Histoire de la conversion des Géorgiens au Christianisme/I

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I. Conversion des Géorgiens à la religion Chrétienne


I.

Conversion des Géorgiens à la religion Chrétienne.



Récit qui explique le motif de leur conversion à la religion du Messie. Ayant commencé par dépendre du Patriarcat d’Antioche, ils se sont élu, plus tard, un Catholicos et sont devenus indépendants.


Apprends, ô lecteur, que dans les premiers temps du Christianisme, l’Apôtre André est venu chez les Géorgiens pour les éclairer par la foi chrétienne et le saint baptême. Mais après quelque temps ils sont redevenus païens. Bien des années plus tard ils ont été ramenés à la religion chrétienne par l’influence d’une femme chrétienne du nom de Nina[1] qui était leur prisonnière. Elle y est parvenue à la suite de guérisons et de divers miracles qu’elle avait faits parmi eux. Entre autres, elle a guéri la reine de Géorgie qui souffrait depuis de longues années d’une maladie inguérissable.

La sainte qui avait refusé d’accepter les riches présents envoyés par la Reine, conseilla à cette dernière de se faire baptiser, avec son mari le Roi Mirbâne ainsi que tout le peuple de Géorgie.

La Reine lui obéit et conseilla au Roi de renier ses anciennes erreurs et d’avoir foi en Jésus-Christ. Le Roi ayant refusé d’embrasser le Christianisme, devint aveugle. Ce malheur le força de s’adresser à sainte Nina à laquelle il promit de se faire baptiser avec tout son peuple dans le cas où elle lui rendrait la vue.

Elle lui rendit la vue et lui ordonna d’envoyer une ambassade à l’Empereur Constantin le Grand pour l’entretenir des affaires de la Géorgie et le prier de leur envoyer un évêque qui les baptiserait et leur donnerait les premiers enseignements dans la religion chrétienne.

Le Roi s’étant conformé à la demande de la sainte, Constantin le Grand en fut très réjoui et leur envoya le Patriarche d’Antioche, Anastase, puisqu’ils avaient appartenu, jadis, à son Patriarcat.

Anastase se rendit donc en Géorgie dont il baptisa le peuple.

Il y construisit des églises, il y sacra des évêques, des prêtres et des diacres.

Le Roi de Géorgie fit don au Patriarche de mille bourgades, dont le revenu annuel devait être dépensé pour la préparation du saint Chrême que le Patriarche d’Antioche seul avait le droit de préparer, et c’est de cette ville qu’on la distribuait au monde entier.

Après avoir accompli tout cela il s’en retourna chez lui.

Les bourgades géorgiennes susmentionnées envoyaient tous les ans mille dinars au Patriarche d’Antioche et cet usage continua jusqu’au règne du Khalife d’Égypte el-Hâkim-biemr Allâh[2] (l’an 400 de l’Hégire), qui envoya Oreste, Patriarche de Jérusalem, à Constantinople pour conclure un traité d’amitié avec les Byzantins. Lorsque le Patriarche Oreste passa par Antioche, Jean, Patriarche de cette ville, lui céda les mille dinars qu’il recevait de Géorgie, à condition qu’on priât toujours à Jérusalem pour le salut de son âme ; sans, pourtant, lui céder la suprématie du Patriarcat d’Antioche sur la Géorgie.

Les successeurs des archevêque morts devaient toujours aller se faire sacrer à Antioche et, après avoir été choisis par leur roi et leurs évêques, être sacrés par le Patriarche d’Antioche.

Effectivement, ce dernier les sacrait et les renvoyait dans leurs pays. Cet usage a été en vigueur jusqu’à la conquête d’Antioche et des autres pays Syriens par les musulmans.

Cet ordre de choses se maintint bien des années, mais après la conquête musulmane le Patriarcat d’Antioche resta vacant pendant quarante ans ; puis enfin, Stéphane le Dieux fut élu Patriarche. Il fut succédé par Théophilacte le prêtre de la ville de Roha (Édesse).

C’est de son temps que David, Roi d’Abhazie (en Géorgie) envoya un grand nombre de membres du clergé à Antioche, pour être sacrés évêques.

Pendant leur voyage ils furent assaillis par des brigands qui leur enlevèrent tous les cadeaux qu’ils portaient au Patriarche et les massacrèrent tous excepté deux, qui réussirent à se sauver et arrivèrent à Antioche. Ils firent le récit de tous leurs malheurs à Théophilacte et ils ajoutèrent que les Géorgiens souffraient beaucoup du manque d’évêques. Théophilacte convoqua, à cet effet, un concile d’un grand nombre de ses archevêques, et il y fut décidé qu’on sacrerait pour les Géorgiens un Catholicos indépendant, qui serait autorisé à sacrer leurs évêques, en leur imposant le devoir de mentionner toujours le nom du Patriarche d’Antioche pendant la sainte messe.

On avait décidé aussi d’y envoyer tous les ans d’Antioche, un exarque chargé de contrôler les faits et gestes du clergé et de relever les impôts institués par le canon ecclésiastique.

Le Patriarche délivra une charte à cet effet, aux deux individus qui avaient échappé aux brigands, après quoi il tira au sort, et comme le sort tomba sur Jean, il le sacra Catholicos de Géorgie. Son compagnon fut sacré Évêque.

Le Catholicos devait avoir sa résidence au pays des Abhazes. Après les avoir sacrés il les renvoya dans leur pays.

Bien des années plus tard, lorsque l’hérésie commença à semer la discorde dans la religion, le Patriarche Théodore envoya son secrétaire Basile pour apaiser les querelles des partis. Ce même Patriarche donna l’autorisation au Catholicos de Géorgie de préparer le saint Chrême.

Comme les prêtres et les moines vendaient à un prix très élevé le saint Chrême qu’ils recevaient d’Antioche, les Pères du quatrième Concile de Chalcédoine autorisèrent tous les autres archevêques indépendants à préparer le saint Chrême chez eux.

L’historien Évagre mentionne que Justinien fit construire une cathédrale au pays des Abhazes ; il avait, dans son palais, un serviteur Abhaze du nom d’Euphrate, qu’il envoya au pays des Abhazes.

Là, celui-ci rassembla une quantité d’enfants qu’il emmena à Constantinople où Justinien avait fondé pour eux une école pour les y élever.

Les Empereurs de Byzance avaient l’habitude de tuer les criminels païens ; mais après la conversion des Abhazes au Christianisme, Justinien leur promit de ne plus châtier leurs criminels de la peine de mort.

Ces Abhazes formaient la Garde du Corps de Justinien.

Plus tard, le Catholicos Jean envoya à Constantinople des prêtres et des diacres afin qu’ils y fussent instruits dans les sciences religieuses et profanes.


  1. Cette sainte est originaire de Colastri en Cappadoce. Ses parents n’ayant pas eu d’enfants pendant longtemps, la vouèrent à Dieu. Ils confièrent son éducation à une vieillie servante d’église, Sarah la Bethléemienne, et à son oncle maternel, le patriarche de Jérusalem, tandis qu’eux-mêmes s’éloignèrent au Jourdain pour y vivre en ascètes. Sainte Nina alla à Rome avec la bénédiction du Patriarche et se décida enfin à aller prêcher l’Évangile en Ibérie qui lui était connue de nom, parce qu’on y conservait la chemise de notre Seigneur. Elle fut soutenue dans son intention par une vision de la Sainte Vierge qui lui donna, comme gage de succès, une croix formée en branches de vigne. Chemin faisant elle réussit à convertir beaucoup de monde au christianisme. Arrivée aux frontières de l’Ibérie, elle érigea la première croix sur la montagne de Djavakhète, et commença à prêcher l’Évangile dans toutes les villes. Elle renversa les idoles, et après avoir érigé beaucoup d’églises en l’honneur de son parent, le martyr S.t Georges, et s’être assurée que la foi chrétienne avait pris racine dans le pays, elle se retira dans le détroit de Bodbà en Cakhétie. Aux approches de sa mort, S.te Nina invita le Roi et la Reine auxquels elle fit ses dernières recommandations, et les bénit ; puis elle reçut la Sainte Eucharistie des mains de l’Évêque qu’elle pria de la faire enterrer à Bodbà, et s’en fut dans l’autre monde. Les chroniqueurs du XI, XII et XIIIème siècles, ont écrit son histoire d’une manière très détaillée. La Géorgie fut convertie au Christianisme en 318, la dixième année du règne de l’Empereur Constantin. Baronius fixe la conversion de la Géorgie à l’an 327, des autres à 335. (Iohan. Funcii, Comment. in chronologiam, lib. VI). Dubois rejette les indications chronologiques des chroniqueurs Géorgiens, et rapporte la conversion de l’Ibérie à peu près à l’an 276 (Voyage autour du Caucase, tome II, pag. 16). [Note de la traductrice]
  2. 996-1021.