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Du Gouvernement parlementaire en Angleterre depuis 1806 jusqu’à la Réforme de 1830/02

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Du Gouvernement parlementaire en Angleterre depuis 1806 jusqu’à la Réforme de 1830
Revue des Deux Mondes, 2e périodetome 60 (p. 339-366).
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DU
GOUVERNEMENT PARLEMENTAIRE
EN ANGLETERRE
DEPUIS 1806 JUSQU’A LA REFORME DE 1830

II.
GEORGE IV ET SES MINISTRES.

Essays on the Administrations of the Great Britain from 1783 to 1830, by sir George C. Lewis, 1864.


V.

Le roi George IV était un homme d’une taille assez élevée et d’une forte corpulence. Sa figure, ombragée d’une large perruque blonde, avait dû être agréable dans sa jeunesse, et rappelait vaguement les traits de M. de Talleyrand avec plus d’embonpoint et un teint plus coloré. Ses manières étaient affables et distinguées, son langage prévenant et courtois, surtout les premières fois qu’on le voyait, et quand il ne se mettait pas à l’aise, car sa familiarité, par momens assez piquante, lui ôtait bientôt la dignité et la bonne grâce, le prince reparaissait; un sans-façon qui se permet tout est pire que la morgue de l’étiquette royale. Avec de l’esprit naturel, peu d’études, la légèreté des goûts et du caractère, il s’était jeté de bonne heure dans les désordres que lui rendaient faciles un rang supérieur à toute gêne et l’exemple de la jeunesse de son temps. Seulement il relevait les plaisirs un peu grossiers que permettaient les mœurs anglaises par une imitation médiocrement heureuse de l’élégance de ton et de manières attribuée à la cour de Versailles. C’était aussi une mode de l’époque, et d’assez tristes modèles engendraient de plus tristes copies. Jusque dans sa vieillesse, George IV, sans être jamais venu à Paris, mettait quelque prétention à bien connaître la haute société française de l’ancien régime, et il en citait à tort et à travers les noms et les souvenirs avec plus d’assurance que d’exactitude.

Aucune de ces habitudes n’était selon le cœur de son père. Cette vie royalement bourgeoise, ce mélange de décorum et de bonhomie qui en faisait un monarque assez digne et un père de famille assez simple, son attachement à toutes les bienséances morales et son jaloux amour d’autorité formaient un contraste trop marquant avec le laisser-aller quelque peu cynique d’un prince joueur, buveur, viveur, et le respect exagéré peut-être que la régularité du père lui obtenait de l’opinion publique se tournait en un sentiment contraire à l’égard du fils. C’étaient autant de motifs pour que le jeune héritier de la couronne, fidèle à l’exemple des deux princes de Galles de sa maison, se séparât de la cour par ses relations et ses opinions, et cherchât hors du parti du gouvernement l’indulgence et la sympathie. Il se lia donc avec l’opposition, plutôt par une sorte de camaraderie que par une vraie communauté de principes. Fox n’était pas sévère pendant une trop longue partie de sa vie, il n’eut pas le droit de l’être, Sheridan encore moins, et Carlton-House fut à la fois un lieu de plaisir et d’intrigue, où Pitt ne pouvait abaisser son regard chaste et superbe sans scandale et sans dédain. A peine quelquefois, en présence d’un flacon de porto, devait-il se sentir une ombre d’indulgence pour un des vices de l’héritier des trois royaumes.

Au sein d’ignobles plaisirs, le prince de Galles n’avait pas perdu une faculté qui s’efface quelquefois bien vite dans une âme blasée. Il était resté capable d’aimer avec passion, de perdre du moins pour une femme qui le charmait le sang-froid et la raison. Il l’a prouvé plus d’une fois dans sa vie, mais jamais avec plus d’entraînement que lorsque, très jeune encore, il s’attacha à Mme Fitzherbert : il avait vingt-deux ou vingt-trois ans. Cette femme, qui a intéressé tous ceux qui l’ont connue, était une veuve fort belle qui, deux fois mariée, s’était irréprochablement conduite. Aussi ne se laissa-t-elle point séduire aisément; elle quitta d’abord l’Angleterre, laissant son amant dans le désespoir. Il en donnait toutes les preuves, lorsqu’il allait exhaler sa douleur chez la maîtresse de Fox : il pleurait, il se frappait le front, il s’arrachait les cheveux, il se roulait par terre, et jurait d’abandonner son pays, de renoncer à la couronne, de vendre son argenterie et ses joyaux, d’amasser ce qu’il fallait pour s’enfuir en Amérique avec l’objet de ses affections. Lorsque Mme Fitzherbert revint du continent, il parut bientôt que cet amour était devenu plus heureux; mais on sut ou du moins on soupçonna qu’un mariage secret avait uni les deux amans. Dès que le bruit s’en était répandu, Fox avait écrit au prince une lettre fortement motivée pour le détourner de cette démarche désespérée. Non-seulement un mariage contracté à l’insu du roi et du parlement n’était pas valable, mais Fitzherbert était catholique et dans l’état de la législation et de l’opinion une telle union, odieuse au peuple anglais, était absolument interdite. Il y allait peut-être pour le prince de la couronne d’Angleterre. Dans une courte réponse, ce dernier affirma la fausseté des bruits que la malveillance avait répandus. « Ils n’ont, dit-il, aucun fondement, ils n’en ont jamais eu aucun.» Sa lettre est du 11 décembre; son mariage eut lieu le 21 (1785). Il fut tenu assez secret pour que Fox ne conçût aucun doute sur l’assurance qui lui avait été donnée. Probablement il la fit renouveler plus tard, car deux ans après, interpellé sur un fait dont le seul soupçon indisposait le parlement, il le nia d’un ton péremptoire et se dit autorisé. Mme Fitzherbert indignée éclata en plaintes, et ne voulut le revoir de sa vie. Le prince lui laissa croire que Fox avait parlé sans autorisation, dit à Grey qu’il était allé trop loin, et le pria de donner quelque explication atténuante. Grey s’y refusa. « Si personne ne veut s’en charger, dit le prince, Sheridan le fera. » Sheridan en effet à la première séance débita quelque phrase inintelligible et sentimentale sur la délicatesse des femmes et sur le regret qu’avaient éprouvé le prince, et surtout Mme Fitzherbert, de ce qui s’était passé l’autre soir. Cette explication, qui n’expliquait rien, ne put être prise par Fox pour un démenti. Il paraît que la cérémonie secrète avait été assez irrégulière, et Mme Fitzherbert a dit plus d’une fois qu’elle ne l’avait pas exigée, qu’elle s’était confiée à l’honneur du prince. Lui seul alors y aurait mis du prix, et en effet c’est un ministre protestant qui avait officié. Il semble qu’un désir romanesque de solenniser cette union l’ait conduit plutôt qu’un besoin moral et religieux de la voir consacrer. Du reste, on dit que la conduite ultérieure de Mme Fitzherbert lui a mérité les égards de presque toutes les branches de la famille royale.

Elle conserva longtemps pour son amant un attrait sérieux. Il était infidèle, mais il revenait à elle. Ses inclinations changeantes ressemblaient souvent à des sentimens véritables; sa tête s’échauffait il perdait le sommeil et le repos, et, mettant à profit ses peines, il en augmentait artificiellement les apparences pour se rendre intéressant. On raconte qu’il se faisait saigner jusqu’à trois fois le même jour par des chirurgiens différens, pour aller ensuite, pâle et faible, attendrir des cœurs qu’il espérait gagner par la pitié. Ce personnage singulier, mobile, égoïste, ardent et comédien, ne pouvait en aucun temps obtenir dans le public anglais une faveur durable. Sa rupture ouverte avec son père et même avec sa mère ne lui valait aucune popularité. On attribuait sa disgrâce à ses mœurs plus qu’à ses opinions, et sa conduite comme roi a prouvé qu’il n’avait guère adopté quelques idées de l’opposition que pour se mettre au ton de la conversation des amis qui l’amusaient ou qui pouvaient le servir.

Il avait en effet grand besoin d’être soutenu. Sa dotation n’était pas considérable. Elle avait été, à l’époque de sa majorité fixée par le roi lui-même à la moitié de la somme que proposaient pour lui les ministres. Le parlement ne lui avait voté que des frais d’établissement. Son revenu lui était payé sur la liste civile. Ce qui le rendait plus dépendant encore c’étaient ses dettes : elles le mettaient à la merci du roi, des ministres et du parlement, qui, ce me semble, les paya une fois; mais quelques années après ses profusions l’avaient mis en de tels embarras que Pitt lui fit entendre qu’un vrai mariage serait le seul moyen d’obtenir qu’on éteignît ses dettes et qu’on augmentât son revenu. Ce fut un des motifs qui le décidèrent. Lady Jersey, qui avait alors sur lui une grande influence, crut qu’un mariage public serait une garantie contre le renouvellement de ses liens d’intimité avec Mme Fitzherbert. En même temps elle lui persuada, dit-on, que pour conserver la liberté de ses sentimens, il devait prendre une femme qu’il ne pût aimer. Deux princesses protestantes semblaient seules alors pouvoir se disputer son choix l’une, la princesse de Mecklembourg, est cette reine de Prusse que ses vertus et ses charmes ont rendue célèbre; l’autre, Caroline de Brunswick, était une femme de vingt-sept ans, moins laide que déplaisante, plus dénuée de jugement que d’esprit, de dignité que de courage, et qui avait déjà trouvé moyen de compromettre, au moins par ses manières, sa réputation dans son propre pays. C’est celle-ci qu’on lui fit préférer. Elle avait pour lui le mérite de n’être pas, comme la première, du goût et de la famille de sa mère. Cependant il ne prit sa résolution qu’après avoir obtenu du cabinet la promesse de payer ses dettes et de porter son revenu à cent mille livres sterling. Alors il alla voir le roi, lui fit part de ses idées de mariage, lui promit dans l’avenir une vie plus régulière et lui annonça son choix en faveur de la fille du duc de Brunswick. C’était la propre nièce du roi, qui ne pouvait refuser son consentement. La future reine arriva en Angleterre, précédée de tous les propos peu obligeans des Anglais qui avaient voyagé en Allemagne. Quand elle vit pour la première fois son fiancé, elle voulut se mettre à genoux il la releva et l’embrassa. Mais il se détourna aussitôt, prit à part lord Malmesbury, qui avait négocié le mariage, et lui dit « Harris, je ne me sens pas bien, faites-moi donner un verre d’eau-de-vie. » Le même cordial lui parut si nécessaire le jour de la célébration qu’il se soutenait à peine à la cérémonie, et qu’un de ses témoins, le duc de Bedford, eut quelque peine à l’empêcher de tomber.

Cependant la princesse accoucha neuf mois moins un jour après son mariage d’une fille qui devait être la première épouse du roi des Belges et mourir à vingt et un ans. Le prince, qui avait déjà pris l’habitude de résider loin de sa femme, lui notifia dès lors une séparation absolue par une lettre de sa main où on lit que, si le ciel disposait de sa fille, elle ne devait pas espérer d’avoir un autre enfant. Elle quitta donc Carlton-House et se retira à Black-Heath, où elle vécut d’abord sans bruit. Les propos offensans que son mari tenait sur son compte ne nuisaient qu’à lui, et elle y gagnait de la considération à la cour et dans Londres. Dans les lieux publics, elle était bien accueillie. Le roi la traitait avec égards; elle était reçue au palais mais n’y rencontrait jamais son mari. Le déchaînement était tel contre lui, il était si décrié, que des personnes du beau monde qui devaient un jour solliciter les faveurs de George IV refusèrent de dîner avec le prince de Galles chez lord Holland, qui l’a lui-même raconté; des gentlemen ne devaient pas se trouver en pareille compagnie. Cette situation ne pouvait qu’ulcérer le prince contre sa femme, d’autant plus qu’il était persuadé que, par sa conduite personnelle, elle ne justifiait nullement le caprice de l’opinion en sa faveur. Il conçut pour elle une aversion qui ne s’est jamais démentie. On en donne cette preuve qu’en 1821, lorsque l’empereur Napoléon mourut, un courtisan empressé entra chez George IV en s’écriant « Sire, votre plus grand ennemi est mort! Vrai, elle est morte? » telle fut son premier mot.

A l’époque du ministère de Fox, il avait cru trouver une occasion de se venger de sa femme ou de briser au moins ses derniers liens avec elle. Il sut que sir John et lady Douglas, qui habitaient dans le voisinage de la princesse et qui avaient vécu dans son intimité, offraient de prouver qu’elle était secrètement accouchée d’un enfant quelques années auparavant, et il en instruisit le gouvernement. Le roi ordonna qu’une commission composée du chancelier, de deux ministres, les lords Grenville et Spencer, et du premier juge de la cour du banc du roi, procédât à une enquête non publique sur la conduite de sa belle-fille. Cette enquête, qui fut appelée dans le temps l’investigation délicate, disculpa la princesse sur l’article principal. Au moins reconnut-on que le fait n’était pas prouvé, on établit même la filiation d’un jeune enfant, William Austin, qui, né dans un hôpital, avait été recueilli dans la maison de Black-Heath ; mais le rapport des commissaires constatait que la conduite de la princesse avait été assez inconsidérée, assez légère, pour mériter de la part du roi quelque réprimande. Conseillée par des ennemis du ministère, lord Eldon et Perceval, elle produisit sa défense sous la forme d’une lettre au roi. Le prince répliqua en annonçant de nouvelles preuves; cependant l’avis du cabinet fut que le chancelier lord Erskine informerait la princesse au nom du roi que l’affaire n’aurait pas d’autre suite, mais que le roi avait appris avec beaucoup de chagrin les résultats de l’enquête, et qu’il l’avertissait d’être dans sa conduite plus circonspecte à l’avenir. Cette décision aurait été exécutée; mais le ministère changea une délibération du nouveau conseil déclara nulles et mal fondées les imputations jusque-là produites. Le roi assigna le palais de Kensington à sa bru pour résidence elle continua d’être reçue à la cour, et l’on parla même de poursuivre lady Douglas pour faux témoignage.

Le prince de Galles avait complétement échoué. Les anciens ministres, qu’il appelait ses amis, n’avaient pas fait tout ce qu’il attendait d’eux. Ils n’avaient point, comme il l’espérait, épousé toutes ses passions, et il n’avait rien gagné à ses rapports avec les whigs, rien que la haine victorieuse des tories. Il était alors fort épris de lady Hertfort, qui appartenait par ses relations à ce dernier parti. Il avait commencé à se montrer froid sur la question de l’émancipation des catholiques. Mme Fitzherbert elle-même, pour laquelle il conservait toujours de l’attachement, ne le pressait pas, le détournait plutôt de s’intéresser à ses coreligionnaires; elle craignait qu’on ne s’en prît à elle, et qu’on ne dénonçât en public son influence. Le prince, qui probablement n’avait jamais pris fort au sérieux cette thèse de tolérance religieuse, résolut de l’abandonner, et, comme on l’a vu, avertit les whigs qu’il ne voulait plus mettre ce grief entre son père et lui. Depuis lors, il n’eut plus avec eux que des rapports de pure apparence, et, devenu régent trois années après, il ne rechercha pas bien sincèrement leur concours, s’en passa très aisément, et profita de sa nouvelle position pour donner à sa femme de nouvelles marques de sa malveillance. Contre son gré, on avait laissé à la mère la garde de sa fille jusqu’à l’âge de quatre ans. Contre son gré, le roi avait décidé que l’enfant serait ensuite élevée sous la surveillance de la reine, son aïeule. Le prince-régent soumit les entrevues de la mère et de la fille à des restrictions humiliantes. C’était maintenant le tour de l’épouse opprimée d’avoir l’opposition pour elle. Elle prit M. Brougham pour principal conseiller, et sous son inspiration elle écrivit une lettre de plainte comme pouvait l’écrire une femme et une mère offensée. Le lord chancelier et lord Liverpool, qu’elle chargeait de la remettre au régent, éludèrent toute réponse; mais, la lettre ayant été rendue publique, une commission de membres du conseil privé, au nombre de vingt-deux, fut réunie, et elle approuva tout ce qui avait été précédemment réglé. La princesse saisit alors de toutes les pièces les présidens des deux chambres. A la différence du chancelier, l’orateur des communes en donna lecture, et, sans qu’aucune motion fût adoptée, le débat produisit un effet très défavorable au prince; on trouva qu’il aurait dû étouffer des démêlés fâcheux pour la dignité de la famille royale. Alors fut publié pour la première fois le rapport rédigé en 1806 sous l’administration de lord Grenville, après la délicate investigation. Cette publicité, qui avait été toujours redoutée par les amis de la princesse, tourna contre le prince. Dans toutes les discussions qui suivirent, ses procédés furent blâmés. On s’intéressa à celle qui en était victime; la Cité de Londres et d’autres autorités votèrent deux adresses en son honneur.

La prudence conseillait au gouvernement de laisser tomber ces tristes dissensions dans l’oubli; mais la haine du prince était active et implacable. En 1814, quand le roi de Prusse et l’empereur de Russie visitèrent l’Angleterre, il fit défendre par la reine à sa belle-fille de paraître à la cour, parce que sa volonté était de ne jamais la rencontrer. La chambre des communes fut entretenue de ce nouvel outrage elle ne prit nulle décision, mais plus tard elle assigna un revenu séparé et indépendant à la princesse. Dès son enfance, la jeune héritière de la couronne n’avait pas vu sans douleur tous les partis que prenait son père; elle avait même blâmé sa rupture avec les whigs. Quand il voulut la marier au prince d’Orange, elle résista, appuyée par sa mère, et comme on lui défendit de la voir, elle prit un fiacre un jour et se réfugia chez elle.

Cependant, malgré la popularité qu’elle devait surtout à son persécuteur, malgré les sentimens de sa fille, la princesse de Galles s’ennuya de la vie de contrainte et d’obscurité à laquelle elle était condamnée. Elle quitta l’Angleterre au mois d’août 1814, pour ne plus revoir sa fille, qui, mariée en 1816 au prince de Cobourg, mourut l’année suivante.

Lorsque, après un voyage en Allemagne, en Orient et de longs séjours en Italie, où elle avait tristement occupé la malignité publique, elle menaça de revenir en Angleterre, son mari était roi. Il avait obtenu de ses ministres qu’en vertu d’un ordre du conseil le nom de la reine fût omis dans les prières publiques, où il ne devait plus être question que du roi et de la famille royale. Cette omission avait pour but d’exclure la reine de la cérémonie du couronnement, et pour qu’elle s’y prêtât on lui faisait ce qui s’appelait autrefois un pont d’or. On lui offrait 1,250,000 francs par an à dépenser sur le continent; mais, tenant à ne point perdre ainsi son rang de reine dans les cours étrangères, elle revint inopinément en Angleterre le 4 juin 1820, et fut accueillie à Londres par une ovation populaire.

Le ministère en fut fort troublé. Jusque-là, il avait résisté au désir du prince de faire prononcer son divorce, car, trois mois après la mort de sa fille, il avait songé à se remarier. Une commission d’enquête s’était rendue en Italie, et, parcourant les lieux que la princesse avait habités, avait dû recueillir toutes les preuves propres à la convaincre d’adultère. Son rapport avait été déposé en juillet 1819; mais le cabinet n’y avait donné aucune suite il ne voulait s’en servir que pour forcer la princesse à demeurer tranquille en la menaçant de le publier. Il ne se souciait nullement d’une procédure en divorce, et ne tenait pas plus à conserver la couronne dans la postérité du roi qu’à lui donner les moyens d’en avoir une; mais la reine était en Angleterre, le casus belli était arrivé. Le jour même de son entrée dans Londres, le rapport de la commission d’enquête fut, par un message du roi, communiqué aux deux chambres. On avait cru, par cette démarche hardie, tourner dans un pays scrupuleux et même un peu prude l’opinion contre une femme plus que compromise. On n’avait pas calculé la grande avance que le roi avait prise sur elle dans la malveillance publique. Les procédés du mari parurent plus odieux que les torts de la femme. Il fut sur-le-champ visible que les chambres ne désiraient point pousser les choses à l’extrême. Les ministres, qui au fond souhaitaient comme elles un accommodement, le laissèrent entendre, et Canning expliqua que dans cette seule espérance il avait consenti à soumettre l’affaire au parlement, décidé qu’il était à ne jamais se porter accusateur de la reine. La chambre des communes la supplia par une adresse très respectueuse de se prêter à une transaction. Dans une conférence qui suivit, la reine promit de demeurer à l’étranger, si son titre était reconnu et son nom rétabli dans la liturgie; mais le roi ne voulut rien entendre, et l’on fut obligé d’en venir à une accusation. Un bill dit de peines et amendes fut présenté à la chambre des lords. Ce bill, moitié judiciaire, moitié législatif, tendait à faire constater par une instruction orale et publique un délit nouveau, celui d’adultère commis par la reine hors du royaume avec un étranger, et à prononcer en conséquence contre elle une sorte de déchéance qui entraînerait un divorce.

On peut lire dans les Causes célèbres les étranges détails de cette procédure inusitée, les scandaleux incidens produits et discutés devant la plus grave assemblée du monde. Au milieu des cris de la multitude et d’une agitation d’autant plus menaçante que l’enthousiasme pour la reine n’était que le masque de la haine pour le roi, la chambre se prêta à toutes les longueurs, à toutes les chicanes, à tous les dégoûtans débats que comportait cette affaire sans précédent. Elle entendit des plaidoiries sans fin, mais habiles, hardies, éloquentes, et qui ajoutèrent à la réputation de M. Brougham, de Denman, de sir John Copley, du docteur Lushington. A mesure que la lutte se prolongeait, la chambre se montrait de plus en plus opposée à la clause de divorce. Le bill perdait des voix à chaque division, et, la troisième lecture n’ayant passé qu’à 8 voix de majorité, lord Liverpool annonça qu’il était abandonné, aux acclamations de l’opposition et du public. La ville de Londres fut illuminée pendant trois jours.

On attendait avec impatience la fin de la prorogation du parlement; mais le jour où il se réunissait, le 23 novembre, il était à peine en séance qu’il fut prorogé de nouveau. Ce procédé insolite annonçait un certain trouble dans le ministère, et probablement l’impuissance où il avait été d’arracher à l’obstination du roi quelque mesure d’accommodement. La session fut renvoyée au mois de janvier. Dans l’intervalle, les esprits avaient eu le temps de se calmer; la ville était rentrée dans l’ordre. La popularité relative et factice de la reine était tombée. Elle restait avec une réputation entachée, et sans aucune des qualités aimables et distinguées qui couvrent des fautes et gagnent les cœurs. Loin de là quoiqu’elle ne fût pas dénuée d’intelligence, elle se méprenait sur la faiblesse de sa situation, méconnaissait les services qu’on lui rendait, et montrait de la hauteur sans tact ni dignité, de la hardiesse sans fermeté ni constance. Le roi avait échoué dans ses projets. Le sentiment public s’était prononcé contre lui. Justice était faite. Maintenant l’opinion refusait de la suivre dans la campagne de représailles qu’elle voulait ouvrir contre lui. Quoique Canning eût affaibli le ministère en le quittant à cause d’elle, les motions de ses partisans furent repoussées à des majorités considérables : 298 voix contre 178 refusèrent de rétablir son nom dans la liturgie malgré l’appui que lui donnaient les sentimens religieux exprimés par Wilberforce. Enfin lord Castlereagh proposa de lui allouer l’annuité promise des 50,000 livres sterling. M. Brougham déclara pour elle qu’elle n’accepterait rien tant qu’on ne prierait pas pour la reine. Et pourtant il paraît qu’elle accepta, et l’on cessa de s’occuper d’elle jusqu’à l’époque du couronnement. Son droit d’y figurer fut soutenu dans un mémoire dont un comité du conseil privé rejeta les conclusions. Elle protesta, et le jour de la cérémonie elle se fit conduire avec un certain apparat aux portes de l’abbaye de Westminster, qui lui furent fermées; mais le peuple ne parut pas disposé à les forcer pour elle, et la reine rentra chez elle fort agitée. On prétend qu’elle forma alors le projet de faire un voyage en Écosse, espérant sur sa route un accueil supérieur à celui que le roi cherchait dans un voyage en Irlande. D’autres ont dit qu’elle se disposait à quitter la partie et à se retirer sur le continent; mais une maladie aiguë l’enleva quinze jours après. On répandit dans le peuple que sa mort n’était point naturelle; son corps devait, d’après ses dernières volontés, être transporté à Brunswick, et le gouvernement n’attendait pas sans inquiétude le jour de ses funérailles. Elles furent troublées en effet par une violente émeute; mais la force publique finit par être victorieuse.

Ainsi se termina cet étrange épisode de l’histoire du gouvernement britannique. Nul ne fait mieux ressortir peut-être cette hardiesse de l’esprit anglais et cette violence de la liberté politique, qui par moment l’un et l’autre acceptent, dans un pays si respectueux pour les conventions établies, la publicité des plus grandes excentricités, pourvu qu’elles soient tempérées par les formes légales et régulièrement discutées. Partout ailleurs, cet appel fait à l’esprit de curiosité et d’examen touchant les secrets les plus intimes et les plus scabreux de la vie privée des personnes royales, avec les circonstances les plus propres à exciter la risée ou le dégoût, aurait tourné au détriment des dynasties et de la royauté même. Ici, deux personnes seulement furent compromises. Le caractère du mari, la réputation de la femme, subirent de graves atteintes; mais la loyauté générale du peuple anglais n’en a pas été ébranlée, et les institutions, mises, dans les années suivantes, à d’autres sérieuses épreuves, en sont sorties plus fortes et plus brillantes. Ces crises assez fréquentes, où tout paraît entrer en confusion, où la parole des orateurs, les manifestations des partis, les cris du peuple, semblent ne plus rien respecter, ont trompé bien des observateurs et plus d’un cabinet européen sur la stabilité du gouvernement anglais. Le résultat a toujours démenti les prédictions des beaux esprits, les inquiétudes des sages timides, les espérances des ennemis de la liberté. Le règne orageux d’un roi fou, puis d’un roi méprisé, n’a rien ôté à l’éclat serein et doux de l’avènement d’une jeune fille de dix-huit ans, destinée à rendre à la royauté britannique le respect de tout ce qui aime la sagesse et la vertu.

George IV lui-même pouvait croire que les dernières années de sa régence l’avaient relevé dans la faveur publique. Il avait été le chef nominal du gouvernement sous lequel l’orgueil national avait obtenu les satisfactions les plus signalées. Les restaurations, et particulièrement celle de France, avaient été le triomphe de certaines idées qu’il avait personnellement affichées. Lorsque après la guerre de 1807 le comte de Lille, exilé de tout le continent, vint, sans être appelé, chercher un asile en Angleterre, son arrivée courrouça George III, qui ne voulut pas le voir. Le prétendant fut obligé de se retirer à la campagne, et y demeura constamment négligé par la cour. Le prince de Galles seul, toujours empressé de se faire bien venir de ceux qu’éloignait son père, envoya ses complimens au chef de la maison de Bourbon, et l’invita à dîner à Wimbledon. Là, il lui fit, en portant des santés, de chaleureuses protestations en faveur de la légitimité. C’est ainsi qu’il s’engagea de sa personne dans une cause que l’Angleterre n’avait pas adoptée, et lorsque les événemens la firent triompher, il put triompher avec elle. Les événemens semblaient donc avoir travaillé pour lui, et, voyant, après bien des ennuis, la reine enfin perdre la vogue d’un moment et échouer dans toutes ses prétentions, il conçut de douces illusions sur son autorité, sur sa popularité, et fit en Irlande et en Écosse deux tournées royales, espérant bien par sa présence et ses manières reconquérir toutes les affections du pays. Voici cependant ce qu’en augurait un spirituel observateur « Je ne puis m’empêcher de soupçonner qu’au total les deux derniers voyages de sa majesté ne tourneront pas beaucoup à son honneur et à son avantage. Ses manières, sans aucun doute, sont, quand il le veut bien, très agréables et captivantes nul homme ne sait mieux comment on ajoute à une obligation par la façon d’obliger; mais dans l’ensemble il manque de dignité, non-seulement dans l’intérieur et la familiarité de la vie privée, mais dans les occasions publiques. Le secret de la popularité dans les situations très élevées semble consister dans une tenue un peu réservée et digne, mais courtoise et uniforme. Porter des toasts, serrer la main des gens, les appeler Jack ou Tom, gagne plus d’applaudissemens dans le moment, mais à la longue manque son coup. Il paraît s’être comporté, non comme un souverain qui vient officiellement et en pompe visiter une partie de son royaume, mais comme un candidat populaire qui vient faire une tournée électorale. »

Ces remarques de lord Dudley doivent être justes. Du moins les façons. plus ou moins gracieuses du prince n’ont-elles jamais prévalu contre les habitudes d’intempérance et les bruits de désordres secrets qui dégradaient son caractère privé. Les variations de ses opinions politiques, ou plutôt son indifférence en matière d’opinions, toutes les fois qu’il ne s’agissait pas de ses aises, de ses goûts ou de ses prétentions, ne pouvaient relever son caractère public, et son règne amena un changement dans les conditions du gouvernement anglais. Tandis que George III, toujours populaire, l’était d’habitude plus que ses ministres, George IV l’était moins que les siens. Il les compromettait quelquefois, et ne pouvait à volonté ni les appuyer ni leur nuire.

VI.

Le conflit avec la reine n’avait pu rendre excellens les rapports du roi et de ses ministres, et le bruit d’un changement se renouvela plusieurs fois dans le cours de l’année 1821. Le changement se réduisit à deux promotions, et, malgré le mérite des personnages, elles n’eurent pas de sensibles conséquences. Le marquis de Wellesley fut nommé lord lieutenant d’Irlande, et, de la part d’un ministère notoirement hostile à l’émancipation des catholiques, ce choix aurait paru favorablement significatif, si l’on n’eût placé près de lui, pour secrétaire en chef, un ennemi déclaré de ce grand acte de tolérance, et si déjà, depuis quelque temps, lord Sidmouth, restant dans le cabinet sans département, n’eût cédé l’intérieur à un jeune homme qui partageait tous les préjugés protestans, et l’avait prouvé, quelques années auparavant, dans ce même poste de secrétaire de l’Irlande. C’était le fils d’un manufacturier riche et considéré. Entré au parlement à vingt-deux ans, en 1810, il s’était montré comme un tory de l’école de Perceval plutôt que de celle de Pitt, comme un futur continuateur de lord Liverpool plutôt que de Canning; mais il avait de bonne heure donné les signes d’un orateur il en manquait un au ministère dans la chambre des communes pour parler contre les catholiques, puisque Canning et Castlereagh étaient pour eux. On crut l’avoir trouvé. Un excellent juge, Mackintosh, disait après l’avoir entendu en 1817 « Son discours a peu de mérite pour le fond; mais l’expression en est si claire et si élégante, et il a été si habilement débité, qu’on l’a excessivement applaudi. C’est une preuve de la grande valeur des parties mécaniques de l’art de parler, lorsqu’elles sont combinées avec beaucoup d’art et de précaution. » Cet orateur si industrieux, ce jeune ministre, se nommait Robert Peel.

Lord Grenville, depuis un temps, s’était retiré de l’opposition, et demeurait dans cette situation indépendante qui allait au tour de son esprit et que recherchent les hommes de tiers-parti. Quant à lui, il devait de plus en plus s’attacher à une retraite pleine de dignité; mais il avait permis à ses amis de se rallier au ministère, et le marquis de Buckingham, son frère, y avait gagné un duché. Toutes les places se trouvaient donc remplies, et Canning, qui ne pouvait avoir que des rapports gênés avec le roi, s’était décidé à prendre la succession du marquis de Hastings dans le gouvernement de l’Inde. Son peu de fortune lui faisait désirer cette royauté de cinq ans, lorsqu’on apprit tout à coup que lord Castlereagh s’était coupé la gorge dans un moment d’égarement. La dernière session avait été très laborieuse. L’état du monde était loin d’être calme. Depuis 1820, des révolutions successives dans tout le midi du continent avaient paru condamner et compromettre ce grand établissement européen auquel, par la main de lord Castlereagh, l’Angleterre avait si efficacement coopéré. Il avait eu plus d’une fois à douter de son ouvrage, à revenir sur ses anciennes idées, à se séparer de ces cabinets étrangers dont il s’était cru l’éternel ami. Il était sur le point de partir pour le congrès de Vérone, où il prévoyait que la révolution espagnole poserait pour tous un problème plein d’anxiété, et placerait l’Angleterre dans un antagonisme forcé avec les signataires de la sainte-alliance. L’épreuve était forte même pour ce ferme esprit que ne soutenait ni l’illusion ni la passion, ni l’enthousiasme. On a toujours cru que c’est à cette formidable épreuve qu’il avait succombé, et je me rappelle que dans l’opposition française cette mort soudaine et tragique nous donna l’espoir que le monde politique tournait sur son axe et qu’une nouvelle face des choses allait se montrer. Le voile qui la couvrait, la main de Canning était destinée à l’écarter peu à peu.

Il était le successeur unique et nécessaire de Castlereagh. Lord Liverpool n’eut pas de peine à en convaincre le roi malgré ses répugnances personnelles, et Canning commença cette administration qui a prêté tant de lustre à sa mémoire et recommandé son nom, peut-être au-delà de ses services, aux amis de la liberté dans le monde.

Quelques contemporains de Canning ont pensé que le parlement d’Angleterre n’avait pas produit de plus grand talent oratoire que le sien. Il est impossible à un étranger d’objecter ou de souscrire à ce jugement. Je trouve cités par sir George Lewis, un de ses grands admirateurs, les passages suivans


« Le bras de l’Angleterre a été le levier qui a arraché de sa base la puissance de Bonaparte. Le Portugal a été le point d’appui sur lequel le levier s’est soulevé. L’Angleterre a soufflé et nourri le feu sacré, mais le Portugal avait déjà dressé l’autel où ce feu fut allumé et d’où il monta, brillant et s’étendant au loin, jusqu’à ce que le monde fût illuminé de son éclat. »

« ….. Le même soleil qui a doré l’entrée triomphale de lord Wellington dans Madrid, et qui a pâli aux feux de l’incendie de Moscou, a mûri dans la présente année, au nord et au midi, une des plus riches moissons qui aient jamais été accordées comme une bénédiction à l’humanité. »


Pour nous, ces images de coloriste, cette richesse de métaphores ne seraient pas les signes les plus sûrs de l’éloquence politique: mais les Anglais y sont fort sensibles, et, ce qu’on ne croirait pas, ils ont plus de faible que nous pour le talent de la tribune. Toutefois, malgré des traits de bel esprit et des écarts d’imagination irlandaise Canning n’avait certainement pas de rival dans la chambre des communes lorsqu’il reprit le ministère, et quoiqu’une certaine mobilité d’impression et d’ambition eût attiré sur son caractère les défiances de quelques censeurs sévères, il était porté au pouvoir par l’opinion. Il avait été l’élève et l’instrument de la politique de Pitt, il avait, dans l’Anti-Jacobin, poursuivi la révolution française de poésies épigrammatiques qui valent à peu près les bons mots de Rivarol mis en vers, il s’était élevé avec constance contre toute idée de réforme parlementaire mais enfin le torisme éclairé d’un Pitt n’était pas celui d’un Perceval ou d’un Eldon. Canning avait été le fidèle défenseur des droits des catholiques. Sa culture d’esprit, ses goûts littéraires, cette imagination qu’on avait l’indulgence de confondre avec celle d’un poète, le rendaient accessible aux vérités et aux choses nouvelles; enfin, étranger aux affaires dans le moment des triomphes de la coalition, il n’avait pas de sa personne trempé dans les restaurations absolutistes, dans le partage inique ou imprudent des territoires et des peuples en 1815 il n’avait pas déteint les couleurs du drapeau britannique au contact des bannières du despotisme européen; libre d’une complicité directe dans l’œuvre de l’imprévoyance, de la haine, de l’avidité et de la peur, il pouvait rendre à sa patrie une politique nationale et au monde une espérance.

En même temps, fort instruit de la défiance et de l’aversion qui l’attendaient, sous les auspices du roi lui-même, dans le vieux parti que guidait le chancelier Eldon, il devait se ménager des appuis parmi ces conservateurs éclairés qui ne regardaient pas le maintien religieux des abus comme le préservatif assuré contre les révolutions. Avec lui, l’influence des Robinson et des Huskisson supplantait celle des Addington et des Vansittart, et avec ceux-là de saines idées économiques et financières pénétraient dans l’administration. En dehors des intérêts de l’église anglicane, Peel ouvrait son esprit aux conseils d’une science éclairée. On l’avait vu, dans la question des paiemens en espèces, accepter, après une enquête, l’opinion qu’il avait publiquement combattue, et se faire gloire du courage de changer d’avis sous la dictée de l’expérience, grand exemple qu’il devait renouveler plus d’une fois pour l’impérissable honneur de son nom. Bientôt il devait, comme ministre de l’intérieur, entreprendre, aux applaudissemens de Brougham et de Mackintosh, la réforme des lois pénales, après que, par une réorganisation judicieuse de la police, il avait établi la sûreté publique dans Londres et ses environs. Ainsi lord Liverpool, recommençant en quelque sorte sa carrière, présidait au second âge de son administration, et faisait, sans peut-être s’en douter, succéder à la nuit profonde de la réaction l’aube naissante de la réforme. Il faudrait retracer l’histoire de l’Europe, si l’on voulait donner une idée du rôle de Canning pendant les cinq années qu’il fut secrétaire d’état des affaires étrangères. Il faudrait montrer l’attitude prise par la sainte-alliance en face des révolutions du midi, le parti décisif adopté par la France contre celle d’Espagne, enfin les événemens qui se passèrent dans la Péninsule. Le contraste que présenta l’Angleterre, en regard de ses anciens alliés la releva sans doute, et elle remit en honneur ce principe de non-intervention qui est le sien et qu’elle ne devrait jamais abandonner, en honneur, dis-je, non en pratique, car il faut bien reconnaître que l’effet produit par la présence de Canning ne fut en grande partie qu’un effet moral. Il ne fit que rendre le courage à l’opinion libérale. La presse cessa d’être seule à plaider la cause de l’indépendance des nations; mais, quoique le principe de non-intervention soit assurément fondé en justice et en humanité, ceux qui l’adoptent commencent par se l’imposer à eux-mêmes, c’est-à-dire qu’ils s’engagent à quoi? à une abstention. De là à déclarer qu’on imposera le principe aux autres, la distance est grande. Il est évident qu’à moins d’être décidé à faire la guerre à tout venant, on ne peut se promettre d’empêcher les autres d’intervenir parce qu’on n’intervient pas. Si la voix de celui qui a posé le principe n’est pas écoutée, il risque de le voir violer sous ses yeux sans pouvoir raisonnablement le défendre. Plus il a élevé le ton en le proclamant, plus il est humiliant pour lui de souffrir qu’on le foule aux pieds et de se borner à une protestation vaine; c’est à quoi s’exposait le ministre anglais en le prenant de si haut au moment de notre intervention en Espagne, La France n’en a tenu compte; il en a été pour ses frais d’éloquence, et je conçois que les amis de la restauration la félicitent encore aujourd’hui d’avoir, en 1823, bravé l’Angleterre. La bravade était sans danger, mais elle avait bon air, et Canning ne put rétablit quelque peu sa position qu’en préservant par un débarquement le Portugal d’une contre-révolution et d’une intervention absolutiste, et puis en humiliant l’Espagne par la reconnaissance de l’indépendance de ses anciennes colonies. Il obtint d’autorité du roi George IV et d’une partie de ses collègues le droit d’insulter ainsi aux préjugés de l’Europe indignée, en donnant du moins gain de cause aux révolutions du Nouveau-Monde. Les paroles provocantes qu’il prononça dans cette occasion furent presque une vengeance pour son amour-propre; mais tout le parti de l’avenir les entendit avec joie.

A l’intérieur, ce fut aussi par son langage et sa tendance plus que par des résultats que le ministère se distingua de ses devanciers. La question des catholiques ne fut pas résolue. De session en session, des motions conçues en leur faveur sous diverses formes passèrent, quelques-unes du moins, à la chambre des communes après une lutte d’éloquence entre Canning et Peel; mais elles allèrent expirer à la chambre des lords. Plus heureux, le chancelier de l’échiquier Robinson et le président du bureau du commerce Huskisson inaugurèrent, l’un ces budgets où l’abaissement des taxes est présenté comme le meilleur moyen d’en augmenter le produit, l’autre ces premiers amendemens aux systèmes prohibitifs ou restrictifs de toute liberté du commerce qui devaient tomber vingt ans plus tard avec tant d’éclat. Et comme la question des céréales est logiquement inséparable de celle des douanes, la coïncidence d’une grande cherté de grains avec une crise commerciale provoquée par les excessives spéculations qui suivirent la proclamation de l’indépendance des colonies espagnoles donna naissance à des souffrances et à des plaintes auxquelles le gouvernement ne put rester insensible. Il réclama le pouvoir de modérer les droits sur les grains étrangers dans les circonstances extrêmes. A la résistance moitié agricole, moitié aristocratique, que souleva cette mesure dictée par la nécessité, on put voir à quelle arche sainte une main téméraire venait de toucher.

Telle était la situation, et une réélection générale ne l’avait pas sensiblement modifiée (juin 1826), quand s’ouvrit la première session de la nouvelle législature. Deux choses préoccupaient tous les esprits. Les plaintes des ouvriers des villes et la détresse des districts manufacturiers ne permettaient plus d’ajourner une révision des lois des céréales. L’état de l’Irlande, agitée par la misère et par des associations catholiques, exigeait à la fois des mesures de répression et des mesures de soulagement. C’est dans ces circonstances que lord Liverpool fut frappé d’une attaque de paralysie. Une crise ministérielle commença, qui dura plus de cinquante jours (17 février — 12 avril 1827).

Le chef du parti ministériel dans la chambre des communes était naturellement désigné pour devenir le chef du cabinet; mais c’était Canning, et Canning, depuis qu’il était rentré dans les affaires, n’avait fait que rétracter les traditions de lord Castlereagh et soustraire la politique étrangère à l’influence du duc de Wellington, qui les représentait dans le conseil avec toute l’autorité de son nom. Quoique en meilleure relation avec Peel, Canning était séparé de lui par toute l’épaisseur de la question des catholiques. On pouvait dire que la majorité ministérielle dans la chambre se composait de deux partis, l’un pour, l’autre contre les catholiques, dont chacun avait son guide et son orateur, l’un Canning, l’autre Peel. Canning s’était laissé aller à dire dans une discussion que, s’il était appelé à composer un ministère, il le choisirait favorable aux catholiques. Qu’il devînt donc premier lord de la trésorerie, et il portait de ce côté toute son influence; la proportion des forces changeait dans le cabinet. La question n’était plus une question ouverte que de nom; elle était moralement décidée contre le privilège protestant. Au vrai, Canning ne pouvait être le chef que d’une nouvelle administration. Dès longtemps suspect à l’ultratorisme, il s’était fait des ennemis par la légèreté de sa conversation, par les dédains de son esprit; il avait des admirateurs et des amis, mais point de parti, et cet homme de lettres était un homme nouveau dont la grande aristocratie répugnait à subir la domination.

Cependant les affaires marchaient toujours. Le gouvernement avait demandé que la chambre prit en considération la révision de la législation sur les grains; Canning avait justifié la motion en annonçant un abaissement de tarif au grand scandale de tous les propriétaires des comtés. Il n’avait pu empêcher sir Francis Burdett de proposer prématurément l’émancipation des catholiques. La chambre avait encore assisté au duel de parole entre Peel et lui, et elle avait donné l’avantage au premier; mais la majorité n’était que de quatre voix.

Canning, sans exiger précisément le titre de premier (the premiership), était décidé à ne point souffrir qu’il fût donné à un adversaire des catholiques, et il proposait d’élever M. Robinson à la pairie et de le mettre à la tête de la trésorerie; mais Peel, sans disputer ce poste à personne, déclarait qu’il se retirait, si le chef du cabinet était favorable aux catholiques. Chargé des affaires d’Irlande comme ministre de l’intérieur, il devait être en plein accord sur cette question vitale avec son supérieur officiel. On savait que lord Wellington avait dans les mêmes conditions annoncé sa retraite il siégeait dans le conseil comme grand-maître de l’artillerie, et la mort du duc d’York venait d’ajouter à ses titres celui de commandant en chef de l’armée. Canning sentait bien que l’opposition d’un tel personnage et celle de Peel ne lui permettaient pas de composer une administration à son gré, à moins qu’elle ne fût démontrée la seule possible. Il avait donc conseillé au roi d’en former une exclusivement d’anticatholiques. Le roi n’osait; il n’aurait probablement pas trouvé de ministres à cette condition. Il se bornait à indiquer le duc de Wellington comme un chef convenable; mais celui-ci ne s’y prêtait pas, et Canning s’y refusait. Fatiguée de ces retards, la chambre des communes, sur une motion de Tierney, annonça la suspension de ses travaux tant que l’administration ne serait pas reconstituée. Le roi fit alors appeler Canning (10 avril 1827). Je l’ai entendu rendre compte à la chambre des négociations ministérielles, et dire qu’il avait exposé au roi la situation des affaires et que le roi lui avait répondu en lui donnant sa main à baiser. Cela voulait dire qu’il l’avait fait premier ministre. La prétention publique de Canning était, à ce changement près, de continuer le gouvernement de lord Liverpool. Cela était bon à dire, mais lord Eldon, lord Wellington, Peel, se retiraient et en entrainaient d’autres avec eux. Deux seulement des membres. anticatholiques consentaient à rester. Canning leur donna pour appui un nouveau chancelier, sir John Copley, qui venait de parler fortement contre la motion de sir Francis Burdett; c’est lui qui, sous le nom de lord Lyndhurst, a fourni une si longue et si heureuse carrière. Les autres ministres étaient choisis parmi ces tories éclairés qui apercevaient les signes des temps et entraient pour ainsi dire dans une nouvelle vie politique. Un d’eux était lord Palmerston, qui, secrétaire de la guerre sous lord Liverpool, obtenait pour la première fois et avec le même titre un siège dans le cabinet. Il passait pour plus capable dans les affaires qu’au parlement. Mais cette administration de tiers-parti, qui ne satisfaisait guère qu’une portion de l’ancienne majorité, avait besoin de renforts. Huit ducs avaient signé des représentations adressées au roi contre la primauté de Canning. Lord Grey lui-même, excepté nominativement par le roi de toute combinaison ministérielle, semblait regarder le dernier arrangement comme une intrigue. Heureusement tous ses amis n’en jugeaient pas de même. Les whigs avaient senti tout le prix de cette première décomposition du puissant parti qui les avait comme opprimés si longtemps. Leur secours était nécessaire, leur proscription touchait à son terme. Bientôt lord Lansdowne, lord Carlisle, Tierney, prirent place dans le cabinet sous des titres secondaires; mais après la session lord Lansdowne fut secrétaire d’état de l’intérieur.

J’étais en Angleterre alors, et l’on peut se figurer quel sentiment de délivrance avait pénétré dans toute la masse du parti libéral. C’était quelque chose comme le soulagement et la joie qu’allait bientôt produire en France le résultat des élections de la fin de 1827. Sans prévoir ce rapprochement, je me bornais à suivre à Londres avec un vif intérêt le premier présage d’un retour à la politique de Fox. J’ai entendu Canning le jour de ses explications sur la formation du cabinet; je l’ai entendu le jour où il présenta son budget. Sa figure était belle, fine et bienveillante; son front chauve et des traces visibles d’une santé fort éprouvée ne le vieillissaient pas prématurément; du moins ses manières agréables et simples, son débit plein de grâce et d’expression, ne paraissaient avoir rien perdu de l’attrait qui dès longtemps lui gagnait les assemblées, heureuses de l’écouter. Cependant sa position était fort contestée. C’était évidemment une témérité considérable que d’entrer dans le pouvoir en faisant sortir le duc de Wellington, et la sécurité des amis du ministère n’était pas complète. A cette époque avancée de la session, une seule question pourtant pouvait offrir un point d’attaque. Le nouveau bill sur les céréales avait pour base le système connu sous le nom d’échelle mobile. Le prix moyen qu’il tendait à garantir aux agriculteurs équivalait à celui d’environ 26 fr., par hectolitre. Il n’en fut pas moins attaqué avec vivacité par tous les country gentlemen de la chambre des communes. Un des types les plus complets de cette honorable classe de petits esprits, sir Thomas Gooch, proposa d’ajouter au bill un article pour obliger tout navire qui apporterait du blé en Angleterre d’exporter, au lieu de lest, une cargaison d’économistes. « Le bill, s’écriait un autre, est destiné à détruire le clergé, l’aristocratie et la liberté.de l’Angleterre. » Et tout cela parce que passé un certain taux, par chaque deux shillings d’augmentation sur le prix du blé, le droit d’entrée diminuerait de la même somme!

Mais c’est dans l’autre chambre que la grande propriété fit contre cette prétendue atteinte à ses droits une éclatante défense à laquelle on regretta de voir lord Grey s’associer, et, quoique le bill eût été préparé sous lord Liverpool, le duc de Wellington fit passer un amendement qui força le ministère à l’abandonner. En présentant quelques mesures provisoires, qui ne pouvaient être rejetées, Canning ne cacha point ce qu’il pensait de l’opposition des lords et de son illustre adversaire. Ainsi la session finit par une rupture ouverte avec la grande aristocratie; mais on était au 30 juin, et le 8 août une courte maladie enlevait Canning aux espérances de son pays et de son ambition.

M. Robinson qui, sous le nom de lord Goderich, avait représenté le ministère dans la chambre haute, succéda à Canning, et le secrétaire d’état des colonies, Huskisson, devait avoir la direction de la chambre des communes. Cette combinaison ne pouvait être de bien longue durée. Huskisson, qui s’était obstinément refusé à devenir chancelier de l’échiquier, avait laissé ces fonctions à un tory de l’ancienne école. La division éclata bientôt entre eux et au moment d’ouvrir la session le cabinet fut dissous. Une réaction était inévitable. L’heureuse coalition qui s’était formée l’année précédente n’avait pas un avenir assuré, même si Canning eût vécu. Avec lui cependant, elle aurait peut-être acheminé sans secousse l’Angleterre vers cette transformation politique à laquelle nous assistons depuis plus de trente années. On essaya de faire le contraire. « Lorsque le prince-régent m’appela en 1828, racontait le duc de Wellington, il était sérieusement souffrant, quoiqu’il n’en voulût jamais convenir. Je le trouvai au lit, habillé d’une sale camisole de soie avec un bonnet de nuit en turban, l’un aussi gras que l’autre, car malgré sa coquetterie pour la toilette en public il était extrêmement négligé et mal tenu en particulier. Ses premiers mots furent « Arthur, le cabinet est défunt. » Et alors il se mit à décrire la manière dont les derniers ministres avaient pris congé de lui en donnant leur démission. Cela était accompagné de la plus plaisante mimique de la voix et des façons de chaque personnage, et d’une si parfaite ressemblance qu’il était tout à fait impossible de ne pas éclater de rire. Les conditions du prince étaient que lord Grey ne fût de rien (lord Grey était pour lui ce que Fox était pour son père), qu’on ne fît pas de l’émancipation des catholiques une question de cabinet, que le lord chancelier, le lord lieutenant et le chancelier d’Irlande fussent protestans, c’est-à-dire du parti hostile aux droits des catholiques. Il eut satisfaction. On l’aurait bien surpris, lui et ses nouveaux ministres, de leur dire qu’il n’y gagnerait rien, et qu’à un an de là les adversaires de Canning exigeraient de lui ce que lui-même Canning n’aurait osé lui demander.


VII.

Pour personne, la composition d’un ministère dans une couleur exclusive n’offrait de sûreté. Wellington et Peel, qui devaient être les chefs, recherchaient l’alliance de tout le monde. Il s’agissait toujours de reconstituer le ministère Liverpool ou même de continuer le ministère existant en le faisant pencher d’un autre côté. Ils furent assez heureux pour conserver d’abord avec lord Lyndhurst Huskisson, lord Dudley, Charles Grant, lord Palmerston. William Lamb (lord Melbourne) resta secrétaire d’Irlande sous l’autorité du marquis d’Anglesey. Enfin Huskisson, rendant compte aux électeurs de Liverpool des motifs de sa participation à l’administration nouvelle, se crut en droit de dire « Je n’ai jamais été lié à ces opinions héréditaires des grandes familles ni aux haines qu’elles ont engendrées. Je ne me suis occupé, ainsi que M. Canning, que du bonheur de tous, et je serais indigne de m’appeler son ami, si je cherchais, en son nom, à perpétuer des animosités que son cœur abhorrait. Ainsi on n’abandonnera pas les principes libéraux de ce grand homme d’état, et celui-là serait indigne d’être le ministre de cette grande nation qui ne défendrait pas la cause de la liberté. »

C’était beaucoup promettre, et du moins de ce côté-ci du détroit cette assurance n’obtint pas une foi entière. Un des derniers actes de Canning avait été le traité par lequel l’Angleterre, la France et la Russie s’étaient entendues pour s’interposer entre la Turquie et la Grèce et procurer à celle-ci une certaine indépendance (6 juillet et quoique le portefeuille des affaires étrangères fût resté dans les mains d’un ami de Canning, lord Dudley, on ne croyait pas retrouver son esprit ni celui du traité même dans la manière gauche et maussade dont le gouvernement avait pris la bataille de Navarin, accueillie ailleurs avec une sorte d’enthousiasme. L’opposition se plaignit, et sans aucun doute Canning aurait plus adroitement concilié le fidèle attachement du cabinet britannique aux intérêts de la Turquie avec les ménagemens dus à l’opinion passionnée pour la Grèce; mais en Angleterre ces questions ne sont pas dans l’usage d’importer beaucoup à la situation des ministres. C’est sur les questions de tolérance religieuse qu’on attendait la nouvelle administration. On était curieux de savoir si, par le dernier changement, le bigotisme protestant avait repris beaucoup de terrain. Lord John Russell proposa donc l’abrogation de l’acte de test et corporation, c’est-à-dire de la loi qui obligeait, pour être membre d’un corps municipal ou pour remplir certains offices, à faire acte d’adhésion et par serment à la liturgie anglicane. Cette loi, systématiquement éludée, existait cependant depuis Charles II, et il y avait trente-huit ans que Fox en avait demandé l’abolition. Le ministère n’osa y opposer que la demande de quelques restrictions, et la motion passa dans les deux chambres. Lord Wellington, amené, en la discutant, à parler des catholiques, dit qu’il ne voulait nullement aggraver leur sort, mais qu’il était parfaitement décidé à ne leur faire aucune concession.

Sur les céréales, il n’éprouva nul embarras à soutenir un bill qui reposait sur les mêmes principes que celui de l’année dernière et relevait seulement un peu les chiffres de la taxation. Aussi le projet rencontra-t-il une partie des mêmes adversaires, et Wellington et Peel commencèrent à paraître à certains tories d’un peu tièdes conservateurs. L’esprit de transaction était dans l’air pour ainsi dire, et le temps des résistances à outrance était passé. La motion accoutumée de sir Francis Burdett allait en fournir une nouvelle preuve. La discussion fut longue et solennelle. Peel soutint encore avec de grands développemens les opinions d’un digne représentant de l’université d’Oxford, et rencontra encore pour adversaires Huskisson, Grant, Lamb, ses collègues dans l’administration. Sur 538 votans, une majorité de 6 voix leur donna raison.

Quoique le parlement eût toujours rejeté le projet d’une réforme parlementaire, il ne se refusait pas à supprimer les abus de détail trop crians pour qu’on en prît la défense, et, deux bourgs ayant été convaincus d’avoir trafiqué de leurs suffrages, la franchise électorale leur fut enlevée. Il s’agissait de savoir à qui l’on transporterait le droit d’élire de fun d’eux, celui d’East-Retford. Serait-ce aux cantons voisins de Bassetlaw? Serait-ce à une grande ville manufacturière? Peel vota pour les cantons, Huskisson pour Birmingham. C’était au milieu de la nuit. Il écrivit aussitôt au duc de Wellington pour confesser cet acte d’indiscipline. Le sens de sa lettre était, quoi qu’on en ait dit, qu’il n’entendait point se séparer de la politique du gouvernement, mais que si ce manquement aux lois de la solidarité ministérielle paraissait en valoir la peine, il mettait sa démission à la disposition de son chef. L’esprit de Wellington était strict. Il vit dans cette lettre une démission pure et simple, et Huskisson, un peu surpris, dut se retirer. Il fut suivi de lord Dudley, lord Palmerston, Lamb et Grant. Ainsi la tradition de Canning sortait du pouvoir. Wellington y fit entrer des officiers qui avaient servi avec lui. On l’accusa de faire du cabinet un état-major. Il y avait au moins une exception, car lord Aberdeen, qui n’avait eu jusqu’alors dans le gouvernement qu’un titre sans fonction, devint ministre des affaires étrangères. La sagesse et la modération ne pouvaient pas faire une plus noble recrue. Cependant la cause des catholiques n’avait certes pas gagné à ce changement, et quelques jours après elle était de nouveau plaidée devant les pairs par lord Grey et lord Lansdowne. En les appuyant, lord Wellesley amena son frère à lui répondre et à repousser la proposition par les raisons accoutumées. Cependant on trouve dans son discours ces mots « Qu’on permette un peu de calme à l’opinion, que les agitateurs de l’Irlande lui laissent un peu de repos, pour qu’on puisse examiner froidement la question; les esprits pourront se rapprocher, et il sera possible de faire quelque chose. »

Ainsi les troubles de l’Irlande étaient un des grands motifs qui détournaient alors son esprit de toute concession. Ils étaient en effet menaçans. L’île, travaillée par les associations catholiques et orangistes, semblait couver la guerre civile. L’agitation qui se manifeste dans un pays mécontent produit deux effets contraires sur des esprits différens elle irrite ou elle intimide, elle pousse les uns à résister et les autres à condescendre; mais il arrive même qu’elle peut affecter de deux manières opposées la raison de l’homme d’état, et lui persuader successivement ou à la fois qu’il faut contenir par la force et satisfaire par la sagesse. Et cette politique en apparence incohérente est souvent la meilleure. Dans les grands dangers publics, la crainte de paraître faible peut faire autant de mal que la peur de pousser les choses à l’extrême, et il ne faut ni tout souffrir ni s’indigner de tout. Le gouvernement était en présence d’un de ces dilemmes qui font l’anxiété des hommes d’état. Un incident inattendu vint fixer ses incertitudes. Parmi les promotions auxquelles avait donné lieu le dernier remaniement ministériel, celle du successeur de M. Charles Grant à la présidence du bureau du commerce obligeait Vesey Fitzgerald à se représenter devant les électeurs du comté de Clare; il trouva pour compétiteur O’Connell, qui commençait ce rôle légalement factieux qu’il a soutenu avec tant de persévérance et d’habileté, et l’avocat catholique fut élu à plus de 2 voix contre 1. Il devenait bien difficile de maintenir dans une condition d’incapacité politique la masse de ses coreligionnaires. Ces faits significatifs frappèrent également et en même temps l’esprit droit de Wellington et la haute sagacité de Peel. Nous avons du dernier une confidence sincère et détaillée. Ses Mémoires nous font connaître la manière dont se forma sa conviction. Dès la fin de la session, il avait reconnu que la question des catholiques ne pouvait plus rester une question ouverte. Si l’on voulait résister à leurs réclamations, on serait bientôt obligé d’employer la force, et comment le faire avec un ministère et un parlement divisés? Si l’on renonçait à la résistance, c’était un changement de principe et une résolution à prendre. Le premier parti n’était pas absolument impraticable. On aurait pu, en échauffant les esprits en Angleterre, se donner l’appui de l’opinion populaire; mais, disait le duc de Wellington, c’était la conquête de l’Irlande à refaire pour y réussir, il fallait recomposer l’armée, où les Irlandais étaient en grand nombre, et il déclarait qu’il ne voulait à aucun prix commander la guerre civile. La première idée de Peel avait donc été de donner sa démission et d’appuyer librement les mesures d’apaisement que le ministère jugerait à propos d’adopter; mais Wellington lui représenta qu’il ne pouvait, sans son concours officiel, vaincre l’opinion puissante qu’il faudrait affronter, surtout la résistance déclarée du roi et des lords. De quel droit exiger de George IV qu’il fit à la politique la concession de ses scrupules, si Peel ne donnait pas l’exemple en sacrifiant les siens? Peel résolut donc de rester et de faire tète à l’orage. Il dit, et quiconque a touché aux affaires publiques le croira sans peine, que cette détermination fut pour lui la source des épreuves les plus amères, des ruptures les plus pénibles, mais que jamais il n’eut de doutes sur la pureté et la solidité des motifs qui la lui avaient dictée. Pour assurer le succès, les deux ministres devaient garder un profond secret. Plusieurs incidens contribuèrent même à donner le change sur leurs intentions. Ainsi au mois d’août le duc de Clarence, l’héritier présomptif de la couronne, qui, depuis Canning, tenait l’office de lord grand-amiral, et que cette qualité mettait avec l’amirauté dans une relation médiocrement constitutionnelle, se retira sur une question d’attribution, et il passait pour plus favorable aux catholiques que son frère. Vers le même temps, lord Anglesey, dont on louait l’impartiale administration, fut obligé de quitter l’Irlande pour un procédé qui avait blessé le duc de Wellington. Le parti protestant continua donc d’être trompé sur les desseins du gouvernement, et il le lui a reproché plus tard avec une grande amertume. Ce fut au reste à la fin de l’année seulement que la question fut portée devant le cabinet, qui entra tout entier dans les vues de Wellington et de Peel.

On n’avait encore rien dit au roi. Au milieu de janvier, le duc, en lui soumettant un mémorandum que Peel avait rédigé, demanda et obtint l’autorisation pour le conseil de prendre en considération dans son ensemble la situation de l’Irlande et de régler la question des catholiques. Le 17, Peel communiquait à ses collègues un projet d’acte portant abolition de toute incapacité civile fondée sur une croyance religieuse, et l’on décida qu’il serait annoncé par un paragraphe du discours de la couronne. Le roi y consentit à grand’peine, et le discours fut prononcé le 5 février.

On devine quelle explosion de sentimens divers provoqua cette révélation inattendue. Le débat était l’objet d’une solennelle attente. Peel s’y prépara en donnant sa démission de membre pour l’université d’Oxford. Il espérait être réélu, il ne le fut pas, et il eut quelque difficulté à rentrer au parlement par le bourg de Westbury. Il avait proposé d’abord un bill qui prononçait la suppression des associations catholiques en Irlande. L’adoption ne fit pas difficulté, et il annonça pour le 5 mars, après les mesures de rigueur, la motion réparatrice; mais le 4 le roi mandait à Windsor lord Wellington, Peel et le chancelier. Avec une gravité inusitée et d’un air triste et agité, il leur rappela la répugnance avec laquelle il avait accédé à leur prière, et leur demanda de nouvelles explications. Peel lui exposa que le principal obstacle à l’admission des catholiques à tous les droits du citoyen était l’obligation de faire une déclaration contre la transsubstantiation et de prêter le serment de suprématie, qu’ils proposaient de supprimer la déclaration et de retrancher du serment ce qui concernait l’autorité spirituelle du pape. « Qu’est ceci? dit vivement le roi; vous n’avez sûrement pas l’intention d’altérer l’ancien serment de suprématie? On lui expliqua dans quelle mesure on entendait le modifier. Le roi leur dit alors qu’il n’y pourrait consentir, et qu’il n’avait jamais entendu donner cette portée à l’autorisation qu’il leur avait accordée; puis il leur demanda ce qu’ils comptaient faire. Peel répondit qu’il n’avait pas deux conduites à tenir, qu’il retirerait l’annonce du bill d’émancipation et donnait sa démission. Les deux autres ministres tinrent le même langage. Le roi leur témoigna ses regrets de se séparer d’eux, les embrassa et les congédia. La conférence avait duré cinq heures. Lord Eldon a écrit qu’il avait vu le roi ce jour-là et l’avait trouvé dans la désolation. « Que puis-je faire? s’écriait-il, à quoi recourir? Je suis bien à plaindre; ma situation est déplorable, elle est terrible. Et personne autour de moi pour me donner conseil! Si je consens, j’irai aux eaux sur le continent, et de là en Hanovre. Je ne reviendrai plus en Angleterre. Je ne veux pas faire de pairs catholiques; je ne veux pas faire ce que ce bill me donne le pouvoir de faire. Je ne reviendrai plus. Qu’ils prennent Clarence, s’ils veulent un roi catholique! » Retourner dans le Hanovre était la menace traditionnelle de la famille dans les momens de grande difficulté, et le signe ordinaire d’une prochaine concession. Le soir fort tard, le duc de Wellington reçut une lettre par laquelle le roi lui disait que, prévoyant la difficulté de former une autre administration, il consentait à la présentation du bill; mais Peel ne voulut s’y hasarder qu’autant qu’il aurait la promesse de la sanction, il l’obtint, et le lendemain il dit à la chambre : « Je me lève comme ministre du roi, et soutenu par la juste autorité qui appartient à ce titre, pour défendre le conseil donné à sa majesté par un cabinet uni dans la même pensée. » Ce conseil était celui d’émanciper six millions de catholiques, et il fut adopté, après une sérieuse discussion dans l’une et l’autre chambre, par une majorité plus forte qu’on n’avait osé l’espérer. Toutes les fractions de l’opposition soutinrent le ministère, sans compromettre son projet par leurs exigences ni même par leurs éloges. Ainsi fut consommée cette grande réparation aux principes sacrés de la liberté religieuse; mais ce fut surtout le droit qui remporta la victoire. Les avantages que la politique avait espérés dans l’intérêt de l’ordre.et de la tranquillité ne furent qu’en partie réalisés, et, cédant à des ressentimens plus légitimes dans leur origine qu’éclairés dans leur persistance, les catholiques, du moins ceux d’Irlande, ont médiocrement répondu à ce que la liberté anglaise avait fait pour eux.

Il n’en est pas moins vrai que la sagesse même inspira les auteurs de l’acte mémorable du 13 avril 1829. Ils agirent en hommes d’état, et la haine seule a pu suspecter les motifs d’une détermination qui devait coûter beaucoup à leur orgueil, à leurs croyances, à leurs affections, à leurs intérêts, car c’est sur eux que se vengea l’impuissance de leurs ennemis. On n’avait pu entraver le succès du bill dans les chambres; on cessa presque de l’attaquer pour s’en prendre à ceux qui l’avaient conçu. Le déchaînement contre Wellington en particulier fut tel que, peu habitué aux outrages de son parti, il crut devoir venger son caractère les armes à la main, et se battit avec lord Winchelsea pour le réduire à rétracter une imputation offensante. On voit dans les mémoires de Peel avec quelle amertume il ressentit les injustices dont il fut l’objet. Il ne s’en montra pas ébranlé il était destiné à braver de bien autres colères encore. Son mérite propre, le trait caractéristique de sa conduite, c’est que, bien qu’il s’accuse avec beaucoup de modestie d’avoir peut-être cédé trop longtemps à des préjugés irréfléchis, il n’a pas plus que lord Wellington été amené à les mettre en oubli par un changement philosophique d’idées: il n’a pas même cessé de prévoir les inconvéniens et les dangers de la réforme qui allait s’accomplir; mais à la refuser, à l’ajourner, les inconvéniens et les dangers étaient plus grands encore. Distinguer cela avec certitude et se conduire en conséquence, c’est là proprement la politique. C’est ce que surent faire Wellington et Peel, quoique deux des trois pouvoirs fussent contre eux, que l’opinion populaire fût contre eux, que la portion la plus énergique de leur parti menaçât de les abandonner, tandis que le sentiment auquel ils se ralliaient n’avait pour lui qu’une élite d’hommes éclairés et une masse de mécontens qu’ils n’étaient pas sûrs de regagner. Des associations séditieuses semblaient discréditer les concessions qu’elles appuyaient de leurs clameurs, car c’est une observation de sir George Lewis que l’émancipation a été, pour ainsi dire, emportée de force par les associations catholiques, la réforme parlementaire par les unions politiques, l’abrogation des lois sur les grains par la ligue anti-corn-law. Mais ni Wellington, ni Peel ne se sont en 1829 inquiétés de paraître céder à la menace. Le duc de fer (the iron duke) n’avait point de scrupules à reculer devant le danger de l’état, et tous deux savaient que la prudence qui transige avec la nécessité prouve souvent plus de fermeté d’esprit que l’entêtement inébranlable. C’est là la leçon que ces nobles personnages étaient destinés à donner aux conservateurs de tous les pays.

Nous n’en jugions pas tout à fait ainsi en France au milieu des événemens. Les ombrages du patriotisme nous rendaient difficilement justes pour lord Wellington, et peu après la loi d’émancipation le roi Charles X formait un ministère auquel le prince de Polignac a attaché son nom. Le roi George IV s’était montré fort royaliste en 1814; la restauration s’était faite en 1815 sous les auspices de Wellington. M. de Polignac, qui venait de quitter l’ambassade de Londres, prétendait aimer l’Angleterre, croyait avoir étudié ses institutions, et passait pour être recommandé par la bienveillance de ses ministres. Un point plus sérieux, c’est que l’intérêt que la France portait aux Grecs l’avait rapprochée de la Russie. M. de La Féronnays, qui, lui, avait été ambassadeur à Saint-Pétersbourg, inclinait naturellement de ce côté la politique française, et l’empereur Nicolas, dans sa querelle avec la Turquie, où ne l’avaient suivi ni l’Autriche ni l’Angleterre, avait apprécié assez haut le concours moral de la France pour lui faire espérer, en cas de guerre générale, un dédommagement territorial. Ce fut toujours le rôle de ce prince de donner en sens divers des espérances et de n’en réaliser aucune; mais c’était assez pour dire que le ministère Martignac représentait la politique russe, et le ministère Polignac la politique anglaise. On exagérait ces différences, et surtout on était loin de la vérité, si l’on croyait que les ministres anglais eussent la moindre confidence des desseins de la cour des Tuileries. La politique des coups d’état était si bas dans leur estime qu’ils n’y pouvaient même croire.

Il était vrai cependant que leur rapprochement avec le parti libéral s’était borné à la coopération nécessaire pour résoudre la question des catholiques, et quand vint la session de 1830, ils se trouvèrent au sein des chambres dans une sorte d’isolement. Une section du parti tory leur gardait rancune. Huskisson les sommait d’entrer dans la voie des progrès administratifs et économiques. Au nom des amis de Canning, lord Palmerston leur reprochait le déclin de la politique anglaise dans l’opinion libérale du monde. Enfin le succès d’une première réforme si longtemps combattue encourageait sur tous les autres points le parti réformiste, et dans la ville de Birmingham quinze mille personnes se réunirent pour jeter les bases de l’association qui devint célèbre sous le nom d’Union politique. Elle avait pour objet la réforme parlementaire et le redressement des griefs des classes ouvrières.

Le roi, quelque souvenir qu’il pût conserver de la violence faite à ses préjugés l’année d’auparavant, n’aurait pas abandonné un cabinet qui était encore le plus résistant, le plus tory qu’il pût avoir; mais il mourut à soixante-huit ans, le 26 juin 1830, un mois juste avant la révolution de juillet.

Le duc de Clarence, Guillaume IV, qui lui succédait, s’était récemment séparé du ministère. Il s’était, selon l’usage, distingué du roi régnant dans l’appréciation de certaines questions et de certaines circonstances. Après lui, la couronne devait revenir à une enfant de onze ans, la fille de la duchesse de Kent et la nièce du prince Léopold de Cobourg, qui avait eu récemment à se plaindre de l’administration. La politique ministérielle n’était donc pas en progrès, et M. Brougham, les yeux fixés sur la France, s’écriait :


« Craignez que votre position ne devienne la même que celle du prince de Polignac. Il veut à toute force renvoyer les représentans de la France à leurs commettans. Ils vont élire une nouvelle assemblée, et cette grande nation se lève, non pas en armes, on aurait pu la réprimer, mais dans toute la gloire de la raison, pour le bonheur de tous les hommes libres, et de nous, de nous Anglais en particulier. Elle est résolue à réduire à néant les mesquines intrigues du prince un tel et du duc un tel, à ne pas plus s’embarrasser d’eux que d’une poignée de jésuites; elle est debout maintenant Nous verrons dans ce pays, aussi bien que dans le nôtre, que les jours de la violence sont passés, et que celui qui viendra gouverner par la force de la royauté ou par le pouvoir militaire sera précipité du haut de sa grandeur. » Un mois ne s’était pas écoulé depuis que ces paroles avaient été prononcées, qu’elles étaient confirmées par la révolution des trois journées. Jugez comment, dans l’état de l’opinion, cet événement, sympathique à tous les peuples, dut être accueilli en Angleterre. Comme pour en attester l’effet puissant, le bonheur voulut que les élections, suite nécessaire de l’avènement d’un nouveau roi, s’accomplissent au moment où l’opinion publique était encore émue de l’exemple donné par la France. On ne tarda pas à voir qu’elles amenaient sur la scène une chambre des communes qui, la première depuis quarante-six ans, respecterait peu les traditions inaugurées par les élections de 1784.

Le bon sens de Wellington la prudence éclairée de lord Aberdeen, ne pouvaient se dresser contre le sentiment public, et d’ailleurs ils étaient de ceux qui croyaient que l’infortunée dynastie qui perdait la couronne de France l’avait de gaîté de cœur jetée au vent des révolutions. Ils s’en dédommagèrent sur les événemens de Belgique, qui leur paraissaient moins motivés, et qui atteignaient un prince protestant et la maison de Nassau. Leur langage fut relevé sévèrement par lord Grey et par M. Brougham. Chaque jour irritée davantage, l’opinion grondait autour de Westminster. Suivant un ancien usage, le roi, pour célébrer son avènement, devait accepter un repas que lui offrait la Cité de Londres. Le jour même où il devait se rendre à Guildhall, le 7 novembre, le festin fut contremandé par un billet du ministre de l’intérieur. On croyait avoir à craindre que dans le trajet le gouvernement du roi ne fût insulté dans sa personne. Le souvenir des insurrections de Paris et de Bruxelles agitait tous les esprits, et l’on avait dû réunir des troupes pour répondre de la tranquillité de la ville. Il était grand temps que la chambre intervînt elle mit le ministère en minorité sur une question relative à la liste civile, et le cabinet fut dissous.

Les événemens qui suivirent appartiennent à une période de l’histoire parlementaire de l’Angleterre différente de celle dont nous nous sommes proposé d’indiquer les principaux traits. Qu’il nous suffise de dire qu’enfin lord Grey, montant au rang que Fox lui assignait, fut appelé à former un cabinet. Quelques mois après, lord John Russell demandait à la chambre des communes la permission de présenter un bill pour la réforme de la représentation de l’Angleterre et du pays de Galles. Une révolution se convertissait en réforme, et le peuple anglais prouvait une fois de plus qu’il était le peuple sage et intelligent de l’Écriture: populus sapiens et intelligens.


CHARLES DE RÉMUSAT.