75%.png

Eutrope - Livre II

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
◄   Livre I Livre II – Des suites du sac de Rome à la guerre punique
(388 à 241 av. J.-C.)
Livre III   ►


01 - 02 - 03 - 04 - 05 - 06 - 07 - 08 - 09 - 10
11 - 12 - 13 - 14 - 15 - 16


L’an trois cent soixante-cinq de la fondation et la première année de la prise de Rome, on changea les magistratures, et au lieu des deux consuls on nomma des tribuns militaires, investis du pouvoir consulaire. Dès lors, la puissance romaine commença à prendre de l’accroissement. En effet, Camille vainquit, cette année-là, les Volsques, qui avaient soutenu la guerre pendant soixante-dix ans ; il prit aussi la ville des Èques et celle des Sutrins, détruisit leurs armées et obtint trois triomphes à la fois. A son exemple, Titus Quintius Cincinnatus repoussa les Prénestins, qui étaient venus en armes jusqu’aux portes de Rome, les battit auprès du fleuve Allia, soumit aux Romains les villes alliées de Préneste, l’attaqua bientôt elle-même et reçut sa soumission. En vingt jours il fit toutes ces conquêtes, et on lui décerna le triomphe. Toutefois, la dignité des tribuns milliaires ne fut pas de longue durée ; en effet, peu de temps après, elle fut abolie et quatre ans se passèrent à Rome sans qu’il y eût des magistrats supérieurs. Cependant les tribuns militaires reprirent, avec la puissance consulaire, leur titre qu’ils conservèrent encore trois années. Puis les consuls furent nommés de nouveau.

Sous le consulat de L. Genucius et de Q. Servilius mourut Camille qui fat honoré comme un second Romulus. T. Quintius créé dictateur, fut envoyé contre les Gaulois qui avaient envahi l’Italie. Ils s’étaient arrêtés à quatre milles de Rome, au delà du fleuve Anio. Là, un jeune sénateur, de la plus haute distinction, T. Manlius, provoqué par un Gaulois à un combat singulier, l’attaqua, le tua, lui enleva son collier d’or et le mit à son cou, ce qui fit donner à jamais à lui et à ses descendants le surnom de Torquatus. Les Gaulois furent chassés, et bientôt battus encore par le dictateur C. Sulpitius. Peu de temps après, les Toscans furent vaincus par C. Martius, et huit mille de leurs prisonniers furent conduits en triomphe.

On fit encore une fois le cens ; et comme les Latins, soumis par le peuple de Rome, refusaient de fournir des soldats, le tirage eut lieu seulement parmi les Romains ; on forma dix légions, ce qui portait à plus de soixante mille hommes le nombre des soldats : tant l’empire de Rome, malgré ses faibles ressources, déployait déjà d’héroïsme pour la guerre ! Ces troupes partirent contre les Gaulois, sous la conduite de L. Furius ; et l’un des barbares ayant défié au combat le plus brave des Romains, M. Valerius, tribun militaire, se présenta ; comme il s’avançait tout armé, un corbeau se posa sur son bras droit ; puis, pendant le combat livré contre le Gaulois, le même corbeau frappa de ses ailes et de ses serres les yeux du barbare, pour l’empêcher de fixer devant lui ses regards. Ainsi le Gaulois, tué par le tribun Valerius, lui laissa et la victoire, et le surnom de Corvinus qu’on lui donna dans la suite ; de plus, cette action d’éclat le fit nommer consul à vingt-trois ans. Les Latins, qui avaient refusé de fournir des soldats, exigèrent bientôt des Romains que l’un des consuls fût choisi parmi eux, et l’autre dans le peuple de Rome. On rejeta leur demande, on leur fit la guerre, ils furent vaincus dans une grande bataille, et leur entière défaite fournit un nouveau triomphe. En reconnaissance de cette victoire, des statues furent élevées aux consuls sur la place des Rostres. [Cette même année, Alexandre de Macédoine fonda Alexandrie.]

Déjà la puissance romaine commençait à s’étendre ; en effet, à cent trente milles de Rome à peu près, on faisait la guerre dans le pays des Samnites, qui tiennent le milieu entre le Picénum, la Campanie et l’Apulie. Lucius Papinus Cursor partit en qualité de dictateur pour cette expédition ; obligé de revenir à Rome, il enjoignit à Q. Fabius Maximus, maître de la cavalerie, qu’il laissait à la tête de l’armée, de ne pas livrer bataille en son absence. Toutefois Fabius, trouvant une occasion favorable, combattit avec le plus heureux succès, et défit les Samnites. Pour le punir de cette infraction à ses ordres, le dictateur le condamna à mort ; mais l’armée et le peuple sa prononcèrent énergiquement en faveur de Fabius, le délivrèrent, et il s’éleva contre Papinus une telle sédition, qu’il fut lui-même presque en danger d’être tué. Dans la suite, les Samnites, sous le consulat de T. Vetunius et de Sp. Postumius, firent essuyer aux Romains la plus honteuse défaite, et les forcèrent de passer sous le joug. Cependant le sénat et le peuple rompirent le traité de paix que la nécessité avait fait conclure avec les ennemis, qui bientôt furent vaincus par le consul L. Papinus sept mille d’entre eux passèrent sous le joug, et Papinus triompha des Samnites. A cette époque, le censeur Appius Claudius fit construire l’aqueduc Claudien et paver la voie Appienne.

Les Samnites, ayant recommencé la guerre, battirent Q. Fabius Maximus et lui tuèrent trois mille hommes. Mais ensuite on lui donna pour lieutenant son père, Fabius Maximus, qui défit les Samnites et leur prit plusieurs villes de guerre. Enfin P. Cornelius Rufinus et Manius Curius Dentatus, tous deux consuls, envoyés contre les Samnites, les écrasèrent dans de grandes batailles. Ils terminèrent ainsi une guerre qui avait duré quarante-neuf ans ; aucun ennemi, au sein de l’Italie, ne mit à de plus rudes épreuves la valeur romaine. Après quelques années d’intervalle, une nouvelle armée de Gaulois se joignit contre les Romains aux Toscans et aux Samnites ; mais, tandis qu’elle marchait vers Rome, elle fut détruite par le consul Cn. Cornélius Dolabella.

À la même époque, Rome, pour venger l’injure faite à ses ambassadeurs, déclara la guerre aux Tarentins, qui habitent les extrémités de l’Italie. Ce peuple appela à son secours, contre les Romains, Pyrrhus, roi d’Épire et issu du sang d’Achille. Le prince arriva bientôt en Italie, et, pour la première fois alors, les Romains combattirent un ennemi d’outre-mer. On envoya contre lui le consul P. Valerius Laevinus, qui, ayant saisi des espions de Pyrrhus, les fit conduire par tout le camp, leur fit voir l’armée entière, et ensuite les laissa partir, pour qu’ils pussent informer le roi de tout ce qui se passait chez les Romains. Bientôt on livra bataille, et déjà Pyrrhus fuyait, lorsque le secours de ses éléphants lui donna la victoire : les Romains tremblèrent à la vue de ces animaux qu’ils ne connaissaient pas ; la nuit vint mettre fin au combat. Cependant Laevinus s’enfuit à la faveur de l’obscurité. Pyrrhus fit dix-huit cents prisonniers romains, les traita avec la plus haute distinction, et fit ensevelir les morts. En les voyant étendus, blessés tous par devant, et l’air terrible encore, même après le trépas, il leva, dit-on, les mains au ciel et s’écria : " Qu’il me serait facile de soumettre l’univers, si je commandais de tels guerriers ! "

Ensuite Pyrrhus, après s’être adjoint les Samnites, les Lucaniens et les Bruttiens, marcha vers Rome, mit tout à feu et à sang, dévasta la Campanie, et arriva devant Préneste, à dix-huit milles de Rome. Mais la crainte de l’armée romaine, qui le suivait avec le consul, le força bientôt de se retirer dans la Campanie. On lui envoya des députés pour le rachat des prisonniers ; il les reçut avec honneur, et renvoya les captifs sans rançon. L’un des ambassadeurs romains, Fabricius, lui inspira une admiration si profonde, que, le sachant pauvre, il lui offrit, s’il passait à lui, le quart de son royaume ; mais Fabricius méprisa ses offres. Aussi Pyrrhus, pénétré d’une vive admiration pour les Romains, envoya demander la paix, à des conditions équitables, par un ambassadeur nommé Cinéas, l’un des premiers de sa cour ; il se réservait la partie de l’Italie dont ses armes l’avaient déjà rendu maître. Ses propositions ne furent point acceptées, et le sénat lui fit annoncer qu’il ne pourrait avoir la paix avec les Romains, à moins de quitter l’Italie. Alors tous les prisonniers rendus par Pyrrhus furent déclarés infâmes pour s’être laissé prendre les armes à la main : et ils ne purent être réhabilités, avant d’avoir rapporté les dépouilles de deux ennemis tués par eux. Ainsi s’en revint l’ambassadeur de Pyrrhus, qui lui demanda comment il avait trouvé Rome : " J’ai vu la patrie des rois, répondit Cinéas : en effet, presque tous les hommes sont là aussi grands que Pyrrhus seul le paraît dans l’Épire et dans le reste de la Grèce. "

On envoya contre Pyrrhus, avec une armée, les consuls P. Sulpicius et Decius Mus. Dans la bataille qui eut lieu, Pyrrhus fut blessé, ses éléphants furent tués, vingt mille ennemis taillés en pièces, et les Romains perdirent seulement cinq mille hommes : Pyrrhus fut mis en fuite. L’année d’après on envoya contre lui Fabricius, qui, lors de la députation, n’avait pu être gagné par la promesse de posséder le quart du royaume d’Épire. Comme son camp se trouvait voisin de celui du roi, le médecin de Pyrrhus vint pendant la nuit proposer à Fabricius d’empoisonner le prince, si on lui assurait quelque récompense ; Fabricius le fit charger de chaînes, et ramener à son maître, en lui découvrant toute sa trahison. Pénétré d’admiration, Pyrrhus alors s’écria : " C’est bien là ce Fabricius qu’il est plus difficile de détourner du chemin de l’honneur, que de faire dévier le soleil de son cours. " Pyrrhus partit alors pour la Sicile : Fabricius, après avoir battu les Samnites et les Lucaniens, obtint le grand triomphe. Ensuite les consuls Curius Dentatus et Cornélius Lentulus furent envoyés contre Pyrrhus. Curius lui livra un combat, tailla en pièces son armée, l’obligea de s’enfuir à Tarente, et prit son camp. Dans cette journée, l’ennemi perdit vingt-trois mille hommes. Curius triompha pendant son consulat : le premier il amena à Rome quatre éléphants. Bientôt Pyrrhus quitta Tarente même, et fut tué dans un faubourg d’Argos, ville de la Grèce.

Sous le consulat de C. Fabricius Luscinus et de C. Claudius Cinna, l’an quatre cent soixante et un de la fondation de Rome, des députés d’Alexandrie, envoyés par Ptolémée, vinrent à Rome demander l’amitié des Romains, et l’obtinrent. Sous le consulat de Quintius Gulon et de C. Fabius Pictor, les habitants du Picénum prirent les armes contre Rome, et furent vaincus par les consuls de l’année suivante, P. Sempronius et Appius Claudius ; nouveau triomphe dans Rome. Les Romains fondèrent deux villes, Ariminum dans la Gaule, et Bénévent dans le Samnium. Sous le consulat de M. Attilius Regulus et de L. Junius Libon, l’on déclara la guerre aux Sallentins, peuplade de l’Apulie : Brundisium et ses habitants furent pris ; encore un triomphe.

10[modifier]

L’an quatre cent soixante douze, bien que le nom romain fut déjà, cependant les armes de Rome n’avaient pas été portées hors de l’Italie. Aussi pour connaître l’état des forces romaines, on fit un dénombrement et il se trouva deux cent quatre-vingt douze mille trois cent trente quatre citoyens, quoique, depuis la fondation de Rome, les guerres n’eussent jamais cessé. Alors on entreprit la première guerre contre les Africains, sous le consulat d’Appius Claudius et de Q. Fulvius. On combattit contre eux en Sicile et Appius Claudius triompha des Africains et de Hiéron roi de Sicile. L’année suivante sous le consulat de Valerius Marcus et d’Oraclius, les Romains firent de brillants exploits en Sicile. Les habitants de Tauromenitanus, de Catane, et cinquante autres villes envoyèrent leur soumission. La troisième année, on termina en Sicile, la guerre contre Hiéron : ce prince, avec toute la noblesse de Syracuse, obtint la paix des Romains, et donna deux cents talents d’argent. Les Africains furent vaincus en Sicile, et pour la seconde fois on en triompha à Rome. La cinquième année de la guerre punique, entreprise contre les Africains, les Romains, sous le consulat de C. Duilius et de Cn. Cornélius Asina, livrèrent leur premier combat naval, avec des vaisseaux à éperons, qu’on appelle Liburniens. Le consul Cornélius se laissa surprendre ; Duilius livra bataille, défit le général carthaginois, prit trente et un vaisseaux, en coula à fond quatorze, fit sept mille prisonniers, et tua trois mille ennemis. Jamais victoire ne fut plus agréable aux Romains, qui, invincibles sur terre, se voyaient déjà fort redoutables sur mer. Sous le consulat de C. Aquilius Florus et de L. Scipion, ce dernier ravagea la Corse et la Sardaigne, en ramena plusieurs milliers de prisonniers, et obtint le grand triomphe.

11[modifier]

Sous le consulat de L. Manlius Volson et de M. Attilius Regulus, la guerre fut transportée en Afrique : et Hamilcar, général carthaginois, contre lequel on livra un combat naval, fut vaincu. En effet, il se retira après avoir perdu soixante-quatre vaisseaux, les Romains en perdirent vingt-deux. Mais ils passèrent en Afrique, et reçurent la soumission de Clypée, l’une des principales villes de ce pays. Les consuls s’avancèrent jusqu’à Carthage : et après avoir saccagé plusieurs places fortes, Manlius revint vainqueur à Rome, suivi de vingt-sept mille captifs. Attilius Regulus resta en Afrique, où il continua la guerre ; il eut à combattre trois chefs carthaginois qu’il vainquit, leur tua dix-huit mille hommes, fit cinq mille prisonniers, s’empara de dix-huit éléphants, et reçut la soumission de soixante quatorze villes. Alors les Carthaginois vaincus demandèrent la paix aux Romains : mais comme Regulus ne voulait l’accorder qu’aux plus dures conditions, les Africains implorèrent le secours des Lacédémoniens, et le général Xanthippe, qu’ils envoyèrent, fit éprouver au général romain Regulus un échec irréparable. En effet, il ne resta que deux mille hommes de toute l’armée romaine ; quinze mille furent faits prisonniers avec leur général Regulus, trente mille furent tués ; Regulus lui-même fut jeté dans les fers.

12[modifier]

Les deux consuls, M. Aemilius Paulus et Servius Fulvius Nobilior, partirent pour l’Afrique avec une flotte de trois cents vaisseaux, et ils remportent d’abord une victoire, navale sur les Carthaginois. Le consul Aemilius coula à fond cent quatre vaisseaux ennemis, en prit trente avec leurs combattants, tua ou fit prisonniers quinze mille hommes, et enrichit ses soldats d’un immense butin. Certes alors l’Afrique eût été subjuguée sans une horrible famine qui ne permit pas à l’armée de rester plus longtemps. Les consuls, revenant avec leur flotte victorieuse, firent naufrage sur les côtes de la Sicile, et il s’éleva alors une tempête si furieuse, que de quatre cent soixante-quatre vaisseaux, quatre-vingts purent à peine être sauvés ; jamais, en aucun temps, ou n’entendit parler d’un si grand désastre maritime. Cependant les Romains remirent tout de suite à flot deux cents navires, et ce revers ne put en rien abattre leur courage.

13[modifier]

Cn. Servilius Caepion et C. Sempronius Blaesus, nommés consuls, partirent pour l’Afrique avec deux cent soixante vaisseaux : ils prirent quelques villes, mais, lorsqu’ils revenaient avec un riche butin, ils firent aussi naufrage. Enfin, comme les Romains étaient fatigués de ces malheurs continuels, le sénat décréta la suspension des batailles navales, et l’entretien de soixante vaisseaux seulement, pour la défense de l’Italie. Sous le consulat de L. Caecilius Metellus et de C. Furius Pacillus, Metellus défit en Sicile le général africain qui s’avançait contre lui avec cent trente éléphants et une armée formidable : il tailla en pièces vingt mille ennemis, prit vingt-six éléphants, et avec l’aide des Numides, ses auxiliaires, rassembla les autres qui erraient çà et là, et les emmena tous à Rome en grande pompe ; car le nombre de cent trente éléphants remplissait tous les chemins.

14[modifier]

Après de tels revers, les Carthaginois engagèrent le général Regulus, leur prisonnier, à partir pour Rome, afin d’obtenir la paix des Romains, et de faire l’échange des captifs. Arrivé à Rome, et introduit dans le sénat, il ne voulut plus agir en qualité de Romain, et dit que, " du jour où il était tombé au pouvoir des Africains, il avait cessé d’être citoyen de Rome. " Aussi il se refusa aux embrassements de sa femme, et conseilla aux Romains de ne point faire la paix avec les Carthaginois. " Accablés, dit-il, par tant de désastres, ils n’ont plus d’espérance : la vie de Regulus n’est pas assez précieuse, pour qu’on rende tant de milliers de captifs en échange d’en seul vieillard et du petit nombre de Romains qui ont été fait prisonniers. " On suivit ses conseils, et personne n’écouta les propositions de paix des Africains. Regulus retourna donc à Carthage ; et comme les Romains lui offraient de le retenir à Rome, il refusa de rester dans une ville où il ne pouvait que conserver la dignité d’honorable citoyen, après avoir été l’esclave des Carthaginois. Aussi, à son retour en Afrique, on le fit périr au milieu de mille supplices.

15[modifier]

Sous le consulat de P. Claudius Pulcher et de C. Junius, Claudius combattit, malgré les auspices, et fut vaincu par les Carthaginois : il avait deux cent vingt vaisseaux, il s’enfuit avec trente quatre-vingt dix furent pris avec les combattants, les autres coulés à fond. Son collègue perdit aussi sa flotte dans un naufrage ; il put cependant sauver l’armée, à cause de la proximité du rivage.

16[modifier]

Sous le consulat de C. Lutatius Catulus et de A. Postumius Albinus, la vingt-troisième année de la guerre punique, on confia à Catulus le soin de combattre les Africains. Il passa en Sicile avec trois cents vaisseaux ; les Africains lui en opposèrent quatre cents. [Jamais bataille navale ne fit déployer tant de forces.] Lutatius Catulus s’embarqua, bien que malade encore, car il avait été blessé dans un combat précédent. Les Romains firent des prodiges de valeur dans un engagement vis-à-vis de Lilybée, ville de Sicile. Soixante-treize vaisseaux carthaginois furent pris, cent vingt-cinq coulés à fond, trente-deux mille hommes faits prisonniers, treize mille tués ; une immense quantité d’or et d’argent devint la proie du vainqueur ; douze vaisseaux seulement de la flotte romaine furent coulés. Ce combat eut lieu le six des ides de mars. Les Carthaginois demandèrent aussitôt la paix, qui leur fut accordée ; ils rendirent les prisonniers romains qui étaient en leur pouvoir, et demandèrent aussi qu’on leur permît de racheter les captifs carthaginois dont les Romains étaient maîtres. Le sénat leur fit rendre sans rançon ceux qu’on gardait dans la prison publique : quant aux autres, devenus esclaves des particuliers, avant de retourner à Carthage, ils durent payer à leurs maîtres une rançon ; mais elle fut prise sur le trésor plutôt que sur les fonds des Carthaginois. Q. Lutatius, A. Manlius, nommés consuls, firent la guerre aux Falisques, dont la ville était autrefois une des plus riches cités de l’Italie : l’expédition fut terminée six jours après l’arrivée des deux consuls, quinze mille ennemis furent taillés en pièces, la paix fut accordée aux autres ; on leur enleva cependant la moitié de leur territoire.


Fin du Livre II


◄   Livre I Livre II – Des suites du sac de Rome à la guerre punique
(388 à 241 av. J.-C.)
Livre III   ►