Discussion:Lavinia

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Édition[modifier]


Source[modifier]

Gutenberg Project

Critiques[modifier]

A-t-on jamais manié l’ironie légère d’une main plus gracieuse que celle qui a écrit Cora, Lavinia, ou qui a tracé ces pages où la dernière marquise du XVIIIe siècle nous peint, en jouant avec son éventail, les mœurs et les caractères de son temps et nous raconte la seule émotion qui ait failli troubler le cours harmonieux d’une longue existence, vouée aux amours faciles ! Et Lavinia, qui pourrait l’oublier ? Nous gardons, longtemps après qu’elle a disparu, l’impression de ce sourire où a passé la maligne vengeance d’un cœur trahi, qui voit revenir à lui le transfuge et qui l’abandonne à son tour, avec une tristesse souriante, à ses remords vite consolés. Comme tous ces récits sont d’une invention naturelle, d’une allure vive, d’un tour et d’un style exquis !

  • Wladimir Karénine Ces ébauches lui servirent cependant plus tard pour ses romans, surtout pour Lavinia, dont la scène se passe dans les Pyrénées. Les Pyrénées restèrent toujours chères à Aurore Dudevant, comme le Caucase à Lermontow, la mer Noire à Pouchkine, et peut-être lui furent-elles surtout chères, parce que c’est là que, pour la première fois, elle prit conscience d’elle-même.

Parmi les autres œuvres de cette première moitié de 1833, nous trouvons le même pessimisme dans Lavinia[213], an old tale, la plus charmante des charmantes nouvelles de George Sand. Elle se passe dans les Pyrénées. C’est aussi comme un écho des jours tristes qu’Aurore Dudevant a vécus, non de ces jours écoulés au milieu des merveilleux et sauvages sites des Pyrénées, temps charmant où elle a connu la joie d’un amour vrai et pur, mais des tristes moments qu’elle a passés plus tard, lorsqu’elle se vit déçue et où, après une longue série de désillusions et de luttes douloureuses, à l’instar de Lavinia, se séparant pour toujours de son bien-aimé, sir Lionel, elle dit un éternel adieu à son premier amour. Cette jolie nouvelle est tout imprégnée de la douloureuse conviction intime de la vanité et du néant des amours les plus parfaites, de l’inutilité de se sacrifier au bonheur de l’homme aimé, de l’impossibilité de faire revenir le bonheur une fois envolé. Lavinia reste jusqu’à nos jours tout aussi fraîche et jeune que Lélia a vieilli. C’est là un des joyaux de la couronne de George Sand. C’est un récit qui se relit toujours avec plaisir. Si jamais on fait une édition de ses Œuvres choisies, cette œuvrette d’un art si fin devra certainement en faire partie. Nous sommes portés à croire que Lavinia vit le jour sous l’impression du désenchantement et des déceptions cruelles que George Sand eût à essuyer en 1833. On y retrouve l’écho de ses tristes repentirs à propos de ce qui s’était passé et peut-être même de ses réflexions amères sur sa propre inconstance et, par conséquent, des retours volontaires qu’elle fit sur son premier amour si pur et si platonique « qui avait duré six ans », comme elle le dit à Sainte-Beuve et s’était éteint pour ne plus jamais se rallumer[1].

Comment d’ailleurs Mme Sand eût-elle écrit ses mémoires ? Elle ne se souvient pas, elle a au plus haut degré le don merveilleux de l’oubli. Mme Sand ne sait pas même où ont paru quelques-uns de ses plus charmans ouvrages, Lavinia, la Marquise;

  • Sainte-Beuve Pour moi, je préfère, je l’avoue, chez Mme Sand les productions simples, naturelles, ou doucement idéales ; c’est ce que j’ai aimé d’elle tout d’abord. Lavinia, Geneviève, Madeleine Blanchet, la petite Marie de la Mare-au-Diable, voilà mes chefs d’œuvre.
  • Il est curieux à noter qu’en cette même année 1833 M. Aurélien de Sèze se maria. Ce fut sans doute la cause de ce qu’au commencement de Lavinia, l’auteur nous raconte que sir Lionel va se marier, ce qui amène Lavinia à lui redemander ses lettres.