Femmes/Devant un Portrait

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Œuvres de Sully PrudhommeAlphonse LemerrePoésies 1865-1866 (p. 105).

Devant un Portrait


 
Des fluides moments nul ne voit le passage,
Et le printemps des jours s’éteint comme il est né ;
C’est insensiblement, sur le fleuve de l’âge,
Qu’à la froide vieillesse un homme est entraîné.

Mais je me saurai vieux quand cette chère image
Ne me retiendra plus à sa grâce enchaîné,
Et ne recevra plus ce douloureux hommage
D’un sentiment stérile à survivre obstiné :

Ah ! ce jour-là, mon âme aura perdu son aile,
Mon cœur son sang, mes nerfs leur vie et leur ressort ;
Je ne serai plus moi, n’existant plus pour elle.

À quelque homme nouveau j’aurai vendu mon sort,
Ma figure et mon nom, la cendre et l’étincelle,
Et je serai bien vieux, si je ne suis pas mort !