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Fables/Fable 1

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Villedieu - Fables, ou Histoires allégoriques, dédiées au Roy, 1670 (page 17 crop).jpg

FABLES,
OV
HISTOIRES
ALLEGORIQVES.


Villedieu - Fables, ou Histoires allégoriques, dédiées au Roy, 1670 (page 17b crop).jpg

FABLE PREMIERE.

La Tourterelle, & le Ramier.



QU’on ne me parle plus d’Amour, ny de Plaiſirs,
Diſoit un jour la triſte Tourterelle,

Conſacrez-vous mon Ame, à d’eternels ſoûpirs :
J’ay perdu mon Amant fidelle.
Arbres, Ruiſſeaux, Gazons delicieux,
Vous n’avez plus de charmes pour mes yeux,
Mon Amant a ceſsé de vivre.
Qu’attendons-nous mon cœur ? Hâtons-nous de le ſuivre.
Comme on l’euſt dit, autresfois on l’euſt fait.
Quand nos Peres vouloient peindre un Amour parfait,
La Tourterelle en eſtoit le ſymbole,
Elle ſuivoit toûjours ſon Amant au trépas,

Mais la mode change icy-bas,
De cette conſtance frivole.
Le Deſeſpoir a perdu ſon credit,
Et Tourterelle ſe conſole,
S’il faut tenir pour vray, ce que ma Fable en dit.

Elle pretend, que cette Deſolée,
A ſa juſte douleur, voulant eſtre immolée,
Choiſit un vieux Palais, vray ſejour de Hiboux ;
Où ſans chercher aucune nourriture,
Un prompt trépas eſtoit, ſon eſpoir le plus doux ;

Mais qui ne ſçait, qu’en toute conjoncture,
La Providence eſt plus ſage que nous ?
Dans cette demeure ſauvage,
Habitoit un jeune Ramier,
Houpé, patu, de beau plumage,
Et quoy que jeune, vieux Routier
Dans l’Art de ſoulager, les douleurs du veuvage.
Pour noſtre Tourterelle, il mit courtoiſement,
Ses plus beaux ſecrets en uſage.
La Pauvrette au commencement,
Loin de preſter l’oreille à ſon langage,

Ne vouloit pas, ſe montrer ſeulement :
Mais le Ramier, parlant de deffunt ſon Amant,
Inſenſiblement il l’engage,
A recevoir ſon compliment.
Ce compliment fut d’une grande force,
Il diſoit du deffunt, toute ſorte de bien,
Ne blâmoit la Veuve de rien ;
Bref, c’eſtoit une douce amorce,
Pour attirer un plus long entretien.
Voilà donc la belle Affligée,
En tendres propos engagée :

Elle tombe ſur le diſcours,
De l’hiſtoire de ſes Amours :
Dépeint, non ſans cris, & ſans larmes,
Du pauvre Trépaſsé, les vertus & les charmes :
Et ne croyant par là, que flater ſa douleur,
Elle apprit au Ramier, le chemin de ſon cœur.
Par ce que le Deffunt avoit fait pour luy plaire,
Il comprit ce qu’il faloit faire.
Il estoit copiſte entendu,
Il ſçeut ſi dextrement, imiter ſon modelle,

Que dans peu noſtre Tourterelle,
Crût retrouver en luy, ce qu’elle avoit perdu.


Villedieu - Fables, ou Histoires allégoriques, dédiées au Roy, 1670 (page 72 crop).jpg