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Elle n’est pas morte

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Chants révolutionnairesAu bureau du Comité Pottier (p. 142-144).



ELLE N’EST PAS MORTE



Aux Survivants de la semaine sanglante.


On l’a tuée à coups d’chassepot,
À coups de mitrailleuse,
Et roulée avec son drapeau
Dans la terre argileuse
Et la tourbe des bourreaux gras
Se croyait la plus forte.
Tout ça n’empêch’pas,
Nicolas,
Qu’la Commune n’est pas morte !

Comme faucheurs rasant un pré,
Comme on abat des pommes,
Les Versaillais ont massacré
Pour le moins cent mille hommes.
Et ces cent mille assassinats
Voyez c’que ça rapporte.
Tout ça n’empêch’pas,
Nicolas,
Qu’la Commune n’est pas morte !

On a bien fusillé Varlin.
Flourens, Duval, Millière,

Ferré, Rigault, Tony Moilin,
Gavé le cimetière.
On croyait lui couper les bras
Et lui vider l’aorte.
Tout ça n’empêch’pas,
Nicolas,
Qu’la Commune n’est pas morte !

Ils ont fait acte de bandits,
Comptant sur le silence,
Ach’vé les blessés dans leurs lits,
Dans leurs lits d’ambulance.
Et le sang, inondant les draps,
Ruisselait sous la porte.
Tout ça n’empêch’pas,
Nicolas,
Qu’la Commune n’est pas morte !

Les journalistes policiers,
Marchands de calomnies,
Ont répandu sur nos charniers
Leurs flots d’ignominies.
Les Maxim’Ducamp, les Dumas,
Ont vomi leur eau-forte.
Tout ça n’empêch’pas,
Nicolas,
Qu’la Commune n’est pas morte !

C’est la hache de Damoclès,
Qui plane sur leurs têtes.
À l’enterrement de Vallès
Ils en étaient tout bêtes.
Fait est qu’on était un fier tas

À lui servir d’escorte !
C’qui vous prouve en tout cas,
Nicolas,
Qu’la Commune n’est pas morte !

Bref, tout ça prouve aux combattants
Qu’Marianne a la peau brune,
Du chien dans l’ventre et qu’il est temps
D’crier : vive la Commune !
Et ça prouve à tous les Judas
Qu’si ça marche de la sorte,
Ils sentiront dans peu,
Nom de Dieu !
Qu’la Commune n’est pas morte !


Paris, mai 1886.