Guy Mannering/23

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Traduction par Albert Montémont.
Ménard (Œuvres de Walter Scott, volume 6p. 162-168).


CHAPITRE XXIII.

L’ATTAQUE.


Les uns attrapent des coups, les autres la potence, sur le grand chemin.
Shakspeare. Conte d’hiver.


L’invitation du fermier hospitalier n’avait pas été perdue pour Brown ; mais tandis qu’il payait son écot, il ne put s’empêcher, à plusieurs reprises, de fixer ses regards sur Meg Merrilies. Elle avait, à tous égards, la même figure de sorcière que lorsque nous l’avons introduite pour la première fois à la Place d’Ellangowan. Le temps avait fait grisonner ses cheveux autrefois noirs comme le corbeau, et sillonné de rides ses traits sauvages, mais sa taille était restée droite, et sou activité n’était pas diminuée. On doit remarquer que la vie active, quoique peu laborieuse, de cette femme, lui donnait, de même qu’à plusieurs de ses pareilles, un tel pouvoir sur sa physionomie et ses mouvements, que toutes ses attitudes paraissaient naturelles, aisées et pittoresques. Pour l’instant elle était debout près de la fenêtre de la cabane, et placée de manière à montrer sa haute stature dans tous ses avantages ; sa tête était un peu penchée en arrière, afin que le large bonnet qui couvrait une partie de sa figure ne gênât pas les regards qu’elle fixait sur Brown. À chaque geste qu’il faisait, à chaque parole qu’il prononçait, elle semblait avoir un tressaillement presque imperceptible. De son côté, Brown était surpris de sentir qu’il ne pouvait jeter un regard sur cette singulière figure sans éprouver quelque émotion. « Ai-je vu cette figure en songe, se disait-il en lui-même, ou cette femme aux traits farouches et bizarres rappellerait-elle à mon souvenir ces étranges images que j’ai vues dans nos pagodes indiennes ? »

Tandis qu’il flottait dans ces réflexions, et que l’hôtesse était occupée à retourner tout son argent pour lui changer une demi-guinée, l’Égyptienne tout-à-coup fit deux pas et saisit la main de Brown. Il s’attendait naturellement à la voir déployer son habileté dans la chiromancie, mais elle semblait agitée par d’autres pensées.

« Dites-moi, au nom de Dieu, jeune homme, dites-moi quel est votre nom et d’où vous venez. — Mon nom est Brown, la mère, et je viens des Indes orientales. — Des Indes orientales ! dit-elle en lâchant sa main avec un soupir ; ce n’est donc pas cela ? Je suis comme une vieille folle ; chaque chose que je vois me semble ce que je voudrais le plus voir… Mais les Indes orientales !… ce ne peut être cela… non ! Cependant, qui que vous soyez, vos traits et le son de votre voix rappellent à ma mémoire des temps anciens… Adieu ; faites diligence dans votre route, et si vous voyez quelques-uns de nos gens, passez votre chemin et ne vous mêlez point de leurs affaires, ils ne vous feront aucun mal. »

Brown, qui dans le moment venait de recevoir la monnaie de sa pièce, lui mit un schelling dans la main, souhaita le bonjour à son hôtesse, et suivant la même route que le fermier avait prise, il marcha à grands pas ; il avait l’avantage d’être guidé par l’empreinte encore fraîche des pieds du cheval de Dinmont. Meg Merrilies le suivit pendant quelque temps des yeux, puis elle se dit à elle-même : « Il faut que je voie encore ce jeune homme… Il faut que je revoie aussi Ellangowan… Le laird est mort… en bien ! la mort règle tous les comptes ; c’était un bon homme autrefois… Le shérif est parti du pays. Je puis me cacher facilement dans le bois. Il n’y a pas beaucoup à craindre la prison… Je veux voir encore le gentil Ellangowan avant de mourir. »

Cependant Brown s’avançait à grands pas à travers ces plaines de bruyères de la contrée qu’on appelle le Waste de Cumberland. Il passa devant une maison isolée, vers laquelle le fermier qui le précédait s’était apparemment rendu, car les pas de son cheval étaient marqués dans cette direction. Un peu plus loin, de nouvelles traces indiquaient qu’il avait repris la route : « Monsieur Dinmont a sûrement fait là une visite d’affaire ou de plaisir ; j’aurais désiré, pensa Brown, qu’il y fût resté jusqu’à ce que j’arrivasse ; je n’aurais pas été fâché de lui demander quelques renseignements sur le chemin, qui semble devenir de plus en plus sauvage. »

En effet, la nature, comme si elle avait destiné ce pays à servir de barrière entre deux nations toujours en guerre, a répandu sur lui un caractère de solitude et de désolation. Les collines ne sont ni hautes ni escarpées ; les chaumières, pauvres et petites, sont à une grande distance l’une de l’autre… autour d’elles on remarque généralement quelques tentatives de culture ; mais un ou deux jeunes poulains, errant çà et là avec des entraves aux jambes de derrière pour éviter les frais d’une écurie, montrent que la principale ressource du fermier est d’élever des chevaux. Le peuple aussi y est plus dur et moins hospitalier que dans toute autre partie du Cumberland, ce qui vient en partie de ses habitudes, en partie du grand nombre de vagabonds et de criminels qui cherchent dans cette contrée sauvage un refuge contre la justice.

Les habitants de ces contrées, à une époque plus reculée, étaient tellement l’objet des soupçons et de la haine de leurs voisins plus policés, qu’il y avait, et peut-être qu’il existe encore, un statut, dans la corporation des ouvriers de Newcastle, qui défendait à tout homme libre de cette cité de prendre pour apprenti un homme né dans le Waste. On a dit avec justesse : Voulez-vous tuer votre chien, dites qu’il est enragé ; on peut ajouter : Donnez à un homme, ou à une race d’hommes, une mauvaise réputation, ils finiront très probablement par mériter la potence. Brown connaissait ces particularités, et les dernières paroles échangées entre Dinmont et l’Égyptienne augmentaient son inquiétude. Mais d’un caractère hardi, il n’avait rien sur lui qui pût tenter les voleurs, et d’ailleurs il croyait traverser le Waste avant la nuit close. Cependant il se trompait : le chemin se trouva plus long qu’il ne l’avait présumé, et l’horizon commençait déjà à s’obscurcir au moment où il entrait dans des bruyères d’une étendue considérable.

Marchant donc avec soin et précaution, le jeune officier s’avançait dans un chemin creux qui tantôt traversait d’immenses bruyères, tantôt passait dans des trous et de profonds ravins remplis d’une matière tenant le milieu entre la boue et l’eau, et quelquefois était obstrué par des monceaux de cailloux et de pierres qu’un torrent ou une chute d’eau des collines voisines avait amenés dans cette terre marécageuse. Il s’étonnait qu’un homme à cheval pût avancer dans un si mauvais chemin ; et cependant il voyait encore les traces des fers du cheval ; il crut même entendre à quelque distance le bruit de ses pas. Convaincu alors que Dinmont devait aller moins vite que lui dans la bruyère, il résolut de forcer sa marche pour l’atteindre et profiter de la connaissance qu’il avait du pays. En ce moment son petit basset courut en avant en aboyant avec force. Brown hâta le pas, et gagnant le sommet d’une petite éminence, il vit quel était le sujet des aboiements de son chien. Dans un bas-fond à environ une portée de fusil de lui, un homme, qu’il reconnut facilement pour Dinmont, était engagé avec deux autres dans une lutte désespérée. Il était à bas de son cheval et se défendait du mieux qu’il le pouvait à l’aide de son énorme fouet. Notre voyageur courut à son secours ; mais avant qu’il fût arrivé, un coup sur la tête renversa le fermier, et l’un des voleurs, pour achever la victoire, continua de le frapper ; l’autre courut à la rencontre de Brown, en appelant son camarade et lui disant que celui-là était content, ce qui probablement signifiait qu’il ne pouvait plus résister ou se plaindre. Un de ces brigands était armé d’un coutelas, l’autre d’un gourdin ; mais, comme la route était étroite, « s’ils n’ont pas d’armes à feu, pensa Brown, je leur en ferai voir de belles. » Ils arrivèrent à lui, et l’attaquèrent en proférant des menaces épouvantables ; mais bientôt ils reconnurent qu’ils avaient affaire à un homme résolu et vigoureux ; et après avoir échangé deux ou trois coups, l’un d’eux lui dit : « Suis ton chemin dans la bruyère, au nom du diable, nous n’avons rien à démêler avec toi ! »

Brown, ne voulant pas abandonner à leur merci l’infortuné fermier qu’ils allaient voler, si peut-être ils ne l’assassinaient, ne tint nul compte de ces paroles ; et le combat recommençait, lorsque Dinmont, qui venait de reprendre ses sens, se releva, saisit son bâton, et se mit à courir vers le lieu du combat. Comme c’était un antagoniste dont ils avaient eu de la peine à venir à bout, quoiqu’il fût seul et qu’il eût été surpris, les brigands n’attendirent pas qu’il joignît ses forces à celles d’un homme qui leur prouvait qu’il pouvait les occuper tous les deux, et s’enfuirent à toutes jambes à travers les fondrières, poursuivis par Wasp qui avait pris une part glorieuse au combat en attaquant l’ennemi sur les derrières et opérant ainsi une diversion en faveur de son maître.

« Diable ! comme votre chien chasse le gibier, monsieur ! » tels furent les premiers mots que prononça le joyeux fermier qui arrivait la tête baignée de sang, lorsqu’il reconnut son libérateur et son petit compagnon.

« J’espère, monsieur, que vous n’êtes pas dangereusement blessé ? — Oh ! ce n’est rien… ma tête peut supporter une blessure… Cependant je ne les remercie pas, c’est à vous que je rends grâces. Mais maintenant, l’ami, il faut que vous m’aidiez à attraper mon cheval, et que vous montiez en croupe derrière moi, car nous devons nous enfuir comme des belettes, avant que les coquins viennent tomber sur nous ; le reste de la bande ne doit pas être bien loin. » Heureusement ils attrapèrent facilement le galloway, mais Brown faisait quelque difficulté dans la crainte de surcharger l’animal.

« Au diable vos craintes, monsieur ! répondit le fermier ; Dumple pourrait porter six personnes si son dos était assez long. Mais, pour l’amour de Dieu, hâtez-vous, montez vite, car je vois là-bas venir vers nous certaines gens qu’il ne serait pas bon d’attendre. » Brown pensa aussi que l’apparition de cinq ou six hommes auxquels les brigands venaient de se joindre, et qui traversaient la bruyère dans leur direction, devait abréger toute cérémonie ; il sauta donc sur Dumple, se mit en croupe, et le bidet, plein de feu, quoique portant deux hommes d’une haute taille et d’un grand poids, partit aussi vite que s’il eût emporté deux enfants de six ans. Le fermier, qui connaissait parfaitement les chemins de ces solitudes, le faisait avancer rapidement, ayant soin, avec une grande habileté, de choisir la route la plus sûre, bien secondé par la sagacité du galloway qui ne manquait jamais de traverser les passages difficiles à l’endroit le plus convenable. Cependant, malgré ces avantages, la route était tellement mauvaise, et ils étaient si souvent obligés de faire de longs détours, qu’ils ne gagnaient que peu de terrain sur ceux qui les poursuivaient. « Ne craignez rien, dit l’intrépide fermier à son compagnon ; si nous étions une fois au delà du latch[1] de Withershin, la route n’est pas si marécageuse et nous leur ferions voir du pays. »

Ils arrivèrent bientôt à l’endroit qu’il venait de nommer ; c’était un étroit canal dans lequel une eau stagnante, couverte de plantes marécageuses et verdâtres, paraissait dormir plutôt que couler. Dinmont dirigea son coursier vers un passage où l’eau paraissait couler plus en liberté et sur un fond plus uni ; mais Dumple recula devant ce gué, baissa la tête comme pour reconnaître le rivage de plus près, frappa la terre de ses pieds de devant, et resta ensuite aussi tranquille que s’il eût été de marbre.

« Ne ferions-nous pas mieux, dit Brown, de descendre et de laisser le cheval à son sort, ou ne pouvons-nous pas le forcer à entrer dans le ruisseau ? — Non, non, dit son guide, il ne faut pas forcer Dumple ; il a plus de bon sens que certains hommes. » À ces mots il lui lâcha la bride et le laissa aller en liberté. « Allons, maintenant, mon garçon, choisis ton chemin, vois celui que tu veux prendre. » Dumple, ayant la liberté du choix, trotta gaiement vers un autre endroit du latch, moins favorable, à ce que pensait Brown, mais que la sagacité ou l’expérience de l’animal lui faisait reconnaître comme plus sûr ; il s’y plongea, et atteignit le rivage opposé sans grande difficulté.

« Je suis content d’être sorti de ces bruyères marécageuses, où

I. Mol écossais qui signifie roisseaa bourbeux, marécageux, a. h. il y a plus d’écuries pour les chevaux que d’auberges pour les hommes, dit Dinmont. Maintenant il faut arriver, n’importe comment, à la route des Filles, et nous sommes sauvés. » En conséquence, ils gagnèrent bientôt une espèce de chaussée raboteuse, reste d’une vieille route romaine qui traversait ces solitudes sauvages dans la direction du nord. Ils purent alors faire de neuf à dix milles par heure, Dumple ne demandant d’autre soulagement que de changer le galop pour le trot. « Je pourrais le faire aller plus vite, dit son maître, mais il porte deux gaillards aux longues jambes, et ce serait une pitié de forcer Dumple. Il n’y avait pas son pareil à Staneshiebank le jour de la foire. »

Brown conseilla aussi au fermier de ménager son cheval ; et comme ils ne craignaient plus d’être atteints par les brigands, il ajouta que M. Dinmont ferait bien de mettre un mouchoir autour de sa tête, de peur que l’air froid n’aggravât sa blessure.

« Et pourquoi cela ? répondit le brave fermier ; le mieux est de laisser figer le sang sur la plaie : cela épargne des emplâtres… »

Brown, comme militaire, avait vu recevoir beaucoup de blessures, mais il ne put s’empêcher de remarquer qu’il n’avait jamais vu personne en supporter d’aussi graves avec un pareil sang-froid. « Bah, bah ! je ne ferai jamais de bruit pour une égratignure à la tête. Mais nous serons dans cinq minutes en Écosse, et il faut venir avec moi à Charlies-Hope, c’est une chose arrêtée. »

Brown accepta d’autant plus volontiers l’hospitalité qu’on lui offrait que la nuit devenait plus épaisse. Enfin ils arrivèrent en vue d’une jolie rivière qui serpentait à travers une contrée champêtre. Les coteaux étaient plus verts et plus escarpés que ceux auprès desquels ils venaient de passer, et leurs flancs couverts de gazon descendaient jusqu’à la rivière. Quoiqu’ils ne présentassent pas des cimes élevées et pittoresques, et que l’œil ne fût arrêté ni par des bois ni par des rochers sur leur pente douce et unie, le tableau n’en avait pas moins un air de solitude et de grandeur sauvage qui plaisait à l’imagination. On n’y voyait ni enclos, ni routes, peu de terres cultivées ; c’était comme un vallon choisi par un patriarche pour faire paître ses troupeaux. Çà et là les débris d’une tour démantelée et ruinée montraient que les anciens habitants de ces lieux, bien différents de ceux qui les occupaient alors, étaient surtout de ces maraudeurs dont les exploits sont consignés dans les guerres entre l’Angleterre et l’Écosse.

Descendant un chemin qui conduisait à un gué bien connu de lui, Dumple traversa la petite rivière, et, redoublant d’ardeur, fit environ un mille au trot sur ses bords. Il se dirigea ensuite vers deux ou trois maisons couvertes de chaume, dont les angles étaient opposés, au grand mépris des règles de l’architecture. C’était la ferme de Charlies-Hope, ou, dans le langage du pays, la town. À l’approche des voyageurs, des aboiements redoublés se firent entendre : ils étaient poussés par les trois générations des Peper et des Mustard, et par quantité de leurs alliés dont les noms ne sont pas venus jusqu’à nous. Le fermier fit entendre sa forte voix, qui, bien connue, rétablit l’ordre. Une fille à demi nue, qui avait le soin de traire les chèvres, vint ouvrir la porte, mais elle la referma aussitôt pour courir dans la maison, en criant : « Mistress, mistress, c’est notre maître, et un autre homme avec lui. » Dumple, débarrassé de son double fardeau, gagna la porte de son écurie, et se mit à frapper du pied et à hennir pour entrer ; ses camarades lui répondaient de l’intérieur sur le même ton. Pendant tout ce tumulte, Brown était obligé de protéger Wasp contre les autres chiens, qui, avec une ardeur plus en rapport avec leurs noms[2] qu’avec le caractère hospitalier de leur maître, étaient très disposés à mal recevoir leur hôte.

Une minute après, un vigoureux montagnard vint introduire Dumple dans l’écurie, tandis que mistress Dinmont, femme de très bonne mine, reçut son mari avec un plaisir dont les transports n’étaient point simulés. « Eh, Dieu ! bonhomme, vous avez été bien long-temps absent[3] ! »


  1. Mot écossais qui signifie ruisseau bourbeux, marécageux. a. m.
  2. Il faut savoir que peper signifie poivre, et mustard, moutarde. a. m.
  3. L’auteur fait ici remarquer que le caractère de Dandie Dinmont n’est pas tracé d’après un seul individu. Une douzaine, au moins, de vigoureux yeomen du Liddesdale avec lesquels il fut lié, et dont il reçut l’hospitalité pendant ses courses dans cette contrée sauvage, à une époque où elle était autrement inaccessible que ne l’indique le texte, peuvent prétendre à être le prototype de ce fermier rude, mais fidèle, hospitalier et généreux. Mais une circonstance particulière fit donner le nom de notre fermier à un respectable individu de cette classe, qui n’existe plus maintenant. M. James Davidson de Hindlee, tenancier du lord Douglas, outre cette brusque honnêteté, cette force corporelle, et cette hardiesse qu’on trouve dans le caractère de Dandie Dinmont, avait la manie de donner à une célèbre race de bassets dont il était possesseur, les noms génériques de Mustard et Peper (suivant que leur robe était de couleur jaune ou gris-noir), sans autre distinction particulière que celle qui est désignée dans le texte. M. Davidson résidait à Hindlee, ferme solitaire sur le penchant des montagnes de Teviotdale et sur les frontières de Liddesdale, territoire que les rivières et les ruisseaux arrosent en portant leurs eaux à la mer soit orientale, soit occidentale. Sa passion pour la chasse quelle qu’elle fût, mais surtout pour la chasse au renard, comme elle est décrite dans le chapitre suivant, chasse à laquelle il était l’homme le plus habile du sud des Highlands, formait un trait distinctif de son caractère.
    Lorsque le roman de Guy Mannering devint populaire, on donna généralement à M. Davidson le nom de Dandie Dinmont. Il le reçut avec bonne humeur, se contentant de dire, en désignant l’auteur par un nom qu’on lui donne dans le pays où le sien est si commun, « que le shérif n’avait pas écrit plus sur lui que sur toute autre personne, mais seulement sur ses chiens. » Une lady de haut rang et à la mode désirait posséder une couple de célèbres bassets de la race des Peper et des Mustard ; elle exprima son désir dans une lettre adressée littéralement à Dandie Dinmont ; avec cette suscription la lettre arriva à M. Davidson ; charmé de l’application, il ne manqua pas de faire droit à une demande qui faisait un si grand honneur à lui et à sa meute favorite. a. m.