Excelsior

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Rayons et reflets, Texte établi par Chevalier de ChatelainRolandi (p. 240-241).


EXCELSIOR.



         De la nuit dru tombaient les ombres
         Quand un Jouvencel traversait
         Des Alpes les défilés sombres
Avec une bannière étrange qui portait :
                    Excelsior !

         Son front était plein de pensées.
         Et son œil lançait des éclairs ;
         C’étaient comme des voix passées
Ces étranges accents qu’il jetait dans les airs :
                    Excelsior !


         Il vit maintefois la lumière
         De foyer chauds, brillants, heureux;
         Au-dessus, spectre séculaire
La glace miroitait ; et lui de dire aux cieux :
                    Excelsior !

         “ Arrête ! ” ! lui dit la vieillesse,
         “ La tempête bruît la haut,
         Le torrent coule avec rudesse ”…
Mais dominant le Temps la voix dit aussitôt :
                    Excelsior !

         “ Repose, ” lui dit la jeunesse,
         “Ton front alourdi sur mon cœur !”
         Dans sou œil vif un pleur d’ivresse
Perla ; — mais lui soudain reprit avec ardeur :
                    Excelsior !

        “ Gare à l’effrayante avalanche,
         Et gare a la branche de pin ! ”
         C’était le vœu d’une âme franche !
Mais des hauteurs du roc ce mot tomba soudain :
                    Excelsior !

         Le jour épandait la lumière
         Que les moines de Saint Bernard
         Au ciel élevaient leur prière,
Quand ce cri retentit à travers le brouillard :
                    Excelsior !

         Un voyageur parmi la neige
         Trouvé par un bon chien, gisait,
         Tenant dans sa main comme un pleige
Cette même bannière étrange qui portait :
                    Excelsior !

         Dans le froid et gris crépuscule
         Il gît inanimé, mais beau ;
         Lors du ciel sur le monticule
Comme d’un saint écho roula ce mot nouveau :
                    Excelsior !