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Essais/édition Michaud, 1907/Au lecteur

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Traduction par Michaud.
Firmin Didot (Livre Ip. 15).
L’AUTEUR AU LECTEUR



Ce livre, lecteur, est un livre de bonne foi.

Il t’avertit, dès le début, que je ne l’ai écrit que pour moi et quelques intimes, sans me préoccuper qu’il pût être pour toi de quelque intérêt, ou passer à la postérité ; de si hautes visées sont au-dessus de ce dont je suis capable. Je le destine particulièrement à mes parents et à mes amis, afin que lorsque je ne serai plus, ce qui ne peut tarder, ils y retrouvent quelques traces de mon caractère et de mes idées et, par là, conservent encore plus entière et plus vive la connaissance qu’ils ont de moi. Si je m’étais proposé de rechercher la faveur du public, je me serais mieux attifé et me présenterais sous une forme étudiée pour produire meilleur effet ; je tiens, au contraire, à ce qu’on m’y voie en toute simplicité, tel que je suis d’habitude, au naturel, sans que mon maintien soit composé ou que j’use d’artifice, car c’est moi que je dépeins. Mes défauts s’y montreront au vif et l’on m’y verra dans toute mon ingénuité, tant au physique qu’au moral, autant du moins que les convenances le permettent. Si j’étais né parmi ces populations qu’on dit vivre encore sous la douce liberté des lois primitives de la nature, je me serais très volontiers, je t’assure, peint tout entier et dans la plus complète nudité.

Ainsi, lecteur, c’est moi-même qui fais l’objet de mon livre ; peut-être n’est-ce pas là une raison suffisante pour que tu emploies tes loisirs à un sujet aussi peu sérieux et de si minime importance.

Sur ce, à la grâce de Dieu.

À Montaigne, ce 1er mars 1580.



Nota. — Cette traduction a été faite d’après l’édition de 1595, en tenant compte toutefois de quelques variantes du manuscrit de Bordeaux, complétant ou accentuant la pensée de l’auteur. — Ces variantes, dont le relevé est donné dans le quatrième volume, sont pour la plupart de très minime importance : elles portent en très grand nombre sur l’orthographe ; de-ci, de-là, constituent des additions ou des suppressions de mots ou encore des substitutions d’un mot à un autre, soit pour éviter des répétitions, soit pour préciser ; et parfois, mais rarement, de légères modifications dans la construction de membres de phrase ; dans la quantité, il n’en est pas une qui modifie sensiblement le sens. Celles dont il a été tenu compte sont signalées par un astérique (*).