Epistre tresutile faicte et composée par une femme Chrestienne de Tornay
de Tornay, Enuoyée à la Royne
de Nauarre ſeur du Roy
de France.
Contre
Lés Turcz, Iuifz, Infideles, Faulx Chreſtiens,
Anabaptiſtes, & Lutheriens.
chez Martin l’empereur.
Reſiouys toy terre, car le Seigneur est pour faire grandes choſes. Ioël 2.
Car il a esleu lés choſes foibles & contẽptibles de ce mõde pour cõfondre les grãdes. 1 Cor. 1.
Certes il eſt puiſſant de ſuſciter dés pierres & en faire dés enfans à Abraham. Luc 3.
Et ſi ceux cy ſe taiſent, lés pierres parleront. Luc 19.
A TRESCHRESTIENNE PRIN-
ceſſe Marguerite de Frãce, Royne de Nauar
re, Ducheſſe D’alençon et de Berry :
M. D. deſire ſalut, & aug
mẽtatiõ de grace, par
IESVS CHRIST.
Out ainſi, ma treſhonnorée Dame, que lés
vrays amateurs de verité deſirent ſçauoir
& entendre comment ilz doibuent viure à
ce temps ſi dangereux : außi nous femmes, debuons
ſçauoir fuyr & euiter toutes erreurs, hereſies,
& faulſes doctrines : tant dés faulx chreſtiẽs,
Turcz, Infideles, que aultres ſuſpectz en
doctrine : comme deſia aſſez par voz eſcriptz
eſt demonſtré. Et iaçoit ce, que pluſieurs bons
et fideles ſeruiteurs de Dieu, ſe ſoyent perforcez
au temps paſſé, d’eſcrire, preſcher, & annõcer
la Loy de Dieu, l’aduenement de ſon filz Ieſus
Chriſt, les œuures, la mort, & la reſurrection
d’iceluy : ce nonobſtant ont eſté reiectez, & reprouuez,
principalement dés ſages du peuple.
Et non ſeulement ceux cy : dans le propre filz
de Dieu, Ieſus Chriſt le iuſte. Parquoy il ne vous
fault eſtre eſmerueillée, ſi de noſtre temps voyõs telles choſes aduenir, à ceux à qui Dieu faict
grace, de vouloir eſcrire, dire, preſcher &
annõcer ce meſme que Ieſus & ſés Apoſtres,
ont dict & preſché. Nous voyons que toute la
terre eſt remplie de malediction, & lés habitans
d’icelle troublez : voyans lés grandz tumultes,
debatz, diſſentions, & diuiſiõs lés vns cõtre lés
aultres, plus grãdz q̃ iamais on ne vit ſur la terre :
groſſes enuies, noiſes, rãcunes, malueillãces,
auarices, paillardiſes, larrecins, pilleries, effuſiõ
de ſang, meurtres, tumultes, rauiſſementz, bruſlementz,
empoyſonnemẽtz, guerres, royaumes
contre royaulmes, nation contre nation. Brief,
toute abomination regner. Le pere cõtre le filz,
& le filz contre le pere : la mere contre la fille,
& la fille contre la mere, voyre iuſques à vendre
l’vn l’autre, la mere desliurer ſa propre fille
à toute meſchanceté. Tellement qu’il ny a bien
peu, au regard de tant de gentz qui ſont ſur la
terre, qui vrayement ſçachent comment ilz doibuent
viure, veu telles choſes eſtre aduenues, entre
ceulx qui ſe nõment chreſtiens. Et de cecy
perſonne n’oſe dire mot : car l’vn veult cecy
eſtre faict, l’autre cela : l’vn vit bien (ainſi qu’il
dit) l’aultre mal, l’vn eſt ſage, l’autre fol, l’vn penſe ſçauoir, l’aultre ne ſçait rien, l’vn tient
cecy pour bõ, l’aultre cela. Brief, y ny a que
diuiſion. Et fault neceſſairemẽt, que l’vn ou l’autre
viue mal. Car il ny a qu’vn Dieu, vne FoyEph. 4.
vne Loy, et vn bapteſme. Et pourtant ma treſhõnorée
Dame, vous ay bien voulu eſcrire, nõ
pas pour vous enſeigner : mais affin que puißies
prẽdre peine, enuers le Roy voſtre frere, pour
obuier à toutes cés diuiſions, qui ſont regnantes
és lieux, places, et peuples, ſur leſquelz Dieu l’a
commis pour regir & gouuerner : et außi ſur
lés voſtres, que Dieu vous a dõné, pour y pourueoir
& donner ordre. Car ce que Dieu vous
a donné, & à nous femmes reuelé, non plus que
lés hõmes, le debuons cacher & fouyr dedens la
terre. Et combien que ne nous ſoit permiz de1. Tim 2.
preſcher és aſſemblées & egliſes publiques : ce
neãtmoĩs n’eſt pas deffendu, d’eſcrire et admoneſter
l’vne l’aultre, en toute charité. Non ſeulemẽt
pour vous, ma dame, ay voulu eſcrire ceſte
Epiſtre : mais außi pour donner courage aux
aultres femmes detenues en captiuité : affin q̃lles
ne craingnent point d’eſtre deſchaßées de leurs
pays, parãs & amys, cõme moy, pour la parolle
de Dieu. Et principallement pour lés paouures femmellettes, deſirans ſçauoir & entendre la verité :
leſquelles ne ſçauent quel chemin, quelle voye
doibuent tenir. Et affin que deſormais
ne ſoyent en elles meſmes ainſi tormentées &
affligées, ains pluſtoſt reſiouyes, conſolées, et eſmeues
à ſuyuir la verité, qui eſt l’Euangile de Ieſus
Chriſt. Leq̃l iuſq̃s à preſent a esté tant caché
qu’on n’oſoit dire mot : et ſembloit q̃ les femmes
ne deuſſent riẽ lire n’entẽdre és ſainctes lettres.
Qui eſt la cauſe principale, ma Dame, que ma
eſmeu à vous eſcrire, eſperãt en Dieu, que doreſenauant
lés femmes ne ſerõt plus tant meſpriſées
comme par le paſſé. Car Dieu chãge en bien de
iour en iour le cœur dés ſiens. Lequel ie prie
que’n brief ſoit ainſi par toute la terre. Amen.
Defenſe pour lés femmes.
On ſeulement aucuns calumniateurs &
aduerſaires de verité nous vouldrõt taxer
de trop grande audace & temerité : mais außi
aucuns des fideles, diſans, que lés femmes ſont
trop hardies d’eſcrire lés vnes aux aultres de la
ſaĩcte eſcripture. Auſquelz on peut loyſiblemẽt
reſpondre, que toutes celles qui ont eſcript, &
ont eſté nõmées és eſcriptures ſainctes, ne ſont
à iuger eſtre trop temeraires : veu que pluſieurs
ſont nommées & louées és ſainctes eſcriptures,
tant par leurs bonnes meurs, geſtes, maintien,
exemples : que par leur Foy & doctrine. Cõme
Sarra et Rebecca, et principalement entre toutes
lés aultres du vieil Teſtament, la mere de
Moyſe : laquelle nõobſtant l’edict du Roy, a biẽ
oſé garder ſon filz de mort, & faire qu’il fuſt
nourri à la maiſon de Pharaoh : comme amplement
eſt declairé en Exo. 2. Quãt à Delbora,
qui iugeoit le peuple d’Iſrëal au tẽps des Iuges,
n’eſt à meſpriſer. Iug. 4. Ie demande, fauldroit
il condamner Ruth, pourtant qu’elle eſt du ſexe
feminin, à cauſe q̃ l’hyſtoire d’icelle eſt eſcripte
en ſon liure ? Ie ne le pẽſe pas, veu qu’elle eſt biẽMatt. 1.
nombrée à la genealogie de Ieſus Chriſt. Mais Mat. 12.
1. Ro. 10.quelle ſageſſe auoit la Royne de Sabba, laquelle
n’eſt pas ſeulement nõmée au vieil teſtament,
mais Ieſus l’a bien oſé nommer entre lés aultres
ſages. S’il eſt queſtion de parler dés graces qui
ont eſté faictes aux femmes : quelle plus grande a
eſté faicte à creature ſus la terre que à la vierge
Matt. 1.Marie mere de Ieſus, d’auoir porté le filz de
Dieu ? Elle n’a pas eſté petite à Elizabet mere
de Iehan baptiſte, d’auoir faict vn filz ſi miraculeuſement
Luc. 1.
Iehã. 4.eſtant ſterile. Quelle preſchereße
a eſté faicte plus grande que la Samaritaine : laquelle
n’a point eu d’honte de preſcher Ieſus et
ſa parolle, le confeſſant ouuertemẽt deuant tout
le monde, incontinent qu’elle a entendu de Ieſus
qu’il fault adorer Dieu en eſperit & verité ?
Ou eſt celuy qui ſe peut vanter d’auoir
eu la premiere manifeſtation de ce grãd myſtere
de la reſurrection de Ieſus, ſinon Marie Magdaleine,
de laquelle il auoit iecté ſept diables ? &
lés aultres femmes auxq̃lles pluſtoſt ſ’eſt declairé
par ſon Ange, que non pas aux hõmes, et cõmãdé
le, dire, preſcher, & declairer aux aultres ?
Et combien que en toutes femmes y ayt eu d’imperfection,
ce nonobſtant lés hommes n’en ont
pas eſté exẽptz. Parquoy, que fault il tant iaſer dés femmes ? veu que iamais femme n’a vendu ne
trahy Ieſus, mais vn hõme nõmé Iudas. Qui ſõt
ceux là ie vous prie, qui ont tant inuenté & cõtrouué
de ceremonies, hereſies, & faulſes doctrines
ſus la terre, ſinon lés hõmes ? & lés paoures
femmes par eulx ont eſté ſeduictes. Iamais
femme n’a eſté trouuée faulx prophete, ouy bien
ꝑ iceux trõpée (cõbien q̃ ie ne veulx ꝑ cecy excuſer
la trop plus grãde q̃ malice d’aulcũes fẽmes,
oultrepaßans les termes de meſure) mais außi
d’en vouloir touſiours faire vne reigle generale
ſans nulle exceptiõ, il n’y a point de raiſon, cõe
lon faict iournellemẽt : et prĩcipallemẽt Fauſte ce
moqueur, en ſés Bucoliques : leſq̃lles voyãt, certes
ne me puis taire, veu q̃lles ſont plus recõmãdées
et vſitées dés hõmes, que l’Euãgile de Ieſus,
leq̃l nous eſt deffendu, et iceluy fableur eſt aux
eſcholes pour bõ tenu. Si Dieu dõcq̃s a faict graces
à aulcunes bõnes femmes, leur reuelãt par ſés
ſaĩctes eſcriptures, q̃lque choſe ſaĩcte et bõne : ne
l’oſerõt elles eſcrire, dire, ou declairer les vnes
aux aultres, pour lés calũniateurs de verité ? A, ce
ſeroit trop hardiemẽt fait lés vouloir ẽpeſcher :
et à nous faict trop follement de cacher le talẽt q̃
dieu nous a dõné : ꝗ nous doit grace de ꝑſeuerer
iuſq̃s à la fin. Amen.
L’EPISTRE.
E Seigneur Dieu qui deſire tous venir à
la pure et vraye congnoiſſance de verité
1. Tim. 2par vn ſeul moyenneur Ieſus Chriſt, ſans
acception de perſonne, moyẽnant que par vraye
Marc. 5.
Matt. 7et viue foy lon luy demãde l’intelligence d’icelle
ſans vaciller n’attendre que de luy ſeul : auquel
habite toute ſageſſe, prudence, liberalité & vertu :
Eſa. 4.pour abbatre tous ceux qui ſ’esleuent cõtre
luy & ſes membres : le voulans ruyner par tyrannies
Mat. 10.& puißances humaines. Leſquelles ne fault
craindre, puis qu’auons vn ſi grãd Roy & maiſtre :
Marc. 4qui regiſt tout par ſa prouidence et ſaigeſſe,
lequel fera tous ventz, tempeſtes, tumultes, dißentions,
& debatz ceſſer quãd ſera ſon bon plaiſir
Mat. 22
Pſa. 109.
Heb. 10.quoy que ſes aduerſaires viẽnent alencontre machiner.
Car il fault que ſés ennemys ſoyent mis
ſoubz le ſcabelle de ſes piedz tellement que lés
Ethiopiens & Roys de la terre l’adoreront, &
Pſal. 71.
Eſa. 4.ſes ennemys ſe proſterneront deuant ſa face, &
ſi leſcheront la terre. Parquoy ne fault eſtre eſtonnez :
Mat. 24ains prendre courage, quand lon voit
guerres, peſtes, et famines ſur la terre : nation cõtre
nation, royaume cõtre royaume, le pere contre le filz, la mere contre la fille l’vn au champ
prins & l’aultre delaiſſe, l’vn au moulin prins
& l’aultre delaiſſé, l’vn au lict prins & l’aultre
delaiſſe, & tant de ſectes par tout pulluller et regner.
Car certes c’eſt alors que le filz de l’hõme
viendra en grãde vertu et puiſſance, pour rendre
à vn chaſcũ ſelõ ſon loyer. Appellant lés eſleuz
de ſon pere au royaume, qui leur eſt preparé
dés le cõmencement du mõde. Soyes doncques
veillãtz et preſtz en tribulation : car certes
ſerez hays de tout le monde à l’occaſiõ de moy,
menez deuant roys, princes, & ſeigneurs pour
mon Nom, rendans teſmoignage de la verité.
Et ſi en mettront pluſieurs de vous à mort, penſans
faire grand ſacrifice à Dieu. Car pour
lés esleuz lés iours ſeront abbregez. Ie le vous
ay predict, ſ’ilz m’ont perſecuté, außi vous
perſecuteront ilz : le ſeruiteur n’est pas plus
grand que ſon ſeigneur : mais ayez lieſſe & exultation :
car vous eſtes bienheureux quand lés
hommes auront meſdict de vous à l’occaſion de
moy. Prenez bõ courage, car i’ay vaĩcu le monde,
vous le vaincrez. Soyez dõc ſur voſtre garde
et veillez affin que l’aduerſaire ne vous trouue
endormis, rien ne m’eſt aduenu ꝗ n’aye eſté 2. Pi. 3.predict : außi riẽ ne vous aduiẽdra que ne vous
aye eſté predict. Ilz m’ont eu en hayne ſans cauſe,
Iehã 15.
Pſal. 68.
118. 119.außi ſeres vous. Il a eſté prophetiſé de moy,
außi eſt il de vous, il eſt accomply en moy, außi
ſera il en vous. Et pource ie vous aduertis,
que vous prenies biẽ garde : ſi le pere de famille
Mat. 24ſçauoit qu’on luy deuſt gaſter la nuict ſa
maiſon, il veilleroit, & ne laißiroit gaster ſa
maiſon. Et vous, ne debuez vous pluſtoſt veiller,
veu que lés choſes ſont plus grandes, & ſe
agiſt de plus grãde choſe que la maiſon ? ouy
certes, ſi n’eſtes du tout hors d’entendement.
Mais nous ſommes en ſi grande cecité et aueuglerie
2. Tim. 6à cauſe de noſtre auarice (qu’eſt racine de
tout mal) que ne le ſçauõs cõgnoiſtre, & : ſi nous
eſt aßez bien monſtré au doigt ſi le pouuiõs entendre :
quand par faulſes doctrines & longues
oraiſons lés faulx ꝓphetes ont ſeduict et trõpé
le paouure peuple, donnãt à entẽdre qu’ilz ſont
Matt. 7
Luc. 20.
2. Pier. 2
Act. 20.
Mat. 24.
2. Ti. 4.chiſtz et ſauueurs du peuple cheminãs en lõgues
robbes et habitz de brebis, mais par dedẽs ſont
loupz rauiſſants, deffendãs lés mariages, & viandes,
leſquelles il fault prẽdre auec action de graces :
que Christ est icy ou là : qui est doctrine
fort eſtrange, & bien nouuelle. Quand meſme Ieſus Chriſt ne noꝰ en auroit aduerty de nous
en garder, ſi ne lés fauldroit croyre. Car le royaume
de Dieu ne conſiſte en telles choſes : meſmeLuc. 17.
Rom. 14
n’eſt en aucune obſeruation exterieure, ne viſible,
mais est dedans nous : & ſi est paix, iuſtice,
& ioye au ſainct eſperit. Le Seigneur Dieu
ſçachãt biẽ noſtre nature eſtre touſiours prompteGen. 6. 8
Ier. 17.
Ieh. 3.
1. Cor. 2
Mat. 7.
à mal et inclinée à toute idolatrie, à croyre,
recepuoir, & eſuyure lés faulx ꝓphetes, nous
a predict nullemẽt lés receuoir, croyre, ne ouyr.
Non pas meſme quand ſeroit vn ange du ciel,
diſant autrement, qu’il n’est euãgelizé : mais qu’ilGal. 1.
nous ſoit en malediction. Ce nonobſtant n’auons
voulu obeyr à ſa voix : ains auons meſpriſé &Iere. 19.
contẽné ſon ſaĩct cõmandemẽt, et ꝗ plus est, aymé
la menſonge plus que la verité. A cauſe de quoy
nous a laiſſé tõber en noſtre ſens, en noz inuentionsRom. 1.
Luc. 19.
2. theſ. 2
3 roy. 22
Iuges. 9.
& deſirs charelz. Car c’eſt bien raiſon
que celuy qui ayme la menſonge plus que la verité,
qu’elle luy ſoit baillée. Et pourtant que n’auons
voulu receuoir & congnoiſtre Ieſus comme
noſtre vray Paſteur, Eueſque, Sacrificateur,Iehã. 10.
2. pier. 2
heb. 2. 5. 7.
Iere. 23.
Eze. 26. & 33.
Sauueur & Roy : nous en a dõné d’autres
à noſtre cõfuſion, ainſi que aux enfans d’Iſraël.
Leſquelz ont demandé vn roy cõme lés idolatres außi l’ont eu à leur grande confuſion &
ſeruitude extreme. Ilz n’ont congneu la grande
benediction que Dieu leur auoit faicte leur baillant
1. Roy. 3ce bon prophete Samuel : lequel reiectans,
ont reiecté Dieu et non le prophete. Außi nous
eſtans ingratz, ne congnoiſſans la grande grace
que noſtre Dieu nous auoit faicte, nous reuelant
ſon propos immuable, ſon ſainct Euãgile,
qui n’est pas par ſacrifices & ceremonies externes,
l’auõs delaißé : lequel doulcement debuions
Pſal. 80.receuoir, & il euſt mis ſa main forte ſur noz ennemis
pour neant. Mais pource que l’auons delaiſſe,
il nous a laiſſé cercher ſalut & vie en autre
que en ſon filz Ieſus : qui nous eſtoit donné
1. Pier. 1.
Rom. 4.
Tite 3.
Gala. 2.pour nous purger & nettoyer de tous noz pechez
par ſon ſang, ſans que l’eußions deſeruy
ne merité. Ce nonobſtant de rechef ce bon Dieu
est prest de nous retirer, receuoir & pardonner
pour l’amour de ſon filz. Car il est impoßible
que par autre moyen que par Ieſus, les pechez
Ieha. 14.ſoyent pardonnez, ne qu’on puiſſe venir
au pere que par luy. Veu qu’il est le chemin, la
1. tim. 2.
1. Ieh. 2.
Heb. 7. & 9.voye, la verité & la vie, le ſeul mediateur &
aduocat entre Dieu & les hommes, la ſeule porte
de vie, la ſeule hoſtie qui a eſté prefigurée par lés ceremonies & ſacrifices leuitiques, quiLeu. 14
Nõ. 29.
ont eſté baillez aux enfans d’Iſraël : mais puis
que Ieſus eſt venu, ces vmbres & figures ſontmarc. 15.
paßées, l’eſperit baillé, lés choſes charnelles paſſées,
et la lettre morte, l’eſperit viuifié. Et ne fault
poĩt à preſẽt qu’on ſerue à dieu en ſeruitude ceremonialle,Galat. 5.
Colo. 2.
charnelle, ne viſible, mais en liberté
d’eſperit. Car noſtre Dieu n’eſt point charnel
ne viſible, mais eſperit : außi demande il eſtre
adoré & ſerui en eſperit & verité. En quoyIehan 4.
ſont grandement à reprendre tous ceux qui encore
nous retournent en ſeruitude de ceremonies
externes par leſquelles ont eſteinct & anichile
la vraye lumiere euangelique, attribuant
aux choſes externes ce que tant ſeulement appartient
à noſtre ſauueur IESVS : lequel aprés
qu’il a eſté mort pour noz pechez, &Rom. 4.
reſuſcité pour noſtre iuſtification, eſt monté
és cieulx viſiblement & manifeſtement : & ſemarc. 16,
Act. 1.
ſied à la dextre de ſon pere, iuſque à ce qu’il
vienne iuger lés vifz et lés mortz. Cecy nous a
esté donné à entendre, que par le bapteſme exterieur
& viſible lon aye vne vraye & viue
foy, que lés pechez ſont pardonnez, & grace
& iuſtice est donnée. Combien que cecy ne puiſſe aduenir ſiõ par le ſeul ſauueur Ieſus, par
l’agneau ſans macule, qui oſté lés pechez du mõde,
moyẽnant quil plaiſe au per par ſon ſainct
eſperit nous tirer et inſerer à iceluy Ieſus christ
ſon filz. Et außi n’a il pas ſuffit à la meſchanceté
dés hõmes attribuer & bailler ainſi l’hõneur
qui appartiẽt à Ieſus Christ, aux choſes viſibles,
leſquelles ſont ordonnées de Dieu : mais außi
aux choſes ordonnées & inuẽtées dés hommes,
ſans auctorité d’eſcripture. Comme ſont voyages,
argent donné pour indulgences et pardons,
& à tout plein d’autres meſchantes ydolatries,
q̃ lés hões ont trouué, erigé, et inuenté par leurs
bõnes intentions, ou pluſtost pour piller et deſrober
le paoure peuple, contre la ſaincte parolle
de Dieu. Tellement que toute la terre en eſt
remplie : & ſi Dieu n’y mettoit la main, ne ſeroit
à la puiſſance humaine l’extirper & arracher.
Mais ie vous prie, qui ſeroit celuy ꝗ pourroit
aſſez & ſuffiſamment dire, eſcrire, & exprimer
le grãd blaſpheme et iniure qu’on faict
à noſtre Seigneur, à ſa treſſaĩcte mort, à ſon precieux
ſang, qu’il a eſpandu pour nous : quand
Heb. 20.au lieu du voluntaire ſacrifice, qu’il a faict &
offert vne fois pour nous : on vient de rechef iournellement offrir vne choſe viſible & ſans
ame pour noſtre redemption : laquelle offrande
vne fois faicte changent : voire mettent à neant
la pure et ſaincte inſtitutiõ de Ieſus Chriſt, quãd
comme enflez & ſuperbes en leur eſperit, viennent
inuenter & controuuer telles ceremonies,
telles reiterations de ſacrifices, comme ſi Ieſus
Chriſt n’auoit eſté aſſez ſuffiſant pour faire noſtre
redemption : mais en falut faire ven aultre
contre toute la ſaincte eſcripture, faiſans idolatrer
le paoure peuple, qui adore le pain & le
vin comme ſon propre Dieu : lequel n’a point
ſon habitation és choſes faictes de main d’homme.
Et ne veult außi eſtre ſerui ne adoré en choſes
faictes par artifice ne induſtrie humaine.
Mais toy (plus ſage que Dieu) luy feras vne belle ymage de bois, de la moytie en cuiras ton pot et ta chair, de l’aultre en forgeras vn Dieu pour l’adorer & ſeruir, luy demandant ayde & ſecours : de peu de blé feras du pain, l’vne partie donneras aux paoures comme Dieu commande, de l’aultre qui est deffendue feras vn Dieu pour l’adorer, mãger & deuorer. O quel ſeruiteur, mangeant ſon maiſtre, quel ſeruice on luy fait, quelle adoration : bien recommandée toutefois, bien gardée et maintenu. Non pas à tout le moĩs par l’eſcripture, droict ou raiſon, car n’en veullent point : mais il ſuffit à noz maiſtres q̃ ce ſoit aſſez maintenu par force de tyrãnies. Si auez l’eſcripture pour vous, aueugles & conducteurs d’aueugles, q̃ ne le mõſtrez vous ? craignez vous la lumiere ? Certes celuy ꝗ chemine en tenebres Ieh. 12.hayt la lumiere : qui a bõ droict il le mõſtre. Que ne le faites vous, ſans vſer de tant de glaiues, de tant de guerres, ſans tant perſecuter, tuer, meurdrir & brusler innoncens, bõs et fideles perſonnages, deſquelz le ſang viendra ſur vous & ſi crie vẽgeance deuãt Dieu cõtre vous ? ou à tout Mat. 23le moins, puis que ne pouuez vaĩcre la verité, la quelle eſt inuincible : endurez on vous prie pour l’honneur de Dieu, roys, princes, & ſeigneurs, à Rom. 13qui Dieu a donné le glaiue pour punir lés meſchãs et garder lés bõs, qu’elle ſoit preſchée par voz pays & royaumes, affin que vous et voſtre paoure peuple ne ſoyez plus menez et cõduictz ꝑ cés miſerables aueugles. Leſquelz cõme paoures beſtes attachées vous meinẽt à l’abbreuoir. Auez vous le nez de cire, qu’on le vous tourne à tous veniz ? il ſemble que ſoyez du tout effiminez, hors du ſens, ſans crainte de Dieu vous eſtes bien peu redoubtez, que n’oſez veoir &Eſai. 1. entendre la verité, qui a le droict ou le tort.
Qu’eſt ce que vous craignez lés cardinaux ny
eueſques, que auez en voz cours. Si Dieu estIehan 8.
pour vous, qui ſera contre vous ? Pourquoy
ne leur faites vous maintenir leur cauſe publiquement
deuant tout le monde ? Ilz ſont tant de
docteurs, tant de ſages, tant de grans clers, tant
d’vniuerſitez contre nous paoures femmes, que
ſommes reiectées et meſpriſeés de tout le mõde.
A quoy vous ſeruent ilz, ie vous prie ? S’ilz ne
veullent monſtrer leur cauſe eſtre bonne & ordonnée
de Dieu, endurez vous qu’ilz dominent
ſur vous ? Nous diſons le cõtraire d’eux, qu’ilz
le preuuẽt. Nous le voulons monſtrer, qu’ilz ſe
deffendent par l’eſcripture ſaincte. Lés auez
vous rentez, enrichis, maleficiez, & remplis
leurs cofres tant ſeulement pour vous faire la
court ? Ne l’auez vous pas faict pour maintenir
l’honneur & la gloyre de Dieu, pour preſcher
& annoncer ſa parolle, pour vous monſtrer
le chemin droict, cõment vous debuez viure
et cheminer, pour reſiſter à ceux qui vouldrõt
faire ou dire cõtre la pure parolle de dieu ?
Ouy certes. Mais il ſemble qu’ilz ne ſoyẽt ordõnez
q̃ pour triũpher, dãcer, braguer, iurõgner, & paillarder : qui eſt choſe bien loing de Sainct
Pierre, lequel veult que ſoyons ſans crime, &
1. pier. 3.
1. Cor. 3.preſtz à rẽdre raiſon à vn chaſcũ de noſtre foy.
Et pourtant ſi eſtes reſſuſcitez auec Chriſt, perforcez
vous on vous prie y mettre ordre, et cerchez
Colo. 3.lés choſes qui ſont laſſus, ou Ieſus eſt aßis
à la dextre de Dieu. Lequel quand nous prions,
que noſtre cœur ne ſoit plus cà bas, ne qu’on regarde
ou cõſidere aucune choſe viſible ou temporelle :
car telles choſes paſſent, ſont corruptibles
& tranſitoires. Parquoy fault leuer noſtre
cœur en hault, et penſer aux choſes de Dieu, celeſtes
et inuiſibles, & qui ſont incorruptibles.
A cauſe de quoy, noſtre Seigneur nous recõmande
que en priãt nous diſions, Noſtre pere qui és
és cieulx. Nõ ſeulemẽt debuõs leuer noſtre cœur
au ciel enuers noſtre pere, mais außi enuersr Ieſus
qui eſt notre aduocat et frer, qui veult que ne
croyons à ceux qui nous diſent, Chriſt eſt icy,
Chriſt eſt là. Car telz qui nous donnent ainſi à
entendre qu’ilz l’ont en leurs maĩs, en leur repoſitoire
et armaire, ſont faulx chriſtz, faulx prophetes,
et faulx redẽpteurs : nous dõnans à entendre
qu’ilz nous rachaptẽt, ou ilz n’en font rien.
Car ne vous fault attẽdre la venue de Ieſus, fors en maieſté, en puiſſance, et vertu, apertemẽt, viſiblemẽt,
et clairemẽt ainſi qu’il eſt mõté. Et cõmeAct. 1.
Colo. 3.
dict eſt, ceux qui ſont reſſuſcitez auec luy qu’ilz
cerchẽt lés choſes ꝗ ſont laſſus, ou Ieſus eſt aßis
à la dextre de Dieu le pere. Et ne fault point entendre
que ꝑſonne pẽſe que cés parolles de Ieſus
Chriſt dictes et proferées ſainctes et pures, cecyMat. 27
Mat. 14
Luc. 22.
1. cor. 11.
eſt mõ corps ꝗ eſt dõné pour vous, faictes cecy
en memoire de moy : facẽt aultre choſe que pain
lequele on prẽd en memoire de la mort de Ieſus,
ſans penſer n’imaginer que ce pain ſoit changé
trãsformé, et trãſubſtãtié au corps de nostre Seigneur
Ieſus : ou que ſon corps deſcẽde du ciel, et
ſe viẽne mucer et cacher ſoubz ce pain : ou auec
le pain. Car ceſte opiniõ eſt plus que folle ſongerie
et reſuerie trop ſuperſtitieuſe, trop rude, &
loing de la pure parolle de Dieu, et foy de noſtre
Seigneur : ꝑ laquelle nous croyõs, attendõs, et cõfeſſons
noſtre ſauueur eſtre aſſis ꝑpetuellemẽt à
la dextre de ſon pere : et de l i venir iuger lés viuãtz
et lés mortz : mais ſa grace, puißãce, miſericorde,
auec ſon ſainct eſperit habiter et ſe monſtrer
en nous iuſq̃ en la cõſommation du ſiecle.
La foy donc et l’eſperit de Dieu habitãt en nous,
nous enſeignẽt cecy par la parolle de Dieu, ſans lés ſonges dés hõmes. Car tout aĩſi que la circonciſion
eſtoit nõmée l’alliance entre Dieu & Abraham
gen. 17.à cauſe qu’elle n’eſtoit q̃ le ſigne, on
la faiſoit en memoire de l’alliãce. Et außi la colõbe
Mat. 3.
Marc. 1.
Luc. 3.
Iehan 1.n’est pas le S. eſperit, mais est le ſigne que le Sx.
eſperit est deſcendu ſus Ieſus, quand on a ouy la
voix du pere diſant : C’est mõ filz bien aymé auquel
Act. 2.ay pris mon bõ plaiſir, eſcoutez le. Nõ plus
que le vent & la flãme du feu n’est le S. eſperit,
quãd leur a eſté dõné à la pentecoſte. Mais tout
celà eſtoit le ſigne du ſainct eſperit. Cõme entre
lés enfans d’Iſrael l’agneau paſchal eſtoit appellé
& nommé la paſque, c’eſt a dire, le paſſage
Act. 2.
Exod. 2
Rom. 9.faict de l’ange en la terre d’Egypte : & le bapteſme
pris en foy est appellé renouuellement de
vice en la mort de Ieſus christ, pource qu’il ſignifie
la regeneratiõ & renouatiõ interieure et ſpirituelle,
tellemẽt que ceux ꝗ ſont baptizez en foy,
ſont cõplantez à la mort de Ieſus Chriſt : cõme
vrays enfans en l’heritage, & à la greffe de la
bonne oliue en l’oliuier ſauuage. Außi IESVS
Chriſt est nõmé et appellé en l’eſcripture, laq̃lle
est accommodée à nous pour noſtre infirmité,
ce qu’il n’eſt pas. Mais ce qu’il repreſente & ſignifie
par ſimilitudes. Sainct Iehã le nõme vne vigne, vne porte, et vn chemĩ : s. Pol vne pierre,Iehan 15.
1. cor. 10.
luy meſme pain. Außi nous le nõmons & appellons
pain, en la ſaincte table, qui eſt ſõ ſacremẽt.
Tellement que le pain eſt nommé & appellé le1. cor. 11.
corps de Ieſus Chriſt : pource que le pain nous
ſignifie & repreſente le corps de Ieſus auoir
esté liuré & baillé à la mort pour nous : & eſt
prins en memoire et recordation que ſon corps
a esté mis à mort pour nous. Car manger la
chair & boyre le ſang de Ieſus Chriſt, est bien
aultre choſe que prendre le pain, et boyre le calice :
cecy est commun aux bons & aux mauuais,
mais manger la chair de Ieſus Christ, & boyre
ſon ſang, n’eſt commun que à ceux qui veritablement
ont Foy. L’on peut bien venir indignement
à la table de nostre Seigneur, mangeant &
prenant ce en condemnation & iugement : tout
ainſi que indignement l’on peut prendre le bapteſme,
quand ſans Foy viue, certaine & entiere,
l’homme vient teſmoigner qu’il eſt renouuellémarc. 16
de vie, & teſmoigne deuant l’aſſemblée qu’il est
inſeré, vny, & conioinct à Ieſus Christ. Et ſur ce
prend le bapteſme exterieur & viſible, à ſa condemnatiõ :
donnant à entẽdre qu’il est dés mẽbres
de Christ faulſement. Mais le bapteſme interieur lequel perſonne ne peut dõner ſinõ le ſeul Dieu,
donnãt ſon ſainct eſperit, il ne peut eſtre receu
que dignemẽt. Car il fait dés impurs et mal netz
netz, dés indignes dignes, lés purifiant et ſanctifiant
par Foy, leur dõnant ſon ſaĩct eſperit. Auſſi
mãger la chair et boyre le ſang de Ieſus Chriſt
n’eſt autre choſe que fermemẽt croyre, qui iceluy
noſtre benoiſt ſauueur a dõné ſon corps, ſa
chair, ſa vie, & a repandu ſon ſang pour noſtre
ſalut. Vrayemẽt cecy ne peut eſtre faict indignement
& en iugemẽt, mais en ſalut. Car ceſte Foy
purifie lés cœurs, pource q̃ Ieſus Chriſt habite
par Foy au cœur du croyant. Ce mãger donc et
croyre eſt vne meſme choſe : car nous n’auons
pluſieurs moiẽs pour eſtre ſauuez, il ny a qu’vn
c’eſtaſſauoir la Foy que auõs en Ieſus Chriſt.
Cecy dõne bien entendre l’euangeliſte S. Iehan
en pluſieurs paſſages, parlãt touſiours d’vn meſme
eſperit. En vn paßage il dit ainſi. Qui croit
en moy a la vie eternelle, et ie le reſſuſciteray au
dernier iour : En l’aultre paßage il dit. Qui mãge
ma chair et boyt mõ ſang, a la vie eternelle,
et ie le reſſuſſiteray au dernier iour. En cecy on
voit aſſez apertemẽt manifeſtemẽt et ſimplement
eſtre dicte vne meſme choſe de la Foy, et de mãger. Et pourtãt à ce tẽps cy ne fault regarder ceremonies,
ſacrifices ou ſignes viſibles attendãt ſalut
ꝑ choſes exterieurs ou viſibles ꝗ ſont adminiſtrées
par lés hõmes. Car ſ’il eſt ainſi que l’hõme
n’eſt pas iuſtifié ꝑ lés œuures de la loy, ne meſme
par l’obſeruatiõ de tout ce q̃ Dieu cõmãde, mais
ſeulemẽt par la miſericorde de Dieu, ayãt foy en
ſon filz Ieſus : cõment dõc attendrõs nous ſalut
par lés choſes leſquelles ſõt directemẽt faictes et
ordõnées dés hõmes cõtre Dieu et ſa parolle ? Et
pourtãt tant ſeulemẽt ſe fault arreſter et tenir du
tout aux biẽs interieurs, à la foy, à l’eſperit ouurãt
ꝑ charité en noz cœurs, quoy ꝗ les ſages crient :
leſq̃lz n’ont ẽcore du tout l’intellegẽce dés eſcriptures
ſ’arreſtãs aux ſignes viſibles. Et pourtant
fault q̃ l’hõme cõgnoiſſe ſon imperfectiõ : car il
ny a qu’vn ſeul ꝗ ſoit par faict, auq̃l habite toute
perfection, c’eſt Ieſus Chriſt le iuſte : ſans leq̃l ne
pouuõs auoir la vraye et ꝑfaicte intelligẽce de
ſon eſcripture laq̃lle peu à peu eſt ouuerte aux
ſiens, pour et affin q̃lle ſoit du tout et entieremẽt
entẽdue et declairée. Car tout ainſi q̃ par hypocriſie,
ꝑ force de tyrannie a eſté par vn tẽps eſteĩcte
et ſuffoquée : außi, par la vertu et puiſſance du
glaiue de l’eſperit de Dieu ſera allumée et releuée quoy que lés tyrãs facent. Car Ieſus Chriſt
reſſuſcité dés mortz eſt mis en gloyre. Et eſt certain
Mat. 24qu’il fault pluſtoſt que le ciel et la terre paſſẽt
et abiſmẽt qu’un ſeul mot de la ꝑolle de Dieu
paſſe. Et pourtãt il a promis d’eſtre noſtre dieu
Luc. 8& pere : il nous fera cõme à ſés enfans puis que
ſõmes filz et freres de Ieſus. Et ne fault doubter
que ne ſoions heritiers & participãs de l’heritage
auec luy : veu qu’il ſ’eſt dõné à cõgnoiſtre à
Mat. 24nous, voulãt q̃ ſon euãgile (qui eſt bõne nouuelle)
ſoit preſchée et annõncé par tout le mõde. Leq̃l
nous a reuelé de ſa grace, & dõnera à entendre
plus amplemẽt aux ſiens, mais non pas ſans perſecutiõ.
Il eſt veritable en ſés ꝓmeſſes il ne ment
point cõme lés aultres hõmes. Qui eſt celluy
qui iamais aye eſté trõpé en luy ? Abraham et lés
aultres bons patriarches, n’ont ilz point obtenu
ordõné cõme il auoit promis ? Qui eſt celuy qui
luy puiße reprocher quelque choſe ? Pourquoy
eſt ce dõc que nous doubtõs en ſés ꝓmeſſes cõme
ſ’il eſtoit impuiſſant ? Craignez vous qu’il ne le
puiſſe faire ? ou eſt voſtre Foy ? n’a il point tout
en ſa maĩ ? qu’eſt ce que lés hõmes ferõt ſans luy ?
le Soleil couchera il deuant ſon heure ? La pluye retournera elle en hault ? ouy bien mieulx ſe fera
et plus facilement, que l’euãgile n’aye ſon cours
par tout le mõde. Exercez vostr office tyrans,
rompez vous la teſte cotre la pierre, rien n’y
ferez, bedeaux du Pape, ſinon la vous rompre :
vous ſeres froißez. Car en tuant, et bruslant le
corps, n’auez nulle puiſſance ſus l’ame. Noz
cheueux ne ſont ilz point tous cõptez ? il ne ſ’enMat. 6.
perdra pas vn ſans le bon vouloir de nostre pere,
lequel non ſeulement a ſoucy de nous, mais
de la moindre choſe qui ſoit sur la terre, voyre
dés oyſeaux du ciel : combien plus de ſés enfans ?
Si le vouloir d’iceluy eſt tel qu’il laiſſe tomber
és mains dés ennemys, fault il reſiſter à ſon ordõnance,
ou murmurer à lencontre de luy ? nẽny
certes. Pourquoy dõcques reſiſtes tu à ſon vouloir
& à ſon ordonnance qui n’eſt en toy l’euiter,
veu que le ciel, la terre, la mer, & toutes
choſes qui ſont en icelles ſont creées par la ſeuleGene. 1.
parolle d’iceluy, diſant : la choſe, & a eſté
faicte. Et toy, ver de terre, paoure miſerable
pleĩ de peché et d’iniquité, deffiras ce qui a esté
faict et ordõné d’vn tel Prĩce et Roy de toutes
choſes, tu reſiſteras à ſõ vouloir diſãt. PourquoyRom. 3.
fait il cecy ? L’ouurage dira à celuy qui l’a fait Pourquoy m’as tu faict aĩſi. N’est ce pas le vouloir
du potier de faire vn pot l’vn à honneur, l’autre
Rom. 9.à deshõneur ſans que l’œuure ſe viẽne à esleuer
contre ſon maiſtre ? Et toy paoure creature,
qui és encore plus moĩdre ſans comparaiſon au
regard de ce grand pere Dieu, que non pas le
pot enuers le potier : et ce neantmoins craindras
lés hommes de confeßer Ieſus Chriſt & ſa parolle
deuant lés Roys, princes & ſeigneurs qui
ne ſont rien enuers luy ſinon vent & fumée, ou
Eſa. 5.fleur deuant le ſoleil, qui est incontinent ſeiche et
aride auec tout ſa gloyre & beaute. Salomoh auec
toute ſa ſageße, richeße & pompe eſt il autre
choſe que pouldre ? Samſon ie vous prie, auec
toute ſa force, Goliath auec ſa grandeur, que
ſont ilz ſinon abbatus par celuy, qui a le bras
de toute force ? En quoy ſe peuuẽt glorifier ceux
cy ? ſont ilz plus ſages, riches, puiſſans & vertueux
que celuy qui a abbatu et ãnichilé plus fort
que eux ? qu’ilz le monſtrẽt : & le Dieu dés forces
lés deſtruyra, ſi en bref ne ſe retournent & rendent
graces à Dieu, lequel par ſa miſericorde
leur en doint grace : affin que le paoure peuple
vienne à recongnoiſtre vn ſeul Dieu, vne ſeule
Ephe. 2.
1. Tim. 2.
1. Ieh. 2.loy & foy, vn mediateur & aduocat, vn ſeul ſau ueur & vn bapteſme, laißans leurs faultes &
erreurs, n’eſtans plus en tant de diuiſiõs et diſſentions
leſquelles ſont à preſent ſur la terre.
Lés hõmes certes ſont en grande diuiſion à preſent,
en ſorte que lés vns diſent cecy, lés aultres
celà, tellement que le paoure peuple ne ſçait de
quelle part ſe retourner. Et fault neceſſairement
que lés vns ou lés autres viuent mal. Car le royaume
de Dieu ne peut eſtre diuiſé, mais eſt paix
iustice & ioye au ſainct eſperit. Non pas vne
paix mondaine, fourrée & dés hommes : mais de
Dieu qui est en nous, ayans l’intelligence de ſa
parolle : à laquelle du tout ſe fault arreſter ſans yDan. 12. & 4.
Ap. 22.
rien adouſter ou diminuer. Car ſans icelle iamais
ne pouuons venir à la vraye vnité de foy.
Et pourtant ſe fault ſoubmettre du tout à elle et
non à ce qui nous ſemble beau & bon, qui n’est
qu’abomination deuant Dieu. Et ne fault pas ſeLuc. 16.
glorifier à la multitude dés hommes, à la ſageſſe
humaine, au temps paßé, en noz peres & predeceſſeurs :Eze. 20.
2. chr. 30
Iere. 16.
Leu. 18. 4. 10. 14
en tout ce n’y a de quoy ſe glorifier : car
les Turcz qui ſont en ſi grand nombre, voyre
plus que nation de la terre, ſe diſent croyre à
vn Dieu qui a faict le ciel & la terre, la mer, et
toutes choſes contenues en icelle, gouuernant tout par ſa ꝓuidẽce et ſageſſe. Et oultre ce ont
la loy mahometiſte, c’estaſſauoir l’Alkorã de mahomet,
la tenãs cõme loy ſaincte, pure, bõne et diuine :
viuãs en icelle fort austeremẽt, ſoy gardans
de tranſgreßer lés cõstitutions et ordõnãces d’icelle.
Ce nonobſtant errẽt grãdement, cõme infideles :
et ſi n’õt point d’occaſiõ de ſoy glorifier
en leur multitude ny obſeruatiõ de leur loy. Car
mieulx vault ẽſuyure la verité en petit nõbre meſme
quãd n’y auroit qu’vn ſur toute la terre, auec
lés bõs ſeruiteurs de Ieſus : q̃ le mẽſonge en grãd
nõbre auec lés infideles. Que ſert il, ie vous prie
à ceux di Ieruſalẽ, d’auoir ſuyui Anne, Caiphe, et
Pilate, lés ſcribes et phariſiẽs en grãd nõbre, põpe
et triũphe ? Ne leur euſt il pas mieulx valu ſuyure
Ieſus et ſés Apoſtres, iaçoit ce qu’ilz fußent
en petite nõbre, auec leur paoureté, meſpris, et cõtemnemẽt,
que ceux là qui ſont en grãd nombre,
tãt riches, puißãs, hõnorez, et priſez, de tous lés
ſages du monde ? Ouy certes. Car tu vois que au
Gene. 7.tẽps de Noah, petit nõbre fut ſauué deãs l’arche
et toute la reſte de la terre nyée. Dedãs Dodome
Gen. 18.
Gen. 37.
Nõb. 13.peu ſuyuẽt Loth : ẽcore ſa fẽme demeure ꝑ chemĩ
la plus grãde ꝑtie dés freres à Ioſeph õt cerché
ſa mort : deux eſpies ſeulemẽnt ſõt trouuez bõs en Iſraël, et lés aultres eſmeurẽt tout le peuple en ſeditiõ.
Au tẽps de la grãde perſecutiõ de Thobie,Tob. 1.
nul ne ſ’eſt trouué que le ſeul Thobie, ayant la
craĩte de Dieu. Et tout ainſi que mardochée luy
ſeul n’a voulu adorer Namã ce meſchãt garnemẽnt,Eſter. 3.cõe tout le peuple l’adoroit : ainſi n’õt voulu
faire cés troys, Daniel, Azariah, & AnaniahDan. 1. 3
l’image du Roy Nabuchadnezer : leſquelz reluy
ſoiẽt au milieu dés idolatres, cõe lés estoilles du
ciel. La choſe eſt certaine, qu’il ya plus d’enfans
d’iſmael, que de ceux d’Iſaac : et plus en a Abraham
de Hagar, que de Sarra. Car touſiours petitGen. 25.
Gal. 3. 4
nõbre a ſuyui le biẽ, et la multitude le mal : cõe
la ſeule lignée de Iehudah ſuyuoit la maiſon de3. 10. 12.
Dautd, en Iſrael. Et le grand nombre va aprés
lés faulx prophetes : mais peu de gens võt aprés
Helie, & Micheah. Quatre cens faulx prophetes3. roy 18 & .22.
deſſoubz Achab et Iezabel ſõt trouuez pour
maintenir leur Dieu Baal, bien nourriz & entretenuz :
mais pour maintenir l’honneur & la
gloire du Seigneur, ou pour faire deſcendre le
feu du ciel, et monſtrer la puiſſance du Dieu d’Iſrael :
Helie le Prophete eſt trouué tout ſeul.
Parquoy c’eſt grand folie & ignorance de Ieſus,
de vouloir alleguer cõtre nous la multitude phariſaique et encore plus icelle vouloir enſuire.
Car iamais n’a eſté que le mõde n’aye ſuiuy
& demãdé Barrabas, c’eſtaſſauoir le grãd chemin
qui meine à perdition, & pluſieurs ſont qui
le ſuyuent : mais peu la verite, le chemin qui
meme à ſaluation, cõme aſſez appert par tout le
vieil & nouueau Teſtamẽt. Du tẽps de Moyſe
pluſieurs ſortirẽt de captiuité deſſoubz la main
de Pharaoh pour entrer à la terre laquelle leur
eſt ꝓmiſe : mais de ſix cẽtz mill cõbatans deux
ſeulement ſont qui y entrent, Caleph & Iehoſua :
et tous les aultres n’y entrent point par leur
incredulité, ains ſont errans par les deſers murmurãs
& faiſans cõtre lés cõmãdemẽs de Dieu.
Car il eſt certain que pluſieurs y ſont appellez,
mais peu d’esleuz : & pluſieurs vrayement ſont
creez, mais peu de gentz ſeront ſauuez : tellemẽt
qu’il ny a biẽ peu qui ſe puiſſẽt nõmer vrayemẽt
chreſtiẽs, ſe glorifians en Dieu ſeul : mais pluſtoſt
ſe nõmer franciſcains, dominiquaĩs, clariẽs,
mariens, auguſtiniens, cõuentiſtes, papiſtes, anabaptiſtes
et luthériens : cõme ſ’ilz ne, tenoient riẽ
de Ieſus, ou que leur deriuation feuſt ſaulſe, n’eſtans
baptiſez au nom de Chriſt. Certes tous y
ont erré, voire nous et noz peres, ayans faulte de la grace & miſericorde de Dieu. Et lés
Iuifz qui eſtoient appellez par Ieſus Christ, ne
l’ont voulu recongnoiſtre pour leur meßias et
roy : mais en attẽdent vn aultre charnel, viſible,
& temporel, qui vienne en grande auctorité et
pompe auec cheuaux, chariotz, armées, baſtons,
bombardes, & artillerie, pour ruyner, deſtruyre,
brusler & meurdrir, ayant vn royaume du
tout charnel & du monde, faiſant la reſtitution
de Ieruſalem, charnelle & temporelle : ſe glofians
en leur nom, Iuifz, voyans, ayans lés eſcriptures
à eux peculieres, ſoy diſans lés entendre
et auoir d’icelles plus d’intelligẽce que nulle aultre
natiõ de la terre, tant par les prophetes que
aultres qui ſont ſortis de leurs peres. Ayãs auſſi
lés promeſſes faictes à leur pere Abraham &
à ſa ſemence, duquel ſont ſortis, ſe nommans filz
d’Abraham, croyãs à vn ſeul Dieu, lequel meſme
ont en ſi grande reuerence, que tant ſeulemẽt
ne l’oſent profere & nommer : mais au lieu de
dire Iehouah, diſent Adonay, l’Eternel, ſe parforçans
de garder toute la loy de Moyſe, lés ſabbatz,Peu. 14.
Leui. 11. & 12.
De cõſe
diſt. 5. c. 2
Carne[illisible]
lauementz, années, figures & circonciſiõ,
voyer iuſque à ne manger chair de pourceau.
Ainſi que le Pape & lés ſiens font aucuns iours par luy defendus, apprenãs ẽcore à iudaiſer, com
ſi Chriſt n’eſtoit ẽcore venu, ꝗ eſt choſe fort horrible
& eſpouẽtable, grande miſere et blaſpheme
diſt. 4. c
Deniꝙà penſer, ainſi qu’il a cõmandé à la diſt. 4. chap.
Deniq;. Que nulle ꝑſõne oſe mãger chair, œufz
fromages, ne choſe de laict, deſpuis la quĩquange
ſime iuſque à paſques. Cecy n’eſt pas tãt ſeulemẽt
1. Ti. 4.cõmãdé à tous cõtre le cõmãdemẽt de dieu : mais
q̃ nul Chartreux, nul Celeſtin, nul Iacopin, nulle
ſœur collette, nul dés enfumés, Minimes n’aultres
moines iamais ne mãgeußẽt chair. de cõſec. diſt.
quĩta. cap. Carnẽ. Cecy eſt ordõné du Pape ꝑ bõ
reſpect ainſi que toutes lés ordõnãces ſont, & à
celle fin qu’on ſe retire a Dieu. Car nous ordõnons
& cõmandõs, que le villain (c’eſt adire celuy
qui gaigne ſa vie pour ſon trauail) ſoit tant
preßé et aggraué de pẽſiõs et d’aultres choſes, ꝗl
ſoit cõtreinct de ſe retirer à Dieu. 23 q. 8. Iam vero.
Et pour ceſte raiſon ſusdicte le Pape a ordõné
la. x. partie de tous biẽs eſtre dõnée aux preſtres.
C’eſtaſſauoir blé, graĩs, foin, fruictz, laines,
peſcheries, moulins, gages, et de toute marchãdiſe
ou vẽte de maiſõs, chãps, vignes, fours, troppeaux
de beſtial, de mouches à miel, de la chaſſe, de la
gẽdarmerie, c’eſt dés gages qu’ilz ont. Brief, il ne reſtoit plus que la X. ꝑtie dés fẽmes : cõbien que
en aucũs lieux ſont biẽ ſi hardis de ſe vãter que
ilz ont le tout : mais de ſe marier cõe Dieu cõmãde,1. Cor. 7
leur eſt defendu à la diſt. 34 Is qui. cap. Chriſtiano.Nota diſtĩ. 34.
Si quis nõ habet vx orẽ habeat cõcubinã.
Cela leur eſt aſſez ꝑmis, mais d’en auoir vne legitime
celà ſent lefeu & ſon hereſie. Voyes la 23
q. 7. cap. Nõ eſt. Ex trãſmißa a nobis paſtoralibus.
& aux aultres cha. De decim. primicijs, &
obl tionibus. Veu que dés Iuifz requeroit plus
ãple declaratiõ, la laiſſe pour le preſẽt à ceux qui
plus ãplemẽt que moy ont labouré en leur lãgue :
cõe mũſtere en ſõ ꝓlogue de S. Mat. car en cecy
ie ne taſche à aultre choſe ſinõ de mõſtrer Ieſus
Chriſt, et iceluy crucifié, et qu’en vain et ſãs cauſe
eſt ſeruy ꝑ aultres loix et ordõnãces que ꝑ lés
ſiẽnes, ou que ꝑ aultre moiẽ, on cerche ſalut qu’ẽ
luy, deteſtant toute aultre conſtitution & ordõnance
que la ſienne, laquelle eſt immuable. Lés
queſtres ſe diſent mieulx viure en leur maniere
de faire ſelon verité, que ceux qu’on nommoit
Valdenſes, Picars ou Turelupins, leſquelz ont
regné deſpuis le temps dés Apostres fugitifz deçà
et delà, à cauſe dés grãdes et cruelles perſecutiõs
qu’on leur a faict et ont eſté et ſont encore eſgarez parmy la terre, cõme paoures brebis errantes
ſans paſteur. Et iamais eux ne leurs peres
n’õt creu ne dõné foy à la loy papale ne aux ceremonies
d’icelle : mains ont mieux aymé fuyr &
endurer tormẽs et perſecutions, que d’enſuyure
ceſte meſchante Idole de Rome. Ie dy cecy, affin
que nul ne penſe eſtre choſe nouuelle reiecter la
loy papale. Cõbien que ie cõfeſſe qu’ilz ont erré
iuſque à maintenant en aucunes choſes, par faulte
de bõne intellegẽce : attribuãs aux creatures ce
qui appartient tant ſeulement au createur. Cõme
font encore de preſent aucuns anabaptiſtes, leſquelz
reiectent & renoncent pleinemẽt & ouuertement
l’eslection de Dieu, ſ’attribuans puiſſance
& liberal arbitre de ſe pouuoir ſauuer ou
damner : cõme ſ’il yy auoit pluſieurs ſauueurs, ou
aultre ſauueur q̃ Ieſus, diſans auoir iuſtification
ꝑ leurs œuures et merites. Eſtablißãs de rechef
vne aultre nouuelle papiſterie, pire q̃ la premiere
plus dãgereuſe, plus fine et plus coulorée de
ſaincteté que ne feut iamais celle du Pape. veu
qu’ilz ſ’arreſtent totalement à la foy de Ieſus
Chriſt, par laquelle ſeule ſommes iuſtifiez ſans
Rom. 3.deſſerte & ſans lés œuures de la loy. Tellement
que ne pouuons eſtre plaiſans à Dieu ſans icelle foy. Car qui eſt ſoubz la loy, il est encore ſoubzgal. 3. 4.
le pedagogue : & ſi ſommes circõcis, Chriſt ne
nous prouffite en rien. Certes cés paoures cheſtiens
& fideles ont touſiours eſté contreinctz
d’eſtre ſeparez dés aultres hõmes, et d’ouyr la parolle
de Dieu en ſecret, ſ’ilz l’ont voulu ouyr : et
principalemẽt la nuict, à cauſe dés grandes perſecutiõs
qu’on leur faiſoit, lés eſtimãs hors de la
foy & chreſtienté, pires qu’infideles, renyans Ieſus
& ſon euãgile. Et pour ceſte cauſe leur a on
ĩpoſé ce nom vauldois, ſorciers, et pauperes de
Lugduno : diſans qu’ilz tiennẽt vne meſchãte ſecte,
leur ſynagogue la nuict, mangeans leurs enfans,
et faiſans aultres choſes diſſolues. Tellemẽt
qu’vn cõmun prouerbe en est venu, qui tient ſi
tiẽne : leur attribuãt qu’ilz ne font nulle differẽce
de freres à ſœurs, de peres à filles, de meres à filz,
de couſins à couſines, qui est vne choſe faulſe et
controuuée. Mais par lés grandes tyrãnies deffenſes
de viure ſelon l’euangile de Ieſus, ont eſté
contreinctz de ſ’aßembler (cõme deſia est dict) la
nuict, pour ouyr la parolle de Dieu. Et à cauſe
de celà ont eſté tirez en telles calũnies, et ſont encore
de preſent, iuſque à ce ꝗl plaiſe à Dieu lés
en deliurer. Meſme à force de tormẽs, tiremẽs de cordes & bruslemẽs de piedz auec huyle bouillãt
leur ont faict cõfeſſer q̃ la vierge Marie mere
de Ieſus eſtoit vne putain : et eſtãs hors dés tormẽs
horribles et eſpouuentables à pẽſer, diſent le
cõtraire. Mais incõtinẽt ſont plus tormẽtez et tyrãnizez
que paravãt, affin que cés cruelz ayent
couleur de lés faire mourir, pour auoir leurs biẽs
en cõfiſcation. Cõme cés ãnées paßées auõs veu
lés exẽples par ce maudict moyne de Roma : deſquelles
choſes le Roy a eſté aultrefois plus ãplement
informé, pour mettre ordre à telles iniuſtices :
qui ſera quand il plaira à Dieu luy faire la
grace. Puis que dés aultres en ſomme auõs parlé
viẽdrõs à la loy papale, ou aultrement nõmée faulſemẽt
chreſtiẽne, ſans q̃ perſonne (ſ’il luy plaiſt)
ſ’offenſe : veu q̃ ſelõ la verité declairée, ou
à tout le moĩs en partie. Car n’eſt à moy n’a aultre
fẽme la pouuoir aſſez ſuffiſãmẽt deſpaĩdre et
declairer, voyant l’enormité et abominatiõ d’icelle.
Vous priãt lire et entẽdre auant que iuger.
Car ſouuẽtesfois loniuge ſans ꝑtie ou ſans auoir
leu le ꝓcés, baillãt ſentẽce digne d’appellatiõ. Et
poutãt ſi diligẽment voulez entẽdre la trouuerez
ſans cõparaiſon plus eſtrãge, ſuperſtitieuſe, hors
de la foy et chreſtienté q̃ null aultre. Ce nonobſtãt
ſõt prõptz à mal dire et à ꝑſecuter lés aultre. Et ſi n’y a natiõ ſur la terre qui ayt tãt erré blaſphemé
et failly en la vraye et viue foy q̃ ceux cy
leſquelz deburoiẽt biẽ inuoq̃r l’ayde du Seigneur
Dieu, & ſe grãdement humilier, recõgnoißans
leurs faultes et pechez luy demãdans mercy et miſericorde,
le priãs leur dõner l’intelligẽce d’entendre
et cõgnoiſtre ſi ce que ie dy est veritable.
Mais le grand orgueil qui est en eux, lés empeſche
de ce faire. Car nullemẽt ſe veulent humilier
ne recõgnoiſtre leurs faultes et erreurs, nõ plus
que Iuifz et payẽs cõfeßãs entieremẽt et ſans faintiſe,
qu’eux et leurs peres ont miſerablemẽt erré
en la foy de Ieſus. Ains aymẽt mieulx demourer
et ꝑſeuerer en leur paoureté et miſere, que diligẽmẽt
veoir, entẽdre, cõfeſſer et cõgnoistre leurs
faultes et erreurs : ꝗ eſt vne grãde maledictiõ de
Dieu enuoyée ſur eux, à cauſe ꝗlz ont plus dõnéRom. 1.
de gloyre et d’hõneur à la creature que au creater,
la ſeruãt et adorãt plus q̃ Dieu : leq̃l ſeul fault
adorer en eſꝑit & verité. Et ne veult qu’on donneMat. 14.
Iehan. 4.
Eſai. 42
2. theſ. 2.
Rom. 1.
ſõ hõneur et gloyre à aultre qu’a luy. Et pourtãt
lés a laißé tõber en ſens reꝓuué. Quelle plus
grãde aueuglerie veulx tu, q̃ d’auoir creu, ſuyui
& enſeigné lés choſes, deſquelles eux meſmes ſe
moquent ? Cõme l’eaue croiſée du prebſtre (ainſi
qu’ilz diſent) eſtainct le feu de purgatoire, faict fouyr lés dyables, deſtourner lés tẽps, tempeſtes,
tõnoyrres & ventz, & le ſel au bapteſme donné
aux petis enfans, leur fait auoir ſciẽce & ſapience :
& principalement pour apprendre ſe
retirer és medecins qui gueriſſent de toutes maladies,
cõme S. Roct du vomiſſemẽt. S. Loup dés
dẽs. S. Renard du mãger. S. Coſme dés chaſtrés,
& Damiẽ dés rompus de tous coſtez. Tellemẽt
qu’il n’y a ne ville ne village que le Pape n’aye
de ſon meſnage. L’vn guerit du froit, l’aultre
du chault, l’vn dés yeulx, l’aultre du nez, l’vn
dés doigs, l’aultre dés ongles. Brief, Dieu n’y
fait plus rien. Ce nõobſtant, tous diſent et cõfeſſẽt
Gene. 1.eſtre vn ſeul Dieu, qui a creé le ciel et la terre,
tout bõ, tout ſage, tout puißãt et tout miſericordieux,
Ieh. 15.
Ieh. 4.ſans luy ne pouuoir riẽ : et qu’il le fault
adorer et ſeruir luy ſeul en eſperit et verité : qu’il
a ẽuoyé Ieſus Chriſt ſon ſeul filz noſtre Seigñr :
Conceu de l’eſperit de Dieu, nay de la vierge
1. Ieh. 2.marie, ſans lequel ne pouuõs auoir accés au pere.
Parquoy il à fallu q̃ le filz de Dieu aye eſte mis
Eſa. 53.à mort, luy iuſte et innocẽt, pour nous iniques &
meſchans : nous faiſans aggreables & playſans à
ce bon pere par ſa mort, ſe nõmant noſtre aduocat
& frere, nous procurãt l’heritage edu royaume, affin que ſoyõs heritiers et coheritiers auec
luy. Ce neantmoins incõtinẽt par œuures le nyẽt
& renuncẽt eſtre leur Dieu, leur ayde, eſperance,
cõſolatiõ & ſauueur : quãd par aultre moyen
que par luy ſeul veulẽt remißiõ de peché, cerchãs
aultre ſalut, aultre cõfiance que en luy. Cõme
ꝑ œuures, merites, religiõs, voyages, pelerinages,
cõfeßiõs auriculaires, meſſes, adoratiõs d’idoles,
argẽt dõné pour indulgẽces & pardõs, &
à tout plein d’aultres mechantes inuentiõs, ceremonies
& ſacrifices que lés hõmes ont cõtrouué :
veu que ꝑ vn ſeul ſacrifice et ſeule oblation,
nous a eternellemẽt ſainctifiez. Ne ſera il pas excõmuniéHebr. 9.
du pape, de ce grãd Melchizedek Dieu
de terre, & reiecté de ſon egliſe, celuy qui laiſſera
ſa ſecte pour prẽdre Ieſus, & qui cõtredira
en quelque choſe à ſon ſiege papal ? ouy certes :
et nõ ſeulemẽt à luy (qui n’eſt ne Dieu ne hõme)
eſtant ſus toutes gentz et royaumes, comme li
dit en la gloſe du proëme dés Clemẽtines : ou il
eſt dict, Papa admirabile. Mais außi de dire ou
cõtreuenir ſeulemẽt cõtre ſés ſeruiteurs. In ſexto
de penis cap. Felicis recordatiõis, et 17. q. 4. Si ꝗs
ſuadẽte, Ou ꝗ plus eſt, ſ’il aduenoit à q̃lque paoure
fẽme ayãt vne ſeule chieure pour nourrir et allaicter ſés petis enfans aprés q̃ ſon mary ſeroit
mort, pour la bien ſoulager et cõſoler, ne la luy
fauldroit il point vendre ou donner pour payer
l’offrãde ? Car autremẽt denõçons pour excõmuniez
cõe infideles, tous ceux ꝗ ne payẽt leurs offrãdes
13. q. 2. Qui oblat. Et cõbien q̃ luy meſme
le deffend ꝑ ſés liures propres, cenonobſtãt tous
lés ſiens le font. En telle maniere ꝗl n’y a pas vn
de ſés prestres, eueſques, & de tous ceux ꝗ ſont
de ſõ meſnage ꝗ ne ſotẽt ꝑ dõnent et prẽnent q̃lque
choſe pour graces, ordres et telles tracaſſeries.
Anathema dãti et recipiẽti. 1. q. 1. c’eſt adire,
maledictiõ à celuy ꝗ dõne & à celuy qui prẽd : et
qu’on ne doibt riẽ receuoir pour lés ordres ou
pour la creſme, pour le bapteſme, baulme, ſepulture
ou cõmunion 1. q. 1. ne encore quand on
lés contreindroit d’en prendre. 13. q. 2. poſt quam
precio. Mais ce ſeroit bien peu de choſe ſ’il n’y
auoit aultre excommuniement plus à craindre
que le ſien. Car il en y a bien vn aultre, qui est
denoncé par plus grand eueſque : c’eſt de Ieſus
Chriſt & ſés Apoſtres, aux Actes huictieſme
chapitre, contre ceux qui eſtiment ou veulent
auoir le don de Dieu pour or & argẽt, & non par la ſeule grace et miſericorde de Dieu lequel
veult q̃ nous appreniõs de luy d’eſtre benĩgz etMat. 11. & 10.
debonnaire, dõnans ſans en riẽ receuoir. Car l’auons
eu pour neant, reprenãs noz freres en touteMat. 18.
Ieh. 12.
doulceur lés amenans à la vraye bergerie de
ſon egliſe, leur pardõnans ainſi q̃ nous voulõs q̃
noſtre pere celeſte nous ꝑdõne, lés admoneſtansMat. 6.
cõe freres, declairãs touteſfois leur iniquité, aĩſi
que la ꝑolle de dieu porte, affin que leur ame ne
ſoit ꝑdue ꝑ nostre negligẽce : car elle ſeroit demãdéeEzec. 3.
de noz maĩs, ne faiſãs ce que debuõs mais
ſ’ilz ſont obſtinez en leur malice, reiectans la doctrine,
l’admonitiõ et parolle de Dieu cõe chiẽs
et pourceaux, ne leur fault dõner lés choſes ſainctesMat. 5.
Mat. 18.
ne lés marguerites : a ce q̃ ne lés gaſtẽt. Aĩs lés
excõmunier et reiecter de l’egliſe de Ieſus : c’eſtaßauoir
de la ſaĩcte cõgregatiõ dés vrays chreſtiens
et fideles, cõme mẽbres pourris, indignes
du corps de Ieſus, ſe cõformãt touſiours à la pure
ꝑolle de dieu laquelle ne peut faillir. Touchãt
le nõ que i’ay dict, Melchizedek, au ſeul Ieſus eſt
attribué és eſcriptures, & non ſans cauſe : car à
luy tant ſeulement appartient, veu qu’il eſt Roy
de iuſtice, & rex ſalem, Roy de paix, ſans genealogie,Hebr. 7.
ſans pere, ſans mere, ſans commencement, et ſans fin en ce qu’il est Dieu et vn auec ſon pere.
Mais ceſtuy cy ꝗ ſ’eſt voulu esleuer ſus Dieu
2. theſſ. 2ſe faiſant adorer cõme Dieu, ſ’eſt bien oſé nommer
Melchizedek, libr. 2. ration. diuino. offici.
Car il luy appartiẽt bien, c’eſt vn bon roy (ſi ie ne
mẽs) de paix, en ſuſcitãt, cõme vn chaſcun voit,
toutes guerres, diuiſiõs, debatz, ẽtre lés roys, princes
& ſeigneurs de la terre, de grãde genealogie,
ſorty de quelque drogue d’apotiquaire, baillant
la recepte à tous cés medecins. Mais quelle
audace ie vous prie, quelle arrogance eſt cecy, ſe
nõmer Melchizedek, vſurpãt ainſi le nom de Ieſus ?
Il ne fault eſtre eſmerueillé ſ’il a vſurpé l’office,
lés biẽs dés roys et prĩces de la terre, veu ꝗlle
fait à Dieu. Aucũs pourrõt eſtre marris de ce
qui est dict par vne femme, cõme n’appartenãt à
icelle, diſans eſtre faict à plaiſir. Mais ie vous
prie n’estre en rien offenſez : car ne fault penſer
qu’il ſoit faict par hayne ne rancune : mais ſeulemẽt
pour edifier mõ prochaĩ, le voyãt en ſi grandes
& horribles tenebres, palpables plus que celles
Exo. 10.d’Egypte. Neantmoins ſ’il vous plaiſt regarder
et diligẽmẽt examiner lés textes cy alleguez
leſquelz eux meſmes ont eſcript en leurs decretz,
lés cõferãs à la ſaĩcte eſcripture auec bõ iugemẽt, trouuerez plus ãplement q̃ ie ne dy. Car ne ſçauroye
eſcrire & declairer lés grandes folies, meſchancetez
& horribles blaſphemes qui ſont eſcriptz
en leurs liures & decretz : car außi n’est
hõme qui le ſceuſt aſſez deuemẽt declairer. Commẽt
le fera dõc vne femme ? Et pourtãt ſoyez diligẽs
de bien examiner lés textes & la cõſequẽce
d’iceux, & verrez ce que ie dy eſtre veritable.
Et ꝑ cõſequẽt auoir mal veſcu et cheminé ſelon
chreſtienté : cõme aſſez clairemẽt pourrez entendre
ſeulement par troys raiſons, leſquelles deburoyẽt
principalemẽt eſmouuoir le fidele à fuyr
ceſte meſchãte loy papale. C’eſtaſſauoir, en ce
qu’ilz renõcent la mort & paßiõ de Ieſus, quãd
par vne aultre redẽption veulẽt racheter le paoure
peuple : lequel a eſté racheté par le precieux
ſang de Ieſus vne ſeule fois. Mais eux non contẽs
d’icelle redẽption, en font vne aultre de pain
et de vin ſecrettemẽt en leur canõ. Qui est celuy
qui ne ſe tiẽne trop plus q̃ cõtent d’auoir payé
vne fois vn debte ? mais voulãt ſatiſfaire de rechef
au ſecõd, on renõnce au premier. Et ne fault
cõtrouuer excuſe en ce qu’ilz diſẽt, qu’ilz le font
en la memoire de la mort et paßiõ de Ieſus chriſt :
car ilz ſont mẽteurs, ilz le font en memoire de la vierge Marie, mere de Dieu (cõme ilz diſent) et
de Ieſus Christ, & de pluſieurs aultres : cõme est
cõtenu en leur cõmunicãtes & memoriã facientes.
C’eſtaſſauoir, en memoire de Clite, de Griſogone,
de Coſme & de Damien. L’aultre raiſon,
en ce que nõ ſeulemẽt trõpent, ſeduiſent &
pillẽt le paoure peuple : mais pires que Turcz et
infideles, cõme chiens enragez font adorer l’aduerſaire
& ennemy de Dieu. Et veulẽt que par
leurs tyrãnies il ſoit adoré. Car tout ainſi que Sathã
a voulu eſtre adoré de Ieſus ſur la mõtaigne
luy mõſtrant lés royaumes de la terre, promettãt
lés luy dõner, ſi en ſe proſternãt le vouloit adorer :
außi font ceux cy à ceux qui le veulẽt ſeruir
ſuyure, et hõnorer. Tu le voys aſſez apertement
en ceux qui veulẽt preſcher puremẽt Ieſus et ſa
parolle, comme ilz ſont dechaſſez dés cours dés
roys, princes et ſeigneurs. Mais en abiurãt et retournãt
baiſer la pantouffle de ce grãd ſerrurier
aduerſaire de Ieſus, ſont veneficiez, prebendez,
rentez, coronnez & mittrez : voire qui pis est,
ſoubz vmbre de l’euangile. Cõme ſi toy royne,
& lés aultres princes et ſeigneurs vouloient entretenir
telle vermine ſur la terre, ce que ne puis
bõnemẽt croyre estre voſtre vouloir. Mais (diſẽt ilz) vn aultre le feroit außi, & mieulx vault que
ie le face que lés infideles. Car ie preſcheray, ie
endoctrineray, ie bailleray bõ exemple, i’en feray
dés biens, retirant lés paoures freres perſecutez,
et außi ne ſ’en feroit ne eplus ne moĩs pour moy,
mais ce pendant ie pourray crocheter vne eueſché.
O miſerable creature, la dãnation en eſt iuſte,Rom. 3.
faiſant mal affin que bien en aduiẽne. Certes
Moſeh eſtant le premier de la maiſon de Pharaoh,
eust peu trouuer plus de moyẽs, plus d’excuſes
& plus de raiſons que toy, ſ’il eust aymé
lés honneurs mondains : mais il a mieulx aymé lésExod. 2
Act. 7.
Heb. 11
opprobres, paouretez & iniures, que toutes lés
richeſſes dés egyptiẽs. Parquoy, dame, ie te prie,
euite lés, ce ſont flatteurs, ilz ne demãdent qu’eux
meſmes : & non ce qui eſt de Ieſus Christ, trop
lés as rentez & entretenuz. Car ta grande doulceur
& humanité lés a gaſtez & perdus. Et ſi
est grandement à craindre qu’eux meſmes ne te
gaſtent par leurs flatteries, & par trop grandes
papelarderies. Qui eſt celuy d’eux maintenant
preſchant le ſainct euangile, qui ignore lés Images
eſtre faictes & controuuées au deſpit deExo. 20
Sap. 13.
deu. 4. 5. 7. 12. 27
Dieu, & contre le commandement & ordonnance
d’iceluy ? nommées & appellées par tout Pſal. 115 & 9.en la ſaincte eſcripture diables. Leſquelles neantmoins
font adorer & ſeruir, ſe couurans d’vn
ſac moillé, prenans ceſte couuerture de leur
teſte : qu’ilz le font pour l’hõneur de Dieu, ce ſont
lés liures dés paoures ignorans, ce que nous
faiſons c’eſt ꝑ bõne intentiõ, & ſi ſupportõs lés
infirmes. Cõme ſi Dieu vouloit eſtre ſeruy &
hõnoré contre ſon cõmãdement & à la fantaſie
dés hõmes. Laquelle choſe n’eſt pas ainſi : car il
Deut. 12
Gal. 1.veult que ne faciõs ce que nous ſemble beau &
bõ : mais tant ſeulemẽt ce qu’il nous cõmãde, baillant
Apo. 22malediction à celuy, qui y adiouſte, ou diminue.
Non cõtens de cela, viẽnet en leurs ceremonies,
appelle lés ſi tu veux veſpres ou matines,
Pſal. 115
ou. 113.mauldire ceux qui font lés images, et tous ceux
qui ont cõfiance en icelles. En quoy eſt demõstré
leur grãde malediction, ingratitude et meſchanceté,
veu qu’en dõnant & offrant à leurs idoles,
mauldiſent le paoure peuple. Leſquelles ne reçoiuẽt
Dan. 14.le don ne l’offerte : mais ſont ceux et leurs
chãberieres : cõe faiſoiẽt les ſacrificateurs de Bel
en Babylone. Leſq̃lz pour biẽ couurir leur cas
dirõt, il n’eſt pas ainſi entendu, Dauid le ꝓphete
n’entẽdoit pas de nous, mais dés aultres idolatres
qui eſtoiẽt de ſon temps : car l’eſcripture a pluſieurs ſens, elle ſ’entend en pluſieurs manieres, il
n’appartiẽt pas aux femmes la ſçauoir, ne à gens
qui ne ſoient literez, & qui n’ont lés degrez &
eſcheles de docteurs : mais doibuent ſeulement
croyre ſimplement ſans ſ’enquerir de rien, ſinon
de faire bõne chiere, cõme auõs de couſtume, de
faire ſes beſõgnes, filler ſa quenoille, viure cõe
noz predeceßeurs, cõme ſon voiſin. Car qui vit
cõme ſon voiſin il ne fait ne mal ne biẽ. Ha, certes
biẽ eſt vray qu’ainſi faiſant, feres biẽ dés voſtres,
baillãs beaucoup de ſens à l’eſcripture, et à
vous vn ſac por le rẽplir. Quãt à vous ce ſeroit
treſbiẽ entẽdu : mais à nous faict & creu, nõ pas
ſeulement ſimplement : mais plus que follemẽt. Ie
demãde, Ieſus n’eſt il pas außi biẽ mort pour lés
paoures ignorãs & idiotz, que pour Meßieurs
lés raſés, tondus & nuttrez ? Eſt il tant ſeulemẽt
dict, allez, preſchez mõ Euãgile à meßieurs lés ſages
& grãdz docteurs ? N’eſt il pas dict à tous ?
Auõs nous deux euangiles ? l’vn pour lés hõmes
& l’aultre pour lés femmes ? l’vn pour lés ſages
& l’aultre pour lés folz ? Ne ſommes nous pas
vn en noſtre Seigneur, au Nom duquel ſommes
nous baptizez de Pol ou d’Apollo, du Pape ou1. Col. 1.
de Luther ? N’eſt ce pas au nom de Chriſt. Cer tes il n’eſt point diuiſé, il n’y a poĩt de diſtinctõ
Rom. 2.
Ephe. 6.du Iuif au Grec : car enuers Dieu n’y a poĩt d’acceptiõ
de ꝑſonnes, tous ſõmes vn en Ieſus Chriſt,
Gal. 3.il n’y a ne masle ne femelle, ne ſerf, ne frãc. Ie ne
parle pas du corps : car il y a le pere et le filz, lvn
Exo. 20.
Ephe. 6.pour eſtre hõnoré, l’aultre pour hõnorer : le mary
et la fẽme, ceſtuy cy pour aymér, l’aultre pour
priſer, le maiſtre pour cõmãder, le ſeruiteur pour
ſeruir & obeir, le roy, prince et ſeigneur, pour
ordõner et iuger, le ſubiect pour obtẽperer, porter,
Rom. 13tollerer et payer tributz, ĩpoz, charges, cenſes
& rentes, ſelon la parolle de Dieu : car qui
y reſiſte il reſiſte à Dieu. Mais q̃ dictes vous ?
Noz predeceſſeurs ſerõt ilz tous damnez ? noz
peres, n’eſtoient ilz pas gẽs de bien ? ont ilz tous
failly ? Nous auõs veu de ſi ſçauãs perſõnages le
tẽps paßé, de ſi bõne vie, craignans Dieu, voyre
autant, ou plus que à preſent : Dieu ſeroit bien
iniuſte nous auoir tant caché la verité, ha, il ne
euſt pas tant demouré la nous reueler & dõner
à cõgnoiſtre maintenãt ꝑ lés femmes. Mais, q̃lz
miracles font plus ceux cy q̃ lés noſtres ? deſpuis
qu’ilz ſont venus, nous n’auõs iamais eu q̃ guerres,
diſſentiõs, et debatz lés vns cõtre lés aultres,
famines, malueillãces & mauuaiſes ãnées. Pourquoy dõc croyrons nous aultremẽt que n’auons
creu ? Par cy deuãt nous allions & venions en
ſeurté par tout le mõde, hõorez, priſez, et ayméz
d’vn chaſcũ : & maintenãt n’oſõs ſortir hors de
noz villes et maiſons, pour faire noz beſongnes,
recueillir noz biens, car lés vns y ſont ꝑſecutez,
ẽpriſõnez, et lés aultres bruslez, tyrãniſez et mis
à mort. Tellemẽt ꝗl n’y a hõme ſi hardy de pouuoir
ou tant ſeulemẽt oſer viſiter ſa femme ne ſés
enfans, qu’est choſe fort pitoyable à cauſe dés ennemys
ꝗ nous ont ẽuirõnez. Et pourtãt, qu’eſt ce
q̃ nous doibt eſmouuoir y croyre ? Il y a tant de
grãdz clerez ꝗ tiẽnent au cõtraire, tant de gẽs de
biens, tant de roys, prĩces, & ſeigneurs, que ſ’ilz
voyoiẽt la choſe cõme vous dites eſtre ſaincte,
& de Dieu, la ſuyuroiẽt volũtiers. Voulez vous
eſtre plus ſages que tous ceux cy, que toutes lés
vniuerſitez de tout le mõde, que tous lés Cõciles
dés Papes ? Brief, c’eſt choſe impoßible, q̃ tant de
gẽs de biens ayẽt ſi miſerablemẽt erré, allegations
de cés paoures aueugles, auxquelz Dieu face
miſericorde, parlans ſelon lés hommes, n’entendansMat. 16
rien és choſes de Dieu : leſquelles leur
ſont touſiours contraires, & lés eſtimẽt follie. Car il est certain que Dieu veult deſtruyre la ſageſſe
dés ſages, & la prudence dés prudens. Et
ſi a esleu lés choſes foibles, petites et cõtemptibles
pour abbatre lés grãdes 1. Corint. 1. Il y a pluſieurs
cauſes & raiſons, par leſquelles tu pourras
entẽdre pourquoy cecy a tant eſté mucé &
caché. L’vne dés principales ꝗ te doibt ſatiſfaire
eſt, uqe quand il a pleu à Dieu ſuſciter quelque
bon & fidele perſonage pour dire & declairer
lés abus et meſchãcetez dés papes et dés ſiẽs,
Apo. 17lés roys, princes & ſeigneurs qui ont cõmis fornicatiõ
auec ceſte grãde paillarde plein d’abominatiõ
et d’immũdicité romaine, ont eſté (ſ’il le
fault dire cõtre mõ cœur) lés bedeaux et ſatellites
pour executer la ſentẽce iniq̃, affin q̃lle feuſt adorée
2. theſ. 2et ſeruie cõe Dieu, ſe ſeant au tẽple de Dieu
ſi ce feuſt Dieu. Et tout ainſi que dict le Prophete
mich. 7.Micheas, ests aduenu : c’eſtaſſauoir que le
prince requiert, & le iuge obeit : ilz luy ont tellemẽt
obey & ſeruy qu’ilz ont perſecuté le ſang
Mat. 23.D’abel et de Zacharie filz de Barachie, iuſtes et
innocẽs iuſques à la mort, & de preſent perſecutent
comme ont faict leurs peres, tellement que
la clameur eſt montée au ciel, crians vengeãce.
Apoc. 6.quand feras tu ton iugement Seigneur Dieu ? O malheureuſe conſpiration, ô miſerable alliance,
ô mauldict iugement, qu’auez faict roys princes
& ſeigneurs auec ce grand gouliffre de Rome.
Monumẽtz cõment ne vous ouurez vous ? Pierres,
cõmẽt ne fendez vous ? Abyſmes, cõment ne
venez vous pour ẽgloutir et deuorer encore de
rechef cés paoures miſerables Coreh, Dathã &
Abirõ ? O adherãs et fauteurs du pape, ne voyez
vous point biẽ que vous faictes manifeſtemẽt la
bataille contre Dieu ? Vous l’auez grãde lés vns
contre lés aultrés, affin que Dieu ſoit vẽgé de ſésEſai. 1.
ennemis ꝑ ſes ennemis. Mais celle qu’auez cõtre
luy, eſt plus grande que la voſtre : car n’en verrezIerem. 35
iamais la fin : aĩs pluſtost abbatrez l’vn l’aultre
que ceſte cy. Et d’autãt plus que perſecutez,
d’autant plus allumez ce grãd feu conſummant.
Elle est domeſtique et dedẽs lés cœurs dés hommes :
voz couſteaux n’y peuuẽt rien, ilz ſont trop
tẽdres. La choſe eſt trop plus q̃ certaine que cõtemnez
la vraye foy chreſtiẽne. Et toutefois nullemẽt
eſtes eſmeuz y pouruoir : ains pluſtost aymez
ſeruir à la fureur de dieu que à ſa doulceur.
Certes vous eſtes trop laſches, trop remplis de
ce venin romain. Il est voſtre vaſſal, et vous en
durez eſtre les ſiens : meſme d’eſtre ſés laquetz, pour mener vne beste auec vous. diſt. 96. Cõſtantinus, diſant, que l’Empereur eſt le laquet du
Pape, & luy eſt dõné de cheuaucher cõe l’Empereur.
N’eſtes vous pas biẽ aueugles, voyãs cela ?
Le glaiue de Dieu eſt vostre, & il le vous oſte.
Vous estes ordõnez de Dieu pour deffendre &
garder les bõs, & pour punir lés meſchãs, mais
ppour l’amour de luy, vous faites au contraire.
Laiſſez, pour l’hõneur de Dieu, ce maistre cruel,
Eph. 5.& prenez Ieſus ſi bõ, et ſa parolle. Trop l’auez
ſeruy, trop luy auez obey. Reueillez vous roys
princes et ſeigneurs, trop auez dormy, la nuict
Rom. 13
2. theſ. 5.eſt paßée, le iour eſt venu, il ne reste q̃ veoir. Ne
ayez plus tant voz cœurs pharahoniq̃s, ſi peu eſmeuz
à pitie, tãt tardiſz à voſtre ſalut, trouueres
plus fort que vous, duq̃l peu ou riẽ n’estimez ſa
volũté, laquelle en ce tẽps cy a voulu declairer
ꝑ ceux ꝗl luy a pleu, ſans que l’eußiõs deſeruy :
mais cõe ẽſles et ſuꝗbes l’auez reiectée. Tellemẽt
q̃ ſ’il y a q̃lque bõ ꝑſõnage craignãt Dieu & ſa
ſaĩcte ꝑolle, voulãt viure ſeulemẽnt aĩſi q̃ dieu cõmãde,
ſãs faire tort à ꝑſõne, detestãt toute idolatrie,
blaſpheme, ſuꝑbie paillardiſe, et iurõgnerie,
brief, viure en hõe de biẽ : ſera ꝑſecuté & mis à mort, puis qu’il ne veult adorer l’Antechriſt, en
obſeruant lés traditiõs cõtraires à Ieſus. Lequel
nonobſtant tous oultrages & iniures qu’on luy
ſçache faire, et à ſés mẽbres : ce neantmoĩs il dißipera
tous ceux qui ſ’esleuẽt cõtre luy, par le glaiue
de ſa ꝑolle : cõtre laquelle ſ’esleuẽt cõe chiens
enragez. Mais il fault q̃ le cheſne deſpouille ſés
fueilles en tẽps deu, et le boys mis à ſon vſage, de
ſorte ꝗl ne ꝓffiter a plus. O quelz pleurs, quelles
lamẽtatiõs ſur la terre, voyãs telz marchãs ꝑdãs
leurs marchãdiſes d’or, d’argẽt, pain, vin, et, que
pis eſt, dés ames. Il y a ẽcore vne raiſõ generale
à tout cecy : laquelle biẽ entẽdue, eſt ſouffiſãte de
fermer la bouche à tous blaſphemeurs de verité.
Par ce ꝗl dõne à cõgnoiſtre à ſés creatures ſa Iuſtice
et miſericorde : aux vns à leur cõdemnatiõ,
cõe à Pharaoh, luy dõnãt entẽdre ſa grãde puiſſance
par Moyſe : toutefoys il a eſte rebelle au
cõmãdemẽt de Dieu, cõbiẽ qu’il euſt veu lés grãs
ſignes et miracles que Moyſe faiſoit ꝑ la puißãce
de Dieu en ſa preſẽce, car il auoit le cœur en
durcy. Aux aultres eſt mãifeſte à leur cõſolation,
et ſalut, ſãs qu’ilz l’ayẽt merité ne deſſeruy : mais
ſa ſeule bõté et miſericorde leur fait grace de
le cõgnoiſtre, et d’auoir plein ꝑfaicte et ẽtiere foy en ſon filz Ieſus, cõme il eſt mort pour noz
Rom. 4.pechez et reſſuſcité pour noſtre iuſtificatiõ, laq̃lle
Foy ſeule nous iuſtifie, ſans lés œuures de la
loy, nous faiſant aggreables à Dieu ꝑ le moyẽ de
Mar. 15.Ieſus Chriſt, ainſi que au larron pẽdãt au boys,
et à Paul ꝑſecutant l’Egliſe dés chreſtiẽs allãt en
Rom. 9
Act. 9.Damas, à Iacob deans le ventre de ſa mere, leq̃l
eſt de Dieu aymé & ſon frere Eſau hay, ſans q̃
l’vn ou l’aultre eußent faict ne bien ne mal. La
iuſtice & miſericorde de Dieu ſe mõſtre manifeſtemẽt
en ce. Et qui fait celà ? n’eſt ce pas en la
puißãce de Dieu faire ce ꝗ luy plaiſt, de mener en
hault et ramener en bas, d’exalter et humilier,
d’eslire & reprouuer, de ſauuer et de damner,
de retirer ſa parolle & de la bailler quand luy
plaiſt ? Qui eſt dõc celuy qui veult oſter l’officer
de ce grand Maiſtre, puis qu’il l’a decreté, & à
Iſai. 14.qui tant ſeulemẽt appartient l’exercer auec puiſſance,
gloyre & hõneur ? ſera ce l’hõme qui n’eſt
que pourriture & meſchãceté, auquel appartiẽt
Dan. 1toute cõfuſiõ ? Et pourtãt, ô toy paoure creature,
tu ne doibs aultre choſe faire ſinõ, te grãdemẽt
humilier & rẽdre graces à ce bon pere plein de
toute miſericorde, du grãd benefice & viſitatiõ
qu’il ta faict à ce tẽps cy de ſon ſainct Euangile, te dõnant la veuë d’iceluy, lequel tant de roys au
tẽps paßé, tant de bõs ꝓphetes l’ont deſiré veoir
& ne l’ont pas veu. Car ilz n’eußent pas eſté ſi
ingratz à receuoir Ieſus & ſa ſaincte ꝑolle cõe
nous ſõmes. Tant de bons prédeceſſeurs l’eußẽt
embraßé, leſꝗlz tant ſeulemẽt ont veu en eſperit
ce q̃ tu vois clairemẽt, auxquelz Dieu eſt puißãt
auoir faict grace, ſans lés cõdẽner ſi temeraire
mẽt estre danez cõme tu fais : & cõbien qu’il le
feroit, ne le feroit que iuſtemẽt. Car ſi l’aueugle
meine l’aueugle, ilz tõbent tous deux en la foſſe.
Neãtmoĩs la miſericorde de Dieu eſt grãde, leq̃l
regarde ſon filz Ieſus, et ꝑ lequel l’ignorãce dés
hõmes eſt ſouuẽteffois regardée. Et cõme il dit.
Si ie ne fuſſe venu, vous n’eußies poĩt de peché,Ieh. 9.
mais pourtant que ie ſuis venu, vous n’auez plus
excuſe de voſtre peché. Car beaucoup plus eſt à
reprẽdre le ſeruiteur ſçachãt la volũté de ſõ ſeigneur,
ne le faiſant q̃ celuy qui ne la ſçait pas. Ce
nõobſtant il eſt au maiſtre à reprẽdre & l’vn et
l’aultre. Et obſtinée et folle ignorãce n’a poĩt de
excuſte ẽuers Dieu, aĩs cõdẽnatiõ, quãd ꝑ vne certaine
malice, tu viẽs reſiſter à la ꝑolle de dieu laq̃lle
t’eſt declairée ꝑ ſés miniſtres ẽuoiez de luy, et
ꝑ luy, tellemẽt ꝗl n’eſt ſageße hũaine leur pouuoir reſiſter : mais fault q̃ lés plus aduerſaires en rendent
teſmoignage à leur cõdemnatiõ : diſans eſtre
l’œuure de Dieu, et non dés hõmes. Leſquelz ſeront
punis, ouuertement repugnans à leſperit de
Dieu. Car leur teſmoignage est diabolique. Et nõ
ſeulemẽt de ceux cy : aĩs de ceux ꝗ coniurẽt le pere
Iehan 8.de mẽſonge, qui ne demãde ſinõ de perdre &
gaſter, l’adiurãt de dire verité. En quoy mõſtrẽt
biẽ ꝗlz ſont ſés filz, demãdans apꝓbatiõ de leur
foy au diable, aſſauoir ſi la meſſe est bõne, ſi Dieu
est dedẽs le pain, ou ſi on preſche maintenãt verité.
Et ſi le linceul de Chãbery est le ſuaire de Ieſus
Chriſt ou celuy de Beſançon, ꝗ à l’imitation
de Ieſus Chriſt le deburoiẽt faire taire. Ie ne ſçay
Marc 3.cõment lés hõmes ſont ſi ignorãs, ſi hors du ſens
& de la foy, cõe ilz monſtrẽt, ſe retirans au diable
pere de toute mẽſonge, pour ſçauoir la verité.
Iehã 10.Veu q̃ Ieſus ſeul eſt verité, auquel ſeul ſe fault
retirer, et à ſa parolle pour la ſçauoir et entendre,
et nõ à aultre. Regarde ie te prie S. Iehã en
ſon euãgile 20. chap. et trouueras ſi vne pate ou
vn linceul est le ſuaire de Ieſus. Il est là ſi tresbiẽ
peĩct (voyre pour vn couurechef) qui n’y fault
rien. Mais tu diras, tãt de gense de biẽ l’ont ainſi
creu : meſme aucũs ducz de Sauoye l’ont hõnoré, priſé, et maintenu. Et qui plus eſt, dernierement
qu’il fut bruslé dedẽs Chãbery, le diable (cõe ilz
pẽſent) parlant ꝑ la bouche d’vne preudefemme,
ſçauãte (ainſi q̃ ſont accouſtumées fẽmes de preſtres,
(cõe lés demoniacles de Tornay ꝗ furẽt gueries
ꝑ le fouet) affermoit eſtre ainſi. Et nõ ſeulemẽtHiſtoire
veritable
l’ã. 1535.
celà, ains qu’elle eſtoit poſſedée de trois diables,
c’eſt aſſauoir de trois preſcheurs de l’euãgile,
Farel, viret, & fromẽt. Leſquelles raiſõs deburoiẽt
eſtre aſſez ſuffiſantes de croyre q̃ c’eſt le
ſuayre de Ieſus, q̃ le diable eſt veritable, et à gẽs
ꝗ n’ont poĩt de Dieu, croyre qu’on a biẽ veſcu.
Ie te demãde miſerable creature, y a il plus ſage
q̃ Dieu, plus veritable q̃ ſa ꝑolle ? Pour quoy ne
t’arreſte tu à icelle, nõ pas à l’ẽnemy de Dieu ? Si
ceux que ſe retirẽt aux diuĩs ſõt ꝑla loy cõdẽnez
à mort : cõbiẽ plus ſerõt ceux cy dignes de mort ?
Car ſi ceux ꝗ cõtreuiẽnẽt à Moyſe, ſoubz vn ou
deux teſmoĩgs, meurẽt : q̃ ſera ce dés cõtẽpteurs de
Ieſus, ꝗ eſt beaucoup plus grãd q̃ Moyſe ? Singulieremẽt
de ceux ꝗ ſe diſẽt cõducteurs du peuple
cõme ſont eueſques, preſtres, moynes, preſcheurs
et aultres ſe diſãs la lumiere du mõde. Leſquelz
tant ſeulemẽt font leurs cas pour leur vẽtre ayãs
grãdes eueſchez, grãdes prebẽdes : n’ayãs eſgard que à eux meſmes : cõgnoiſſans biẽ qu’ilz ne ſont
1. tim. 3.
Tire. 1.pas aptes à telz offices : mais pour ẽtretenir leurs
chiens, cheuaulx, ribauldes & maquereaux, &
pour nourrir leur ventre, qui est leur Dieu, tiennent
et occupẽt le lieu de paſteurs, & ſi ne ſont
que loups & dißipateurs, voulans dominer ſus
2. Pier. 2 & 5.le peuple, diſans : il eſt mien, c’est ma place, c’est
mõ eueſché, ma cure, ꝗ le m’oſtera ? ſe retirãs au
bras ſeculier pour mieulx eſtre à leur aiſe et cõſolatiõ
corporelle : ne cõſiderãs nullemẽt l’ordonnãce
de Dieu eſtre vraye, la penſans rõpre par
puiſſances humaines, par cõmandemens & ordonnãnces
dés hõmes. Tellemẽt que ſi aucun contredict,
preſche, ou eſcrit cõtre eux, il ſera iugé
ſoudainemẽt heretique, ſeducteur de peuple, inuenteur
de nouuelles ſectes : auxq̃lz deburoient
reſiſter par ſaine doctrine, et puißãment lés confondre
par la parolle de Dieu, ainſi que faiſoit
le ſainct apoſtre, et non par glaiues, bãniſſement
Act. 13.dechaſſemẽs, feu, & iniures. A l’imitatiõ duquel
apoſtre doibuẽt cheminer tous preſcheurs et miniſtres
de la parolle de Dieu, ne regardãs aultre
choſe, ſinõ que Dieu ſoit glorifié et hõnoré par
toute la terre, et le prochain gaigné à noſtre Seigneur.
Mais il fault que Iudas ſoit auec Chriſt. Aſnes paſſent ſoubz la cheminée, vẽtres pareſſeux
regnẽt au peuple, affin que lés Prophetes
ſoient cõgneuz entre lés faulx apostres, verité
auec menſonge, la lumiere auec tenebres, & le
noir auec le blãc. Leſquelz ſerõt en grãd nõbre
ſi deſia ne le ſont, autãt ou plus que iamais furẽt
au tẽps de S. Paul : voyre et plus dangereux. LequelGala. 3.
apoſtre ſe cõplainct fort de ce qu’ilz auoiẽt
ainſi ſeduict et trõpé lés Galatiẽs, leur retournãs
la circõciſion et ceremonies moſaiques ia abbatues
par la parolle de Dieu. Et ſi maintenant on
ſe plainct dés noſtres par toute la terre, ce n’est
pas ſans cauſe legitime : veu qu’ilz ont faict comme
gẽsdarmes couars en bataille. Car quãd il est
queſtiõ de batailler cõtre lés ẽnemis, ilz ſont bõs
à la table pour battre, mordre et frapper. Mais
de ſe trouuer aux aſſaulx, eſcarmouches & ébuſches
dés ẽnemis de verité (ainſi que ceux ꝗ ont
eſté dechaſſez) n’en veulẽt mordre : puis qu’il ya
dés coups, iniures et oultrages. Ains y ſont hardis
cõme limaces. Qu’ilz ne ſoiẽt bõs mercenaires
et aptes pour tenir bõse villes en garniſon,
ſi ſont. Auec celà ſont fort, ſçauans & doctes en
toutes manieres pour bien ſçauoir paiſtre leur
ventre, en blaſonnãt & taxãt faulſement lés aultres qui ſont dechaßez & repoulſez par force
et lés aultres mortz à la bataille. Mais de tout ce
cy, vertueuſe dame, ne fault eſtre eſtõée ſi voyõs
telle punitiõ de Dieu eſtre venue : car ce ne ſont
que moynes cafardz qui font cés troubles. Parquoy
telz aſnes, loups et impudẽs libins cafardz
entre brebis, doibuẽt eſtre par tout fuis et chaſſez
cõe chimeres du troppeau : affin q̃ par faulſe
doctrine et meſchãte cõuerſation ne ſeduyſent
plus le paoure peuple, qui eſt choſe fort à craindre
et dãgereuſe, ſi Dieu par ſa grace n’y pouruoyt,
cõe il a faict. Car il a frappé aucuns de telle
ſorte qu’ilz ſ’en ſont fuis, et iournellemẽt ſ’en
fuyent, ſans que ꝑſonne lés chaſſe : congnoiſſans
biẽ le iugemẽt de Dieu eſtre venu ſur leur teſte.
Et principalemẽt ce paoure miſerable hõme, auquel
Dieu face miſericorde, qui nõ ſeulemẽt par
ſa faulſe doctrine luy a ſuffit de ſcãdalizer le paoure
peuple : mais cõe impudẽt, à laißé (ſi l’auſe dire)
ſa propre femme de Neuchaſtel ẽceincte. Lequel
non content de celà, eſt retourné a ſon vomiſſement :
affin que le mortier dés docteurs ſorboniques
ſente touſiours lés aulx. Ce nonobſtant
que aucuns de ſa farine ne vaillãs guere mieulx
que luy, cerchẽt et taſchẽt de rechef le canoniſer. Or pour cõcluſiõ, peu ſont de preſent ꝗ ne regardent
à eux meſmes, & nõ au peuple de Dieu,
de pourueoir aux hõmes, et nõ à l’egliſe de Ieſus :
preſque tous ſont chiens muetz, chaſcun mange
vn os. C’eſt la meilleur police du mõde, rien ne
ſe perd, tout eſt biẽ recueilly, Caphardz biẽ venuz,
et tous ceux ꝗ ſçaiuẽt bien plaire à mõſieur
et à ma dame, biẽ nourris et ẽtretenuz. Car l’vn
ſe taist, l’aultre ne dit mot, voyãt et delaiſſant fouller
ſés freres. Certes ce que dit Eſaie le prophete
eſt aduenu. Ilz ſõt retournez en leur voye, chaſcunIſai. 56.
à ſon auarice de ſon coſté. Tellemẽt que l’vn
brigue ſon eueſché, l’aultre plaidoye ſon prioré,
l’vn ſe plaĩct, l’aultre ſe dueile, l’vn n’a riẽ, l’aultre
est plein : l’vn a faim, l’aultre est ſaoul, l’vn ne
veult rien & ce pendãt n’a faulte de riẽ. Brief ce
n’est qu’auarice, ambitiõ, et cõfuſion. Certes l’vn
va et l’aultre viẽt ſans eſtre enuoyé de Dieu, faiſans
toutes diuiſions en l’egliſe de Ieſus. Lequel
deſtruyra & celuy qui plaiſt, & celuy qui veultIerem. 6.
plaire. Car õ ne peut plaire à dieu et aux hões ou
il fault eſtre aymé de l’ũ ou hay de l’autre. Mais
le bõ ſeruiteur plaist à ſon ſeigñr, et ne ſe ſoucie
d’aultre choſe ſinõ q̃ ſon maiſtre ſoit ſeruy et honoré.
Außi lés vrays pasteurs et miniſtres de Ieſus ſont perſecutez, bãnis et dechaſſez, pource
ꝗlz n’ont cure de ſolicitude de plaire ſinõ à leur
Seigñr et maiſtre, de le ſeruir, hõnorer et priſer.
Auquel prie n’enuoyer aultres, ſinõ ceux ꝗ ne demandent
aultre choſe que l’hõneur & la gloyre
d’iceluy, & l’edification de tous. Ainſi ſoit il.
Amos 8.La fin eſt venue ſus mon peuple, & on
n’a pas cõgneu que i’ay donné du froment : mais
Apo. 18.ie cõuertiray leurs feſtes en lamẽtations, et toutes
leurs chanſons en pleurs. Et lés marchãs d’icelle
ploureront et larmoyerõt ſus la grãde Babylone
Iere. 51.
Ieſa. 21.diſans, malheur, malheur à icelle, elle eſt
cheute la grand Babylone, &
eſt faicte habitation dés
Diables.