Discussion:Encyclopédie universelle - Dictionnaire des dictionnaires

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ARISTOTE (‘Αριστοτεληζ).[modifier]

Célèbre philosophe grec, né à Stagire, près du mont Athos, en 385. Son père, Nicomaque, de la famille des Asclépiades, était médecin du roi Philippe de Macédoine. Aristote étudia à Athènes, où il fut d’abord le disciple de Platon, et bientôt son rival En 343 il devint le précepteur d’Alexandre, et remplit ces fonctions pendant sept ans. Plus tard, son ancien élève devait lui témoigner sa reconnaissance en mettant à sa disposition les riches collections qui lui permirent de pousser si avant ses études de sciences naturelles. À partir de 334, Aristote professa son système dans les allées du lycée d’Athènes d’où ses disciples furent appelés péripatéticiens (promeneurs). Après la mort d’Alexandre, il fut obligé de se retirer dans l’ile d’Eubée, à Chalcis, où il mourut en 322. Aristote définit la philosophie la science de l’universel et son œuvre embrasse en effet l’ensemble des connaissances scientifiques de l’antiquité. La classification des sciences qu’il a indiquées lui-même peut servir aussi à classer ses ouvrages. Il distingue d’abord les sciences théoriques, qui ont pour objet le vrai (mathématiques, physique et théologie); parmi ses nombreux ouvrages qui traitent de ces matières, il faut citer la Physique, l’Histoire des animaux, les traités des Parties des animaux, De la génération des animaux, De la marche des animaux, dans lesquels l’observation des faits est poussée plus loin qu’elle ne l’avait jamais été. Dans les quatorze livres qu’il a placés après les traités de physique, et qu’un diascévaste (liturgiste se consacrant à l’étude des Veda) a plus tard réunis en un seul ouvrage, Aristote a étudié les questions philosophiques proprement dites, et le nom qu’ils portent (  ) devait servir à désigner plus tard l’ensemble de la philosophie. Après les sciences théoriques, viennent-les sciences pratiques, qui ont pour objet l’utile (éthique, politique, etc.). Nous avons entre autres, dans ce domaine l’Éthique à Nicomaque, l’Éthique à Eudème (dont l’authenticité est cependant contestée), les Magna moralia, les huit livres de la Politique, etc. Viennent enfin les sciences poétiques, dont l’objet est le beau: la Rhétorique, la Poétique, les divers traités réunis sous le titre général d’Organon, qui nous montrent en Aristote le véritable créateur de la logique. Les œuvres complètes d’Aristote ont été publiées à Berlin, 1831-36; Paris, 1848-57; à Leipzig, 1831-32. Ses principaux ouvrages ont été traduits par Perron et Zévort et par M. Barthélemy Saint-Hilaire. Plusieurs de ses plus importants travaux ne nous sont pas parvenus, entr’autres le livre où, sous le titre de , il décrivait cent cinquante-huit constitutions d’États grecs. Les fragments conservés ont été réunis en 1869 : Fragmenta Aristotelis, Paris, 1869. L’œuvre immense d’Aristote, dont le tableau ci-dessus n’indique que les points principaux, est donc une véritable encyclopédie chaque, science particulière est traitée comme une théorie d’ensemble sur un groupe de faits déterminés; et la philosophie première comme une science à part, qui, par le fait que son objet, l’être en soi ou Dieu, contient les principes de toutes les sciences, embrasse et résume toutes les spécialités. L’objet de la métaphysique étant selon Aristote l’Être, une des premières questions à résoudre sera celle des principes constitutifs communs à tous les êtres : Aristote commence par repousser deux solutions tout à fait opposées de ses devanciers. Les uns n’admettant que la matière, Platon n’admettant que les formes subsistantes comme constitutif des choses. (Mét., 1, Puis il passe à l’exposé de sa propre doctrine Il y a quatre principes à cette chose la matière () forme ( ou ), la cause efficiente motrice ( ) et la fin (  ). Ce sont des principes () parce qu’ils sont le point de départ, la base de tout être et qu’eux-mêmes n’exigent rien avant eux. (Phys., lib. i, cap. 6.) Ce sont en outre des causes () parce que de ces quatre principes dépend l’existence des choses. Le premier des quatre principes de l’être est donc la matière. La matière est l’élément indéterminé, mais qui peut devenir tout, elle est le « substratum » de cette perfection de l’être. Les êtres sont changeants, ils sont transformés les uns dans les autres, il faut donc un élément, commun aux deux termes, qui soit le support des modifications survenues dans l’être, c’est la matière. Le deuxième principe intimement uni et en relation directe avec la matière, c’est la forme. La matière est l’indéterminé, la forme est l’élément déterminant, c.-à-d. le principe immanent de l’être spécifique de chaque chose. Il ne faudrait donc point concevoir la forme aristotélicienne, comme un modèle, un type, une figure existant en dehors de l’être, mais bien comme un principe immanent, constitutif qui fait que cet être est pierre ou plante, et non cheval ou homme. L’union de la matière et de la forme sont l’essence concrète, la substance de toute activité de l’être, comme la matière est le principe de toute passivité. Le troisième principe est la cause motrice ou efficiente. Autour de nous nous voyous le mouvement à ce mouvement il faut une cause, cette cause qui meut, qui produit, n’est pas un être-puissance, un être-acte, c.-à-d. réel, car seul l’être réel peut développer une . Tout mouvement présuppose donc une cause réelle, un être réel (). Aristote définit le mouvement   ,   , c’est donc le passage de l’état de puissance à l’état d’acte ou de réalilé (Phys. III, 1). et l’être qui passe ainsi de la puissance à la réalité, en quelque ordre que l’on conçoive cette puissance ou cette réalité, c’est l’être en mouvement. Aristote distingue trois sortes de mouvements 1° le mouvement local () qu’il appelle le premier, le mouvement par excellence ; 2° le mouvement augmentatif on diminutif dans les plantes par exemple (  ) ; 3° le mouvement productif, destructif, altératif (  ). Le quatrième et dernier principe est la fin. La fin est le terme, le but que doit atteindre le mouvement produit par la cause efficiente, c’est ce que la cause tend à réaliser. La fin est un des principes de l’être, parce qu’elle règle, spécifie, mesure et détermine l’activité de la cause efficiente sans doute il pourra parfois arriver que tel ou tel résultat du mouvement.se vérifie, sans que le mouvement ait été dirigé dans ce but, c’est que quelque autre cause non prévue par l’agent aura neutralisé, ou fait dériver son activité, c’est la  (casus, fortuna). On remarquera que dans cette conception, la matière est toujours le point de départ d’un développement plus haut. Aristote ne sera donc pas inconséquent quand, arrivé à l’Etre suprême, qui, étant la perfection, absolue, ne peut tendre à aucun progrès, il le déclarera forme pure et sans matière. Il sera encore conséquent avec lui-même en reculant devant la solution panthéiste d’un absolu qui se développe et qui passe par la matière avant d’être idée. L’Etre suprême, d’après lui, est éternellement actuel. Il est à la fois la cause motrice, la forme et la fin des choses. But final de l’univers, c’est par lui et en vue de lui que tout est organisé. Il est à la fois loi, législateur, ordre et ordonnateur de même la discipline existe dans une armée, et au-dessus d’elle, dans la pensée du général. Étant immatériel, pure intelligence, il ne connaît ni passions, ni impressions, ni sensations, ni appétits la forme inaltérable de son existence est la pure contemplation de l’intelligible (). Le ciel et la nature dépendent do ce principe suprême. La nature, qui agit toujours en vue d’une fin, a pour essence le mouvement. La physique sera donc avant tout une théorie du mouvement, et on distinguera les genres, qui correspondent aux catégories de l’être, et dont les principaux sont : 1° le devenir et la destruction (le mouvement affectant la substance) ; 2° l’altération (le mouvement affectant la qualité) ; 3° l’augmentation et la diminution (le mouvement affectant la quantité) ; 4° la translation (le mouvement dans l’espace). Le mouvement n’est pas substance, et n’existe que relativement aux objets qu’il affecte. De l’existence du mouvement dépend celle de l’espace, qu’Aristote définit la limite entre le corps enveloppé et le corps enveloppant, entre le contenant et le contenu, et même celle du temps, qui est la mesure du mouvement. Aristote distingue plusieurs formes du mou-

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vement les deux principales sont le mouvement circulaire, le seul qui puisse être infini, et le mouvement rectiligne de haut en bas et de bas en haut; elles lui servent à échafauder toute son astronomie, dans laquelle le stagirite ne s’élève pas beaucoup au-dessus de son siècle. La terre lui apparaît encore comme la sphère centrale d’un univers tout à fait fantaisiste ; il la place d’ailleurs sous la dépendance immédiate des planètes et sous l’influence indirecte des étoiles fixes. En, météorologie, Aristote accepte de même, ou à peu près, les idées de son temps il entoure la terre de deux atmosphères, la première, humide et froide, l’autre plus légère, et dans laquelle il fait flotter les planètes et la voie lactée. Mais son génie essentiellement pratique se développe à son aise dès qu’il aborde l’étude du monde organique. Aristote distingue les êtres organisés des corps inorganiques en ce que les premiers reçoivent leur impulsion d’un principe intérieur (, l’âme). De série en série, les organes poursuivent une fin supérieure les plantes, par exemple, existent en vue des animaux, qui en vivent. Au sommet de cette échelle, se trouve l’homme, qui possède une faculté inconnue aux autres séries d’êtres, la faculté de connaître ou la raison ( ). Grâce à elle, il est â la fois le but final et le chef-d’œuvre de la nature. Le rapport de l’âme an corps organisé est celui qui existe entre la forme et la matière; le corps n’existe que grâce à l’âme, qui est à la fois sa cause formelle et sou but, mais qui n’est réelle qu’à condition d’être dans le corps qu’elle anime, dans lequel elle est le principe premier de toute activité. Dans l’âme humaine, Aristote distingue deux éléments. L’intellect agent ( ) rend intelligibles en acte les choses matérielles qui ne peuvent être perçues par l’intelligence que quand, par l’abstraction, leur être intelligible aura en quelque sorte été dépouillé de son enveloppe matérielle l’intellect agent est comme une lumière qui rend intelligible les choses matérielles, à peu près comme la lumière corporelle rend perceptibles à la vue les objets qui nous entourent. Il est une énergie, une activité permanente. L’intellect passif ( ), au contraire, est une puissance, une de capacité recevoir, et de fait il reçoit les formes intelligibles que l’intellect agent a abstraites de l’être matériel, et en ces’ formes il perçoit l’être intelligible des objets sensibles: Il est pour ainsi dire le théâtre des formes intelligibles ( ), ces formes qui l’investissent l’assimilent idéalement à l’objet perçu, et c’est en ce sens qu’Aristote dit que l’âme peut devenir en quelque façon cette chose plus précise, cette suprême Raison, qu’il déclare distincte du corps, immatérielle, impassible, impérissable (V. de Anima, III, 5). C’est sur l’existence de cette Raison qu’Aristote fait reposer toute son éthique sans elle, l’homme ne différerait pas de l’animal ; grâce à elle, il participe en quelque sorte de la divinité le but de la morale sera le développement harmonieux de notre double essence. Ce développement nous conduira à un état d’équilibre entre la Raison et l’élément animal, qui sera le bonheur. On n’arrive au bonheur que par la vertu, qui est elle-même équilibre et harmonie, non pas l’extrême opposé du vice, mais un juste milieu entre deux extrêmes également condamnables; la libéralité, par exemple, tient le milieu entre la prodigalité et l’avarice. Aristote applique des observations analogues à l’étude de l’homme réuni en société et son idéal d’état, loin d’être une république utopique comme celle de Platon, est une conception éclectique, dont l’excellence dépend avant tout d’une juste pondération des pouvoirs. Telles sont les grandes lignes de l’aristotélisme, celui peut-être de tous les systèmes philosophiques de l’antiquité, qui a eu l’influence la plus étendue et la plus durable, influence qu’il doit en partie à son caractère essentiellement encyclopédique. — Sans vouloir faire ici la bibliographie d’Aristote, qui emplirait un gros ouvrage, nous citerons, parmi les meilleures études de la critique moderne, les ouvrages suivants Vacherot, Théorie des premiers principes suivant Aristote, Paris, 1837 ; Jacques, Aristote considéré comme historien de la philosophie, Paris, 1837; Jules Simon, Études sur la théodicée de Platon et d’Aristote, Paris, 1840. La meilleure traduction latine des œuvres d’Aristote est celle de Didot, Paris, 1848-1857. Une excellente version française a été donnée par M. Barthélémy Saint-Hilaire. || Hist. nat. Comme naturaliste, Aristote n’est pas moins prodigieux que comme philosophe. C’est à lui que l’on doit toujours remonter pour tracer l’histoire des sciences naturelles à travers les âges. Chose remarquable, Aristote découvre et montre clairement les développements dont cette branche immense des connaissances humaines est susceptible : anatomie comparée, physiologie, embryogénie, étude des animaux au point de vue de leurs mœurs, de leur répartition géographique, des relations qui existent entre eux; il indique tous ces points et a sur chacun d’eux des aperçus ingénieux et originaux. Son traité De la génération des animaux contient des vues qui ont été pleinement acceptées par la science moderne. Ainsi il est manifestement partisan de la théorie de l’épigénèse, c.-à-d. qu’il admet que l’embryon se forme par apparition successive de parties qui ne préexistaient pas en lui. Il cite des observations qui montrent une connaissance approfondie des animaux qu’il était à même d’étudier, observations qui pendant bien des siècles furent mises en doute et n’ont été définitivement vérifiées que depuis un petit nombre d’années, telles que la reproduction parthénogénétique ou virginale des abeilles; l’existence chez le requin pendant la parturition, d’un placenta analogue à celui de l’espèce humaine, l’existence simultanée d’organes mâles et femelles chez certains poissons, tels que les serrans qui, par suite peuvent se féconder eux-mêmes, etc. Mais à côté de ces découvertes surprenantes se trouvent consignées des erreurs grossières; ainsi, bien qu’il ait observé les œufs des papillons et remarqué que l’insecte parfait vient de la chenille, il écrit que celle-ci naît des feuilles; l’un des anneaux de la chaîne lui fait défaut pour compléter le cycle d’évolution du papillon; et l’on a lieu d’être surpris qu’il n’ait pas vu la chenille sortir de l’œuf pondu par l’insecte parfait. D’ailleurs, il admet que des animaux qui naissent d’un œuf peuvent aussi être produits par des matières en décomposition, de la vase des marais, etc.; ainsi les puces naissent du fumier, les cirons du bois humide, les teignes de la laine et les anguilles de la boue des marécages. L’idée de la génération spontanée ne lui répugne donc nullement, il en est partisan et s’applique à montrer comment tous les êtres se tiennent, si bien qu’il est impossible d’indiquer une limite, d’une part entre les êtres inanimés et ceux qui ont la vie, et d’autre part entre les animaux et les plantes « Après les êtres inanimés, dit-il, viennent les plantes qui diffèrent entre elles par l’inégalité de la quantité de vie qu’elles possèdent. Comparées aux corps bruts, les plantes paraissent douées de vie elles paraissent inanimées comparativement aux animaux. Des plantes aux animaux le passage n’est point subit et brusque; on trouve dans la mer des êtres dont on douterait s’ils sont animaux ou plantes. » Son Histoire des animaux, qui malheureusement ne nous a pas été entièrement conservée, dix livres seulement étant parvenus jusqu’à nous, et dont plusieurs renferment beaucoup d’interpolations ou même sont dus à une plume étrangère, est un vaste recueil des plus intéressants, riche de faits bien observés. C’est là qu’il faut chercher l’idée que ce grand naturaliste se faisait d’une classification toute philosophique et basée sur les rapprochements et les différences qu’il constatait entre les êtres. Il chercha moins d’ailleurs à établir une classification dans le sens où nous l’entendons aujourd’hui, c.-à-d. un cadre où chaque animal a sa place marquée comme un jeton sur un échiquier, qu’à rapprocher entre eux les animaux qui lui paraissent le plus se ressembler; du travail entrepris dans ce sens résulte nécessairement un groupement méthodique des animaux, une classification. Celle-ci est fort remarquable dans ses traits principaux, et beaucoup des divisions qu’il a créées ont été conservées par les naturalistes modernes. Nous allons donner une idée de cette classification. Les corps naturels se divisent en corps vivants ou organisés () et en corps bruts ou sans vie (). Les corps vivants se partagent en animaux () et végétaux ().

ANIMAUX raisonnables

pourvus de sang.

Vertébrés. Hommes



irraisonnables Quadrupèdes vivipares (mammifères).

Quadrupèdes ovipares (tortues, lézards).

Oiseaux.

Poissons.

Serpents.


exsangues.

Invertébrés. Mollusques (céphalopodes).

Testacés (gastéropodes – lamellibranches).

Crustacés

Insectes.

Animaux non classés.

La grande division des animaux pourvus de sang et exsangues est fort remarquable, non pas que ceux du second groupe soient en réalité privés de sang, mais en ce que l’un et l’autre de ces groupes comprennent des animaux qui ont entre eux de grandes analogies d’organisation, aussi beaucoup de naturalistes modernes les ont-ils conservés, mais en changeant les noms, à savoir les vertébrés et les invertébrés. Comme on peut le voir encore, plusieurs autres groupes sont fort naturels et ont été conservés avec raison. Le traité des Parties des Animaux offre des vues pleines d’intérêt. Aristote y a rassemblé un grand nombre d’observations anatomiques qui lui servent de base à d’importantes déductions de philosophie zoologique. Longtemps avant Et. Geof. St-Hilaire, il note dans la structure comparée des animaux des homologies et des analogies ; avant Cuvier, il découvre le principe de la corrélation des formes, le nom seul y manque, et le principe de la division du travail physiologique que Milne-Edwards a si heureusement développé, est déjà nettement indiqué par ce grand naturaliste. En résumé, comme on peut le voir par ce rapide aperçu, l’œuvre d’Aristote est immense et indique l’un des esprits les plus encyclopédiques et les plus généralisateurs qui ait jamais existé.


Source[modifier]

Lettres, sciences, arts - Encyclopédie universelle Dictionnaire des dictionnaires, sous la direction de Paul Guérin, administrateur-directeur, Paris, 13, rue Bonaparte, 13, Librairie des imprimeries réunies, Motteroz,