nouveaux. Le meilleur moyen d’obtenir cet heureux résultat est d’appeler les jeunes et vigoureux esprits d’élite, de toutes les diverses nationalités, à se voir, à se réunir fréquemment dans cette enceinte, dans cette bibliothèque, dans les autres enceintes, dans les autres bibliothèques de même nature. Ils s’y verront comme amis, comme égaux, comme compatriotes. Ils partageront une admiration commune pour Shakespeare et Corneille, pour Newton et Buffon, pour Coke et Domat, pour Fox et Lamartine, – pour la légion des hommes éminemment grands, serviables à l’humanité entière, que les deux nationalités anglaise et française ont produits en si grand nombre. Dans l’état de notre société, avec la facilité d’apprendre dès l’enfance les deux langues, ce sera à l’avenir se condamner à une infériorité marquée que de négliger de les bien apprendre également toutes deux, que de n’être pas apte à goûter avec avidité les fruits exquis que leurs littératures ont produits, plus abondants et plus savoureux que ceux des autres peuples.

Non, il n’est pas vrai que les dissensions politiques, qui ont été si acharnées dans les deux Canadas, fussent une lutte de races. Elles étaient aussi âpres dans le Haut-Canada, où il n’y avait qu’une nationalité, qu’ici, où il y en avait deux. Les majorités de toutes deux étaient les amis désintéressés des droits, des libertés, des privilèges dus à tous les sujets anglais. Elles s’exposaient volontairement à des diffamations menteuses, à des colères dangereuses, à des vengeances sanguinaires quelquefois, de la part de minorités égoïstes, faibles par elles-mêmes, mais soutenues par la puissance des bayonnettes payées avec l’or du peuple, mais partout dirigées contre le peuple.

Les hommes les plus éclairés de l’Angleterre et de l’Amérique ont appelé nobles et justes les efforts que mes amis anglais et mes amis canadiens, et moi et mes collègues en chambre, et nos collègues par l’identité de principes et la communauté de dévouement dans l’Assemblée du Haut-Canada, avons faits pour délivrer nos pays de l’outrage et de l’oppression. Il était dans les préjugés et dans les intérêts de l’aristocratie d’applaudir aux excès de la bureaucratie coloniale, noblesse au petit pied, singeresse des grands airs, copiste des pratiques, adepte du machiavélisme de ceux qui l’avaient installée. Le parlement les a approuvés, la raison les a flétris. Le parlement les a approuvés! Mais n’est-il pas notoire que plus des neuf-dixièmes de la représentation impériale restent étrangers à tout intérêt, à toute connaissance de ce qui se fait et de ce qui devrait se faire dans les colonies? À cette époque surtout, c’est le ministre colonial qui doit savoir ce qui leur convient. Il est payé pour le savoir. À lui l’honneur du succès, la honte de l’erreur, la responsabilité des décisions, et la troupe moutonnière emboîtait le pas après lui. Mais les hommes qui toute leur vie ont été amis des droits et des libertés publics sans jamais les déserter, les principes de la science du juste et du droit : – le vertueux Sir James MacIntosh, dans nos premières luttes; lord Brougham l’homme le plus universel et le plus étonnamment savant des jours actuels; mais O’Connell, le plus éloquent des défenseurs des droit de l’Irlande, avant lui défendus par des géants en puissance oratoire, les Curran, les Gratton, les Plunket, et tant d’autres; mais Hume, qui consacre sa grande fortune à la protection des colonies; qui, entouré de quatre secrétaires, travaille jour et nuit, et se prive de toute récréation, parce que les méfaits commis dans les possessions anglaises des cinq continents et de leurs archipels, par les délégués de l’aristocratie, sont incessamment portés à sa connaissance, avec prières de protester contre le mal; et une foule d’autres dignes et bons Anglais nous ont compris, et nous ont loués. Que signifie le nombre d’ignorants et d’intéressés qui nous condamnèrent parce qu’ils étaient soudoyés pour cela, intéressés à cela, intéressés à la destruction de tous les sentiments hostiles à l’arbitraire et à l’oppression?

Par le nombre nous étions dix contre un dans les deux provinces. Par la moralité, par le désintéressement, par l’influence justement acquise, nous étions dix fois plus puissants que par le nombre. Les peuples anglais et irlandais, par ceux qui étaient leurs véritables et dignes représentants, nous ont approuvés; les gouvernants et les gouvernés américains nous ont approuvés; les hommes éclairés du continent européen nous ont approuvés; mais surtout nos compatriotes, pour qui nous avons souffert et qui ont souffert avec nous, nous ont approuvés; mieux que cela encore, notre conscience nous a approuvés.

Ceux qui aujourd’hui s’exilent en si grand nombre, parce que le dégoût pour les hommes et les mesures actuels les pousse à aller respirer un air plus pur, disent à l’étranger quels sont les stigmates que le colon porte au front; quelles sont les entraves qui l’arrêtent dans sa marche vers le progrès; les menottes qui enchaînent ces mêmes bras si peu producteurs sur le sol natal, gouverné par et pour l’aristocratie, si recherchés et si largement producteurs sur le sol affranchi! Soyez-en assurés, ils préparent des angoisses et des déboires au ministre de la guerre. Ils pulvérisent ses batteries de bronze par celles de la presse libre, par celles de la libre discussion. Ils donneront de plus en plus des consolations et des espérances aux opprimés: ils avancent l’heure des rétributions, l’heure des nobles vengeances, où le bien sera fait même à ceux qui ont pratiqué le mal.

Les privilégiés s’imaginent toujours que la prière et la plainte contre les abus qui leur profitent sont une invitation à les réprimer par la violence. Les hommes fiers, justes et éclairés, dont les convictions sont intenses parce qu’elles sont le résultat de fortes études et de longues méditations, ont foi dans l’empire de la raison, et c’est à la raison seule qu’ils demandent la correction des abus. Leurs efforts s’adressent à tous, aux puissants d’abord, pour leur inspirer de la sympathie pour le peuple souffrant et appauvri par les abus. Ils leur présentent la gloire et le bonheur à conquérir, s’ils savent rendre la société de leur temps plus prospère et plus morale qu’elle ne l’a été dans les temps qui ont précédé.

Ils s’adressent à eux d’abord et de préférence, parce que leur esprit étant plus cultivé, ils seraient mieux préparés à pouvoir envisager les questions d’intérêt général sous tous leurs différents aspects, et à les résoudre vite et bien si l’égoïsme ne les aveugle pas. Ils s’adressent ensuite aux masses, pour leur dire que le sabre n’est pas entre leurs mains, mais que la raison est le plus riche et le plus précieux des dons divins et qu’il a été départi à tous à peu près également, que la culture de l’esprit peut en centupler la fécondité et la vigueur; que pour défricher la terre il faut la force physique éclairée par l’expérience, mais que pour faire de bonnes constitutions et de bonnes lois, et pour les appliquer sagement, il faut avant tout une haute raison, éclairée non seulement par des études sérieuses, mais surtout par le dévouement réel au pays, et par l’absence de toute convoitise personnelle, d’ambition ou d’intérêt. Voilà ce qui se voyait autrefois, voilà ce qui est devenu rare, aujourd’hui que les fortunes acquises aux dépends du public, et surtout de l’honneur personnel, sont devenues si nombreuses! Que ces reproches de propension à la violence viennent mal de ceux qui ont constamment recours à la violence pour empêcher la libre discussion de questions politiques ou sociales, violence physique au moyen de la loi, violence morale par l’anathème!

Il ne me reste plus qu’à vous complimenter sur la haute intelligence et la libéralité éclairée avec lesquelles vous avez proclamé et appliqué le principe de la solidarité, et du concours dans votre enceinte – comme dans toute l’organisation politique et sociale de notre patrie – de toutes les races, de toutes les croyances religieuses, de toutes les opinions librement exprimées et librement discutées.

Bien aveugles sont ceux qui parlent de la création d’une nationalité nouvelle, forte et harmonieuse, sur la rive nord du Saint-Laurent et des grands lacs, et qui à tout propos ignorent et dénoncent le fait majeur et providentiel que cette nationalité est déjà toute formée, grande et grandissant sans cesse; qu’elle ne peut être confinée dans ses limites actuelles; qu’elle a une force d’expansion irrésistible; qu’elle sera de plus en plus dans l’avenir composée d’immigrants venant de tous les pays du monde, non plus seulement de l’Europe, mais bientôt de l’Asie, dont le trop plein cinq fois plus nombreux n’a plus d’autre déversoir que l’Amérique (1); composée, dis-je, de toutes les races d’hommes, qui, avec leurs mille croyances religieuses, grand pêle-mêle d’erreurs et de vérités, sont toutes poussées par la Providence à ce commun rendez-vous pour fondre en unité et fraternité toute la famille humaine.

Le grand fait est trop évident sur toute l’étendue de l’Amérique et dans toute son histoire, depuis sa découverte par Colomb; il est trop inévitable, pour qu’on n’y reconnaisse point l’une de ces grandes indications providentielles que l’homme ne peut se cacher, et sur lesquelles néanmoins il n’a pas plus de contrôle que sur les lois immuables qui gouvernent l’univers physique. On doit y voir l’enseignement divin de la tolérance universelle et de la fraternité du genre humain.

Sur cette base solide, l’homme du Nouveau-Monde, qu’il soit homme d’état, philosophe, moraliste, ou prêtre, doit asseoir la société nouvelle et ses nouvelles institutions.

La patrie n’aura de force, de grandeur, de prospérité, de paix sérieuse et permanente, qu’autant que toutes ces divergences d’origines ou de croyances s’harmoniseront et concourront ensemble et simultanément au développement de toutes les forces et de toutes les ressources sociales.

Ce noble programme que vous avez affiché et qui vous a attiré de l’opposition de la part de ces ennemis de la raison et de la pensée qui ont souhaité la dispersion de l’Institut et de ses livres, doit rallier autour de vous l’appui et le bon vouloir de tous les citoyens instruits et éclairés, de tous les patriotes qui désirent vraiment le bonheur et la grandeur de notre commune patrie, à nous tous Canadiens natifs et d’adoption.

Cet appui, vous le méritez. Vous l’avez conquis; il vous restera, je n’en doute pas, et personne ne saurait s’en réjouir plus que je le fais.

Notes[modifier]

(1) Dix mille Chinois sont en ce moment sur le sommet des Montagnes de Neige, à 8,000 pieds d’élévation, construisant le grand chemin qui va relier les deux océans et faire de notre Amérique le centre commercial du monde entier.

Source[modifier]

Microfiche MIC/B524\11604 GEN de la Collection nationale de la Grande Bibliothèque à Montréal


Speech of the Hon. Louis-Joseph Papineau before the Institut canadien on the occasion of the 23rd anniversary of this society, December 17, 1867  (1867) 
by Louis-Joseph Papineau, translated from French by Wikisource
On December 17, 1867, Louis-Joseph Papineau, then 81 years of age, was invited to speak on the occasion of the 23rd anniversary of the Institut canadien in Montreal. This is the last public speech that he delivered.

This edition was translated from the original French by Mathieu Gauthier-Pilote in 2003.


Mister President,
Ladies and Gentlemen,

You will believe me, I hope, if I tell you: I love my country.

I loved it wisely; did I love it madly? ... From the outside, the opinions may vary. Nevertheless, my heart and then my head conscientiously consulted, I believe I can say that I loved it as it should be loved... This feeling, I sucked it with the milk of my nurse, my holy mother. The brief expression by which it is best stated: MY COUNTRY ABOVE ALL, I undoubtedly stammered it on the knees of my father. As soon as he heard me say a word, he saw that his son would not be mute, and that his education had to be put in the right direction. This direction, at a time when the country was more moral than speculative, was known in our good old families, and instilled in us the love of the country and respect for all that could be a source of well-being and greatness for it. I therefore like the Institut canadien, one of our national glories; the institute which served our homeland with such perseverance, with such complete devotion, with such generous ardour, with truly great and useful successes. I could not be in a more pleasant and interesting company than in that of the members of this institute and their many friends, rightly appreciative of the services it provided to the country, and grateful admirers of the judicious program it has adopted to preserve the bits of political freedom that we conquered during a glorious past, in long, difficult, and often perilous parliamentary battles. These bribes had been torn off, with one hand from the ill will of the aristocratic government of England, always hostile to popular rights; and, with the other hand, from an oligarchy, weak in number, null in merit, landed just yesterday from overseas, and that the metropolis, by an arbitrary partiality, had constituted local dominant power.

I feel happy, I feel good, among such a patriotic reunion, so liberal, so progressive, so proudly independent as the institute is. I hope it will continue to be so, by remaining faithful to the rules it gave itself, and to its valuable antecedents.

Two words suffice to explain its symbol, its political motto. It says: "Justice for us, justice for all; reason and liberty for us, reason and liberty for all." It is cosmopolitan. I feel well among the most patriotic elite of Montreal, among the beautiful, lovable, virtuous wives of the members of the institute, their husbands, devoted to the service of the natal or adopted country, devoted in life and in death, were it required to the safety of the homeland. Young ladies, beautiful, good and patriotic like your mothers, you are here in a worthy sanctuary where the cult of the homeland is celebrated with dignity, because it is free from any covetousness, gains and personal interests.

Messieurs of the institute, you have accepted the apostate to proclaim, to have others love, and to defend the right to free examination and free discussion, as the best and most legitimate means of attaining knowledge of the truth, the love of all that is good and useful to humanity in general, to the homeland in particular. It is only with free examination that we can acquire convictions so firm that they become, during important matters, a true and burning faith, of which we want the propagation and triumph despite whatever risk and personal nuisance it may expose us to.

Among the most important and useful truths, those that pertain the the better political organization of society are at the forefront. They are among those it is shameful not to have carefully studied, and cowardly to dare not proclaim, when we believe that those we possess are true and therefore useful.

The good political doctrines of modern times, I find them condensed, explained and delivered to the love of peoples and for their regeneration, in a few lines of the 1776 Declaration of Independence, and the 1789 Declaration of the Rights of Man and of the Citizen.

You will reply and ask: Is it possible that the rights of man and of the citizen were revealed to him only yesterday? No, no, Messieurs, the emancipatory genius of the human kind, the genius of Greece, the most judicious that has emerged onto the Earth to direct humanity in the way of progress, had understood them, codified them and practised them. Aristotle, the most vigorous mind of his time, and maybe of all times; the deepest, the most creative, the most encyclopedic; Aristotle explained what we do and did yesterday, since the declarations of the Congress and the Assemblée nationale, since 1776 and 1789, all that pertains to the science of government. He had a deep knowledge of it. He studied and made us know of more varieties of government than we have today in all of America and Europe. He spoke of the advantages and disadvantages that were associated to this infinite variety of governments. He explained why monarchy was adopted in the birth of nations, adopted by all the states of Greece in past centuries, and why it was wisely rejected later. He described all types of monarchies: absolute, moderate, constitutional, hereditary or elective, accompanied by one, two, or three independent bodies to make it durable and protective. It is a capital work, like all that emerged from his extraordinary mind.

To really know the affiliation of ideas and the progress of political science from these times to ours, the considered study of Aristotle's politics seems essential to me. I strongly advise it to my young friends, to all those who will be called on to participate in governmental life and desire to be of real use there. In the same department of science, the man and the book attributing the most honour to modern ages and to 18th century philosophy, is surely Montesquieu and his The Spirit of Laws. His book is good enough, as you know, that it made people say: "The human kind having lost the great charter of its liberties, Montesquieu has recovered it and given it back." True, but mutilated and insufficient praise. It should have been added that he had taken it in the policies of his predecessor, greater than him, since he was the real discoverer of the true principles of which Montesquieu was but the skillful commentator.

Aristotle had been more careful of the danger of mixing truth and falsehood, more careful not to let his strong reason bend under considerations of personal advancement. He was too sincere to veil his thoughts with apprehensive cares. Aristotle, tutor of Alexander, proudly signalled the vices of monarchies and monarchs. Montesquieu, convinced republican and free thinker, exalted the excellence of the French monarchy when it was in full disintegration following the proud despotism of Louis XIV, with his ceaseless and foolish wars, his ruinous ostentation, his Neronian persecutions against French protestants. He exalted it, when it was in a rapid state of decomposition because of Louis XV's vices, the King by divine right, the merchant associated with the company of the pacte de famine, who abused the royal power to create a fictitious abundance at one point of the kingdom and a real shortage elsewhere, in order to buy at low cost here, and sell for big profit there, letting his beloved subjects die of hunger for as long as he judged it to be profitable.

Aristotle prepared his pupil at the foundation of Alexandria, a great moment in the history of the development of the human mind, a city which carried on the exchange of ideas and goods; he united the Eastern and Western worlds, developed a free commerce that went on to share its benefits on all lands, with all the elements of a more enlightened and fertile civilization. The excellence of Aristotle's lessons could not stop Alexander from being sometimes extravagant and ferocious.

There is nothing better in antiquity than The Ethics of Aristotle. It is a book to read and read again. What was worthy in Alexander's conduct must be credited to his tutor. What was bad, and that is what prevailed, must be blamed on the vices of his impetuous temperament and on the adulation that power invariably creates around itself. Neither ethics, nor Callisthenes, parent and friend of Aristotle, whom the latter sent to protect him from his vicious inclinations, could prevent Alexander from abandoning himself to vice with fury. He made his monitor, who did not know how to flatter him, die. At the request of a courtesan, he set Persepolis on fire; on false denouncements, he had many of the braves, who helped him conquer the world, killed. He was Nero, he was Caligula, except that he had remorse, in the moments no doubt when the image of Aristotle, indignant, appeared to him in a dream, or the day before, if he dared to be alone one moment to collect himself. Alexander had the power to make this virtuous head fall, like Nero, later, killed Seneca. The tutor knew it and did not excuse it.

What was Montesquieu afraid of in Louis XIV, when he was hiding his thoughts on the dishonourable reign? Only a decree of prohibition against the printing of his book, which would have appeared clandestinely in France, and freely abroad; a lettre de cachet, at most a few weeks at the Bastille, where life was not hard or austere for men of letters, where the sympathy of his friends and admirers would have created around him a more respectable court than that of Versailles. The persecution could have only made his name even greater and helped to popularize his work.

Montesquieu has been a just and erudite judge: but he bought his position of judge like a good number of other people who had bought similar magistracies. Such was the way of the time. Did personal interest and esprit de corps not push him to approve of the venality of public positions in the monarchy, even though more judicious publicists, less blinded by their position, would have denounced it?

Aristotle is by far the greatest in thought, the most virtuous in conduct. Despite all this, we must read The Spirit of Laws again and again. This book will make us better and more enlightened citizens than if we neglected to study it. It contains the best teachings on the subjects it deals with. No other is more suited to make one think, fortify judgement, renew the flame of patriotism, despite the important mistakes it contains, mistakes which were noted just after it was published.

Montesquieu fell in another error. He praised the English Constitution with exaggeration, without letting us know exactly all his thinking. Avoiding to specify the motive of his admiration, some believed it to be absolute and it was greatly exaggerated, especially in Canada. He judged this constitution to be excellent only when comparing it to that of France at the time. Daring not to say frankly: "We are badly governed in our beautiful country of France", he said: "How better governed our neighbours are compared to us!". Some want him to have seen nothing as perfect as the English institutions, nothing but this combination of three powers always kept in balance. He knew better than that. He knew that since the beheading of a certain Stuart and the expulsion of his family, there was only one power in Great Britain: the aristocracy. By its preponderance, it weighed in the most courteous ways on the Kings, crushed beneath it. The aristocracy had disposed of the King's crown at will, which it had given to a foreigner. — Fortunate fluke! this foreigner deserved it.

Cromwell the Republican had started the greatness of his country, the Dutch republican consolidated and expanded it with perfect merit and success. The aristocracy weighed even more heavily on the people, and in the most discourteous ways, buying and auctioning it like a merchandise. It remained in control by the venality of elections, tolerating only its juniors and its clerks on the benches of the Commons. Montesquieu hence employed an artifice, like we still use today, to put in better contrast the despotism which then ruled in France. He showed in this more skill than standing. So do his imitators today.

Nobody in France dares to attack the emperor personally. He has too formidable means of repression. However, there is nobody against whom so many bitter reproaches, caustic epigrams are more ceaselessly brought to the knowledge of his subjects, under the veil of the most transparent allusions. All that Tacitus, Suetonius and Martial have written on the doings of the emperors, on the terror and cowardice of the senators, is enchased in the so-called Roman stories addressed to Napoleon III. So did Montesquieu. Not wanting to state how degraded the court and the courtesans of Versailles truly were, he pretended to see abroad perfections that were not there.

The true sociological doctrines of modern times can be summed up in a few words: To recognize that, in the political and temporal order, the only legitimate authority is that to which the majority of the nation has given its consent; that are wise and beneficial constitutions only those for which the governed have been consulted, and to which the majorities have given their free approbation; that all which is a human institution is destined to successive changes; that the continuous perfectibility of man in society gives him the right and imposes him the duty to demand the improvements which are appropriate for new circumstances, for the new needs of the community in which he lives and evolves.

Institutions will last more or less, depending on how well they formulate and define the rights and duties of the responsible magistrate, — responsible to have the law executed, without being able to substitute his extra-legal action but at the cost of an unquestionable and effective punishment — as well as the rights and duties of the subjects, who should remain powerful enough to easily safeguard their franchise and their immunity.

A generation which has enjoyed the priceless privilege of choosing the constitution which is most appropriate to them, will readily admit and declare that the following generations are also to enjoy the right which they found good and just to give themselves. Consequently, at fixed and not so distant periods, the free peoples are to have conventions, distinct from their parliaments and other ordinary legislative bodies. These, founded and elected by the constitution, owe it absolute submission. They have the mandate to keep it intact, to pass only laws that do not violate it. These free peoples must also have a judicial power, authorized to decide, when a question is submitted to it, if a law is in conformity with or against the constitution, to declare it executory if it is in conformity with it, or null and of no effect if it is against it. The convention, during the periods and circumstances for which it is established, becomes the most important authority of a country, without possessing the power to pass any law. It has no other role than that of examining if the body politic has remained healthy, or if it has become sick; if it is currently strong; if it is progressive and satisfied; or if there is any disease that human wisdom could possibly cure, any dissatisfaction that it is possible to end. Under the watchful eye of the country, assisting to the deliberations by means of the daily journal, which publishes the report of all that is being said, proposed and resolved, it concludes that the modifications to the existing constitution, as indicated by the convention, be submitted to the consideration and decision of the citizens. After a free discussion, the majority of those can decide what modifications they accept and what modifications they reject. The country hence gives itself a new, revised, and improved constitution.

Such is the American system, by far the most perfect that ingenuity and human reason have imagined to rapidly promote the greatness and prosperity of the States that will have the chance of receiving it.

These are my political convictions, this is my faith. I do not pretend nor have the right to have them adopted; but I undoubtedly have the right to express them freely. I have the same right that all those who think otherwise have to refute them. It is not a theoretical right, it is a right given by the supreme authority which enlightens any man born in this world and whispers to him: "Do unto others as you would have others do unto you." It is the right that was only partially recognized by the Articles of Capitulation of Montreal which said: "They become British subjects." This title broke for them [the New Subjects] the seal that was on their lips, the sealing by lettre de cachets for whatever they would say and write; conferred upon them the right to full oral and written discussion, the authority to call in public assembly whoever is willing to appear to hear them; abolished the former censorship on books, and proclaimed freedom of the press, as soon as a printing press would be imported in the country.

Such was the law: It was beautiful, very beautiful! What has been done, is ugly, very ugly! — Soiled and covered in blood.

According to these thrice holy and just principles, Canada, since it has become English, has not yet had a constitution. It has had an infinite variety of administrations, all bad. Each and every one of them deserves and will obtain from the impartial history only disgust for their defects, and fading for the names of their authors, who organized the oppression of majorities by minorities.

Let us enumerate them:

  • War Regime: three months in 1759.
  • Soldier Regime from 1759 to 1763: duration, four years.
  • Royal Regime, from 1763 to 1774: duration 11 years.
  • First Parliamentary Regime, 1774 to 1791: 17 years.
  • Second Parliamentary Regime, from 1791 to 1837: 46 years.
  • Second Soldier Regime of 1839: one year.
  • Third Parliamentary Regime, Special Council: 2 years.
  • Fourth Parliamentary Regime, Union of the Canadas: 27 years.
  • Fifth Parliamentary Regime: established a few months ago, and the guiltiest of all.

Here are eight regimes piled one on top of the other in little time by the best of monarchies; this authority which guarantees great stability, some say, for all that it touches.

The war regime! it can be devastating and pagan, or civilizing and Christian. Nobody doubts today that the war as ordered by Louis XIV in the Palatinate, by the burning and devastation of the fields and dwellings, was but an act of cruel barbarity. Nowhere was it denounced more bitterly than in England. Wolfe was well-read man, Wolfe was Christian and he chose to make war with more cruelty and less reasons for excuse than Louis XIV had.

In Canada, all the eligible population, and more than the eligible population, since there were volunteers of over eighty years old and others of less than twelve, was concentrated in the camps and garrisons.

The entire population of Canada was of no more than sixty thousand souls; the three invasion armies had more than sixty thousand soldiers. The one moving toward Québec City counted more than twenty thousand disembarkment soldiers, not counting the power of its fleet.

For the attack, there were 100 seamen against one, 20 canons against one. This was known in both camps. Transfuges, always attracted by the taste for gold and the disgust of service, unceasingly passing from one army to the other, were letting the respective situation of the combatants be known. On one side, abundance of all ammunitions of war and mouth. On the other, from the very beginning of the conflict, a recommendation to save up powder during engagements, and reduction of the ration, in parts horse meat, otherwise they would have soon ran out of the first and the second.

This information known, Wolfe believed the defence could not be serious, that he would only need to wait the first few canon blows to come out with the honours of war, at the moment of the capitulation.

The summation to surrender was from high above. Noble and firm was the refusal.

During the whole of the siege, the losses were, in the small battles as well as in the regular attacks, in reverse proportionality of the number of combatants, three to four in the big battalions against one it the little units.

Irritated by such heroic resistance, anger winning over all sentiments of justice and reason, Wolfe wrote that if the enemy were to continue to employ the Sauvages, he would have the Canadien and French war prisoners shot.

He was answered back that he was not going to do it; that he would refuse to dishonour his name and those of his King and country; that he was not going to succeed in turning his brave soldiers into assassins; that his menace was in vain, and that after reflexion he would have regretted to have ordered it.

The reprimand bared fruit. The Sauvages fought and took prisoners. Wolfe fought, took prisoners, and did not assassinate them.

But reason did not completely return to his head.

By four consecutive orders, he had the incendiary torch carried from St-Antoine de Tilly to Kamouraska, forty miles of land. He had it done on the Beaupré coast, ten other miles of land, fifty miles total, where there were no men baring arms, only a crowd of women, children and elders in tears and praying for the conservation of their husbands, fathers and children above twelve. All these were, as their sense of duty, honour, and great hearts wanted it, around the insuperable enclosure of Québec City.

The same devastation was felt in the abandoned Orléans island, emptied of its disabled persons, women and children, who had been transported beyond Jacques-Cartier.

In the city, the three quarter of which was damaged and on fire because of the continuous stream of canon balls, bombs and fire pots day and night, some were saying: "It is visible that the army no longer wishes to remain in the country. If it were to remain here, it would have some interests of conservation. When there is nothing more than the rage of destruction, it is because the enemy is about to retreat." The return to confidence made us less vigilant. A surprising event took place. An error took Montcalm, who had the temerity to attack, with half of his army (which he would have had complete two hours later) brave troops like his, but much more numerous and better posted. He was beaten. The two Generals fell in glory. Wolfe exclaimed: "I die happy, because my country is victorious."

Valiant words, which for his own people and on the day of his martyrdom exonerated great wrongs.

But truthful history is inexorable. It does not have the right to hide the crimes and the shames of heroes.

History will prove over and over again that Wolfe has outraged the laws of Humanity and violated the laws of nature and nations, since long ago regulated and established between all policed nations. There is only the crime of the deportation of the Acadians that, in darkness, surpasses his own crime, and it is the English aristocracy who wanted them both.

Here were, in the beginning, the titles England displayed to show the love she felt for her future subjects.

Triumph, joy, money, and crime also, was left to the winner; pain, ruin, and unstained honour, was left to the vanquished. Let us pay tribute to our glorious ancestors!

Then came the soldier regime. Québec City had capitulated. Parts of the troops had gone back to England and the neighbouring colonies. General Murray was confined inside the city with a strong garrison. He claimed that with the fall of the fortress, the entire government of Québec City had become English. He knew that there did not remain a single armed man in this government; that the French troops had fallen back to Montréal, some sixty miles away. He had nothing to fear. He was not a doctor in law, I am ready to admit it. But there is no Englishman at the age of man, no man of birth and having enough education to be General in the army, who is unaware that the English law, like the law of God, forbids assassination.

The event of the conquest seemed to have disturbed the heads and vitiated the hearts, opened only to the inspiration of insane terror without a cause, to the thirst for blood, the desire for atrocious revenge.

That power nourishes such feelings; that it pays the devoted henchmen and assassins ready to applaud its brutalities, it will not go hungry for lack of spies and providers of human flesh to gratify its appetite.

Twelve miles from Québec City, a poor wind mill owner didn't join the army. He was exempted from it because of his position, by the necessity of not letting the neighbouring women, children, and elders die of hunger. It was necessary to have someone remain there to mill the little grain that could be saved from the fire, pillage and general devastation. He had a few bushels of wheat over what he needed to feed his family. He refused to sell it. Pressured, he said: "The King of France will not abandon Canada. Our people will come during the spring. I will give them my wheat then rather than sell it to you today."

Report of this brave reply was made to General Murray.

His fury was shared by his entourage, and was no longer restrained. An example was needed. "We need to strike the country with terror!" screamed of a common accord the furious gang.

Then came the order: "A sergeant, a corporal and a party of eight men went to St. Thomas, asked the miller if his name was Nadeau, and, after his positive reply, hung him to the wheel of his mill, remain there for two hours, and after being sure that he was really dead, came back to Quebec City".

Here is how the rights of the new British subjects were understood and explained; how the promised protection was, how the administration of the English criminal law was; how the administration of the civil laws would be, pari passu.

A few months later, in July 1760, Mr. Duchesnay, Lord of Beauport, of the oldest titrated family of the country, distinguished and deserving then and now, officer in the French Army or the militia, had followed them to Montreal. Many other gentlemen of the government of Quebec City had done the same. Their residences, further away, did not allow us to know them.

The soldiers did not go far away. Beauport and the Montmorency falls were so close and so beautiful, that the officers of the garrison gave themselves the pleasure of this charming walk. The manor, which, I think, still exists today, is a pretty house whose happy site and picturesque quality are quite tasteful. This house had been used as a model for other seigneurial houses, such as the Castle of Vaudreuil on the Place Jacques Cartier, a pretty house at Près-de-ville once belonging to the Cotté family, and some others that I saw standing up, all disappeared since, some fallen from outdatedness, others due to the enlargement of the city.

It was natural to ask to whom the pretty manor belonged. — To the Lord of the place, Mr. Duchesnay. - Where is he? — Apparently in Montreal, with the army. — Oh! good! good! the house is ours!

The General and his council had passed a decree saying that of all the inhabitants of this part of Canada now called the "conquered country"... those who would not return to their homes, but would remain with the French Army, would be deprived of all their goods, lands and possessions;

And considering that Mr. Duchesnez [sic], inhabitant of Beauport, is currently with the French Army, we deprive him of all his houses, lands and possessions, of all the real goods and personal belongings which he owns, or which he had at any time in the parish of Beauport, and we give it all to you, Captain Wm. Johnston, and to you, Lieutenant Nugent, with all the rights that Duchesnez [sic] could exert on it if he were on his lands and in possession of those, with full powers to you, to your heirs, executors, and successors in title, to sell them and alienate them as you wish. In witness whereupon I affix my seal and my signature — James Murray, July 2, 1760

Here is an easy and expedient system of confiscation. But what a level of ignorance, rapacity, lack of honour, in the governor who takes away and in the soldiers who receive the deeds!

The capitulation of Montreal in the month of September which followed automatically cancelled this official robbery.

Let us add that there was not yet a printing press in the country to let people know of these decisions, called "ordinances"; nor were there any French translation to make it possible for those such ordinances applied to to understand them.

This is how the English government was represented, at the beginning, by men capable of such aberrations of the mind, culprits of such excesses.

Who would believe it? This governor was much better than all his deputies in authority. Among those were: 1. Sutlers and public-house keepers who had made a fortune by following and selling in the army camps; 2. Out of prison, a favored and needy one, ignorant of the civil law and the French language, which, by commission on parchment, was given the robe of Chief Justice. A worthy chief of his assessors, of the same demerit as himself.

All were so filled with hatred and fanaticism against the Canadiens-Français and Catholicism, that the governor sometimes had to block their projects of persecution.

Meeting, on the contrary, educated and well-mannered Canadiens, "gentlemen" with all the strength of the word, he vested an affectionate interest in them.

His Royal government had been fabricated in the Privy Council, evidently without consulting the legal advisers of the Crown. The aristocracy, armed with the sword of Brennus, and his Vae Victis roaring, issued that English laws would be those of Canada "for as much as the circumstances allow it."

There was an odious and studied ambiguity, which delivered everything to arbitrary rule, and left the judges the possibility to always decide for the friend, the party, the purchaser, always for the English, since "the circumstances allowed it."

The public offices were openly sold with rebate, by the holders to their substitutes.

The General, shocked by the violence of the Chief Justice, had to suspend him and send him back to England. All the English population of Canada was irritated by the Governor's action, while the few Canadiens who took part in the events expressed their confidence in him.

Disgusted by the task he had to accomplish, he wrote to England:

Under the pretext that the exclusion laws against Catholics in England and Ireland are applicable to Canada, the new subjects are excluded from all public offices. There is only among the English and Protestant population that magistrates and juries are taken. This population accounts for 450 men, the majority despicable by their ignorance. They are drunk on the unforeseen importance that has fallen upon them, and hasten the exercise of their new powers with ostentation and rigour. They hate the Canadien nobility, because it is respectable, and the rest of the population and me, because I prevent a little of the wrongs they would like to accomplish.

The merchants of London, influenced and blinded by those of Canada, demanded the recall of Governor Murray and obtained it. His commission was revoked because he had become sympathetic to the Canadiens. He asked for an enquiry, and, after examination, the Privy Council decided that the charges brought against him were not founded.

Finally, the law officers of the Crown were consulted. In 1766, they repudiated the ordinances of 1764 which had excluded the new subjects from any participation in the administration of justice, and passed one which enabled them to be juries and lawyers.

This is the limit to the amount of justice that was granted to them at the time.

And then everything remained chaotic and disorderly until the Quebec Act or Bill was adopted, after the law officers of the Crown had formally declared that the King alone was not a legislator; that He was legislator only with the two Houses of Parliament; that the proclamation of 1763 and all that had been done of supposed legislation under His authority were as many unconstitutional and null acts.

Thus, the most perfect government in the world according to Montesquieu, Blackstone and Delolme, had remained twelve whole years in the ignorance of its ignorance, its usurpation, its incapacity and its negligence to govern by law rather than by arbitrary rule, always armed with the sword of injustice, never with the balances and blindfold of justice.

All this part of our history was for the first time elucidated, put in order, written with the heart and the sensitivity of a patriot, the depth of thought of a statesman, the integrity of an impartial and enlightened judge, the charms of a simple and pure style, by our virtuous compatriot, the best of our historians, the late Mister Garneau, my close friend, whom every day I deplore the loss, along with that of so many other men of rare merit with whom I acted, — to whom I survive. It is also one of the books of which I recommend the assiduous and considered reading to whoever loves Canada and wants to help in the improvement of its fate.

As for the more recent times, the historian was very faithful to the rule of daring not to say anything that is false. But the desire of conciliation, clerical pressure, seem to have left him less free than was needed for him to dare not conceal the truth.

On the one hand, he did not know the truth entirely; no one can blame him for that. On the other hand, he may have been persuaded that it would be more advisable not to say today what would be more usefully said tomorrow. The consideration of usefulness must dominate in the man of action. But the consideration of the truth, the absolute and whole truth on the historical facts and men, must alone guide the free feather of the historian. If he believes that it is not advisable to reveal it all at a given time, and that the time has not yet come for him to say it all, it is his right to differ, provided that he keeps it all in his wallet until the day when the revelation will no longer have any disadvantage. Who knows? Perhaps was it the case for Mr. Garneau!

Since his beautiful history of Canada was published, a lot of new historical documents were discovered, and they will throw a greater light on the recent past. These documents make us wish for a new edition of this great work.

Fortunately, Mr. Garneau left children worthy of their good and distinguished father, worthy to continue the noble monument he erected and to which he devoted himself in honour of his beloved Canada. — Heaven gave them all, to the elder in particular, whom I had the privilege to know, a superiority of talents which would enable him to enrich his country with a new and more complete edition. He was at the most abundant source there is in the country (the Library of the Parliament) of all that was printed pertaining to Canada. His loyal character automatically opens him the handwritten communications of all the communities, of the executive and legislative councils, provincial secretaries, the clerks' offices of all the courts; finally those of private families, which contain many more writings relative to the various moments of our history than is commonly thought. These last sources will let the state of our society be better know than it is today.

There had been no legitimate government in the country. The aristocracy was informed of it and recognized it. The reign of evil without a cause was thus to end; Would the reign of good begin? All the wisdom and all the authority of the State assembled in Parliament gave us the third kind of administration, the first parliamentary charter.

It became urgent not to uprise the whole of America. The thirteen former colonies were agitated and did not want to let themselves be taxed by the metropolis. While waiting for a more serious game, they played the game of burning the King and his ministers in effigy, they prevented the importation of stamps; and when some were smuggled in, they got the smugglers to pack them up and return them to the English treasury, which then had to pay the useless printing. They threw into the sea the tea taxed by the high wisdom, the full justice, and the absolute power of the Parliament. They competed to be right against England with irrefutable protests and writings. Lastly, reason not being able to do anything against an unjust and presumptuous obstinacy, it became necessary for them to think of confederating, of organizing themselves in power under the direction of a Congress.

Powers can continue playing their game in order to steal money from the aristocracy: the money spent, they become aggressive. Then one says to the other: "Maidservant, I paid you too much." The other answers: "We know of others who will pay us more." I seem to remember having heard a similar dialogue, exchanged between London and Ottawa. It will be repeated in crescendo.

The Second Congress ringed the alarm bell in Philadelphia with the Declaration inspired by Independence. It drowned the aristocracies of birth and privilege in crowds, and replaced them by divine aristocracies. Those of genius, knowledge, public virtues, those which prove their true nobility in contests open to a free competition between all the classes of citizens of the same country; in the equitable elective system, where the lowest in fortune can attain the highest position in the social hierarchy, if he is richer in merit, and under the happy command of whom we can ensure the successions of Presidents, who all will be men of transcendent superiority and such that heredity cannot provide.

The mediocre monarch, the sovereign lost by flatterers, is necessarily the standard among kings; the virtuous monarch is the rare exception. The first four Hanover princes must have weakened the respect for royalty by much: — three of them for their personal defects, and the best of them for the humiliations and the misfortunes of his long reign, misfortunes caused by his obstinate denial of justice toward Ireland and America. He was finally forced to recognize their rights, but when? Only after the defeat and the capture of his armies, and when he saw that the rebellion was perhaps going to overthrow his throne.

]Today, there is pleasure in recognizing that our majestic sovereign has all the virtues most suited to inspire the veneration for her person; that she understood and practised, better than any other king of her dynasty, as far as it is possible to understand them and to fulfil them, all the duties of her high dignity; that she does happily all that the law allows her to do; that she is an accomplished constitutional monarch. Knowing how much her rights are restricted, she has not lost any, she did not covet any other. We know that nothing can exceed the assiduity with which she has, in the most painful moments, continued to do the work which falls under her responsibility. That is very great and is very admired by the civilized world. But to those of her subjects who are less concerned with public life and more with the life of their family, this first and strong element of moralization which is much more respected in the British Isles than on the continent, she is even more venerated and more cherished as a wife and mother than as a queen. There is not a single English woman who does not say: "May my husband be for me what he has been for her!" No Englishman who does not repeat daily: "May my wife be for me as the queen has been to her majestic husband! No family where the children do not not repeat: "May our princes and their sisters be worthy of their majestic parents!"

Ah! if they answer to the lavished cares which gave them the best of education and the best teachings to prepare them to fulfill their duties, whatever public or private position they may have to occupy thereafter, they will be worthy of their parents. They will do great good, all the best for them and us.

This sentiment, repeated in all the families of the empire, tends to moralize them all.

Just read the very interesting volumes that Her Majesty has published on her private life.

Your sentiments of respect and affection for Her Majesty will be fortified, — all the while not proving the superiority of the English constitution over those that give more liberty to the people.

Let us return to 1775.

The aristocratic government could no longer delay the making of laws for this country, since it claimed to be the only omnipotent legislator for the disarmed and subjugated colonies, while at the same time fighting against those that resist. The aristocracy established a taxation system against us, in a Parliament where we were not represented.

By that, it violated, and the Great Charter, and the declaration of rights, and these essential principles of public law and English common law, that established, by the punishment of the kings and the judgements of the courts, that there is no legal taxation without representation.

It refused the country the freedom to appoint representatives, because it was too fanatical to allow the Catholics, who were then more than eighty against one protestant, to be placed on an equal footing with their British co-subjects and be eligible voters like them.

It had to deprive all and sundry of this right, always as dear to the people as it is unpleasant and a source of worries to those who are legislators by birth right.

Thus, the legislative power was entrusted to a small council appointed by the Crown.

By good grace, Catholics were not excluded from it. — In practise they were, never forming but an unimportant minority in it.

Astonishing liberality in reality, that only the terror of the American revolution was able to tear off from our oppressors.

Americans, great thanks! — And you, O Lords, you were quite narrow minded and petty in your generosities.

But our fathers did not think that way. — All the Canadian nobility and the pupils of our colleges gathered around governor Carleton, determined to make the greatest of efforts with him for the defence of the country, and all of the clergy decided to make sermons of circumstance, to get the people of the country to take arms for the same reasons. — This people had the good idea of saying: "Our purpose is to grow wheat and sell it for a good price." It succeeded surprisingly well and repaired, from '75 to '83, the distress of '59 to '63.

Of the thousand or twelve hundred Englishmen that there were in all of Canada, the nine-tenth of those who were in Quebec City had the good idea of leaving the day before the siege to go fetch some goods in England, sure that they would resell them for an enormous profit. The majority, and with perfect reason, was saying that the metropolis was doing an impious war to her children, that they had for themselves the forests of their country, where the armies would be encircled, famished and captured, and that justice and the good cause would end up prevailing: fortunately, the prophecies were accomplished.

Quickly after the fight, the marvellously fast progress of the United States rendered them the object of the astonishment and benevolence of all the great writers of the European continent.

Later, when in Canada some began to learn English, they became impassioned precisely for the sublime speeches of Fox and Burke in favour of the just American cause.

Those in the country who had best fought for England must then have started to doubt than they had done well in fighting for a caste, against a people.

When I asked them "even if the English were to have done better from 1774, back then you knew them only for the injustices and the insults they poured on you by torrents. Colonial Englishmen explained you the wrongs of the metropolis and stayed with their arms crossed. Why did you not do the same?" — I was given for an answer: "the older ones among us had taken part in the battle of Monongahela (invariably known as Malengueulée), of Chouaguen (Oswego), of Carillon, of Québec, and a lot of others."

To take up arms once again reminded them of the beautiful days of their youth. They had enjoyed the plenitude of an adventurous life of expeditions and camps. It had been followed by fifteen years of lethargic numbness. The nearest and first side ready to draft them was sure to have them.

To fight, such was the life of a gentleman: — it is all there.

For the young people of the colleges, the king was everything. There were still only French theology and philosophy tutors and precepts. These ones adored George III, with more reason than they had had when, taking their French doctor bonnets, they had had the naivety of believing in a fiction such as the virtues of Louis XV, and the Holy Ampulla, brought from heaven, oil and flask, to ensure the perpetuity of the monarchy. A sovereignty separated with some other authority than that of the king, was for them a monstrosity. It was this new and impious sovereignty that was setting fire and spilling blood in the country of our unfortunate neighbours.

"How the king of England is good, were they saying! he comes to restore the payment of the tithe. Fight for him, noble schoolboys. By doing it you are sure not to sin. By not doing it, we are sure that you would sin."

There were boy schools only in the towns, which did not account for a sixth of the population. The wealthy families living in the seigniories were sending their children to be educated in Québec City. The landlords and the priests were sending, partly at their own expense, the farmers' sons of outstanding talents. They were using their influence to solicit wealthy farmers to also send their children there.

This is how, during an end of year examination at the Séminaire de Québec, the young Nadeau, the unfortunate orphan of the miller ordered to be killed as I said earlier, answering with great success, governor Carleton, who was present, came to request to know the name of this young man. He learned it. He turned red, he blushed, then yielding to his emotion, and with tears in his voice claimed: "poor child, since it is an English governor who took the life of your father, it is only right that another English governor vous en tienne lieu. Continue your efforts, then come to see me; I will take care of your education."

This beautiful trait of honest sensitivity, this public confession in expiation of a great crime committed by one of his predecessors, must have done more and better than the sophistical quibbles of the tutors to win the hearts, the will, and the service of the volunteer schoolboys.

The oligarchy which filled the new council nourished the same covetousnesses, the same religious fanaticism, the same thirst for exclusive power, that it had nourished during the preceding administrations.

The fight and the reproaches between the governor, the councils and the courts, were of the greatest virulence and much more scandalous than the preceding ones because there now was a journal, which reported on the investigations, proving the guilt of the majority of the employees.

This printing press published, for who wanted to pay the price, the charges, the advertisements, and the refutations of the combatants. There never again was a greater number of Canadien lampoons than at that time.

Only one press was not enough. Besides, the printing was very expensive here: monopoly price.

The safety for the free expression of thoughts was much better in London than here.

It's also there that the judges of the fight were.

There always were twenty pages and more printed in London, against one in Québec City.

Soon, judges and litigants, advisers and petitioners, all agreed that the current state was intolerable, and that it was necessary to demand a new one from the government, which had so badly done with its first attempt.

Thus finished in unanimous reprobation the first parliamentary system.

For the time it lasted, General Haldimand had his reign of terror and his lettres de cachets, which were much crueler than those of French despotism. He threw in prisons, pontoons, or the Récollets convents, hundreds of people, — citizens who never knew neither the names of their indicters, nor the nature of the crimes they were accused of, who could not obtain trial, who were subject to brutal treatments, who were always forced to secrecy, and who, imprisoned during an undefined amount of time, did not know when nor how the power and the mischievousness of those torturing them would cease.

There must be a lot of authentic details still kept secret in some registers, other than those provided by the known writings of this disastrous epoch.

Du Calvet, passed to England to have his accusative books against this odious tyrant printed, had a good number of copies sent to Canada. He returned to America to collect funds, in order to sue his atrocious persecutor before the courts. He perishes at sea. We know of the departure of the vessel which was to transport him; his arrival was announced neither at destination point, nor in any other place. It thus sank in the sea. Many of his friends believed in a violent death. But one should never proclaim that an enormous crime was committed when it has not been clearly proved.

The bill of '74 and the opinions of the law officers of the Crown had finally recognized that, in the articles of the capitulation and the peace treaty of 1763, and even in the principles of public law of Christian Europe, there should never have been, for any new subject, any incapacity to exercise a public function, because of his Catholicism, and that, in Canada, all subjects were fully equal in law. The colonial oligarchy nevertheless kept demanding a representative system, with an eligibility right for Protestants only. The Canadiens asked it for all without distinction of cult or origin. They were in the right. The hesitations of the English cabinets lasted for several years, leaving everything here in suffering and disorder. They had lasted longer without the storm which, in one instant, shook and uprooted the oldest and the strongest monarchy in the world, dispersed its valiant nobility and raised popular agitation in all places. Consternation was in all the courts and terror felt by all the nobles, in those of England more than elsewhere, because they were more enlightened and more informed. The fear spread by the principles of the French National Assembly had more salutary effects than those the Declaration of Independence had produced. One pretended to convert, if one did not convert sincerely. The danger having become greater by being closer, one was more liberal in 1789 than in 1776, and we were finally granted a representative system, with a quasi universal suffrage and the same eligibility for all the subjects indistinctly.

These concessions had to be advantageous to the majority, for the men of the minority, who had always been in control until then, seemed so extremely irritated to see themselves, as they were saying, lowered to this level. "The constitutional influence of the representative body will undoubtedly be the same here as the one which exists in England, and it is a great one." Good Canadiens, we say this to you, and you believe it... Wake up! your gilded dream will vanish. The Crown still had the right to appoint the legislative council; and to alleviate the anger of the oligarchy that wanted the system all to itself, it found a way to render illusory this insane and blindly conceived hope that an influential French representation could be tolerated in an English dependence. The oligarchy thus turned the council into the permanently organized enemy of the representative body. Were called in the new council those members of the old one who had most violently opposed the introduction of the representative system. Were inflexibly excluded the small number of them who had supported the request for it, without distinction of origin. The right thus took back what the left had hypocritically offered.

Thus, these two irreconcilable houses would do nothing at all, they would be a balance of power, a balance maintained in the opposite direction of what it is in metropolis, where the dominating action truly exists in the House of Lords, Lords who only let their sons, their devotees, their commensals and their servants be elected, in these boroughs so accurately named rotten, which are the heritage of their families in the past and for the future. Their proud domination has fortunately just been weakened by the most recent act of parliamentary reform. All of those who had supported the request for a representative system were thus eliminated from the new council; all those who had impetuously opposed it were selected, with two or three exceptions.

The animosity between these two bodies was thus knowingly prepared, or rather artistically organized. It did not stop one moment for as long as they were in the presence of each other.

The history of this governmental regime was grossly depicted by Lord Durham. He is far from giving justice to the liberality of the representatives, but he makes justice to the arrogance and the illiberality of the council and the family compact in one of the provinces, and the council and oligarchy in the other.

In the middle of the difficulties of a situation so voluntarily and purposely made bad and arbitrary, it is not a small merit for our house of assembly to have been the first one to establish, in all the extent of the Empire, the principle of absolute religious tolerance, to have destroyed the disqualifications resulting from an out of date legislation against the Israelites, and, to a lesser degree, against all the dissenting churches, by allowing their ministers and the synagogues to hold civil registers for the members of their congregations. We had this done a long time before the Imperial Parliament even thought of doing the same. We imposed it to the council, for a long time reluctant to it.

But the keen fight has always been that of the right of the assembly to levy taxes and distribute it alone. There also, the intervention of the Imperial Parliament was pernicious, unconstitutional, contrary to the established rights of English subjects, in the metropolis as well as in the colonies. All the colonies which had representatives had control over their full revenues, by the vote of their elective houses. This right was refused to the Canadas alone.

The insurrectionist movement, legitimate in theory, imprudent in practise, since it has succumbed, was not proposed by the most influential men in Parliament: on the contrary. But those who wanted to destroy the politicians of Lower Canada; who wanted the union of the two provinces; who wished to see the executive branch be in control and regulate the income and the legislation, pushed for it. They succeeded in precipitating the revolt and collected the benefits from it. They too were mistaken, and the Parliament which supported them was misled. It has cost them more than they would have liked to give, and in concessions of long refused freedoms, and in treasury, to the profit — in the two Canadas — of minorities, which had its support but not its respect. What was obvious in these movements is well known today, what was kept secret will be known later. Both in the United States and the provinces, eminent citizens, tested and sincere patriots, have the evidence and the means of letting the people know more than we do today on the men and the historical events of that time.

The second soldier regime created itself on its own. It proclaimed, without the right to do so, the martial law and made it work more sanguinarily, in a few weeks, than the Committee of Public Safety had done in France.

At the time when the committee devoted itself to hateful assassinations, the kings of all Europe were advancing to dismember the Republic. This terrible committee had to improvise and launch fourteen armies, to organize the victory. Never the words: "vaincre ou mourir" had been pronounced with more necessity than in this supreme moment. It was necessary to obey, in order to avoid the penalty of foreign control. The resistance to armament, the refusal to be drafted, were crimes against France, and against humanity, which France wanted to see free around itself as much as inside its borders. The courts had been set up, by the legislature, for absolutism, with exorbitant and exceptional powers. Its most active members ferociously pursued those who were denounced as conspirators against the armament and the defence of the invaded soil. The precautions wished by the law that had created it were violated in a too great number of cases. From there the accurate and perpetual infamy which sticks to its name. In the two years it lasted, it condemned to death a little less than two thousand victims! It is atrocious! Proportion kept to populations, the immolation in Canada was five times worst.

In Canada, at the time of the second uprising, there was no possible danger for the government, which had been put on its guards, and strengthened by the presence of several regiments that had arrived since the first taking of arms.

All the regular courts of the country exerted their authority freely. Nobody could legally be torn off from the jurisdiction of its natural judges, without those who ordered it doing it in open revolt against the law to which they owed submission. Many of those who were assassinated, not having been caught with a weapon in hand, could be held captive by the suspension of the Habeas Corpus Act, and later be subject to criminal lawsuits in front of judges and juries. For the proportion to be the same one as in France under Robespierre, only seventeen lawsuits would have been needed; there were eighty nine convictions, all illegal, more vindicative, more atrocious than those which the Committee of Public Safety ordered! Let us be assured that the name of the one who signed the order to establish these martial courts, who signed seventeen death sentences followed by execution, plunged his hands in more innocent blood than the damned committee. His name will be forever associated to those of the most odious criminals of 1793. And those who pushed him to this iniquitous determination belong to the same gang. The aristocracy claimed him under the title of Lord Seaton: in Canada, we called him "Milord Satan".

A third soldier regime will probably not be seen in Canada. The press has blunted and softened the sabre by too much. It is no longer good for politics.

The Special Council is another regime, which those who gave it to us and those who accepted the exercise of it declared being bad, but temporary. Mr. Poulett Thomson was sent to inaugurate it. There never was a more insolent autobiography than this one in which this very vicious man incriminated himself, by detailing with ostentation the means of violence and corruption which he employed to give himself a factitious majority in the houses of the two Canadas. These scandalous confessions would have attracted the aversion of his superiors on him, if the English government had not been the one, with its far reaching hand, wanting the Union of the two Canadas, and pushed at it by its closest provincial functionaries, answering directly to it, as well as secret emissaries, pensioned travellers, who everywhere intrigued for it.

There was too much at heart, at the cost of whatever shames, in the success of this measure, not to reward the man who had acted with such a complete conformity to the noble and practical habits of the English aristocracy.

He was made Lord Sydenham.

The fourth parliamentary system was inevitably imposed, as with all the former acts, without the populations being consulted.

A civil list where we were not represented was voted by the Parliament. Violence imposes and force maintains such usurpations.

They violated the law. They outraged the weak; — but he who is a man governed by fixed principles must not kiss the hand that strikes him. He must protest and say: "On the first day that you will be weak and that I will be strong of your embarrassments, I will be avenged."

The men who accepted the law of the strongest and its usurpation, who flattered the strong, who served him, shouted very loudly: "the Union saved us!!"

They were dazed by the shame of being deserters to the principles which they had proclaimed to be the only truths, the only salutary ones and the only ones applicable to their country.

A change in opinion, when it is not interested, may be sincere and creditable. But when it is remunerated on the day following a defection, it is always suspicious, often treason.

When your opinion was exposing you to persecution, excluded you from the chance of being promoted, there were no doubts that it was a sincere and very-honourable one.

You were great.

The majorities were coming ahead for you, and elected you, and re-elected you, without it ever costing anything to you or your friends.

But since patronage and gold became essential means to have you elected, you no longer deserve their confidence.

Legislation will never be able to do as much good for society, as corruption did against it.

You can remain a strong government on the seats of Parliaments, but outside its enclosure, you are without any moral authority on the masses.

The population is so divided and subdivided, that it feels irritated, that it remains deaf to advices, indifferent to the fate of the public men who floated between so many various opinions.

If a time of danger were to arise, where the support of all would be essential to surmount it, it would not be there. Those who shouted: "the Union saved us" the most are those who, as soon as they were involved in some personal embarrassment, exit out of the Union.

They demanded a ninth political combination to the same authority whose eight previous political combinations they had blamed. They did not have the mission to ask it. They were elected to preserve the eighth combination, to make laws not exceeding the limits of the authority that it had conferred to them.

They were not a constituent body.

If they had felt any patriotism, and if they had believed useful the changes which they obtained for their electors, the ones most interested in the questions regulating their social state, they would have trusted the decision of the interested parties.

They did not have the means to submit their projects to the decision of the interested parties, they will say.

Very well; they could not unite them in a convention; they wanted it even less. They were too certain that their plan would be rejected in at least three of the now confederated provinces!

They should have at most prepared their resolutions and asked the Parliament to authorize the meeting of provincial conventions to decide if they were to be adopted or rejected. They would have been their faithful agents, instead of being usurpers.

Or if they fear the word "convention" because it is too American, — as if it were judicious to push away an eminently reasonable proposal because Americans consecrated it with a happy experiment of more than eighty years, — they should at least have said: "We, who cannot modify the act in virtue of which we take seat, we, who cannot ignore the conditions for which we were elected, announce general elections, which will have the goal of giving the people the opportunity to come to a conclusion on the merit or the demerit of the work which we prepared for it, in their interests, and not for us, and in our interests".

Instead of that, going directly to England was like saying: "We recognize your full power; we always complain about it, and we always have recourse to it."

It is also to say to England: "You are as inconsistent as we are, since you are always ready to seize the opportunity to give birth to causes of complaints and rightful dissatisfactions in your colonies. Why do you get involved in regulating difficulties for which you cannot be the best judges? Why do you legislate for countries whose desires, needs, resources, you cannot appreciate as well as the ones who were born there or those who went to live there?"

"At least, wait until their petitions make you aware of their cause. You will get petitions from all the provinces and parties, heard contradictorily. You will understand them after the discussions in the press have enabled you to appreciate the value of the reasons that will be given by the friends and the adversaries of the project. For as long as your deliberations last, the interested parties will wait without too much impatience."

"Why, during this deliberation, would you not seek some new means of solution to the difficulties that were born in your colonies? The old means seldom made you succeed. They have often cost you blood and treasures. You took erroneous decisions which you were forced to rescind, to not weaken the principles of your own government. Do you comfort yourselves by saying: we inflicted more harm than we received?"

"Who doubts your might? How much more beautiful it would be if we could count on your justice!" The Americans seem to have employed the most suitable means of preventing the complaints and uprisings of the people against the rulers, by letting the majority decide, by way of the poll, the choice of the institutions which are most appropriate for them. The very large majority of publicists and statesmen of all Europe and the United Kingdom in particular admit that this method is perfectly appropriate for the United States. In what way is the social state of the (Canadian) colonies so different from that of their close neighbours, to presume that the same political organization would not be appropriate for them?

Can a better one be prepared? Search, find, reveal, and submit it to the examination of enlightened men; those who have the right to decide questions of this importance by the recognized superiority of genius and knowledge, and not by the sole accident of their birth.

There are men of genius and knowledge in great number in a body as numerous as that of the United Kingdom, men whose special education is the science of government. May they give a proof that they are better qualified to govern than those who gave admirably good constitutions to the general government of the Union and those of the thirty-six States of the American confederation! It is not the precipitated adoption of the botched Quebec Act of confederation that can prove the wisdom of the statesmen of England. It is not their work; it was prepared in hiding, without the authorization of their constituents, by some colonists anxious to clung on the power that had escaped them. The sinister project is the works of badly famed and personally interested men, it is the achievement of evil at the British Parliament, surprised, misled, and inattentive to what it was doing.

At first sight, the Act of confederation cannot have the approval of those who believe in the wisdom and the justice of the Parliament and the excellency of the English constitution, since it violates its fundamental principles, by taking control over the sums of money belonging to the colonists alone and not to the metropolis nor to any authority in the metropolis. It is guiltier than any of the preceding acts. It has the same defects, and it has new ones, which are unique to it, and which are more exorbitant against the colonists than were those of the parliamentary charters granted or imposed before.

The others were given in times and conditions that were difficult and exceptional. The transfer of a new country, with a majority whose religious beliefs and political education differed deeply from those of the minority, could have let us fear that the latter be exposed to denials of justice. Full religious tolerance, the most important of the rights which belong to men in society, had not been understood nor allowed at the time. England was persecuting at home, insane and unjust; she was insane and unjust here, here more than elsewhere, because the public law was supposed to protect us from evil. She ignored it. If she had restricted herself to protective measures for the minorities, she would have been praised; but she exceeded the goal, she oppressed the majority, she did wrong. But it was then a common error which misled her and which excuses her. The odious laws of intolerance are repudiated by all of the civilized world today, except for Rome and St. Petersburg. There too however, sooner or later it will be necessary to render justice at the sight of the benefits which it pours on the States which respect it.

The concision in the word of Cavour: "The free Church in the free State", is one of the most beautiful titles given to respect, love and admiration, justly acquired by this famous statesman. These happy words, which once stated can never be forgotten, which, in a short sentence, contain a complete and perfect code on the subject they expose and explain, in one moment, — as if the tongues of fire of the Cenacle had touched all those who hold them back — allow us to understand, love, and proclaim the full truth which was only obscurely perceived and timidly loved before. And yet this revelation, sudden for a lot of people, is codified for all since a long time, in the thirty-six States of the Union next door.

The free, independent Churches, separated from the State, do not require anything from it in presence of one another, are the happiest and become most useful, because of this separation from the State and the proximity of their rivals. They rely on their knowledge and their virtues, they do not require nothing else. They miss nothing of what they consider useful to the promotion of their cult, to the comfort of their ministers, and their charitable and benevolent works. Watching over each other, they are eminently moral, because exposure and publicity would punish each fault they commit. No fault being able to go by unpunished, it will rarely occur. Where only one Church rules, it is not useful, it represses heresies, schisms and witches. Its adversaries claim: "it must necessarily be that it is wrong, if it is so cruel." and its friends say: "it must necessarily be that it is divine, if it is supported in spite of these cruelties."

When the right to freethinking, whether religious, political or scientific, is as generally proclaimed as it is it by the laws, the values and the practise of our days, it cannot be lost. Judicious people will not need to demand it later.

Other parliamentary acts against Canada were acts of rigour, following disorders which would have been prevented by a tiny portion of the concessions that were granted much too late. The merit of these concessions is small and has little value, because they were made only after executions which were murders.

The present act was inflicted to provinces which were peaceful, where there no longer existed animosities of race or religion to calm down. Where nobody was guilty, all were punished, since they received a law on which they were not consulted.

Here is the common objection.

But the exceptional objection, and the more outrageous among all the other miseries and degradations of the colonial state, in the past and the present, is the fate given, by the Canadian leaders initially, and the imperial Parliament later, to Nova Scotia.

The people of Nova Scotia, represented by the most skillful, and, in his province, the most irreproachable of public men, in possession of the full confidence and the justly acquired respect of his fellow-citizens, and the respect of the ministers and that of the most eminent men of the English Parliament in all parties, is before them. He requests them to listen to the wishes and the prayers of a people they must love, for their peaceful habits inside, for their uninterrupted attachment to the metropolis, for the constant defence of its councils, and he assures them that the expression of repulsion against the measures prepared by some intrigues in Canada, was but the true expression of the feeling of the majority of the voters of Nova Scotia. He could have said: of their unanimous feeling, considering how negligible was the portion who, yielding to personal interests, ended up sending to the Dominion Parliament, for the whole province, but one man, made a paid minister.

When the confederal Parliament assembled, the fact had become obvious that our brothers of Acadia were unanimous to reject the confederation. One rightfully left to illiberal officials the role to scorn their wishes and their rights. It is a repetition of their role of all times. They were saying to them as to us: "you believe yourselves to be oppressed, be it. You are mistaken, we decide for you and against you, like England decided. Good day or bad day, you are chained to us, we love you and we do not want to divorce. We are strong, you are weak, be submissive!"

In fact, their rights were even more outrageously violated than ours. All free men who deserve their freedom, owe themselves a mutual support. Therefore, we cannot remain indifferent to the oppression of our brothers of the maritime colonies, and all the truly liberal and independent men of Canada owe them support and sympathy.

This new governmental plan reveals, more than the others, the violent animosity that the aristocracy feels toward elective institutions. It was only after long years of ceaseless efforts that the Legislative Councils were made elective. Did those who had been morally glorified by tearing off this important concession to the colonial and metropolitan authorities glorify themselves much by ravishing it to their compatriots later? On the contrary, they felt and they knew that they would not escape the contempt that these tergiversations deserved. They fought among themselves with eagerness to obtain nobility titles from overseas. On the one hand, they defrauded their country and on the other they were even defrauding among themselves for the superiority of the rank; and they found ways to associate many accomplices to their shame, as if it was less dark because it was shared! They promised counsellors elected for a term to make them counsellors for life. They created a fake aristocracy, that became such by their participation in an obvious violation of the law. All these intrigues were immoral enough to please the English cabinet and to push it to adopt an act even worse than almost all its past wrongs. These reactionaries were asking the institutions of the Middle Ages back at the very moment the noble English people was demolishing them.

By recapitulating some phases of our country's history to indicate you the policy that was systematically followed by the aristocratic government of England, in its old and its new colonies, I wanted to show you that this system was always imposed according to the natural prejudices of the caste who governs us in her own interest, interest which is in perpetual and irremediable conflict with those of the masses; that it was harmful to new settlements in America; that the interest of these is to ask for their emancipation as soon as possible, and to acquire all the advantages and all the privileges of new nationalities, completely independent from Europe.

It is to my fellow-citizens of all origins that I call on today as I always did; to them I say that we must not only be anxious to preserve the rights which are acquired, but that, by free discussion, we must unceasingly endeavour to acquire new ones. The best means of obtaining this happy result is to call the young and vigorous minds of the elite, of all the various nationalities, to socialize, to meet frequently in this enclosure, this library, and in the other enclosures and libraries of comparable nature. They will seem themselves as friends, equal, compatriots. They will share a common admiration for Shakespeare and Corneille, for Newton and Buffon, Coke and Domat, Fox and Lamartine, — for this legion of men, eminently great and useful to all of humanity, that both the English and French nationalities have produced in such a great a number. In the current state of our society, with the ease of learning the two languages as of childhood, it would be to condemn ourselves to a marked inferiority to neglect to learn them both correctly, to not be able to taste the exquisite fruits that their literature produced, more abundant and tastier than those of the other peoples.

No, it is not true that the political dissensions, which were as sharp in both Canadas, were a fight between races. They were as rough in Upper Canada, where there was only one nationality, as they were here, where there were two. The majorities of both of them were uninterested friends of the rights, freedoms, and privileges due to all English subjects. They were voluntarily exposing themselves to the lieful slander, dangerous anger, sanguinary revenge sometimes, of egoistic minorities, by themselves weak, but supported by the strength of the bayonnettes paid with the gold of the people, but everywhere directed against the people.

The most enlightened men of England and America called noble and just the efforts that my English friends and my Canadien friends, me and my colleagues in the House, and our colleagues by identity of principle and community of devotion in the Parliament of Upper Canada, have done to deliver our countries from outrage and oppression. It was the aristocracy's prejudice and interest to applaud at the excesses of the colonial bureaucracy, this small-footed nobility, aping the airs, copying the practises, and following the Machiavellism of those who had installed them. The Parliament approved them, reason made them fade away. The Parliament approved them! But isn't it notorious that more than the nine-tenth of the imperial representation remains foreign to any interest, any knowledge of what is being done and of what should be done in the colonies? At that time especially, it was the colonial minister who had to know what was appropriate for them. He was paid to know it. With him, the honour of success, the shame of errors, the responsibility of the decisions, and the flock of sheep following his steps behind him. But the men who all their lives were friends of public rights and freedoms without ever deserting them, the princes of the science of Justice and the Law: — the virtuous Sir James Mackintosh, in our first battles; Lord Brougham, the most universal and most surprisingly erudite man of our days; and O'Connell, the most eloquent of the defenders of the rights of Ireland, before him defended by giants in oratory power, Curran, Grattan, Plunket, and so many others; and Hume, who devoted his great fortune to the protection of the colonies; who, surrounded by four secretaries, worked day and night, and deprived himself of any recreation, because the crimes committed in the English possessions on all five continents and their archipelagoes, by delegates of the aristocracy, were brought to his attention, with prayers to protest against evil; and a crowd of other worthy and good Englishmen understood us, and praised us. What means the number of ignoramuses and interested ones who condemned us because they were bribed for it, were interested in it, interested in the destruction of all feelings of hostility towards what is arbitrary and oppression?

By the number, we were ten against one in the two provinces. By morality, by disinterestedness, by our justly acquired influence, we were ten times more powerful than by the number. The English and Irish people, by those who were their true and worthy representatives approved us; the American governors and citizens approved us; the enlightened men of the European continent approved us; but especially our compatriots, for whom we suffered and who suffered with us, approved us; better than that even, our conscience approved us.

Those who today exile in such great a number, because the disgust for the present men and their measures push them to go breathe a purer air, tell once abroad what are the stigmata which the colonist bare on his forehead; what are the obstacles that stop him in his walk toward progress; these shackles which chain his so unproductive arms on the native soil, governed by and for the aristocracy, yet so sought for and so greatly productive on the free land! You can be sure that they are preparing anguish and vexation for the Minister of War. They pulverize his bronze batteries by those of the free press, by those of free discussion. They will more and more give consolation and hope to the oppressed; they move forward the hour of retribution, the hour of noble revenge, when good will be done even to those who practised evil.

The privileged ones always imagine that the prayers and the complaints against the abuses which benefit them are an invitation to repress them by violence. Proud, just and enlightened men, whose convictions are intense because they are the result of serious studies and long meditations, have faith in the empire of reason, and it is for reason alone that they ask for the correction of the abuses. Their efforts are addressed to all, to the powerful initially, to inspire them sympathy for the people that are suffering and that were impoverished by the abuses. They show them the glory and happiness they can conquer, by rendering the society of their time more prosperous and more moral than it was in the times which preceded it. They address them initially and preferably, because their mind being more cultivated, they would be better prepared to consider questions of general interest under all their various aspects, and to solve them quickly and correctly when selfishness does not blind them.

They address the masses after, to tell them that the sabre is not in their hands, but that reason is the richest and most invaluable of the divine gifts and that it was separated almost equally amongst all, that the culture of the mind can centuplicate its fruitfulness and strength; that to clear the land one needs physical strength enlightened by experience, but that in order to make good constitutions and good laws, and to apply them wisely, it is necessary to have before all a strong reason, enlightened not only by serious studies, but above all by a real devotion to the country, and the absence of any personal covetousness, of ambition or of interest. Here is what could be seen before, here is what has since become so rare, now that fortunes acquired at the expense of the public and personal honour, have become so numerous! How badly does the reproach of propensity to violence come from those very ones who constantly have recourse to violence to prevent the free discussion of political or social questions, physical violence by means of the law, moral violence by the anathema!

All I can do next is to compliment you on the high intelligence and the enlightened liberality with which you proclaimed and applied the principle of solidarity, and of the gathering in your enclosure — as in all the political and social organization of our fatherland — of all races, all religious beliefs, of all freely expressed and freely discussed opinions.

Very blind are those who speak of the creation of a new nationality, strong and harmonious, on the northern bank of the St. Lawrence and the Great Lakes, and who are unaware of or denounce the major and providential fact that this nationality is already very well formed, that it is great, and growing unceasingly; that it cannot be confined to its current limits; that it has an irresistible force of expansion; that in the future it will be more and more made up of immigrants coming from all the countries in the world, no longer only from Europe, but soon from Asia, whose overpopulation is five times more numerous [than that of Europe] and no longer has any other outfall than America (1); composed, says I, of all races of men, who, with their thousand religious beliefs, great mix of errors and truths, are all pushed by the Providence towards this common rendez-vous that will melt in unity and fraternity all of the human family.

This great fact is too obvious on all the extent of America and in all its history, since its discovery by Colombus; it is too inevitable for one not to recognize there one of these great providential indications that man cannot hide from himself, and nevertheless on which he has no more control than on the immutable laws which govern the physical universe.

One must see in this the divine teaching of universal tolerance and fraternity of mankind.

On this solid basis, the man of the New World, whether statesman, philosopher, moralist, or priest, must establish the new society and its new institutions.

The fatherland will not know strength, grandeur, prosperity, serious and permanent peace, for as long as all these divergences of origins or beliefs will not harmonize themselves and contribute together and simultaneously to the development of all forces and social resources.

This noble program which you published and which attracted opposition from these enemies of reason and of thought who wished the dispersion of the Institute and its books, must rally around you the support and goodwill of all the educated and enlightened citizens, of all the patriots who really desire happiness and grandeur for our fatherland, common to all of us Canadiens by birth or adoption.

This support, you deserve it. You conquered it; it will remain with you, I do not doubt it, and nobody could be more delighted of it than me.

Notes of Le Pays

(1) Ten thousand Chinese are currently at the the summit of Snow Mountains, 8,000 feet above ground, constructing the great railroad that will connect the two oceans and make our America the commercial centre of the whole word.

Source

The transcript of this speech first appeared on January 18, 21, 23, 25 and 28 of 1868 in the newspaper Le Pays in Montréal under the name of Discours de l'Hon. Louis Joseph Papineau devant l'Institut canadien à l'occasion du 23ème anniversaire de fondation de cette société, le 17 décembre 1867. It was then reproduced as a brochure by the Imprimerie du journal Le Pays. It also appeared in the Annuaire de l'Institut Canadien pour 1867. The Grande Bibliothèque in Montréal has a copy of thee brochure as well as a copy on microfiche (MIC/B524\11604 GEN). Recently, in 1998, the speech was reproduced in Louis-Joseph Papineau. Un demi-siècle de combats. Interventions publiques. Choix de textes et présentation de Yvan Lamonde et Claude Larin, Éditions Fides (ISBN 2-7621-2008-X)

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