Encyclopédie méthodique/Arts académiques/Equitation/Cheval (équitation)

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Panckoucke (1p. 41-88).

CHEVAL. Pour conduire parfaitement un cheval, il eft de nécefTité abfolue d’en connoitre â fond toutes les parties » leur jeu réciproque, & leurs différents ufages. Quant à Tanatomie, voyez le diâionnaire d’hiftoire naturelle & celui d’hippiatrique. Quant aux ufages, à la perfeâion & aux défauts des parties, relativement à Téquitation, je ▼ais raffiembler dans cet article ce que les meilleurs auiteurs en ont écrit)ufqu*à préfent. Du NOM ET DE LA SITUATION DES PARTIES EXTERIEURES DuChEVAL. (LA GueRINIÈRE). Pour faciliter la connoiffance du cheval, je le | dîvife en trois panies principales ; fçavoir, lavant— j main ; le corps Se l’arriére-main. Les parties qui compofent l’avant-maîn, font la tète, l’encolure, le garot, les épaules, le poitrail ou la poitrine, & les jambes de devant. Les parties du corps, font les reins, les rognons, les cites ou les côtes, le ventre & les flancs. Celles de l’arriére — main, font la croupe, les hanches, la queue, les feffes, le graffct, les cuiflês, le jarret & les jambes de derrière. De U fitmation 6^ de la dîvtfion particulière des Parties de PApant-main,

La première panii de ravant-main, eft la tète, 3ui a une diviiion particulière, étant compofée e^ oreilles, du front, des tempes, des falières, des fourcils, des paupières, des yeux, de la ganache & de la boMche.

De toutes ces parties, je ne donnerai la définition que de la ganache & de la bouche, parce que les autres font afl*ez connues.

La ganache eft une partie compose de deux os £juitation, Efcritne & Dan/e.

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’de la mâchoire inférieure qui touchent le gofier. Cette partie eft mouvante & fert à mâcher les aliments.

La bouche a fes parties extérieures & fes parties intérieures.

Les panies extérieures, font les lèvres, les na-< zeaux, le bout du nez, le menton & la barbe, qui eft Tendroit où porte la eourmette. Les parties intéfrieures de la bouche, font la langue, le canal, le palais, les barres & les dents. ^ Le canal eft le creux de la mâchoire inférieure où eft (ituée la langue.

Les barres, font Tendroît de la bouche cù il ny a jamais de dents, & où fe doit faire Tappui du mors.

Les dents ont auffi une divifion particulière, par laquelle on connoit l’âge du cheval ; mais on ne parlera de cette divifion que dans le chapitre troifième.

L*encolure où eft attachée la tête, eft la féconde partie principale de lavant-main. Elle eft bordée dans Ta partie fupérieure parle crin ou la crinière » Si elle fe termine au garot »

Le crin qui toml^ fur le front entre les deux oreilles, & qui fait partie de la crinière, s*appelle toupet,

V.e gofier eft la partie inférieure de l’encolure. II commence entre les deux os de la ganache « & finit à la partie fupérieure & antérieure da poitrail. Le garot eft placé à Textrémité de la crinière, 8c au haut des épaules.

Les épaules commencent au garot & finifleat au haut du bras.

Le poitrail eft la panie antérieure de la poUtrine ^ contenue entre les deux épaules, laquelle com- » mence au bas du eofier, & énit entre les deux bras : Les jambes de devant font attachées aux épaules, & ont encore une divifion particulière, étant compofées du bras, du coude, de Tars, du genou « ’ du canon, du nerf, du boulet, du paturon, de la couronne & du pied.

Le bras eft cette partie fupérieure de la jambe t qui eft depuis l’énaulejufqu’au genou. Le coude eft ros du haut de la jambe, qui eft fitué entre les côtes.

L’ars eft une veine apparente, fituée au-devant & au-dedans du bras.

Tous les chevaux ont au-defliis du genon en de «  dans, une efpèce de corne tendre, fans poil, qu’on appelle chateignes, plus ou moins grofles, mais toujours apparentes. Elles fe trouvent également aux jambes de derrière, avec ceue différence cependant, qu’à celles-ci elles font placées au-deffous des jarrets aiiffi en dedans. Le genou eft la jointure du milieu de la jambe, qui aflemble le bras avec le canon. Le canon eft Ja partie de la jambe, qui commence au genou & finit au boulet. Derrière le canon, il y a un tendon qu’on appelle communément le n^rfde la jambe, oui règne tout du long , & dont la qualité contribue beaucoup à la bonté de la jambe , comme nous le dirons ci- après.

Le boulet efi la jointure du canon avec le paturon.

Derrière chaque boulet f tant aux jambes de devant qu’à celles de derrière, il y a un toupet de poil qu’on appelle fanon , au milieu duquel il y a une efpèce de corne-tendre , qu’on nomme ergot. Le paturon eft la partie fituee entre le boulet & la couronne.

La couronne eft le poil qui couvre & entoure le hautdnfabot.

Le pied , qui eft la dernière partie de la jambe , cfi divifè en parties fupérieures & inférieures» Les parties fupérieures font le iâbot, les quartiers , la pince oc le talon.

Le fabot efl toute la corne qui règne autour du pied.

Les quartiers font les deux côtés du (abot ^ depuis la pince jufqu’au talon. On dit quanier de dedans & quartier de dehors.^

La pince eft le bout de la corne» qui eft au-devant du pied.

Le talon eft la partie de derrière du pied , où fe terminent les quanîers , à ToppoCte de la pince. , ■ Les parties inférieures du pied font la fourchette » la foie & le perit-pied.

La fourchette eft une corne tendre & molle » placée dans le creux du pied , qui fe partage en deux branches vers le talon en forme de fourche » d ou lui vient le nom de fourchette. La foie eft l’efpace de corne qu’on voit dans le Cftux du pied , entre les quaniers & la fourchette. Ceft une corne plus dure que celle de la fourchette, & plus tendre que celle du fabot. Le petit-pied eft un os fpongieux , renfermé dans le milieu du fabot , entouré d’une Chair , qui lui fert de nourriture. Il n’eft point vifible » même quand le cheval eft deftblé.

De lafituétion des parties du Cêrps. Les reins font la partie fupérieure du corps du ihevaL Us prennent depuis le garot jufqu’à la croupe ; mais ce nom n*appartlent proprement qu’à l’extrémité de l’épine la plus voifine Je la croupe , qu’on a appellée jufqu’à préfem rognons ; comme Fufage a donné à cette partie le nom de reins , nous en conferverons la dénomination. Les rognons font proprement les reins ; & cVfl la partie de Tépine du dos qui eft la plus proche de la croupe.

Les côtés font le tour des côtes, qui renferment les parties internes contenues dans le ventre du chevaL

Le ventre eft la panie inférieure du corps , fituée au bas des côtes.

Les flancs font placés depuis la dernière côte jufqu’à J os des hanches , vis-a*vis du graflet » dont la définition eft dans l’article fuivant. c H £

De lafitttoàondes parties 4e PArriire’nuun» La croupe eft la partie fupérieure de Tarrière* main , qui va en rond depuis les rognons jufqu’à la queue.

Les feftes prennent depuis la queue en defcendant jufqu’au pli , qui eft à ToppoCte du graftet. Les hanches font les deux pôtés de la croupe. Elles prennent depuis tes deux os qui font au haut des flancs jufqu’au graflet. On appelle aufli vulgairement les hanches , tout le train de derrière ou Tarrière-main.

Le graflet eft la jointure placée av bas de la hanche , vis-à-vis des flancs , à l’endroit où commence la coiffe. C’éft cette panie qui avance près du ventre du cheval quand il marche. Les cuifTes prennent depuis le graflet oui en fait partie ,*& depuis Tendroit où nnifTent les fefTes, jufqu’au plidu iarret.

Le jarret eft la jointure <{ui aflenble le bas de la cuiffe avec le canon delà jambe de derrière. Les jambes de derrière étam femblables aux jambes de devant dans les autres parties , il n*eft pas néceflaire de rapporter ici ce qui en a été dit. Dans les définitions cu*on vient de donner on a négligé de parler de la âtuation de quelques parties du cheval , parce quelles font fi généralement connues , que le détail en eut été inutile» Quoique ces définitions foient très-claires, ce-’ pendant pour avoir une connoifTance encore plus par&ite & plus imellîgible , on peut avoir recours à la planche qui eft au commencement de cet ouvrage « dans laquelle toutes les parties extérieures du cheval font diftinguées & nurquées par des chiflres de renvoi.

De la Beauté & des défauts des parties extérieures du Cheval.

La beauté d’un cheval confifte dans la conformation & dans la jufle proponion de fes parties cxté«  rieures. Comme il eft dangereux dans le choix d’un cheval , de fe laiffer féduire par la figure & par un je ne fçai quoi qui plaît , qui fouvent fafcise les yeux, & empêche qu’on examine d’aflez prés, &

?|u’on ne détaille au jufte toutes fes parties ; il faut 

uivre en cela le confeil de M. de Soleyfel , auteur du parfait maréchal , qui dit : « Que lorfqu’on veut n acheter un cheval y il faut fe prévenir d’abord >» contre , afin d’être juge févère de tous fes dé-. » fauts ».

De la beauté & des défauts des parties de P jetant* main.

Après avoir donné la définition de toutes les parties extérieures ducheval^il faut examiner maintenant , en fuivant le rang que nous avons donné à chacune de ces parties , feulement celles qui contribuent

à la beauté où à la difibrmité du chevaK
CHE CHE 43
De la Tête.

Une belle tète en eéniral eft petite , fèche , caqrte & bien placée. Quand elle a ces qualités , on voit ordinairement des ramifications de veines qui régnent le long de la tète , defcendant depuis les yeux iufqu*aux deux côcés des nazeaux »ce c[ui embellit beaucoup cette partie.

Il fiiiut qu*elle foit petite , parce que les têtes grofles&quarrées, outre leur difformité , pèfent ordinairement à la main.

Elle doit être (èche, car celles qui font chargées de chair qu’on nomme fêies graffes , font fujettes au mal des yeux. 11 ne faut pourtant pas qu’elle foit fi féche » qu’elle foit privée de nourriture ; car elle feroit encore plus (ujette au mal des yeux qu’une tête grafle.

Il y a des têtes qui font groâTes d’oflemens ,. qui pèchent contiv la beauté feulement , & non contre la bonté.

Il faut que la tète foit un peu coune : les têtes trojp longues , qa*on appelle têtes de vieilles^ font dimrmes ^ quoiaue la plupart des chevaux des meilleures races o’Andaloufie pèchent par cet endroit ; mais on leur pafle ce manque de beauté en faveur de leurs rares qualités.

La tête d’un cheval pour être bien placée , doit tomber perpendiculairement » ou à plomb $ du front au bout du nez. Lorfqu’elle fort de la perpendiculaire en avant, on appelle ce défaut , tendre le nei , pcner au vent , tirer à la main : & lorfqu*elle vient en deçi , & que le cheval baifle le nez & la tête , il pêfe ordinairement à la main ; s’il fe ramène trop , & que la branche de la bride appuie contre le gofier,c’eft ce qu’on appelle tut cheval tncapttchonné»

Il y a encore un défaut qu’on appelle tite mal attachée ; c’eft lorfque la partie fupérieure de la tète , qui eft entre les deux oreilles , fe trouve plus élevée que l’encolure.

Des Oreilles.

La forme des oreilles » leur fituatîon & leur mouvement , font les principales chofes à examiner dans cette partie.

Un cheval doit avoir les oreilles petites & déliées ; quand elles font trop épaifTes , larges & pendantes , ce défaut fait nommer un cheval oreillards Beaucoup de chevaux d’Ef pagne cependant , & des meilleurs haras , ont les oreilles longues ; mais pour l’ordinaire elles font bien placées* ce qui en corrige le défaut.

Les oreilles bien placées doivent être au haut de la tète , peu diftantes l’une de l’autre. Quand un cheval marche , il doit avoir les pointes des oreilles avancées ; cette fi^uation donne un air d’éfronte* rie, qui fied parfaitement bien à un brave chevaL Par le mouvement des oreilles , on juge du naturel d’un cheval. Ceux qui font colères « malins , pprtent une oreille en avant , & l’autre couchée en c H E 43

’ arriére ^8t continuent ce mouvement alternativement. Comme cette partie eft le fîège de l’ouïe , un cheval forte les oreilles du cdté où il fe fait du bruit. & on le frappe fur la croupe y il tourne les oreilles vers le dos, & s’il eft effrayé de quelque objet par devant , il les porte en avant , & baiffe les pointes. Si le bruit fe tait à côté de lui , il tourne l’oreille de ce côté. Mais le plus beau port d’oreilles , & la fituatîon la plus belle & la plus noble , c*eft d’avoir en marchant les pointes des oreilles hautes & en avant ; ce qui forme , comme nous venons de dire , l’oreille hardie , parce qu’alors le cheval regarde fièrement ce qui fe préfeme à lui. Du Front*

La beauté du front d’un cheval^ c’eft d’être un peu étroit & uni ; enforte qu’il ne foit ni trop avaqcè » ni trop enfoncé. Les têtes qui ont le bas du front un peu avancé , s’appellent têtes èufyuéés ou mou^ tonnées , comme le font celles de la plupart des chevaux anglois , des barbes , & de ceux nés dans les pays orientaux , & aufli de ceux de leur race. Un défaut effentiel contre la grâce , c’eft lorfque le cheval a le front ba&& enfoncé ; on appelle ces chevaux camus.

Une marque <iui embellit beaucoup la tète du cheval , .& qui lui donne de la grâce , c eft lorfqu’il a au milieu du front une étoile ou pelote blandie : cela doit s’entendre des chevaux noirs, bais, alezans, ou qui ont un poil tirant fur le brun. Prefque tous les chevaux ont encore au milieu du front un épi ou molette ; c’eft le nom qu’on donne au retour de poil , qui , au lieu d’être couché comme il Teft par-tour le corps ,. remonte d’un fens oppofé. 11 s’en trouve de femblables aux flancs, au poitrail , & en d’autres endroits. Des Salières^

La feule belle qualité que doivent avoir les &• lières, c’eft d’être pleines , & même un peu élevées. Lorfqu ’elles font enfoncées & creufes, c’eft le défaut des vieux chevaux : il fe trouve pounant quelques jeunes chevaux qui om cette imperfection ; mais par ce figne on connmt qu’ils font en^ gendres de vieux étalons j

Des Teux.

La plus belle partie de la tête ducAev^, c’eft Toeil. Cette partie eft aulfi difficile que nécefiaire a connoitre.

L’œil doit être clair, vif %L effronté , nî trop gros , ni trop petit , placé à fleur & non hors ^e tète. Un cheval qui a de gros yeux fortant de la tête , a ordinairement l’air morne & ftupide ; & ceux qui les ont trop petits & enfoncés , ( on les appelle y eux de cochon , ) ont le regard trifte & foiiventlavue mauvaife.

Telles font les remarques eénésales qu’on doit faire d*abord fur les yeux, en fuite de quoi il eft néceffaire de les examiner plus en détail : & pour ea Fij 44 C HË faire rcxâinen ngoureox & en juger fainetoent ^ il faut , il le chival eA dans un lieu obfcur’y le faire conduire dans un lieu clair , & là , lui regarder les yeux Tun après l’autre , de coté & non vis-à-vis. Il oe faut pas non plus les reprder au foleii ; au contraire , il £ïut mettre la mam au-de0us de Toeil pour rabattre le grand jour & empêcher la réflexion. « Les deux parties de Tceil les plus effentielles à connoitre,& qu’il faut examiner avec le plus de foin , foiu la vitre & la prunelle, -La vitre eft la partie extérieure de l’œil , & la prunelle la partie interne , ou le fond de l’œiL Ceft de Texaâe confidération de la vitre que dépend la parfaite connoiflance de l’œil. Elle doit être claire & tranfparente » enforte qu’on puifle voir la prunelle fans aucun empêchement* Lorfque , cette partie eft trouble & couverte , c’eft îiene que le cheval eft lunatique , c’eft-à-dire , qu’il lui furvient des fluxions de temps à autre fur l’œil , & lorfque b fluxion a endommagé un œil , il devient Î>lus petit que Taurre , alors il eft perdu fans refource y puifqu’il fe deflSche. Quelquefois un œil paroit plus petit que l’autre , parce que par quelqu’accident la paupière a été fendue , & qu’en fe rejoignant elle refte plus ferrée. Mais il eft rare que cela arrive , & il eft atfé de ne s’y pis tromper , en examinant fi l’œil n’eft ni trouble ni brun. • Lorfqu’uncArvif/ jette la gourme 9 ou change les ëoiusde4ait. ou poufle les crochets d’en haut, il arrive fouvent que la vue lui devient auffi trouble que s’il étoit borgne ou aveugle ; mais lojrfqu’ileft guéfi , fa vue s’éclaircit. Quelquefois auflî par ces accidents , un chival perd entièrement la vue. La prunelle , qui eft la féconde panic de Pœil , jdoit être grande & large » il faut qu’on puîftê l’appercevoir diftinâement.

Il vient quelquefois au fond de Tœil une tache blanche , qu’on appelle dragon , qui , quoique très-petite dans le commencement , couvre avec le temps la prunelle, & rend le cheval borgne , fans qu’on y puifle apporter aucun remède» «  Un autre défaut , qu’on appelle ail cul de verre , c^eft lorfque la prunelle eft d un blanc verdatre & f ranfparent. Quoiqu’un châval ne (bit pas toujours borgne avec ce dé&ut, il court erand rifquede le devenir. Lorfqu’il y].z plus de blanc que de rerdatre , on Tappelle oul’véron : il donne au cheval un air méchant oc trattrtf. ’

Nous ne ferons point ici un plus grand détail 4es accidents qui arrivent aux yeux ni aux autres parties dont nous allony décrire les défauts, parce qv’on ft réferv^d’ien parler plus amplement dans h troifième partie de cet ouvrage ,. qui traite des ma* kdîes*

I>€ la Ganache,

Les dieux ot qui compoient la ganache , doivent trre peu charnus à l’extérieur , c’eft-à-dve , à chaque cdté de la mâchoire inférieure , & Tentre-deux , ^ui eft ta partie ^ touche augo fiô* , que quelque» CHE

icuyers appellent la brayi , & quelques maquî^ gnons Vauget , doit être bien ouvert & bien évidé , afin que le cheval ait la facilité de bien placer fa tête.

La ganache quarrée eft une diflbrmité qui pro«  vient de ce que les deux os qui la forment font trop gros 9 trop ronds, ou trop chargés de chair ; fi avec cela ils font ferrés l’un prés de Pautre » enforte qu’il n’y ait poitn aflez de vuide & d’efpace pour 3ue le cheval puiflirloger fa tête , il aura beaucoup e peine à fe ramener, à moins qu’il n’ait l’encolure fort longue , peu épaiflie & relevée* Lorfque l’entre-deux des os de la ganache n’eft pas bien évidé , & qu’on y trouve quelque grotleur ou glande , c’eft ordinairement un figne de gourme , quand le cheval n^a pas paflé ftx ans ; mais s’il a pafle fept ans , Se que la glande fott douloureitfe , & attachée à lun des os de la ganache , c’eft prefque toujours un figne de morve. Oa trouve quelquefois dans cette partie plufieurs pe* tites grofleurs» qui font une fuite de rhume ou inor> fondement , mais elles ne font point dangereufe» , un travail médiocre les difltpe.

Pe la Bouche £» de fa parties extinèures^ L’ouverture ou plutôt la fente de la bouche dort être proponionnée à la longueur de la tète » enforte qu’elle ne foit ni trop fendue, ni trop petite. Quand la bouche eft trop tendue , le mors va trop avant dans la bouche du côté de& dents machelières, ce qu’on appelle boire la bride ; & lorsqu’elle n’eft pas aflTe&fennue , le mors ne peut porter en.fon lieu fans faire froncer les lèvres.

Ce qu’on entend par une beDe bouche» c’eft lorfque le cheval étant bridé , elle devient fraîche & pleine d’écume , c’eft une aualité qui dénote un bon tempérament» On dit aun tel cheval , qju’il gouK bien fon mors»

Des Lèvrerl

Ilfaut quèleslèvres foient peu épaifles & menues f à proportion de la bouche* Quand elles font trop groftes & trop charnues , elles couvrent les barres, & empêchent l’eftiét du mors. Ceft ce qu’oD appelle s* armer de la lèvn.

Des Naseaux,

Un cheval doit avoir les naxeauic ouverts , parce que la refjpiratton en eft plus facile. Cependant ce n’eft pas teujours^ de cette ouverture des nazeaus que dépend la liberté de la refpiration , mais de la bonne conflitution des poulmons i ainfi il n’eft pas toujours f&r de fendre tes nazeaux , dans la vue de faciliter la refpiration à certains chevaux , comme les huflârds oc les hongrois le pratiquent. Cette opération ne produit qu’un feul avantage , qui ne laifle pas d’être quelquefois unie à la guerre ; c*eft qu’on dit , que les chevaux qui ont les naaeaux fendus ne peuvent plus hennir. Lorfqu’un cheval s’ébroue eu marchant > & ^u*oo Toit duis Iç «rdod*


Go9gle CHE fcs nazeaux un vermeil» c*efl figue ’qu’il a le êer«  veau bien couftitué*

Di U Barbe.

La barbe , que quelqi ?cs-ui :s appellent larhou* thct 9 eil une partie qui contribue autant à la bonté de la bouche d’un cheval que les barres , puifque c’eA Tendroit où la gourmette fait Ton efiet , laquelle doit porter également par-tout. U faut pour cela que la barbe ne foit ni trop plate ni trop relevée. Si la barbe étoit trop plate» c’eft à-dire, que les deux os qui la compofent fuflent trop éloignés l’un de Tautre & peu élevés» la gourmette n’appuyeroit qu’aux deux côtés & point dans le milieu ; & fi au contraire » les deux os étoient trop élevés & trop près Tun deTautre^la gourmette n’appuyeroit que dans le milieu » & aUrs Teffet en feroit trop fenfible au cheval i & lui fesoit donner des coups de tête. U f^ut encore pour la perfeâion de cette partie y qu’h y ait peu de chair & de poil » & rien que la peau , pour ainfi dire , fur les os , ce qui rend la barbe plus fenfible. Lorfque cette partie efl bleâée , ou qu’il s*y trouvé de la dureté & des calus^ c’eft iigne , ou qu’un cheval appuie trop fur fon mors » ou que la gourmette efi mal faite , ou qu’elle a été mal placée , mais plus ordinairement que le cavalier a U main rude.

J ?e la Langue & des autres parties ihtirîeures de la Mêuche.

Il faut que la langue d’un cheval foît logée dans le canal » c’eft pourquoi elle doit être de même que les lèvres , menue & déliée , parce que iî la langue étoit trop épalfle » & qu’elle débordât par-demis les barrer» cela ôteroit l’effet du mors fur cette partie , & rendrott l’appui fourd. Il faut examiner fi elle n’eft point coupée par Tembouchure ;. accident c[ui fuppoferoit , ou une mauvaife bouche « ou fouyent la rudefle de la main du cavalier. Deux autres chofes défagréables qui fe rencontrent quelquefois dans cette partie, c’eft lorfqu*elle pend d’un côté ou de l’autre & fort de la bouche » ou qu’elle paffe par-deffusle mors quand un cheval marche.

’ Du Palais.

Ce qu’on doit rechercher au palais d’un cheval^ c^eft qu’il foit un peu décharné. Si les filions étoient trop gras &’trop épais » cette partie feroit chatouilleufe ) & le mors eny touchant feroit que le cheval battrott à la main , OL donneroit des coups de tête. U faut remarquer que le palais d’un jeune cheval efl toujours plus gras que celui d’un vieux ; & à mefure qu’un cheval zvznct en âge, les filions du palais & les gencives fe déchament. Des Barres.

Les barres font la partie de ta bouche qu*il faut examiner avec le plus de foin’, puifque c’eft l’en- 4roift où fe fait l’appui du mors, hç$ meilleures CH È 45

qualités qu^elles puiiTent avoir , font d’être affez élevées » pour nue la langue puiffe fe loger dans le canal , fans déoorder fur les barres , & d’être un peu décharnées , parce qu’elles en font plus fenfi» blés : il ne faut pounant pas qu’elles foient trop tranchantes ; car alors le chevd leroit fujet à battre à la main par leur trop de fenfibilité. Lorfque les barres font baffes , rondes & trop charnues , c’eft un défaut qui rend cette partie moins f^^fible , & qui hi que le mors n’a pas tant d’effet. De VEncolure.

Une belle encoltrre doit être longue & relevée ; il faut qu’en fortant du garot , elle monte en forme de col de cigne jufqu’au haut de la tête , qu’il y ait peu de chair prés de la crinière , cela forme ce gu’on appelle encolure tranchante* Elle feroit d^«  teâueufe , fi avec cela elle n’étoît proportionnée à la taille an cheval car lorfau’elle eft trop longue & trop menue , trop molle ql trop éfilée » les chc vaux donnent ordinairement des coups de tête, fi au contraire , elle étoit trop courte , trop épaiffe & trop charnue , le cheval peferoit à la main. On remarque que la plupart des juments , des barbes & autres des pays orientaux, font fujets à avoir l’en# colure éfilée ; & que les chevaux entiers & ceux Î[ut font nés dans les climats humides , & qui ne ortent point d*étalons barbes ou autres de cette efpéce , ont l’encolure épaiffe & charnue. Il y a trois fones d’encolures mal faites, fçavoir , les encolures renverlSes , les encolures faufies , 8e celles qu’on iiÇi^eWt penchantes.

Les encolures renverfées, qu’on appelle encolu*, res de cerf^ parce qu’elles font’faites comme le col de cet animal , font celles dont la rondeur , qui doit prendre depuis le garot jufqu’au haut de la tête , le long de la crinière , fe trouve en deffous , le long du gofier. Les chevaux qui ont ce dé&ut font difficiles à emboucher, parce qu’il eft difficile d’empêcher que la branche de la bride ne portt contre le gofier, ce qui ôte l’effet du mors. L’encolure fauffe eft celle qui tombe à plomb & perpendiculairement , depuis^ l’entre «^ deur de la Îranache, le long du gofief, jufqu’au poitrail, au ieu de venir en talus ; & dans la partie fupérieure , auprès du garot, où commence la crinière , il y a un enfoncement qu’on appelle* coup de hache , q^ii empêche l’encolure de fortir direâement du garot. Ce défaut n’eft pas fi confidérable que celui des encolures renverfées.

Les encolures penchantes font celles qui tomd’un côté ou d’un autre ; ce qui arrive aux chevaux 3ui ont l’encolure trop épaiffe & trop charnue prés c la crinière. Ce défaut ne fe trouve guère qu aux vieux chevaux i fur-tout fi on leur laiffe les crins trop épais, & plus ordinairement aux chevaux entiers qu’à ceux nui font hongres : c’eft pour cela Zu’il ne faut pas laiffer la crinière trop garnie dans

racine » 8c on doit avoir foin d’arracher les crinf 

Digitized-by 46 C H E par deflbus » afin qu’ils foient déliés & longs ; cela contribue à la beauté de la crinière : d’ailleurs les crinières trop épaifles font fujettes à la crafle , qui engendre la gale , fi oo n a foin de les laver tous les jours à fond & non fuperficlellemeAt » afin de bien nettoyer la racine des crins. Du Garou

n faut que le garot folt élevé » long & décharné , enforte quHl n*y ait , pour ainfi dire , que la peau fur les os. Non-feulement ces qualités dénotent la force d’un cheval » mais elles lui rendent les épaules i)lus libres ; & elles font néceflaires pour empêcher a felle de tomber fur les épaules , car cela cauferoit de grands accidents dans cette partie. Lorfque le garot efi rond & trop charnu , il efi trés-fujet à fe blefler , & la plaie efi longue & dangereufe dans cet endroiu

Quoique le garot élevé foit une qualité à eftimer dans un cheval de felle > il faut prendre garde qu*il ne le foit trop pour les chevawe qui portent la troufie de fourage à l’armée, & aufb pour les chevaux de bât , car les uns & les autres font très-fujets à être efiropiés dans cette partie. Dis E fautes.

Les épaules , pour être bien’faites , doivent être fiâtes y peu charnues , larges , libres & mouvantes. .es défauts contraires à ces qualités font lorfqu’un cheval efi, ou trop chareé d’épaules , ou trop ferré , ou lorfqu’illes a chevillées.

On appelle un cheval chargé d’épaules , lorfqu’tl les a trop grofles « charnues oc rondes , & quand le joint de l’épaule , qui efi l’endroit oii porte le poitrail de la lelle , efi trop avancé , & qu’avec cela il y a trop de difiance d’un bras à Tautre ; ce qui provient auffi de ce aue la poitrine efi trop large & trop ouverte. Un cheval trop chargé d’épaules efi fujet à broncher, à moins qu’il ne les ait naturellement mouvantes : ainfi les chevaux qui ont ce défaut ne font pas bons pour la felle , mais ils font excellents pour le tiraee , parce qu’ils donnent mieux dans le collier , & qu’ils ne font pas fujets i être écorchés par les harnois.

Il y a des chevaux oui ne paroiffent pas chargés 4’épaules pardevant , <k qui le font dans Tendroit où portent les arçons de devant de la felle ; lorfque" cette panie efi épaiAe de chair , le cheval n’efi pas fi libre des épaules , & n*eft pas propre pour la chafie & pour les courfes de yitefle , quoiqu’il puifle fervir à d’autres ufages.

On doit remarquer que le défaut d’avoir beaucoup d’épaules , qui efi trésconfiderable pour quel- 3ues chevaux françois» efi une qualité à efiiraer ans les chevaux d’Efpagne , dans les Barbes & autres des pays méridionaux , ou dans les poulains qui fortent d étalons nés dans ces climats , parce aue ceux-ci pèchent ordinairement pour avoir les épaules trop ferrées. I

c HE

Le cA^v4/ ferré d’épaules, efi celui ou ! n*a pas la poitrine affez ouverte ; enforte que le trouvanc trop peu de difiance d*un bras à l’autre, les épaules fe trouvent ferrées l’une prés de l’autre. Ce défàuc efi très-confidérable ; car les chevaux qui n’ont pas afiez d’épaules manquent de force ordinairement » ne peuvent pas facilement déployer les bras pour bien galoper , font fujets à tomber fur le nez , à fe croifer & à fe couper en marchant. Les anglois , qui font trés-connoifieurs & trés-curieuz en chevaux de courfe & de chafle , examinent avec beaucoup de foin les épaules d’un cheval , & jugent de fa force par la firuâure de cette partie. Ils veulent que l’os de l’omoplate , qui efi , i proprement parler , l’épaule , non-feulement foit large , plat & libre , mais ils veulent encore qu’il defcende bas au-deflbus du garot, c’efi-à-dire , qu’ils prétendent que plus il fe trouve au4effous du earot , ce qui rend le garot élevé , plus libre en eft le mouve* ment de Tépaule , & c’efi avec raifon. Un troiliéme défaut eflentiel , efi lorfque les épaules font chevillées, c’efi-à-dire, engourdies , liées & fans mouvement , ce qui rend la démarche d’un cheval rude & incommode , parce que le mou«  vement vient feulement du bras & de la jambe* Ces chevaux font fujets à broncher , pêfent à La main pour fe foulager, & font bientôt ruinés des jambes.

Lorfqu’un cheval qui a les épaules chevillées , après quelqu’exercice qui l’aura échaufié , vient i fe refroidir , il demeure roide , comme s’il étoit fourbu. On remarque aufli que quoique ce foit une bonne qualité pour un cheval de felle d’avoir les épaules plates & décharnées ; fi cependant elles font trop fèches , enforte qu’on yoye e9 os avancer fous la peau , ces chevaux les ont ordinairement chevillées , & ne peuvent pas fupporter de grands travaux.

Il faut encore faire attendon à certains chevaux qui , quoiqu’ils lèvent la jambe fort haut & avec beaucoup de facilité , ont cependant les épaules chevillées ; ce qu’il efi aifé de remarquer , en prenant garde que ce beau mouvement en apparence ne vient que du bras , & que l’épaule n’y participe point.

Enfin tout cheval trop chargé , ou trop ferré d’épaules, ou qui les a trop fèches , & qui n’a point cette partie naturellement libre & mouvante , ne peut jamais paffer pour un cheval de maître , & a le devant bientôt ruiné.

Du PoitraiU

Lorfqu^un cheval a les épaules bien faites , ordinairement le poitrail ou la poitrine l’efi aufli. Cette partie doit être proportionnée à la taille du cheval : les gros chevaux & les roufllns ont prefque toujours la poitrine trop large & trop ouverte , ce qui les rend pefans & par conféquent excellents pour le tirage : ceux de légère taille au contraire , pèchent fouvent pour avoir cette partie trop étroite ; enforte C HE que c*€ft une qualité pour ceux-ci que ic Tavoir large 8c ouyerte*

Quand le poitrail eft trop avaDcè , ce qui fe connoic lorfque les jambes de devant font retirées fous le derrière des épaules i ce défaut eft confidéraMe pour les chevaux de felle ; il eft dangereux de galoper fur de tels chevaux , parce qu’ils font fujets a tomber fur le nez , & à s’appuyer fur le mors* Des Jambes de devant»

Avant que d’entrer dans le détail des parties qui compofenc les jambes de devant , il Ëiut d’abord examiner leur proportion , leur fituation» & la manière dont un cheval place les pieds, La longueur des jambes doit être proportionnée à la taille du cheval. Lorfqu’il eft trop élevé fur fes jambes , on l’appelle haut monté , & c’efl une difTormité d’autant plus confidérable , aue ces fortes de che-vaux ne font pas aflîirés fur leurs jambes : au contraire , lorfqu’elles font trop courtes , ce qu’on appelle bas du devant ^ non-feulement c*eft un défaut qui fait aller un cheval fur la main & fur les épaules , mais qui fait tomber la felle fur le garot. Les juments font plus fujettes que les chevaux à être baftes du devant. *

Les jambes bien fituées doivent être un peu plus éloignées l’une de l’autre près de l’épaule quejirés du boulet ; ôc elles doivenr tomber par une ieule ligne droite depuis le haut du bras julqu’*au boulet. Un cheval en marchant doit pofer les pieds à plat , tant ceux de devant que ceux de derrière : quand il pofe le talon le premier , c’eft ordinairement un ligne qu’il a été fourbu , & quand il pofe la pince la première , ce qui le fait nommer cheval rampin , c’eft fouvent une marque qu’il a tiré à la charrue ; quelquefois auffi une écurie mal pavée lui occafionne ce défaut , parce qu^il fait entrer la pince du pied entre deux pavés , fituation qui eft caufc que les tendons fe retirent avec le temps. Les pieds » foit de devant , foit de derrière , ne doivent point tm tournés ni en dehors ni en de* dans , & la pince du pied doit être par conféquent direâement en avant.

Après ce premier examen , il faut enfuite détailler toutes les parties de la jambe en commençant par le coude.

Du Coude.

Le coude ne doit être m trop ferré près des c6tes 9 ni trop ouvert en dehors. Un cheval qui a le coude trop-ferré > porte la jambe & le pied en dehors , & celui qui l’a trop ouvert , porte les )am«  bes & tes pieds en dedans. Ces deux fuuaùons non- feulement font mal placer les jambes , mais marquent en même temps de la foîblefle dans cette partie.

Du Bras»

La plus grande force de la jambe réfide dans le bras, c’eft pour cela qu’il doit paroicre nerveux & C H E 47

large, lorfqu*on le regarde de côté} &ce qui en augmente la force » c’eft lorfque les mufcles qui font en dehors font gros & charnus. On remarque dans la plupart des chevaux qui ont le bras long , qu’ils fe lafient moins , & qu’ilt font plus en état deréfifler au travail ; mais que le mouvement delà jambe n’en eft pas ù relevé. Quand au contraire le bras çft court, le mouvement & le Eli delà jambe en font ordinairement plus beaux. >n tire de cette remarque une conféquence ; fça-V (Hr , qu’un cheval qui a les bras courts eft bon Eur le manège & pour la parade , & que celui qui a îong^ , en infiniment meilleur pour la (atigue. Du Genou»

Le genou icit être plat & large , & n’avoir que la peau fur les os. Les genoux ronds & enâés , dé» notent une jambe travaillée ; & lorfqu’ils font couronnés, c’eft-à-dire,quelepoil manque au milieu du eenou à force de tomber deffus en marchant » c’eft une marque certaine de jambe ufte , à moin» que cela ne foit venu d’accident , comme il arrive à ceux qui fe donnent des coups au genou contre la mangeoire.

On doit faire encore attention à la fituation du genou. Lorfque Je cheval étant en place , a le genou plié en avant , & que les jambes fe retirent en deflbus depuis le genou jufqu’au boulet y ce qui lut fait paroitre la jambe comme pliéeendeux ; cette défeâuofité s’appelle jamhe ar^ute , parce qu’elle prend la forme d’un arc , ce qui eft une preuve que les nerfs fe font retirés par un grand travail ,& ordinairement les jambes leur tremblent après avoir marché.

Il y a des chevaux qui naîflent avec des jambes ar(|uées : on les appelle brafficourts , & alors ce n’eft qu un vice de conformation naturelle , qui ne vient point de jambes travaillées ; fi on regarde ces che^ vaux du côté du fervice , cette difformité ne doit point empêcher de les acheter. Beaucoup de barbes & de chevaux d’Efpagne font fujets à avoir les jambes arijuées, parce qu’on leur met des entraves dans Tecurie , ce qpi leur ftiit mal placer les jambes & les rend arquées avec le temps. Du Canon.

L’os du canon doi^ être uni , gros & court à proportion de la jambe & de la taille du cheval. Quand Tos du canon eft trop menu , c’efl une marque de foibleffe de jambe. Cependant les che-’ vaux tares & autres des pays chauds , ont prefque tous le canon menu , & avec cela les jambes excellentes , parce que la chaleur du climat confolide cette partie & en augmente la force : mais dans les pays frcuds & humides , tout cheval qui a le canoo trop menu » n’a point de force dans les jambes. Il ne doit y avoir le lonj de l’os » ni en dedans ni- en dehors, aucune groueur, comme furos , oftè» lets , fufées « accidents qui furvtennem au caaea^ &

dont nous parlerons dans la troiiiéme partie.
48 CHE CHE
Du Nerf de la jambe.

Nous avbns ojbfervé dans le premier chapitre , ^ue derrière & le loag du canon , il régne un ten«  don qu’on a appelle )ufqu*à préfent netf^ & dont nous conferverons la dénomination. C eft une partie eflentielle pour la bonté de la jambe. Voici les Juaiités qu’il doit avoir ; il faut qu’il (bit gros , fans ureté ni enflure » détaché & éloigné de Fos du cason fans aucune humeur ni groffeur entre*deuz , qui fafle paroitre la jambe ronde. Les nerfs qui font gros fans dureté ni enflure » font les meilleurs , parce que les chevaux qui ont le nerf menu fe ruinent bientôt , bronchent facitenenr, & les jambes s’arrondiflent par le moindre tfavail. Il hut prefler le nerf avec la main « en la coulant le long de cette partie , & fi le cheval marque quelque douleur , on doit prendre garde qu*il n*y ait quelque dureté ou enflure ; ces ourecés empêchent le mouvement du nerf* Il Êiut de même couler la main entre le nerf & Tos , p9ur voir s’il a*y a point auffi des duretés ou des glaires mouvantes qui arrêtent la main , & qui échappent fous le doigt.

Le nerf doit être détaché & éloigné de Tos ; ce qui forme une jambe plate & large , qui efl la meilleure. On appelle jambes de bœufou de veau , celles qui ont le nerf peu éloigné de l’os. Ces fortes de jambes ont ordinairement ^ nerf menu , & un médiocre travail hit tomber fur cette partie une humeur qui s*y endurcit & arrondit la jatebe en peu de temps.

11 fe trouve encore un défaut dans le nerf, mais qui eft rare : c’eft lorfqu*étant aflez gros par en bas, il va trop en diminuant fe perdre dans le genou ; c*eft un figne de foiblefle dans cet endroit. On appelle ce défaut nerf failli»

Lorfque le nçrf dont nous parlons eft bien détaché, on voit entr0 ce tierf & le canon , en dehors & en dedans , un autre petit nerf, qui efl un ligament en forme d’y grec renverfé , qpi unit l’os du canon avec le boulet , ce (|ui augmente be^uçQup la beauté & la bonté de la jambe. Du Bouleùf

Le boulet doit êtrp nerveux & gros ï proportion delà jambe, fans aucune enflure ni couronne. Un cheval qui a le boulet menu Ta ordinairement trop flexible , ce qui le rend fujet aux molettes ; & il ne peut pas fupporter un long travail, Ceft pourtant une belle qualité pour un cheval de manège , que d’avoir le boulet un peu flexible , les reflbrts en font plus doux & plus lians ; & dans un manège les chevaux ne s’uferit pas comme ailleurs , leur travail étant réglé. Un cheval de grand fei-L jointure ^ ^

raifon que les mouvements en font plus doux. Mais 1 c’eft un grand défaut pour les cAevâux de carrofie | C H E

& de tirage , lorfque le boulet eft trop flexible ; cela les empêche de reculer & de retenir dans les defcentes.

Lorfque le boulet eft enflé , c*eft une marque de jambe fatiguée & travaillée , à moins que ce ne foit par accident , & lorfqu’il eft couronné, <feft-à-dirc , Îpefansécorchure ni bleflure , il y a une grofleur ous la peau qiU va en forme de cercle autour du boulet , c*eft une preuve certaine de jambe ufée par le travail.

Du Paturon.

Cette panie , pour être bien proportionnée , ne doit être ni trop courte , ni trop longue. On appelle les chevaux qui ont le premier défaut , court-joiatis , & les autres fe nomment long-jointés. Lorfqu’un cheval a le paturon trop coun * & que le genou, le canon & la couronne tombent aplomb , on le nomme droit furjamhes^ Scies maquignons l’appellent cheval AticAe’. Lorfqu’il marche dans cette fituation, il devient avec le temps bouleié, c*eftà-dire , que le boulet fe po/te en avant. Généralement tous les chevaux droits fur jambes , font fujets à broncher & à tomber ; & les chevaux court-jointés deviennent facilement droits , & enfuite bouletés » û on leur laifle le talon trop haut. Quand un cheval eft long-jointé , c’eft encore une plus grande imperfeâion que quand il eft’droit ; car c’eft un (igne de foiblefle oc un défaut de conftruâion fans remède. Au lieu qu a ceux qui font droits, on peut y remédier par la ferrure , en s’y prenant de bonne heure. Il y a pourtant quelques chevaux qui ont le paturon long, mais qui ne le portent point trop bas en marchant , ce qui marque de la force en cette partie , & que la vigueur du nerf empêche le boulet de fe trop plier. Ces che* vaux font beaucoup plus commodes au cavalier qu’un court-jointé , mais ils fe ruinent plus facile* ment que les autres ; ils ne font bons que pour la parade.

Quelquefois un des côtés du paturon eft plus élevé que l’autre. Quand ce défaut n’eft pas confidérable, il peut fe raccommoder par la ferrure. Le pot) du paturon doit cttc couché & uni. U faut prendre gurde qu’il ne foit point hériflé. près de la courunif e , ce qui fignifieroit qu’il y auroit une gratelle fa rineufe qu’on appelle peignes, & qui tient la couronne enflée.

Pe la Couronne»

Il faut que la couronne foit aufli unie que le pa«  turon , & qu’elle accompagne la rondeur du fabot tout autour du pied ; car fi elle furmontoit, & qu’elle (ut plus élevée que le pied , ce feroit une marque , ou que le pied feroit defleché, ou la couronne enflée.

La couronne eft l’endroit oh les chevaux fe don* nent des atteintes.

L’atteinte eft un coup qu’un cheval reçoit par ua autre cheval ({và le fuit de trop près i ou bien qu’il te C HE ttonne Im-mème, en s’attrappant les pîedsde devant avec ceux de derrière. Quelquetois auffi les the^/aax qui font cramponnés ou ferrés à glace s’attrappent le defTus de la couronne avec le crampon ou le clou de glace , & y font un trou qui caufe Couvent de grands déforcfres.

Du Pîtdenginifal & defes f orties» ^ 11 faut axaminer avec grand foîn toutes les parties du pied ; car c’eft l’endroit qui porte tout le corps du cheval. Le pied doit être proportionné à la •ruflure du corps & des jambes , nî trop grand , ni trop petit. Les chevaux qui ont de grands pieds , font pour Tordinaire pefans & fujets a fe dé^rrer ; & ceux qni ont le pied trop petit, Tontfouvent douloureux, & les talons fe ferrent & deviennent encadelés.

La forme du (dhot , qui efl la partie extérieure qui entoure le pied, doit être prefque ronde , un peu plus large en bas qu*en haut, ayant la corne luifante , unie & brune.

La corne blanche eft ordinairement caflante , & les rivets des clous du fer la font facilement éclater.

Lorfque la corne ncft pas um*e, & qu’elle eft élevée dans quelques endroits , en forme de cer* cle^ autour du fabot ; c’eft le figne que le pied eft altéré , fur - tout û les cercles entourent tout le pied*

Quand une partie de la corne du fabot eft tombée par quelque accident , il s’en forme une nouvelle , qu on appelle avalure ou quartier-neuf ce Îii eft aifé à connoitre , en ce que cette partie eft une cerne molle & raboteufe, qui ne revient prefque jamais fi folide que l’autre , & par conséquent rend cette partie foîble.

Lorfque le fabot eft trop large par en bas , & que les quartiers s’élargiflent trop en dehors , on appelle ces fortes de pieds , pieds vlats ; défaut confidérable , qui fait que la fourchette porte à terre , & fait fouvent boiter le cheval. Quand au contraire les quartiers font trop ferrés, que le fabot s’étrécit trop auprès de la fente de la fourchette , & qu'il ne uiit pas la rondeur duj>ied , c’eft encore un grand défaut , qu’on appelle , cheval eneaJUlé. Dans cet accident , les quartiers preftent & (errent le petit pied , qui , comme nous l’avons déjà dit , eft un os fpongieux, renfermé dans le centre du pied , entouré de chair qui communique la nourriture à toutes les parties du pied. Alors le petitpied , qui eft le feul endroit fenfible de cette partie • n’étant point à fon aife , & étant trop preffé , cela y caufe de la douleur , fait boiter le cheval. Les xhevaux cncaftelés font encore fujets à avoir des feymes ; qui font des fentes dans l’un des quartiers du pied, qui rèenent quelquefois depuis la coudronoe Jufqu’au ter.

Après avoir examiné le pied à rcxtérîcuc, il £iut Equit4uion^ Efirime & Dan/e.

C H Ë 4^

èlifuite le lever & en examiner les panies de de^ dans , qui font la fourchette & le fabot. La corne de la fourchette doit être bien nourrie ; (ans pourtant être trop grofle ni trop large , ce qu’on appelle , fourchette grap : défaut qui arrive ordinairement aux chevaux qui ont le talon bas ; & alors la fourchette portant contre terre, le che^val boite néceftairement. I>e même fi la fburchette eft trop petite & deflechée , c’eft le défaut des cAevaux encaftelés , & une marque que cette^partic eft privée de nourriture.

La foie , qui eft la corne fituée dans le creux du pied , entre les quartiers & la fourchette , doit être forte . épaifte , point deflechée , ni affoiblie par aucun inftrument. Lorfque le dedans du pied n eft pas creux , & que la foie eft plus haute que la corne du fabot, c’eft une défeouofité qu’on appelle»’ pied cemble. Ces fortes de pieds , non-feulement font difficiles à ferrer , mais ne valent rien pour la felle , nî pour le carrofte ; ils ne font tout au plus bons que pour la charrue.

Il y a encore d’autres accidents qui arrivent a«  pied : nous en parlerons dans la troiCéme panie. De la beauté & des défauts des panies extérieures dh. Corps.

Avant que d’entrer dans le détail de la beautV & des défauts des parties extérieures du corps d’un cheval^ il eft bon de fe rappeiler ici , nue ce corp» eft compofé, fuivant la divifion générale que nou» en avons faite dans le premier chapitre, des reins», des rognons , des côtes » du ventre & des ftancs* Des Reins.

Les reins font , fuivant la dénomination confai mune , la partie fupérieure du corps , depuis le ga«  rot jufqu’à la croupe.

La force des reins efl une chofe eflemielle pour la bonté d’un cheval. Il faut pour cela qu’ils foient un peu courts , & que l’épine du dos foit ferme » large & unie.

Plus un cheval eft conrt de reins , plus il raflem<^ ble’ fes forces ; il galope mieux fur les hanches » parce que fes forces font plus unies ; mais comme fes mouvements fe font prés de la felle , ils font incommodes au cavalier. Il ne va jamais fi bien le pas que celui qui a les reins longs ; parce que oe dernier étend les jambes avec plus de facilité ; mais aufli celui qui a les reins trop longs ne galope pas fi bien , fes forces étant défunies, ce qui l’em* pêche de fe raflembler.

Lorfqu’un cheval n’a point l’épine du dos unict & qu’il a le dos bas & enfonce , on le nomme cheval enfellL Ces fortes de chevaux ont pour l’ordinaire un bel avant-main, l’encolure fort relevée » la tête placée haut , & couvrent leur cavalier ; tl»

font aflez légers. 8( vont commodément pendao»
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quelque temps ; mais ils fe laffent-bleaiôt parce Îu’Us ont peu de forces , & ne peuvent pas porter pefant que d’autres : outre cela ils font difficiles i fclîer.

Dans unxkevaL gras, qui eften bos état , 8c qui a Tépine du dos large , on doit voir au milieu de cette partie , un canal qui régne. le long de Tépine ; c*eA ce qu’on appelle avoir Tes nins doubles^ De^ Côtes.

Le tour des côtes doit prendre en rond depuis répine du dos jufques deflbus la poitrine à Tendroit O.L1 paiTent les fangles ; mais il faut prendre garde oue les dernières côtes qui joignent les flancs , ne loient trop arrondies & retrouflies , parce qu’un cheval avec ce défaut, ne peut }aniais prendre beaucoup de corps : il mange ordinairement moins qu’un autre ; & pour peu qu’il travaille , il a le ventre coupé comme un lévrier.

Quand un chevjl a la côte plate, c*eft-à-dire quand les côies font ferées, plates & avalées , il n^a pas la refpirarion fi libre , & il eft difficile à feller fans le ble/Ter. Beaucoup de ces fones de chfvaux ne laiflent pas avec ce défaut , d*avoir les reins bons , mais ils om toujours une vilaine croupe.

^ Du Vcntn. ’

Le ventre ne doit pas defcendre plus bas que les côtes : il doit être large à proportion de la taille du cheyaL

Il y a des chevaux qui ont trop de ventre, & d^autres qui n*en ont pas affez, Manquer de ventre , de corps , ou de boyau , font termes fyno-DÎmes.

Un cheval a trop, de ventre , lorfque cette partie defcend trop bas & eft trop pleine : ce qu’on appelle , ventre avalé , ventre de vache* Lorfqu*un cheval maigre commence à s*engraiffer , il paroit avoir trop de ventre : mais quand il a la côte bien tournée , fie qu*il n*a pas le flanc re* troufTé, le ventre paiTe à la croupe. Les furfaix i Fangloife étant trés-larges , font excellents pour ces iortesde chevaux.

Lorfqu’un cheval n*eft pas jeûne , & qu’il a le ventre grand (k avalé, qu’il mange beaucoup & <|B’il toufle fouvent» c’eA un acheminement à la pouiTe : maladie dont nous parlerons dams la troi- £ème panie.

Des FUncs.

Les âancs doivent accompagner la rondeur du rentre & des côtes jufqu’auprès de la croupe. Un grand défaut dans un cArv^/ , e’eô lorfqu*il nanque de flanc , c*eA-à-dire , que cette partie n’cfl pMnt affca remplie ; en l’appelle flanc retroujpt. Il y a descArvtfâix , qui , avec la côte bien tournée , om le flanc creux. Quoiqu’ils foient gras & ifiû» aient beaucoup de chair fur les côtes , Us c HE

manquefont toujours. de flanc, & Ton remarque que tout cheval qui a de l’ardeur , quoiqu il mangé* bien , devient toujours éflanqué par le moindre travail.

Lorfqu’un cheval a quelque douleur ou quefque accident aux jarrets , ou à quelqu’autre partie du train de derrière» il eil toujours éflanqué & étroit ’ de boyau.

Quand le flanc d’un cheval commence i battre plus qna l’ordinaire ,’ !fans avoir été furmené,oa rappelle flanc-altéré : & lorfqu’un cheval eft trop échauflé dans le corps , foit par trop de fatigue , foit qu’il foit aâuellement malade , ou qu’il doive bientôt le devenir, le flanc lui bat comme à un pouffif.

Il y a certains chevaux , qui , fans être altérés de flanc , foufflent beaucoup en travaillant ; on les appelle pour ctlsifouffleurs ; mais fl tôt qu’on les arrête « le flanc leur bat naturellement. Les conduits de la refpiratton étant trop étroits , caufent ce défaut.

U y en a d’autres qui font gros d’haleine : ils ont la retpirarion un peu plus libre qu*un fouflleur, mais ils ne laiflfent pas de fouflkr beaucoup en travaillant ; ce qui eft trés-incommode , fur-tout pour les chevaux de chafle & de carrofle. De la beauté & des défauts des parties extérieures de r Arrière • main»

Les parties de l’arrière main, font la cronpe ; les hanches, la queue, les cuifles, le graflct, le jarret & les jambes de derrière. De la Croupe*

Il faut que la croupe foit ronde & large i proportion du corps du cheval. Dans un cheval qui " eft gras , il doit y avoir au milieu de la croupe , dans l’endroit où fe place la croupière , une liene creufe depuis les rognons jufqu a la queue ; c eft la con«  tinuation du canal dont nous avons parlé au fujec des reins doubles.

Quand la croupe ne s’étend point aflèz en tond depuis lextrémité des reins jufqa’au haut de la queue, & que cette partie paroit extrêmement coune, on rappelle, croupe avalée^ coupée ou cul de prune. C*efl un défaut aftez ordinaire aux chevaux barbes, efpagnols, & autres nés dans les pays orientaux r mais ce défaut , qui n>ft contraire qu’à la beauté, eft réparé par’la bonté de leurs hanr ches*

Lorfque les deux os des hanches , qui (ont aux deux côtés de la croupe, font trop élevés ^ on appelle les chevaux qui ont cette dtfl^>rmité , chevaux cornus. Ceux qui ont la côte plate Sl le ventre avalé 9 paroiflent prefque toujours cprnus. Des Hanches.

Les banckes » qui font partie de la croupe , doi ; CH E vent être June îufle longueur. Ceft par la fifuation du jarret qu en juge de la ftruflure des hanches. Lorfque le jarret vient trop en arrière , les hanches font trop longues ; & quoique les chevaux qui ont ce défaut aillent bien le pas » ils ont beaucoup de peine à galoper affis , & n’ont jamais beaucoup de force.

Lorfque les hanches defcendent à plomb depuis Tas de la hanche jufqu’au boulet , elles font alors trop coortes, 8c les chevaux de cette flruâure, marchent ordinairement roides de derrière ; garce qu’ils ne peuvent pas facilement plier le jarret. De la Queue.

La fituation , la force & le port de la queue y font juger de la beauté de cette partie, & en même temps de la force du cheval.

Il faut que la queue ne foît placée ni trop haut ni trop bas. La queue p-op haute rend la croupe pointue , & la queue trop bafle marque ordinairement foibleffe de reins.

Lé tronçon de la queue doit être gros , ferme & garni de poil. Si un cheval ferre la queue & qu’il réfiAe quand on veut la lui lever avec la main , c’eft un figne de vigueur.

Un défaut contre la beauté de la queue » c’eft lorfqu*il y a peu de poil , on l’appelle queue de rat. Non-feulement la queue doit être longue & garnie de poil y mais pour la grâce de cette partie » il faut qu’elle defcende en rond en fortant de la croupe , & non à plomb ; c’eft ce qu’on appelle forter la queue en trompe.

Des Fejfes £* dis Cuijfet,

Lesfefles’&fescuifles d’un cA^fr^/ doivent être f ;rofles & charnues à proponion de la croupe «. & e mufcle qui paroît au-dehors de la cuifTe , au def fus du jarret , doit être fort épais , parce que les cuifles maigres y & qui ont ce mufcle petit, font une marque de foibleue au train de derrière. Il faut avec cela que les cuifles foient ouvertes en dedans» Un cheval ferré de derrière, qu’on appelle mal gig < ?rf’ , eft celui dont les cuiffes font trop prés l’une de l’autre.

Des jarrets*

Il faut que les jarrets foient grands , larges , décharnés & nerveux. Les petits jarrets font foibles ; & ceux qui ne font pas décharnés , qu’on appelle jarrets gras , font fujets à avoir des courbes , des vefEgons , & autres accidents dont nous parlerons dans la troifième partie.’ Ils font encore la fource de toutes les humeurs qui caufent les maux des jambes.

Lorfque les jarrets font ferrés l’un prés de l’autre, on appelle les chevaux qui ont ce défaut , crochus ou jartés, C’eft le même défaut que les cuiflies ferlées & un fi^ne (fe foibleflç dans le train de dçr-CHE 5t

TÎère. Il fe trouve pourtant quelquefois des chevaux crochus qui ont aflez de reins. Quand les jarrets font trop tournés en dehors , c’eft un défaut encote plus confidérable que celui d’être crochu ; jamais un cheval ne peut s’afleoir fur les hanches. A l’éeard des autres parties des jambes de derriére , elles doivent avoir les mêmes qualités que celles de devant , c’eft-à-dire , être larges , plates , fêches , nerveufes , peu garnies de poil , excepté celui en fanon ; & enfin elles doivent tomber fur une feule ligne depuis le jarret jufqu’au boulet. Récapitulation des qualités & des défauts dont on a parlé dans Us trois articles précédents , avec la ma" TÙèrt d’examiner un cheval avant que dt CachettPm La première ohoTe à examiner lorfque Ja figure d’un cA^v^/ qu’on veut acheter nous plaît, c’eft de voir s’il ne boite point , en le faifant troter en main fnr le pavé.

Un cheval qui boite marque tous les temps ia trot avec la tête , & il appuie ferme à terre & promptement le pied de la jambe dont il ne boite point , pour foulager l’autre.

Il y a des chevaux qui, en marchant, badinent de la tète , comme s’ils étoient boiteux , quoiqu’ils ne le foient pas , on les appelle boiteux de la bride. Avant que -àt détailler toutes les parties d’un cheval, fan t lui regarderais bouche pour voir fon âge , & s’il n’eft point bégut , contre-marqué tt fiilé , comme il eft expliqué dans l’article fuivanf. Puis il faut fuivre la divifion que nous avoife feiit ci-devant, en commençant par l’avantHnain. Voir fi la tête eft petite , féche , courte & biea placée.

Si le front eft uni , s’il n’eft poîm camus » ou au contraire s’il n’a point la tête trop bufquée. S’il a un épi au front , avec une étoile ou pelote. Si les falières ne font point enfoncées ou creufes. Si l’œil eft clair , vif & effrwtté. Si les yeux ne font point trop gros ou trop p^ tits. Sil n a peint la vitre obfcure , & le fond de l’œil noir ou brun. S*il n’y a point quelque tache ou blancheur. Si la prunelle eft grande fc large ; s’il n y a point de dragon ; & fi Tœil n’eft point cul de verre ou véron.

Si la ganache n’eft point trop quarrée , & l’entre-deux des os trop ferré. Si entre les deux os de k ganache , il n’y a point quelque grofleur ou glande. Si la bouche n’eft point trop fendue » ou trop petite.

Si la langue & (es lèvres ne couvrent point les barres. Si la langue n’eft point coupée par 1 em» bonchure.

Si les barres font aflez hautes & décharnées «  fans pourtant être trop tranchantes ; en fi elles ne font point trop bafles , trop rondes , ou trop cha^ nues.

Si les nazeaux font afiez fendus & aflêz ouverts. Si la barbe eft trop plate ou trbp élevée j fi elle Gij yx C H E ii*eft point bleflSe > & fi «Ue n’a point de duretés ou de calus.

Si l’encolure eft relevée & tranchante prés de la crinière ; fi elle n*eft point éfilée ou trop épaifle , renverfée , fauffe ou penchante. Si le garot eft long & peu charnu ; s’il n’a point le coup de hache.

Si les épaules font plates , décharnées , libres & jnouvantes ; fi le cheval n*eft point trop chargé d’éf >aules , ou au contraire trop ferré i s’il ne les a point chevillées.

Si le poitrail n’eA point trop large , trop avancé , ou trop étroit.

S’il n’efi point trop élevé Air les )ambes ; fi elles tombent en ligne droite depuis le haut du bras jufqu’au boulet.

Si le bras de la jambe efi large » long & nerveux. Si le genou efi plat , large & décharné ; s’il n’eft point phé en avant en forme d’arc ( ce quon appelle jamhe ar^uét ) ; s’il n*efi point couronné ou enflé.

Si le canon efi gros & court à proportion de la taille.

S’il n’y a point de fiiros » d^offelets » de fufées & de furos chevillés.

Si le nerf de la jambe eft détaché & éloigné de l’os , fans dureté ni enâure.

Si le boulet eft nerveux & gros faos enflure ni couronne ; s’il n’y a point de molettes , & s’il n’eft point trop âexible.

Si le paturon n’eft point trop court ou trop long, c*eft-à-dire , couft-jointé ou long-jointé. S’il n’eft point droit fur jambes ou bouleté. Si un càté du paturoa n’eft pas plus haut que l’autre ; s’il n’a pas de peignes. Si la couronne acconlpagne la rondeur da pied , 6ns étrepius haute que le fabot. S’il ne fe donne point des atteintes*. Si le pied a’eft ni trop grand ni trop petit. Si la forme du fabot eft ronde » & s’il a la corne unie & brune.

Si les ulons ne font point ferrés » os l’un des quartiers plus haut aue l’autre. Si la. fourchette eft bien nourrie fans être trop grofTe & trop large ; fi au contraire elle n’eft point trop petite ou trop defTéchée.

Si le dedans du pied eft creux fans que la ible foit aâbiblie.

Si les pieds ne foiv i>oint plats , encaftelés , combles , cerclés ;. s’il n’y a point de feymes , d’a- .*valure ; s’il n’a point été tourbu. S*il place bien les pieds , & que la pince ne foit Bien dedans ni en. dehors*.

11 faut enfuite paâer aux parties du corps & de l’arriére- main.

Voir fi les reins font aâez courts , & fi l’épine, du dos eft large , ferme & unie.

Si le ch’.val n’eft point enfellé ; fi le tour des c&ties prend bûaa ca rjond },& s’il «eies a £oim trop c H E

S’il a trop de ventre ou de boyau, ou an cotir traire, s’il n’eft point efflanqué s’il n*t pas le flanc retroufle , altéré ou pouflif.

S’il n’eft point fouffleur ou gros d’haleine. Si la groupe eft ronde & large , fi elle n’eft point avalée ; fi le cluval o’eft point cornu. Si les hanches ne font point trop longues oix ttop courtes»

S’il a la queue bien placée ; s’il la porte en trompe ; fi le tronçon eft gros & ferme & garni de poil ; s’il n’a point une queue de rat. Si* les cuilfes & les fefTes font grofTes & charnues ; fi elles ne font point tror ferrées Tune contre l’autre.

Si les jarrets font grands , larges » nerveux & décharnés.

Si le cluval n’eft point crochu » ou au contraire fi les jarrets ne font point trop tournés en dehors ; s’il n’a point de veffigpns , de courbes , &c. Si les jambes de derrière font larges , plates , fèches & nerveufes ; s’il n’a point trop de poil aux jambes.

Après avoir ainfi détaillé toutes les parties d’un* chi :val , il faut le faire monter , pour voir s’il marche bien , c’eft-à-dire , s’il lève les jambes avec facilité , fans fe croifer ni billarder. Celui qui fis croife , porte les deux pieds de devant en dedans , en les pafTant l’un par-defTus lauire en marchant i & celui aui billarde fait le contraire , il les jette en. dehors , ol lève les pieds fort haut. Le premier défaut fait Gu’un cheval fe coupe en marchant, & celui qui billarde fe fatigue & fe ruine bieniôr*. Pour mieux s’appercevoir de ces défauts ». il faut faire venir un cheval droit à foi au pas , & non en tournant ni au galop , comme font les Maquignon» lorsqu’ils veulent vendre ces fortes de chevaux» Il faut enfuite voir sll tient les feins droits farvs* fe bercer ; s’il marche la tête haute & bien placée^, s’il ne pèfe poiot à la main ; s’il ne donne point des coups de tête ; s’il a un pas hardi fans broncher ; s’il galope légèrement oc furement ; s’il prend bien l’éperon ; s’il rafTemble facilement fe^ forces à l’arrêt après qu’on l’a échappé de la main. Un cheval qui auroit toutes les qualités ou’on vient de décrire ,. fans en avoir les défauts , feroit fans contredit un animal parfait ; ce qui eft rare a trouver : mais comme il. eft efientiel à un connoif^ feur de tout favoir , j’ai jugé à propos dé tnettri» cette récapitulation à la fin de cet article. Remarques fur &/ chevaux tU dîfflnn(spaysl Tous lès auteurs ont donné la préfSreace âir cheval d’Efpagne , & l’ont regardé comme le premier dé tous les cAVviXttx pour le manège, àcaufé dé fon agilité , de Tes refiorts , & de fa cadence naturelle : pour la pompe & la- parade» à caufe de fâ. fierté , dé fa grâce & de fa noblêfiè ; pour la guerre dans un jour d’affaire , par fon courage & fa docilité. 52H^(l.^e9runs. l’en fervent pour la cbafTci 61 C H E jponr le carrofle ; mais c’eit dommage de facrlfier à ce dernier ufage un fi noble animal. M. Ic^duc deNewcaftle, qui donne de grands éloges au cheval d*Efpagne , ne lui trouve qu’un défaut , qui eft davoir trop de mémoire > parce 4]u*il s’en fert pour manier de (bi-mème & pour prévenir la volonté du cavalier ; mais ce défaut > £ c*en eft un , n’eft que Teffet de fa gentilleffe & de fa refTource, dont il eft aifé de proiiter , en fui- .vajst les principes de la vraie école. Ceft des haras d’Andaloufte que fortent les loieilleurs chevaux. La race en avoit été bien abâtardie dans les derniers temps , par Tavarice de ceux c[ui les gouvernoient » & qui préféroient les mulets aux chevaux , parce qu’ils en tiroient plus de profit ; mais depuis quelques années , on a remédié à cet abus.

Le cheval birht eft plus froid & plus négligent dans fon allure ; mais lorfqu’il eft recherché , on lui trouve beaucoup de nerf , de légèreté & d’haleine. U réuftît parfaitement aux airs relevés , & dure long-temps dans une école. En France , on fe fert p^s volontiers de chevaux barbes , que de chevaux d’Efpagne pour les haras. Ce font d’excellents étalons pour tirer des chevaux de chafle : les chevaux d’Efpagne ne réuflîflent pas de même , parce qu’ils produifent des chevaux de plus petite taille que la leur ; ce qui eft le contraire du barbe. Les napolitains font pour la plupart indociles , & par cpnféquent difficiles k drefTer. Leur figure ne prévient pas d’abord , parce qu’ils ont ordinairement la tète trop grofle & l’encolure trop épaifTe ; mais ils ne laiflent pas avec ces défauts , d’être fiers & d’avoir de beaux mouvements. Un attelage de chevaux napolitains bien choifis & bien dreftes à cet ufage eft fort eftimé.

Les chevaux turcs ne font pas fi bien proportionnés que les barbes 8c les chevaux d’Efpagne. Ils ent pour la plupart l’encolure éfilée, le dos trop relevé ; ils font trop longs de corps, & avec cela ont la bouche fech^ , l’appui malaifé , peu de mémoire , font colères , parefteux , Se quand ils font recherchés , ils partent par élans , & à l’arrêt ils s’abandonnent 6ir l’appui & fur les épaules ; ils ont encore les jambes trés-menues , mais trés-nerveufes » & quoique Us paturons foient longs , ils ne font pas trop flexibles. Ils font grands travailleurs à la campagne avec peu de nourriture , de longue haleine , peu fujets aux maladies. Par ces qualités & par ces défauts , il eft aifé de juger que les chevaux turcs font plus propres pour la courfe que pour le manège.

Les haras d’Allemagne font entretenus d’étalons turcs , barbes » efpagnols & napolitains ; c’eft pourquoi il y a dans ce p ?.ys de parfaitement beaux chçvauK ; mais peu réuftjfTent bien à la chafte , parce que ceux qui y font nés, n*ont pas ordinairement beaucoup d’haleine.

M. de la Broue dit que les chevaux allemands font i^tureUement naliçieux & rammgues» Ce qu’on c H E 55

attribuoît de fon temps à leur mauvais naturel , provenoit peut-être de l’imprudence de ceux qui , en les exerçant , les recherchoient d’abord avec trop de violence & de fujétion.

Les chevaux danois font bien moulés & ont dé beaux mouvements ; on en fait de braves fauteurs. Us font excellents pour la guerre , & on tire de ce pays de fuperbes attelages.

Il y a deux provinces en France d*ou on tire d«  fort beaux & bons chevaux , le Limoufin &4a Normandie. Les chevaux Limoufins tiennent beaucoup du barbe , auffi font-ils excellents pour la chaffe. Le cheval normand eft meilleur pour la guerre que pour la chafle. Il a plus de defTous, c’eft- à-dire plus de jambes , & eft plutôt en état de rendre fervice que le Limoufin , qui n’eft dans fa force qu’à huit ans. Depuis au’on a mis en Normandie des étalons de taille & étoffés , on en tire de parfaitement beaux cjievaux de Carroffe , qui ont plus de légèreté, plus de reffource, & une aufTi belle figure que les chevaux d Hollande.

Les chevaux anelois font les plus recherchés pour la courfe & pour la chafTe, par leur haleine , leur force , leur hardieffe & la légèreté avec laquelle ils franchifTent les haies & les foffés. S’ils étoient affouplis par les règles de l’art avant de les faire courre

ce qu’on pratique peu ) , les refforts en feroient 

plus liaas , fe conferveroient plus longtemps » 8c le cavalier s’en ferviroit plus commodément ; ils auroient la bouche plus afTurée, & ils ne feroient pas fi fujets , comme le dit M. le duc de Newcaftle,à rompre le col à leur homme , auand ils cefTent de galoper fur le tapis , c’eftà dire, fur le terrein uuî. Les meilleurs lont de la province d’Yorkshre. On fe fert < ?ommunement en France des <^^vaux d’Hollande pour le carroffe. Ceux de la Northollande ou de Frife font les meilleurs. Il y a beaucoup de chevaux flamands qu’on veut faire pafTer pour chevaux de Hollande : mais prefque tous ont les pieds plats ; ce qui eft un des plus grands défauts qu un cheval de carrofle puiflTe avoir. Des qualités & des vices du cheval. La connoiffance du naturel d’un cheval eft m des premiers fondements de l’art de le monter , & tout homme de cheval en doit faire fa principale étude. Cette connoiflance ne vient qu’après une longue expérience, qui nous apprend à développer la fource de la bonne on de lamauvaifé inclination de cet animal.

Quand la jufte ftature , & la proportion des par» ties font accompagnées d’une force liante , St Su’avec cela on trouve dans un cheval Au courage » e la docilité & de ta bonne volonté , oti peut avec ces bonnes qualités mettre aifément en pratique les vrais principes de la bonne école : mais quand la nature eft rebelle , & qu’on n’eft point en état de découvrir d’où naît cette opiniâtreté , on

courtrUqne d’employer des moyens plus capable»
54 CHE CHE

de produire des vices nouveaux , que de corriger ceux qu’on croit connoître, •

Le manque de bonne volonté dans les chtvaux procède ordinairement de deux caufes : ou ce font des défauts extérieurs , ou c’en font d’intérieurs. Par défauts extérieurs , on doit entendre la foiblefle des membres » foit naturelle , foit accidentelle , qui fe rencontre aux reins , aux haiches , aux jarrets , aux jambes , aux pieds ou i la vue. Comme nous avons détaillé aflez au long tous ces défauts dans la première partie , nous ne les rapporterOBS point ici. Les défauts intérieurs, qui forment précifémcnt le caradère d*un cheval ^ font la timidité , la lâcheté , la pareiTe , Timpatience » la colère, la malice , auxquels on peut ajouter la mauvaife habitude. Les chevaux timides , font ceux qiii font dans une continuelle crainte des aides & des châtiments, & qui prennent ombrage du moindre mouvement du cavalier. Cette timidité naturelle ne produit qu’une obéifTance incertaine , interrompue, molle & tardive ; & fi on bat trop ces fortes de chevaux^ ils deviennent tout-à-fait ombrageux. La lâcheté cfl un vice qui rend les chevaux poltrons & fans cœur. On appelle communément ces fortes de bêtes des carognes. Cette lâcheté avilît to^ talement un cheval^ & le rend incapable d’aucune obéiflance hardie & vigoureufe^

La parefTe eft le défaut de ceux qui font mélancoliques , endormis , & pour ainfi dire hébétés ; il s’en trouve pourtant quelques-uns parmi ceux-ci , dont la force eft engourdie par la roideur de leurs membres , & en les réveillant avec des châtiments faits à propos » ils peuvent devenir de braves che-VdUX,

L’impatience eft occafionnée par le trop de fenfibilité naturelle , qui rend un chtval plein d’ardeur , déterminé» fougueux, inquiet. Il eft difficile de donner à ces fortes de chevaux une allure réglée & paifible , à caufe de leur trop grande inquiétude , qui les tient dans une continuelle agitation , & le cavalier dans une affiette incommode. Les chevaux colères font ceux qui s’oflenfent des moindres châtiments , & qui font vindicatifs. Ces chevaux doivent être conduits avec plus de ména-Î’emem que les autres ; mais’quand , avec ce déaut, ils font fiers & hardis , & qu’on fait bien les prendre , on en tire meilleur parti que de ceux qui font malicieux & poltrons.

La malice forme un autre défaut naturel. Les chevaux attaqués de ce vice , retiennent leurs forces par pure mauvaife volonté , 6c ne vont qu’à contre-coHir. Il y en a quelques-uns qui font femblant d’obéir , comme vaincus & rendus ; mais c’eft pour échapper aux châtiments de l’école , & fitôt qu’ils ont repris un peu de force & d’haleine , ils fç défendent de plus belle»

Les mauvaises habitudes que contraâent certains chevaux ne viennent pas toujours de vices intérieurs , mais fouvent de la faute de ceux qui les ] ont i’iboti mal montés : & tjuand cçs maqvaifes ’ CHE

habitudes fe font enracinées » elles font plus diffî^ elles à corriger qu’une mauvaife difpofition qui viendroit de la nature.

Les différents vices que nous venons de définir , font lafourcede cinq défauts eflèmiels, & d’une dangercufe conféqucncc ; favoir , d’être ou ombrageux , ou vicieux , ou rétifs , ou ramingues , ou entiers.

Le cheval ombrageux eft celui qui s’effraie de quelque objet , & qui ne veut point en approcher^ Cette appréheniîon ,’ qui vient fouvent de timidité naturelle » peut être caufée auffi par quelque dé^ faut à la vue , qui lui fait les chofes autrement qu’elles ne font ; fouvent encore , c’eft pour avoir été trop battu »ce qui fait que la crainte des conps » jo’mte à celle de l’objet qui Uii hk ombrage , lui accable la vigueur & le courage. Il y a d’autres chevaux qui , ayant été trop longtemps dans Técurie, ont peur la première fois qu’ils fortent , &à qui tout caufe des alarmes ; mais cette manie » quand elle ne vient point d’autre caufe, dure peu , fi on ne les bat point , & ft on leur fait connoitrç avec patience ce qui leur fait peur. Le cheval vicieux eft celui qui , à force de coups ; eft devenu malin au point de mordre , de ruer & de haïr l’hoçime : ces défauts arrivent aux chevaux colères fc vindicatifs , qui ont été battus mal-à-propos ; car l’ignorance & la mauvaife humeur de certains cavaliers fait plus de chevaux vicieux que la nature.

Le cheval rétif eft celui qui retient fes forces par pure malice , & qui ne veut obéir à aucun aide , foit pour avancer , pour reculer ou pour tourner. Les uns font devenus rétifs , pour avoir été trop battus & contraints ; & les autres pour avoir été trop refpeâés par un cavalier qui les aura.redouté$. Les chevaux chatouilleux qui retiennent leurs for-i ces j font fujets à ce dernier défaut. Le chival ramingue eft celui qui fe défend con* trc les éperons , qui y réfîfte , oui s’y attache & qui rue dans une place , qui necule ou fe cabre , au lieu d’obéir aux aides & d’aller en avant. Lorfqu’un cheval réfifle par poltronnerie , c’eft un indice de carogne , & quoiqu’il fafle de grands & de furieux fauts , c’eft plutôt malice qile force. Le cheval entier eft celui qui refufe de tourner , plutôt par ignorance & faute de fouplefTe , que par malice. II y a des chevaux qui deviennent entiers à une maii, quoiqu’ils y aient d’abord paru fouples & obéiffans , parce qu on aura voulu trop tôt les aftujettir , ScpaiTer trop vite d’une leçon k l’autre. Un accident , qui vient i la vue ou à quelqu’autre partie du corps , peut auflî rendre un cheveu entier à une main , & même rétif. Le défaut d’être entf er eft différent de celui d’être rétif, en ce que le che* v^/ rétif, par malice ne veut point tourner , quoi* qu’il le fâche faire ; & l’entier ne tourne point , parce qu’il ne le peut , foit par roideur ou par ignorance,

(^and les défauts que nous venons de définir | CH E Viennent de manque de coeur 8c par foiblefle , I2 nature du cheval étant alors défeâueufe , & le fond s^en étant pas bon , il eft difficile d y fuppléer par Tarr.

L^orlgine de la plupart des défenfes des chevaux , ne vient paa> toujours de la nature ; on leur demande fou vent des chofes dont ils ne font pas capables 9 en les voulant trop prefler & les rendre trop favans : cette grande contrainte leur fiait haïr V exercice , leur foule & leur fatigue les tendons & les nerfs , dont les reflorts font la fouplefiê ; & fouvent ils fe trouvent ruinés, <]uand on croit les avoir drefies : alors n ayant plus la force de fe défendre , ils obéifTent , mais de mauvaife grâce , & fans aucune reflburce.

Une autre raifon fait encore naître ces défauts : on les monte trop jeunes, ôc comme le travail qu’on leur demande efi au-defTus de leurs forces, & qu’ils ne font pas encore aflez formés pour rcfifter à la fujétloa qu’ils doivent fouiTrir avant d*êire drefles y on leur force les reins, on leur afibiblit les jarrets , & on les gâte pour toujours. Le véritable âge , pour dreffer un chfval , eft fix , fept ou huit ans 9 luivant le climat où il eft né. La rébellion & Tindocilité , qui font fi naturelles , fur tout aux jeunes chtvaux , viennent encore de ce qu’ayant contraâé Thabitude d être en liberté dans les haras , & de fuivre leurs mires , ils ont peine à fe rendre à Tohéiirance des premières leçons , & à fe foumettre aux volontés de Thomme , qui profitant de Tempire qu*il prétend avoir fur eux, poufte trop loin fa domination ; joint à ce qu’il n’y a point d’animal qui fe reflbuvienne mieux que le cA^vii/^cs premiers châtiments qu’on lui a donnés mal à-propos.

Il y avoir autrefois des ’perfonnes prépofées pour exercer les poulains au fortir du haras , lorfqu’ils étoient encoi^e fauvages. On les appelloit cayaicadours Je burdtlU : on les choifidoit parmi ceux qui ^voient le plus de patience , d’induftrie , de nardieiTe & de d ligence ; la perfeâion de ces qualités n’érant pas fi nlceflaire pour les chevaux qui ont ^k.]k été montés , ils av.coufumoient les jeunes chevaux à fouftrir qu’on les approchât dans Técurie y à fc laifTer lever les quatre pieds , toucher de la main , à fouf&ir la bride , la felle , la croupière , les fang’es , &c. Ils les aiTuroient ^ les rencoient doux au moiitoir. Ils n*empIoyoient jamais la rigueur ni la torce, qu’auparavant ils n’euflent eflayé its plus doux moyens dont ils puiïent s’avifer ; & pair cette ingénieufc patience , ils rendoient un Jeune chevut familier à ami de 1 homme ; lui confervoient la vigueur & le courage ; le rendoient fagc & obciffant aux premières règ’es. Si on imitoit à préf^nt la conduite de ces anciens amateurs , on verroit moins de chevaux eflropiés , ruinés 1 re«  bouts , roides & vicieux. .

Det Chevaux de guerre*

L’art de la guerre , & l’art de la cavalerie fe dos*) CHE n

v^nx réciproquement de grands avantages. Le pre-’ mier a fait connoître de quelle néceffité il eft de fçavoir mener furement un cheval ; & cette connoifiTance a engagé à établir des principes pour y parvenir* Delà eft venu l’ét^liflement des académies, que les grands princes fe (ont toujours fait honneur de protéger. Ces principes mis en pratique, ont contribué à la juftefte des dinerents mouvements qui fe font dans les armées. Il ne fera pas difficile de fe l’imaginer , en confidérant que chaque air de nianège conduit à une évolution de cavalerie.

Le pafiage , par exemple , rend noble & relevée Taâion d’un cheval qui eft à la tête d’une troupe. En apprenant un cheval à aller de côté , on lui apprend à fe ranger fur l’un & l’autre talon » foit dans le milieu , ou à la tête de l’efcadron , quand il en faut ferrer les rangs, & dans quelque occafioa que ce foiti

Par le moyen des voltes on gagne la croupe de fon ennemi , & on l’entoure diligemment. Les paftades fervent à aller à la rencontre &i revenir promptement fur lui.

Les piiouettes & les demi-pirouette$ donnent la facilité de fe retourner avec plus de vîtefte dans un combat.

£t fi les airs relevés n’ont pas un avantage de cette nature , ils ont du moins celui de donner à un cheval la légèreté dont il a befoin , pour franchir les hayes & les foires : ce oui contribue à la fureté , & à la confervation de celui qui le monte. Enfin , ii eft conftant que le fuccès de la plupart des aâions militaires, eft dû à l’uniformité des mouvements d’une troupe , laquelle uniformité nd vient que d^une bonne inftruâion ; & qu’au contraire , le défordre qui fe met fouvem dans un efcadron, eft caufé ordinairement par des chevaux ! mal dreftés ou mal conduits.

De pareilles réflexions ne fuflifent-elles pas pour détruire quelques critiques mal fondées de ce qu’on enfejgne dans nos écoles }

Le rapport qui fe trouve entre ces deux arts , a donc fait naître l’émulation parmi la noblefte , pour acquérir de la capacité dans l’art de monter à c//^val y afin de fervir fon prince & fa patrie avec plus de fruit. Ceft par un motif fi glorieux que les anciens écuyers fe font efforcés de donner au public les moyens de drefter des chevaux propres pour la guerre : & c*eft en marchant fur leurs traces que nous allons tâcher d’éclaircir ce qu’ils ont dit de bon fur cette matière.

Il y a deux chofc ;s à obferver dans un cheval de gueirre ; fes propres qualités, & les règles qu’on doit mettre en ufage pour le dreft !er. Un cheval deftiné pour la guerre , doit être de médiocre ftature, c’eft à-dire de quatre piçds neuf à dix pouces de hauteur , & qui eft celle qu’on de«  mande en France dans prefque tous les corps de " cavalerie. Il faut qu’il ait la bouche bonne , la tête affuréc , & qu’il foit léger à la main : ceux qui cherebçoc dsà» im cheval de guêtre uo appni à 56 C H E pleine maîn fc trompent ; parce que la laflîtude le 1 fait pefer & appuyer fur ion raors. Il doit être de fconne nature , fage , fidèle , hardi, nerveux ; d*une force pourtant qui ne foit pas incommode au cavalier, mais liante Ôt fouple : il feut qu’il ait Téperon fin & les hanches bonnes , pour pouvoir partir & repartir vivement , &être ferme & aifé à l’arrêt. Il ne doit être aucunement vicieux ni ombrageux ; car quand même il auroit d*ailleurs afiez de force, & qu !on Tauroit rendu obéiffant , il arrive fouveni qu’après quelques jours de repos, ou par la faude de* quelque mauvaife main , il retombe dans fon vie*. Comme il faut toujours être en garde fur ces fortes de chevaux , ils ne font bons qu’à être confinés dans une école ; car ce feroit trop que d’avoir fon ennemi à combattre & fon cheval à corriger. Le vice le plus dangereux que puiffc avoir un cheval de guerre , eft celui de mordre , & de fe jetter fur les autres chevaux ; parce que dans un combat , où il eft animé , on ne peut lui ôter ce défaut. Lorfqu’on trouvera dans un cheval toutes les bonnes qualités que nous venons de décrire , il fera aifé à un homme de cheval de le dreffcr au manège de guerre, en fuivant les règles que nous avons données, lefquelles regardent la louplc/rc & Tobéiffance , afin de le rendre prorapt à obéir a la maîn & aux jambes , ce qu’il fera facilement , fi, après avoir été affoupli au trot , on l’a confirmé enfuite dans la leçon de Tépaule en dedans & celle de la croupe au mur ; fi on lui a appris à tourner diligemment & facilement furies voltes de combat, c*eft-à-dire , fur un cercle la demi-hanche dedans ; fi on la rendu çbéifiant au panir de la ligne droite ^es pa^des ; facile fy. aî^ ^ fc rafiembler aux deux extrémités de la même ligne pour former la demi- ▼olte à chaque main ; fi on l’a rendu prompt & agile à bien exécuter une pirouette & une demi- pirouette. Voilà effentiellement ce qu’un cheval de guerre doit fçavoir pour ce qui regarde la fouplefle Çl Tobéiffance ; mais une autre chofe abfolument néceffaîrcr ceft de l’aguérîr au bruit des armes , en raccoutumafit au feu , k la fuméç & à l’odeur de la poudre , an br^iit des tambours , des troinpettes , fy. ai| mouvement des armes blanches. Il y a de très-braves chevaux qui tremblent de frayeur à la vue d’un ou de plulieurs de ces objets ; & quoiqu’ils aient les barres fenfi.bles & la bouche bonne, i)s perdent tout fentiment de la bride, des éperons , & de toute autre aide, auili bien quedeschâtioieats , & s’abandonnent à d’étraiig^s caprices ppur fuir l’objet dje leur apprehcnfion : ilfiiut même tenir toujours ces chevaux en exercice lorfqu’îls font dreflSs , car le repos leur fait prendre de nouvelles alarmes ; ce qui prouve que l’art le plu^ fubtil ne peut tout-à-fait effacei* , ni vaincre les vices naturels.

M. de la Broyé dit, que le remède le plus cpurt & le plus fimple pour accoutumer en peu de temps un cheval au bruit des armes à feu , & des autres nun^^rs guerrier^ , ç’pft de tirçr un cou^ de pif-CHE

tolet dans Técurie, 6^. de faire battre la caîflê uûé fois le jour par un palfrenicr , pofitivement dans !• temps qu on va leur donner Tavoine , & que pen de temps après ils fe réjouiront à ce bruit , comm* ils faifoient auparavant au fon du crible. Il y en a de tellement ombrageux , qu’ils de* meurent à ce bruit les oreilles tendues & droites , roulent & blanchiffent les yeux dans la tête , trent- ’ blent & fuent d’effroi , tiennent une poignée dm foin ferrée entre les dents fans remuer les mâchoires , & enfin fe jettent dans la mangeoire & à travers les barres ; mais avec la patience & i’induftrie d’un cavalier intelligent, on vient à bout des cA^vaux de ce naturel.

Il y a une autre façon d’accoutumer les chevau» au feu ; je l’ai fouvent expérimentée & vu pratiquer ; c’eft de les mettre dans les piliers : là , fans aucun danger , il eft aifé de les accoutumer à tout ce qui peut leur porter ombraeê. On leur fait dabord voir & feniir un piftolet fans être chargé ; on fait jouer la batterie , parce qu’il y en a beaucoup qui s’effraient au bruit de la détente & du cliquetis. Quand ils font faits à ce bruit ^ on brûle une amorce en fe tenant loin du cheval^ le dos tourné visà-vis de fa tête ; on s’en approche après pour lui faire fentir le piftolet & laccoutumer à l’odeur de la fumée. Il faut toujours le flatter en l’approchant , & lui donner quelque chofe à manger ; car ce n’eft que par la douceur & les carefles qu’on apprivoife ces animaux. On met enfuite une nouvelle amorce > en accommodant le piftolet vis-à«  vis de lui ; & lorfqu’iKeft fait à l’odeur & à la fumée de la poudre , il faut commencer à tirer ett mettant une petite charte d’abord & peu bourrer ; on tire le dos tourné & un peu loin , on revient d’abord après le coup lui fi«iire fentir le piftolet & le fiatter ; fuivant au’il s’acoutume , on augmente la charge , on tire de plus près , & enfin on rire de deflTus. il faut , avec la même douceur & la même patience, l’accoutumer au bruit des tambours , au mouvement des étendards & au bruit des armes blanches. Les chevaux timides , qui ordinairement ont peu de force, & ceux qui n’ont pas la vue bonne , s’accoutument tu feu plus difficilement Sue Içs chevaux vigoureux & dont la vue eft faine ; i quoiqu’avec le temps on en vienne à bout , je ne copfeillerois pas de fe fervir de pareils chevaux pour la guerre.

Ce n’eft pas feulement dans les bornes d’un manège qu’il taut accoutumer un cheval de guerre à ce que nous venons de dire ; il faut fouvent l’exer ? çer en pleine campagne & dans les grands che«  mins , où il fe trouve une infinité d’objets qui effrayent ceux qu’on fort rarement , les moulins fur-tout , tant à eau qu’à vent & les ponts de bois , font un grand fujet d’alarmes pour bien des chc" vaux ; mais s’ils fronnoifient la main & les jambes,

?ue le cavalier facbe fe fervir à propos de ks aides , 

c qu’il ait le génie & la patience qu’il faut avoir, U viendra biemôt à bout de ces dignités. Sur-tout C HE M ne laltt point dans ces occafions , battre les jeunes chwaux ; parce que , comme nous l’avons dit ailleurs , la crainte des coups , jointe à celle de Tobjet qui leur fait ombrage, leur accable la vigueur »& le$ rebute totalement.

Des Chevaux de Chajfe.

Quoique la chafle ne foit regardée que comme vn aniufement , cet exercice n*en mérite pas moins d’attention ; puifque c*eft celui que les rois & les princes préfèrent à tous les autres. Cette incltnation eft fans doute fondée fur la conformité qui fe rencontre entre la chafle & la guerre. En effet , de part & d’autre on voit un objet à dompter , des fatigues à efliiyer, des dangers à éviter, & des rufes à pratiquer. Il n’eft donc pas étonnant, qu’un exer* ci ce qui a tant de rapport aux fentiments d*héroïfme infèparables des grands princes , fixe leur goût dans leurs plaifirs. Ce n’eit point ici le lieu d’examii ner routes ts dîflërentes parties’ de la chafle, ni de placer un éloge dont touts ceux qui penfent noblement font remplis : mais les jours d’un fouve-Yerain font trop précieux à fçs fujets pour ne le pas exciter à fa confervation autant qu’il eft en leur pouvoir. Nous venons de dire que la chafle a (t$ dangers alifli bien que la guerre : la plupart des accidents qui y arrivent font caufés par des chevaux mal choifis «u mal drefles ; c’eft pourquoi nous avons recherché avec foin tout ce qui peut conduire à la connoifl !ance d’un bon cheval de chafle , fie à la fiacilité de le dreflfer à cet exercice. Bien des gens penfent que la façon de drefler des chevaux de guerre & de chafl^e, eft tout-à-fait oppofée aux régies du manège. Une opinion û mal fondée , & maiheureufement trop générale , fait négliger les vrais principes. N ayant donc pour guide que la faufle pratique de ceux qni ont tait naître & qui favorifent cette erreur , on n’acquiert qu’une fermeté fans grâce & une exécution forcée oc fans fondement. Pourroit-on » avec un peu de jugfement, avancer qu’un cavalier capable de pratiquer les principes d’une bonne école, & par lekiuels il eft en état de juger de la nature de fon cheval , & de lui former un air , n’a pas plus de facilité encore pour a^Touplir & rendre obéiflant celui qu’on deftine à la guerre, & pour -étendre & donner de l’haleine à celui qu’il juge propre pour la chafle , puifque ce ne font- là que les premiers éléments de l’art de monter à ehevdl ?

Le choix d’un bon coureur eft trésdiflicile à faire ; car , outre les qualités extérieures des autres chevaux y il doit encore avoir particulièrement beaucoup d’haleine , de légèreté 8c de fureté. Ces qualités doivent lui être naturelles ; Tart ne peut , tout au plus , que les perfeAionner. Un cheval de chafle ne doit pas éttt trop traverfé ni trop raccourci de corps ; parce que ces fortes de chevaux n’ont pas ordinairement l’haleine & la facilité néceflaire aux bons coureurs. Il doit être un peu long de corps , relevé d encolure ; 6c avoir les Mjuiiaiion , Ef crime 6* Danfi^

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épaules libfel & plates , les jambetf larges & nerveufes , fans être trop long jointe ; il faut avec cela qu’il foit naturellement vite, fenfible à l’épe* ron , & dans un appui léger.

M. de la "Broue dit , que « les chevaux qui ne » conviennent point pour la chaflfe, font ceux » qu’une timidité naturelle empêche de courir vite n par la crainte qu’ils ont de hafarder leurs forces 9> en courant : ceux qui fe méfient de leurs forces n par quelqu’imperfeaion naturelle ou accidentelle : ceux qui font pefants & parefleux de leur » nature : ceux qui font rebutés à force de courir , » que la (impie appréhenCon de la courfe retient , n rend vicieux & rétifs : ceux qui , avec beaucoup » de rekis , aiment mieux fournir un nombre de • fautS) que de diftribuer leurs forces à l’aâion de n la courte : ceux enfin que la pure malice & polit tronnerie retient »•

Quoique tous ces différens chevaux puiflent abfolument être dreflés à courre , en fuivant les règles de l’art, on ne pourra jamais leur donner les qualités eflTeotielles à un bon coureur, qui font, comme nous venons de le dire, de galoper légèrement , furement & longtensps. Ces qualités ne fe trouvent qu’avec une foupleflle naturelle dans les membres , & qu’on perfeâionne par le trot , une liberté dans les épaules , & un appui léger à la bouche , qu’on confirme par le galop ; une haleine & un courage fufiifants qu’on augmente par l’exer^ cice»

Le trot, qui eft la première règle pour aflbuplir toutes fortes de chevaux^ doit être. plus étendu & plus allongé que relevé , dans un cheval de chafle , afin de lui apprendre à bien déployer les bras & les épules. Le bridon eft excellent pour donner cette première fouplefle à un cheval ion peut avec cet inftrument , dont nous avons donné la defcription & l’ufage dans le chapitre troifième , le plier faci-* lement & fans trop le gêner ; lui apprendre à tourner promptement & librement aux deux mains , fans lui offenfer les barres & la place^de la gourmette 9 ni lui déranger la bouche ; & le rendre aufli fouple que fes forces & fa difpofition lui permettent de le devenir. Il faut le troter aux deux mains fans aucune obfervation de terrain , mais varier à touts moments l’ordre de la leçon du trot , le tournant tantôt à droite , tantôt à gauche fur un cercle ; quelquefois fur une ligne droite , plus ou moins longue , fuhrant qu’il, fe retient ou s’abandonne. On doit le tenir iur la leçon du trot , jiifqu’à ce Iu’il obéifle au moindre mouvement de la main & es jambes , & qu’il ait appris la facilité de tourner promptement & librement aux deux mains. Lorfqu’il eft à ce point, on lui met un mors convenable à la bouche ; après quoi on lui donne la leçon de l’épaule en dedans , non-feulement pour lui aflbuplir les côtes , lui faire connoître les jambes , & lui faire la bouche , mais eflentiellement pour lut apprendre à avancer la jambe de .dedans de der«  riére fous le ventre , qui eft une qualité abfolu^. H .

Digitizedby 5« CHE jneot néc^lre dans un cktval de cha^ i afin qu’il ^alope’plus tm’tment , plus commodément & de meilleure grâce. U feot auffl le te»»r im peu enfem^ ble en le menant l’épaulo en ^tdfeins, , non pas dans une poAure auiTi raccourcie oue fi on vouloit ledre(%r pour le mtnèige ; oa aoi( au contiraîre retendre davantage »pOQr kii don-ner une grande facilité de bk» déployer & alloiiger fes bras & Tes épaules : il no faut pourtant pas l’étendre fi fort » ou^il contraâe le déniut dis peier- à la main , dont il tàudroit le corriger par les arrêts y le» demî-arréts & le reculer.

Après la leçon du trot perfeâtomié^par celle de répaule en dedans , des arrêts , des demi-arrêts , & du reculer ; il ^ut enfin le galoper pour lui augmenter la légèreté des épaules, lui afliirer & adoucir Tappui de la bouche » & le confirmer dans rhabitude du galop de chafle» Cette liberté d*épaules , qui eft une partie des plus eflèntielles pour un ckevul de chafTe , s’acquiert aifément , fi après avoir été troté dans les règles, on fait lui étendre les épaules & lui faire déployer les bras fans que le mouvement du galop foit trop relevé , ni trop près de terre^ Par Te premier défeut , il feroit ce qu*on appelle nager en galopant , & il ne pourroit «tendre ; & le fécond déjfautle feroit broncher pour la moindre pierre ou émineoce qu*il renconcreroit, en rafantdc trop prés le tapis. Il faut convenir que la nature femble avoir formé des chevaux exprès , auxquels elle a donné ce mouvement d*épaules libre & allongé , qui fait le plus grand mérite d^un coureur. Les chevéux anglois plus que tous les autres chevaux de TEurope ont cette qualité , auffi leur voit-on fournir avec une vltefle incroyable des courfes de quatre mille d’Angleterre ^ qui font environ deux petites lieues de rrance , telles que celles qui fe font à Newmarket, cil un cheval pour gagner le prix , doit arriver au but ordinairement en huit minutes, quelquefois moins. Leurs autres chevaux de chaflfe vont fouyentdes jouroées entières fans débrider , & toujours à la queue des chiens dans leur chafle du renard , en franchiflâm les haies & les foflés qui fe trouvent fréquemment dans un pays couvert & coupé, comme 1* Angleterre. Je fuis perfuadé que files chevaux zry^ois avec de pareilles difpofitions étoient aflouplis par les. régies de l’art , ils galoperoîeut plus furemenr & plus commodément ; ne fe ruineroient pas fitôtles jambes, comme il arrive à la plupart , auxquels les jambes tremblent après deux ou trois ans de fervicc. La raifon de cette foibleffe qui ne paroit pas naturelle , mais plus vraifemblablement accidentelle , vient fans doute de ce qu’on les^ galope trop jeunes , fans avoir été auparavant aflbuplis au trot ; &, de ce quon les galope toujours avec le bridon , duquel on ne doit faire ufage que pour les aflbuplir 3 cet infiniment nrétant potnt tait pour foutedir le devant, ni pour donner de l’appui, il arrive qu’un’ cAfTj/ n’efl point foulage dans fon galop ; & que le poids du cavalier joint à la CHE

pefanteur naturelle des épaulés , du col & de h tête du cheval y lut fatigue les nerfs , les tendons & les ligamei>ts des jambes ; d*où s’enfuit nécefiairenMOt la ruine de cette partie qui occafionne le défaut de broncher : c’eit pour cela que les anciens éaiyers ont inventé le mors » afiu de foutenir l’action du cheval dans toutes fes allures , fur-tout celle du galop , où étant plus étendu , il eft plus fujet à faire de faufles pofitions.

Lorfqu’on commence a galoper un cheval deftiné ^pour la chafTe, il ne faut pas lui demander d’abord un galop trop étendu , parce que n’ayant point encore l’habitude de galoper librement » il s’appuieroit fur la main : il ne feut pas non plus un galop raccourci , qui Tempêcheroit de fe déployer comme il le doit : mais il faut le mener dans un galop uni, fans le retenir nilechaffer trop , comme s*il galopoit de lui-même n’étant point monté. Ceft la main légère , accompagnée de fréquentes dçf* centes de main , qui donne le galop dont nous parlons. La defcente de main , qui eft une aide excellente pour toutes fortes d’airs , femble avoir été inventée exprés pour les chevaux de chafle » afin de leur apprendre à galoper fans bride , & fans que le cavalier foit obligé de les foutenir à tout moment. Il &ut que la leçon du galop fe fafle , tantôt fur un cercle large & étroit comme au trot , & tantôt fur la ligne droite, & ne pas faire de longues reprifes dans les commencemens : au lieu de li>i augmenter l’haleine , &de lui donner la facilité du galop,onrendurciroit& on le rebuteroit. On doit aufli quitter fouvent le galop & reprendre le pas , afin de donner au cheval e temps de refpirer ; & fitôt qu*il a repris haleine , il faut repartir au galop. Cette manière de mener un cheval alternativement , fans difcontinuer , du galop au pas » & dupas au galop, lui donne avec le temps . autant, d’haleine , que fes forces & fon courage lui en permettent. C’èft au cavalier à juger de la longueur de la reprife du galop : lorfqu’il lent que l’haleine commenceà lui manquer, il doit le remettre au pas & de même diminuer les temps du pas , lorfqu’il fent qu’il peut fournir plus long temps au galop. Une autre attention qui eft de conféquence , c’eft de faire en forte à chaque arrêt de galop , que le cheval ne fafle pas un feul temps de trot , au lieu de fe remettre au pas , ce qui incommode beaucoup le cavalier : il faut l’accoutumer à reprendre au pas immédiatement après le dernier temps du ealop , & de même pour reprendre du pas au galop, il faut que cela fe fafle d’un feul temps. Quandon s’apperçoit qu’un cheval commence à prendre de l’haleine , & qu’il peut fournir de lon-Π; ues reprifes au galop , fans fouiller ni trop fuer , il aut alors le mener dans un galop p

$ étendu ,

qu’on appelle galop de chajfe : fans afliijettir la pofture de fa tête , au principe delà tenir perpendiculaire du fî-ont au bout du nez , comme aux chevaux de manège , on la lui doit laifler un peu plus libre , afin qu*if puifle refj^rer & ouvrir les aaaeaux aycc C H E plus de facilité , fjms pourtant qu*il ait le nez au ▼ent ; car tout cheval ^ai/g^opQ h tête haute & déplacée , eft plus fujet à broscher que celui qui ^on fon chemin & Teiidroit où il pofe les pieds en galopant.

Une excellente leçon que j’ai vu pratiquer à dliabiles gens» pour un cheval de chafle, c’eft de g^aloper fur un cercle large à main gauche en tenant le cheval un peu plié à droite & uni fur le pied droit. Cette iàçon de tournera gauche, quoiqu’il Salope fur le pied di^it , lui apprend à ne fe point éfunir , lorfqu’on dk obligé de lui renverfer l’épaule , e’eft-à-dire , ;de tourner tout court à ganchei ce qui arriveroit fouvent , s*il n’étoit pas fait a ce mouvement, 6c cauferait un contre- temps qui incommoderoit le cavalier & dèrangeroit fon «fuette. Les anciens écuyers avoient une méthode 3ue i’approuve fort » pour galoper leurs chevâux e guerre & de chafle : c’étoit de galoper un cheval en ferpentant , c’efl-à^dire , au lieu de galoper fur tput le cercle ,ils faifoieotcominuellement des por Â)ns de cercle , en reaverfant à touts moments les épaules fans changer de pied, & en décrivant àpeuprés le même chemin que celui que fait un ferpent ou une anguille lorfqu’iis rampent. Rien ne confirole mieux un chtval fur le bon pied , ni lui affure tant les jambes , que cette leçon. Elk eft aifée à pratiquer, lorfquê le cheval y a été préparé cri le galopant fur un cercle i gauche , placé & uni à droite.

Ce n*ei ! potm , comme nous l’avons dit dans le ^l^apitre précédent , dans les bornés d’un manège , qu^fl faut toujours tenir un davûl qu’on dreffe pour la guerre ou pour la chafle : il faut l’exercer fouvent en pleine campagne, afin de raccoutumerà toutes fortes d’objets, & de lui appendre aiïffi à galoper farement fur toutes fortes de terrains , comme terres labourées, terrains gras, prés, defcentes , montagnes , valons , bois. Nous ne répétons point ici ce qu’il faut faire pour accoutumer un cheval au feu , qui eft une chofe eflentielie à un coureur ; mais une autre qualité que doit avoir particuliéremem un cheval de chaffe , c’eft de favoir franchir les haies & les* fofles , afin de ne pas demeurer en chemin , lorf- 3n’on renconn-e quelqu’un de ces obfiades. M. e la Broue donne à ce fiijet une leçon que je crois pratiquable & bonne ; c’eft d’avoir une claie d’environ 3 à 4 pieds de large fur 10 à 12 de long , la . tenir d’abord couchée par terre, & la faire fauter au cheval au pas , au trot , & enfuite au galop , & s’il jnet les pieds fur la claie, au lieu delà franchir, le châtier de la gaule & de l’éperon. On la fait cnfuîte foulever de terre environ d’un pied , & à mefure qu’il la franchit librement, on la lève de plus en plus julqu’à fa hauteur ; enfuite on la gaf* nit de branches & de fisuitles. Cette méthode qu’il dit avoir fouvent pratiquée, apprend furement à un cheval à s’étendre & a s’allonger pour le faut des haiof & des foflés ; mais cette leçon p tpi,Auk^ C H E 59

ceflàîre pour un cluval de çuerre & do diàfle , ue doit s’employer que lorlqu il «fl : obéiflàot au tw«ner aux deux nains , au partir des mains , au pa* rer , & lorfqu’U a la tête pbcée & la bouche af* furée.

Il y a une autre efpèce de chevaux de diaft qu’on appelle chevaux é’arquthufe , ce font ordinairement de petits chevaux qu on drcfle pour chs^tr au fufil. Ceux-ci doivent avoir à-peu près Itm-^ mêmes qualités que les coureurs , mab îb doivent ^ être parfaitement apprivoifés & faits «ufto , enw forte qu’ils fuiyent lliomme & qu’ils fotent iné- : branlables au mouvement & au bruit du fufil II &ut encore qu’ils ne s’épouvantent pas au partir & au vol du gibier. On les accoutume d’abord M s’arrêter lorfqu on prononce le terme de how, maitf les plus fubtils & les plus adroits appreonem à cas £on^s de chevaux à s’arrêter court 8c fans remuer 4 même en galo|iant, dans le temps qu’ils abandonnent toute la bride fur le col pour coucher en joue ; Un c^tfvtf/d’arquebufe , bien fage & bien dreffé à cet ufage , eft trés-recherché ; mais comme oa a plus beloin pour toutes ces attentions ( qui font pourtant eflentielles) de patience que de idencet nous n’entrerons pas dans un plus grand détail , ce que nous en avons dit nous paroiflant fuffilknu Des chevaux de catroffe.

Dans les fiécles paffés la magnificence des éqnU pages n’étoit en ufage que pour les triomphes ^ fans Qu’on s’embarranât d’y rechercher hi commodité. Mais la volupté qni s’eft introduite parmi les nations , & qui a fait d’Age en âge des progrés incroyables , a contribué à l’invention de phifieurs fortes de voitures , dont la plus fimple aujourd’hui furpaâe infiniment, pour la conftruôion » ces chars autrefois fi fameux.

La perfeâion que les firançois ont donnée de nos jours aux carrofies , par les reflbrts qui en rendent les mouvements imperceptibles , & parla légèreté , qui diminue e6nfidérablement le travail des chevaux qui les traînent ; cette perfeâion , dii^ je, en a fait une voiture fi douce & fi commode ^ que c’eft préfentement le premier tribut qu’oÉ paye à la fortune.

Quand on a cru ne pouvoir rien y ajouter pour leur ftruâure, on s’efi appliqué à leur décoration » & on y a fi bien féuiB , gue rien ne feroit*pIus ca* pable d’annoncer la dignité des feigneurs , que la magnificence de leurs équipages , fi ks ckevauk 3u’on y attelle , étoient mieux choifis & mieux refl^s oour cet ufage ; Cette négligence étoit pardonnable autrefois , parce que la peine que t% chevaux avoient à ébranler ces pefantes machines , les privoient de la grâce qui (ait la beauté de leuraâion ; mais aujourd’hui il n’y a plus d’obAacle qui putffe empêcher de donner cette tuMeffk aux équipages leftea 6c fomptueux que notti Hij 6o C H E L’Allcmigne nous a devancés dans cette cxaftitude , (& le modèle qu’on nous y donne , n*eA fuivi dans ce pays-ci , que par un petit nombre de fei- •f neurs curieux. Il feroit à fouhaicer cependant que cette curiofité devint générale y non-feulement pour n’avoir rien à ajouter à la magnificence , mais particulièrement pour prévenir les accidents auxquels «n eft expofé , en mettant au carrofle des chevaux qui n’ont jpoint été aiOfouplis, & qui n’ont pas la bouche faite.

On croit faire aflez pour mettre fes jours en -fureté , que d’atteler deux ou trois fois au charriot 4es chevaux nenù , avant que de s’y confier. Cependant on n’a que trop d’exemples qui nous prouvent que cette méthode précipitée ne fuffit pas pour garantir des dangers , & pour empêcher les chevaux de carrofle de tirer de mauvaife grâce , de croter de travers , & fur les épaules , de oaifTer la tète j de lever les hanches , de tendre le nez , & de forcer la main , défauts d’autant plus remarquables > que les équipages font magnifiques. Nous allons donc indiquer les (fualirés que doivent avoir les chevaux de carrofi’e » & les moyens de les leur donner.

En général un cheval de carrofle doit avoir la tète bien placée & l’encolure relevée ( ce qu’on appelle porter beau ) , & troter droit & uni dans les traits.

. Ia taille ordinaire d’un beau cheval de carroiTe eft depuis 5 pieds jufqu’à 5 pieds 1 ou 4 pouces. Il doit être bien moulé & fort relevé du devant ; quand même il auroit le rein un peu bas ( ce qui feroit un défaut pour un cheval de felle ) » il n’en paroitroit que plus relevé du devant au carrofle. Il doit être traverfé & affez plein de corps pour n’être point efflanqué par le travail. Il ne faut pounant pas qu’il foit trop chargé d’épaules ni qu il ait la poitrine trop large. C’eft pour le cheval de charrette 9 une qualité qui le fait mieux donner dans le collier , mais c’efi un grand défaut dans les chevaux de carroATc’» qui doivent avoir Tépaule plate & mouvante pour pouvoir troter librement & avec {race. Il ne doit être ni trop long ni trop court. ^ Jeux qui font trop courts ont ordinairement la ’ mauvaife habitude de forger, & ceux qui font trop longs -fe bercent pour la plupart , & vont fur le mors y a’ayant pas afl !ez de rein pour fe foutenir. Un cheval de carrofl^e doit avoir la jambe belle , plate & large 9 fie l’os du canon un peii gros ; furtout les pieds excellents : le moindre accident aux pieds efl un grand défaut, qui le fait bientôt boiter , parce qu’il ne peut pas loutenîr long temps la dureté du pavé. Il fiiut encore bien prendre garde a^x jarrets, les chevaux de carrolTe font plus lujets à les avoir défeflueux, que les chevaux de légère taille, parce que la plupart font élevés dans des pâturages gras , qui engendrent baucoup d’humeurs , leiquelles tombent fur les jarrets & fur les jambes. Le boulçt trop flexible eft encore mk grand C H E

défaut 9 qui empêche un cheval de carrofle de reculer & de retenir dans les defcentes. Un cheval de carrofle bien choifi, &qui a les qualités que nous venons de décrire , mérite bien qu’on lui donne les deux premières perfeâions que tout cheval drefle doit avoir , qui font , la fouplefle & l’obéiflance. Avec ces qualités il trotera de meilleure grâce , durera plus longtemps , & répondra mieux à la magnificence & au bon goût de fon maître.

Il faut d’abord le trotter à la longe pour commencer à l’aflbuplir, le monter enfuite & lui mettre l’épaule en dedans , pour l’arrondir , lui donner une belle pofture & lui faire la bouche. On doit aufli lui apprendre à paflTer les jambes la croupe au mur , afin qu’il prenne fes tournants avec plus de &cilité ; car toutes les fois au’on tourne un cheval au carrofle, il décrit de côte une ligiie circulaire avec les épaules & avec les hanches , ce qui forme une efpéce de demi-volte ; & il faut pour cela qu*il ait appris à pafler librement les jambes l’une pardeflus l’autre , tant celles de devant que celles de derrière , fans quoi il s’attrapperoit , traîneroit les hanches de mauvaife grâce , ou tourneroit lourdement. Une autre leçon eflentielle qu’il faut encore joindre à celle-ci, c’eft de lui apprendre à piaffer parfaitement dans les piliers , après avoir été aflbnpli au trot. Rien ne donne à un cheval do carrofle une plus belle démarche , plus fière, plus libre & plus relevée , que l’aâion du piaffer. Les piliers ont encore cela d’avantageux, qu’outre la grâce & la liberté qu’ils donnent à un eheval , ils lui impriment la crainte du fouet , & le rendent pour toujours obéiffant au moindre mouvement de cet inftrumenr.

Une autre chofe qu’on obfcrve rarement , & qu«  toutc^^Vi^/de carrofle doit avoir» c’eft d’être plié à la main où il va. Celui qui eft ’fous la main doit être un peu plié à droite ; & celui oui eft hors la main doit l’être à gauche. Cette poihire augmente la grâce d’un cA^va/ qui trote bien ,lui fait voir fon chemin , lui tient la croupe fur la ligne des ésaules , & le fait troter ferme & uni d’épaules & de hanches. Ceux qui ne trotent pas dans cette pofture ont le défaut , ou de baiffer la têie vers le bout du timon , ce qui leur fait jetter la croupe dehors & fur les traits ; ou au contraire , de tendre le nez & tirer i la main , ce qui eft d’autant plus dangereux qu’ils peuvent forcer la main du cocher ; ce qu’on appelle vulgairement prendre le mars aux . dents ; 8c ceux qui font dans le carroffe on aux environs , rifquent de perdre la vie , ou d’être eftropiês. On voit fouvent auflî de deux chevaux , l’un baiffer le nez & l’autre lever la tète , pofture défagréable » & toutà-fait difcordante ; ce qui ne fe rencontreroit point, s’ils avoient été ajuftés. Si quelqu’un trouve étrange que je donne Tes mêmes principes pour les chevaux de carroffe que pour ceux de manège , qu’il examine les attelages des feigneurs curieux en beaux équipages » qui C H E font dreflcr leurs chevaux au maflége » avant que de les mettre au carrofle , & il fera perfuadé de la difTérence d’un cheval dreflfé à celui qui ne l’eft point. Je ne demande pas qu’on confirme un cheval de carrofle , eomme celui de manège , dans Tobéiffance pour la main & les jambes , je veux fimple* ment qu’on le dégourdiâe , qu’on lui fafTe la bouche , Si fur-tout qu’on lui apprenne à piaffer , à craindre le fouet , & à obéir au moindre mouvement qu’on en fait. Je ne confeillerois pas non plus d’employer ces règles pour toutes fortes de chevaux de carroffe ; je ne parle que de ceux dont la figure & le prix méritent ce foin , & j’abandonne les chevaux mal bâtis , ou ces gros lourdauts de Aruâure monftrueufe au caprice de leur nature » £1 à la routine des cochers.

De la b£aut£ et de la bont^ du cheval. ( DUPATY. )

La^ beauté eft le choix des formes agréables renfermées dans la nature. Chaaue objet , chaque être a fes beautés & tts difformités. On en voit peu qui raiffembrent toutes les perfeâions dont ils font fufceptibles.

Les animaux ont une beauté analogue à leur ftruâurc : la beauté du taureau ne reffemble en rien ^ celle du lion. Sans contredit le cheval eft celui de.tous dont les formes font les plus belles , les conteurs les mieux arrondis , & l’enfemble le nlus flatteurà l’œil. Si les hommes euffent confulté l’aerénient d’un beau cheval y & fon air noble & pacifique en même-temps.» ils n’euffenc pas balancé à lui donner la prééminence fur la majeffé terrible du lion. Cet animal n’a rien de féduifant dans fa forme ; tout indique la pefanteur. Le cheval au contraire , élégamment formé > femble voler & s’échapper comme une nuée légère. Ces animaux fi différents ont tous deux leurs beautés. Le cheval doit la fienne à la perfeâion des proportions bien établies entre ks membres , au paffage infenfible de leurs formes adoucies les unes dans les autres , à Tarrondiffement de (es mufcles bien détachés & affez fenfibles pour être diftingués» C’eA pour cela qu’un cheval maigre plaît moins y & qu’il n’eA connu que des gens inflruits. Le vrai connoiffeur le juge par fon enfemblc ; & il préfume que dans Tétat d’emboRpoint , les formes dé< taillées feront d’accord avec la belle proportion. ^La fierté du regard dix cheval , la légèreté de fa courfe, les attitudes nobles & fières fous lefquelles ilfepréfente, font encore des beautés. On eftimc fur-tout ce feu dans les yeux , & cette ardeur pour la courfe, qui embellit l’animal en animant tous fes, membres. La foupleffe de fes mouvements & Tadreffe de fes jambes contribuent fingulièrement i (a beauté.

C’cft dans les plaines verdoyantes ou’il eft fatîsfalfant. de voir un jeune courfier oondir avec |aiet^. Cefi là qu’abandonné à la nature , il s*em-C H E 6i

belht lui - même e^ fe livrant à Pardeur qui le tranfporte. C eft au milieu des haras , que le cheval fe montre dans toute fa parure naturelle , lorfque » près de la cavale , il s’cmpreffe à lenvide lui faire remarquer la beauté de fon corfage , la noblefle de fon port, & la foupleffe de fes jarrets. Ceft dans la nature , comme dans le meilleur livre , gue nous devons aller prendre cette idée du beau , bien rétrecie dans nos villes & dans nos pompes publiques. C’eft là que nous devons chercher les traits qui le forment. Tout le monde le fent . c(ï pénétré , enthoufiafméàfavue :maisqui peut le définir 8c le fixer ? Le goût, le goût feul nous diâe àes règles auxquelles nous nous foumettons par le plaifir qu elles noiis caufent.

Outre la beauté générale de l’efpèce, chaque in^ dividu a la fienne particulière. Il eft bien rare que ces beautés fe trouvent tellement réunies , qu’il ne s y rencontre quelque défaut. Lorfqiie le vice eft peu confidérable , il ne fert qu’à relever les autres perfeâions ; autrement il fait regretter la peine que la nature a prife. Comme toutes les beautés ne fe rencontrent pas réunies , on appelle bea«  cheval^ celui qui en a le plus.

On ne doit pas confondre les beautés de la nature pure & encore brute , avec les hautes faflices de 1 art. Un cheval , naturelfement beau , a ponr 1 ordinaire encore plus de beauté lorfque l’art fait étaler & mettre au jour fes belles formes. Celui au contraire^ que l’art feul a façonné , n’a qu’une beauté d emprunt qui fe perd aifément , & qui porte une empreinte moins caraflérifée. On vient à bout de donner de la grâce au cheval, de le placer de donner de l’air à fa tête ; fi la nature n’a fait les premiers frais , ce mafque tombe aifément. La vraie beauté, dans un cheval , eft moins ce qui plaît & ce oui eft agréable au premier coupd œil , que le réfuhat d’un bel enfemble. Les Maquignons qui ont intérêt de féduire, donnent au cheval de nnquiéiude,& non de la fierté ; un contour forcé , & non des formes bien d’accord entre elles. Celui que le clinquant éblouit court rifque Aicheter un cheval qui dégénérera lorfque la douceur & la fécurité le rendront à fa nature. Ce n’eft donc pas dans l’inftant de la fougue & de l’emportement, qu’on peut juger l’animal, c’eft dans une ktuation calme & tranquille , dans laquelle chaque membre fe déploie avec fagefle , & préfente fans affeôaiion les traits purs & coulants de la beauté. Méfiez - vous donc de cet appareil d’înftrumenti apprêtés pour embellir le cheval : ce qu’il fait par crainte & fous les coups n’eft qu’une grimace arrachée parla douleur.

Si l’art s’unit à la nature pour embellir le cheval il fera encore plus agréable à voir. Mais ce ne fera que par un ménagement continuel des forces de l’animal , qu’on 1 embellira. La colère 8c la fureur pirennent aifément la place de la fieité & de la vifùeur, fi on excite des fenfations douloureufes. ’animal n*eft beau qu autant que l’attitude faâice 6i C HE du manège nous peint celle de la nature libre : & tel eft l’objet de l’art ; il fe propofe de raffembler en un fujet , dans un court efpace de temps , les beautés éparfes de la nature. Ces inftants de beauté naturelle font ceux où lanimal a de l’ardeur. Il fe grandit alorr ; il raffcmble fes forces ; fes yeux lont animés ; fa tête fe lève avec fierté ; fes mouvements redoublent , leur cadence fe prefle & $’anime. Ce font ces idées que l"écuyer doit employer dans fon travail ; c’eit là Texpreffion fu’il cherche : mais toutes les conftruâions de chevaux ne font pas propres à la produire» La beauté fans la bonté ne fatisfait Vdii qu’imparfaitement» & l’animal n’eft plus alors qu’une belle flatue. La bonté d’un cheval ne féduLt pas comme fa beauté : celle-ci eft entièrement extérieure ; cellelà eft le réfultat de çombinaifons difficiles à développer. Ce n’eft qu’à l’aide de plufieurs connoiffancès & d’une expérience bien tondée , qu’on juee les qualités d’un cheval. L’harmonie & l’accord de toutes les parties de ranimai, conftituent fa bonté ; comme celle d’une machine dépend de la proportion de toutes fes pièces mefurées par Teffet qu’on en attend. Tout corps organifé eft «ne machine des plus compliquées : tout peut en être bon ; mais il peut aufli s’y trouver des parties moins bien conftroites.

Les parties folides & les parties molles , ou fi on veut , les os & les mufcles , offrent ce qu’il y a de plus intéreflant dans le .méchanifme animal , relativement à fes aâions. La bonté des os vient de leur folidité, de leur bonne configuration , & de la bonne fabrique de leurs articulations. Les os ne doivent pas feulement être folides par leur nature , nais encore par leur difpofition ; éc eette difpofition n’eft eftimable que par le ferme appui qu’ils fe donnent les uns aux autres. Leur configuration la meilleure eft celle qui eft la plus commune dans k nature , & on la connoit à la fimplicité de l’action qui en réfulte. Un os tortueux, dans un membre ou il eft ordinairement droit , occafionne un mouvement compliqué & embarraffé.

La bonté de l’articulation vient du jeu &cile Ses os les uns fur ies autres , fans oue rien arrête le mouvement auquel ils font deflinés. La fermeté ëes liens eft encore eflentielle ; & c’eft fouvent delà que dépend la bonté d’un membre. Les mufcles font ordinairement bons lorfque leur force eft Tupérieure de beaucoup au poids des os qu’ils ont à mouvoir , & lorfque leur aâion ne les fari- £e pas. De gros offements & de petits mufcles it des preuves de foibleffe ; au lieu que des os mus par de forts fflufdet , annoncent la vigueur & la légèreté.

Les perfeâtons de ces différentes portions du corps , ne conftituent pas feules la bonté. Elle con* fifte plus encore dans l’arrangement de tout le corps, dans le rapport detonts les membres entre •ux , félon des loix que nous efpérons indiquer. Mjiis ce bd enfcmblc ext^iciir eft fouvent trom^ C H E

peur : car il arrive que la mauvaife organifation intérieure dément ces belles formes , ces belles proportions du corps. Il faut donc que les fondions vitales fe rempliffent bien ; que les vifcères foient bien conftitués, que l’eftomac&toutsles organes de la digeftion foient en bon eut. Ceft fur-tout de ce vifcère que dépend la force animale : fi le chyle eft mal fiibriqué , un fang fans vivacité & fan» confiftance ne peut fournir de la vigueur ; lalimphe viciée circule à peine , & ne répare pas les pertes occafionnées par le travail. En général on a éprouvé que les chevaux bien conflruits d’ailleurs , qui le nourrififent bien , qui ne perdent point l’appétit , qui font gais aprtt un long travail , & qui s’y prêtent volontiers , font de bons chevaux»

Quelques défauts ne détruifent pas eette qualité ; Ceux qui , uniquement attachés à ces défauts , acceptent ou refufent des chevaux parce qu’ils ont mielque vice local , font dans le cas deft tromper. C’eft l’enfemble & l’ufaee harmonieux detouts les membres , qu’il faut confidérer : fouvent un cheval emploie très-bien de mauvais jarrets, & un antre en emploie mal de bons.

On ne s’attachera donc pas fimplement à Texterieur des membres , fi on veut bien choifir le che* val ; on confultera fes mouvements & fon ame : car l’ardeur & la bonne volonté ne font point k méprifer dans le cheval ; elles fuppléent à bien des chofes. Je rcjetterois un clieval méchant & bien conformé ; car il pourroit arriver qu’on fût obligé de le ruiner pour le mettre en état de fervir. la douceur & la fageffe font les plus belles qualités d’un bon cheval. Si fes mouvements font brillants avec cela , on a trouvé un phoenix. Michantjm finirai ies mouvements du ckeval da^ fa démarche.

Le cheval ne nous eft urile que par fes aAions^ Le plus beau & le meilleur cheval deftiné à un tempos continuel , feroit dans une captivité odieufè pour lui , & infruflueufepourfon maître. L’homme a fu tourner à fon profit la démarche du cheval : cet animal lui plait par des fervices importants ; ill’a* mufe par fa légèreté ; il le récrée par fa foupleffe ; il panage avec lui 1rs dangers & la gloire des combats.

Mais touts les individus de cette efpèce ne reis dent pas le même fervîce : la nature a tellement varié leur démarche , qu*on ne fauroit trouver deux chevaux dont les allures foient d*une égalité parfaite. Auffi eft-ce en raifon de la perfeâion de leurs mouvements , que l’homme^les defline aux emplois plus ou moins diftingués. Maïs comment établir la vraie règle de ces motivements parfaits , fi rarement raffemblés dans le même fujet ? ce ne peut être que par le raifonnement fondé fur des obfervations réitérées , d’après iefquelles o» pourra fe former un compofé q«i ferv&a de modèles C HE Je me garderai bien, pour définir ces m6’ivements, de prendre un cheval dèfeâueux. Le plus beau & le meilleur, fera toujours celui que je pro-Îfoferai d’examiner : je lui fuppoferai toutes les perèaions. Ceft à l’écuyer à connoître la nuance des individus qu’il fe propofe de foraer. ^ A quelqu’ufage qn on deftine un chtval^ on doit Tinfpeâer méchaniquèment : car fi Ton ignore les refiTorts & toutes les machines que la nature emploie pour la progreffion de cet animal, on fera fans cefle trompé. Le taô formé & entretenu par la routine, eftincerurn & aveugle, s’il n’cft fondé fur des régies fixes & conffiunmem projpofées par U belle nature. Ceft pour cela qu’il cri fi rare de trouver un bon connoififeur en chevaux. Les gens qne Tintérét attache à Vétude de cet animal, n’ont qu’un taâ groffier & fouvent trompeur. Us ont vieilli dans les écnrres & dan » les haras : la nature a fans ceffe frappé leurs yeux ; maïs elle n’a jamais affeâé leur raifoiviement ; un inftinâ d’habitude leur fait faire un choix capricieux d’un cheval dont les qualités leur font inconnue^ Xe bon choix eft donc le ré&ltat d’un grand nombre de connoiffances ; . & le meilleur livre à étudier feroit une pratique réâ îchie dans l’équiution. Si Thomme n’a long-temps fenn les qualités des chevaux^ il n’a çiu’une idée confiife du bon & du mauvais. AuiS je fuis perfuadé que les connoifiances, en fait de chevaux, vont de pair avec les talents pour Tufage de ces animaux. La pratique manuelle donne de la fureté— : on combine les qualités d’un individu, par les produits de tous ceux que Ton a connus/ On doit donc donner un foin extrême à l’étude des mouvements du chivaf. En traitant cette partie, je fuppofe le leé^ur inftruit dans l’équitation ; plus il le fera, plus il fentira la vérité de mes afierdons.

Avant que d’entrer en matière, nous devons prévenir que toutes les allures naturelles ont cela de commun, que les jambes fe meuvent dans le même ordre : la célérité des mouvements produit feule la difTéreoce que notre oreille y remarque ; car, par Tinfpeâion attentive, les yeux s’afi^urent de cet axiome phyfique. La nature, fimple comme elle eft, n’a pas employé plufieurs moyens pour le même effet. Il eft plus important que l’on ne croit de fe convaincre, par l’examen, de ce que javance.

Une autre vérité, c’eft que chaque animal mardie le pas, ou quelqu’autre allure que ce foit, d’une « manière différente. Une nuance imperceptible y qu’on apper^oit & qu’on fent dans les îndi* vidus nous empêche d’établir des modèles fans défaut. Ainfi les caculs font trompeurs, fi on prétend les donner pour exaâs. Nous nous bornons à décrire ce en quoi les cAeviUix fe reffemblent orèiaairement.

Du JUpos formé par FéquiUhre^

L’équilibre du ^iepol n’eft réeUemeat formé que c H E 6i

dans cette fitnation des jambes ; où elles partagent emr’elles le poids de Tanimal & du cavalier. Alors toutes les fuitaces des os des jambes fe touchent 8c font placées les unes fur les autres dans l’état nanireU & de la manière que (a vue du fquelette du cheval nous le fait connoître. Les mufcles de chaque extrémité font en un état pareil dans les quatre jambes. Nous fuppofons l’uniformité la plus complette : on ne volt aucune flexion quelconque ; & les lignes d’innixion de ces colonnes font paraU lèles. Cet accord ne fubfifie plus dès l’inftant que ranimai penfe à fe mouvoir : l’aâion & le repos font incompatibles y il faut que la nature même trouble cet ordre, & qu’elle fixe à chaque jambe une fonâion différente.

Ohfervanoiu fur Us extrémhêi antérlemes du Chevall Je viens d’indiquer les mouvements naturels de la jambe de devant du cheval^ tels quel’anatomie nous les fait connoître. Il eft vifible qu’ils font communs lorfqu’ils fuivent les aâions de i’articulation par genou, qui eft, ïVhumerusyXz feule qui puiffe changer de fituation & de difpofition* Les autres articulations font toujours les mêmes, & les différentes motions de la jambe viennent de l’humérus. C’eft lui qui agit, foit que la jambe de dedans chevale fur celle de dehors, foit que celle de dehors chevale fur celle de dedans. C’eft donc furtout ion articulation que Ton doit perfefiionner pour exécuter les leçons de l’équitation. Nous prouverons que fes principaux mouvements s’opèrent par différents moyens qui reviennent toujours àpeu-près au même ; car tout les mufcles qui meuvent une articulation par genou, deviennent fuc* ceffivement congénéies les uns aux autres. Dans toutes les adlons fans nombre que peuvent produire les articulations par genou, les mêmes mufcles travaillent, mais dans un ordre & avec des deerés de tenfion qui varient à l’infini. Les mouvements ne fe reffemblent pas toujours ^ quoiqu’ils fe paffent dans des membres deftinés aux mêmes fondions. Une jambe peut avoir une motion différente de Tautre. Comme ua cheval remue une articulation dans un autre fens qu’un autre cheval : c’eft une affaire de conformation, & ce font des excepdons aux loix générales de la da «  cure « 

JFonfiion des jambes du Cheval dans fa démarche ; répartitiou fucceffive des poids fur chacune d*eUes. Les quatre jambes chargées également ne fe re^ mueroient pas, fi l’une d’elles irétoit foulagéeauz dépens des autres ; & celle-ci n’eft fi>ulaeéequepar des aâions yifibles qui précèdent tout uaneemenc de lieu. Le mouvement étant une deftruâion du repos, il £iut s’attendre que ce que nous venons d’obferver ci-deffus fera anéanti ; & cela eft néceffaire : l’égalité de poids fur les quatre jambes eft un empèdieiiew à leur motion. Celles qui feront dé- 64

C H E chargées ©nt la fecilité de fe mouvoir les premières ; celles fur lefquelles le poids eft reporté, font pliis long-temps attachées à la terre : la mobilité des corps eft en raifon de leur moindre poids. Les jambes de devajit n*ont d’autre fonâion que de foutenir les poids dont elles font chargées : elles ne peuvent les enlever » Les jambes de derrière peuvent au contraire recevoir un poids & le rejetttsr : leur çonfti’uâion leur donne cette faculté. Je développerai ce fyftême & le méchanifme de cette aâlon.

Les jambes de devant ne font point deAiaées à fervir d’appui principal dans les mouvements de ranimai ; celles de derrière font employées i cet ufage. L’appui principal né peut être que fur les jambes de derrière, puifqu’elles feules peuvent fe dèbarraffer de leur poids ; celles de devant feront donc foulagées. Ceft par— là que Téquilibre commence à être dérangé.

Soit donc le poids de chaque jambe pendant cet équilibre lo, les deux jambes de devant donneront 20, & les deux de derrière aufiâ 20. P’abord les deux jambes de devant font foulagées ; fuppofons que ce foit de 4 chacune, ce qui ne donne plus que 12 au lieu de 20. Ce poids eft reporté fur les deux jambes de derrière, ce qui, au Heu de 10, donn’e 14 pour chacune de ces jambes.

Cela ne fufiît pas ; car (i les jambes de devant demeurent chargées également « elles doivent marcher également. Pour qu’il y ep ait une qui foit plus libre que l’autre, elle doit encore être foulagée. Suppofons donc que c’eA la jambe dfoite de devant qui s’allège encore de 2 livres, refte ^ pour cette jambe^ Que deviennent ces 0, livres que nous lui avQn$ ôtéçs ? Elles ne peuvent pas fe répartir également fur les deux jambes de derrière, car alors il fe pafleroit une a£tion inutile fur celle qui marche la première. Ces 2 livres font donc uniquement pour lai jambe qui fert d appui, qui, dans nptre fqppofition, eft la droite de derrière. Cellelà aura donc 16, fa voifme 14, la gauche de devant 6, & la droite de devant 4. Auffi verrons* nous que ces jambes agiflent en raifon de leurs ppids : la plus légèrç partant la première. Confidéro. n^ les aâions de la nature, & prouvons Is^ vérité de nos obfçrvations.

Pnmiçr Mçuvemcn^.

Que Ton examine un cheval quelconque avant qu’il fe difpofe à marcher, il enlève fon [col & fa tète, & la porte un peu en arrière. Le cheval le élus i^goureux aura ce mouvement le ]^usfenfible* lans quelque attitude queToit le cheval, ce mouvement de grandiffement fe fait toujours remarquer ! dans Tétat même du plus grand abandon, on Tobferve, quoique très— peu complet. Lorfque le cheval eft animé & qu’il prend de l’ardeur, ce mouvement eft dans toute fa valeur. Jamais un (hcval qui eft bi « aconâitué| & qui travaille avec C H E

aAion, n*aara la tête baflè : il la porte très-haute ; & c’eft ce qui lui donne de la fierté. Ce mouvement dont je parle a des propriétés particulières. Pour les bien concevoir, on iuppofera que la tête, l’encolure, & le garot, forment un levier du fécond genre. L’appui fera au bas du garot : la réfifiance, qui eft compofée des épaules, des jambes, &c, correfpondra au haut du garot : la puifTance eft au haut de la tète, La puiflance fe** roit très-foible fi la longueur de ce bras de levier ne furpaflbit de beaucoup celui que l’on prend de la réfiftance à Tappui : le garot étant très-court » on voit que la longueur de la puiflance efi confidérable. Ce levier ainfi défini, voici comme 11 agît. • Le haut de la tête de l’animal fe porte en arrière. A la tête, font attachés plufieurs mufcles confidérâbles qui font mouvoir les épaules, les jambes, &c. Les moindres notions anatomiques fuiHfent pour attefter ces faits. Si la tête fe porte en arrière, il ne peut pas fe faire aue des jnembres qui lui font attachés, ne foient enlevés, parce que la conftruâton du levier Texige.

Il fe préfente ici une objeâios aflez forte. Mais ; dira-t-on, ce mouvement a-t-il à lui tout feul la force de charger le derrière, car vous ne pourrez décharger le devant fans que fon poids foit reporté fur le derrière’, par quel méchanifme cela ce fait-il ?

Je réponds que la propriété de l’appui du levier eft la folidité ; que fi elle lui manque ; la pefanteur du levier & celle de fes poids ajoutés, dérangeront cet appui jufqu’à ce qu’il fe trouve un obfiacle invincible : c’èft ce qui arrive ici. Le garot efl appuyé aux « vertèbres dorfales ; ces vertèbres font flexibles : donc l’appui du levier les foulera fucceffivement, & par-là l’appui fera reculé jufqu’aux hanches ; donc la réfifiance du levier fe trouvera portée jufques fur les jarrets du cheval. C’eft ainfi que cette partie eft chargée par un méchanifme 11 m pie & qui dépend uniquement de la volonté du chival de changer de Iieu « 

Ce fait exiftant, j’ai donc raifon de prétendra que le premier aâe de la volonté de l’animal pro< duit, avant tout déplacement, un foulagement pour les jambes de devant*

Second Mouvement.

Cette première aâion ayant eu lieu, on voit entrer en contraâion les mufcles qui élèvent & portent en arrière l’une des deux épaules. Il n’eft pas poffible que Tèpaule s’élève, fans que le poids âont elle eft chargée, lui foit ôté. Je conclus donc que cette opération foulage encore cette jambe. Pendant que ceci fe pafTe à une épaule, nous ne voyons aucun mouvement i l’autre. Ne fuis-je p^s aucorjfé à dirç que la jambe, du côtç de laquelle ceci s’opère, eft la feule foulagée. Troifikme Mouvement.

JÇnfiû, nouç ? ppçrcevons, quoiqu’avçc peine, une CHE «ne petite afiîon dans les vertèbres dorfales & lombaires ; & la hanche , du côté oîi l’épaule a été enlevée , baiiTe confidérablement : les articulations de toute cette jambe de derrière fléchiflent un peu ; mais rien ne quitte terre. L’autre hanche a donc un degré d’élévation confidérabl^ de plus que la première. Qui pourra donc contefler que cette première eft la plus chargée, puifqu’ellefemble fléchir fous le poids.

Ohftrvatïcns fur Us Mouvements précédents. Plus le cheval veut mettre de vîteffe dans fon pas ; plus auffi Tadion de la tête & du col efl coniidcrable & vite : plus l’épaule eft libre , & moins elle eft chargée ; plus aufli fon mouvement eft apparent , & plus (on élévation eft fenfible. Un cheval pris dans les épaules, ou fatigué dans Tes membres ; fera à peine appercevoir cette contradion de mufcles. Si la hanche ne baifibit pas , on pourroit aflurer qu’elle n’e/l pas chargée du poids : plus elle baiiTe , plus elle eft chargée. Auffi dans un cheval fur les épaules , les jambes de derrière femblent agir tout d’une pièce , & fans aucune flexion. Tels font les aâes qui précédent le déplacement de la première jambe.

  • De r appui fur les jamhes.

Cette démonftration nous prouve que le poids eft reporté fur le derrière ; que par conféqucnt le devant ne donne qu’un foutien qui empêche les chûtes. Je dis , de plus , que l’appui de toute la nafte ne fe peut faire que fur une jambe de derrière ; & que cette jambe eft celle du côté de la jambe de devant qui part la première. Ordre des Motions des jambes»

L’ordre dans lequel fe meuvent les jambes, 1)rouve ma propofition. Le cheval agiflant à droite , a jambe droite de devant s’avance la première ; la I’ambe gaachc de derrière fe porte enfuite en avant ; a gauche de devant fait fon mouvement ; enfin , la droite de derrière quitte la dernière le terrein , & jnarche à fo.i tour.

Dans l’aâion , nous remarquons c{ue la répartition des poids change dès qu’une jambe a fait fa fonâion & qu’elle eft pofée. Il eîl certain que cette îambe-là eft plus chargée que celle qui eft en l’air , Îarce que la mafte tend à s’appuyer deftiis en partie, e dis en panie ; parce que tou^ cheval qui fe foutient ne s’abandonne pas fur cette jambe lorfau-elle tombe ; mais par l’effort de fes reins’, il la ménage, & ne s’appéfantit pAs deftus. Ainfi dans }a démarche, Juoique les jambes fouttennent alternativement le evant ,& que cela varie la quantité de leurs poids, cependant cela ne change rien à l’ordre établi» parce que l’allure eft formée d’un nombre de pas entrelacés, qui n*ont qu’une même formation.^ Le £juitation, Efcrime 6* Dan/eé

CHE dj

ehevai prend îndiflércmment Tune ou l’autre jambe de derrière pour fon phis grand appui ; ainfi il part également à droite & à gauche. Peu de chofe le détermine s’il eft fain & nèf par-tout. S’il eft douloureux dans quelque partie, au’il n’ait pas une force ou une fauplefle égale dans les deux côtés , il aimera de préférence à partir du côté où il eft le plus vigoureujT. On n’oubliera pas qu’il s’agit ici du cheval dans rétat de nature.

Tant que la jambe de derrière eft chargée , le refte eft léger , & elle n’eft déchargée que par le mouvement qui lui eft propre : donc tant qu’elle n’a pas remué, les autres n’ont d’autre maffe que celle qui leur eft reftée après les mouvements qui précèdent la marche. Mais cette jambe , en partant la dernière, fe décharge fur fa voiftne, qui, à fon tour, devient point d’appui dans la formation du fécond pas. Les deux jambes de derrière devien- ^nent donc alternativement le principal appui du cheval dans la continuité de l’allure. Cependant on doit en excepter le galop dans lequel le cheval conferve l’appui qu’il a choifi , jufqu’à ce que quelque caufe intcrvertifle Tordre de fa progreffion. Le méchanifme de ce rejet de poids d une jambe fur l’autre , eft intéreflant ; & comme il peut fournir de grandes lumières. pour l’ufage du cheval dans l’équitation , je vais donner la théorie du reftbrt , par laquelle on jugera plus furement des avions des jambes de derrière. C !ar je prétends que l’aâion par. laquelle ces jambes portent la jnachine en avant , comme l’a penfé M. de BufFon , & d’accord avec lui , le plus grand nombre des écuyers , eft exécutée par la compreftion & l’extenfion du reflbrt qui exifte dans les jambes de derrière ; &, par une fuite de ce principe , je nie qu’il y ait aucune élafticité dans les jambes de devant.

Ceci doit fervir à réfuter le fiftème de ceux qui, entendant mal l’expreffion mettre le cheval fur fes quatre jambes^ croient que, pour exécuter leur principe , les deux jambes de devant dans l’avion doivent pofter la moitié de la* mafle. Sîflème démenti par la nature & par l’ufage du cheval^ que notre propre inftinâ & notre fureté nous font defirer très-léger du devant.

Application de la Théorie du ReJJort à la jambe Je derrière du Cheval»

Le reflbrt , en tant qu’il eft machine , eft de toute forme & de toute matière. Ses propriétés eftentielles font de changer de forme & de pofition par la compreftion de quelque force étrangère , & de tendre à fe remettre dans fon état naturel dès que les caufes n’agiftent plus.

Pour notre commodité , nous conftdéreronS ici la machine fous la figure d’un angle formé par la réunion de deux branches. Afturémcnt la jambe poftérieure du cheval nous offre bien l’idée d’un’ reffort, fur-tout fon jarret. Les ligaments & les ten d9ns qui affermiffent fes articulations, les rendent ^ I 66 C H E très’élafiîques. Pénétrons dans le ^léclianîfnie da reflbrt , & cherchons des motifs de le comparer au jarret du chtvaL

Nous diflinguons dans le reffort angulaire , fon fommet , fa réfiftance » & fa puiâance. J’entends par fommet , le poinf où les deux branches fe réuitiffent ; par réfiilance , Tobjet inébranlable qui appuie le reâbrt ; par puiiËUice 9 le poids qui eft deftiné à le comprimer.

Le jarret eft proprement le reflbrt renfermé dans la jambe de derrière ; les autres os qui raccompagnent font deftinés à d*autres ufages, & cependant concourent à former les branches du reuort : la compreffion eft faire par le poids du corps ; la terre eA Tappui ferme qui le foutienc.

Le corps , placé à ToppofKe de la réfiflance du reiTort , tend par fon poids à rapprocher (c% deux extrémités. Nous voyons dans le chevâl que , dès l’inûant qu’une de fes jambes de derrière efl chargée de la mafle de fon corps , toutes les articulations tofiéchiJent, & notamment le jarret. L’aâion ou la force avec laquelle un reflbrt eft comprimé , eft la mefure de celle arec laquelle il fe détend. Ceux qui obferveront la flexion des membres du cheval , reconnoîtront que plus il y a de lenteur dans le chargement , plus.il y en a dans la détente.

La direâion dans laquelle la ma/Te charge le reffort, eft la même aue celle dans laquelle il fe détend. Ceft pour cela que dans les allures les plus -vîtes du cheval^ la jambe qui fert d’appui tombe obliquement fous le ventre : & quoique dans les grandes courfes nous voyons les quatre jambes étendues & fort éloignées du centre de gravité , cependant dans le moment de la foulée , les jambes de derrière font fous le ventre ; fans cela il feroit impoflible que le cheval pût avancer. Nous voyons auflî que tout cheval dont les hanches traînent , n’avance pas , & que fon appui fe fait loin du centre degravité.

.La réfiftance du reflbrt doit ètrt înéllranlable : jG elle ne l’eft pas , le reiTort perd de fon aÛ^on , parce qu’il déplace dans le choc une quantité plus ou moins grande de matière. Ainfi le cheval a moins de facilité à courir dans le fable que fur un terrein ferme.

Il n’eft pas néceffaire ^ue toute rélafticitédu reffort foit employée , niquil foit toujours bandé : on peut aiflbment varier fes effets & ménager fes facultés. La pratique nous apprend qu’on peut affeoir plus ou moins les chevaux. Il y a des degrés dans la compreffion : le bon fens , l’intérêt , & la confervation de Tanimal , exigent que nous ne la pouffions pas à l’extrême.

SI le corps qui comprime un reftbrt » retombe fur ce reflbrt après ta première réaâion , cenainement le reflbrt agira comme à ta première fois. Lorfque le cheval a pris fon appui fur une jambe de derrière. & que cette jambe ayant faîru>n actîoii f Tseot à f« replacer dans la même dircâioo ^ c H E

je dU que la maffe venant encore i la charger , le reffortfe trouve comprimé de nouveau ) & l’allure fe perpétue*

.L’égalité qui règne entre la détente & la nouvelle compreffion d’un reflbrt, produit la communication mutuelle d*un mouvement uniforme : le cheval 2. une cadence réglée lorfque Tafiion de fes jambes de derrière & celle de fa mafle font égales à tous les pas.

Plufieùrs refferts égaux & rangés à côté les uns des autres , n’agiflent pas plus , à force égale , 3u’un feul. Ceft auffi pourquoi dans la jambe de errière du cheval , il n’y a qu’un feul reflbrt , qui eft le jarret , les autres articulations ne pouvant d’elles-mêmes s’étendre , les muicles extenfeurs étant deftinés à cette fonâion.

La difpofuion des articulations des jambes poftérieures du cheval , nous préfente des angles externes oppofés ; & cela étoit néceflaire pour la flexion des os de ces membf^s les uns fur les autres. Nous réfutons que le feul reflbrt de ces articulations eft le jarret. Aufli eft-il compofé tout difl^éremment des autres. Car dans les articulations ordinaires , il Tiy a que deux têtes d^os ; ici , il y en a fept , ranges en deux couches. Comme leurs figures ne font point régulières, je penfe qu’ils admettent un cer^ tain efpace ent’reux , & un interftice rempli par des matières qui cèdent plus aifément que ces oflelets qui font extrêmement d^irs. Le centre de la compreflion eft donc vraiment le jarret, parce qu’il eft le centre de l’aâion occafiennée par le poids du corps & par la réaâion du terrein. Ces deux puiflànces oppofées font refluer vers le centre toutes les particules de matière qu’elles preflent des deux cotés ; & ces matières tendent à détruire tout le vuide qui pourroit s’y trouver. La matière entaflee à un certain point, ne peut plus être contenue dans des bornes ft étroites ; fie elle cherche à fe mettre à l’aîfe , & à regagner les endroits d’où elle avok été déplacée imperceptiblement. Ceft TefTet de cette opération qui oblige la jambe de derrière à quitter terre , parce que le reflbrt étant détendu par en haut , toute la réaâion du terrein revient fur lui & le fait fauter.

La conftruâion du jarret favorlfe tome cette théorie. Une multitude de tendons & de ligament le fortifient, & retiennent dans un ordre ql un arrangement forcé touts ces os du jarret , qui , ne pouvant s’échapper, en deviennent encore plus élaftiques. Les deux couches des 0% du jarret repréfentent un trapèze dont le petit côté eft dans le pli du jarret. Malgré leur dureté , leur compreffion n’eft cependant pas infinie , à caufe des parties molles & des vaifl^eaux qui les accompagnent : d’ailleurs les ligaments & les «tendons ont une quantité de cohérence qui n’eft pas invincible. Il faut favoir que pendant la compreflion des os du jarret , il fe pafle à fa pointe une aâfon toure différente ; car le poids* & IcfTort de toute la mafTe tendent à écarter les deux brauchç^ de Tangle 9 & C HE à dâ’tr^^w^ l^nr uiiiûn. Aiafj il cfi avantatcux, pour la conicrvation de cet organe, qoe la compreflion.uc J emporte pas fur la cohérence : il s’enfuivroit une dcflriiaion <îu reflbrt. Si au contraire le poids eft modéré , le reflbrt fe débande avec vigueur ,& diafle le corps en avant.

La dlfpofition , ou plutôt la direâion dans laquelle le jarret & toute la jambe reçoivent le poids , eft la même que celle dans laquelle il efl rejette. Connoiflant cette ligne , on fait le chemin oue décrit le c/i^t’j/ : s’il pèle perpendiculairement lur le reflbrt , il fera charfé de même. Dans les al-Jures raflemblées, tridcs & raccourcies , le mourement fe fait de bas en haut , parce que le reffort & toutes les articulations ne le déploient pas en entier ; mais dans les allures plus étendues » il y a encore le mouvement d’arrière en avant , produit par la tête du fémur qui poufle fa cavité dans cette direâion. Ainfi le cheval décrit une parabole avec tout fon corps fi l’allure eft vive , ou feulement avec la partie déplacée lorfqu’il marche lentement. ^ Je crois avoir démontré que la jambe de derrière agit comme un reiTort , & par U jouit de la faculté de poufler toute la maife en avant. Je vais i préfent démontrer que la jambe de devant a des V&ges différents. ^

fUsjéunbcs de devant dijlinées uniqutmênt i fiuienir la m^Jfe.

S*îl y avoit reflbrt dans les Jambes de devant , le centre de Taâion devroit (e paffer dans le genou , par Tefpéce d’analogie qui fe trouveroit entre fes onelets & ceux du jarret. Mais je dis que les genoux ae font pas élafliques comme les jarrets , par Tordre diffèrent qu’ils confervent : car ils ne pourroient être comprimés aue d’une manière très-égale 9 moyennant quoi il n y auroit pas de déplacement de matière ; & dans le choc faute de déplacement , il n’y a pas de rétabliffement. Je fuppofe que par leur conftruâion les genoux foient élafliques : pour comprimer un reflort , il faut une puiffaace ; & nous avons obfervé que l’aâion qui précède tout mouvement d’une jambe , efl la contraâion des mufcles de Tépaule , qui , en b foulageant ^ ôtent le poids & la puiffance ; en otant la puiffance, ils anéantiflent la réfiflaace , & par là il eft évident que la propriété du reffort eft détruite. De plus, admettons qu’une grande partie de la maffe porte fur le devant : qu’en arrive-t-il } que les jambes âèchiffent & fuccombent fous le poids , parce qu’étant dans une pofition droite , & n’ayant aucun angle fixé & arrêté par des ligaments, il y a un dérangement .dans leur fituation qu’elles ne peuvent rétablir d’elles-mêmes , parce qu’elles n’ont pas la cohérence des jarrets. Cet ordre étant une fois détruit , U jambe de devant ne fert plus à rien tant qu’elle eft dans cet état , tandis que le jarret fe rétablit de lui-même, Ia plus grande différence q[ue je trouve dans c H E 67

ces deux organes , c’eft que la compreiSon du genou eft toujours la plus grande dans la ftation ; celle ou j«rr«t. au contraire ,eft la moindre poffible : & aue de pl»« toutds les aâion^ tendent à foulager le genou , & à charger les jarrett, }• crois donc être fondé à croire que les jambes de devant ne portent pas , dans l’aâion , un poids égal à celui des jambes de derrière , & à prétendre qu’elks ne peuvent pas rejetter le poids dont elles font char* gées « mais qu’il leur eft ôtè par d’autres organes. Il n’y auroit aucune fureté à l’animal à porter fur fon devant ; car il détruiroit rorganifation de fes jambes, & feroit fans ceffe des efforts pour fe préferver des chûtes : cela eft bien évident dans les defcentes. D’ailleurs comment pourroitil ne pas détruire le mouvement de {^ épaules : toute leur attache confifte dans des mufcles que le poids continuel fur les jambes de devant extendroit & relâ«  cheroit même avec douleur : ces mufcles per«  droient leur jeu & leur mobilité , & l’épaule feroic fixe & fans aucune a&ion.

Pour être ennerement convaincu de cette afferi tion , appelions l’art à notre fecours , & voyons la différence des chevaux abandonnés fur leurs jambes de devant. Leurs épaules font immobiles ; leurs jambes font arquées ; leur maffe eft fans appui folide ; & leur démarche lente, incertaine , traînante , & fans aucune vivacité. Ceux au contraire qui font accoutumés à fe fervir de leurs jarrets ^ ont des épaules brillantes, la marche sûre & noble» & une cadence harmonieufe. Enfin nous voyons que la plus grande partie des chevaux qui ont du lervice , font ruines dans leurs jarrets , quelles qu’aient été les fondions auxquelles ils ont été deftinés ; tandis que les genoux ne font prefque jamais attaqués : preuve inconteftable qu’ils ne font point faits pour foutenir des efforts. Les jambes de devant font donc uniquement deftinées à foutenir le corps lorfqu’il retombe : mais elles ne le foutiennent que tant qu’elles font fans flexion ; comme une canne n’eft un appui ferme que dans fa fituation droite*

Direttion de la ligne d^înnixion dtsjamhts du cheval en mouvement^

L*examen du fquelette , & même fa connoiffanet parfaite , font d^une grande utilité pour celui qui veut connoitre le cheval : comment pourroit-il autrement juger de la bonne ou de la mauvaife attitude des jambes de l’animal ? Ce n’eft pas feulement ladefcriptton delà charpente animale qu’il lui importe de favoir de mémoire ou autrement , fes yeux doivent encore être exercés à juger les jambes d’après un examen réfléchi.

Le chtval varie prefoue fans ceffe la pofition de fes jambes , mais nous le fuppofons abfolumênten repos. S’il porte également fur les quatres jambes , toutes les fuperficies des es feront logées , & leur appui fera bien formé. Cet appui n’a Heu que daaii lij ^8 C H E un point très-petit , parce que les os à leur extrémité font convexes , concaves , irréguliers , très-I )oli$&gliflants ;& la preflîon de toutes les parties des os eft néce^ :iïr^ ^ cCm que la ligne d’innixion le» traverfe touts : par là il fe forme une colonne très-ferme.

Il eft bien rare que dans Tétat-naturel , le cheval le place ainfi fur fes quatre jambes : ordinairement il y en a quelau’une dont la ligne d’innixion n’eft foint perpendiculaire. Si c’eft un défordre dans harmonie de ces organes , qui occafionne ce défaut, il eft fouvent difficile d’v remédier ; quelquefois le cheval par négligence (e campe mal ; alors la jambe mal poftée contribue peu au foutien du corps»

Lorfque le cA^vtf/eft en mouvement, la jambe qui refte à terre reçoit une inclinaifon , enforte qu*e]le s’éloigne infenfîbleroent de la perpendiculaire de fon appui : elle perd alors de fa force de foutien , & cela doit être. Dans le pofer du pied , fi elle retomboit avec cette obliquité , elle feroit mal Î lacée, parce que fon appui ne fe faifant pas dans i perpendiculaire , elle ne ferviroit à rien , toutes les têtes des es étant déplacées. Auffi lorfque le theval eft abandonné & pouffé en avant fans obfervatton de principes , il court de grands rifques. Dans une allure loutenue , le tçrrein qu’il embraffe eft moindre ; ainfi il peut placer fes jambes dans une ligne perpendiculaire d’innixion. C’eft donc là la règle certaine pour juger de Tétat d’équitibre du cheval.

Les jambes de derrière ne peuvent pas être con-Cdérées de même , mais relativement à la propriété du reffort que nous leur avons attribué. Nous fçavons que plus un corps eft en équilibre flir un appui , moins fa pefanteur fe fait fentir fur cet appui. Ainfi plus il y aura de mafle hors la perpendiculaire tirée de la cavité cotiloide à la bafe de la Jambe ,plus la jambe fera en force. L*expérience nous le prouve. Qu’un cheval foît bien raflemblé & pouffe en avant : dans cette attitude certainement il fautera , ce qu’il ne fera pas fi la jambe n’eft pas placée obliquement fous le vemre. Les jambes de derrière ne font pas fituées fur une ligne perpendiculaire ; la nature a mieux ménagé les reffources. Ces >ambes fe rapprochent à ■lefure qu’elles font éloignées de la hanch% du cheval ; eÀlts (ont czmhrêcs : h fculs rue peut en convaincre. Enforte que par là Tanimal a moins d’efforts i faire, moins d’efpace à parcourir, pour rejettef la mafle d’une jambe fur l’autre ; & de plus leur appui eft plus près de la ligne de direction du thevaL

Le cheval, en marchant, dénote fa vigueur & fon foutien naturel par une pofition de jambes telle que nous l’avons expliquée. S’il eft las , ou qpe cnelque membre lui fàffe fentir de la douleur , il le aénotcra en dérangeant fon attitude : la peâmciir do la maâ^ entraînera les }afflbç9^ & i^ nç { c HE

cherchera pnînt à lc>« Hirpof«r comme clic» ft>ijt dans fon état de vigueur & de gaieté. Je recommande fur toutes chofes d’obferver les bonnes natures de chevaux , & de bien fentir toa<* tes leurs attitudes : elles doive m paffer fous le travail de Tartifte. Si touts les chevaux étoient bons ,’ il auroit peu à faire. Le contraire fe trouve : & » afin qu’il puiffe donner une bonne attitude à un mauvais cheval , il eft important qu’il fâche au vrai les fonélions de touts fes membres , fit les raifons que la nature lui fournit de préférer les bonnes fituationsd’un c^evii/,

Si on a conçu & bien fenti les principes précédents , . on pourra , je penfe , fur-tout li on a de l’habitude , juger fainement du méchanifmc d’un cheval qu’on voudroit examiner»

De la confirmation du cheval, démontrée far Pufagi de fes membres*

Envaîna-t-on voulu affujettîr à des règles fixes & invariables les belles proportions du cheval ; envain les a-t-oncirconfcrites dans des bornes arbitrairement pofées : la nature , quoique confiante , ne fait rien qui fe reffemble également ; ainfi on chercheroit inutilement deux cLvaux ferablables : ce n’eft donc pas avec la règle & le compas à fa main , qu’on peut fe flatter d’acheter de bons cA#J vaux. L’examen raifonnédes membres de l’animal , & la connoiffance des proportions méchaniques çju’exigent leurs opérations , font les feules règîes àprefcrirerc’cftàla ^ufteffe du taâ, à l’habitude inftruite de l’acheteur, qu’il appartient de comparer touts les membres , & d’en juger le réfulrat. Aucun de ceux qui ont traité jufqu’à préfent de |a connoiffance des chevaux , n’a envifagé J’anima ! méchaniquement ; touts n’ont donné que des notions obfcures,’. "uit de leur pratique plutôt que de leurs connoiffances phyfiques. Confidérons l’u^ fage des membres en méchaniciens : les loix de la méchanique nous donneront des principes généraux d’une grande utilité dans le choix des chevaux^ Tout le monde fait que la taille des chevaux varie autant que les individus. Les mêmes proportions fe trouvent ou peuvent fe trouver dans un grand & dans un petit cheval. Comme il fiiut ce- * pcnda^ir choifir une nature qui puiffe nous fervir de modèle , je croi« que nous devons confidérer le beau cheval ât guerre comme celui qui .peut remplir nos vues. La préférence que je lui donne , vient de ce qu’il doit avoir les trois allures naturelles les meilleures poffibles , afin qu’il puiffe fervir utilement Tofficier qui le monre. Les aurres chevaux^ deftînésà.des ufagLS moins univerfeU , ont une allure différente & d’adoption . qui r6fuite auffi de quelques variétés dans h conforrration. Je parlerai donc en général durA/j/d’eA cadron : c’eft lui que je propofe comme devant. être le plus accompli daA& fes mouvements oa* «ttiels.


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CHE CHE 69

C H E Le corfage du cheval bien proportionné, efl d un cinquième plus long qu’il n’eft élevé. Ainfi il ne pourra être confidéré comme formant une figure parfaitement quarrée ;mais bien comme un quarré long.

Je partage ce quarré long en trois quarrés parfaits , ce qui me donnera une longueur de corps moyenne entre un corfage trop long & un corfage trop court. Le premier quarré contient les épaules , & eft terminé par une perpendiculaire abaifTée de Textrémité inférieure du garot. Le tronc fera enfermé par cette liene , & par une autre peroendiculaire abaifféeàîa dernière des côtes : c’eit aiTez la proponion ordinaire. Cependant il y en a qui , fans être conformes à cette règle , ne font ni moins belles ni moins bonnes : mais celle-ci femble produire les plus beaux effets.

Quant aux proportions particulières des autres membres , il eA xmpoffible de fe fixer à aucune , parce que les bons chevaux font fi différenciés , que fi on vouloit les réduire à une feule clafTe , on feroit bien fouvent trompé. Il faut donc chercher lé détail de chaque partie , connoître le rôle qu*elle joue dans la motion de Tanimal ; enfuite laifTer à l’écuyer le foin d’en former un total convenable à fes defTeins. Je ne puis comprendre les raifons qu’on a d’adopter une tournure de cheval , & de fixer d’après elle les règles de la bonne proportion.

De la Tête & de fes différentes parties. Il eft fort indifférent pour les mouvements de l’animal , que les organes excéri^rs qui ornent fa tête foient efpacés & fuués d’après un certain ordre fixe & confiant ; pourvu que ces organes foienr bien conftitués , & que leurs fondions fe rempliffent bien , leur beauté ou leur laideur importe peu : c’efi une affaire de convention. Telle tête eft belle à Paris , qui à Naples fera très -laide. Il n’en efl pas de même de fon volume. Une tête trop confidérable par rapporta la force des mufcles defiinés à la mouvoir , a une tendance continuelle à tomber, & fe foutient 4if^cilement : défaut bien contraire 3 Taâion première de l’animal qui fe dilpofe à marcher. L’exceffif poids de la tête rend le cheval lourd dans fa démarche ; fes jambes de devant en font fatiguées ; & il eft peu en état de former l’équilibre artificiel de l’équitation. Une tète trop petite feroit plus avantageufe pour faciliter les bons mouvements delanimal Le feul défaut qu’elle auroir, ne feroit que contre les règles du goût. Certainement fa légèreté la feroit recher cher fans le préjugé des proportions. Le feul rapport utile à confidér«r eft celui de l’encolure & de la tête une’ petite été & un gros col, feroient d’une bonne proportion fans être belle : «ne groffe tête . & une encolure mince , feroient ridicules & de mauvaife conformation.

Une tête courte & grofTe efidéfagréable à voir «  c H E tf 9

& peut ne pas nuire à l’harmonie des mouvements. Une tête longue, fi elle eft légère, ne nuit qu’aux yeux du fpedateur.

Pour peu qu’on connoifrel’oftéologie du cheval i on verra qu’il eft impoffible que , dans la bonne conftruâion de la tête & du col , la tête tombe perpendiculairement , & qu on puiffe abaifTer une perpendiculaire du front au bout du nez. Cette ligne ne peut être qu’oblique , j’en appelle l’infpeâion du fquelette. Il ne feroît pas à defirer que l’animal fut conftruit comme on l’a prétcnrlu. Comment auroit-il été pofTible de perfeflionner fes actions par l’art, fi la nature nous avoit refufé le prer mier moyen , l’attitude oblique de la tête fur l’encolure ?

Je fais que quelques chevaux ont cette 

direâion perpendiculaire 9 mais c’eft un défaut nuifibleàlart ; & eHe ne part point de l’attache de la première vertèbre avec la tcte , parce qu’elle efl toujours la même , mais de l’attache de la première vertèbre avec la féconde nommée axism Celle-ci eft quelquefois plus haute que dans la belle conformation ; c’eft ce qui donne l’attitude de la tête encapuchonnée. D’autres fois elle eft .plu£ baffe , & cela force le cheval de porter au vent : du moins c’en eft une caufe naturelle ; car dans le travail , ce défaut, lorfqu’il arrive , pi’ovient d’ailleurs.

Le front un peu arrondi me femble le mieux fait ; les vifcères du cerveau y ont un efpace fufSfantpourfe loger ; & ils peuvent alors être dans la proportion requife parla nature. On a remarqué que les chevaux dont le front étoit plat , étoient quinteux.

La grandeur ou la petitefle des yeux n’eft pas une raifon d’exclufion , fi d’aille !irs ils font bons. Il faut être anatomifte pour les bien examiner. Je dirai feulement ici que fouvent un œil paroît bon , & cependant eft fujet à des maux fâcheux. Oa aura foin , en le vifitant^ d’obferver .que les paupières fe joignent bien fi elles font ferrnées ; quelqu’intcrvalle entre elles , ©u quelques rides qu on y remarqueroit , feroient de mauvais fîgnes. On verra files>yeux font bien unis , & fi on ne voit pas dcfTus quelques filets de mucofité , ce qui prouveroitunemaMVaife vue. Il eft bon aufS de faire attention fi la paupière inférieure eft mince & collée fur l’os , & fi cet os eft enfoncé ; cela défigneroit un œil dépourvu de nourritures & fujet aux incommodités.

Les afeaux ne font rien aux mouvements : qu’ils foient larges ou petits , cela eft peu important pour nous.

Quoique la bonté de la bouche du cheval dépende moins de la conftruâion de cet organe que de bien d’autres canfes, il eft cependant utile de ne pas négliger fa forme ; c’eft quelquefois un acceffoire dont on peur tirer bon parti. Une bouche trop fendue eft difficile à emboucher ; la gçourmette. remonte tou’ours , & les plus grands foins fufHfent à peine pour la faire tenir en fon lieu* Uie 70 C H E petite bouche eft plus commode. Le milieu cil dé urable entre ces deux extrêmes.

Les barres font Torgane immédiat fur lequel Thomme travaille. Avecle temps & de bonnes leçons on peut donner de l’appui à toutes fortes de bouches. Mais celles qui font bien conftruites font plus traitables. Les barres font Tos de la mâchoire inférieure dans Tendroit oii elle efl dépourvue de dents. Elles font couvertes dupértoAe & du pro* longement des gencives. Il y a peu de fenfibilité dans la partie charnue. L’expérience nous prouve que les chevaux dont la barre eft recouverte avec trop d^épaifTeur , font durs à la main ; du moins à ne confidérer pour rien dans ce cas , ce que l’équilibre & la foupleffe fournirent à fon obéifTance. La raifdn en eA que le mors ne peut exciter de fenfation au période qui par lui-itiême eft fi fenfible. Les barres peu recouvertes ont une qualité contraire : le mors preflant fans cefle le périofte , Taffeéle douloureufement. La rondeur de l’os , ainfi que fon tranchant trop confidérable , font des vices de conformation qui tendent à produire ces deux- effets.

Je crois donc qu’il eft à propos de chercher des barres bien faites , & qui ne ioient ni trop rondes ni trop tranchantes. Le mors pourra occafionner , avec le fecours de la main de l’homme , une pref* f !on indifférente » mais fufceptible d’occafionner du [ilaifir ou de la douleur au chtval. La langue trop épaiiTe déborde les barres & intercepte toute 1 aâion du mors. Ceft un défaut confidérable , & il eft à fouhaiterque cet inconvénient ne fubflfte point dans un cheval deftiné à être drefféà fond. La langue petite & mince laifte tout l’ufage du mors.

La barbe eft formée par la partie poftérieure des os de la mâchoire inférieure : elle eft recouverte ^une peau & de tres-peu de chair* Si elle eft féche , elle eft facile â lacérer , & les gourmettes ordinaires la blefient ;mais il eft poftible d’approprier une gourmette convenable à cette fenfibilité. Si h barbe étoit ronde & charnue , Tanimal feroit peu afFeâé delà predion de la gourmette , & elle rouleroit toujours , ce qui nuiroit à la fixité de Tappui.

Les lèvres minces font les plus avantageufes j parce qu’elles ne couvrent pas les barres & ne font pas un obftacle à fa preftion.

Il eft utile <le connoitre exaâement la forme de la ganache : car on ne peut comparer fans avoir déjà lonetemps obfervé. Une ganache ferrée eft un grand obftacle à la belle attuude de la tête du chevaL La partie fupérieure de fon gofier fe place dans le canal qui fépare les deux os de la mâchoire ; £ !us il eft évidé y plus le cheval eft aifé à placer, ’animal fe fatigue lorfqull y a défaut d’ouver» turc. D’ailleurs que la ganache foit grofte , charnue , 8ec. c’eft un petit défaut pour l’équitation ; ceoendant la mafle trop forte augoiente le p«ids d^atéte.

CHE

De rEncolurcm

L’encolure eft le bras fupérîeur d’un levier i qui, comme nous Tavons dit , enlève par fon ie«t le poids du devant du cheval. L’encolure longue Jera donc la meilleure , la longueur d un bras de levier donnant de la valeur à" fa puiffance. Elle ne fera point trop épaiffc , parce qu’elle feroit un poids très-lourd à porter pour les jambes , & que le cheval la foutiendroit plus difficilement. Si au contraire elle eft mince & bien tifilèe, mais cependant en proportion avec la tête, elle fera légère , et fon adion tendra toujours à foulager le devant. L encolure peut être ferme quoique mince : les mufc es dépouillés de graifle font plus fermes & pius légers , que lorfqu’ils font enveloppés de cette matière.

Il eft à fouhaiter que l’encolure parte bien du garot en s’élevant & en s’arrondifTant un peu en montant , fans cependant être rouée , ce qui eft une forme auffi peu eftimée aujourd’hui qu’elle etoit recherchée des anciens. Dans l’encolure rouée, la tête ne fe porte point en arrière, & , fans cette adion , le cheval ne peut fe grandir & enlever le devant. L’encolure ainfi élevée naturellement eft toujours prête à ébranler Tanimal, & favonfefa progreffion ; cardans notre travail nous cherchons à placer la tète , de forte que de loreille du cheval on puiffe abaiflcr une perpendiculaire à la pince du pied qui eft pofé. Si cette attitude eft naturelle, c eft une grande peine de moins. L’encolure de cerf eft cellç qui , dans fa panîe antérieure & inférieure , fait obferver une faillie confidérable , «c à la partie poftérieure , au-defTus du garot, un efoèce d’enfoncement. Tout cheval conftruit ainfi eft léger du devant, mais fans appui : & on a bien de la peine à le drefl’er , parce que l’encolure n’appuie pas fur le garot, & que les vertèbres , ne fe touchant point dans toutes leurs furfaccs , ne peuvent fe foutenir les unes les autres ; l’aâion du levier eft interrompue ; aufS ces fones de chevaux ne font bons qu’à courir. L’encolure courte n’a pas un jeu afTez étendu ; elle enlevé difficilement le devant ; elle eft ordinairement grofle, & d’un poids confidérafele pour les jambes de devant.

Enfin on fe rappellera qu’il eft bon d’examiner fi les formes des deux côtés de l’encolure fe correfpofldent bien. Si les mufcles qui la compofeqt produifent des gonflements & des cavités. Si elles n’étoicnt pas pareilles des deux côtés , le col ne fe plieroit pas également à droite comme à gauche. On ne trouve que trop de chevaux fujets à cett«  irrégularité.

Du Garot.

Un beau garot paroît uni au col & e« être un prolongement ; il eft bien reftbrti , peu de chair le recouvre ; il furmonte de beaucoup l’angle fupé«  i rieur de ronoplate ; enfin il s*étend fort ayaoi C H E furie dos. 7*ai toujonrs obfervè que les chevaux 3[ui ont de la légèreté , ont un garot très-lone. On . c fouvient que fon extrémité inférieure eft l’ap* puî du levier que nous avons imaginfé. Il efl hors de doute que fi cet appui avoifiiie le centre de gra* vite du ch^^al , le poids qu’il fupportera fera plus aîfé à enlever. J*ai vu aufll que ce point étoit àpeu- près le milieu du corps dans les chevaux de qualité : cependant cela n’efl pas général , mais j’augurerai toujours bien d*un cheval qui a cette proportion.

Du PoitraiL

Le poitrail doit être afTez large pour contenir des vifcères bien conflirués, & pas affez pour former un volume trop confidérable pour les jambes de devant ; cela augmenteroit la difficulté de l’enlever du devant ; & il ne s’accompliroit que par Teffet d*un bon rein & de bonnes hanches. Des Epaules,

Li^épaule eft une des parties de Tanimal qu’il eft le plus important de connoître« L’épaule , comme on doit le favoir , eft compofée de l’omoplate , dont le jeu eft toujours accompagné de celui’de Thumerus qui lui eft uni.

L’omoplate ne doit pas être trop longue ni trop volumineufe. Trop longue, fon attache avec Thumerus feroit très - ba^e , & Us mouvements feroient plus heAs : d’ailleurs te vojume trop confidérable de cet os chargeroit les jambes de devant. Elle ne doit pas non plus être courte ; fon mouvement feroit borné. Trop étroite ,* elle donneroit trop peu d’attache aux mufcles qui la meuvent : trop grofTe , elle feroit lourde & difficile à mouvoir par des mufcles médiocres.

L’omoplate trop ferrée contre la poitrine ne ^ peut fe porter aifement en avant : fes mufcles font trop courts & trop comprimés.

Il eft donc utile pour la bonne progreffion & pour raccompHifement de touts les mouvements naturels , que l’omoplate ne foit point trop ferrée , Jue fon volume foit médiocre » fes aâions faciles i libres , & fes mufcles médiocrement eros. Il en eft de même de l’humérus s’il eft trop (erré contre la poitrine , fon jeu eft gêné » & il ne fait qu’une partie des aâes que fon attache lui permet. Cet os ne fera point trop cour fi on veut des mouve* menrs bien déveloopés : plus les côtés (f un triangle font grands, plus l’ouverture peut en être évafèe. L’humérus & l’omoplate font un compas dont le centre du mouvement eft dans Tarticulation : fi le compas eft bien proponionné & que les forces motrices , les mufcles foient dans un bon rapport pour la grofteur & la longueur, il en réfuhera d’excellentes aâions.

Le poids des épaules eft confidérable fi elles font fort cn^rnues ; mais le vrai rapport de leur pefantcur eft’celui qu’elles ont avec la force des reins 6c des hanches» De% épaules três-étoffées feront c H E 7t

légèrts relarïirement au derrière » fi celui-ci a une force de beaucoup fnpérieore.

Les mouvements bornés des épaules nuifent à la progreffion & à la foupleffe de Tanimal : elles le ruinent bientôt, & finiflent par être immobiles & devenir un poids qui ne fert qu’à atterrer le chevaU Le cheval dont l’articulation de l’humérus & de l’omoplate eft haute & avancée, fe déploie plus aifement, & péfe moins dans fon devant. Cette difpofition facilite la marche ; car le haut du col étant porté en arriére ,• Tarticulaiion faille davantage ; & elle eft plus»à portée d’entamer le chemin. Dans un cheval bien léger , Tarticulation eft telle qu’une perpendiculaire tirée du bout du nez.du cheval^ la ren-. contre à fa partie la pluis antérieure. Du Coude,

Le coude trop ferré femble gêner le mouvement Jb rotation de Thumerus (ur lomoplate ; 8e e^eâivement cela doit être : cependant c’eft un dé, faut aifé à corriger, & le mouvement fe perfectionne fi le vice n’eft pas trop grand. Alors il arrive que le pied & la jambe du cheval font fort en de* hors, & le cheval eft plus ouvert à la partie infé-. rieure de fes jambes qu’à leur paniç fupérieure ; & c’eft le contraire dans la belle nature. Le coude trop détaché des côtes eft un défaut de moindre conféquence, & plus aifé à détruire. Cherchons un jufte milieu. L’infpeflion raifonnée de la nature formera notre c^upa œil.

• Des Bras.

Le bras trop court a des mouvements trop raccourcis ; un arc petit eft moindre qu’un grand lorfqu il eft ouyert. Le bras trop mince fournit des mufcles foibles & grêles pour les aâions du genou. Le bras long & charnu , annonce la force & de grandes aâions*

Du Genou.

Le genou trop gros eft lourd ; il diminue la fu* rcté de la jambe du cheval. Trop petit , il ne donne pas un appui naturel & commode au cheval : le genou conftruit ainfi forme la jambe de veau ; jambe qni n’eft jamais dans un boa à-plomb , & dont les aâions font défeâueufes. Le genou bien fait eft peu rond à fa partie intérieure ; peu faillant vu latéralement, & fec de tous les côtés , enforte que l’on n’apperçoive rien de défedueux. Les genoux en avant ôtent de l’appui au cheval : (on poids contribue a les faire fléchir. Si les genoux font trop . approchés « ils fortent encore de la ligne d’appui convenable. On doit donc chercher la conftruâion dans laquelle le canon foucienne le plus perpe»> diculairement poffible les os d^k^nou. Du Canon*

La nature a diminué le volume des os è mefufe qu’ils approchent de la bafe du corps ; elle a fnppléé à cette qualité par leur peu de longueur : ceci jt C H E nous prouve qu’un canon trop long annonce de la foibleiTe & préfente un appui chancelant ; s’il eft court au contraire , il fera ferme & foutiendra bien le poids du corps. Le canon mince eft léger , mais fi Tos n’eft pas très-compaâ & bien formé , il eft foible & fragile ; Si cet os eft gros , il eft lourd. La bonté des jambes vient de leur pofition & de Tétat d’équilibre, plus que de toute autre chofe. Car à Tafpeâ , elles font bien minces en comparaifon de toute la maftè. Ainfi la nature nous indique que nous ne drefterons le cheval que par l’équilibre. Le canon doit être uni fans aucun fur-os.» Le tendon fort défigne une quantité de fibres niufculaires , & .par conféquent de grandes forces niotrices : bien détaché y il augmente la force des mufcle^ par leur éloignement du centre dumouvenient. Un tendon mince & collé à los , cd une preuve de foiblefle. Le tendon contribue à la beauté de la jaihbe s’il eft bien égal & s’il n’eft^s failli au-deflbus du genou : il fera net & fans grofleyrs quelconques ; elles lu^ feroient étrangères & borneroient fon jeu.

Du Bouleu

L’articulation du boulet eft foible par elle-même & par la* fituation des os qui la forment ; car tout l’eftort de la jambe fe fait fur le tendon , les os étant placés obliquement les uns fur les autres. Le travail continuel de cette partie la rend trés-fufceptiblc de fetigue. Dans lextenfion & I^exion , 1« boulet eft toujours en mouvement. (5n defirc

u’il foit fec , que tous les tendons en foient forts

’ : bien apparents , que la tête du canon ne foit pas mince, & quil foit difpofé de manière à donner un appui naturel à l’os du canon.

Des boulets fatigués fe recon^oiftent à bien des marques , & les caufes en font multipliées. La plus commune eft une forte extenfion dans les ligaments > & un épanchement de la finovie qui prochiit des tares que Ton oe négligera pas dans les commencements 9 fi Ton veut éviter la claudication du chcvaL

Un boulet foible peut fervîr fi le refte de la jambe eft bon ; mais il eft toujours plus prudent de s’attacher à des chevaux dont les articulations foient dans )’état de la’belle nature.

Pu Paturon.

" Le paturon eft gros. ou menu, court ou long. Son volume doit être proportionné à la jambe : trop g^os , il eft plus folide , mais il eft très-lourd ; trop mince & trop long , il eft fi flexible qu’il femble perd^ toute folidité : le jufte milieu eft aflez rare, pins il eft long , plus la réaâion de Tanimal fur l’homme perd d<A dureté.

De la Couronne.

Elle doit accompagner la rondeur du pied Ains le déborder. Trop élevée , elle dénoteroit quelque yice particulier à elle , ou la fécherefte dv fahot. i"

C HE

Du Pied.

Le pied eft la bafe du corps : c’eft fon appui fur le terrein. Il eft plus important qu’on ne penfe de bien le connoître , de fçavoir l’entretenir dans Ton état de bonté , & de lui approprier un fer qui le conferve, en augmentant la beauté*de fa forme. Du bon ou du mauvais état du pied réfulte fouvent tout l’ufage du chsvaU Nous allons rendre compte de l’état dans lequel il doit être pour donner à l’animal une allure sûre & ferme.

^ La nature n*a rien fait d’inutile dans la formation des corps organifés : il n’y auroit donc aucune fuperfluité dans le pied , fi nous nous foumetcions aux loix de la nature. Mais en admettant le ckevaC dans notre focièté , il a fallu remédier aux vices qu’occafionne le commerce. Le pavé de nos villes auroit bientôt ufé la corne fi nous ne la revêtions de fer. Mais ce fer ne doit pas s’appliquer arbitrairement : la conftruâion du pied prefcrit des règles au maréchal qui ordonne la ferrure. Touts les livres parlent de la ferrure ; touts traitent àçs maux ^ du pied & des remèdes convenables : aucun , fans * comparaifon quelconque, n’a mieux connu le pied & fon vrafi traitement , que M. de la Foffe. Nous lui devons une méthode de ferrer que tout homme de cheval adoptera s’il la connoît. Elle préyient bien des maux , & garantit d’un plus grand nombre. ^ • .

Le pied eft enveloppé par le fabot ; le fabot eft d’une fubftance pareille à celle de nos ongles &à la corne du bœuf. Les parties qu’elles contient , font la chair cannelée , des os , des tendons , & des vaiffeaux qui ne font point à l’aife dans un fabot trop petit & trop plat. Le pied doit donc être extérieurement haut & petit ; car s’il eft trop gros , il fait un volume trop lourd , il embarrafle la démarche du cheval & fatigue la jambe. Les parties contenues ne doivent pas être comprimées ; leurs fondions fe rempliroient mal , & il s’enfuivroit de la douleur. Le fabot fe divife en pince & en deux quartiers. Ces trois parties s’arrondiront également , afin que rien dans le pied ne foit comprimé. La corne (era épaifle pour ibutenir le choc des corps étrangers , & amortir leur aâion. Elle tera douce & liante , afin qu’elle rt’éclate pas dans les heurts , & que le§ parties internes ne foient pas expofées à lair par quelque fente.

Les talons font la partie poftérieure du pied ; ils pofent fur la fourchette & s’ur^iflent aux auaniers par les arcs boutants. Leur compofition eft à-peuprès la même que celle du fabot ; ils font plus mous & d’un tiflu moins ferré. S’ils font durs 8c trop rapprochés, ils compriment les tendons qui pofent fur la fourchette , & arrêtent leur jeu : s’ils font bien ouverts , relevés & gros , ils les mettent à l’aife. Ces talons font appuyés fur la fourchette , comme tout le refte du pied eft borné par la foie. La fourchette eft fpongieufe» épaifte» un peu humide ,& impénétrable C H E mêrable iorfqii’dle n*eft pas amincie par le bdutoir. La foie de corne a les mêmes propriétés* ’ La mauvatfe coutume de parer le pied détruit tours ces avantages naturels ; & il en réfulte que le Ï»ied étant creufd, le poids du corps eft foutenupar es quantess > & tend toujours à enfoncer le léger obftade qui fépare la terre» des parties contenues du pied. L.«s os, & fiur-tout les tendons , font fuf* pendus fans appui , & font approcker les ouartiers mi» à leur tour, gênent les tendons & lesvaif* leauz. Si on éritoit au contraire de toucher au de* dans du pied , toutes les parties internes poferoient à terre , & ne feroient pas fans cefle tiraillées : la fourchette étant aflez molle , réfifteroit à la réaâion, & préferveroit les tendons de toute cépercuffion ; ranimai feroit ferme & fe foutiendroit par -tout. C*eft le y«u de la nature : pourquoi la priver des fecours qu’elle s*eft appropries ? Loin de les confère Ter , nous chargeons encore les pieds des chevaux de fers lourds, gliâânts, & prefque toujours fi peu conformes au contour du pied, que nous le forçdns de fe placer dans une attitude qui le contraint. J*exhorte à lire , à étudier , & à bien mettre en pratique , les confeils que donne à ce fujet M. de la Fofle. Il n’eft pas de mon objet d*entrer dans plus de détails fur le pied : c’eft dans le livre de cet homme favant, que Ton doit aller s*inflruire. Nous nous contenterons de dire que pour le choix des pieds il eft important qu*ils foient bien faits » réguliers & petits. Jamais un grand pied n’a aflPermi la marche de Tanimal : tout éunc en équilibre, des épingles, bien difpofées, le foucien* droient.

RéjUxUns/kr Us Jambeu

Les Jambes du chevàl font tantôt des appuis qui foutiennent & qui étayent toute la maiie ; tantôt elles font un^ poids à tranfponer. Dans le premier cas , il faudroit que Tappui fût confidérable ; dans le fécond, que le poids mt léger. Ceft à Técuyer à chercher une proportion qui participe de ces deux {propriétés. Il s attachera à irourer des jambes dont es mufcles foient a/Tez forrs pour les os , & des os durs , compares & bien conformés. La grofTeur des jambes eft un défaut, loin d*ètre un mérite ; & leur finefle eft fouvent une caufe de foiblefte«  Du Dos & dis Rtîns.

Le dos & les reins doivent être audî hauts vers le garot que y^rs la croupe , droits & fans aucune inflexion fenûble : car une verge droite à plus de force qu’une verge pliée & courbée. Comme cette partie du levier réunit les deux extrémités du çkt-W, elle a befoin d’une grande force, & fa force confifte daiis la gro(rettr & l^inion de toutes les varties qui la compofent. La force des ligaments & leur peu de longueur, ainfi que Tépaiffeur des mufcles , augmentent la vigueur des reins, La flexibilité doit s’accorder avec h force ; &Jl eft aflez rare de trouver ces deux qualités réunies. On de«  MfuUaiion , Efcrimi &Dan/i.

CHE 73

mande que les reins foient larges , bien arrondis, très-bien faits , & trcs-bien proportionnés. Des reins longs rendent cette partie du levier trop flexible ; & comme elle eft fujette à une réadioil continuelle , fon jeu fe ralentit aifémént fi elle eft longue. Il eft vrai que le mouvement eft plus doux pour le cavalier, parce que plus il y a depanies à déplacer , moins il lui refte d’aâion & de fecoufles à effuyer. D’ailleurs les reins longs rendent l’allure du cheval moins hardie & moins fermé. Le cheval court de reins eft plus dur, plus vif , plîiir fort, & d’un plus long ufage. La bonté âes reins fait prefque toujours le bon cheval ; & pour les connoître il faut le monter. Souvent la belle conformation eft démentie par les mauvalfes qualités^ Des Cites.

Un cheval qui a la côte ronde , a ordinairement’ un bon tempèramment. Les vifcères qui fônr contenus dans des cavités fpacieufes , font plus à leur aife, prennent un bon accroiftement , & fourniflent par- là avec facilité aux fondions vitales. Celui au contraire dont les côtes font plates , doit avoir les parties internes moins bien conftituées ; il eft moins vigoureux , a moins d’haleine , & nage plus difticilement. Il réfulte d’ailleurs , de ces deux conformations, des eflets contraires pour Thom*. me : la côte ronde préfente plus de dimcultés pour l’enfourchure ; le cheval plat s’y prête plus facilement.

Du Ventre.

Le ventre trop sros fait un grand poids dans l’animal ; de plus , il empêche que (es mufcles n’agiflent avec force r & que (es jambes de^erriére ne fe portent fous le point central. Le ventre re* ttouffè dénote un mauvais tempérament, & des inteflins peu confidérables : il s’enfuit que ie^hcrml prenant une petite quantité de nourriture , n’en conferve que peu , & qu’il ne réfifte pas à de longues fatigues. Dans ces fortes d’animaux , les mu A. clés du bas-ventre font fouvent minces & petits , 8c leurs fondions s’en reflentent. Le ventre bien fait eft celui qui ne tombe point plus bas que le deflfous des côtes , & qui ne faille pas plus qu’elles fur les côtes.

Le flanc bien arrondi, fans creux, & uni , eft tr^s^rare. Bien peu de chevaux font dans cet état. Il dénote une M>nne difpofition entre la graifle & la maigreur» Ces chevaux font ordinairement d^ua bon entretien.

De la Croupe*

La croupe s’étend depuis les reins jufqu’au haut de la queue ; elle eft principalement formée par tes os des iles. La largeur ou la dift^ance de la partie la plus fupérieure de ces os , indique pour l’ordinaire de la vigueur. Un cheval dont la croupe eft étroite , a peu oe folidité, tant parce que les vifcères font mal logés , que par la ténuité des mufcles. La croupe avalée des ckcvéux d’Efp^no ne nuit pas à leur 74 CHE ,^J)ontt On préftrera toujours une crotipe b !en’cha^ mie & bien conftruite , à moins que l’on ne foit dédommagé par des reflbrts très-élafliaues. Plus la croupe eft large , vue de profil , plus ranimai a de reflbrts. La raîfon efl eft facile à comprendre : Tott-Terture des aneles formés par les osdescuifles» étant trèsrgrande , prête une extenfion & un étartement confidérable aux branches formées par les os fémurs , du baÛin , &c.

La croupe eft dans la hauteur convenable au méchanifme le meilleur du çkeval, lorfau^elle eft de niveau avec le bas du garot. Si elle eft trop haute , l’aâion continuelle du theval le précipite fur les épaules & Tatrerre ; l’animal a de plus grands efforts à faire pour former l’équilibre de Téquitation^ & £ :>n allure n*eft jamais ft légère : le cavalier même éprouve du défagrément de cette ftruâure. On voit peu de chivaux dont la croupe foit trop bafle : ceux qui font conftruits ainfi, font légers, faciles à ^fle^ir ; mak les reflbrts étant compofés de bran* ches trop courtes , n*oot pas un grand jeu. Il eft à Sropos , dans cette partie comme dans les autres» e choifir un milieu qui renferme les bonnes qualités.

Des CuîffeSm

’ Les cuîfles font formées par le fémur qui eft attaché fortement aux os du baflln.^ Il eft à (ouhalter que la cuifle foit large , charnue & compofée de mulcles trés-fons & bienrélaftiques. Dans 1 homme, le fémur eft le plus lone des os : dans le chival , il n’en eft pas ainfi ; mais ifeft très-gros & affez court. S’il eft long , il ouvrira avec le baîmn un angle coafidérable. Se aura beaucoup de jeu. La fefle doit être bien arrondie & chamiie , fur-tout dans le dedans de la cttifte»

Des Jémhu éUéUnière.

La première rartie eft ce mi’on appelloit improprement la aiiiTe : elle doit être plutAt courte que longue. L’os a plus de folidité , & raâioo eft plus vive. Elle eft charnue & large dans le bon cluvaL On y diftinsne teuts les muicles lorfque le travail les a bien déuchés. Le graflet fera attaché fone* mtnt & de manièie à éviter tout dépkcemenu Des ’Jarrettm

Tout connoSffeur, ou prétendu tel ; Vattache à bien connoitre les jarrets d’un ckeval & à les choifir bonS( On a raifon apurement. Mais il efl malheureux que fouvent les bons jarrets que Ton a choifis deviennent bientôt mauvais ; car la conftruâion de l’organe ne fuffit nas pour fon bon emploi , fi >^ l’homme ne donne à Fanimal une difpofition dans laquelle les membres foiem foulages, même en travaillant beaucoup.

. Le jarret eft compofé de plnfieurs os , de cartilages, de tendons & de vaifleux ; mais il ne s’y trouve aucun mufcle* Toutes ces parties faines & bien conformées ne laifleut aucuil.. interflice , & alors b jarret eil fec & bien èwidé« Mais .ibuvcat , par la CHE

défui^on q« léfulte de quelque déran|eoient»off voit au jarret des panies accefibires : ce lont de vrais défiiuts qui arrêtent l’élafticité, le mouvement , & fouvent toute aâion du jarret. Ce déplacement , occafionné par une compreffion violente, & par une extenfion forcée qui détruit le rttflbrt des vaif» féaux , donne lieu à qnel<ptes vuides dans lefquels la fynovie s’épanche , féjoumé & fe durcit ; de-là ces tares qui s’oflîfient à b longue , ft qui dimi* nuent la bonté des jarrets* Je ne parle poim ici des tares occafionnées par des accidents , les livres élémenuires en font d’aftez grands détails. Ceux oui comorennent bien le méchanifme di^ la propemon de ranimai, conçoivent combien lee jarrets jouent un grand r61e. Quelques défauts pai^ ticuliers ne détniifent pas uniquement le bon effet qu’on en defire ; leur union & leur attache avec les os fupérieurs & inférienis , eft quelquefois un vice Incorrigible.

La bonne pofitiim-dn jarret eft cdte dans laquelle il appuie , dans le temp« de la foulée » à plomb fnr Fos du canon , enforte que Teflort fe faffe dans la perpendiculaire , afin de repoufler le pbids pen>endiculairement. Des jarrets clos, ou qui fe touchenc par la pointe , n’ont pas cet avantage ; & l’on voit pourquoi ils ont de plusUnconvénient des’embarraffer dans la marche. S’ils font trop écartés , l’animal fe berce, fe balance dans fon derrière , & n’efi jamais ferme & décidé dakis fon allure. Les jarrets doivent être aflez plies en dedans : s^ds font droits , ils ont peu de reflbrc

Quelques tares ne doivent pas fiûre rejttter m cheval : c’eft fon enfemble qu*il efl à propos de rechercher. Son méchanifme total, s’il eft bon , dé«  dommage quelquefois des l»ères imperfeAions d’un membre. Le vrai connoifleur diffère en cela du maquignon : l’uta confulte les qualités du che^ vtf/, & l’autre Texemption de certains défauts ex* teneurs*

Des Boulets ie derriire , P des Paturùns. Les Boulets de derrière fouffireht plus d’eflbrts que ceux de devant , ils donnent appui à une plus grande maffe ; & fi cette maffe eft confidérable , la trop grande extenfion relâche le tendom De-Ià les expanfions de lymphe, qui, avec le tem|K, font boiter l’animal , parce que le jeu du tendon eft arrêté.

Le boulet doit être net & bien fec , fans aucune ^rofleur auelconque : lorfqu’il a cette condirionott juge qu’il eft&în & confervé.

Xe paturon long eft délicat , peu vigoureux , d*un reftbrt lent fc inaâif. Cette patrie étant* coune^ foutiendra plus aifément le poids du corps & la réaâion du terrein.

Nous renvoyons aux Hippîatres qui ont traité en détail de toutes les parties du cheval ; nous n*avons pas cru devoir repéter ce qu’ils ont écrit :il nous fuffifoit de joindre, à ce que tou^ le monde fait » des fliocift raifonnés qui puuent démontrer la Digitizèd by C H E bonté fTiine conformatiaa , préftnablement à «ne autre.

Du choix dts Chevaux , relanvmens à Pufétp auftel on les deJH/u*

Ce qne nous venons de voir fiir la cosformatlon des parties du cArvtf/^ nous conduit natureDcinent à rechercher en quoi & pourquoi tel ou tel sAtvsl eft boa à un fervice plutôt ^u’i un autre. Il eft certain » par une eApérieoce |ouraaliére » que le ittéme chwéU n’eft pas propre à touts les travaux : il en eft un qui lui plait davantage , & qui lui convient |>lus particulièrement. En emt une madiiae cen* poCèe n^a qu’une defttnation : le ciepsl ne peut fe mouvoir <pie confonnément à fon mèchaaifme ; £l rien ne peut amener & un uiàse ce qui y eft dîaanàualeinem oppoft»

Du Cheval dé Châji.

Le ckeval deéiné â courir a befeia de I^jèrcté : c*eft une de fes plus belles qualités. On tire parti de août cheveu qni eft léger : fouvent nAoïe la l^iretè dédomfluge de auelques médiocres qualités qui fe Tencontrent dans VanimaL La légèreté dans le chtval eft relative à la peânteur 8c é la lenteur ordinaire de refpéce : car tel cirv^i aura réeUemem de la légèreté , qui , comparé à tel antre » fe nouveroit pe> fann

En général la Ufèreté du ck^éd ku vient des rapports qui fe trouvent entre le devant fie le derrière , entre les panies qui font deftinées àétse enlevées , & celles qui font reflbrt. Ceft donc ici une a&ire de confiruffion. Un chinai de courfe eft vraiment léger , lorfque fon devant étant un peu étoflî & facile à enlever» fes reins , fes hanches & fes jarrets ont une arande propriété de reftbrt , & peuvent chafler aiiéfflent en avant toute la mafie du cAevaL

Il eft à propos de fe rappeller ce que nous avons dit fur la progreffion & la conftruâion de Tanimal. Si la tète» Tencolure & les épaules font légères» elles formeront un moindre poids , & par cooféquent chareerpnt moins ledemère,

La tète d un coureur fera donc petite & peu char* eée de chair » 8c fur«tont bien attachée : Tenoolute lera mince » peu fournie ; fit les reins feront bien conformés, ann que les mouvements fe firent dans la direâion la plus naturelle.

  • Les épaules du Goiu^ttr ne doivent pas être étoffes,

eltes feroient lourdes ; Se il eft.rare qu’étant pla^s elles foient mouvantes &, Uen aâives : c’eft cependant un point bien important* Prefque touts les cluvaux qui ont coum qnelquetemps , remuent Eu romoplace , & certainement Taffion étant plus mée» la vitefle eft meindre* Néanmoins ii un tel^AfW tomboit entre les anins d’un homme fiige & infimit ».quî Ini remit les épaules par un travail doux» ranimai pourroit encore s^ètenire. Les ïambes «n oen longues fiant à dkrlîrer pour In (fiéera/ de ceule a car elles embrafem un phu C H Ë 7ç

grand terrein» 8c procurent de U vitefle. Pour la Eoffeur dû corfage , il.cft à fouhsùter qu’il foit bien it» mais fluet : car en général les coureurs minces ont un branle plus agréable , plus vite & d’une plus bingue. haleine. D’aUleurs un corps trop gros avec des iambes minces & longues y feroit difprûpor* tioné^ & les jambes ne te feutiendroient pas. Les jaàibes greffes font un poids oui ralentit la vitefle : les pieds gros ont suffi ce dé£rot. Il eft effemiel qne les articulations foient bien faites Se bieA attachées ; car c*eft dans ime allure vite , que leurs Itgar ments’ fotit aiiément forcés.

Le dos & les reins d’un coureur font durs k l’homme , slls font courts ; mab l’animal en a plus de force, jiar la raifon qu’une verge seurre eft moins flcxiole en raifon de (à briéve^ L’épine du dos doit être ftesible néanmoins y pour que l’hom» me n'q>rouvepas une réaâion doulouréufe. Les articulations qui forment les hanches doivent être aflbuplies, afin oue leur ftexion & leur eatei^n fe bSknt dans le plus grand degré poffible. Les jarrets les meilleurs & pleins de reâbtts » ne font pas trop bons pour un coureur. Car ^ comme ce reflbrt eft chargé & fe détend avec prédpitatioii fit promptitude , ilne peut fe faire ^’ils n*aientfouvent des commotions violentes qui en déilangent la bonne économie. Enfin , ils ferdnt biei^ efpacés » bien formés 8c bien attachés.

Une croupe 6c des cuiâês charnues déborent-dè la vigueur 8c des refloorces bien effentielles au coureur ; des pieds foibles 8c douloureux font un grand vice pour lui ; chaque fois quils jpofent à terre ils " le font fouflirir, 8c lui dtem cette gaieté fans laquelle un chevêl de courfe n’a pas la mèmevitefTe. Si Ton tronvoit un tkivél conformé alnfi , qu ! eût d’ûlleurs un bon tempérament, furement il courroit vhe ; mais les ckâvamx font rarement fuivis dans touts les points. Un cheya ! de petite taille fit ragoté a rarement une grande viteffe. Ceux oui font très-tievés 8rtrès->eu corfés , ont des mufcfes trop foibles. (^ ne ffouve que dans les chtvimx de races primitives les qualités nécefTaires ; ils ont une force de cmtraâion dans leurs mulcles , fie des proportions fi parfaites , mi’ih font très-propres à la courfe. Les arabes , les barbes , les turcs ontlupèrieorement cette grande viteffe ; ils la communiquent» jufqu*à un certain point , aux mèti6 qui fortent d’eux. Prefque toute la force d*un coureur eft dans fes reins fie dans fes jarrets. Ceux qui courent aîlement fie dliabinMle , le font avec une forte de négligence s*ils ne font bien étendus ; ils traînent les hanches t tont décottfus, fie ntfent le tapis t Ib femMent dé^ daigner une allure lente. Dans le grand train » le bon cheval ne mukrplîe pas fes mn , mais il em* brafle plus de terrein.

Les chevaux d’une vltefTe extrême » ne font pas toujours des ckevMtx propres à la chafle. Ces nn| coureurs ont un trot très-médioere pour l’ordinaire ^ fie comme ils font minces 8c d*une conformatioit délicate « ils fie fiipponeroieatpas une fatigue qui Kij

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by 7<5 . C H E dureroSt longtemps. D’ailleurs ils ne feroient bons i que dans un pays plat & dans des bois bien perces ; dans tout autre terrein , dans les pays cou- | pés 9 dans les taillis , on eft obligé de trotter , de fauter des haies & des foâis » & de donner beaucoup de fatigue à fon chevitL On ne va pas toujours grand train , fur-tout aux chaiTes ordinaires. On doit donc s’attacher à avoir des chevaux d*une conftruâion différente des coureurs. Les qualités d*un cheval de chafle propre à touts les particuliers qui n’ont pas d’équipage en règle , font une conftruâion folide de touts les membres ; un bon trot allongé & doux ; un galop étendu & un peu enlevé de terre, afin que le cheval ne bute pas , & fur-tout de l’haleine & de la fageffe. V n cheval deûlné à cetufage feroit donc conftruit ^infi« La tête & l’encolure feront toujours conftituées conformément aux idées que nous avons données dans ce traité. Les épaules feront bien libres & médiocrement étoffées , afin de ne pas former trop de poids : leur liberté facilite la progref&on prompte du cheval, La jambe fera un peu fournie , fans trop de groffeur , afin que l’animal puiifc foutenir le fardeau de fon corps , & ne pas chanceler dans les terreins difficiles & raboteux. Le corfaee un peu étofle convient aflez à un cheval de chaue ; comme il a quelquefois à pénétrer dans le fort, il fe fait jour plus nardiment , & tire fon homme des nillis où il eA obligé de fkire {>lier les branches & les jeunes arbres. La croupe arge & de bonnes hanches feront bien en proportion avec le devant ; le cheval tn aura plus de légèreté ; car malgré fon étoffe, il doit fe remuer avec aâivité. De bons jarrets lui font utiles pour fauter & méàie pour courir : car plus le cheval a de corps , plus les jarrets ont d*ouvrage pour le poner* Si le aheval étoit deffiné uniquement à trotter , des jarrets médiocres pourroient lui (ervir ; mais il feroit plutôt ruiné. Enfin un bon cheval de chaffe devroit avoir les mêmes qualités qu’un coureur , à l’exception de rétoffê qui eft plus confidérable : car d’aÛleurs il doit être propre i galoper* Il fe trouva fouveat des chevaux étoflis qui ont un bon branle de galop , & qui tiennent longtemps. On recherct^ nos chevaux normands pour k diaffe ; ils réuniuent, auand ils font bien chotfis , les propriétés aue je défirerois. Xa figure , & la commodité de l’allure , font les régies an choix <[u*onfait de% chevaux de«chaffe pour les maîtres eu pour les piqueurs. Les véritables veneiirs défirent d’être montés folidemem : un cheval trop fin sie peut pas être propre à fuivre les chiens dans un ffiys coupé.

Pu cheval ir manège.

On trouve pins aiiement un bon coureur qu*un êhevat propre au manège -, c’efl pour lui que les belles proportions font a défirer : je m*cn tiendrai i ce que j’ai dit fur la belle coaAruâion dvL cheval. Cdi en £(pagae qu’on trouve la plus belle efr C H E

pêce de chevaux pour le manège ; ils ont des épata» les brillantes , des hanches & des jarrets pleins de refiTort , une vigueur & une générofit qu’ofi trouve rarement dans les autres efpéces. Prefque touts les mouvements de chevaux de manège fe font en hauteur. Il feroit difficile de pénétrer affez avant dans la nature pour erpUquer ee qui lionne du tride à l’allure du cheval deftinê an manège ; car il doit en avoir de lui-même. Je ne prétends pas en développer les caufes ; je dirai feulement que ces chevaux ont les mouvemems plus foutenus , plus harmonieux & plus d’accord que les coureurs*

La beauté eft un mérite pour un cheval de manège. Elle ajoute beaucoup aux attitudes dans lefquelles on le place. Tout cheval qui a un vice efienttel dans fa conformation , eft peu propre aux exercices du manège, pour lefquels la nature & l’art doivent fe trouver aaccord & ft réunir. Un’eft pias ordinaire qu’on ait des chevaux de manège à drefler ; le genre le plus commun à touts les an«a«  tenrs eft celui des coureurs : néanmoins il eft avair tageux qu’on fâche les connoitre.

Du cheval de guerre^

Le cheval de eucrre doit être bien conformé , (o-* lide par fa conftruâion , libre dans fes membres autant qu’il eft poffible , fage , obéiffant , léger à la main , & fur«tout aeuérri contre les bruits ordinaires de la guerre. Ily a des chevaux naturellement peureux , que la meilleure éducation ne guérit pas. Ceux là font à rejetter. Il n’eft pas néceffaire » il eft m^me incommode, que les mouve«  ments d’un cheval d’efcadron foient trop brillants. On fera très-heureux fi toutes fes allures font fran«  ches , quoiqu’il nJen ait aucune de bien brillante. La fureté de l'officier dq>end fouvent de la bonté de fon cheval. 11 n’y a rien à négliger dans le choivii Toutes les perfeâions de la conftruAion fe trouveront donc dans un tel cheval. Il doit être un peu étoffé ; il feia plus propre i foutenir la fatigue r dailleursuncAevii/ mince eft bien mal placé dans un efcadron , & les chevauxhxùts montés & étroits de boyaux font d’un mauvais fervice. il feroit à (bnliaiter qu’on employât pour les efcadrons beau* coup de chevaux normands ; ils réunifient les meilleures qualités ^ & ils font incomparablement meilleurs pour la fatigue que les danois , les allemands, &c. L’efpèce la plus propre au cavalier eft le petit caroffier normand de dix pouces. Il s’en trouve même dans cette claffe qui iont légers, malgré leur étoffe.

Des /au ébchtfTk

Les fens font certames facultés des corps ani«  mes, par lefquelles ils entrent en commerce avec les objets extérieurs* Ce font autant de moyens 3u*on doit ménager pour mettre le cAeval en état

  • obéin Uexercice des fens eft une fenAion purement

aaiaule ; mût la ieuiàMa qui esiréfiilMt C H E fe pafle dans refpèc6 d’intelleâ de ranimai , fel«n le fens dans lequel le fentloient eft excité ; car autre ’eft la fenfation réfultante de Torgane de Touîe affedée , autre eft la fenfation qui vient de la vifion. Il eft bien étonnant qu*on attribue à la matière tant de fenfations diverfes , elle qui eft la même par-tout. Quelle diflérence en tfe t remarquet-on dans les nerfs qui occafionnenne fenriment îians touts les organes ? Ne dbit«on pas conclure de la reflemblance de leur compofition & de la variété de leurs ufages , qne c’eft l’ame ou Tioftinâ de Vanimal qui diftineue & qui eft averti. C’eft par le canal des fens , & par Tufage que nous en faîfons , que l’homme inftruit le cheval & le dîfpofe à lui rendre des fenrices que rinftruâion feule peut procurer. La nature n*a point foi-mé les fens du cht^ai ,/imparfaîts en eux mêmes , quoiqu’ils le foietit queloNefois relativement à Fufage de ranimai : mais rart t% perfeâioùne , ou du saoins les appropria davantage à nos befoins.

  • Je n'entre i>otm dans, les detaik anatomiqiies des

organes des iens ; ]t me borne aux obfervations qu on fait fur chacun d’eux.

  • ’ Ûoeil tkt cht-^al , aînfi que celui de toruts les animaux

» perçoit les objets, extérieurs avec une grande prdniptitude.’Souvehç ces objets font for lui tmç impreifion doulout^eufe , & qu’il’cherche à évher autant qu*il kû>ft poffible. Sans doute Je nerf optique reçoit’ alors un ébttolement trop coniidérable qui porte Tanimal à fuir un corps qu’il’ croit lui occafionner de la douleur.

Le chc94l a l’inftinâ de confid^er avec antfltion

  • & inquiétude Tobjet qui lui eft défag^ble ; il v

-porte la tète, arrondit tout fou corps , éloigne la croupe ; & fi h peut’ coittihué, il fe prédpite de €&té , ou fait une pirouette après laquelle il s’enfuit s’il peut. Les corps blancs fur-tout , ou d’une couleur trés-frappante » effilaient les chevaux : quelquefois anffi la forint 8i la grbfTeùr des corps leur en impofent. Ontioi^ ci^ire que cette é’raitite provient d’un^vfee dans la conformation déPbnl,’ou de la foiblefTe des nerfs. Il faut accoutuitièf animal peu- . reax , en l’apprdchint peu i^peu àéi 6h]ets ’, & en le carreflant. Les gens inftruits évitent fur-tout de le battre lorfqu*ii a peur ; ils le portent avec patience far l’objet , juiqu’à ce que le ckevki l’ayant bien examiné, & ayant Vu qu’il ne.lùi -èccafioniïe aiKune douleur , prenne l’hanitude dé pMer à côté fahs appréhenfîon. •’ '^

Il eft bon dans le commeliceinent de dèfourner leurs yeux des corps qu’ils craignent d’approcher, en les pliant du’ côté oppofé , juiqu’i^ ce qirils aient une cenaine confiance dans l’homme ; &- qu’ils fe laiftei^ conduire volontiers. La feule perfeâion à laquelle on doive tendre à cet égard, eft’ de faire paifel" te cAfv#/ franchement dans tôuts les endroits îk auprès de toms les objets poffibles. Ia douceur , la patience & Tufage diminaem C H E 77

l’ombrage des chevaux ; mais il’ en eft que rien ne peut corriger entièrement : il fant alors être fur.fes gardes & le méfier de tout.

. De tOuïe.

Le fon excite dans tout le genre nerveux de l’animal un trémouffement plus ou moins confidéfable , félon fon étendue & fon volume. Ce trf-’mouflement , lorfqûll eft fort , excite 1 ardeur & la vivacité du cheval ; il bondit , & il femble perdre la tête. L’homme a de la peine i le maintenir, à le faire reftèr en place , & à le conduire où il veut. Ce n’eft que par Tufage & l’habitude , qu’il vient ï bout d(émoufler le fentiment trop vif eue lef fons lui font éprouver , & qu’il le rend lage oc tranquille. Il y a des chevaux naturellement cal^ mes , tandis que d*autre ; font très-difficiles à rendre infenfibles. Touts les bruits de guerre & d j chafle animant les chevaux , & alors ils s’agitent d*une manière prompte & brillante*

De tOdorat.

On connott peu le degré de fenfibUrté de Tor*g ne de l’odorat du c^vif/, ^ les odeurs qui Taf^ Sent agréablement ou défà^rèablement. Car il ne s’en fert d’une manière diftinâe que lorfqu’il a peur& an*il regarde lobjet qui l’inquiète. Alors il renâcle ot flaire très-fortement.

On ne fait aucun ufage de ce fens pouj drefler le chival , non plus que de celui du goût. ^Du Tùuchêr. .

Le toucher eft le plus général de touts les fens 7 il s’étend par-tout le corps ; St.’A renferme pour ainft dire tes autres , puifque leurs fonâions fe font par un artouchém’ent. L’organe du toucher eft la peau qui couvre toutes les panies du corps. C’eft un tiflii de fibres , de nerfs & ii^ vaifleaux ^^ dont lentrelàcement en touts fens forme une étoffe femblable k des femelles de fouliers faiteii d’un cuir épais & moit, ’ .

’ La fenfation du toucher fé fait â la furfâce extérieure d^ là’pean. Les extrémités des artères & de> veines capillaires , après avoir concouru à former le tiftu de la peau, fe dépouillent des premiers parois que leur fournit la dure mère , fe panagent en plufieurs, lambeaux *, fe collent à la furface de la peau , .&^fbi^entainfi, nne efpèce de réseau quoti^’nomnte’ corps ^ rétîciAaire’. Ceft entre lei mailles de ce rè^^^au ,. que s’épanouifl/snt les extrémités dès^ petits’ rameauSe nerveux dépouillés’ de leur première tunrqtte ;-cllés s’élèvent « donrineflt un peuâu^defTus en* forme de petites houpes ; elles font abretxvées d’une lymphe fpiritueufe qui leur donne la foupiefle & le reubrt.

Par-tôHt où il y a des nerfs , là fç trouve le feni du toucher ; & il y en a pir-tout : mais ils ne font Î^as en aufll grande ^tânrité dans toutes lès parties u corps » & par conféquent le fens du toucher ny 78 C H £ cft pas auffi parfait. Sa perfeâlon .même dépend de la teniion des nerfs & de Tétat aduel de Taninal. Un chtval fatigué & malade a te fens du toucher moins délicat que dans Fétat de fanté & d’un exercice modéré.

L’irritabilité trop grande du fens du toucher , xend l’animal chatouiUeuz. Le chatouillement tient du plaifirdont îl efi Pextréme, & de la douleur dont il eft comme le premier de^ré. En toute occafien » dans Téquitation , il efl tres-incommode au tkeval ; & fouvent même lorfquon ne fait que frotter fa peau su lieu dV porter un aide bien franche & bien décidée , il le défend & devient rétif par llncommodité qull reflent. Le chatouillemt au refle n’eft tel que torfqu’H y a de Tintersnent :

valle entre les petits conuâs des corps fur la peau ; . car f ! ce taâ eft conitinu » ({uoique léger » A n’eft point incommode. Cela efi bien eirentieî à re* saarquer pour bien connoidre la valeur des opérations des jambes à cheval. Si le contaâ efl affezdur pour léfer leshoiipes nerveufes de la peau , il en réfidte une douleur plus ou moins confidèrable , ]ue Tantmal cherché à éviter en fuyant ou en ceant au corps qui le touche. Un attouchement doux il modéré le flatte & lui fait plaifin ’ Cefl en employant,. félon les circonflances ou 4e befoin » ces deux fenfâtions oppofées , qu’on vient à bout de drefibr le cheval ; car il eft toujours guidé par le fentiment : c’eil à nous à le rendre parfait par Texercice ; mais de manière qu^il hy ait pasd excès : car alors le cheval eft incom* mode Sc’prefque toujours inquiet.

Les ébranlements queues nerfs éprouvent font agréables ou défkgréables au cheval , félon qu’ils font conformes , ou contraires a la nature. Les diflérentes imprefions que reçoit le cheval , font tranfmtfes à fan cerveau « qui en efi comme le dépofiuire, & ils y fubfiflent plus longtemps que dans les fens ; enlorte que l’animal fe rappelle ces Wflférentes fenfâtions irès - aifément , des que le Ï lus petit objet les lui retrace. Mais la durée de exiftence de ces impreffions efi proportionnée à oelle de rébranlemem & à fa vivacité. Atnfi les aides les plus décidées rendent le cheval prompt 4ans foB obéi^Suice » & fixent fon attention » parce que le cerveau eA ébranlé fortement Un ébraa* lement trop vif le fait fouffirir ; il craint de réprouver , &il obéit par icoap* croyant par là éviter la jdoulent : delà ont de •defôrdres qu’on pourroic Ipargner à Tsiilm^ tm .le. flattant avec douceur & tranquillité. ». : a •

La répétition d’un même ébranlement, fortifie la joémoire du chevaU parce que les traces devienjient plus profondes dans fon cerveau : & travailler /ur fon entendement n’efi autre ohofe ^pie répéter les aâes qui le conduifent à’faire les mouyemems que nous défirons/jufqu’à ce que l’ébranlement ait aflez aflTeâé le feus imérieur ou le eerveau , Sur que Timpreflioa fe lenouveUe au mçàaixc nal .. • ,

C H E

La capacité du cerveau & retendue des nerfs font que ranimai peut recevoir fucceâîvçment & con* ferver diverfes fenfâtions qu’on lui fait éprouver ^ & , lorfque le cerveau eft plein de ces fenlâtions , l’animal opère machinalement les aâtons que chacune d’elles excite. Ceâ donc à nous à les opérer comme nous le jugeons à propos , mais de manière que jamais#oi]s nexcitions une fenfation pour obtenir par elle un mouvement qu’elle ne peut produire , & que nous ne mêlions pas des fenfâtions mii produiroient des aâions oppofées entre elles , ocqui ruineroiçnt l’animaL La perfevérance dans les mêmes feniktions confirme les chevaux : la variété trouble leur tète* Lorfque nous apprenons quelque chofe de nouveau au cheval , l’ébranlement doit itre répété bngtemps avant qu’il ait pénétré fortement le carveau ; & ce n’efl qu’alors que l’animal obéit librement, n cA même quelquefois néceflaire de lui faire fentir de la douleiur , afin de Tobliger à blrt attention , & à fe rappeller la leçon précédeoce aa lieu de celle dont il s agit.

Ces difilrentes aflertions font antatit d’axiome» qu’on *doit toujours avoir préfents Iprfqu’on cnb* vaille le cheval ; ils font comme la baie de nos aides : on ne peut ti ;availler fur la nanM, froa ignore fes procédés.

. , La bouche &. ^es ^ancs du chevalfont les partie» fur léfquetfes nous agiflbns le plus imméiUatement pour exciter le fens du toucher : c’cfl donc en cherchant les moyeag de les employer convenablement , qnie nous abrégerons nos travaux» & qoo nous accélérerons fon inftrnéKiOff. .^, De U lùticàt Jà >eheital , & de UfenJUilMdei ham^i Toutes les parties de notre art font liées eot^r elles ; & nul n’en peut comprendre une 4 s’iljiln une coanoUIance fnfiifante des autres t c*eft pour cela qu’il eft i^ difficile de bien raifonner (ur la bouche des chevaux. Il y a peu de gens en effet qui aient fentl par expérience ce que devient k bouche du chevu çntre les msiins 4e l’écMyer , & moins encore qm ioumetteot leur pratique an^ principes iHm/^ lionne phyfique.

L’ei^Btdu jnors ne fe détermine pas uniquempnt par la conflruâioa de I^ bouche du cheval & par ta fenfibilité^ mais bien plus , par Le rajjfort 4e fes membres entre eux, par le .méchanrfoM de fos aâions^ 8l parréqviiUbra que le derrière & le devant ont acÀois^ans l’eaBercice d’une bonne école* Je fuis pérfuâdè , vu la compofitton de» partie» xpii forment la bouche -du ck»val, que ks barres font dWe fènfibilité exoème, & que la motndee Ereffioaiurcet endroit y caufe noe vive douleur* a barre eft compofise, comme on Ta déjà dit ^ d «0 os, d’un pênofte « & d’un prolonf cmeat de» jencives* Je compare la feofibiUiè de laJi^rre à celle de «os jambes : fila«M>ie4rechafe frsmpek partie antérieure dhi tibia , quelle Couleur tCtfifo$ir voa»«€lis pas 13 eft clique le pênofte èiantpeu I

CH E «evètu, le cboc des corps étrangers VaUfede plus fortement. H en eft âc même du périofte de U barre du cheval , & fans doute la lenfiition eft la néfiie*

Comme la nanirea mis des nuances & des vap nations dan» les formes de touts les corps de la même dafle , les barres de touts les chwux ne ie reOembleor point ; & quoique coaroofèes également , la fcnfibilîtèvarie comme les fermes, parce que Vaccès eft plus difficile à la douleur dans les unes , âc ^ue les autres font affedèes phis promptemenc. Si la barre efl tranchante, élevée 8t peu couverte de chair, alors le périofte n étant pas défendu » une légère preffiondu mors v excite une fenfadon fuffifante : fi au contraire eue eft ronde , enfoncée & charnue , on parvient avec .pc^ a opérer fur elle la fénfation requife. U partie fenfr ble de ia barre n’a pas toujours h mwne diretbon , fa conformation varie : maïs c*cfl roujours le tranchà iH qui renfcirmç la ponîon la plus déhcatc. Les jeunes cA*vtf«c n’ont pas la bouche plus fenfible que dans l’âge plus avancé : s’ils retufent le mors en commençant , & s*ils le coûtent dans la bnte , cela ne vient nullement du fond de la bouche. Ceft par h douleur fineulière qn’en’ftiit éprouver au chtvai an’ moyen de la preffion du mors , «u’on parvient à le dreffer : mais il faut fçavoir employer à propos cène fenfatîon. Si pour, arrêter la fougue d’un poulain on fe fervoit de cet inftrument» la douleur feroit fi vive, que ranimai, ne pouvant la fupporter, fe jeneroit , pour 1 éviter , dans de très-grands défordres : aufli fe garde-t-on de 1 afinjcttiravec le mors. Devenu plus fort & plusfouple , a le reçoit avec moins de peine , ^rce qu il peut éviter la douleur par robéiffancc. Enfin , lor^u il eft bien dreflê , Ule goûte & fe plaît à le mâcher, parce qu’il n’en éprouve aucune peme : en voici la L’animal , encore brut , veut éviter la dodeur, & pour cela il fait des efforts & fe rejette fur une panic éloignée & oppofée k cette douleur. S il a hi force & la faculté de fe teair dans l’attitude ou la fénfation l’oblige i de fe mettre, il s’ynent,& alors il ne fouffre pas : -mais ce n’eft que par art qu’on parvient à l’y difpofer. Si, au contraire, par ignorance ou par foibleffe , il ne peut fuir h preffion du mors , il fe défefoère, & fait tout ce qu’il peut pour forcer l’homme à lâdicrpnfe. Ainfi, pourvu que la barre foit fenfible, on peut tirer d elle tout le fccour* qu^ellepeut fournir pour dreffer un chtvai.

Cependant , fi la barre étoit trop aigue , la fenflbilité feroit alors ttop grande, & elle deviendroit incommode à Thomme , par la difficulté d’avoir la main affcx légère pour foulagcr le chvul. Si , par un excès oppoié, la barre effinfenfiWe , il en coure trop pour y exciter de là douleur, & pour guider animal On peut remédier au premier vice par le travail : car une preffion continue amortit le fentimenti ou dn moins rend lecA«i«/plus difpofti . C H E 79

fupnorter la douleur. Dans le fécond cas , on y remédie par la force du mors. Mais on doit chercher des bouches qui tiennent un milieu entre ces deux qualités ; enforte que par l’ufage elles deviennent veloutées fie agréaoles à la madn de l’homme. De lapofiiiom da Mon.

Le mon excite de la douleur lorfifull efl nui en aâion par l’homme : l’animal évite cette doukor s'il le p^t ^ fie il le petit toujours k>rfi|iie h cavalier travaiUe doucement & (ans précipitation «  «n pafiant par les dentés de preffion les phisim^ perceptibles : c’eft ce qu’on appelle avoir b main douce»

S le mors en lui-même 6c dans l’eut de repos, excitoft de la dtoulcur , te chevattie le reeevroitpa , & fe défefpéreroit „ même avant que de travaiUcn Pouf l’engager à le fupporter ,.il tam donc aue le mors foit le i^n» léger peffiÛè, afin qu’il charge moins bk barre ; qu’il pofe également , enibrte qu’un côté ne foit paa chargé plus que l’autre ; qu’à foit affuré , mais (ans trop de juAdTe , afin de ne point contraindre lès panies , & qufil ne vacille pas , ce qui foroit varier les effets ,. & donneroit de rincer* titude au cAtiW : enfin le point d*apjpui du mors doit porter juAc fur la partie la plus lenfible de ki hàucne ; ce fera un moyen de s’aflurer de fon effet & de le rendre prompt & dune grande v»^ leur.

Cette régie fouflnra des exceptions : dans let bouches trop délicates, en épargnant le tranchant de leurs Narres., on pourra venir à bout de leur donner de Tappul On dit qu’une bouche a de l’ap^ pui lorfqu’elle fupporte l’afluré de 1» main de Fhoaime , 6( oonféquemment une preffion s^ez forte du mors fi>r les barres* L’habitude, ficrexercice bien entendu, donnent ceue perfe£bon anx boue chivûu».

Il ne s’agit pas d’ajufter feulement le canon, dm mors félon nos principes , on doit auffi penferi 1» Î|Ourmette. Elle fera pofée en bon Heu , c eft-à-dire^ ur la barbe, afin jufte pour nepoim balotter, & pas trop pour écorcher le cheval, ii la bvbe efltrepi fenfible , on couvre la sourmene d’un feutre on’ d’un cuir. Souvem la banbe étam écorchée , ie-fitt«val fe dèfole, & n’obéit pu avec précifion : car cette partie a quelquefois une grande fenfihilité» D’ei ^f^ts du Mûrs.

Le ckivàl éprouvé de la douleur ta peint où le mors comprime fes barres, & la force de la compreC^ fion^ eft la mefure de cette douleur , qu’il fmt aveC une promptitude proportionnée ik fon intenfiié , & dans la direâion du point du contad qui lui eft’ douloureux. Dans le cas où plufieurs points éprouvent de la douleur, il fuit le plus grand nfiaT, fans cependant rèfifter an moindre ; enforte que slleft libre, c’eft^^^dire mené avec art,, il obéit à toutes 1er iiBpadfions , fdon * 1er degré de chacune : car il 8 » C H E fe peut faire, 8c il arrive fouvcnt, quilne barre foît ] plus comprimée que l’autre.

Quoique les barres foient Torgane immédiat fur lequel agit le mors, cependant il opère auffi fur touts les aurres membres, parce que fon effet change la difpofition que ces membres ont enrr*eux rfans rétat naturel du cheval ; difpofition qu’il ne Cmt conferrer lorfque fon équilibre doit fe comner avec le poids de l’homme qui le monte. • Le mors dans la bouche d*un jeune cheval lui •ccafionneroit une douleur infupportable qu’il ne .pourroit éviter cpie par des défordres, fi on s’en lervoit indifcrettement avant qu’il ait acquis la force, l’adrefle & Tintelligence qui lui font néceffatres* Quand la vigueur lui fera venue, alors des leçons laéthodiques > fondées fur le méchanifmede fes actions, & données avec difcrédon, le conduiront, par une progreffion infenfible> au point de fouffrir te même de goûter le mors. Dans les commencenents la douleur violente l’oblige àrejetter la mailè fur des membres tro^ foibles pour la fupporter en entier, & trop peu élaftiques pour la pouAer en avant : alors les efforts qu’il fait troublent leur portion naturelle ; & le mechanifme animal, dérangé dés l’enfance, nous laiffe un mauvais cheval^ au lieu d’un bon que nous aurions confervé » fi nous euffions employé la douceur. CeÇ donc fur un theval vraiment bon & afibupli, qu’on j » eu< con< aoitre les effets du mors.

Suppofons un bon cheval d’un âge fait, &— capable de recevoir un mors. Ajuftez>le félon les principes ci-deffus ; enforte qu’il y ait peu dlnter-Talle entre l’état de repos du canon & le mouvement de compreffion par lequel il excite de la dou-Icur. -Sentez les— deux rênes autant également qu’il eft poffible, afin qu’une’barre ne foit pais plus af£eâée que l’autre, & clommencei par une prefion inlenfible, que vous augmenterez par degrés. Dés que le cheval la fentira, il retirera la tète. Augmente ! la preffion, & que là douleur aille « hercher l’animal dans l’endroit où fa tâte s’e^l arrêtée ; alors 9 pour éviter la fcqfation doulooreufe, il rélèvera. Continuez de fertlif-îé mors fur les barres ; la tête du cheval fe’powcra— en arrière : & fi vous ne ceffez il reculera |ufqy’âi et qu’ayant fatigué fes jarrets & fes reins ^ il fiik enfin une pointe, & finiffe par fe renverfeK

Dans touts les chevaux, le mors produiroit <bcceffivement ces effets un peu plutôt, ou un peu Îi » Ius tard : ainfi,’quelque doux qu’il foit, il ne peut ervir, feuU à l’équitation^ Pour, en tirer toute nullité poiïîble, il faut donc en modérer l’aâion, & la proportionner à la fenfibilité & aux forces du ehevai ; il faut en outre, que l’animal connoiffe réperoR, & qu’il fe porte en ^vant pour les jambes. iJïi cheval qui fe décide franchement pour les E*’mbes..d$ l’homme, ue fe défordonne point pour preffioi) du mors^ Il commence » à l’approche de la douleur, par. ralentir fon allure tfilapreffion apgmc/ûe » h eiildve f^i tétç, fon col g fçs, épaules ^ e F-i E

& rejette une partie de leur poids fur leshancheM Celles-ci accoutumées à porter la maffe en avant ^ foiit leurs fonâions fi elles ne trouvent pas dans la main de l’homme une réûfiance, qui ne feroit autre qu’une dmleur nouvelle & plus forte. Le cheyai alors, entre deux douleurs, cédera à la plus violente : il forcera la main, fi l’éperon le chaife trop p ou fe cabrera, fi la main le retient avec excès. Il eft rare, Se même affez difficile, que le mors agiffe également fur les deux barres du cheval. Si une feule barre reffent la douleur, voici l’effet qut s’enfuit : le cheval ^ pour éviter la fenfation^aiffo ordinairement le coté qui eft comprimé, ^pbTte que los de la ganathe appuie fur le haut dt^fier » tandis que l’os de la ganache de l’autre côté s’en éloigne. Si la douleur continue, le haut du col fe plie, enfuite les épaules, ou du moins ies vertèbres dorfales ; & enfin le cheval tourne, parce que toute cette moitié de fa maffe ayant fuccei)ivement reflué jufques fur la jambe de derrière de ce côté, cette jambe lui fert de point d’appuL II eft néceffaire qu’elle fe décharge de fon poids qui la fatigue ; & cela ne peut fe faire qu’en tournant, fuppofé cependant que le cheval foit affez fouple pour le faire ; ^ car fans cela l’animal eft dan^ le defordre. Si après avoir plié le cheval avec un feul c^té du mor^, on lui fait lentir delà douleur de l’autre côté, fans diminuer le premier effet ; alors le côté qui auroit tourné eft arrêté, parce que.l’effet nouveau du mors met obftacle â la progreffion de cette partie » & tout le corps fe plie & s’arrondit. Ceft parle$ combinaifons différentes de ces fenfations » qu’on ’donne à la tête & au col du cheial des attitudes Ce des direâions variées.

L’attitude du cheval, fa vîgieur, fa foupleffc i influent bejaucoup fur les fenfations que le mors opère en lui : mais ces rapports ne peuvent être connus qu’après un long travail & par un taÔ bien exercé. La théorie embraffe peu d objets : la pra ; tique offre des variétés infinies y qu’il eft impombU ’de décrire,

Des propriétés du Mors^ de fa proportiâM avec U fenfibilité des barres.

Puifque c’eft par la fenfation d’une douleur modifiée & dirigée à propos, que nous difpofons à notre gré les aiflérentes parties du corps du chtval^ il eft néceffaire d’avoir une machine qui fixe le îen-’ timent à un endroit déterminé, afin que la netteté & la fimplicité des opérations produiient des effets précis qu’on puiffc connoStre. Ceft pour cela que tes écyjrers fe fervent du mors tel que nous l’avons, préférablement à touts les autres inftruments. Les anciens, & peut-être encore bien des modernes, accordoient une grande propriété au mors : auffi en ont-ils fiibriqué de bien des efpèces. . Pour moi, je crois que ce n’eft qu’un moyen fecoodaire, .& que les véritables propriétés du mors fe trouvent dans l’affiette, dans la main, dans les Jaiii^bei <f un bon écuyer. I^oiurvu que le mors pofe bien.

CHE bien, que les parties foiç^it bien appropriées i îa conforoiarion de la bouche, & que fou effet ne varie point, je fuisperfuadé qu’un habile homme tirera —parti de tout mors en remployante propos^ ï-e mors le mieux ordomié ne communique pas l’art de bien afibuplir le cheval, & de le placer dans des attitudes qui ne répugnebt point à la nature. Aind Fart d’emboucher le cheval eA vraiment celui de le dreflen

Il n’y a perfonne^ pour peu qu’il foit terfé dans la cavalerie, qui i^ connoiffe toutes tes panies du Jnors 9 & tes procédés vulgairementemployés pour l’ajuiler^ U eA donc inutile d’entrer dans des détails %u^-on, trouve par-tout ; j’y renvoie le leâcur : je me contente 4e Uii dire ici que, dès qu’il aura trouvé le point de fenfibilité de la bouche dje Ton cheval, tout mors lui fera bon, pounru qu’il fâche travailler proportionnellement à cette (enfibilité. S’il n*eifcite p^s de douleurs exceflîves, , & s’il fe conduit félon les bonnes cégles » il donnera un bel appui à fon cheval : c’efi ce qu’on defire fur— tout, Sf. ce qui cend l’animal agréable à monter* Un bon cheval^ft bien embouché avec toutsles snors qui ne font pas durs. Mais fi on eu obligé d’avoir recours à un morsdur pour affeoir un cheval dont Itr fond d£ la bouche eil bon & fenfible, c’eA une preuve de la foibleffe de fes reins, &im. avis de ne point excéder leur pouvoir. Je confeille cependant de proponionner la force du mors à la fenlibilité primitive.de la bouche ; car û elle eft dure par elle-même, on ne réuffiroit pas avec un mors doux Ainfi, pour règle générale, on doit regarder comme bafe de tout^ b douleur mo* dérée c|ue le mors excite fur les barres lorfqu’on le fait agir.

L ufage du bridon eft unîverfel pour les jeunes chevaux. Comme Ton appui n’eft point (ixc, &. qu’il porte fur les lèvres plus que fur les barres, il a un enet moins erand & plus proportionné au peu , de force & de louplefle de ces jeunes animaux* Mais auffi il n’y a jamais d’appui ni d’aHurance dans les chevaux qui n’ont été dreflSs qu’avec fo/i fecours. Certains cavaliers croient, en l’employant à touts propos, même avec de vieux chevaux, ménager la bouche ; }s fe trompent : en craignant de la gâter, ils ne la forment pas.

On doit éviter fur-tout de fe fervir du mors & du bridon fout à-la-foi$ ; leurs effets font bien diâe<^ rents ! ils fe contredifent même ; car le bridon enlève le bout du nez, & le mors, avec de l’appui, Iç fait baiffer. Les écuyers, qui s’en fçrve ; it, rc— • li^ennent un temps 4e Tun, & rendent l’autre, & ainfi alternativement^ Mais je n’oferois approuver ce travail : il vaut mieux employer J’un des deux tout feul.

Plufienrs auteurs ont écrit fur l’embouchure : celui de tous qui raifo ; ine le plus conformément aux loix de4a nature, efl M. le Baron de Sind. On fera très-bien de le lire. : il dit beaucoup de chofes Qjuj ont échappé aux autres écrivains. Il m’a dif «  £^uitatîon, Ef crime iS » Danfc.

CHE 8i

’pcnfé d’entrer dans des dèfînitio/i$ qu’il a très-bien données ; ^ on voit par fon ouvrajge qu’il a un grand talent pour la cavalerie.

J’exhorte auifi à lire ce que dit M. Bourgelat à r^i/ticle de Ja bcuche, dans fon premier volume des Eléments d’Hypiatnque : il explique bien des chofes Utiles à (ifavoir. Je recommandé en gçnéral, à ceux qui ont du goût & du jugement, de ne point ncgii* ger-la leôure ; un livre enfeigne ce qu’un autre n point dit.

fie T appui du Mors »

texerdce modéré & donné félon tes reg(les augmeme les forces de l’animd, comme les bonnes leçons augmentent fa foupleée & fon adreife. Dés qu’il eft arrivé au point ne ne pi us peiner dans fon travail, d’obéir librement, & de (e foutenir tout feûl dans l’équilibre qui lui convient, le mors qui lui.avoit occafionné tant de fouflra, nces lui devient agréable, parce qu’il peut éviter la douleur en obéiiTant, oc qu’il eft aûTez vigoureux pour pouvoir le faire. Alors le mors ne fait plus que pofer fur les barres ; fon poids feul ^’y fait fentir} & il ne les comprime plus avec douleur. Tant que l’animal eft bien mené^ fournis à des ordres raifonnables, une bouche ainfi focmée, a un appui léger fur le mors, & la main du cavalier ne porte que le poids des rênes : le moindre mouvement fufRt pour avertir le cheval qui obéit fans défordre. Tel eft ordinai «  rement l’appui des chevaux de légère taille, & qui ont de la gcntillefle. Mais tout agréable qu’eft cet appui, il a i’incoonnodité d’exiger une grande attention & une grande légèreté dans la main du cavalier, qui fans cela pourroit donner des i-, coups qui nuicoient à la bouche. C’eft pourquoi nous préférons un appui ferme & doux. Une bouche bonne Ïl loyale ne ^*étonne point d’une preffion fone, pourvu qu’elle foit fuivîe par progreftlen : mais elle ne fe rencontre que dans un bon cheval, & fur-teut dans celui qui eft bien raÀ femblé. jLe cavalier qui mont.e un cheval doué de ceue perfection, éprouve la même fenfation que s’il fepofoit fur du velours, il eftaffeSé agréable* ment ; & le cheval qui ^ cet appui, c^uoique fenfibl. eàla douleur^ ri*en eft point iittemt promprcment, mais feulement par des à coups ou par des contre-temps. Le cavalier peiut aftlirer la main, il n’a point de défordre a craindre ; au contraire le ctieval fe raffemble très bien, & fe trouve plus en force. Sa boup he écume ; il cafte la noifetce, çpmme on dit, ^ témoigne par la beauté de fon attitude qu’il fe plait fous fon catalier. f^xx contraire Iprfque le cheval pèfe fur le mors, de forte que le cavalier ait peine à lui placer la tète oii il le defire, c’<ft un appui ferme ik dur. Si Iç cheval eft bon par lui-même, on pourra le rendre plus léger, & avec le temps plus agréable. Mais s’il manque de reins & dejarrets, il fera toujours jrès-pefant & fans gcntillefle.

Il y a peu de bouches auxquelles on ne don »

ti CH E de Tappui, fi le cheval eft bon, pourvu qu*oii le nette dans le degré d^équilibre qui lui convient. En de-çà & en de-là de ce point, Tappui vrai & agréable n’exiAe plus. Formez donc l’équilibre du cheval > & confirmez— le dans les leçons d’une bonne école, alors vous forcerez fon appui. Uy a des hommes qui n’enfoncent jamais leurs chevaux » & qui j ne les réduifant oas à TobélAïnce la plus exaâe, ne font, pour ain(i dire, qu’effleurer leurs fenfations. Ces fortes de chevaux n’ont jamais d’appui, & font toujours prêts à fe défendre dés qu’on leur demande quelque chofe de nou «  ye ; iu. Us n’ont qu’une petite routine, & point de (buplefle ni d’aplomb : on ne faurott les dire dreffés, ni dans la main. Sous prétexte de les ménager on ne leur apprend rien.

On doit s’attendre qu’on ne conduira le cheval à l’appui qui lui vient fous l’homme, que par la douleur. Ainfi il faut fe réfoudre i lui en occafionner » en prenant les tempéraments néceflaires pour qu’il ne le défefpére pas. On y parvient en relâchant fon travail dés qu’on s’apperçoit que la douleur devient difficile à fupporter : infen(iblement& par degré on gagne le cheval bien plus furement (]ue par un travail brufque & force. En proportionnant TefFet du mors à la tenue de la main, au degré d’enlevé que le cheval peut fupporter, on lui donnera de l’appui, pourvu qu’il n’y ait rien de rade dans la main : car un à-coup qui exciteroit une douleur vive, détruiroit l’appui.

Dis flancs du cheval » & de leur fenfibilité. —Toute la peau de l’animal efl fenfible » mais elle l’eft bien davantage dans les endroits où elle efl plus mince, & ou elle couvre des parties aponévrotiques. La peau des flancs eA ainfi conftituée, & elle eft tellement fenfible dans certains clievaux yqu^ils ne peuvent fupporter l’approche d’au* cuns corps étrangers, & qu^ils font toutr leurs efforts pour les repoufler. Cette fenfibilité varié de degré dans touts les fujets : les maladies, la fatigue 9 amortiflent le fentiment, comme la fanté & ]a vigueur Taugmenterit. En général, cette fenfibilité eu bien moindre que celle de la boudie ; & on peut dire que le cheval ne fent point de douleur 9 à moins qu’o’n n’entame les téguments avec l’éperon. Si ranimai a quelquefois été pincé vîeoureufement, la moindre approche d’un corps étranger lui fait appréhender la douleur qu’il a reflentie précédemment : fans cela il fupporte patiemment ce qui le touche. La répétition fréquente du châtiment rend le cheval fi fenfible » qu’il devient difficile à calmer : auffi a-t-on foin de le jnénager.

Ceft par le moyen des jambes & par leur approche des flancs, que le cavalier fait naître ce fentiment dans le cheval* La vivacité avec laquelle rhomme le touche, & la fermeté plus ou moins grande de fes aides y produifent des fenfations diA ftrent « s. Une jambe qui s’approche mollement fans CHE

afliirance & fans pofition, ne fait que chatouiller le cheval, elle llnquiéte & Tincommede ; alors il ne répond pas avec exaâitude & précifion à ce (ju’on lui demande. Ceux qui ont toujours la jambe molle & relâchée » viennent diflkilement h. bout d’ « nfoncer leurs chevaux & de les réduire ik une obéiflance complette » parce ^ue l’aide varie &efl elle-même incomplette.. D’ailleurs avec de telles aides il « fl à préfumer que Thomme n’a pas une grande fixité de pofitîon. £eux au contraire qui, avec le même vice dans leur attitude, biffent échapper par à-coup des jambes dures & mat dirigées iur le flanc du cheval, le furprenant par’ une fenfation & une douleur fubite » ne peuvent communiquer aucune aide fuivie, & même fonr repouflés avec vivacité, parce qu’un corps trésélaffique eft « ’epoufié plus vivement qu’un autre, * s’il choque une mafife confidérable ; & aflurément la jambe roide de l’homme efl plus élafliqùe dans ^et état que lorfqu’elle eft molle*

il faut donc, pour produire des effets certains ^ chercher un milieu entre la difpofition molle & inaâive de la jambe, oui, en fe collant au corps » s’applatit & n’a plus d aAion à elle » & la roideur qui l’en éloigne à proportion qu’elle s’en approche* Pour cela, la cuifle & la jambe doivent avoir acquis, par un long travail, une oofition afltirée ; cette suTurance vient moins de l’acKon des mufcles qui touchent le cheval & font approcher le » cuiflès l’une de l’autre, que de leur propre poids & d’une attitude qui provienne d une bonne affiette* La belle affiette » en fixant le bas du corps, laifle à l’homme la faculté d’employer fes jambes à (oa 5 ré : alors fon goût & fes connoiflânces le décient. Toutes ces aides qui fe donnent en étendant la cuifle & la jambe, & en baiflant le talon, fi d’ailleurs la pofition eft bonne, ces aides, dis-je » font meilleures que celles qui proviennent d’une jambe fléchie & molle. Dans le premier cas » lai )ambe étant ferme fait céder le cheval quif fentant une preffion forte, craint le châtiment » & fuit avec promptitude & fans réfifter. Dans le fécond cas y il ràGfte au contraire, parce qu’il n’eft touché que par un corps mou, dont l’aâion fe confond avec la réaâion, & ne lui fait rien craindre de fâcheux. Cherchez donc dans les mufcles de la jambe & de la cuifle, un degré de tenfion qui foit tel que le cheval ne réagifle pas contre, & qu’il cède à fon approche : fon obéiflance vous charmera alors » Arrivé une fois â cette manière de faire, vous goûterez les vrais plaifirs de Téquitatlon. On parvient par-U à donner aujcheval une fenfibilité quî fe perfeâionne fingulièrement, au point que la preffion la plus léeere de la cuifle ou du genou efl fuffifante pour 4e niire agir.

La jambe de l’homme » employée feule » n’a que trois effets. Par fon attouchement léçer, elle tait entrer en contraâion les mufcles qu elTe a appro* chés, & elle accélère leur mouvement. La preffion devenue un ^eu plus forte range uo peu les liaiv .

C HE r nos, ou plie le cheval sll eft roupie. La preffion •—.îcore augmentée fait tourner I9 croupe & la Jette en dehors. Combinez ces aftionj, faites-les fuccè^^f ^ « * unes aux autres ; mélangez-les avec le travail de la main & de l’affiette > §t vous aurez toute 1 equitatîon.

Si vous approchez les deux jambes bîeA égales, vous accélérerez la marche de la croupe, en faifant contraâer vivement touts les mufcles du bas-ventre ; & alors Tanimal ponera fes jambes fous le ventre plus qu’auparavant. La main déterminera enfulte ce que ranimai fera ; car celle-ci doit précéder & accompagner les aâions des jambes* Touts les travaux de Téquitation dépendent de la combinaifon de ces quatre opérations ", fur lefquelles nous nous étendrons plus amplement dans la deuxième partie de ce fécond livre, parce que la pratique fera connoitre, plus facilement que la théorie, leur u£ige & l’emploi qu’on en doit faire. J^f la bonne attitude des parties du chtvâl, démontrée par Uurftruàtue anatomique.

Le cheval ne fert réellement i Thomme qu’autant qu^ eft obéiffant à tes moindres ordres. Mais pour cela il faut qu’il foit fouple & difpos ; & il ne le deviendra jamais fi on le met dans des attitudes contraires à fa conAruâion, ou dans lefquelles il foit gêné.

L’attitude & raflbupliflemènt du cheval dépendent l’une de l’autre & marchent enfemble. Par le choix de la bonne attitude, nous le mettons en forcé ; & par l’aflbupliflement » nous donnons à fet membres tout le degré de mouvement que la nature leur a accordé, mais qu’elle laifle à l’an & àl’indvftrie à développer. Chaque articulation joue plus ou moins, félon la longueur ou la brièveté de les ligaments, ou bien encore félon le peu de jeu des mufdes que l’exercice n’a point encore développés, ou que la nature a mal conformés* En chercham k développer ces mouvements 9 on doit craindre de difloquer les membres. Ceft ce qui arriveroit certainement fi on vouloir étendre leur jeu avant que d’avoir placé le cheval. Ceux qui trottent vivement les jeunes chevaux avant que de les avoir dtfpofés par la bonne attitude, les minent & les énervent en peu de temps. Ceux au contraire qui ne prefTcnt leur allure qu’en raifon de leurs forces & de leur èquifibre, parviennent à les drefler y à les rendre agréables, oc à conferver leurs membres bien fains. 11 eft vrai que cela n’eft point aifé, & que c’eft le fruit d’un ta&bien sûr oc des connoiflànces les plus certaines. La bonne atdtude eft déterminée par la conftrufKon & le rapport des membres du cheval entre eux ; & l’affoupliffemept eft fondé fur l’ufage fuivi qu’il fait de toutes fts articulations, félon les loix de leur mèchanîfme.

Les détails que nous avons donnés fur les alluyes du cheval, fourniflent des motifs qui règlent le travaîL Notre but aâuei eft 4ç démontrer que laj G H E 83

natiire

^ù en tendue nous fert toujours de gmde ^ & que nous’la confultons plutôt quelle caprice & la fantaifie.

Celui qui connoit & emploie e$ attitudes con «  venables au cheval, qui fait lui faire exécuter touts les monvemems poftibles dans toute leur étendue, & qui ajoute à cela la grâce dans fon attitude & dans celle qull donne à l’animal » eft véritablement un homme de cheval. Mais s’il n’a que de l’habitude, un travail embrouillé & peu réfléchi, s’il ne s’occupe qu’à faire des chofes extraordinaires & éloignées de cette bel|e fimplidté de la nature » il ne mérite certainement pas ce titre. Le vrai talent confifie à faire de belles chofes, mais avec difcemement & avec raifon:celui donc qui, pour quelques beaux inftants propres à furprendre iles ipe£bteurs peu inftruits » facrifiera les forces & la bonne volonté du cheval, bien loin d’acquérir da la réputation, la’perdra dans l’efprit des vrais coo* noifteurs.

Du cHgvjtL. ( De Bohav) »

.Jettonsuncoup^d’œil furl’efpéce & la quantité dès chevaux qu’on vient offrir aux écoles oc deftiner au fervice.Ce ne font plus ces poulains fiers, gais & vigoureux élèves de la nature, ce font des animaux lâches, trifles, mous & défigurés, portant déjà toutes les marques de la domeftitité, & le plus fouvent même mutilés par la cruelle ignorance de leur maître.

On oublie que l’éducation de nos haras doit imi « ter celle de la nature ; on y méprife fesfoix fi fimples & fi (Qres » pour recourir à des méthodes confacrées par une antique ignorance, ou plus mal* heureufement encore par les frivoles raifonnè* ments de l’art conjeâural de l’hypiatri^e. Au(fi, que de fujets tarés, que de poulains deprifés fortent de ces établiâ*ements élevés à grands frais. L’homme aura beau raifonner, tant qu il cherchera à corriger la nature au lieu de l’écouter, de la fuir vre & Paider, il fera dans le chemin de l’erreur. Non-feulement nous fommes en faute envers h nature d&i la copulation du mâle & de la femelle, mais même avant 9 par le choix que nous faifons des pères & des mères dont on veut tirer de la race. La fi^re & la taille de l’étalon font les deux feuls objets qui nous occupent. L’âge eft compté pour rien ; il fuiiit qu’il puifle fervir pour qu’on n’y fafle aucune attention ; fes qualités, fa vigueur, fon épuifement, toutes ces chofes ne font point remarquées ; elles font pourtant plus eflentieUes aue la figure « car nous rencontrons à chaque p^s ne beaux & mauvais chevaux; mais je veux que l’étalon foit bien choifi > mi’il ait toute la videur & les qualités requifes, le lervice du haras en fera indubitablement en deux ans un fort mauvais cheval • qui ne produira plus qu’une quantité de roffes. Pour entretenir cette vigueur, qui doit être tranfmife à fa race, il faut que le cheval mené une vie qui la lui confçrve, le travail lui eft parti » Lij 84 C H E culièrcttenijiéceflâîre ; ccpeiulant , ^aiu tarais nos haras , il n’en fait point , car on ne peut donner ce. «om à quelques tours qu’on lui &ic faire une fois ^ ou deux par femaine au bout d’une longe & fans être monté ;^ le cheval ainfi gouverné peut à jufte titre perdre le nom de cheval , car il n’en a plus les 3ualicés , pour prendre celui d’étalon ; aufli le degré e leur valeur eft-il toujours oiefuré par ta quantité de juments qu’ils font en état de faillir chague faifon , & par la promptitude avec laquelle ils fervent les juments qu’on leur préfente. Echauffé par les aliments , provoqué par les juments qu’on met auprès d*eux , ils femblent acquérir touis les jours plus de qualités pour la génération , mais l’art efl ici en déhiiit , la nature eit toujours la même , elle perd indubitablement en qualité ce qu elle paroît gagner en quantité.

Les anglois , plus amateurs & plus vrais connoiffeurs que nous en chevaux , nous donnent à cet égard un exemple qui de vroit pourtant nous frapper ; ils recherchcnr afvec grand foin les étalons qui (e font diftingués dans les courfes , ils ^chettent à des prix extraordinaires la permiiHon de jEÂÎre faillir de bonnes juments par ces chevaux ; aufll rarement Teffct trompe-t-il leur attente ; file poulain arrive à Tâge de cinq ans fans accident , il leur regagne ordinairement bien au-delà de ce qu’il coûte 11 eA. indubitable. Que les qualités fe perpétuent , elles devroient donc déterminer dans le choix des péres^^

On ei^ encore moins délicat fur les mères ; pourvu qu elles ateni un bon coffre > c’eft à-peuprés la feule qualité qiioa recherche» foiem-elles vicieufes , tarées , lâches & molles » eftropiées saéme ; c*eft au haras qu’on les relègue ; il eft rare d’y voir des juments qui noyaient pas été envoyées pour quelqu’une de ces caufcs : on les fait fervir par un étalou frais, ou fatigué , pourvu qu’elles retiennent » c’eft tout ce qu’on demande. Pendant le temps delà portée» il n’eft point queAion de l’exercice de la jument, enchaînée dans une écurie quelquefois trois mois de fuite , d'autres fois tour> m^niàe par un travail qui l’échauffé , fonvent mal nourrie ; enfin elle met bas , & donne prefque toujours^un poulain qui n’a pas même la fieure de fon père. Ces animaux ne font pas plutôt nés , qu’on leur circonfcrit un terrain, dont les bornes étroites ne permettent pas à leurs corps & à leurs membres de faire de l’exercice & de fe développer ; c’efl ordinairement le cercle jufle quieâ abfokimem oéceffaire h la nourriture de la mère, nourriture mal (aine , par cda même qu’elle eft renfermée dans un trop petit efpace y qui ne lui permet pas de la choifir.

Ceft dans ce régime de vîe qu’on emretîem le poulain , )ufqu’à ce <çie , quittant la mamelle , on le fépare , on l’enchame à Técurie ; ou , s’il refte .dehors, des cordes, des diaîDes même, lui lient ]es jambes, de peur qu’il ne les exerce : c’eft peu encore de s’pppofer au développement de la na* .c H E

ture , Il faut que h plus cruelle dFc$ opératî^iï» vienne l’étouffer : à dix-huit mois on coupe le poirlain , c’eft le détruire avant qu’il foit né : aniK ^ dés cet inAant , porte-t-il touts les fignes de ta foibleffe qu’il confervera pendant fa vie , l’encolure ccffe de groflîr , les mufcles ne prennent point ces formes quarrées & deffinées qai annoncent la vigueur du mâle , les poils font longs , îl en refte beaucoup aux jambes, les crins , au lieck de devenir liffes , brillants & ondulés , reffemblentà des étoupes : enfin , Tâge de le vendre arrive , & on nous amène ces btigues défigurées pour nous remonter. Ne reviendrons • nous jamais dîsr . cette ancienne & bizarre méthode européenne , de hongrer les chevaux, & de détruire ainfi la moitié de leur force & de leur courage ? L’expérience a. beau nous démontrer tous les jours qu’il n’y a que les chevaux entiers capables de faire ces travaux exceffifs du roulage des poftès , des rivières , Se. ; pour le métier de îa guerre, qui ne demande WB moins de force & de réftftance , nous ne nous fervoasque de chevaux hongres y. parce que d’an* ciens préjugés nous font fuivre une ancienne routine : que d’accidents , dit-on , il arriveroit ? mais en Perfe , mais en Arabie , ou ce barbare ufage efl inconnu & plus prés de nous encore , ta cavalerie Efpagnole, comment fait- elle ? (es chevaux (bnt-il» d’un autre acabit que les nôtres , font-ils moins propres à la génération ? cependant on les contient-^ on les maîtrife > & il ny a pas plus d’accidents ^ Sas plus de jambes caffées en Ef pagne qu’en FrancCn lais , pour prj3uver qu’il y a fur cet objet autant de préjugés que de raîfon , il y a vingt ans qu’on n’auroit pas ofè, dans Paris , atteler fon carrofle de chevaux entiers , on difoit auffi , que de rifques à courir fi on rencontre des joments ^ aujourd’hui il n’y a point de femme qui ne morne avec fécuritè dans un carroffe attelé de chevaux entiers ;& point de cocher qui ne fe range dans une cour d’hôtet ou de fpeaacle avec confiance , à fon tour , & ians s’embarraffer fi la voiture qui favoifine eft attelée de juments. Ne voit on pas chez le roi , 8t dans toutes les académies, ces chevaux les uns à côté des antres , tranquilles dans les rangs ou files des reprifes de manège , quoiqulls foient les trois quarts du temps montés par des cnfans ou des jeunes gens , qui n’ont nulle habitude des chevaux. Quelle objeéTion rcftcra-t-il donc à faire ? Les troupes voyagent & rencontrent des juments. Je répOQS. En vous fervant de chevaux entiers , vous multiplierez bientôt l’efpèce , & la coiifom»maiion deviendroit moindre , parce qu’ils rcfifteroient davantage à la fatigue* Les juments feroient prefque toutes reléguées chez le cultivateur oa dans les haras. D’ailleurs , les Efpagnols ne voyagent-ils pas ? les ’Touliers ne paffent-ils pas Icuir vVe fur les grands chemins & dans les auberges ’, & ne rencomrent’ils jamais de juments ? Tel eft l’empire de l’habitude , que les réformes wlesprojets les plus fimples &lesvptus miles font e H E di’dsiietiés ou tournis ea ridicule. Avant le maré-r chai de Saxe, on croyoit împoffible de faire mar* cher rinfanterie enfembie & alignée ; on faifoit battre des marches qui ne (ervoient qu*à faire du bruit 8c à s’étourdir. U fut le premier qui dit qu’il falloit la faire marcher en cadence ; cela éioit fi neuf, qu’il prévint qu’il paroùrqit^ extravagant en faifant une pareille progofition : il en eA de m3me , je paroitral peut-être extravagant, mais j’opinerai pour que la cavalerie foit montée fur des chevaux entiers , qu’elle foit exercée touts les jours, qu’elle encrepi^nne des marches qu’on appelle aujourd’hui forcées ; & qu’on l’habitue à paner les plus maurais pas» & même à fauter & à n-anchir des obAades qui l’arrêtent aâuellement.

Mais revenons aux caufés fécondes de la foiblcffc de notre cavalerie : le cheval , livré à l’écuyer , ne tombe que trop fouvent entre des mains barbares , qui achèvent fa deAruâion ; rien de Cl dangereux qu*un artifte ignorant, tl fe trompe avec méthode , & s’égare avec entêtement ; telle cfl une grande partie des geps qui font le métier de dreiTer des chevaux 5 incapables , pour la plupart , de donner des définitions juftes des opérations les plus fimples de fart qu’ils veulent profefler. Qu’on ouvre nos traités d’équitation , & on verra par- tout la nature forcée & contredite ; que de milliers de chevaux eftropiés & ufés , avant d’en trouver un capable d’exécuter les tours de force que nous ont donnés MiM ; de NeucaAle » la Guériniére , &c.,fous les noms baroqutîs de pajfades , terrera’ tern , pcfadts y méiair ^ ballotade , pas & U f^uty féilciit» , répoloriy &c. Ceft de ce jargon minutieux dont je prétends fur-tout me préferver dans mon école ; les chevaux ne connoîtront point d’allures artificielles , & j^appliquerai toutes les reffources de Tart à perfeftionuer celles que la nature leur a données.

Afin que rien ne nous échape -y & pour fuivre . la même marche dans, cette féconde partie que dans là première , nous fuppoferons un cheval à drcfTer , & qui fera cenfé être çnirt les mains d’un homme de cheval , duquel nous décrirons la façon de fe conchiîre ,pour parvenir furement àfon but* Van de driffir Us chevaux.

Nous avons dit qu’on appelle cheval dreffé , on mXs , celui qui connoit les intentions du cavalier au moindre mouvement, & y répond auffitôt avec juAeflc , force & légèreté.

L’aâioR méchanique des bras & des jambes de l’écuyer, fur un cheval , n’cft pas fufHfante pour le drefler & lui donner légèreté , fagefTe & force. Il faut aue plufieurs foins raifonnés concourent à ce but. ^uppofoosun cheval entier , fain , fort & vi«  goureux , tel qu’il en fort encore des haras d*Efpagne, oudes (orh.^ des Pyrénées. Ce n’eil que pir degrés qu’il faut le faire pafler au nouveau genre de vie auquel il eft defliné : accoutumé juffu’à l’âge de quatre ans 6c demi > cinq ans , à la C HE Uy

liberté des prairies » c’eA prefque faujours avec dèfe|poir au’il fe voit enchaîné dans une écurie ; Tinaâion ou il fe trouvé , le changement fubit de fes aliments , doivent opérer une révolution dans fa nature, dans fon humeur & dans fes forces : il faut donc éviter les Inconvénients qui doivent na«  turellement s’en fuiVre. U reçoit les premières le-ÎioRS de fagefle & de douceur du palfrenier au3^ oins duquel il eft’ confié : c’eft à l écurie où on doit le préparer aux leçons du manège ; il n’efi pas indiffèrent qu’il foit confié aux foins d’un homme doux , ou brutal ; tout ce qui peut entretenir la famé & la vigueur du cheval , tel que le panfage , la nourriture réglée , &Ci doit être pratiqué aved une exaâitude fc^rupuleufe ; il ne fufEt pas que ceux qui ont foin des chevaux les aiment , il faut qu’ils foient forts , adroits , & accoutumés à les manier fans les craindre ; car on les rend vicieux par timidité iSc par mal-adrefTe auffi fouvent que par brutalité : je m’arrête fur toutes ces recomman^^ dations , quelques minutieufes qu*elles puiiTent pa«  roître , parce oiie l’expérience m’a appris combien elles étoient efiehtlelles , & que , remontant aujt caufes des vices qu’on rencontre fi communément dans les chevaux , j*ai trouvé qu’ils provenoient fouvent de foins mal entendus , & mal donnés ; c’eft une raifon pour ne jamais donner un cheval neuf à un recrue.

Autant il y a de principes dîf{%rents popr être placé à cheval , autant il y a de méthodes différentes pour dreffer les chevaux, mais lien eft une auili , la meilleure de toutes , ce fera celle qui , par les principes les plus fimples , s*écartera le moins de la nature. D’aprèr ces méthodes , multipliées prefqu’autant que les maîtres , il n*eft pas étonnant de voir un cheval bien mené par un écuyer, & fort mal par un autre , qui quelquefois eft plus favant. Il eft certain , par exemple , que fi on accoutume un cheval à tourner à droite par la rêne gauche, & à gauche par la rêne droite , comme le veut M. Bourgelat, & qu’un autre écuyer exige de ce cheval de tourner à droite par la rêne droite , & à gauche par la rêne gauche , ce dernier trou* vera néceiTairement l’animal rétif, & il foutiendrai’ qu’il ne fait rien , quoiqu*il foit fort inftruit à obéir à un autre fignal. Les chevaux s’habituent à la Ie«  çon qu’on leur donne ; un homme de cheval fait partir fon cheval avec fes jambes , l’arrête avec fes mains , & un poftillon fait partir fon cheval avec les mains.

Le cheval s’habitue au cavalier qui le monte ; il s’accoutume même à fa faufie pofture , voilà d’où vient qu’on voit fouvent un homme mal à cheval ^ bien mener.

Un cheval bien mis doit être mené par tout homme droit à cheval , &^ui fait fe fervir de fe» mains & de fes jambes.

Nous allons montrer que la pofition que nous avons do’nnée au cavalier, la plus commode pour lui , a encore l’avamage d’être b plus favorable k > 96 C H E ranimai» c*cft- à- dire, celle dans laquelle le fardeau de rhomme lui efi le moins incommode $ 6c lui laifle par conféquent le plus dWage de fes forces & de liberté pour agir.

Mettons un cheval en liberté , & examinons fes mouvements & fes allures y la nature une fois connue , nous fervira de loi.

Du mouvement & de U marche du chevaL U eA néceflàire de connoitre les différents mouvements d’un corps , dont tout notre art fe borne à faire mouvoir tes reflbrt^ avec juftefie ; examinons dans fes jeux les plus Amples les loix les plus exactes de la méchanique.

On peut confidérer le corps du cheval comme une machine foutenue par quatre colonnes , dont le centre de pefanteur tombe toujours dans leur milieu proportionnel. Dans l’état de repos , le poids du corps de Tanimal doit être réparti également fur les quatre colonnes , & c’eft auffi ce que î*appelle un cneval raflemblé. Dans Fétat de mouvement, le poids de Tanimal eft foutenu par les colonnes qui fe trouvent pofées à terre. Il ell donc eifcntiel que le centre de pefanteur du cavalier fe trouve perpendiculaire fur celui du cheval, parce Ïu’alors , cesvdeux poids n’en formant plus qu’un » fe répartit proportionnellement fur .les jambes du cheval, & le gène le nïoins poffible. On à toujours regardé les quatre colonnes de cette machine , ou les quatre jambes du cheval , comme le principe du mouvement ; comme dans la marche de Thomme , on a prétendu que les )ambes commençoient à fe porter en avant , & que le corps venoit enfuite fe repofer deflus lorf- ^u’elles étoiènt à terre.

Heureufemcnt la méchanique , fcSeiice démonftrative , & confuUée trop tard , nous a fait voir notre erreur ; on eft convaincu aujourd’hui qu’un petit poids ne peut en attirer un gros , mais qu’au contraire , il eft naturel qu’un gros en attire un petit. En recherchant d’ailleurs le principe du mouvement des corps , on a vu qu’il étoit dans le centre de gravité.

Il eft même étonnant que, fans la méchanique , on ne fe Toit pas apperçu du mouvement naturel de la marche ; il n’y a qu*à voir un homme marcher avec vîteffe , ou courir, on s*appcrctvra bien 3ue c’eft fon corps qui entame le chemin , & qu’il épafle de beaucoup fes jambes , qui paroiflept ne £iire que fuivre , cC qui ne font efieâivement que venir foutenir le coros pendant qu’il chemine. Pourquoi voit-on quelquefois un homme tomber •en courant i c’eft parce que fes jambes n^ont’ pas aftez de vivacité pour venir foutenir fon corps , mi part toujours le premier.

Examinez bien le chetal en repos & d’aplomb , & excitez-le doucemem à fe porter en avaiu , ayez les yeux fur l’avant-main , vous la verrez d’abord €s mouvoir ; puis , comme fi elle entrainoit les ïambes» vous les verrez venir fe pofer fous le I c ft u

cheval , 8e ce fera le chemin plus ou moins con/rdérable quli aurafiitt de fon corps, qui déterminera la jambe à fe porter plus ou moins en avant* Vorlà le véritable principe du mouvement : c’eft toujours par leur centre de gravité que les corps fe meuvent , & lorfqu’on veut mouvoir un corps » c’eft toujours fur le centre de gravité qu’il £iut appliquer les forces. Quelq^’extraordinaire que ce principe puifFe paroitre d’abord à ceux qui étoiem accoutumés à croire que les jambes mettoîent le corps en mouvement , & le faifoient primitive* ment marcher, pour peu. qu’ils réfléchiftnt, & ou’ilsfaflent attention a ce que l’expérience leur démontre fans ceftê, ils s’appercevrom bientôt de leur erreur.

Tout mouvement doit avoir un objet : fi le che«  val chemine, c’eft pour fe tranfporter d’un endroit dans un autre , & fi le cavalier l’y excite , c’eft pour arriver à fon but : c’eft le mouvement que le cheval fiitt pour fe tranfponer d’un endroit dans un autre qu’on nomme marche.

D’après l’objet de la marche , on voit de quelle façon elle doit s’exécuter : nous favons que le plus court chemin d’un point à un autre eft la ligne droite , & que le mouvement le plus naturel à nn corps qui a reçu une impulfion , c’eft de fe mouvoir uniformément , & dans la direâion de la force qui l’y a mis.

Dans la marche , le corps de l’animal doit donc fe mouvoir direâement , c’eft-à-dire , toujours ei3 ligne droite ; c’eft auffi celui dont les jambes s’é* cartent le moins de cette direâion qiû marche le mieux*

Ne confidérons dans touts les mouvements que le point pris pour centre de pefaïueur ; le centre de pefanteur ou de gravité , mis en mouvement , ne peut fe mouvoir qu’à une certaine portée , à la même hauteur & fans fe baifler ; & lorfqu’it y eft parvenu, c’eft le. terme du foutien que les jambes peuvent lui donner fans bouger ; oour lors, elles font obligées de changer de place , & venir reprendre fous lui la même pofition eu’elles avoient avant, afin de lui renouveller la fiicilité de recommencer fon mouvement ; c’eft ainfi que fe meut & continue de fe mouvoir l’animal » dont touts les mouvements font tellement fuivis les uns des autres, que l’œil le plus attentif ne les diftingue qu’avec peine : ces mouvements fucceflift , du centre de pefanteur & des jambes , doivenf avoir un accord & une fucceftion parfaite , fans lefquels le cheval ne feroit plus d’à-plomb , & courroit lifque de tomber. U eft nécefTaire fur-tout que les jambes ne fe ralentirent paU , Qu’elles aient toujours la même gra4ation de vftefle que le corps « ou le centre de gravité , & qu’elles travaillent toujours par le plus court chemin,

C’eft au cavalier habile , à compaflèr les mouvements de fa main qui doivent ralleqtir la mafle ^ & la quantité des aides qui doivent accélérer l’action des jambes ; car s’il n’a pas le iendxtient itt CHÈ •ette exaâc conpenfation /qu’on appelle tâccori dts mains £• du iamhis y il luleft impoflible de mettre un cheval dà-plomb & de le raflembler ; c*eflà

  • dîre , de mettre le poids du corps du cheval fur

le milieii proponioanel des jambes pofant à terre* D*après ce principe du mouvement, bien re-Connu , continuons à confidérer le cheval comme une mafle » dont le centre de gravité doit toujours tomber dans le milieu proportionnel des jambes i qui pofent à ^erre ; & toutes nos opérations ne s exécuteront que fur ce centre de gravité , que nous chercherons à mouvoir avec jufiefle & fureté. Le cheval a différentes manières de fe mouvoir avec plus ou moins de célérité, ce qui le rend fufceptible de différentes allures ; il en a trois , dites allures naturelles , fçavoir » le pas , le trot & le ealop. Rappelle ces allures naturelles , pour les dif* tinguer d avec d’autres que les chevaux n’ont jamais naturellement, mais qu’ils prennent quielquefois, par la manière dont^on les mené, telles que VambU^ it haut p4u , U traqttensrd , &c. Dans ces allures fac«  ttces , le cheval a moins d*aplomb , & n’eft point en force ; auffi s’ufe-t-il infiniment plut&t. Il en cependant des Bidets en Bretagne & en Normandie, qu’on appelle chevaux éf^allura^ quifont beaucoup de chemin avec ces manières de marcher. Mais ces chevaux iont rares , & il faut qu’ils foient excellents pour foutenir ce train , dont nous ne parlerons pas davantage , puifqu’il n’eft connu que des chevaux de payfans , qui ne changeront certainemant pas leur ufage , À qui auroient même tort de le change/ , puifque ces chevaux font fort eôimés parmi eux. Du Pas^

Le pas eft de toutes les allures du cheval la plus lente , & telle qu’il peut foutenir le plus longtemps de fuite : dans cette allure , il n’a qu’une jambe en 1 air , à la fois , & leur mouvement fe fuccède dîagonalement ; je m’explique , la maffe du cheval , une fois en mouvement, ne potirroit plus fe foutenir fi elle n’étoit fecourue : une jambe de devant , la droite par exemple {^fig. i.) fe lève , & va fep<^’ fer en avant , & perpendiculairement au-deflous de l’épaule droite ; en même- temps que le pied droit de devant fe 410/e à terre, le pied gauche de derrière fe lève , & fe rrouve tout-à-fait levé, au moment que le droit de devant efi tou^à-fait pofé ; le pied gauche de derrière , une fois en l’air , va fe pofer en avant , plus ou moi^s , de façon qu’il puiffe donner un ]ufle fupport au centre de gravité du cheval ; en même-temps que. le pied gauche de derrière fe pofe , le pied gauche de devant fe lève, de façQu que ce pierffe trouve tout*à- 6ît en l’air , en méroe-temps quei’autre eA toutifait pofé ; il va de même fe poier en avant & perpendiculairement, au-deffous de Tépaule ; lorfqu’il pofe à terre , le droit de derrière le lève , & va fe poner comme le gauche de derrière, affez en avant pour aider à foatenir le .centre de gravité ; puis , W^u’il le pofe, le droit de devant fe lève« & CHE èr

ainfi fe. reperpétuent fans cefie ces quatre mouve* ments, qui font très fuivis ,& doivent être très* égaux entr*eux , la maffe devant toujours cheminer* On Voit par ce détail , que , dans le pas , la fflaffe de l’animal , ou fon centre de etavité , n’eft jamais foutenu que par trois jambes ^ fur lefquelles il fe meut continuellement , que fès jambes fe Iè«  vent & changent entr’elles, en prop<>rtion de la vîteffe de la maffe. On voit auffi que le mouve* ment des jambes fe fuccède diagonalement,c*eft la feule manière dont le choral puiâe conferver fa folidité ; puifqu’une jambe doit être déchargée, avant que celle qui efi en l’air foit tout-à-fait pofée «  les deux points d’appui qui reftent , étant dans la diagonale , font dans la pofition la plus forte & la plus favorable pour foutenir la maue^ Le pas a différents degrés de foutien & de viteâe.} il efi plus ou moins écoulé & allongé ; nous aurons occafion d’en reparler dans nos leçons ou cette al«  lure fera regardée comme la plus avantageufe , & celle dont un habile maitre doit fe fervir pour finir & perfeâionner un cheval ; je veux dire pour lui donner la finefle de la bouche & des jambes* Le fameux M. de Luberfac ne fe fervoit que du pas pour drefier fes chevaux , il s*en emparoit fit6c qu’ils étoient ce qu’on appelle àébourés ; il les montoit pendant* dix-huit mois , ou deux ans , tou-’ jours au pas, fc quand, au bout d^ce temps, il les mettoit fous fes plus forts écoliers , ils étoieat touts étonnés de trouver i ces chevaux le paiSige le plus cadencé & la galopade la plus écoutée & la plus jufle.

Du Trot.

L’allure du trot eft beaucoup plus vive que celle du pas ; elle en tire fon origine : fi on hâte letheval au pas , on voit diftinâement fes mufcles dor«  faux & lombaires fe raccourcir, les anales de l’arrière-main s’ouvrir avec force , & la mafle fe porter en avant avec beaucoup plus de célérité^ les jam* bes du cheval s*enlèveiu auffi avec beaucoup plus d’aâion,’pour venir au fecours de cette maiie, & la fupporter. Auffi l’expérience nous fait-elle voir , ^ que nombre de chevaux parefleux bronchent au pas, èi fe foutiennent très-bien au trot«  Le mouvement fucceffif des quatre jambes ne pourroit être afiTez prompt pour le foutien de la mafle ; auffi le cheval a t-ii deux jambes en Tair , * & deux à terre , qui , étant placées di^gonalement, fnffifent pour foutenir la niachine en équilibre , pendant que les deux antres cheminent , oc fe re«  lèvent mutnellemeat. Dans l’amble , les deux jam» bes du même côté forment un bipède ; pendant que l’un eft Tair, la machine eft vifinlement en danger de tomber ; car il faut , pour que le cheval puine marcher , qu’à Tinflanc , par exemple , ou le bipède droit eftenTair, tout le poids de fon corps fafle un mouvement gauche pour fe mettre en équilibre fur le bipède gauche, puifque, lorfque le bipède gauche fe lève ,il fiiar que le |K)ids.da corps fe jette fur le droit. (F/ ;. a« Le bercement^ dans cette al- lure, est contraire au premier principe du mouvement, qui est, qu’un corps y étant mis doit se mouvoir en ligne directe, & uniformément à l'impulsion qu’il a reçue. Si quelques corps étrangers viennent à rencontrer les jambes & à occasionner un bercement un peu plus considérable, le cheval tombe du côté du dehors, où il n’a rien qui le soutienne ; cette allure doit donc être rejettée, & regardée comme fausse & pernicieuse. Dans le trot, les quatre jambes forment deux bipèdes, sçavoir, la jambe droite de devant, & la jambe gauche de derrière, l’un ; & la jambe gauche de devant & la jambe droite de derrière, l'autre.

C'est sur ces deux bipèdes que fe meut continuellement le centre de gravité, qui chemine toujours en ligne droite. ( fi^. 3).

Cette allure eu très-vive, & embraffe beaucoup de terrein ; lorfqu’elle eft allongée, touts les mulcles y font dans un grand jeu, c’eA ce qui la fait regarder comme très-propre à aflbuplir & foriifier les jeunes chevaux. Par la pofition des bipèdes, le corps de l’animal y cônferve aifémem fon a— plomb ; c’e(t ce qui la rend auffi moins fatiguante pour lui. Il me refie beaucoup de chofes à dire fur cette allure, mais j’aurai occafion d’y revenir dans les le-Sons qui fuivront, & alors jç ferai plus à même ’être entcndii.

Du Galop,

Le cheval au pas n’a qu’une jambe en l’air ; au trot, il en a deuY en l’air & deux à terre : au galop, il eft un inftant où les quatre font en l’air, c’eft pourquoi cette allure peut être confidérée comme une répétition de fauts en avant, qui s’opèrent, non-feulement par laftion des mufdes dorfaux & lombaires, mais encore par l’ouverture des angles de l’arrière-main, ou le chafTé des parties poftéricures, qui, à chaque temps de galop, fe rapprochent plus ou moins de la ligne verticale du centre de gravité, & enlèvent plus ou moins laîmaiTe jkette allure eft très-fatiguante pour le cherrai, & fon ufage trop fréquect ruine la machine entière, les jarrets fur-tout en f ouffrem infiniment, fi le cavalier n’a pas ce taâ qui forme l’accord des mains & des jambes ; il eft clair, par exemple, 3ue fi dans Tinftant où les angles des parties de errîère s’ouvrent pour chafter la maffe, & le cavalier forme un temps d’arrêt, il rejette le poids du corps de l’animal fur des parties qui ne peuvent le fupporter, & quM force & ruine indubitablement les jarrets de fon cheval r ceci bien reconnu, il efl aifé de voir combien le galop eft pernicieux à une troupe ; puifque, dans Tefcadron, Iç cavalier eft obligé de régler le travail de fa main fur les comrfiandements qui lui font faits, ou pour entretenir fon alignement, & que ces temps d’arrêt ne peuvent preique jamais s’accorder avec l’allure de fon cheval.

Quand le cheval marche à dï-oite, il doit^çaloper fur les jambes droites ^ & quand il marche à C H E

gauche, fur les jambes gauches ; quand on mèn «  un cheval droit devant lui, en plaine ou ailleurs, ce doit être alternativement & également fur les deux jambes.

Un cheval galope fur les pieds on jambes droites, quand la jambe droite de devant, & la j^mbe droite de derrière dépaftent les jambes gauches. ( ^’^’4)•,

Un cheval galope à gauche quand les jambes gauches dépaffent les jambes droites. ( Fig. 5). Un cheval galope faux, quand, marchant à droite, il galope fur les pieds gauches, ou que, marchant à gauche, il galope fur lès pieds droits. Un cheval eft défuni quand èe ne font pas les deux jambes du même côté, qui dépaftent les deux autres, c’eft-à*dire, quand il gaUpe fur le pied droit de devant & fur le gauche de derrière, ou fur le pied gauche de devant, & fur le pied droit de der «  rière {Fig.’6 & 7) ; dans ce cas, le cheval n’eft pas d’aplomb & court un rifque évident de tomber. Il eft eflTefltiel qu’un cavalier connoifte parfaitement toutes tQS a£Hons dans les différentes allures du cheval, & après l’avoir vu, il hm montera poil pour chercher à fentir fous fa partie mobile tout ce que l’œil nous a fait appercevoir ; fans c taft, jamais de finefte.