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Histoire de France (Jules Michelet)/édition 1893/Guerres de religion/Chapitre 24

CHAPITRE XXIV

Mort de Coligny et massacre du Louvre. (24-26 août 1572.)

Si le coup de pistolet fit tressaillir la reine mère et son fils, on peut bien croire que le blessé, dans sa triste insomnie, ne fut pas sans l’entendre. Il n’avait pas grand monde autour de lui. Beaucoup étaient au Louvre, chez le roi de Navarre, pour qui on craignait encore plus. Mais il avait, dans deux maisons voisines de son hôtel, deux postes de gardes du roi. Il se sentait gardé par la parole royale, par les promesses et les traités faits avec les princes étrangers, par tout ce qu’il y a de respecté parmi les hommes. Il venait de recevoir une visite aimable, la plus rassurante de toutes. La nouvelle mariée, Marguerite de Navarre, dans ces moments sacrés où, femme et fille encore, oscillant d’un état à l’autre, la jeune épouse est si touchante, était venue le voir, et comme chercher la bénédiction du vieillard.

Fallait-il croire qu’elle fût un espion ? Une envoyée d’Anjou ? Et ce frère, trop aimé, usa-t-il de sa petite Margot (ils appelaient ainsi leur sœur) pour cette commission scélérate ? On en croira ce qu’on voudra.

Le blessé sur son lit était dans ses pensées. Quelles ? La famille peut-être qu’il ne devait jamais revoir, cette femme admirable qu’il avait laissée enceinte et qui le rappelait en vain ? Ou bien plutôt encore cette grande famille de l’Église, si divisée, si hasardée, orpheline de Dieu, dont la crise suprême était venue par toute la terre.

Mais ces sombres pensées ne le reportaient-elles pas plus haut, plus loin encore, à la grande question des déchirements du dogme, à l’écroulement de l’arbre qui couvrit l’humanité de son ombre ? Ramenée à la foi des Suisses qu’adoptait Coligny, rentrée dans la simple raison, l’eucharistie emporte le christianisme lui-même.

Tout cela pour lui seul. Il avait cependant près de lui dans cette chambre deux hommes admirables. L’homme de la douleur, le grand chirurgien du siècle, Ambroise Paré, grand de cœur autant que de génie. L’homme de la conscience, le saint pasteur Merlin, qui, je crois, avait été envoyé par le prince d’Orange. C’est lui qui fit la prière à l’heure dernière de Coligny.

Près de la chambre, veillait aussi un bon et fidèle Allemand qui, à l’armée, lui servait d’interprète. En bas, quelques serviteurs et cinq ou six Suisses du roi de Navarre.

C’était un peu avant le jour, entre trois et quatre heures (dimanche 24 août). La cavalerie de Guise arrive aux portes et remplit la petite rue. À l’instant, les gardes du roi de gardiens se font assassins. Cosseins, leur capitaine, frappe au nom du roi. Le gentilhomme qui avait les clefs ouvre ; il est poignardé.

L’amiral se lève au bruit, et, couvert d’une robe de chambre, dit au ministre « Monsieur Merlin, faites-moi la prière. » Et lui-même ajouta : « Je remets mon âme au Sauveur. »

« Alors celui qui a été témoin et qui a rapporté ces choses entra dans la chambre, et étant interrogé par Ambroise Paré que voulait dire ce tumulte, il dit, en se tournant vers l’amiral : « Monseigneur, c’est Dieu qui nous appelle à luy. » Il répondit : « Il y a longtemps que je me suis disposé à mourir… Mais sauvez-vous, vous autres, s’il est possible. » Les témoins affirment qu’il ne fut pas plus troublé de la mort que s’il n’y eût eu bruit quelconque. Tous montèrent et échappèrent la plupart par le toit ; l’Allemand, Nicolas Muss, resta seul avec l’amiral. » (Relation.)

Cependant on avait rompu la porte de l’escalier. Cosseins marchait en tête avec les Suisses du duc d’Anjou, sous ses couleurs (blanc, noir et vert). Ces Suisses, voyant sur l’escalier les Suisses du roi de Navarre, ne tiraient pas. Mais Cosseins fit tirer les gardes.

On força alors la porte de la chambre, et deux hommes entrèrent les premiers, deux serviteurs des Guises : l’un, le Picard Attin, qui était au duc d’Aumale, nourri chez lui longtemps pour tuer le frère de l’amiral ; l’autre était un Allemand : Behme, attaché à la personne d’Henri de Guise, passait pour aimer beaucoup le jeune prince et le gouvernait entièrement. Il fut récompensé plus tard par un riche mariage avec une bâtarde du cardinal de Lorraine qui avait été élevée en Espagne près de la reine Élisabeth. Behme fut comblé des dons du roi d’Espagne, mais finit misérablement.

Avec ces deux meurtriers, se trouvaient Sarlabous, le gouverneur du Havre, ex-capitaine de Coligny, qui venait tuer son chef pour constater sa foi de renégat.

Attin a raconté plus tard qu’ils avaient été interdits de trouver si extraordinairement tranquille un homme qui avait la mort devant les yeux. L’impression fut telle sur Attin que, revenu chez lui, plusieurs jours après, il restait blême et dans une sorte de frayeur.

L’Allemand Behme, qui s’était animé à lever la porte avec un épieu (et qui sans doute avait pris du cœur dans le vin), fut plus résolu que les autres. Il avança et osa dire un mot : il demanda ce qu’il savait très bien : « N’es-tu pas l’amiral ? »

Coligny lui dit posément : « Jeune homme, tu viens contre un blessé et un vieillard… Du reste, tu n’abrégeras rien. » Faisant entendre que, malade, frappé de la nature, il était mort déjà, hors de la main des hommes.

Behme, avec un juron horrible, en reniant Dieu, lui poussa dans le ventre cette bûche pointue, ce gros épieu qu’il avait dans la main. On dit que Coligny, assommé de la sorte par cette lourde bête, n’ayant pas même un coup d’épée, sentit son cœur de gentilhomme, et, tombant, lui lança ce mot : « Si c’était un homme du moins !… C’est un goujat !… »

Alors Behme frappa, refrappa sur la tête. Et les autres, enhardis, vinrent lui donner chacun son coup. Guise était en bas à cheval dans la cour avec le bâtard d’Angoulême. Il cria : « Behme, as-tu fini ? — C’est fait ! — Mais M. d’Angoulême n’en veut rien croire, s’il ne le voit. »

Behme alors, avec Sarlabous, prirent le corps par dessous pour le jeter par la fenêtre. Était-il, n’était-il pas mort ? On ne le sait. Il se trouva, par le trouble des meurtriers, ou par je ne sais quel réveil de vie et de résistance, que le corps s’accrocha un moment à la fenêtre ; cependant il tomba.

Ces assommeurs savaient si mal leur métier que, frappant à tort, à travers, ils avaient justement gâté ce qu’eût le mieux gardé tout sage bourreau, ce qu’on expose, le visage et la tête. Les deux grands seigneurs, descendus de leurs chevaux, avaient beau regarder. Cependant le bâtard « lui torcha la face », et écartant le sang, dit : « Ma foi, c’est bien lui. » Et il lui donna un coup de pied. Certains disent que Guise en fit autant, et lui donna du pied dans le visage.

Il y avait là aussi un Italien de Sienne, Petrucci, qui appartenait à Gonzague, duc de Nevers. Il coupa proprement la tête, et la porta au roi et à la reine, au duc d’Anjou. On l’embauma avec soin pour l’envoyer à Rome, qui depuis si longtemps et si instamment l’avait demandée.

Au moment où l’assassinat fut su au Louvre, l’affaire étant lancée et toute hésitation désormais impossible, la cloche du signal sonna à la paroisse du Louvre, Saint-Germain-l’Auxerrois. Ce ne fut que longtemps après, lorsqu’il était grand jour, qu’on sonna la cloche du Palais au coin du quai de l’Horloge, pour convier la ville au massacre.

Mais la ville était déjà avertie d’une autre manière. Coligny tué, la tête coupée, et « ce morceau de roi » ayant été porté au Louvre, on avait généreusement donné à la canaille les reliefs du festin. Des enfants et des misérables, qui ne sont ni enfants ni hommes, sans barbe, sans âge et qu’on croirait sans sexe, femmes-hommes et hommes-femmes, les fils naturels du ruisseau, fondirent, à travers les soldats, dans la cour de l’amiral, et trouvant là ce corps, furent ravis de s’en emparer. Si la tête manquait, il y avait encore autre chose, assez pour le régal ; les couteaux travaillèrent, on coupa les mains pâles qui avaient tenu si longtemps l’épée de la France, la sainte épée de Dieu ; on coupa les parties naturelles, et on les porta dans Paris. Au tronc, les enfants attachèrent une corde, et le tirèrent par les ruisseaux rougis jusqu’aux bords de la Seine, et il y resta quelque temps. Mais d’autres amateurs survinrent, qui s’en emparèrent à leur tour, le suspendirent à Montfaucon. On l’y mit de façon outrageante et bizarre, le dos sur une poutre, le cou, les pieds, chacun de leur côté, flottant, ballant, le ventre en l’air.

D’autres, qui arrivaient tard, n’y surent plus que faire, sinon d’allumer du feu dessous, pour le noircir du moins, le griller comme un porc. Quelques-uns s’en tenaient les côtes.

Dans cette nuit fatale du samedi 23 au dimanche 24, les heures se marquent ainsi. La reine parle au roi le soir (sept ou huit heures ?). Retz vient lui faire l’aveu de sa mère et de son frère (dix heures). Ordre donné à Guise (onze heures ?) par la reine et le duc d’Anjou. La ville avertie d’armer à minuit. Long intervalle de quatre heures, les Guises attendant que la ville soit armée, avant d’attaquer Coligny. À l’aube, un peu avant quatre heures, signal du coup de pistolet ; Coligny tué.

Marguerite dit qu’au petit jour son mari se leva, qu’elle dormit une heure, puis fut éveillée par le massacre du Louvre qui dut commencer entre cinq et six.

Pourquoi ce dangereux retard après la mort de Coligny, qui, su au Louvre, pouvait faire mettre en défense les protestants du roi de Navarre ? Le duc d’Anjou l’explique peut-être en disant qu’il y eut un moment d’hésitation, que sa mère et lui eurent frayeur et eussent voulu tout arrêter, mais que Guise répondit qu’il était trop tard.

Qu’allait-on faire de ces gentilshommes qui étaient dans le Louvre, sous le toit du roi ? Grande et cruelle question. Si la reine mère, si Retz avaient eu le soir tant de peine à décider Charles IX sur la question générale, il est peu probable qu’ils l’eussent encore compliquée de cette difficulté terrible. Ce fut, je crois, le matin, et, Coligny tué, ce fut vers cinq heures qu’on apporta à Charles IX ce breuvage amer et qu’on le lui fit avaler.

C’était lui-même qui, le jour de la blessure de l’amiral, avait engagé Navarre et Condé à faire entrer leurs gentilshommes pour se garder des entreprises de Guise, qu’il appelait « un mauvais garçon ». Tous s’étaient offerts, empressés, sur une telle assurance ; ils étaient trente ou quarante, outre les gouverneurs, précepteurs, valets de chambre et domestiques des deux jeunes princes. Depuis trois jours, Charles IX vivait avec eux, les avait aux tables royales, mêlés avec sa maison. Exécrable fatalité. Il fallait que ce couteau qui leur coupait le pain du roi, on le leur mît dans le cœur ; que, de commensaux et convives qu’ils avaient été le soir, les serviteurs, officiers ou capitaines des gardes se trouvassent au matin bourreaux ? La parole du roi de France, révérée chez les infidèles et jusqu’au bout de la terre ! la parole de gentilhomme, de l’hôte féodal, la sécurité complète avec laquelle on quittait ou on déchargeait ses armes en passant le pont-levis ! Toutes ces vieilles religions de la France brisées et détruites, et l’honneur même assassiné !… Pour en venir là, il fallut une grande peur, une crainte extrême de ces hommes et l’attente d’un combat sanglant.

Dans ce Louvre si bien fermé, au fond même du filet de mort où personne n’aurait vu, nous trouvons pourtant un témoin, la jeune reine de Navarre :

« Le soir, étant au coucher de la reine ma mère, assise sur un coffre auprès de ma sœur de Lorraine, que je voyois fort triste, la reine m’aperçut et me dit que je m’en allasse coucher. Comme je faisois la révérence, ma sœur, se prenant à pleurer, me dit : « Mon Dieu, ma sœur, n’y allez pas ! » Ce qui m’effraya extrêmement. La reine se courrouça fort et lui défendit de me rien dire. Ma sœur lui dit qu’il n’y avoit point d’apparence de m’envoyer sacrifier comme cela, et que, sans doute, s’ils découvroient quelque chose, ils se vengeroient sur moi. La reine mère me commanda encore rudement que je m’en allasse coucher. Ma sœur, fondant en larmes, me dit bonsoir sans m’oser dire autre chose. Et moi je m’en allai toute transie et éperdue.

« Je trouvai le lit du roi, mon mari, entouré de trente ou quarante huguenots que je ne connoissois point encore, et qui parlèrent toute la nuit de l’accident de l’amiral. La nuit se passa sans fermer l’œil. Au point du jour, le roi, mon mari, dit qu’il vouloit aller jouer à la paume, attendant que le roi Charles fût éveillé, se résolvant de lui demander justice. Il sort de ma chambre et tous ses gentilshommes aussi.

« Moi, voyant qu’il étoit jour, estimant le danger passé, vaincue du sommeil, je dis à ma nourrice qu’elle fermât la porte pour pouvoir dormir. Une heure après, comme j’étois le plus endormie, voici un homme frappant des pieds et des mains à la porte, et criant : « Navarre ! Navarre ! » Ma nourrice ouvre, pensant que ce fût mon mari. C’étoit un gentilhomme nommé M. de Téjan, qui avoit un coup d’épée dans le coude et un coup de hallebarde dans le bras, et étoit encore poursuivi de quatre archers qui entrèrent tous après lui. Il se jeta dessus mon lit. Moi, sentant ces hommes qui me tenoient, je me jette à la ruelle, et lui après moi, me tenant toujours à travers du corps. Je ne connoissois point cet homme, et ne savois s’il venoit là pour m’offenser, ou si les archers en vouloient à lui ou à moi. Nous criions tous deux et étions aussi effrayés l’un que l’autre. Enfin Dieu voulut que M. de Nançay, capitaine des gardes, y vînt, qui, me trouvant en cet état, encore qu’il eût de la compassion, ne se put tenir de rire et se courrouça fort aux archers de cette indiscrétion, les fit sortir et me donna la vie de ce pauvre homme qui me tenoit, lequel je fis coucher et panser dans mon cabinet jusqu’à ce qu’il fût guéri.

« Je changeai de chemise, parce qu’il m’avoit toute couverte de sang. M. de Nançay me conta ce qui se passoit, et m’assura que mon mari étoit dans la chambre du roi et qu’il n’auroit nul mal. Et, me faisant jeter un manteau de nuit sur moi, il m’emmena dans la chambre de ma sœur, où j’arrivai plus morte que vive. Entrant dans l’antichambre, un gentilhomme, se sauvant des archers qui le poursuivoient, fut percé à trois pas de moi. Je tombai de l’autre côté presque évanouie entre les bras de M. de Nançay, et pensai que ce coup nous eût percés tous deux. »

Rien ne manque à ce récit, ni la dureté incroyable de la mère, qui aventure ainsi sa fille et la remet au hasard, à la générosité improbable de ceux qu’on va assassiner ; ni, d’autre part, la confiance, l’imprévoyante légèreté des gentilshommes protestants, qui s’en vont jouer à la paume dans ces sombres circonstances, se divisent, comme pour rendre l’exécution plus facile. Car les uns allèrent jouer, les autres restèrent en haut ; le capitaine des gardes désarma ceux-ci un à un. Pour les joueurs, on leur ôta le roi de Navarre, que Charles fit appeler, avec le prince de Condé. La mort de ces deux princes avait été mise en discussion, et ils n’avaient été sauvés que par le duc de Nevers, et sans doute aussi par l’idée qu’en les tuant on eût rendu trop forts les Guises. On fit remarquer à Charles IX qu’en réalité ces jeunes princes n’avaient guère de religion que les femmes et l’amusement ; non plus que trois ou quatre autres protestants de cour qu’on sauva et qui se donnèrent au roi. Navarre et Condé mandés, Charles IX leur aurait dit, selon quelques-uns : « La messe ! ou la mort ! » Parole non improbable dans la bouche du royal acteur, qui décidément avait pris son rôle et le joua à faire croire qu’il l’avait toujours médité.

Mais les autres, qui n’étaient pas princes, que devenaient-ils ? Les archers, comme on a vu, les piquaient de chambre en chambre pour qu’ils se précipitassent par les escaliers ou par les fenêtres dans la cour, où les massacreurs, en rang, les piques serrées, les recevaient, les achevaient.

Le premier qui fut tué dans la cour fut un gentilhomme qui, voyant toutes ces troupes, s’avisa de demander pourquoi elles étaient là rangées si matin. On avait dit au dehors qu’on les réunissait de nuit pour une fête, un combat simulé. Celui à qui il parlait (c’était un Gascon) pour réponse lui passa l’épée au travers du corps.

Mais la boucherie générale se fit par les Suisses. On vit alors combien ces Allemands étaient utiles ; ne sachant pas le français, étant catholiques, des petits cantons qui ont l’exécration du protestantisme, ils frappaient comme des ours ou des assommeurs de bœufs. Ivres d’ailleurs probablement, ils tuaient sans regarder, des gens désarmés, n’importe.

Il paraît cependant qu’on doutait de l’obéissance. Car on décida le roi à se montrer à une fenêtre de la cour. Les amis des Guises sans doute, Anjou et sa mère, voulurent qu’il fût bien constaté qu’il était de la tuerie, qu’il la voulait et l’ordonnait.

Le plus vaillant de ces vaillants, Pardaillan, que la plupart n’auraient pas regardé en face, amené là, sans épée, à l’abattoir, fut saigné comme un mouton. Le propre gouverneur du roi de Navarre, Beauvais, sans la moindre considération de son élève, fut égorgé. Ces malheureux, de la cour, adressaient à cette fenêtre les appels les plus pathétiques, et ne trouvaient dans le roi, dans leur hôte, dans ce magistrat de la justice commune, que l’œil sauvage, égaré, furieux, d’un misérable fou.

Il y avait dans cette foule un homme que Charles IX devait entre tous épargner, c’était celui qui l’avait arrêté trois mois au siège de Saint-Jean-d’Angély, le capitaine De Piles ; c’était comme un adversaire, un ennemi personnel. À ce titre, il était sacré. De Piles le sentait, et, dans la cour, devant ce monceau de morts sur lequel il devait tomber, il lança au balcon du roi un cri foudroyant, le sommant de sa parole, à faire trembler la cour du Louvre.

Il entendit et fit le sourd. Alors De Piles, arrachant de ses épaules un manteau de valeur, le tend à un gentilhomme : « Prenez, monsieur, et souvenez-vous ! » Le gentilhomme n’osa prendre ce gage dangereux de vengeance ; il eût été tué à deux pas.

Cette surdité de Charles IX a constaté sa bassesse. Elle le met devant l’histoire plus bas que la Saint-Barthélemy.