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Frankenstein (1831)/Chapitre XV

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« Telle fut l’histoire de mes amis bien-aimés. Elle m’émut profondément. J’appris, d’après la conception de vie sociale qu’elle illustrait, à admirer leurs vertus et à désapprouver les vices de l’humanité.

« Jusqu’alors, j’avais regardé le crime comme un mal lointain ; la bienveillance et la générosité étaient constamment sous mes yeux, suscitant en moi le désir de devenir un acteur sur cette scène agitée où surgissaient et se manifestaient tant de qualités admirables. Mais en décrivant le progrès de mon intelligence, il ne faut pas oublier un événement qui se produisit au début du mois d’août de la même année.

« Me trouvant une nuit, comme de coutume, dans le bois voisin où je ramassais ma nourriture et du bois de chauffage pour mes protecteurs, je trouvai sur le sol une valise de cuir contenant plusieurs vêtements et quelques livres. Je m’en saisis avec joie et m’en retournai avec à ma hutte. Ces livres étaient heureusement dans la langue dont j’avais acquis les éléments au chalet ; c’étaient le Paradis perdu, un volume des Vies de Plutarque et les Chagrins de Werther. La possession de ces trésors me procura une joie extrême ; j’étudiai alors ces récits et j’exerçai mon esprit à leur sujet, tandis que mes amis se livraient à leurs travaux coutumiers.

« C’est à peine si je puis vous décrire l’effet de ces ouvrages. Ils produisirent en moi un infini d’images et de sentiments nouveaux qui parfois m’élevaient jusqu’à l’extase, mais le plus souvent me plongeaient dans la dépression la plus profonde. Dans Les Chagrins de Werther, outre l’intérêt du récit simple et touchant, si nombreuses sont les opinions discutées, et les lueurs jetées sur des sujets jadis obscurs pour moi, que j’y trouvai une source inépuisable de spéculation et d’étonnement. Les mœurs douces et familières décrites en ce livre, ainsi que les attitudes et les sentiments généreux dont l’objet était extérieur en moi, s’harmonisaient avec ce que je savais de mes amis comme avec les besoins toujours vivants en mon propre cœur. Mais je trouvai en Werther lui-même un être plus divin que je n’en avais jamais vu ou imaginé ; son caractère n’était prétentieux en rien ; et pourtant il était d’une signification profonde. Les discussions relatives à la mort et au suicide étaient propres à me remplir d’étonnement. Je ne prétendais point trancher la question, et pourtant j’inclinais vers les opinions du héros, dont je pleurai la mort sans exactement la comprendre.

« Je faisais néanmoins de nombreuses applications de mes lectures à mes sentiments et à ma situation particulière. Je me trouvais semblable aux êtres qui faisaient le sujet de mes lectures et à ceux dont j’écoutais le conversation — et pourtant aussi, au même moment, étrangement différent d’eux. Ma sympathie allait vers eux, je les comprenais en partie ; mais mon esprit n’était pas développé ; je ne dépendais d’aucun, je n’étais en relation avec aucun d’eux. « La route de mon départ était ouverte », et personne n’existait qui pût pleurer ma destruction. Ma personne était hideuse, ma taille gigantesque. Que signifiait tout cela ? Qui étais-je ? Qu’étais-je ? Quelle était mon origine, ma destinée ? Ces questions revenaient sans cesse, mais j’étais incapable de les résoudre.

« Le volume des Vies de Plutarque, que je possédais, contenait l’histoire des premiers fondateurs des républiques anciennes. Cet ouvrage me produisit une impression fort différente des Chagrins de Werther. Les imaginations de Werther m’enseignèrent le découragement et la mélancolie ; mais Plutarque me donna des pensées élevées ; il me souleva au-dessus de la sphère misérable de mes réflexions personnelles, me fit admirer et aimer les héros des siècles passés. Mille choses que je lus dépassaient mon intelligence et mon expérience. Je n’avais qu’une connaissance fort confuse des royaumes, des immenses étendues de pays, des grands fleuves et des mers illimitées. Mais j’ignorais totalement les villes et les vastes groupements d’hommes. Le chalet de mes protecteurs avait été l’unique école où j’eusse étudié la nature humaine ; mais ce livre ouvrit devant moi des champs d’action nouveaux et grandioses. J’appris qu’il existait des hommes mêlés aux affaires publiques, qui gouvernaient ou massacraient leur espèce. Je sentis naître en moi la plus grande ardeur pour la vertu, et l’exécration du vice, dans la mesure où m’apparut dans leur relativité la signification de ces termes, que je rapportais seulement au plaisir et à la douleur. Sous l’influence de ces sentiments, j’en arrivai naturellement à admirer les législateurs pacifiques. Numa, Solon et Lycurgue, de préférence à Romulus et à Thésée. L’existence patriarcale de mes protecteurs fit que ces impressions pénétrèrent profondément dans mon esprit ; si un jeune soldat affamé de gloire et de massacres, m’avait le premier révélé l’humanité, sans doute une sensibilité différente eût-elle été mienne.

« Mais le Paradis perdu suscita en moi des émotions autres et bien plus profondes. Je le lus, — comme tous les autres volumes tombés entre mes mains, — comme une histoire vraie. Il m’inspira tous les sentiments d’admiration et de crainte qu’était susceptible d’exciter le spectacle d’un Dieu omnipotent en guerre avec ses créatures. Je comparais souvent les diverses situations à la mienne, selon les ressemblances qui me frappaient. Comme Adam, je m’apparaissais sans lien quelconque avec un autre être au monde ; mais, à tout autre point de vue, son état différait beaucoup du mien. Il était sorti des mains de Dieu, créature parfaite, heureuse et prospère, protégée par la sollicitude particulière de son Créateur ; il pouvait s’entretenir avec des êtres d’une nature supérieure, et s’instruire auprès d’eux. J’étais au contraire misérable, sans secours et seul. Maintes fois, je considérai Satan comme représentant le plus exactement ma condition ; car souvent, comme lui, en voyant le bonheur de mes protecteurs, je sentis la morsure amère de l’envie.

« Un autre événement vint augmenter et confirmer ces sentiments. Peu de temps après mon arrivée dans la hutte, je découvris des papiers dans la poche du vêtement que j’avais emporté de votre laboratoire. Je les avais d’abord négligés ; mais désormais capable de déchiffrer les caractères dans lesquels ils étaient écrits, je me mis à les étudier avec soin. Ils constituaient le journal des quatre mois qui avaient précédé ma création. Vous y décriviez en détail chaque étape de votre œuvre ; et le récit contenait en outre des faits de votre vie quotidienne. Sans doute vous souvenez-vous de ces notes. Les voici ! Tout ce qui a trait à mon origine maudite y est raconté ; tous les détails de la série d’événements horribles d’où je procède, y sont mis en relief ; vous y donnez la description la plus minutieuse de mon odieuse et écœurante personne, en un langage qui reproduit votre propre horreur, et qui a rendu la mienne indélébile. Le dégoût m’assaillit au cours de ma lecture. « Jour maudit que celui où je reçus la vie ! » m’écriai-je en mon désespoir. « Créateur abhorré ! Pourquoi donc avez-vous formé un monstre assez hideux pour vous faire vous détourner de lui vous-même avec dégoût ? Dieu, dans sa miséricorde, a fait l’homme beau et attirant, selon sa propre image ; mais ma forme n’est qu’un type hideux de la vôtre, rendu plus horrible encore par sa ressemblance même. Satan avait avec lui d’autres démons pour l’admirer et l’encourager, tandis que je suis solitaire et abhorré ! »

« Telles étaient les réflexions de mes heures de désespoir et de solitude ; mais quand je contemplais l’existence vertueuse des habitants du chalet, quand j’étais témoin de l’amabilité et de la bienveillance de leur caractère, je me persuadais que lorsqu’ils se rendraient compte de mon admiration pour leurs vertus, ils éprouveraient de la compassion à mon égard et passeraient sur la difformité de ma personne. Si monstrueuse qu’elle fût, pourraient-ils fermer leur porte à celui qui sollicitait leur compassion et leur amitié ? Je finis par me résoudre à ne pas désespérer, mais à me préparer de toute manière à une entrevue avec eux, qui déciderait de mon destin. Je reculai de quelques mois encore cette tentative ; car l’importance que j’attachais à son succès m’inspirait la crainte de n’y pas réussir. D’ailleurs, je tenais à ne commencer cette expérience que lorsque quelques mois auraient ajouté à ma perspicacité, tant je constatais que chaque jour d’expérience ajoutait au développement de mon intelligence.

« Cependant, plusieurs changements étaient survenus dans le chalet. La présence de Safie répandait le bonheur parmi ses hôtes ; et je m’aperçus en outre qu’une plus grande abondance y régnait. Félix et Agathe consacraient plus de temps à leurs distractions et à la conversation ; et des serviteurs les aidaient dans leurs travaux. Ils ne paraissaient pas riches, mais ils étaient contents de leur sort et heureux ; leurs sentiments étaient sereins et paisibles, tandis que les miens devenaient chaque jour plus tumultueux. L’accroissement de mes connaissances ne faisait que me découvrir de façon plus claire quel paria misérable j’étais. Je caressais l’espoir, il est vrai ; mais il se dissipait quand j’apercevais mes traits dans l’eau, ou mon ombre au clair de lune, même cette pâle image et cette silhouette éphémère.

« Je m’efforçais d’étouffer ces craintes et de hausser mon courage au niveau de l’épreuve que dans quelques mois j’étais résolu à subir ; parfois je laissais mes pensées, sans les soumettre au contrôle de la raison, errer dans les champs du paradis : j’osais imaginer que des créatures aimables et exquises partageaient mes sentiments et illuminaient mes ténèbres, et que des sourires consolateurs naissaient sur leurs visages angéliques. Mais tout cela n’était qu’un songe ; nulle Ève n’adoucissait mes chagrins, ne partageait mes pensées ; j’étais seul. Je me rappelais les supplications d’Adam à son créateur. Mais où donc était le mien ? Il m’avait abandonné ; et dans l’amertume de mon cœur, je le maudissais…

« Ainsi passa l’automne. Je vis avec surprise et chagrin les feuilles pourrir et tomber, et la nature reprendre l’aspect dénudé et glacial du jour où pour la première fois j’avais aperçu les bois et la lune merveilleuse. Et pourtant, je n’attachais point d’importance aux rigueurs du temps ; ma conformation me rendait plus propre à supporter le froid que la chaleur. Mais ma joie principale était le spectacle des fleurs, des oiseaux, toutes les gaies couleurs de l’été ; lorsque tout cela me fut enlevé, je concentrai toute mon attention sur les habitants du chalet. Leur bonheur ne diminua point du fait de la disparition de l’été. Ils s’aimaient, ils sympathisaient entre eux ; et les joies des uns dépendant des autres, n’étaient point interrompues par les accidents survenus autour d’eux. Plus je les contemplais, et plus grand était mon désir de réclamer leur protection et leur bonté ; mon cœur aspirait chaque jour davantage à me faire connaître et aimer d’eux. Voir leurs chers regards se tourner affectueusement vers moi, c’était mon ambition extrême. Je n’osais penser qu’ils se détourneraient avec mépris et horreur. Les pauvres qui s’arrêtaient à leur porte n’étaient jamais chassés. Je demandais, il est vrai, de plus grands trésors qu’un peu de nourriture et de repos ; j’avais besoin de bonté et de sympathie ; mais je ne m’en croyais pas entièrement indigne.

« L’hiver avança : une révolution entière des saisons s’était accomplie depuis mon éveil à la vie. Mon attention se concentra alors tout entière sur la manière de me présenter au chalet de mes protecteurs. J’examinai plusieurs projets ; mais celui auquel je finis par m’arrêter consistait à pénétrer dans le chalet lorsque le vieillard aveugle y serait seul. J’avais assez de sagacité pour me rendre compte que la hideur inouïe de ma personne était la principale cause de l’horreur chez ceux qui m’avaient aperçu. Ma voix, bien que désagréable, n’avait en elle rien de terrible ; je croyais donc que si, en l’absence de ses enfants, je m’assurais la bienveillance et la médiation du vieux de Lacey, peut-être arriverais-je ainsi à me faire accepter de mes jeunes protecteurs.

« Un jour où le soleil brillait sur les feuilles rouges qui couvraient le sol, et répandait le bien-être tout en refusant la chaleur, Safie, Agathe et Félix partirent pour une longue promenade à travers la campagne, et le vieillard, selon le désir qu’il avait exprimé lui-même, resta seul dans le chalet. Lorsque ses enfants furent partis, il prit sa guitare et joua plusieurs airs tristes mais mélodieux, plus mélodieux et plus tristes que je ne lui en avais encore entendu jouer. D’abord son visage s’illumina de plaisir, mais à mesure qu’il continuait, il devint pensif et triste ; enfin, mettant de côté l’instrument, il resta absorbé dans ses réflexions.

« Mon cœur battait rapidement ; c’étaient l’heure et l’instant de l’épreuve qui déciderait de mes espérances ou qui réaliserait mes craintes. Les serviteurs étaient partis à une foire voisine. Tout était silencieux dans le chalet et à l’entour ; l’occasion était excellente ; cependant, quand je fus sur le point de mettre mon plan à exécution, la force me fit défaut, et je m’affaissai sur le sol. Je me relevai ; et rassemblant toute la fermeté que je possédais, j’enlevai les planches que j’avais placées devant ma hutte pour cacher ma retraite. L’air frais me ranima, et, reprenant courage, je m’approchai de la porte du chalet.

« Je frappai.

« — Qui est là ? dit le vieillard. Entrez ! »

« J’entrai.

« — Pardonnez-moi mon indiscrétion, lui dis-je ; je suis un voyageur qui a besoin d’un peu de repos ; vous m’obligeriez grandement si vous me permettiez de passer quelques minutes près du feu.

« — Entrez, dit de Lacey ; j’essaierai du mieux possible de vous soulager ; mais malheureusement mes enfants sont absents, et comme je suis aveugle, je crains qu’il me soit difficile de vous donner à manger.

« — Ne vous dérangez pas, mon bon hôte ; j’ai de quoi manger ; je n’ai besoin que de chaleur et de repos. »

« Je m’assis, et le silence s’établit. Je savais que chaque minute m’était précieuse, et pourtant je ne voyais de quelle façon commencer l’entretien. Le vieillard me parla comme il suit :

« — Par votre langue, étranger, je suppose que vous êtes de mon pays ; êtes-vous Français ?

« — Non, mais j’ai été élevé dans une famille française, et je ne comprends que cette langue. Je m’en vais maintenant demander protection à des amis que j’aime sincèrement, et dont j’espère qu’ils me témoigneront quelque faveur.

« — Sont-ils Allemands ?

« — Non, ils sont Français. Mais changeons ce sujet. Je suis une misérable créature abandonnée ; je regarde autour de moi, et je n’ai sur terre ni parents ni amis. Ces excellentes gens que je vais voir ne m’ont jamais vu, et ne savent de moi pas grand-chose. Je suis plein de craintes ; car si j’échoue dans mon projet, je serai à jamais banni du monde.

« — Ne désespérez pas. Certes, c’est un grand malheur que d’être sans amis ; mais le cœur de l’homme, quand nul intérêt personnel immédiat ne l’obscurcit, est plein d’amour et de charité fraternelle. Appuyez-vous donc sur vos espérances ; et si ces amis sont bons et serviables, ne désespérez pas.

« — Ils sont bons, ce sont les meilleures créatures du monde. Malheureusement, elles ont un préjugé à mon égard. Je suis d’une nature bienveillante ; jusqu’ici ma vie a été innocente et bienfaisante, dans une certaine mesure ; mais une prévention fatale obscurcit leur vue, et au lieu de voir en moi l’ami sensible et bon que je suis, ils n’aperçoivent qu’un monstre exécrable.

« — C’est là, en vérité, un malheur ; mais si vous êtes réellement sans reproche, ne pouvez-vous les détromper ?

« — Je suis sur le point d’entreprendre cette tâche ; et c’est à ce sujet que je ressens des terreurs si accablantes. J’aime tendrement ces amis. Sans qu’ils le sachent, je leur ai, depuis des mois, rendu des services quotidiens ; mais ils imaginent que je leur veux du mal, et c’est cette prévention que je voudrais détruire.

« — Où habitent vos amis ?

« — Près d’ici. »

« Le vieillard s’arrêta, puis ajouta :

« — Si vous voulez me confier, sans réserve, les détails de votre histoire, peut-être pourrais-je vous aider à les détromper. Je suis aveugle et ne puis juger de votre apparence ; mais il y a dans vos paroles quelque chose qui me persuade de votre sincérité. Je suis pauvre et exilé ; mais ce me sera une grande joie que de pouvoir être utile, d’une façon quelconque, à un être humain.

« — Excellent homme ! Je vous remercie, et j’accepte votre offre généreuse. Vous me relevez de la poussière en me témoignant cette bonté ; et j’espère qu’avec votre aide, je ne serai point exclu de la société et de la sympathie de vos semblables.

« — Dieu ne le voudrait point, fussiez-vous criminel, car cela ne saurait que vous pousser au désespoir, et non vous inciter à la vertu. Moi aussi je suis malheureux ; moi et ma famille avons été condamnés, bien qu’innocents ; jugez donc à quel point je compatis à vos malheurs.

« — Comment pourrais-je vous remercier, mon excellent et seul bienfaiteur ? C’est sur vos lèvres que, pour la première fois j’ai entendu la voix de la bonté s’adresser à moi ; je vous serai toute ma vie reconnaissant ; et l’humanité dont vous faites preuve en ce moment m’assure le succès auprès de ces amis que je suis sur le point de rencontrer.

« — Puis-je savoir le nom et le lieu de résidence de ces amis ? »

« Je m’arrêtai. Le moment était venu, me sembla-t-il, qui devait décider de mon sort, me priver à jamais du bonheur ou me le donner. Je cherchai en vain dans mon cœur la fermeté qui m’eût permis de lui répondre, mais cet effort annihila tout ce qui me restait de force ; je tombai sur une chaise et me mis à sangloter. C’est alors que j’entendis les pas de mes jeunes protecteurs. Je n’avais pas un instant à perdre ; et saisissant la main du vieillard, je m’écriai :

« — Le moment est arrivé. Sauvez-moi, protégez-moi. C’est vous-même et les vôtres qui êtes les amis que je cherche. Ne m’abandonnez pas en cette heure d’épreuve.

« — Grand Dieu, s’écria le vieillard, qui donc êtes-vous ? »

« En cet instant, la porte du chalet s’ouvrit, et Félix, Safie et Agathe entrèrent. Qui peut décrire leur horreur et leur consternation en m’apercevant ? Agathe s’évanouit ; et Safie, incapable de porter secours à son amie, s’enfuit de la maison ; Félix se précipita en avant, et, avec une force surnaturelle, m’arracha des genoux de son père que je tenais embrassés ; dans un transport de fureur il me précipita sur le sol et me frappa violemment avec un bâton. J’aurais pu séparer ses membres les uns des autres, comme le lion déchire l’antilope. Mais mon courage s’effondra comme sous l’influence d’une langueur profonde, et je me contins. Je le vis sur le point de me frapper à nouveau ; accablé de douleur et d’angoisse, je quittai le chalet, et au milieu du désordre général je me réfugiai dans ma hutte sans être vu. »


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