Fables d’Ésope/La Femme et l’Ivrogne

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
◄◄◄ Fables d’Ésope
Traduction d’Émile Chambry
►►►
88


LA FEMME ET L’IVROGNE


Une femme avait un ivrogne pour mari. Pour le défaire de son vice, elle imagina l’artifice que voici. Elle observa le moment où son mari engourdi par l’ivresse était insensible comme un mort, le chargea sur ses épaules, l’emporta au cimetière, le déposa et se retira. Quand elle jugea qu’il avait cuvé son vin, elle revint et frappa à la porte du cimetière : « Qui frappe à la porte ? » dit l’ivrogne. « C’est moi qui viens apporter à manger aux morts », répondit la femme. Et lui : « Ne m’apporte pas à manger, mon brave, apporte-moi plutôt à boire : tu me fais de la peine en me parlant de manger, non de boire. » La femme, se frappant la poitrine s’écria : « Hélas ! que je suis malheureuse ! ma ruse même n’a fait aucun effet sur toi, mon homme ; car non seulement tu n’es pas assagi, mais encore tu es devenu pire, et ton défaut est devenu une seconde nature. »

Cette fable montre qu’il ne faut pas s’invétérer dans la mauvaise conduite ; car il vient un moment où, bon gré, mal gré, l’habitude s’impose à l’homme.

88


Γυνὴ καὶ ἀνὴρ <μέθυσος>.


Γυνή τις ἄνδρα μέθυσον εἶχε· τοῦ δὲ πάθους αὐτὸν ἀπαλλάξαι θέλουσα τοιόνδε τι σοφίζεται. Κεκαρωμένον γὰρ αὐτὸν ὑπὸ τῆς μέθης παρατηρήσασα καὶ νεκροῦ δίκην ἀναισθητοῦντα ἐπ’ ὤμων ἄρασα ἐπὶ τὸ πολυάνδριον ἀπενεγκοῦσα κατέθετο καὶ ἀπῆλθεν. Ἡνίκα δ’ αὐτον ἤδηἀνανήφειν ἐστοχάσατο, προσελθοῦσα τὴν θύραν ἔκοπτε τοῦ πολυανδρίου. Ἐκείνου δὲ φήσαντος· « Τίς ὁ τὴν θύραν κόπτων; » ἡ γυνὴ ἀπεκρίνατο· « Ὁ τοῖς νεκροῖς τὰ σιτία κομίζων ἐγὼ πάρειμι. » Κἀκεῖνος· « Μή μοι φαγεῖν, ἀλλὰ πιεῖν, ὦ βέλτιστε, μᾶλλον προσένεγκε· λυπεῖς γάρ με βρώσεως, ἀλλὰ μὴ πόσεως μνημονεύων. » Ἡ δὲ τὸ στῆθος πατάξασα· « Οἴμοι τῇ δυστήνῳ, φησίν· οὐδὲν γὰρ οὐδὲ σοφισαμένη ὤνησα· σὺ γάρ, ἄνερ, οὐ μόνον οὐκ ἐπαιδεύθης, ἀλλὰ καὶ χείρων σαυτοῦ γέγονας, εἰς ἕξιν σοι καταστάντος τοῦ πάθους. »

Ὁ μῦθος δηλοῖ ὅτι οὐ δεῖ ταῖς κακαῖς πράξεσιν ἐγχρονίζειν. Ἔστι γὰρ ὅτε καὶ μὴ θέλοντι τῷ ἀνθρώπῳ τὸ ἔθος ἐπιτίθεται.