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Epistre tresutile faicte et composée par une femme Chrestienne de Tornay

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Martin Lempereur, Martin Lempereur Voir et modifier les données sur Wikidata (p. Titre-62).
❧ EPISTRE
TRESVTILE FAI-
cte et compoſée par vne femme Chreſtienne
de Tornay, Enuoyée à la Royne
de Nauarre ſeur du Roy
de France.
Contre
Lés Turcz, Iuifz, Infideles, Faulx Chreſtiens,
Anabaptiſtes, & Lutheriens.



LISEZ ET PVIS IVGEZ.


Nouuellement imprimée à Anuers
chez Martin l’empereur.


M. VC. XXXIX.

Reſiouys toy terre, car le Seigneur est pour faire grandes choſes. Ioël 2.

Car il a esleu lés choſes foibles & contẽptibles de ce mõde pour cõfondre les grãdes. 1 Cor. 1.

Certes il eſt puiſſant de ſuſciter dés pierres & en faire dés enfans à Abraham. Luc 3.

Et ſi ceux cy ſe taiſent, lés pierres parleront. Luc 19.

A TRESCHRESTIENNE PRIN-
ceſſe Marguerite de Frãce, Royne de Nauar
re, Ducheſſe D’alençon et de Berry :
M. D. deſire ſalut, & aug
mẽtatiõ de grace, par
IESVS CHRIST.


TOut ainſi, ma treſhonnorée Dame, que lés vrays amateurs de verité deſirent ſçauoir & entendre comment ilz doibuent viure à ce temps ſi dangereux : außi nous femmes, debuons ſçauoir fuyr & euiter toutes erreurs, hereſies, & faulſes doctrines : tant dés faulx chreſtiẽs, Turcz, Infideles, que aultres ſuſpectz en doctrine : comme deſia aſſez par voz eſcriptz eſt demonſtré. Et iaçoit ce, que pluſieurs bons et fideles ſeruiteurs de Dieu, ſe ſoyent perforcez au temps paſſé, d’eſcrire, preſcher, & annõcer la Loy de Dieu, l’aduenement de ſon filz Ieſus Chriſt, les œuures, la mort, & la reſurrection d’iceluy : ce nonobſtant ont eſté reiectez, & reprouuez, principalement dés ſages du peuple. Et non ſeulement ceux cy : dans le propre filz de Dieu, Ieſus Chriſt le iuſte. Parquoy il ne vous fault eſtre eſmerueillée, ſi de noſtre temps voyõs telles choſes aduenir, à ceux à qui Dieu faict grace, de vouloir eſcrire, dire, preſcher & annõcer ce meſme que Ieſus & ſés Apoſtres, ont dict & preſché. Nous voyons que toute la terre eſt remplie de malediction, & lés habitans d’icelle troublez : voyans lés grandz tumultes, debatz, diſſentions, & diuiſiõs lés vns cõtre lés aultres, plus grãdz q̃ iamais on ne vit ſur la terre : groſſes enuies, noiſes, rãcunes, malueillãces, auarices, paillardiſes, larrecins, pilleries, effuſiõ de ſang, meurtres, tumultes, rauiſſementz, bruſlementz, empoyſonnemẽtz, guerres, royaumes contre royaulmes, nation contre nation. Brief, toute abomination regner. Le pere cõtre le filz, & le filz contre le pere : la mere contre la fille, & la fille contre la mere, voyre iuſques à vendre l’vn l’autre, la mere desliurer ſa propre fille à toute meſchanceté. Tellement qu’il ny a bien peu, au regard de tant de gentz qui ſont ſur la terre, qui vrayement ſçachent comment ilz doibuent viure, veu telles choſes eſtre aduenues, entre ceulx qui ſe nõment chreſtiens. Et de cecy perſonne n’oſe dire mot : car l’vn veult cecy eſtre faict, l’autre cela : l’vn vit bien (ainſi qu’il dit) l’aultre mal, l’vn eſt ſage, l’autre fol, l’vn penſe ſçauoir, l’aultre ne ſçait rien, l’vn tient cecy pour bõ, l’aultre cela. Brief, y ny a que diuiſion. Et fault neceſſairemẽt, que l’vn ou l’autre viue mal. Car il ny a qu’vn Dieu, vne FoyEph. 4. vne Loy, et vn bapteſme. Et pourtant ma treſhõnorée Dame, vous ay bien voulu eſcrire, nõ pas pour vous enſeigner : mais affin que puißies prẽdre peine, enuers le Roy voſtre frere, pour obuier à toutes cés diuiſions, qui ſont regnantes és lieux, places, et peuples, ſur leſquelz Dieu l’a commis pour regir & gouuerner : et außi ſur lés voſtres, que Dieu vous a dõné, pour y pourueoir & donner ordre. Car ce que Dieu vous a donné, & à nous femmes reuelé, non plus que lés hõmes, le debuons cacher & fouyr dedens la terre. Et combien que ne nous ſoit permiz de1. Tim 2. preſcher és aſſemblées & egliſes publiques : ce neãtmoĩs n’eſt pas deffendu, d’eſcrire et admoneſter l’vne l’aultre, en toute charité. Non ſeulemẽt pour vous, ma dame, ay voulu eſcrire ceſte Epiſtre : mais außi pour donner courage aux aultres femmes detenues en captiuité : affin q̃lles ne craingnent point d’eſtre deſchaßées de leurs pays, parãs & amys, cõme moy, pour la parolle de Dieu. Et principallement pour lés paouures femmellettes, deſirans ſçauoir & entendre la verité : leſquelles ne ſçauent quel chemin, quelle voye doibuent tenir.    Et affin que deſormais ne ſoyent en elles meſmes ainſi tormentées & affligées, ains pluſtoſt reſiouyes, conſolées, et eſmeues à ſuyuir la verité, qui eſt l’Euangile de Ieſus Chriſt. Leq̃l iuſq̃s à preſent a esté tant caché qu’on n’oſoit dire mot : et ſembloit q̃ les femmes ne deuſſent riẽ lire n’entẽdre és ſainctes lettres. Qui eſt la cauſe principale, ma Dame, que ma eſmeu à vous eſcrire, eſperãt en Dieu, que doreſenauant lés femmes ne ſerõt plus tant meſpriſées comme par le paſſé. Car Dieu chãge en bien de iour en iour le cœur dés ſiens.    Lequel ie prie que’n brief ſoit ainſi par toute la terre. Amen.


Defenſe pour lés femmes.


NOn ſeulement aucuns calumniateurs & aduerſaires de verité nous vouldrõt taxer de trop grande audace & temerité : mais außi aucuns des fideles, diſans, que lés femmes ſont trop hardies d’eſcrire lés vnes aux aultres de la ſaĩcte eſcripture. Auſquelz on peut loyſiblemẽt reſpondre, que toutes celles qui ont eſcript, & ont eſté nõmées és eſcriptures ſainctes, ne ſont à iuger eſtre trop temeraires : veu que pluſieurs ſont nommées & louées és ſainctes eſcriptures, tant par leurs bonnes meurs, geſtes, maintien, exemples : que par leur Foy & doctrine. Cõme Sarra et Rebecca, et principalement entre toutes lés aultres du vieil Teſtament, la mere de Moyſe : laquelle nõobſtant l’edict du Roy, a biẽ oſé garder ſon filz de mort, & faire qu’il fuſt nourri à la maiſon de Pharaoh : comme amplement eſt declairé en Exo. 2.    Quãt à Delbora, qui iugeoit le peuple d’Iſrëal au tẽps des Iuges, n’eſt à meſpriſer. Iug. 4.    Ie demande, fauldroit il condamner Ruth, pourtant qu’elle eſt du ſexe feminin, à cauſe q̃ l’hyſtoire d’icelle eſt eſcripte en ſon liure ? Ie ne le pẽſe pas, veu qu’elle eſt biẽMatt. 1. nombrée à la genealogie de Ieſus Chriſt. Mais
Mat. 12.
1. Ro. 10.
quelle ſageſſe auoit la Royne de Sabba, laquelle n’eſt pas ſeulement nõmée au vieil teſtament, mais Ieſus l’a bien oſé nommer entre lés aultres ſages. S’il eſt queſtion de parler dés graces qui ont eſté faictes aux femmes : quelle plus grande a eſté faicte à creature ſus la terre que à la vierge Matt. 1.Marie mere de Ieſus, d’auoir porté le filz de Dieu ?    Elle n’a pas eſté petite à Elizabet mere de Iehan baptiſte, d’auoir faict vn filz ſi miraculeuſement Luc. 1.
Iehã. 4.
eſtant ſterile.    Quelle preſchereße a eſté faicte plus grande que la Samaritaine : laquelle n’a point eu d’honte de preſcher Ieſus et ſa parolle, le confeſſant ouuertemẽt deuant tout le monde, incontinent qu’elle a entendu de Ieſus qu’il fault adorer Dieu en eſperit & verité ?     Ou eſt celuy qui ſe peut vanter d’auoir eu la premiere manifeſtation de ce grãd myſtere de la reſurrection de Ieſus, ſinon Marie Magdaleine, de laquelle il auoit iecté ſept diables ? & lés aultres femmes auxq̃lles pluſtoſt ſ’eſt declairé par ſon Ange, que non pas aux hõmes, et cõmãdé le, dire, preſcher, & declairer aux aultres ? Et combien que en toutes femmes y ayt eu d’imperfection, ce nonobſtant lés hommes n’en ont pas eſté exẽptz. Parquoy, que fault il tant iaſer
dés femmes ? veu que iamais femme n’a vendu ne trahy Ieſus, mais vn hõme nõmé Iudas. Qui ſõt ceux là ie vous prie, qui ont tant inuenté & cõtrouué de ceremonies, hereſies, & faulſes doctrines ſus la terre, ſinon lés hõmes ? & lés paoures femmes par eulx ont eſté ſeduictes. Iamais femme n’a eſté trouuée faulx prophete, ouy bien ꝑ iceux trõpée (cõbien q̃ ie ne veulx ꝑ cecy excuſer la trop plus grãde q̃ malice d’aulcũes fẽmes, oultrepaßans les termes de meſure) mais außi d’en vouloir touſiours faire vne reigle generale ſans nulle exceptiõ, il n’y a point de raiſon, cõe lon faict iournellemẽt : et prĩcipallemẽt Fauſte ce moqueur, en ſés Bucoliques : leſq̃lles voyãt, certes ne me puis taire, veu q̃lles ſont plus recõmãdées et vſitées dés hõmes, que l’Euãgile de Ieſus, leq̃l nous eſt deffendu, et iceluy fableur eſt aux eſcholes pour bõ tenu. Si Dieu dõcq̃s a faict graces à aulcunes bõnes femmes, leur reuelãt par ſés ſaĩctes eſcriptures, q̃lque choſe ſaĩcte et bõne : ne l’oſerõt elles eſcrire, dire, ou declairer les vnes aux aultres, pour lés calũniateurs de verité ? A, ce ſeroit trop hardiemẽt fait lés vouloir ẽpeſcher : et à nous faict trop follement de cacher le talẽt q̃ dieu nous a dõné : ꝗ nous doit grace de ꝑſeuerer iuſq̃s à la fin. Amen.


L’EPISTRE.


LE Seigneur Dieu qui deſire tous venir à la pure et vraye congnoiſſance de verité 1. Tim. 2par vn ſeul moyenneur Ieſus Chriſt, ſans acception de perſonne, moyẽnant que par vraye Marc. 5.
Matt. 7
et viue foy lon luy demãde l’intelligence d’icelle ſans vaciller n’attendre que de luy ſeul : auquel habite toute ſageſſe, prudence, liberalité & vertu : Eſa. 4.pour abbatre tous ceux qui ſ’esleuent cõtre luy & ſes membres : le voulans ruyner par tyrannies Mat. 10.& puißances humaines. Leſquelles ne fault craindre, puis qu’auons vn ſi grãd Roy & maiſtre : Marc. 4qui regiſt tout par ſa prouidence et ſaigeſſe, lequel fera tous ventz, tempeſtes, tumultes, dißentions, & debatz ceſſer quãd ſera ſon bon plaiſir Mat. 22
Pſa. 109.
Heb. 10.
quoy que ſes aduerſaires viẽnent alencontre machiner. Car il fault que ſés ennemys ſoyent mis ſoubz le ſcabelle de ſes piedz tellement que lés Ethiopiens & Roys de la terre l’adoreront, & Pſal. 71.
Eſa. 4.
ſes ennemys ſe proſterneront deuant ſa face, & ſi leſcheront la terre. Parquoy ne fault eſtre eſtonnez : Mat. 24ains prendre courage, quand lon voit guerres, peſtes, et famines ſur la terre : nation cõtre nation, royaume cõtre royaume, le pere
contre le filz, la mere contre la fille l’vn au champ prins & l’aultre delaiſſe, l’vn au moulin prins & l’aultre delaiſſé, l’vn au lict prins & l’aultre delaiſſe, & tant de ſectes par tout pulluller et regner. Car certes c’eſt alors que le filz de l’hõme viendra en grãde vertu et puiſſance, pour rendre à vn chaſcũ ſelõ ſon loyer. Appellant lés eſleuz de ſon pere au royaume, qui leur eſt preparé dés le cõmencement du mõde. Soyes doncques veillãtz et preſtz en tribulation : car certes ſerez hays de tout le monde à l’occaſiõ de moy, menez deuant roys, princes, & ſeigneurs pour mon Nom, rendans teſmoignage de la verité.

Et ſi en mettront pluſieurs de vous à mort, penſans faire grand ſacrifice à Dieu.    Car pour lés esleuz lés iours ſeront abbregez. Ie le vous ay predict, ſ’ilz m’ont perſecuté, außi vous perſecuteront ilz : le ſeruiteur n’est pas plus grand que ſon ſeigneur : mais ayez lieſſe & exultation : car vous eſtes bienheureux quand lés hommes auront meſdict de vous à l’occaſion de moy. Prenez bõ courage, car i’ay vaĩcu le monde, vous le vaincrez. Soyez dõc ſur voſtre garde et veillez affin que l’aduerſaire ne vous trouue endormis, rien ne m’eſt aduenu ꝗ n’aye eſté 2. Pi. 3.predict : außi riẽ ne vous aduiẽdra que ne vous aye eſté predict. Ilz m’ont eu en hayne ſans cauſe, Iehã 15.
Pſal. 68.
118. 119.
außi ſeres vous. Il a eſté prophetiſé de moy, außi eſt il de vous, il eſt accomply en moy, außi ſera il en vous.    Et pource ie vous aduertis, que vous prenies biẽ garde : ſi le pere de famille Mat. 24ſçauoit qu’on luy deuſt gaſter la nuict ſa maiſon, il veilleroit, & ne laißiroit gaster ſa maiſon. Et vous, ne debuez vous pluſtoſt veiller, veu que lés choſes ſont plus grandes, & ſe agiſt de plus grãde choſe que la maiſon ? ouy certes, ſi n’eſtes du tout hors d’entendement.

Mais nous ſommes en ſi grande cecité et aueuglerie 2. Tim. 6à cauſe de noſtre auarice (qu’eſt racine de tout mal) que ne le ſçauõs cõgnoiſtre, & : ſi nous eſt aßez bien monſtré au doigt ſi le pouuiõs entendre : quand par faulſes doctrines & longues oraiſons lés faulx ꝓphetes ont ſeduict et trõpé le paouure peuple, donnãt à entẽdre qu’ilz ſont Matt. 7
Luc. 20.
2. Pier. 2
Act. 20.
Mat. 24.
2. Ti. 4.
chiſtz et ſauueurs du peuple cheminãs en lõgues robbes et habitz de brebis, mais par dedẽs ſont loupz rauiſſants, deffendãs lés mariages, & viandes, leſquelles il fault prẽdre auec action de graces : que Christ est icy ou là : qui est doctrine fort eſtrange, & bien nouuelle. Quand meſme Ieſus Chriſt ne noꝰ en auroit aduerty de nous en garder, ſi ne lés fauldroit croyre. Car le royaume de Dieu ne conſiſte en telles choſes : meſmeLuc. 17.
Rom. 14
n’eſt en aucune obſeruation exterieure, ne viſible, mais est dedans nous : & ſi est paix, iuſtice, & ioye au ſainct eſperit.    Le Seigneur Dieu ſçachãt biẽ noſtre nature eſtre touſiours prompteGen. 6. 8
Ier. 17.
Ieh. 3.
1. Cor. 2
Mat. 7.
à mal et inclinée à toute idolatrie, à croyre, recepuoir, & eſuyure lés faulx ꝓphetes, nous a predict nullemẽt lés receuoir, croyre, ne ouyr. Non pas meſme quand ſeroit vn ange du ciel, diſant autrement, qu’il n’est euãgelizé : mais qu’ilGal. 1. nous ſoit en malediction. Ce nonobſtant n’auons voulu obeyr à ſa voix : ains auons meſpriſé &Iere. 19. contẽné ſon ſaĩct cõmandemẽt, et ꝗ plus est, aymé la menſonge plus que la verité. A cauſe de quoy nous a laiſſé tõber en noſtre ſens, en noz inuentionsRom. 1.
Luc. 19.
2. theſ. 2
3 roy. 22
Iuges. 9.
& deſirs charelz. Car c’eſt bien raiſon que celuy qui ayme la menſonge plus que la verité, qu’elle luy ſoit baillée. Et pourtant que n’auons voulu receuoir & congnoiſtre Ieſus comme noſtre vray Paſteur, Eueſque, Sacrificateur,Iehã. 10.
2. pier. 2
heb. 2. 5. 7.
Iere. 23.
Eze. 26. & 33.
Sauueur & Roy : nous en a dõné d’autres à noſtre cõfuſion, ainſi que aux enfans d’Iſraël. Leſquelz ont demandé vn roy cõme lés idolatres außi l’ont eu à leur grande confuſion & ſeruitude extreme. Ilz n’ont congneu la grande benediction que Dieu leur auoit faicte leur baillant 1. Roy. 3ce bon prophete Samuel : lequel reiectans, ont reiecté Dieu et non le prophete. Außi nous eſtans ingratz, ne congnoiſſans la grande grace que noſtre Dieu nous auoit faicte, nous reuelant ſon propos immuable, ſon ſainct Euãgile, qui n’est pas par ſacrifices & ceremonies externes, l’auõs delaißé : lequel doulcement debuions Pſal. 80.receuoir, & il euſt mis ſa main forte ſur noz ennemis pour neant. Mais pource que l’auons delaiſſe, il nous a laiſſé cercher ſalut & vie en autre que en ſon filz Ieſus : qui nous eſtoit donné 1. Pier. 1.
Rom. 4.
Tite 3.
Gala. 2.
pour nous purger & nettoyer de tous noz pechez par ſon ſang, ſans que l’eußions deſeruy ne merité. Ce nonobſtant de rechef ce bon Dieu est prest de nous retirer, receuoir & pardonner pour l’amour de ſon filz. Car il est impoßible que par autre moyen que par Ieſus, les pechez Ieha. 14.ſoyent pardonnez, ne qu’on puiſſe venir au pere que par luy. Veu qu’il est le chemin, la 1. tim. 2.
1. Ieh. 2.
Heb. 7. & 9.
voye, la verité & la vie, le ſeul mediateur & aduocat entre Dieu & les hommes, la ſeule porte de vie, la ſeule hoſtie qui a eſté prefigurée par lés ceremonies & ſacrifices leuitiques, quiLeu. 14
Nõ. 29.
ont eſté baillez aux enfans d’Iſraël : mais puis que Ieſus eſt venu, ces vmbres & figures ſontmarc. 15. paßées, l’eſperit baillé, lés choſes charnelles paſſées, et la lettre morte, l’eſperit viuifié. Et ne fault poĩt à preſẽt qu’on ſerue à dieu en ſeruitude ceremonialle,Galat. 5.
Colo. 2.
charnelle, ne viſible, mais en liberté d’eſperit. Car noſtre Dieu n’eſt point charnel ne viſible, mais eſperit : außi demande il eſtre adoré & ſerui en eſperit & verité. En quoyIehan 4. ſont grandement à reprendre tous ceux qui encore nous retournent en ſeruitude de ceremonies externes par leſquelles ont eſteinct & anichile la vraye lumiere euangelique, attribuant aux choſes externes ce que tant ſeulement appartient à noſtre ſauueur IESVS : lequel aprés qu’il a eſté mort pour noz pechez, &Rom. 4. reſuſcité pour noſtre iuſtification, eſt monté és cieulx viſiblement & manifeſtement : & ſemarc. 16,
Act. 1.
ſied à la dextre de ſon pere, iuſque à ce qu’il vienne iuger lés vifz et lés mortz. Cecy nous a esté donné à entendre, que par le bapteſme exterieur & viſible lon aye vne vraye & viue foy, que lés pechez ſont pardonnez, & grace & iuſtice est donnée. Combien que cecy ne puiſſe aduenir ſiõ par le ſeul ſauueur Ieſus, par l’agneau ſans macule, qui oſté lés pechez du mõde, moyẽnant quil plaiſe au per par ſon ſainct eſperit nous tirer et inſerer à iceluy Ieſus christ ſon filz. Et außi n’a il pas ſuffit à la meſchanceté dés hõmes attribuer & bailler ainſi l’hõneur qui appartiẽt à Ieſus Christ, aux choſes viſibles, leſquelles ſont ordonnées de Dieu : mais außi aux choſes ordonnées & inuẽtées dés hommes, ſans auctorité d’eſcripture. Comme ſont voyages, argent donné pour indulgences et pardons, & à tout plein d’autres meſchantes ydolatries, q̃ lés hões ont trouué, erigé, et inuenté par leurs bõnes intentions, ou pluſtost pour piller et deſrober le paoure peuple, contre la ſaincte parolle de Dieu. Tellement que toute la terre en eſt remplie : & ſi Dieu n’y mettoit la main, ne ſeroit à la puiſſance humaine l’extirper & arracher. Mais ie vous prie, qui ſeroit celuy ꝗ pourroit aſſez & ſuffiſamment dire, eſcrire, & exprimer le grãd blaſpheme et iniure qu’on faict à noſtre Seigneur, à ſa treſſaĩcte mort, à ſon precieux ſang, qu’il a eſpandu pour nous : quand Heb. 20.au lieu du voluntaire ſacrifice, qu’il a faict & offert vne fois pour nous : on vient de rechef iournellement offrir vne choſe viſible & ſans ame pour noſtre redemption : laquelle offrande vne fois faicte changent : voire mettent à neant la pure et ſaincte inſtitutiõ de Ieſus Chriſt, quãd comme enflez & ſuperbes en leur eſperit, viennent inuenter & controuuer telles ceremonies, telles reiterations de ſacrifices, comme ſi Ieſus Chriſt n’auoit eſté aſſez ſuffiſant pour faire noſtre redemption : mais en falut faire ven aultre contre toute la ſaincte eſcripture, faiſans idolatrer le paoure peuple, qui adore le pain & le vin comme ſon propre Dieu : lequel n’a point ſon habitation és choſes faictes de main d’homme. Et ne veult außi eſtre ſerui ne adoré en choſes faictes par artifice ne induſtrie humaine.

Mais toy (plus ſage que Dieu) luy feras vne belle ymage de bois, de la moytie en cuiras ton pot et ta chair, de l’aultre en forgeras vn Dieu pour l’adorer & ſeruir, luy demandant ayde & ſecours : de peu de blé feras du pain, l’vne partie donneras aux paoures comme Dieu commande, de l’aultre qui est deffendue feras vn Dieu pour l’adorer, mãger & deuorer. O quel ſeruiteur, mangeant ſon maiſtre, quel ſeruice on luy fait, quelle adoration : bien recommandée toutefois, bien gardée et maintenu. Non pas à tout le moĩs par l’eſcripture, droict ou raiſon, car n’en veullent point : mais il ſuffit à noz maiſtres q̃ ce ſoit aſſez maintenu par force de tyrãnies. Si auez l’eſcripture pour vous, aueugles & conducteurs d’aueugles, q̃ ne le mõſtrez vous ? craignez vous la lumiere ? Certes celuy ꝗ chemine en tenebres Ieh. 12.hayt la lumiere : qui a bõ droict il le mõſtre. Que ne le faites vous, ſans vſer de tant de glaiues, de tant de guerres, ſans tant perſecuter, tuer, meurdrir & brusler innoncens, bõs et fideles perſonnages, deſquelz le ſang viendra ſur vous & ſi crie vẽgeance deuãt Dieu cõtre vous ? ou à tout Mat. 23le moins, puis que ne pouuez vaĩcre la verité, la quelle eſt inuincible : endurez on vous prie pour l’honneur de Dieu, roys, princes, & ſeigneurs, à Rom. 13qui Dieu a donné le glaiue pour punir lés meſchãs et garder lés bõs, qu’elle ſoit preſchée par voz pays & royaumes, affin que vous et voſtre paoure peuple ne ſoyez plus menez et cõduictz ꝑ cés miſerables aueugles. Leſquelz cõme paoures beſtes attachées vous meinẽt à l’abbreuoir. Auez vous le nez de cire, qu’on le vous tourne à tous veniz ? il ſemble que ſoyez du tout effiminez, hors du ſens, ſans crainte de Dieu vous eſtes bien peu redoubtez, que n’oſez veoir &Eſai. 1. entendre la verité, qui a le droict ou le tort.

Qu’eſt ce que vous craignez lés cardinaux ny eueſques, que auez en voz cours. Si Dieu estIehan 8. pour vous, qui ſera contre vous ? Pourquoy ne leur faites vous maintenir leur cauſe publiquement deuant tout le monde ? Ilz ſont tant de docteurs, tant de ſages, tant de grans clers, tant d’vniuerſitez contre nous paoures femmes, que ſommes reiectées et meſpriſeés de tout le mõde. A quoy vous ſeruent ilz, ie vous prie ? S’ilz ne veullent monſtrer leur cauſe eſtre bonne & ordonnée de Dieu, endurez vous qu’ilz dominent ſur vous ? Nous diſons le cõtraire d’eux, qu’ilz le preuuẽt. Nous le voulons monſtrer, qu’ilz ſe deffendent par l’eſcripture ſaincte. Lés auez vous rentez, enrichis, maleficiez, & remplis leurs cofres tant ſeulement pour vous faire la court ? Ne l’auez vous pas faict pour maintenir l’honneur & la gloyre de Dieu, pour preſcher & annoncer ſa parolle, pour vous monſtrer le chemin droict, cõment vous debuez viure et cheminer, pour reſiſter à ceux qui vouldrõt faire ou dire cõtre la pure parolle de dieu ? Ouy certes. Mais il ſemble qu’ilz ne ſoyẽt ordõnez q̃ pour triũpher, dãcer, braguer, iurõgner, & paillarder : qui eſt choſe bien loing de Sainct Pierre, lequel veult que ſoyons ſans crime, & 1. pier. 3.
1. Cor. 3.
preſtz à rẽdre raiſon à vn chaſcũ de noſtre foy. Et pourtant ſi eſtes reſſuſcitez auec Chriſt, perforcez vous on vous prie y mettre ordre, et cerchez Colo. 3.lés choſes qui ſont laſſus, ou Ieſus eſt aßis à la dextre de Dieu. Lequel quand nous prions, que noſtre cœur ne ſoit plus cà bas, ne qu’on regarde ou cõſidere aucune choſe viſible ou temporelle : car telles choſes paſſent, ſont corruptibles & tranſitoires. Parquoy fault leuer noſtre cœur en hault, et penſer aux choſes de Dieu, celeſtes et inuiſibles, & qui ſont incorruptibles. A cauſe de quoy, noſtre Seigneur nous recõmande que en priãt nous diſions, Noſtre pere qui és és cieulx. Nõ ſeulemẽt debuõs leuer noſtre cœur au ciel enuers noſtre pere, mais außi enuersr Ieſus qui eſt notre aduocat et frer, qui veult que ne croyons à ceux qui nous diſent, Chriſt eſt icy, Chriſt eſt là. Car telz qui nous donnent ainſi à entendre qu’ilz l’ont en leurs maĩs, en leur repoſitoire et armaire, ſont faulx chriſtz, faulx prophetes, et faulx redẽpteurs : nous dõnans à entendre qu’ilz nous rachaptẽt, ou ilz n’en font rien. Car ne vous fault attẽdre la venue de Ieſus, fors en maieſté, en puiſſance, et vertu, apertemẽt, viſiblemẽt, et clairemẽt ainſi qu’il eſt mõté. Et cõmeAct. 1.
Colo. 3.
dict eſt, ceux qui ſont reſſuſcitez auec luy qu’ilz cerchẽt lés choſes ꝗ ſont laſſus, ou Ieſus eſt aßis à la dextre de Dieu le pere. Et ne fault point entendre que ꝑſonne pẽſe que cés parolles de Ieſus Chriſt dictes et proferées ſainctes et pures, cecyMat. 27
Mat. 14
Luc. 22.
1. cor. 11.
eſt mõ corps ꝗ eſt dõné pour vous, faictes cecy en memoire de moy : facẽt aultre choſe que pain lequele on prẽd en memoire de la mort de Ieſus, ſans penſer n’imaginer que ce pain ſoit changé trãsformé, et trãſubſtãtié au corps de nostre Seigneur Ieſus : ou que ſon corps deſcẽde du ciel, et ſe viẽne mucer et cacher ſoubz ce pain : ou auec le pain. Car ceſte opiniõ eſt plus que folle ſongerie et reſuerie trop ſuperſtitieuſe, trop rude, & loing de la pure parolle de Dieu, et foy de noſtre Seigneur : ꝑ laquelle nous croyõs, attendõs, et cõfeſſons noſtre ſauueur eſtre aſſis ꝑpetuellemẽt à la dextre de ſon pere : et de l i venir iuger lés viuãtz et lés mortz : mais ſa grace, puißãce, miſericorde, auec ſon ſainct eſperit habiter et ſe monſtrer en nous iuſq̃ en la cõſommation du ſiecle. La foy donc et l’eſperit de Dieu habitãt en nous, nous enſeignẽt cecy par la parolle de Dieu, ſans lés ſonges dés hõmes. Car tout aĩſi que la circonciſion eſtoit nõmée l’alliance entre Dieu & Abraham gen. 17.à cauſe qu’elle n’eſtoit q̃ le ſigne, on la faiſoit en memoire de l’alliãce. Et außi la colõbe Mat. 3.
Marc. 1.
Luc. 3.
Iehan 1.
n’est pas le S. eſperit, mais est le ſigne que le Sx. eſperit est deſcendu ſus Ieſus, quand on a ouy la voix du pere diſant : C’est mõ filz bien aymé auquel Act. 2.ay pris mon bõ plaiſir, eſcoutez le. Nõ plus que le vent & la flãme du feu n’est le S. eſperit, quãd leur a eſté dõné à la pentecoſte. Mais tout celà eſtoit le ſigne du ſainct eſperit. Cõme entre lés enfans d’Iſrael l’agneau paſchal eſtoit appellé & nommé la paſque, c’eſt a dire, le paſſage Act. 2.
Exod. 2
Rom. 9.
faict de l’ange en la terre d’Egypte : & le bapteſme pris en foy est appellé renouuellement de vice en la mort de Ieſus christ, pource qu’il ſignifie la regeneratiõ & renouatiõ interieure et ſpirituelle, tellemẽt que ceux ꝗ ſont baptizez en foy, ſont cõplantez à la mort de Ieſus Chriſt : cõme vrays enfans en l’heritage, & à la greffe de la bonne oliue en l’oliuier ſauuage. Außi IESVS Chriſt est nõmé et appellé en l’eſcripture, laq̃lle est accommodée à nous pour noſtre infirmité, ce qu’il n’eſt pas. Mais ce qu’il repreſente & ſignifie par ſimilitudes. Sainct Iehã le nõme vne vigne, vne porte, et vn chemĩ : s. Pol vne pierre,Iehan 15.
1. cor. 10.
luy meſme pain. Außi nous le nõmons & appellons pain, en la ſaincte table, qui eſt ſõ ſacremẽt. Tellement que le pain eſt nommé & appellé le1. cor. 11. corps de Ieſus Chriſt : pource que le pain nous ſignifie & repreſente le corps de Ieſus auoir esté liuré & baillé à la mort pour nous : & eſt prins en memoire et recordation que ſon corps a esté mis à mort pour nous.    Car manger la chair & boyre le ſang de Ieſus Chriſt, est bien aultre choſe que prendre le pain, et boyre le calice : cecy est commun aux bons & aux mauuais, mais manger la chair de Ieſus Christ, & boyre ſon ſang, n’eſt commun que à ceux qui veritablement ont Foy. L’on peut bien venir indignement à la table de nostre Seigneur, mangeant & prenant ce en condemnation & iugement : tout ainſi que indignement l’on peut prendre le bapteſme, quand ſans Foy viue, certaine & entiere, l’homme vient teſmoigner qu’il eſt renouuellémarc. 16 de vie, & teſmoigne deuant l’aſſemblée qu’il est inſeré, vny, & conioinct à Ieſus Christ. Et ſur ce prend le bapteſme exterieur & viſible, à ſa condemnatiõ : donnant à entẽdre qu’il est dés mẽbres de Christ faulſement. Mais le bapteſme interieur lequel perſonne ne peut dõner ſinõ le ſeul Dieu, donnãt ſon ſainct eſperit, il ne peut eſtre receu que dignemẽt. Car il fait dés impurs et mal netz netz, dés indignes dignes, lés purifiant et ſanctifiant par Foy, leur dõnant ſon ſaĩct eſperit. Auſſi mãger la chair et boyre le ſang de Ieſus Chriſt n’eſt autre choſe que fermemẽt croyre, qui iceluy noſtre benoiſt ſauueur a dõné ſon corps, ſa chair, ſa vie, & a repandu ſon ſang pour noſtre ſalut. Vrayemẽt cecy ne peut eſtre faict indignement & en iugemẽt, mais en ſalut. Car ceſte Foy purifie lés cœurs, pource q̃ Ieſus Chriſt habite par Foy au cœur du croyant. Ce mãger donc et croyre eſt vne meſme choſe : car nous n’auons pluſieurs moiẽs pour eſtre ſauuez, il ny a qu’vn c’eſtaſſauoir la Foy que auõs en Ieſus Chriſt.

Cecy dõne bien entendre l’euangeliſte S. Iehan en pluſieurs paſſages, parlãt touſiours d’vn meſme eſperit. En vn paßage il dit ainſi. Qui croit en moy a la vie eternelle, et ie le reſſuſciteray au dernier iour : En l’aultre paßage il dit. Qui mãge ma chair et boyt mõ ſang, a la vie eternelle, et ie le reſſuſſiteray au dernier iour. En cecy on voit aſſez apertemẽt manifeſtemẽt et ſimplement eſtre dicte vne meſme choſe de la Foy, et de mãger. Et pourtãt à ce tẽps cy ne fault regarder ceremonies, ſacrifices ou ſignes viſibles attendãt ſalut ꝑ choſes exterieurs ou viſibles ꝗ ſont adminiſtrées par lés hõmes. Car ſ’il eſt ainſi que l’hõme n’eſt pas iuſtifié ꝑ lés œuures de la loy, ne meſme par l’obſeruatiõ de tout ce q̃ Dieu cõmãde, mais ſeulemẽt par la miſericorde de Dieu, ayãt foy en ſon filz Ieſus : cõment dõc attendrõs nous ſalut par lés choſes leſquelles ſõt directemẽt faictes et ordõnées dés hõmes cõtre Dieu et ſa parolle ? Et pourtãt tant ſeulemẽt ſe fault arreſter et tenir du tout aux biẽs interieurs, à la foy, à l’eſperit ouurãt ꝑ charité en noz cœurs, quoy ꝗ les ſages crient : leſq̃lz n’ont ẽcore du tout l’intellegẽce dés eſcriptures ſ’arreſtãs aux ſignes viſibles. Et pourtant fault q̃ l’hõme cõgnoiſſe ſon imperfectiõ : car il ny a qu’vn ſeul ꝗ ſoit par faict, auq̃l habite toute perfection, c’eſt Ieſus Chriſt le iuſte : ſans leq̃l ne pouuõs auoir la vraye et ꝑfaicte intelligẽce de ſon eſcripture laq̃lle peu à peu eſt ouuerte aux ſiens, pour et affin q̃lle ſoit du tout et entieremẽt entẽdue et declairée. Car tout ainſi q̃ par hypocriſie, ꝑ force de tyrannie a eſté par vn tẽps eſteĩcte et ſuffoquée : außi, par la vertu et puiſſance du glaiue de l’eſperit de Dieu ſera allumée et releuée quoy que lés tyrãs facent. Car Ieſus Chriſt reſſuſcité dés mortz eſt mis en gloyre. Et eſt certain Mat. 24qu’il fault pluſtoſt que le ciel et la terre paſſẽt et abiſmẽt qu’un ſeul mot de la ꝑolle de Dieu paſſe. Et pourtãt il a promis d’eſtre noſtre dieu Luc. 8& pere : il nous fera cõme à ſés enfans puis que ſõmes filz et freres de Ieſus. Et ne fault doubter que ne ſoions heritiers & participãs de l’heritage auec luy : veu qu’il ſ’eſt dõné à cõgnoiſtre à Mat. 24nous, voulãt q̃ ſon euãgile (qui eſt bõne nouuelle) ſoit preſchée et annõncé par tout le mõde. Leq̃l nous a reuelé de ſa grace, & dõnera à entendre plus amplemẽt aux ſiens, mais non pas ſans perſecutiõ. Il eſt veritable en ſés ꝓmeſſes il ne ment point cõme lés aultres hõmes. Qui eſt celluy qui iamais aye eſté trõpé en luy ? Abraham et lés aultres bons patriarches, n’ont ilz point obtenu ordõné cõme il auoit promis ? Qui eſt celuy qui luy puiße reprocher quelque choſe ? Pourquoy eſt ce dõc que nous doubtõs en ſés ꝓmeſſes cõme ſ’il eſtoit impuiſſant ? Craignez vous qu’il ne le puiſſe faire ? ou eſt voſtre Foy ? n’a il point tout en ſa maĩ ? qu’eſt ce que lés hõmes ferõt ſans luy ? le Soleil couchera il deuant ſon heure ? La pluye retournera elle en hault ? ouy bien mieulx ſe fera et plus facilement, que l’euãgile n’aye ſon cours par tout le mõde. Exercez vostr office tyrans, rompez vous la teſte cotre la pierre, rien n’y ferez, bedeaux du Pape, ſinon la vous rompre : vous ſeres froißez. Car en tuant, et bruslant le corps, n’auez nulle puiſſance ſus l’ame. Noz cheueux ne ſont ilz point tous cõptez ? il ne ſ’enMat. 6. perdra pas vn ſans le bon vouloir de nostre pere, lequel non ſeulement a ſoucy de nous, mais de la moindre choſe qui ſoit sur la terre, voyre dés oyſeaux du ciel : combien plus de ſés enfans ? Si le vouloir d’iceluy eſt tel qu’il laiſſe tomber és mains dés ennemys, fault il reſiſter à ſon ordõnance, ou murmurer à lencontre de luy ? nẽny certes. Pourquoy dõcques reſiſtes tu à ſon vouloir & à ſon ordonnance qui n’eſt en toy l’euiter, veu que le ciel, la terre, la mer, & toutes choſes qui ſont en icelles ſont creées par la ſeuleGene. 1. parolle d’iceluy, diſant : la choſe, & a eſté faicte. Et toy, ver de terre, paoure miſerable pleĩ de peché et d’iniquité, deffiras ce qui a esté faict et ordõné d’vn tel Prĩce et Roy de toutes choſes, tu reſiſteras à ſõ vouloir diſãt. PourquoyRom. 3. fait il cecy ? L’ouurage dira à celuy qui l’a fait Pourquoy m’as tu faict aĩſi. N’est ce pas le vouloir du potier de faire vn pot l’vn à honneur, l’autre Rom. 9.à deshõneur ſans que l’œuure ſe viẽne à esleuer contre ſon maiſtre ? Et toy paoure creature, qui és encore plus moĩdre ſans comparaiſon au regard de ce grand pere Dieu, que non pas le pot enuers le potier : et ce neantmoins craindras lés hommes de confeßer Ieſus Chriſt & ſa parolle deuant lés Roys, princes & ſeigneurs qui ne ſont rien enuers luy ſinon vent & fumée, ou Eſa. 5.fleur deuant le ſoleil, qui est incontinent ſeiche et aride auec tout ſa gloyre & beaute. Salomoh auec toute ſa ſageße, richeße & pompe eſt il autre choſe que pouldre ? Samſon ie vous prie, auec toute ſa force, Goliath auec ſa grandeur, que ſont ilz ſinon abbatus par celuy, qui a le bras de toute force ? En quoy ſe peuuẽt glorifier ceux cy ? ſont ilz plus ſages, riches, puiſſans & vertueux que celuy qui a abbatu et ãnichilé plus fort que eux ? qu’ilz le monſtrẽt : & le Dieu dés forces lés deſtruyra, ſi en bref ne ſe retournent & rendent graces à Dieu, lequel par ſa miſericorde leur en doint grace : affin que le paoure peuple vienne à recongnoiſtre vn ſeul Dieu, vne ſeule Ephe. 2.
1. Tim. 2.
1. Ieh. 2.
loy & foy, vn mediateur & aduocat, vn ſeul ſau ueur & vn bapteſme, laißans leurs faultes & erreurs, n’eſtans plus en tant de diuiſiõs et diſſentions leſquelles ſont à preſent ſur la terre.

Lés hõmes certes ſont en grande diuiſion à preſent, en ſorte que lés vns diſent cecy, lés aultres celà, tellement que le paoure peuple ne ſçait de quelle part ſe retourner. Et fault neceſſairement que lés vns ou lés autres viuent mal. Car le royaume de Dieu ne peut eſtre diuiſé, mais eſt paix iustice & ioye au ſainct eſperit. Non pas vne paix mondaine, fourrée & dés hommes : mais de Dieu qui est en nous, ayans l’intelligence de ſa parolle : à laquelle du tout ſe fault arreſter ſans yDan. 12. & 4.
Ap. 22.
rien adouſter ou diminuer. Car ſans icelle iamais ne pouuons venir à la vraye vnité de foy. Et pourtant ſe fault ſoubmettre du tout à elle et non à ce qui nous ſemble beau & bon, qui n’est qu’abomination deuant Dieu. Et ne fault pas ſeLuc. 16. glorifier à la multitude dés hommes, à la ſageſſe humaine, au temps paßé, en noz peres & predeceſſeurs :Eze. 20.
2. chr. 30
Iere. 16.
Leu. 18. 4. 10. 14
en tout ce n’y a de quoy ſe glorifier : car les Turcz qui ſont en ſi grand nombre, voyre plus que nation de la terre, ſe diſent croyre à vn Dieu qui a faict le ciel & la terre, la mer, et toutes choſes contenues en icelle, gouuernant tout par ſa ꝓuidẽce et ſageſſe. Et oultre ce ont la loy mahometiſte, c’estaſſauoir l’Alkorã de mahomet, la tenãs cõme loy ſaincte, pure, bõne et diuine : viuãs en icelle fort austeremẽt, ſoy gardans de tranſgreßer lés cõstitutions et ordõnãces d’icelle. Ce nonobſtant errẽt grãdement, cõme infideles : et ſi n’õt point d’occaſiõ de ſoy glorifier en leur multitude ny obſeruatiõ de leur loy. Car mieulx vault ẽſuyure la verité en petit nõbre meſme quãd n’y auroit qu’vn ſur toute la terre, auec lés bõs ſeruiteurs de Ieſus : q̃ le mẽſonge en grãd nõbre auec lés infideles. Que ſert il, ie vous prie à ceux di Ieruſalẽ, d’auoir ſuyui Anne, Caiphe, et Pilate, lés ſcribes et phariſiẽs en grãd nõbre, põpe et triũphe ? Ne leur euſt il pas mieulx valu ſuyure Ieſus et ſés Apoſtres, iaçoit ce qu’ilz fußent en petite nõbre, auec leur paoureté, meſpris, et cõtemnemẽt, que ceux là qui ſont en grãd nombre, tãt riches, puißãs, hõnorez, et priſez, de tous lés ſages du monde ? Ouy certes. Car tu vois que au Gene. 7.tẽps de Noah, petit nõbre fut ſauué deãs l’arche et toute la reſte de la terre nyée. Dedãs Dodome Gen. 18.
Gen. 37.
Nõb. 13.
peu ſuyuẽt Loth : ẽcore ſa fẽme demeure ꝑ chemĩ la plus grãde ꝑtie dés freres à Ioſeph õt cerché ſa mort : deux eſpies ſeulemẽnt ſõt trouuez bõs en Iſraël, et lés aultres eſmeurẽt tout le peuple en ſeditiõ. Au tẽps de la grãde perſecutiõ de Thobie,Tob. 1. nul ne ſ’eſt trouué que le ſeul Thobie, ayant la craĩte de Dieu. Et tout ainſi que mardochée luy ſeul n’a voulu adorer Namã ce meſchãt garnemẽnt,Eſter. 3.cõe tout le peuple l’adoroit : ainſi n’õt voulu faire cés troys, Daniel, Azariah, & AnaniahDan. 1. 3 l’image du Roy Nabuchadnezer : leſquelz reluy ſoiẽt au milieu dés idolatres, cõe lés estoilles du ciel. La choſe eſt certaine, qu’il ya plus d’enfans d’iſmael, que de ceux d’Iſaac : et plus en a Abraham de Hagar, que de Sarra. Car touſiours petitGen. 25.
Gal. 3. 4
nõbre a ſuyui le biẽ, et la multitude le mal : cõe la ſeule lignée de Iehudah ſuyuoit la maiſon de3. 10. 12. Dautd, en Iſrael. Et le grand nombre va aprés lés faulx prophetes : mais peu de gens võt aprés Helie, & Micheah. Quatre cens faulx prophetes3. roy 18 & .22. deſſoubz Achab et Iezabel ſõt trouuez pour maintenir leur Dieu Baal, bien nourriz & entretenuz : mais pour maintenir l’honneur & la gloire du Seigneur, ou pour faire deſcendre le feu du ciel, et monſtrer la puiſſance du Dieu d’Iſrael : Helie le Prophete eſt trouué tout ſeul.

Parquoy c’eſt grand folie & ignorance de Ieſus, de vouloir alleguer cõtre nous la multitude phariſaique et encore plus icelle vouloir enſuire. Car iamais n’a eſté que le mõde n’aye ſuiuy & demãdé Barrabas, c’eſtaſſauoir le grãd chemin qui meine à perdition, & pluſieurs ſont qui le ſuyuent : mais peu la verite, le chemin qui meme à ſaluation, cõme aſſez appert par tout le vieil & nouueau Teſtamẽt. Du tẽps de Moyſe pluſieurs ſortirẽt de captiuité deſſoubz la main de Pharaoh pour entrer à la terre laquelle leur eſt ꝓmiſe : mais de ſix cẽtz mill cõbatans deux ſeulement ſont qui y entrent, Caleph & Iehoſua : et tous les aultres n’y entrent point par leur incredulité, ains ſont errans par les deſers murmurãs & faiſans cõtre lés cõmãdemẽs de Dieu. Car il eſt certain que pluſieurs y ſont appellez, mais peu d’esleuz : & pluſieurs vrayement ſont creez, mais peu de gentz ſeront ſauuez : tellemẽt qu’il ny a biẽ peu qui ſe puiſſẽt nõmer vrayemẽt chreſtiẽs, ſe glorifians en Dieu ſeul : mais pluſtoſt ſe nõmer franciſcains, dominiquaĩs, clariẽs, mariens, auguſtiniens, cõuentiſtes, papiſtes, anabaptiſtes et luthériens : cõme ſ’ilz ne, tenoient riẽ de Ieſus, ou que leur deriuation feuſt ſaulſe, n’eſtans baptiſez au nom de Chriſt. Certes tous y ont erré, voire nous et noz peres, ayans faulte de la grace & miſericorde de Dieu.    Et lés Iuifz qui eſtoient appellez par Ieſus Christ, ne l’ont voulu recongnoiſtre pour leur meßias et roy : mais en attẽdent vn aultre charnel, viſible, & temporel, qui vienne en grande auctorité et pompe auec cheuaux, chariotz, armées, baſtons, bombardes, & artillerie, pour ruyner, deſtruyre, brusler & meurdrir, ayant vn royaume du tout charnel & du monde, faiſant la reſtitution de Ieruſalem, charnelle & temporelle : ſe glofians en leur nom, Iuifz, voyans, ayans lés eſcriptures à eux peculieres, ſoy diſans lés entendre et auoir d’icelles plus d’intelligẽce que nulle aultre natiõ de la terre, tant par les prophetes que aultres qui ſont ſortis de leurs peres. Ayãs auſſi lés promeſſes faictes à leur pere Abraham & à ſa ſemence, duquel ſont ſortis, ſe nommans filz d’Abraham, croyãs à vn ſeul Dieu, lequel meſme ont en ſi grande reuerence, que tant ſeulemẽt ne l’oſent profere & nommer : mais au lieu de dire Iehouah, diſent Adonay, l’Eternel, ſe parforçans de garder toute la loy de Moyſe, lés ſabbatz,Peu. 14.
Leui. 11. & 12.
De cõſe
diſt. 5. c. 2
Carne[illisible]
lauementz, années, figures & circonciſiõ, voyer iuſque à ne manger chair de pourceau. Ainſi que le Pape & lés ſiens font aucuns iours par luy defendus, apprenãs ẽcore à iudaiſer, com ſi Chriſt n’eſtoit ẽcore venu, ꝗ eſt choſe fort horrible & eſpouẽtable, grande miſere et blaſpheme diſt. 4. c
Deniꝙ
à penſer, ainſi qu’il a cõmandé à la diſt. 4. chap. Deniq;. Que nulle ꝑſõne oſe mãger chair, œufz fromages, ne choſe de laict, deſpuis la quĩquange ſime iuſque à paſques. Cecy n’eſt pas tãt ſeulemẽt 1. Ti. 4.cõmãdé à tous cõtre le cõmãdemẽt de dieu : mais q̃ nul Chartreux, nul Celeſtin, nul Iacopin, nulle ſœur collette, nul dés enfumés, Minimes n’aultres moines iamais ne mãgeußẽt chair. de cõſec. diſt. quĩta. cap. Carnẽ. Cecy eſt ordõné du Pape ꝑ bõ reſpect ainſi que toutes lés ordõnãces ſont, & à celle fin qu’on ſe retire a Dieu. Car nous ordõnons & cõmandõs, que le villain (c’eſt adire celuy qui gaigne ſa vie pour ſon trauail) ſoit tant preßé et aggraué de pẽſiõs et d’aultres choſes, ꝗl ſoit cõtreinct de ſe retirer à Dieu. 23 q. 8. Iam vero. Et pour ceſte raiſon ſusdicte le Pape a ordõné la. x. partie de tous biẽs eſtre dõnée aux preſtres. C’eſtaſſauoir blé, graĩs, foin, fruictz, laines, peſcheries, moulins, gages, et de toute marchãdiſe ou vẽte de maiſõs, chãps, vignes, fours, troppeaux de beſtial, de mouches à miel, de la chaſſe, de la gẽdarmerie, c’eſt dés gages qu’ilz ont. Brief, il ne reſtoit plus que la X. ꝑtie dés fẽmes : cõbien que en aucũs lieux ſont biẽ ſi hardis de ſe vãter que ilz ont le tout : mais de ſe marier cõe Dieu cõmãde,1. Cor. 7 leur eſt defendu à la diſt. 34 Is qui. cap. Chriſtiano.Nota diſtĩ. 34. Si quis nõ habet vx orẽ habeat cõcubinã. Cela leur eſt aſſez ꝑmis, mais d’en auoir vne legitime celà ſent lefeu & ſon hereſie. Voyes la 23 q. 7. cap. Nõ eſt. Ex trãſmißa a nobis paſtoralibus. & aux aultres cha. De decim. primicijs, & obl tionibus. Veu que dés Iuifz requeroit plus ãple declaratiõ, la laiſſe pour le preſẽt à ceux qui plus ãplemẽt que moy ont labouré en leur lãgue : cõe mũſtere en ſõ ꝓlogue de S. Mat. car en cecy ie ne taſche à aultre choſe ſinõ de mõſtrer Ieſus Chriſt, et iceluy crucifié, et qu’en vain et ſãs cauſe eſt ſeruy ꝑ aultres loix et ordõnãces que ꝑ lés ſiẽnes, ou que ꝑ aultre moiẽ, on cerche ſalut qu’ẽ luy, deteſtant toute aultre conſtitution & ordõnance que la ſienne, laquelle eſt immuable. Lés queſtres ſe diſent mieulx viure en leur maniere de faire ſelon verité, que ceux qu’on nommoit Valdenſes, Picars ou Turelupins, leſquelz ont regné deſpuis le temps dés Apostres fugitifz deçà et delà, à cauſe dés grãdes et cruelles perſecutiõs qu’on leur a faict et ont eſté et ſont encore eſgarez parmy la terre, cõme paoures brebis errantes ſans paſteur. Et iamais eux ne leurs peres n’õt creu ne dõné foy à la loy papale ne aux ceremonies d’icelle : mains ont mieux aymé fuyr & endurer tormẽs et perſecutions, que d’enſuyure ceſte meſchante Idole de Rome. Ie dy cecy, affin que nul ne penſe eſtre choſe nouuelle reiecter la loy papale. Cõbien que ie cõfeſſe qu’ilz ont erré iuſque à maintenant en aucunes choſes, par faulte de bõne intellegẽce : attribuãs aux creatures ce qui appartient tant ſeulement au createur. Cõme font encore de preſent aucuns anabaptiſtes, leſquelz reiectent & renoncent pleinemẽt & ouuertement l’eslection de Dieu, ſ’attribuans puiſſance & liberal arbitre de ſe pouuoir ſauuer ou damner : cõme ſ’il yy auoit pluſieurs ſauueurs, ou aultre ſauueur q̃ Ieſus, diſans auoir iuſtification ꝑ leurs œuures et merites. Eſtablißãs de rechef vne aultre nouuelle papiſterie, pire q̃ la premiere plus dãgereuſe, plus fine et plus coulorée de ſaincteté que ne feut iamais celle du Pape. veu qu’ilz ſ’arreſtent totalement à la foy de Ieſus Chriſt, par laquelle ſeule ſommes iuſtifiez ſans Rom. 3.deſſerte & ſans lés œuures de la loy. Tellement que ne pouuons eſtre plaiſans à Dieu ſans icelle foy. Car qui eſt ſoubz la loy, il est encore ſoubzgal. 3. 4. le pedagogue : & ſi ſommes circõcis, Chriſt ne nous prouffite en rien. Certes cés paoures cheſtiens & fideles ont touſiours eſté contreinctz d’eſtre ſeparez dés aultres hõmes, et d’ouyr la parolle de Dieu en ſecret, ſ’ilz l’ont voulu ouyr : et principalemẽt la nuict, à cauſe dés grandes perſecutiõs qu’on leur faiſoit, lés eſtimãs hors de la foy & chreſtienté, pires qu’infideles, renyans Ieſus & ſon euãgile. Et pour ceſte cauſe leur a on ĩpoſé ce nom vauldois, ſorciers, et pauperes de Lugduno : diſans qu’ilz tiennẽt vne meſchãte ſecte, leur ſynagogue la nuict, mangeans leurs enfans, et faiſans aultres choſes diſſolues. Tellemẽt qu’vn cõmun prouerbe en est venu, qui tient ſi tiẽne : leur attribuãt qu’ilz ne font nulle differẽce de freres à ſœurs, de peres à filles, de meres à filz, de couſins à couſines, qui est vne choſe faulſe et controuuée. Mais par lés grandes tyrãnies deffenſes de viure ſelon l’euangile de Ieſus, ont eſté contreinctz de ſ’aßembler (cõme deſia est dict) la nuict, pour ouyr la parolle de Dieu. Et à cauſe de celà ont eſté tirez en telles calũnies, et ſont encore de preſent, iuſque à ce ꝗl plaiſe à Dieu lés en deliurer. Meſme à force de tormẽs, tiremẽs de cordes & bruslemẽs de piedz auec huyle bouillãt leur ont faict cõfeſſer q̃ la vierge Marie mere de Ieſus eſtoit vne putain : et eſtãs hors dés tormẽs horribles et eſpouuentables à pẽſer, diſent le cõtraire. Mais incõtinẽt ſont plus tormẽtez et tyrãnizez que paravãt, affin que cés cruelz ayent couleur de lés faire mourir, pour auoir leurs biẽs en cõfiſcation. Cõme cés ãnées paßées auõs veu lés exẽples par ce maudict moyne de Roma : deſquelles choſes le Roy a eſté aultrefois plus ãplement informé, pour mettre ordre à telles iniuſtices : qui ſera quand il plaira à Dieu luy faire la grace. Puis que dés aultres en ſomme auõs parlé viẽdrõs à la loy papale, ou aultrement nõmée faulſemẽt chreſtiẽne, ſans q̃ perſonne (ſ’il luy plaiſt) ſ’offenſe : veu q̃ ſelõ la verité declairée, ou à tout le moĩs en partie. Car n’eſt à moy n’a aultre fẽme la pouuoir aſſez ſuffiſãmẽt deſpaĩdre et declairer, voyant l’enormité et abominatiõ d’icelle. Vous priãt lire et entẽdre auant que iuger. Car ſouuẽtesfois loniuge ſans ꝑtie ou ſans auoir leu le ꝓcés, baillãt ſentẽce digne d’appellatiõ. Et poutãt ſi diligẽment voulez entẽdre la trouuerez ſans cõparaiſon plus eſtrãge, ſuperſtitieuſe, hors de la foy et chreſtienté q̃ null aultre. Ce nonobſtãt ſõt prõptz à mal dire et à ꝑſecuter lés aultre. Et ſi n’y a natiõ ſur la terre qui ayt tãt erré blaſphemé et failly en la vraye et viue foy q̃ ceux cy leſquelz deburoiẽt biẽ inuoq̃r l’ayde du Seigneur Dieu, & ſe grãdement humilier, recõgnoißans leurs faultes et pechez luy demãdans mercy et miſericorde, le priãs leur dõner l’intelligẽce d’entendre et cõgnoiſtre ſi ce que ie dy est veritable. Mais le grand orgueil qui est en eux, lés empeſche de ce faire. Car nullemẽt ſe veulent humilier ne recõgnoiſtre leurs faultes et erreurs, nõ plus que Iuifz et payẽs cõfeßãs entieremẽt et ſans faintiſe, qu’eux et leurs peres ont miſerablemẽt erré en la foy de Ieſus. Ains aymẽt mieulx demourer et ꝑſeuerer en leur paoureté et miſere, que diligẽmẽt veoir, entẽdre, cõfeſſer et cõgnoistre leurs faultes et erreurs : ꝗ eſt vne grãde maledictiõ de Dieu enuoyée ſur eux, à cauſe ꝗlz ont plus dõnéRom. 1. de gloyre et d’hõneur à la creature que au creater, la ſeruãt et adorãt plus q̃ Dieu : leq̃l ſeul fault adorer en eſꝑit & verité. Et ne veult qu’on donneMat. 14.
Iehan. 4.
Eſai. 42
2. theſ. 2.
Rom. 1.
ſõ hõneur et gloyre à aultre qu’a luy. Et pourtãt lés a laißé tõber en ſens reꝓuué. Quelle plus grãde aueuglerie veulx tu, q̃ d’auoir creu, ſuyui & enſeigné lés choſes, deſquelles eux meſmes ſe moquent ? Cõme l’eaue croiſée du prebſtre (ainſi qu’ilz diſent) eſtainct le feu de purgatoire, faict fouyr lés dyables, deſtourner lés tẽps, tempeſtes, tõnoyrres & ventz, & le ſel au bapteſme donné aux petis enfans, leur fait auoir ſciẽce & ſapience : & principalement pour apprendre ſe retirer és medecins qui gueriſſent de toutes maladies, cõme S. Roct du vomiſſemẽt. S. Loup dés dẽs. S. Renard du mãger. S. Coſme dés chaſtrés, & Damiẽ dés rompus de tous coſtez. Tellemẽt qu’il n’y a ne ville ne village que le Pape n’aye de ſon meſnage. L’vn guerit du froit, l’aultre du chault, l’vn dés yeulx, l’aultre du nez, l’vn dés doigs, l’aultre dés ongles. Brief, Dieu n’y fait plus rien. Ce nõobſtant, tous diſent et cõfeſſẽt Gene. 1.eſtre vn ſeul Dieu, qui a creé le ciel et la terre, tout bõ, tout ſage, tout puißãt et tout miſericordieux, Ieh. 15.
Ieh. 4.
ſans luy ne pouuoir riẽ : et qu’il le fault adorer et ſeruir luy ſeul en eſperit et verité : qu’il a ẽuoyé Ieſus Chriſt ſon ſeul filz noſtre Seigñr : Conceu de l’eſperit de Dieu, nay de la vierge 1. Ieh. 2.marie, ſans lequel ne pouuõs auoir accés au pere. Parquoy il à fallu q̃ le filz de Dieu aye eſte mis Eſa. 53.à mort, luy iuſte et innocẽt, pour nous iniques & meſchans : nous faiſans aggreables & playſans à ce bon pere par ſa mort, ſe nõmant noſtre aduocat & frere, nous procurãt l’heritage edu royaume, affin que ſoyõs heritiers et coheritiers auec luy. Ce neantmoins incõtinẽt par œuures le nyẽt & renuncẽt eſtre leur Dieu, leur ayde, eſperance, cõſolatiõ & ſauueur : quãd par aultre moyen que par luy ſeul veulẽt remißiõ de peché, cerchãs aultre ſalut, aultre cõfiance que en luy. Cõme ꝑ œuures, merites, religiõs, voyages, pelerinages, cõfeßiõs auriculaires, meſſes, adoratiõs d’idoles, argẽt dõné pour indulgẽces & pardõs, & à tout plein d’aultres mechantes inuentiõs, ceremonies & ſacrifices que lés hõmes ont cõtrouué : veu que ꝑ vn ſeul ſacrifice et ſeule oblation, nous a eternellemẽt ſainctifiez. Ne ſera il pas excõmuniéHebr. 9. du pape, de ce grãd Melchizedek Dieu de terre, & reiecté de ſon egliſe, celuy qui laiſſera ſa ſecte pour prẽdre Ieſus, & qui cõtredira en quelque choſe à ſon ſiege papal ? ouy certes : et nõ ſeulemẽt à luy (qui n’eſt ne Dieu ne hõme) eſtant ſus toutes gentz et royaumes, comme li dit en la gloſe du proëme dés Clemẽtines : ou il eſt dict, Papa admirabile. Mais außi de dire ou cõtreuenir ſeulemẽt cõtre ſés ſeruiteurs. In ſexto de penis cap. Felicis recordatiõis, et 17. q. 4. Si ꝗs ſuadẽte, Ou ꝗ plus eſt, ſ’il aduenoit à q̃lque paoure fẽme ayãt vne ſeule chieure pour nourrir et allaicter ſés petis enfans aprés q̃ ſon mary ſeroit mort, pour la bien ſoulager et cõſoler, ne la luy fauldroit il point vendre ou donner pour payer l’offrãde ? Car autremẽt denõçons pour excõmuniez cõe infideles, tous ceux ꝗ ne payẽt leurs offrãdes 13. q. 2. Qui oblat. Et cõbien q̃ luy meſme le deffend ꝑ ſés liures propres, cenonobſtãt tous lés ſiens le font. En telle maniere ꝗl n’y a pas vn de ſés prestres, eueſques, & de tous ceux ꝗ ſont de ſõ meſnage ꝗ ne ſotẽt ꝑ dõnent et prẽnent q̃lque choſe pour graces, ordres et telles tracaſſeries. Anathema dãti et recipiẽti. 1. q. 1. c’eſt adire, maledictiõ à celuy ꝗ dõne & à celuy qui prẽd : et qu’on ne doibt riẽ receuoir pour lés ordres ou pour la creſme, pour le bapteſme, baulme, ſepulture ou cõmunion 1. q. 1. ne encore quand on lés contreindroit d’en prendre. 13. q. 2. poſt quam precio. Mais ce ſeroit bien peu de choſe ſ’il n’y auoit aultre excommuniement plus à craindre que le ſien. Car il en y a bien vn aultre, qui est denoncé par plus grand eueſque : c’eſt de Ieſus Chriſt & ſés Apoſtres, aux Actes huictieſme chapitre, contre ceux qui eſtiment ou veulent auoir le don de Dieu pour or & argẽt, & non par la ſeule grace et miſericorde de Dieu lequel veult q̃ nous appreniõs de luy d’eſtre benĩgz etMat. 11. & 10. debonnaire, dõnans ſans en riẽ receuoir. Car l’auons eu pour neant, reprenãs noz freres en touteMat. 18.
Ieh. 12.
doulceur lés amenans à la vraye bergerie de ſon egliſe, leur pardõnans ainſi q̃ nous voulõs q̃ noſtre pere celeſte nous ꝑdõne, lés admoneſtansMat. 6. cõe freres, declairãs touteſfois leur iniquité, aĩſi que la ꝑolle de dieu porte, affin que leur ame ne ſoit ꝑdue ꝑ nostre negligẽce : car elle ſeroit demãdéeEzec. 3. de noz maĩs, ne faiſãs ce que debuõs mais ſ’ilz ſont obſtinez en leur malice, reiectans la doctrine, l’admonitiõ et parolle de Dieu cõe chiẽs et pourceaux, ne leur fault dõner lés choſes ſainctesMat. 5.
Mat. 18.
ne lés marguerites : a ce q̃ ne lés gaſtẽt. Aĩs lés excõmunier et reiecter de l’egliſe de Ieſus : c’eſtaßauoir de la ſaĩcte cõgregatiõ dés vrays chreſtiens et fideles, cõme mẽbres pourris, indignes du corps de Ieſus, ſe cõformãt touſiours à la pure ꝑolle de dieu laquelle ne peut faillir. Touchãt le nõ que i’ay dict, Melchizedek, au ſeul Ieſus eſt attribué és eſcriptures, & non ſans cauſe : car à luy tant ſeulement appartient, veu qu’il eſt Roy de iuſtice, & rex ſalem, Roy de paix, ſans genealogie,Hebr. 7. ſans pere, ſans mere, ſans commencement, et ſans fin en ce qu’il est Dieu et vn auec ſon pere. Mais ceſtuy cy ꝗ ſ’eſt voulu esleuer ſus Dieu 2. theſſ. 2ſe faiſant adorer cõme Dieu, ſ’eſt bien oſé nommer Melchizedek, libr. 2. ration. diuino. offici. Car il luy appartiẽt bien, c’eſt vn bon roy (ſi ie ne mẽs) de paix, en ſuſcitãt, cõme vn chaſcun voit, toutes guerres, diuiſiõs, debatz, ẽtre lés roys, princes & ſeigneurs de la terre, de grãde genealogie, ſorty de quelque drogue d’apotiquaire, baillant la recepte à tous cés medecins. Mais quelle audace ie vous prie, quelle arrogance eſt cecy, ſe nõmer Melchizedek, vſurpãt ainſi le nom de Ieſus ? Il ne fault eſtre eſmerueillé ſ’il a vſurpé l’office, lés biẽs dés roys et prĩces de la terre, veu ꝗlle fait à Dieu. Aucũs pourrõt eſtre marris de ce qui est dict par vne femme, cõme n’appartenãt à icelle, diſans eſtre faict à plaiſir. Mais ie vous prie n’estre en rien offenſez : car ne fault penſer qu’il ſoit faict par hayne ne rancune : mais ſeulemẽt pour edifier mõ prochaĩ, le voyãt en ſi grandes & horribles tenebres, palpables plus que celles Exo. 10.d’Egypte. Neantmoins ſ’il vous plaiſt regarder et diligẽmẽt examiner lés textes cy alleguez leſquelz eux meſmes ont eſcript en leurs decretz, lés cõferãs à la ſaĩcte eſcripture auec bõ iugemẽt, trouuerez plus ãplement q̃ ie ne dy. Car ne ſçauroye eſcrire & declairer lés grandes folies, meſchancetez & horribles blaſphemes qui ſont eſcriptz en leurs liures & decretz : car außi n’est hõme qui le ſceuſt aſſez deuemẽt declairer. Commẽt le fera dõc vne femme ? Et pourtãt ſoyez diligẽs de bien examiner lés textes & la cõſequẽce d’iceux, & verrez ce que ie dy eſtre veritable. Et ꝑ cõſequẽt auoir mal veſcu et cheminé ſelon chreſtienté : cõme aſſez clairemẽt pourrez entendre ſeulement par troys raiſons, leſquelles deburoyẽt principalemẽt eſmouuoir le fidele à fuyr ceſte meſchãte loy papale. C’eſtaſſauoir, en ce qu’ilz renõcent la mort & paßiõ de Ieſus, quãd par vne aultre redẽption veulẽt racheter le paoure peuple : lequel a eſté racheté par le precieux ſang de Ieſus vne ſeule fois. Mais eux non contẽs d’icelle redẽption, en font vne aultre de pain et de vin ſecrettemẽt en leur canõ. Qui est celuy qui ne ſe tiẽne trop plus q̃ cõtent d’auoir payé vne fois vn debte ? mais voulãt ſatiſfaire de rechef au ſecõd, on renõnce au premier. Et ne fault cõtrouuer excuſe en ce qu’ilz diſẽt, qu’ilz le font en la memoire de la mort et paßiõ de Ieſus chriſt : car ilz ſont mẽteurs, ilz le font en memoire de la vierge Marie, mere de Dieu (cõme ilz diſent) et de Ieſus Christ, & de pluſieurs aultres : cõme est cõtenu en leur cõmunicãtes & memoriã facientes. C’eſtaſſauoir, en memoire de Clite, de Griſogone, de Coſme & de Damien.    L’aultre raiſon, en ce que nõ ſeulemẽt trõpent, ſeduiſent & pillẽt le paoure peuple : mais pires que Turcz et infideles, cõme chiens enragez font adorer l’aduerſaire & ennemy de Dieu. Et veulẽt que par leurs tyrãnies il ſoit adoré. Car tout ainſi que Sathã a voulu eſtre adoré de Ieſus ſur la mõtaigne luy mõſtrant lés royaumes de la terre, promettãt lés luy dõner, ſi en ſe proſternãt le vouloit adorer : außi font ceux cy à ceux qui le veulẽt ſeruir ſuyure, et hõnorer. Tu le voys aſſez apertement en ceux qui veulẽt preſcher puremẽt Ieſus et ſa parolle, comme ilz ſont dechaſſez dés cours dés roys, princes et ſeigneurs. Mais en abiurãt et retournãt baiſer la pantouffle de ce grãd ſerrurier aduerſaire de Ieſus, ſont veneficiez, prebendez, rentez, coronnez & mittrez : voire qui pis est, ſoubz vmbre de l’euangile. Cõme ſi toy royne, & lés aultres princes et ſeigneurs vouloient entretenir telle vermine ſur la terre, ce que ne puis bõnemẽt croyre estre voſtre vouloir. Mais (diſẽt ilz) vn aultre le feroit außi, & mieulx vault que ie le face que lés infideles. Car ie preſcheray, ie endoctrineray, ie bailleray bõ exemple, i’en feray dés biens, retirant lés paoures freres perſecutez, et außi ne ſ’en feroit ne eplus ne moĩs pour moy, mais ce pendant ie pourray crocheter vne eueſché. O miſerable creature, la dãnation en eſt iuſte,Rom. 3. faiſant mal affin que bien en aduiẽne. Certes Moſeh eſtant le premier de la maiſon de Pharaoh, eust peu trouuer plus de moyẽs, plus d’excuſes & plus de raiſons que toy, ſ’il eust aymé lés honneurs mondains : mais il a mieulx aymé lésExod. 2
Act. 7.
Heb. 11
opprobres, paouretez & iniures, que toutes lés richeſſes dés egyptiẽs. Parquoy, dame, ie te prie, euite lés, ce ſont flatteurs, ilz ne demãdent qu’eux meſmes : & non ce qui eſt de Ieſus Christ, trop lés as rentez & entretenuz. Car ta grande doulceur & humanité lés a gaſtez & perdus. Et ſi est grandement à craindre qu’eux meſmes ne te gaſtent par leurs flatteries, & par trop grandes papelarderies. Qui eſt celuy d’eux maintenant preſchant le ſainct euangile, qui ignore lés Images eſtre faictes & controuuées au deſpit deExo. 20
Sap. 13.
deu. 4. 5. 7. 12. 27
Dieu, & contre le commandement & ordonnance d’iceluy ? nommées & appellées par tout Pſal. 115 & 9.en la ſaincte eſcripture diables. Leſquelles neantmoins font adorer & ſeruir, ſe couurans d’vn ſac moillé, prenans ceſte couuerture de leur teſte : qu’ilz le font pour l’hõneur de Dieu, ce ſont lés liures dés paoures ignorans, ce que nous faiſons c’eſt ꝑ bõne intentiõ, & ſi ſupportõs lés infirmes. Cõme ſi Dieu vouloit eſtre ſeruy & hõnoré contre ſon cõmãdement & à la fantaſie dés hõmes. Laquelle choſe n’eſt pas ainſi : car il Deut. 12
Gal. 1.
veult que ne faciõs ce que nous ſemble beau & bõ : mais tant ſeulemẽt ce qu’il nous cõmãde, baillant Apo. 22malediction à celuy, qui y adiouſte, ou diminue. Non cõtens de cela, viẽnet en leurs ceremonies, appelle lés ſi tu veux veſpres ou matines, Pſal. 115
ou. 113.
mauldire ceux qui font lés images, et tous ceux qui ont cõfiance en icelles. En quoy eſt demõstré leur grãde malediction, ingratitude et meſchanceté, veu qu’en dõnant & offrant à leurs idoles, mauldiſent le paoure peuple. Leſquelles ne reçoiuẽt Dan. 14.le don ne l’offerte : mais ſont ceux et leurs chãberieres : cõe faiſoiẽt les ſacrificateurs de Bel en Babylone. Leſq̃lz pour biẽ couurir leur cas dirõt, il n’eſt pas ainſi entendu, Dauid le ꝓphete n’entẽdoit pas de nous, mais dés aultres idolatres qui eſtoiẽt de ſon temps : car l’eſcripture a pluſieurs ſens, elle ſ’entend en pluſieurs manieres, il n’appartiẽt pas aux femmes la ſçauoir, ne à gens qui ne ſoient literez, & qui n’ont lés degrez & eſcheles de docteurs : mais doibuent ſeulement croyre ſimplement ſans ſ’enquerir de rien, ſinon de faire bõne chiere, cõme auõs de couſtume, de faire ſes beſõgnes, filler ſa quenoille, viure cõe noz predeceßeurs, cõme ſon voiſin. Car qui vit cõme ſon voiſin il ne fait ne mal ne biẽ. Ha, certes biẽ eſt vray qu’ainſi faiſant, feres biẽ dés voſtres, baillãs beaucoup de ſens à l’eſcripture, et à vous vn ſac por le rẽplir. Quãt à vous ce ſeroit treſbiẽ entẽdu : mais à nous faict & creu, nõ pas ſeulement ſimplement : mais plus que follemẽt. Ie demãde, Ieſus n’eſt il pas außi biẽ mort pour lés paoures ignorãs & idiotz, que pour Meßieurs lés raſés, tondus & nuttrez ? Eſt il tant ſeulemẽt dict, allez, preſchez mõ Euãgile à meßieurs lés ſages & grãdz docteurs ? N’eſt il pas dict à tous ? Auõs nous deux euangiles ? l’vn pour lés hõmes & l’aultre pour lés femmes ? l’vn pour lés ſages & l’aultre pour lés folz ? Ne ſommes nous pas vn en noſtre Seigneur, au Nom duquel ſommes nous baptizez de Pol ou d’Apollo, du Pape ou1. Col. 1. de Luther ? N’eſt ce pas au nom de Chriſt. Cer tes il n’eſt point diuiſé, il n’y a poĩt de diſtinctõ Rom. 2.
Ephe. 6.
du Iuif au Grec : car enuers Dieu n’y a poĩt d’acceptiõ de ꝑſonnes, tous ſõmes vn en Ieſus Chriſt, Gal. 3.il n’y a ne masle ne femelle, ne ſerf, ne frãc. Ie ne parle pas du corps : car il y a le pere et le filz, lvn Exo. 20.
Ephe. 6.
pour eſtre hõnoré, l’aultre pour hõnorer : le mary et la fẽme, ceſtuy cy pour aymér, l’aultre pour priſer, le maiſtre pour cõmãder, le ſeruiteur pour ſeruir & obeir, le roy, prince et ſeigneur, pour ordõner et iuger, le ſubiect pour obtẽperer, porter, Rom. 13tollerer et payer tributz, ĩpoz, charges, cenſes & rentes, ſelon la parolle de Dieu : car qui y reſiſte il reſiſte à Dieu.    Mais q̃ dictes vous ? Noz predeceſſeurs ſerõt ilz tous damnez ? noz peres, n’eſtoient ilz pas gẽs de bien ? ont ilz tous failly ? Nous auõs veu de ſi ſçauãs perſõnages le tẽps paßé, de ſi bõne vie, craignans Dieu, voyre autant, ou plus que à preſent : Dieu ſeroit bien iniuſte nous auoir tant caché la verité, ha, il ne euſt pas tant demouré la nous reueler & dõner à cõgnoiſtre maintenãt ꝑ lés femmes. Mais, q̃lz miracles font plus ceux cy q̃ lés noſtres ? deſpuis qu’ilz ſont venus, nous n’auõs iamais eu q̃ guerres, diſſentiõs, et debatz lés vns cõtre lés aultres, famines, malueillãces & mauuaiſes ãnées. Pourquoy dõc croyrons nous aultremẽt que n’auons creu ? Par cy deuãt nous allions & venions en ſeurté par tout le mõde, hõorez, priſez, et ayméz d’vn chaſcũ : & maintenãt n’oſõs ſortir hors de noz villes et maiſons, pour faire noz beſongnes, recueillir noz biens, car lés vns y ſont ꝑſecutez, ẽpriſõnez, et lés aultres bruslez, tyrãniſez et mis à mort. Tellemẽt ꝗl n’y a hõme ſi hardy de pouuoir ou tant ſeulemẽt oſer viſiter ſa femme ne ſés enfans, qu’est choſe fort pitoyable à cauſe dés ennemys ꝗ nous ont ẽuirõnez. Et pourtãt, qu’eſt ce q̃ nous doibt eſmouuoir y croyre ? Il y a tant de grãdz clerez ꝗ tiẽnent au cõtraire, tant de gẽs de biens, tant de roys, prĩces, & ſeigneurs, que ſ’ilz voyoiẽt la choſe cõme vous dites eſtre ſaincte, & de Dieu, la ſuyuroiẽt volũtiers. Voulez vous eſtre plus ſages que tous ceux cy, que toutes lés vniuerſitez de tout le mõde, que tous lés Cõciles dés Papes ? Brief, c’eſt choſe impoßible, q̃ tant de gẽs de biens ayẽt ſi miſerablemẽt erré, allegations de cés paoures aueugles, auxquelz Dieu face miſericorde, parlans ſelon lés hommes, n’entendansMat. 16 rien és choſes de Dieu : leſquelles leur ſont touſiours contraires, & lés eſtimẽt follie. Car il est certain que Dieu veult deſtruyre la ſageſſe dés ſages, & la prudence dés prudens. Et ſi a esleu lés choſes foibles, petites et cõtemptibles pour abbatre lés grãdes 1. Corint. 1.    Il y a pluſieurs cauſes & raiſons, par leſquelles tu pourras entẽdre pourquoy cecy a tant eſté mucé & caché. L’vne dés principales ꝗ te doibt ſatiſfaire eſt, uqe quand il a pleu à Dieu ſuſciter quelque bon & fidele perſonage pour dire & declairer lés abus et meſchãcetez dés papes et dés ſiẽs, Apo. 17lés roys, princes & ſeigneurs qui ont cõmis fornicatiõ auec ceſte grãde paillarde plein d’abominatiõ et d’immũdicité romaine, ont eſté (ſ’il le fault dire cõtre mõ cœur) lés bedeaux et ſatellites pour executer la ſentẽce iniq̃, affin q̃lle feuſt adorée 2. theſ. 2et ſeruie cõe Dieu, ſe ſeant au tẽple de Dieu ſi ce feuſt Dieu. Et tout ainſi que dict le Prophete mich. 7.Micheas, ests aduenu : c’eſtaſſauoir que le prince requiert, & le iuge obeit : ilz luy ont tellemẽt obey & ſeruy qu’ilz ont perſecuté le ſang Mat. 23.D’abel et de Zacharie filz de Barachie, iuſtes et innocẽs iuſques à la mort, & de preſent perſecutent comme ont faict leurs peres, tellement que la clameur eſt montée au ciel, crians vengeãce. Apoc. 6.quand feras tu ton iugement Seigneur Dieu ? O malheureuſe conſpiration, ô miſerable alliance, ô mauldict iugement, qu’auez faict roys princes & ſeigneurs auec ce grand gouliffre de Rome. Monumẽtz cõment ne vous ouurez vous ? Pierres, cõmẽt ne fendez vous ? Abyſmes, cõment ne venez vous pour ẽgloutir et deuorer encore de rechef cés paoures miſerables Coreh, Dathã & Abirõ ? O adherãs et fauteurs du pape, ne voyez vous point biẽ que vous faictes manifeſtemẽt la bataille contre Dieu ? Vous l’auez grãde lés vns contre lés aultrés, affin que Dieu ſoit vẽgé de ſésEſai. 1. ennemis ꝑ ſes ennemis. Mais celle qu’auez cõtre luy, eſt plus grande que la voſtre : car n’en verrezIerem. 35 iamais la fin : aĩs pluſtost abbatrez l’vn l’aultre que ceſte cy. Et d’autãt plus que perſecutez, d’autant plus allumez ce grãd feu conſummant. Elle est domeſtique et dedẽs lés cœurs dés hommes : voz couſteaux n’y peuuẽt rien, ilz ſont trop tẽdres. La choſe eſt trop plus q̃ certaine que cõtemnez la vraye foy chreſtiẽne. Et toutefois nullemẽt eſtes eſmeuz y pouruoir : ains pluſtost aymez ſeruir à la fureur de dieu que à ſa doulceur. Certes vous eſtes trop laſches, trop remplis de ce venin romain. Il est voſtre vaſſal, et vous en durez eſtre les ſiens : meſme d’eſtre ſés laquetz, pour mener vne beste auec vous. diſt. 96. Cõſtantinus, diſant, que l’Empereur eſt le laquet du Pape, & luy eſt dõné de cheuaucher cõe l’Empereur. N’eſtes vous pas biẽ aueugles, voyãs cela ? Le glaiue de Dieu eſt vostre, & il le vous oſte. Vous estes ordõnez de Dieu pour deffendre & garder les bõs, & pour punir lés meſchãs, mais ppour l’amour de luy, vous faites au contraire. Laiſſez, pour l’hõneur de Dieu, ce maistre cruel, Eph. 5.& prenez Ieſus ſi bõ, et ſa parolle. Trop l’auez ſeruy, trop luy auez obey. Reueillez vous roys princes et ſeigneurs, trop auez dormy, la nuict Rom. 13
2. theſ. 5.
eſt paßée, le iour eſt venu, il ne reste q̃ veoir. Ne ayez plus tant voz cœurs pharahoniq̃s, ſi peu eſmeuz à pitie, tãt tardiſz à voſtre ſalut, trouueres plus fort que vous, duq̃l peu ou riẽ n’estimez ſa volũté, laquelle en ce tẽps cy a voulu declairer ꝑ ceux ꝗl luy a pleu, ſans que l’eußiõs deſeruy : mais cõe ẽſles et ſuꝗbes l’auez reiectée. Tellemẽt q̃ ſ’il y a q̃lque bõ ꝑſõnage craignãt Dieu & ſa ſaĩcte ꝑolle, voulãt viure ſeulemẽnt aĩſi q̃ dieu cõmãde, ſãs faire tort à ꝑſõne, detestãt toute idolatrie, blaſpheme, ſuꝑbie paillardiſe, et iurõgnerie, brief, viure en hõe de biẽ : ſera ꝑſecuté & mis à mort, puis qu’il ne veult adorer l’Antechriſt, en obſeruant lés traditiõs cõtraires à Ieſus. Lequel nonobſtant tous oultrages & iniures qu’on luy ſçache faire, et à ſés mẽbres : ce neantmoĩs il dißipera tous ceux qui ſ’esleuẽt cõtre luy, par le glaiue de ſa ꝑolle : cõtre laquelle ſ’esleuẽt cõe chiens enragez. Mais il fault q̃ le cheſne deſpouille ſés fueilles en tẽps deu, et le boys mis à ſon vſage, de ſorte ꝗl ne ꝓffiter a plus. O quelz pleurs, quelles lamẽtatiõs ſur la terre, voyãs telz marchãs ꝑdãs leurs marchãdiſes d’or, d’argẽt, pain, vin, et, que pis eſt, dés ames. Il y a ẽcore vne raiſõ generale à tout cecy : laquelle biẽ entẽdue, eſt ſouffiſãte de fermer la bouche à tous blaſphemeurs de verité. Par ce ꝗl dõne à cõgnoiſtre à ſés creatures ſa Iuſtice et miſericorde : aux vns à leur cõdemnatiõ, cõe à Pharaoh, luy dõnãt entẽdre ſa grãde puiſſance par Moyſe : toutefoys il a eſte rebelle au cõmãdemẽt de Dieu, cõbiẽ qu’il euſt veu lés grãs ſignes et miracles que Moyſe faiſoit ꝑ la puißãce de Dieu en ſa preſẽce, car il auoit le cœur en durcy. Aux aultres eſt mãifeſte à leur cõſolation, et ſalut, ſãs qu’ilz l’ayẽt merité ne deſſeruy : mais ſa ſeule bõté et miſericorde leur fait grace de le cõgnoiſtre, et d’auoir plein ꝑfaicte et ẽtiere foy en ſon filz Ieſus, cõme il eſt mort pour noz Rom. 4.pechez et reſſuſcité pour noſtre iuſtificatiõ, laq̃lle Foy ſeule nous iuſtifie, ſans lés œuures de la loy, nous faiſant aggreables à Dieu ꝑ le moyẽ de Mar. 15.Ieſus Chriſt, ainſi que au larron pẽdãt au boys, et à Paul ꝑſecutant l’Egliſe dés chreſtiẽs allãt en Rom. 9
Act. 9.
Damas, à Iacob deans le ventre de ſa mere, leq̃l eſt de Dieu aymé & ſon frere Eſau hay, ſans q̃ l’vn ou l’aultre eußent faict ne bien ne mal. La iuſtice & miſericorde de Dieu ſe mõſtre manifeſtemẽt en ce. Et qui fait celà ? n’eſt ce pas en la puißãce de Dieu faire ce ꝗ luy plaiſt, de mener en hault et ramener en bas, d’exalter et humilier, d’eslire & reprouuer, de ſauuer et de damner, de retirer ſa parolle & de la bailler quand luy plaiſt ? Qui eſt dõc celuy qui veult oſter l’officer de ce grand Maiſtre, puis qu’il l’a decreté, & à Iſai. 14.qui tant ſeulemẽt appartient l’exercer auec puiſſance, gloyre & hõneur ? ſera ce l’hõme qui n’eſt que pourriture & meſchãceté, auquel appartiẽt Dan. 1toute cõfuſiõ ? Et pourtãt, ô toy paoure creature, tu ne doibs aultre choſe faire ſinõ, te grãdemẽt humilier & rẽdre graces à ce bon pere plein de toute miſericorde, du grãd benefice & viſitatiõ qu’il ta faict à ce tẽps cy de ſon ſainct Euangile, te dõnant la veuë d’iceluy, lequel tant de roys au tẽps paßé, tant de bõs ꝓphetes l’ont deſiré veoir & ne l’ont pas veu. Car ilz n’eußent pas eſté ſi ingratz à receuoir Ieſus & ſa ſaincte ꝑolle cõe nous ſõmes. Tant de bons prédeceſſeurs l’eußẽt embraßé, leſꝗlz tant ſeulemẽt ont veu en eſperit ce q̃ tu vois clairemẽt, auxquelz Dieu eſt puißãt auoir faict grace, ſans lés cõdẽner ſi temeraire mẽt estre danez cõme tu fais : & cõbien qu’il le feroit, ne le feroit que iuſtemẽt. Car ſi l’aueugle meine l’aueugle, ilz tõbent tous deux en la foſſe. Neãtmoĩs la miſericorde de Dieu eſt grãde, leq̃l regarde ſon filz Ieſus, et ꝑ lequel l’ignorãce dés hõmes eſt ſouuẽteffois regardée. Et cõme il dit. Si ie ne fuſſe venu, vous n’eußies poĩt de peché,Ieh. 9. mais pourtant que ie ſuis venu, vous n’auez plus excuſe de voſtre peché. Car beaucoup plus eſt à reprẽdre le ſeruiteur ſçachãt la volũté de ſõ ſeigneur, ne le faiſant q̃ celuy qui ne la ſçait pas. Ce nõobſtant il eſt au maiſtre à reprẽdre & l’vn et l’aultre. Et obſtinée et folle ignorãce n’a poĩt de excuſte ẽuers Dieu, aĩs cõdẽnatiõ, quãd ꝑ vne certaine malice, tu viẽs reſiſter à la ꝑolle de dieu laq̃lle t’eſt declairée ꝑ ſés miniſtres ẽuoiez de luy, et ꝑ luy, tellemẽt ꝗl n’eſt ſageße hũaine leur pouuoir reſiſter : mais fault q̃ lés plus aduerſaires en rendent teſmoignage à leur cõdemnatiõ : diſans eſtre l’œuure de Dieu, et non dés hõmes. Leſquelz ſeront punis, ouuertement repugnans à leſperit de Dieu. Car leur teſmoignage est diabolique. Et nõ ſeulemẽt de ceux cy : aĩs de ceux ꝗ coniurẽt le pere Iehan 8.de mẽſonge, qui ne demãde ſinõ de perdre & gaſter, l’adiurãt de dire verité. En quoy mõſtrẽt biẽ ꝗlz ſont ſés filz, demãdans apꝓbatiõ de leur foy au diable, aſſauoir ſi la meſſe est bõne, ſi Dieu est dedẽs le pain, ou ſi on preſche maintenãt verité. Et ſi le linceul de Chãbery est le ſuaire de Ieſus Chriſt ou celuy de Beſançon, ꝗ à l’imitation de Ieſus Chriſt le deburoiẽt faire taire. Ie ne ſçay Marc 3.cõment lés hõmes ſont ſi ignorãs, ſi hors du ſens & de la foy, cõe ilz monſtrẽt, ſe retirans au diable pere de toute mẽſonge, pour ſçauoir la verité. Iehã 10.Veu q̃ Ieſus ſeul eſt verité, auquel ſeul ſe fault retirer, et à ſa parolle pour la ſçauoir et entendre, et nõ à aultre. Regarde ie te prie S. Iehã en ſon euãgile 20. chap. et trouueras ſi vne pate ou vn linceul est le ſuaire de Ieſus. Il est là ſi tresbiẽ peĩct (voyre pour vn couurechef) qui n’y fault rien. Mais tu diras, tãt de gense de biẽ l’ont ainſi creu : meſme aucũs ducz de Sauoye l’ont hõnoré, priſé, et maintenu. Et qui plus eſt, dernierement qu’il fut bruslé dedẽs Chãbery, le diable (cõe ilz pẽſent) parlant ꝑ la bouche d’vne preudefemme, ſçauãte (ainſi q̃ ſont accouſtumées fẽmes de preſtres, (cõe lés demoniacles de Tornay ꝗ furẽt gueries ꝑ le fouet) affermoit eſtre ainſi. Et nõ ſeulemẽtHiſtoire
veritable
l’ã. 1535.
celà, ains qu’elle eſtoit poſſedée de trois diables, c’eſt aſſauoir de trois preſcheurs de l’euãgile, Farel, viret, & fromẽt. Leſquelles raiſõs deburoiẽt eſtre aſſez ſuffiſantes de croyre q̃ c’eſt le ſuayre de Ieſus, q̃ le diable eſt veritable, et à gẽs ꝗ n’ont poĩt de Dieu, croyre qu’on a biẽ veſcu. Ie te demãde miſerable creature, y a il plus ſage q̃ Dieu, plus veritable q̃ ſa ꝑolle ? Pour quoy ne t’arreſte tu à icelle, nõ pas à l’ẽnemy de Dieu ? Si ceux que ſe retirẽt aux diuĩs ſõt ꝑla loy cõdẽnez à mort : cõbiẽ plus ſerõt ceux cy dignes de mort ? Car ſi ceux ꝗ cõtreuiẽnẽt à Moyſe, ſoubz vn ou deux teſmoĩgs, meurẽt : q̃ ſera ce dés cõtẽpteurs de Ieſus, ꝗ eſt beaucoup plus grãd q̃ Moyſe ? Singulieremẽt de ceux ꝗ ſe diſẽt cõducteurs du peuple cõme ſont eueſques, preſtres, moynes, preſcheurs et aultres ſe diſãs la lumiere du mõde. Leſquelz tant ſeulemẽt font leurs cas pour leur vẽtre ayãs grãdes eueſchez, grãdes prebẽdes : n’ayãs eſgard que à eux meſmes : cõgnoiſſans biẽ qu’ilz ne ſont 1. tim. 3.
Tire. 1.
pas aptes à telz offices : mais pour ẽtretenir leurs chiens, cheuaulx, ribauldes & maquereaux, & pour nourrir leur ventre, qui est leur Dieu, tiennent et occupẽt le lieu de paſteurs, & ſi ne ſont que loups & dißipateurs, voulans dominer ſus 2. Pier. 2 & 5.le peuple, diſans : il eſt mien, c’est ma place, c’est mõ eueſché, ma cure, ꝗ le m’oſtera ? ſe retirãs au bras ſeculier pour mieulx eſtre à leur aiſe et cõſolatiõ corporelle : ne cõſiderãs nullemẽt l’ordonnãce de Dieu eſtre vraye, la penſans rõpre par puiſſances humaines, par cõmandemens & ordonnãnces dés hõmes. Tellemẽt que ſi aucun contredict, preſche, ou eſcrit cõtre eux, il ſera iugé ſoudainemẽt heretique, ſeducteur de peuple, inuenteur de nouuelles ſectes : auxq̃lz deburoient reſiſter par ſaine doctrine, et puißãment lés confondre par la parolle de Dieu, ainſi que faiſoit le ſainct apoſtre, et non par glaiues, bãniſſement Act. 13.dechaſſemẽs, feu, & iniures. A l’imitatiõ duquel apoſtre doibuẽt cheminer tous preſcheurs et miniſtres de la parolle de Dieu, ne regardãs aultre choſe, ſinõ que Dieu ſoit glorifié et hõnoré par toute la terre, et le prochain gaigné à noſtre Seigneur. Mais il fault que Iudas ſoit auec Chriſt. Aſnes paſſent ſoubz la cheminée, vẽtres pareſſeux regnẽt au peuple, affin que lés Prophetes ſoient cõgneuz entre lés faulx apostres, verité auec menſonge, la lumiere auec tenebres, & le noir auec le blãc. Leſquelz ſerõt en grãd nõbre ſi deſia ne le ſont, autãt ou plus que iamais furẽt au tẽps de S. Paul : voyre et plus dangereux. LequelGala. 3. apoſtre ſe cõplainct fort de ce qu’ilz auoiẽt ainſi ſeduict et trõpé lés Galatiẽs, leur retournãs la circõciſion et ceremonies moſaiques ia abbatues par la parolle de Dieu. Et ſi maintenant on ſe plainct dés noſtres par toute la terre, ce n’est pas ſans cauſe legitime : veu qu’ilz ont faict comme gẽsdarmes couars en bataille. Car quãd il est queſtiõ de batailler cõtre lés ẽnemis, ilz ſont bõs à la table pour battre, mordre et frapper. Mais de ſe trouuer aux aſſaulx, eſcarmouches & ébuſches dés ẽnemis de verité (ainſi que ceux ꝗ ont eſté dechaſſez) n’en veulẽt mordre : puis qu’il ya dés coups, iniures et oultrages. Ains y ſont hardis cõme limaces. Qu’ilz ne ſoiẽt bõs mercenaires et aptes pour tenir bõse villes en garniſon, ſi ſont. Auec celà ſont fort, ſçauans & doctes en toutes manieres pour bien ſçauoir paiſtre leur ventre, en blaſonnãt & taxãt faulſement lés aultres qui ſont dechaßez & repoulſez par force et lés aultres mortz à la bataille. Mais de tout ce cy, vertueuſe dame, ne fault eſtre eſtõée ſi voyõs telle punitiõ de Dieu eſtre venue : car ce ne ſont que moynes cafardz qui font cés troubles. Parquoy telz aſnes, loups et impudẽs libins cafardz entre brebis, doibuẽt eſtre par tout fuis et chaſſez cõe chimeres du troppeau : affin q̃ par faulſe doctrine et meſchãte cõuerſation ne ſeduyſent plus le paoure peuple, qui eſt choſe fort à craindre et dãgereuſe, ſi Dieu par ſa grace n’y pouruoyt, cõe il a faict. Car il a frappé aucuns de telle ſorte qu’ilz ſ’en ſont fuis, et iournellemẽt ſ’en fuyent, ſans que ꝑſonne lés chaſſe : congnoiſſans biẽ le iugemẽt de Dieu eſtre venu ſur leur teſte. Et principalemẽt ce paoure miſerable hõme, auquel Dieu face miſericorde, qui nõ ſeulemẽt par ſa faulſe doctrine luy a ſuffit de ſcãdalizer le paoure peuple : mais cõe impudẽt, à laißé (ſi l’auſe dire) ſa propre femme de Neuchaſtel ẽceincte. Lequel non content de celà, eſt retourné a ſon vomiſſement : affin que le mortier dés docteurs ſorboniques ſente touſiours lés aulx. Ce nonobſtant que aucuns de ſa farine ne vaillãs guere mieulx que luy, cerchẽt et taſchẽt de rechef le canoniſer. Or pour cõcluſiõ, peu ſont de preſent ꝗ ne regardent à eux meſmes, & nõ au peuple de Dieu, de pourueoir aux hõmes, et nõ à l’egliſe de Ieſus : preſque tous ſont chiens muetz, chaſcun mange vn os. C’eſt la meilleur police du mõde, rien ne ſe perd, tout eſt biẽ recueilly, Caphardz biẽ venuz, et tous ceux ꝗ ſçaiuẽt bien plaire à mõſieur et à ma dame, biẽ nourris et ẽtretenuz. Car l’vn ſe taist, l’aultre ne dit mot, voyãt et delaiſſant fouller ſés freres. Certes ce que dit Eſaie le prophete eſt aduenu. Ilz ſõt retournez en leur voye, chaſcunIſai. 56. à ſon auarice de ſon coſté. Tellemẽt que l’vn brigue ſon eueſché, l’aultre plaidoye ſon prioré, l’vn ſe plaĩct, l’aultre ſe dueile, l’vn n’a riẽ, l’aultre est plein : l’vn a faim, l’aultre est ſaoul, l’vn ne veult rien & ce pendãt n’a faulte de riẽ. Brief ce n’est qu’auarice, ambitiõ, et cõfuſion. Certes l’vn va et l’aultre viẽt ſans eſtre enuoyé de Dieu, faiſans toutes diuiſions en l’egliſe de Ieſus. Lequel deſtruyra & celuy qui plaiſt, & celuy qui veultIerem. 6. plaire. Car õ ne peut plaire à dieu et aux hões ou il fault eſtre aymé de l’ũ ou hay de l’autre. Mais le bõ ſeruiteur plaist à ſon ſeigñr, et ne ſe ſoucie d’aultre choſe ſinõ q̃ ſon maiſtre ſoit ſeruy et honoré. Außi lés vrays pasteurs et miniſtres de Ieſus ſont perſecutez, bãnis et dechaſſez, pource ꝗlz n’ont cure de ſolicitude de plaire ſinõ à leur Seigñr et maiſtre, de le ſeruir, hõnorer et priſer. Auquel prie n’enuoyer aultres, ſinõ ceux ꝗ ne demandent aultre choſe que l’hõneur & la gloyre d’iceluy, & l’edification de tous. Ainſi ſoit il.

Amos 8.La fin eſt venue ſus mon peuple, & on n’a pas cõgneu que i’ay donné du froment : mais Apo. 18.ie cõuertiray leurs feſtes en lamẽtations, et toutes leurs chanſons en pleurs. Et lés marchãs d’icelle ploureront et larmoyerõt ſus la grãde Babylone Iere. 51.
Ieſa. 21.
diſans, malheur, malheur à icelle, elle eſt cheute la grand Babylone, & eſt faicte habitation dés Diables.