Discussion:Lettre de Saint-Évremond à la duchesse Mazarin (« Vous vous souvenez, Madame… »)

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Giraud a choisi de tronquer le poème sur la Chant. Le voici (de Des Maizeaux) :

Vous êtes la reine des belles,
La reine des spirituelles ;
Mais sur votre goût pour le chant
Nous ne vous admirons pas tant.
L’expression avec justesse,
Qui n’a dureté, ni mollesse ;
La maniére, la propreté,
Temps, mouvement, & quantité :
Toute syllabe longue, breve ;
Connoître avec discernement,
Et prononcer diversement
Le sens qui commence ou s’acheve ;
Tout cela ne fait rien pour vous,
Et vous avez pitié de nous.
» Ô la chose mélancolique
» Qu’un Opera toujours unique,
» Où l’on voit ce couple éternel,
» Rochoüas & Beaumaviel !
» Point de jeunes gens, point de belles,
» Et moins encor de voix nouvelles !
» À Venise rien n’est égal :
» Sept Opera le carnaval ;
» Et la merveille, l’excellence,
» Point de Chœurs & jamais de Danse !
» Dans les maisons, souvent Concert,
» Où tout se chante à livre ouvert.
Ô vous, Chantres fameux, grands Maîtres d’Italie,
Qui de ce livre ouvert faites votre folie,
Apprenez que vos Chants pour leur perfection
Demanderoient un peu de répétition !
Si vous n’entassiez point passage sur passage ;
À chanter proprement si vous donniez vos soins ;
Les méchans connoisseurs vous admireroient moins,
Mais aux gens de bon goût vous plairiez davantage.
Suprême, divine beauté,
Dont tout le monde est enchanté ;
Profond savoir, esprit sublime,
Qu’en mes Vers à peine j’exprime,
Permettez-nous que sur le Chant
Nous ne vous admirions pas tant.

--Levana Taylor 25 octobre 2008 à 00:44 (UTC)