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Histoire de la Révolution russe (1905-1917)/Chapitre IV

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IV


Nicolas II eut peur. Répondant, le 19 juin, à une délégation du second congrès des zemstvos, il promit de convoquer une assemblée nationale. Mais la loi qui fut promulguée à cet effet (19 août 1905) apporta une déception nouvelle aux libéraux. La future Douma (assemblée) devait être un simple corps consultatif, chargé d’étudier les projets de loi avant qu’ils ne fussent soumis au Conseil d’Empire ; le tsar seul pouvait les rendre définitifs. En outre, les membres de la Douma étaient à la merci du Gouvernement ; le Sénat dirigeant pouvait toujours les priver de leur mandat ; le droit de dissolution et de prorogation de la Douma était illimité. Ce fantôme de constitution ne satisfit personne ; la Russie tout entière était comme secouée d’un mouvement fébrile. Avec de graves émeutes en Pologne (23 juin), on eut la révolte du Kniaz-Potemkin, cuirassé de la mer Noire ; l’équipage tua ses officiers et prit possession du navire, dont l’arrivée devant Odessa donna lieu à de violents conflits entre la troupe et le peuple ; il y eut des incendies, des pillages et des massacres (six mille victimes). Les marins de l’État à Libau se soulevèrent à leur tour (28 juin). L’escadre de la mer Noire, arrivée à Odessa pour reprendre le Kniaz-Potemkin, fut obligée de retourner à Sébastopol après qu’un des navires se fût joint aux insurgés. Mais ce vaisseau se rendit aux autorités d’Odessa le 3 juillet et, cinq jours plus tard, l’équipage du Kniaz-Potemkin capitulait dans le port roumain de Constanza. La fidélité de l’armée de terre ne s’était pas un instant démentie.