Fables d’Ésope (trad. Chambry, 1927)/L’Âne qui porte du sel (bilingue)

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Traduction d’Émile Chambry
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L’ÂNE QUI PORTE DU SEL


Un âne portant du sel traversait une rivière ; il glissa et tomba dans l’eau. Alors le sel se fondit, et il se releva plus léger, et fut enchanté de l’accident. Une autre fois, comme il arrivait au bord d’une rivière avec une charge d’éponges, il crut que, s’il se laissait tomber encore, il se relèverait plus léger, et il fit exprès de glisser. Mais il advint que les éponges ayant pompé l’eau, il ne put se relever et périt noyé.

Ainsi parfois les hommes ne se doutent pas que ce sont leurs propres ruses qui les précipitent dans le malheur.

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Ὄνος ἅλας βαστάζων.

Ὄνος ἅλας ἔχων ποταμὸν διέβαινεν. Ὀλισθήσας δέ, ὡς κατέπεσεν εἰς τὸ ὕδωρ, ἐκτακέντος τοῦ ἅλατος, κουφότερος ἐξανέστη. Ἡσθεὶς δὲ ἐπὶ τούτῳ, ἐπειδὴ ὕστερόν ποτε σπόγγους ἐμπεφορτισμένος κατά τινα ποταμὸν ἐγένετο, ᾠήθη ὅτι, ἐὰν πάλιν πέσῃ, ἐλαφρότερος διεγερθήσεται, καὶ δὴ ἑκὼν ὤλισθε. Συνέϐη δὲ αὐτῷ, τῶν σπόγγων ἀνασπασάντων τὸ ὕδωρ, μὴ δυνάμενον ἐξαναστῆναι ἐνταῦθα ἀποπνιγῆναι.

Οὕτω καὶ τῶν ἀνθρώπων ἔνιοι διὰ τὰς ἰδίας ἐπινοίας λανθάνουσιν εἰς συμφορὰς ἐνσειόμενοι.