Extrait de l’inventaire qui s’est trouvé dans les coffres de M. le chevalier de Guise

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Extraict de l’inventaire quy s’est trouvé dans les coffres de M. le chevalier de Guise, par madamoiselle d’Antraigue et mis en lumière par M. de Bassompierre.

1615



Extraict de l’inventaire quy s’est trouvé dans les coffres de M. le chevalier de Guise, par madamoiselle d’Antraige et mis en lumière par M. de Bassompierre. Avec un brief catalogue de toutes les choses passées par plusieurs seigneurs et dames de la cour, le tout recherché et escript de la main dudict defunct et presenté aux amateurs de la vertu.
M. DC. XV., in-81.

Et premièrement,

Un traicté de la bonne inclination des bastars, desdié à M. de Vandosme, par le comte d’Auvergne2.

Dialogue de la commodité des ongres, entre la comtesse de Vignoyts et la ravigrave, desdié à M. le comte de Curson3.

Discours appoliticque, composé par Unisans, secretaire de M. le marechal d’Ancre, par lequel il veut prouver que la cagade faicte par son maistre a esté un violent effort de sa valeur, qui a despravé les functions de la vertu restringente, et non la foire de la prehension, comme veulent dire quelques medisans, desdié au dict sieur mareschal.

La vie de Charles le Simple avec les traictez des commoditez de l’ignorence, composé par M. de Souvray4, pour servir d’instruction au roy.

Le pouvoir, faculté et vertu de l’engin de l’homme, trouvé aux registres du feu duc de Rais5, et par luy desdié à la royne Catherine de Medicis, mis en lumière et faict imprimer aux despends du roy par le marechal d’Ancre.

Discours du procez intenté par devant les dames de la cour, d’un certain François, demandeur en requeste, tendant aux fins que soient faictes deffenses à tous les estrangers6 de ne labourer les jardins des dictes dames, ny semer de leurs graines, veu les parties naturelles des François, avec l’arrest des dictes dames par lequel il est dict que les parties produiront leurs pièces par devant elles, pour icelles veues, visitées et meurement considérées, faire droict ainsi que de raison.

Remonstrance faicte à la royne par madame d’Ancre sur le peu d’utilité qu’il y a d’employer les petits engins aux grandes et profondes affaires, tendant à ce que Bassompierre ne soit admis à ceux7 du cabinet.

L’usage des casaques à deux envers8 avec leurs utilitez et manière de s’en servir, composé et imprimé aux despens de M. le duc de Vandosme, desdié à la royne.

La façon de prendre la place par derrière, de M. de Brissac9, dedié aux beaux esprits de ce temps.

Comparaison en forme de parabolle de maquerellage et de l’art militaire, desdié à M. de Lavarenne10, et composé par Bonneuil11.

Paradoxe par lequel il est prouvé que les ladres n’ont point d’autre commodité que l’incommodité en ceste vie, composé par Plainville et desdié à M. de Rostin12.

La comedie de ma commère, representée de MM. les princes retirez de la cour, en faveur du president de Thou.

Discours de patience, dicté par Mme de Longueville13 et dedié à la marquise d’Ancre.

Traicté des plus emerveillables coups de plume et de rabots14 que les predecesseurs de Conchine et de sa femme ont donné pour le service de la republique du duc de Florence, avec l’arbre et genealogie, le tout fidellement extraict par Dolé et dedié au seigneur Jean de Medicis.

Les moyens de bastir superbement et solidement avec la cire, sans crainte d’autres chaleurs au soleil que celuy de justice ne luit point sur nostre orison, par le chancelier de Sillery15, dedié aux ouratiers16 de la chancellerie.

L’invention, sans magie, pour faire parler les morts, par MM. les secretaires d’Etat, dedié aux thresoriers de l’espargne.

Charme du scilence, apporté du sabat par la Dutillet17, de l’an mil six cens dix, au duc d’Espernon, pour s’en servir en temps et lieu.

Articles secrets de l’alliance d’Espaigne, dedié à Messieurs de la religion.

Comparaison des grands exploits faicts en la mer Méditerranée par le general des galeres avec ceux de M. l’amiral en la mer Oceane, dediez à M. de Villars18.

Un traicté de la furie, et description par le comte de Brissac, avec un discours des commoditez des calottes, dedié à la Margellette.

Discours sur l’appareil que le marquis de Marigny, Chateauneuf de Bretaigne, Silly19 de Normandie, Mailly de Picardie, et plusieurs autres, font pour aller à Saint-Muthurin20 pour estre guaris du mal de teste, desdié au mesme.

La vie de Ludovic Sforce, composée par Peronne, desdiée au duc d’Espernon21.

Les exemples de la bonne foy du president Jeannin, à recueillir du traicté par lui faict avec le feu duc de Biron22, desdiez à MM. les princes retirez de la cour.

Un traicté de la difficulté qu’il y a d’arrester les faucons hagards et leur faire revenir sur un vieux lièvre, par le sieur baron de la Chasteneraye, dedié à Roquelaure23.

La vie du feu connestable Saint-Paul24, dediée au vieux mareschal de Bouillon25, pretendu vice-connestable de France, composée dans la Bastille par le comte de la Roche, escript en parchemin rouge.

L’enfantement des montagnes, composé par le duc de Savoie, desdié aux princes.

Discours secret de l’amitié de M. d’Espernon vers son fils de la Vallette, avec une remonstrance aux bons pères en faveur des enfants obeissans26.

La louange de la chasteté et pureté de la vie, composée par l’evesque de Rieuls et dediée à la royne Marguerite.

Complainte de la Saguoine sur l’inconstance des hommes, dedié au baron des Termes27.

Le Boittelette du beau Mortemart28, dedié aux hermaphrodictes.

La promptitude Liverit, dedié à La Ferté29.

Apologie du Cel Castel contre ceux quy denient que M. le prince de Condé soit legitime, dedié à la memoire de feu M. le comte de Soissons30.

Histoire du malheureux advènement causé par l’adultaire, composé par la comtesse de Limours31, et dedié à Mme de Vilars32.

Le merite qu’il y a de se contenir en viduité, escript par Mme de Marmoutier et dedié à Mme de Guise la Doriere33.

Le miroir de la chasteté des dames de ce temps, composé par Mme de Santiny et dedié à Mme la duchesse de Seully.

La louange de la fidelité conjugalle, par le comte de Chiverny34 et dedié au comte de Grammon35.

La piteuse et deplorable avanture d’Acteon, mangé par les chiens après avoir esté metamorphosé par Diane en forme de cerf, composé en vits françois par Madame la fouteuse de Balaigny36 et dedié à la memoire de son mary.

Poeme tragique de Landry et de la royne Fredegonde, composé par la marechalle d’Ancre, et dedié à la royne.

L’art honneste de petter, pratiqué et composé par le president Duret37, dedié à M. de Roquelaure.

Veritable discours du poëte de Marseille et de sa vie, mis en lumière par Madamoiselle de Vitry, quy dit l’avoir assisté à tous les merveilleux traits de son mestier.

Les excellents et doctes sermons du cardinal de Sourdy38, desdié à un Marguillier de Sainct-Germain-de-l’Auxerroy, par l’advis du cardinal de Bousy39.

Consolation à la comtesse de Sansay, faicte par M. du Maine, sur la mort de M. Balaigny.

Quatre livres des commoditez, profits et utilitez qu’on reçoit d’avoir deux femmes en un mesme temps, avec la louange d’elles-mesmes.

Un livre de clemence, par M. d’Espernon, si vieux et si effacé qu’on n’y voit rien, dedié aux Provençaux, avec un discours, à la fin du livre, où il refute l’opinion des poëtes.

Les inimitables grimasses du chevalier de Silly, dedié aux jeunes gens de la cour.

Trois tomes escripts par le mareschal de Biron, le premier traictant du depvoir des subjects envers leur prince ; le deuxiesme, de la recompense des loyaux serviteurs ; le troisième, de la prudence qu’on doit avoir pour se comporter finement, dedié au comte d’Auvergne.

L’apparition de Saincte Gertrude à Madame l’abbesse de Maubuisson40 estant au mal d’enfant.

Un Italien incogneu
En France tout seul est venu
N’ayant aucune compagnie ;
Mais en France s’est bien trouvé,
Estant fort bien envitaillé
Pour resjouir sa grande amie.

Il a fort bien faict ses affaires
Et a gaigné de grands thresors,
Car, se donnant de grands efforts,
Soubs luy tout le monde faict taire.

Tous les thresors qu’il a conquis
C’est par fraude et par piperie ;
Il a gaigné, par mon advis,
Pour faire duchesse sa fille.

Il n’y a François au monde quy ait l’esprit tel comme ceste nation estrangère, car les plus beaux esprits de la France, en telle part que ce soit, ne sçauroit si bien bastir sa fortune en estrange pays comme fait une quantité de race coyonnesque quy se bastissent incontinent au naturel des vrais François ; ils leur veulent faire accroire qu’ils sont meilleurs que ne sont les naturels du pays, encore qu’ils feussent de Sainct-Denis ou d’Aubervillier, et veulent dire comme les bonnes femmes de Paris, Aubervillier vaut bien Paris, choux pour choux.


1. Cette pièce doit être rangée dans un genre de facétie que ce bon Palaprat, qui sans doute n’avoit pas même lu Rabelais et son chapitre de la librairie de Saint-Victor, crut avoir inventé au XVIIe siècle. (V. ses œuvres, Paris, 1712, in-12, t. 1, p. 278–279.) C’est un de ces catalogues de livres imaginaires sur lesquels M. P. Jannet, sous le pseudonyme de Hænsel, a publié dans le Journal de l’amateur de livres (1er septembre 1848) un très curieux article, que nous avons cherché à compléter dans une lettre publiée par le même journal au mois de janvier 1850. La pièce que nous reproduisons est si rare qu’elle nous échappa alors, ainsi qu’à M. G. Brunet, qui avoit le premier donné un petit supplément à l’article de M. Hænsel dans le numéro du 1er décembre 1848 du journal déjà cité.

2. César, duc de Vendôme, étoit, comme on sait, fils naturel de Henri IV et de Gabrielle d’Estrées (V. notre t. 2, p. 253), et le duc d’Angoulême bâtard de Charles IX et de Marie Touchet.

3. Gentilhomme de la maison de Foix. V. sur lui un vers des Contreveritez de la Cour dans notre t. 4, p. 343.

4. Gilles de Souvray, marquis de Courtanvaux, maréchal de France, gouverneur de Louis XIII.

5. Albert de Gondi, duc de Retz, maréchal de France. Il est souvent parlé de lui et de sa femme, Catherine de Clermont, dans la Confession de Sanci.

6. Les Italiens de la suite du marquis d’Ancre, Coglioni di mila franchi. V. notre t. 4, p. 25.

7. C’est-à-dire aux affaires. C’étoit alors un mot masculin. V. notre t. 1, p. 133, note.

8. La casaque étoit aux couleurs, à la livrée du parti qu’on suivoit, mais faite de telle sorte que, si, après la défaite du parti, il devenoit dangereux de la porter, l’on pouvoit la retourner sans qu’il parût qu’elle fût à l’envers. M. de Vendôme, l’un des esprits les plus changeants de ce temps-là, tantôt pour la reine, tantôt pour les princes, avoit une casaque de cette espèce. « Il falloit, dit Le Laboureur, vaincre ou mourir, ou bien devestir cette casaque, ce qui arrivoit assez souvent, ou pour arrester les fâcheuses suites d’un évenement sinistre, ou bien cela se faisoit pour éviter la honte et l’infamie d’une lasche action ; ce qui pourroit bien avoir donné origine à l’expression proverbiale : Il a tourné casaque, laquelle se dit aujourd’hui de ceux qui changent de parti. » De l’origine des armes, Lyon, 1658, in-4, p. 8.

9. Ceci tendroit à nous donner sur les mœurs du maréchal de Brissac des soupçons qu’un passage de l’Inventaire des livres de Me Guillaume, mal compris par Le Duchat, nous avoit d’ailleurs suggérés déjà : « Une consolation à M. de Brissac sur la mort de sa femme, par le vidame de Chartres. »

10. Le fameux La Varenne, qui, de cuisinier, étoit devenu marquis, conseiller d’État et gouverneur de La Flèche, le tout grâce à ses obligeants services de proxénète, ce qui faisoit dire qu’il avoit plus gagné à porter les poulets du roi qu’à les piquer.

11. René de Thou, seigneur de Bonneuil, introducteur des ambassadeurs. V. Blanchard, Eloges des présidents à mortier, et notre t. 4, p. 341.

12. Il est appelé M. Le Rostein dans la facétie du même genre que celle-ci qui a pour titre : Bibliothèque de Mlle de Montpensier. On y met sous son nom un livre dont le titre : Les lamentations de saint Lazare, est loin de démentir ce qu’on lit ici. Il paroît décidément qu’il étoit lépreux.

13. Catherine de Gonzague de Clèves, mariée en 1582 à Henri d’Orléans, duc de Longueville, morte en 1629, âgée de 61 ans.

14. Le père de Concini étoit menuisier.

15. Nicolas Brûlart, marquis de Sillery, garde des sceaux depuis 1604. V. notre t. 2, p. 133.

16. Lisez couratiers, courtiers.

17. Dame galante et fort intrigante. Il est parlé d’elle au liv. 2, chap. 1, de la Confession de Sanci, et d’Aubigné la nomme au chap. 16 du Baron de Fæneste. Ce Charme du silence, qu’elle donne en 1610 à M. d’Épernon, n’étoit pas sans utilité pour lui, puisqu’on l’accusoit de savoir la vérité sur l’assassinat de Henri IV, et puisqu’il sut trouver le moyen de ne pas la dire.

18. Honorat de Savoie, marquis de Villars, avoit eu la charge d’amiral après l’assassinat de Coligny. Il n’y fit pas merveille, et la comparaison indiquée ici n’étoit certainement pas à son avantage.

19. Henri de Silly, comte de Rochepot.

20. Patron des fous.

21. Ceci donneroit à penser qu’on soupçonnoit M. d’Épernon de vouloir tenter contre Louis XIII ce que Ludovic le More n’avoit essayé qu’avec trop de succès contre son neveu Galeas Sforza, mort empoisonné par lui le 21 octobre 1494.

22. Le président Jeannin et le chancelier de Sillery avoient fait en 1601 le traité avec le duc de Savoie, et l’on disoit qu’en même temps qu’ils traitoient avec ce prince pour le roi, ils traitoient aussi en secret pour le maréchal de Biron, qui en effet trahissoit alors la France au profit de la maison de Savoie.

23. Antoine de Roquelaure, fait maréchal de France en cette même année 1615. Il avoit 71 ans, mais c’étoit pure calomnie de comparer ce vieux brave à un vieux lièvre.

24. Celui que Louis XI fit décapiter.

25. Henri de la Tour d’Auvergne, duc de Bouillon, étoit soupçonné d’avoir des relations avec les princes d’Allemagne.

26. Le duc d’Épernon avoit, en 1611, refusé son consentement pour le mariage de son second fils, le marquis de la Valette, avec la fille du maréchal d’Ancre. Ce fils, qui étoit très jeune, et par conséquent très porté à l’obéissance pour de tels ordres, épousa, onze ans plus tard, la fille de Henri IV et de la marquise de Verneuil.

27. César Auguste de Saint-Lary, baron de Termes, avoit pour maistresse une fille de la reine, nommée la Sagonne, avec laquelle il fut trouvé couché. La reine chassa la Sagonne, et peu s’en fallut qu’elle n’obtînt du roi qu’il envoyât M. de Termes à l’échafaud. — Ce nom de la Sagonne cache Diane de la Marck, femme en troisièmes noces de Jean Babou, comte de Sagonne.

28. Il est aussi parlé de lui à l’art. 62 de l’Inventaire de la bibliothèque de maître Guillaume.

29. Gouverneur de Chartres, qui avoit mis en effet assez de promptitude à livrer la place.

30. Frère puîné du prince de Condé, dont la légitimité est ici mise en doute. Il étoit mort en 1612.

31. Femme de ce comte de Limours qui, selon les Contrevéritez de la cour (v. notre t. 4, p. 341) avoit si mauvaise mémoire. Les actions de Mme la comtesse ne semblent pas avoir été de celles dont il fût bon de se souvenir.

32. Sœur de Gabrielle d’Estrées, pour laquelle Henri IV eut un penchant passager. V. Sauval, Galanteries des rois de France, 1731, in-12, t. 2, p. 354.

33. La douairière. — C’est la même qui fit beaucoup parler d’elle, pendant son veuvage, à cause de son commerce avec M. de Bellegarde. Le 55e article de l’Inventaire des livres trouvés en la bibliothèque de Me Guillaume lui est consacré : « Trois livres enseignants de conserver sa virginité devant et après l’enfantement, par Mme de Guise, dédiés à Mme de Vitry. »

34. L’auteur des excellents Mémoires souvent réimprimés. Je l’aurois cru exempt de ces sortes de malheurs.

35. Philibert de Grammont, second mari de la belle Corisandre d’Andouins, l’une des plus célèbres maîtresses de Henri IV.

36. Diane d’Estrees, sœur de Gabrielle, seconde femme de Jean de Montluc, seigneur de Balagny, maréchal de France.

37. Duret de Chevry. V. sur lui notre édition des Caquets de l’Accouchée, p. 147.

38. V. sur les mœurs de ce prélat notre t. 4, p. 340. C’est avec intention qu’on fait dédier ses sermons à un marguillier de Saint-Germain-l’Auxerrois. L’hôtel de Sourdis étoit proche de cette église ; il avoit donné son nom à une petite impasse qui ne vient que de disparoître.

39. Celui qui avoit négocié le mariage de Henri IV et de Marie de Médicis.

41. Angélique d’Estrées, autre sœur de Gabrielle.