Fille d'ouvriers

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

À MON AMI PAUL MARROT.

FILLE D’OUVRIER

« Cependant le contre-maître a avoué tous les faits dont il est accusé ; … séparé de sa femme, il ne se contente pas de vivre maritalement avec une autre, il a encore pour maitresse attitrée une jeune-fille d vingt ans travaillant dans son atelier » — Cri du peuple. (Le scandale de Saint-Denis.)

Pâle ou vermeille, brune ou blonde,
Bébé mignon,
Dans les larmes ça vient au monde :
Chair à guignon !
Ébouriffé, suçant son pouce,
Jamais lavé,

Comme un vrai champignon ça pousse :
Chair à pavé !

A quinze ans, ça rentre à l'usine,
Sans éventail,
Du matin au soir ça turbine :
Chair à travail !
Fleur des fortifs, ça s'étiole,
Quand c'est girond,
Dans un guet-apens, ça se viole :
Chair à patron !

Jusque dans la moelle pourrie,
Rien sous la dent,
Alors, ça rentre "en brasserie" :
Chair à client !
Ça tombe encore,de chute en chute,
Honteuse, un soir,
Pour un franc, ça fait la culbute :
Chair à trottoir !

Ça vieilli, et plus bas ça glisse...
Un beau matin,
Ça va s'inscrire à la police :
Chair à roussin !
Ou bien, "sans carte", ça travaille
Dans sa maison,
Alors, ça se fout sur la paille :
Chair à prison !

D'un mal lent souffrant le supplice,
Vieux et tremblant,

Ça va geindre dans un hospice :
Chair à savant !
Enfin, ayant vidé la coupe.
Bu tout le fiel,
Quand c'est crevé, ça se découpe :
Chair à scalpel !

Patrons! Tas d'Héliogabales,
D'effroi saisis
Quand vous tomberez sous nos balles :
Chair à fusils !
Pour que chaque chien sur vos trognes
Pisse, à l'écart,
Nous les laisserons vos charognes :
Chair à Macquart !