Histoire de la ville d’Agde depuis sa fondation/Objets Divers

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Ancienne cité d'Agde

La cité ou l'ancienne ville d'Agde ne s'étendait pas, du côté du midi, au delà de la rue qui fait aujourd'hui la séparation de la cité et du bourg. Elle avait trois portes méridionales, une à chaque extrémité de la partie de son enceinte du Sud à l'Ouest, et une au milieu, presque à égale distance des deux autres. Cette dernière subsiste encore sous le nom de Portalet, tout comme aussi celle de l'extrémité Sud, devenue la porte du cimetière de la paroisse Saint-Étienne, et qui a été conservée dans son entier. La troisième, placée tout auprès de la fontaine qui est en face de la maison Rigal, a été détruite ou a disparu sous les nouvelles constructions qu'on a faites sur ce point.

La cité était entourée de murs flanqués de tours d'espace en espace. Ces murs se prolongeaient au midi depuis l'ancienne porte de la ville ou du cimetière Saint-Étienne, jusqu'à la fontaine dont je viens de parler. On en retrouve les restes dans les fondements des maisons de la rue des Muses, bâties sur l'alignement du Portalet, ainsi que dans ceux des autres maisons qui sont dans la même ligne jusqu'à la place couverte. Lorsque l'on reusa devant cette place en 1792, pour planter l'arbre de la liberté, on rencontra des blocs de pierres qui appartenaient aux anciennes murailles d'Agde, ou à l'avant-mur dont il paraît qu'elles étaient ceinte à quelque distance, dans certains endroits qu'on regardait sans doute comme les plus exposés ou les moins faciles à défendre. Plusieurs des vieilles tours subsistent encore sur la grande promenade appelée le Glacis, et elles ont été réparées tout récemment. Les autres ont été abattues ou transformées en des bâtiments particuliers qui ne les ont pas rendues tout à fait méconnaissables. La maison Cannac, à l'Est du Portalet auquel elle est contiguë, et la maison distante d'une trentaine de pas à l'Ouest, qui avancent si considérablement dans la rue, étaient deux tours de l'ancien mur de ville. On a déjà vu dans le cours de cette histoire, qu'une des tours d'Agde portait le nom de Mirabel. Un acte de 1217 nous apprend qu'il fut fait hommage à l'évêque Thédise par Guillaume, chevalier, pour trois tours assises aux murailles du d. Agde, se nommant la tour Noire, la tour de Guillaume d'Agde, et la tour Majuze. En 1682 un menuisier fit démolir, dans la rue des Muses, une tour des murailles de la vieille ville, qui lui appartenait. La communauté lui acheta l'espace qu'elle occupait, afin qu'il ne pût y bâtir une maison qui aurait obstrué cette rue dont le nom se rapporte bien moins aux neuf déesses que les païens faisaient présider aux arts libéraux, qu'au latin musæum, lieu d'études, soit que ce fût là originairement le quartier des écoles, soit qu'on se plût à aller lire ou étudier sur ce boulevard, à l'abri des aquilons et à la douce chaleur du soleil : de là vient qu'on a toujours appelé cette rue lous Mûsés au masculin, tandis qu'on aurait dit de tous les temps las Mûsos au féminin, si les neuf Muses eussent été primitivement l'objet de cette dénomination. Une autre tour défendait l'entrée de la ville, qui était tout près de la fontaine dont il a été parlé plus haut, et un particulier s'obligea envers les Consuls, en 1640, à entretenir un cabinet qu'il avait construit sur la tour de la ville, joignant la fontaine. La tour de l'évêché, où sont aujourd'hui les prisons, était placée également à côté d'une autre porte de ville, vis-à-vis l'ancien pont de pierre. Une grosse tour encore, de forme circulaire, occupait l'espace depuis la porte du Bonel jusqu'à la première maison du faubourg, à l'Est du jeu de ballon ; ses fondements, cachés en partie sous les degrés de la promenade, sont apparens en plusieurs autres endroits ; elle avait dû être construite pour la défense de la porte du Bonel. Celle-ci, qui rendit inutile la porte qu'on fit servir par la suite pour le cimetière Saint-Étienne, date de l'époque où le bourg Saint-André, dont l'église avait été bâtie hors de l'enceinte d'Agde, fut réuni à la ville et défendu par des murailles qui formèrent le prolongement de celles de la cité. On peut également conjecturer que la première église d'Agde ne fut édifiée hors de ses murs, que parce qu'on ne permit pas aux Chrétiens de faire leur premier établissement dans l'intérieur. Ce bourg ou ce faubourg Saint-André, dans lequel Saint Sever avait établi son monastère, forma la seconde partie de la ville d'Agde. Ce qu'on appelle aujourd'hui le bourg en fut la troisième. On les ceignit de murailles vers la fin du 12.e siècle, d'après la permission que Louis-le-Jeune donna à l'Évêque par son diplôme de l'an 1173, de faire des tours et des fortifications à cause des fréquentes incursions des méchans et de crainte des Sarrasins. C'est sans doute dans la vue d'une défense et d'une barricade plus facile qu'on avait donné que très peu de largeur aux rues des entrées de ville. On voit encore combien sont étroites la rue du Portalet, celle qui est en face de la porte du cimetière Saint-Étienne, ainsi que la petite rue par où on descend des hauts quartiers à la place de l'évêché, et qui est un reste de celle qui aboutissait au pont de pierre. L'invention de la poudre et l'usage de l'artillerie ont amené d'autres combinaisons dans la manière de se défendre.

A la fin du 17.e siècle, on abattit les murailles de la cité et du bourg du côté de la rivière, depuis la porte de Fer jusqu'à celle de Notre-Dame ou de la Marine ; et sur la proposition du marquis de Tournac, major de la ville et de Brescou, la communauté d'Agde consentit en 1689 à la construction de deux grandes et doubles portes, une tout près de la Consigne, l'autre au quai des Dames, pour fermer à ces deux extrémités de la ville le passage de la partie du quai ou de la rive de l'Hérault, qui est sous ses murs. On décida en même temps de faire une porte au pont à bateaux, pour empescher l'entrée de ladite ville par ce pont, et de mettre en haut d'icelle, avec les ornements convenables, un buste de Sa Majesté avec son éloge. Depuis, on a cru devoir abattre toutes les portes de la ville qui ouvraient sur le port, de même que la double porte du quai, qui servait de muraille du côté de la Consigne, et qui a été démolie en 1804. Mais, autres temps, autres projets. On travaille en ce moment à relever cette porte, dont la reconstruction entre dans le plan des fortifications par lesquelles on se propose de travestir la ville d'Agde en place de guerre. Ainsi, le présent se montre toujours le contempteur du passé. On n'oserait penser comme ses devanciers ; on ne trouve bien que ce qui n'est pas ; chaque âge a sa présomption, chaque tête sa lubie.


Anciennes églises

Outre les églises qu'on voyait dans Agde avant la révolution ou en 1789, et celles qui y sont encore, il y en avait beaucoup plus anciennement cinq autres auxquelles le nom de chapelles aurait peut-être mieux convenu, dont quatre hors de la ville ou dans ses faubourgs, qui sont Saint-Pierre, Saint-Martin, Saint-Jean, Saint-Julien, et une cinquième dans son enceinte appelée Notre-Dame-de-Cité.

Nous voyons par le testament de Guillaume, vicomte d'Agde, fait en 990, qu'il légua un alleu à l'église Saint-Pierre : Et ordinavit à Sancto Petro de Agathâ civitate, ipsum mansum quæ est in villa Maïano, cum terris et vineis et omni adjacentias quod ad ipsum mansum pertinent.


Pont de Pierres et Ponts à Bateaux

On voit s'élever sur la surface des eaux de l'Hérault, à côté de l'embouchure de la branche basse du canal du midi qui va de cette rivière au bassin rond, les débris d'un pont de pierre dont la construction remonte à une époque entièrement ignorée. L'Hérault n'étant point alors contenu et resserré par des quais et occupant un plus grand espace, ce pont était beaucoup plus long que celui de bois sur lequel on passe aujourd'hui cette rivière. Une de ses piles subsiste encore sous le chemin de l'écluse, dans la direction de la campagne Barri, d'où partait la route qui allait aboutir à la campagne Pagès ou Bousquet, où elle se divisait en deux branches qui conduisaient à Béziers et à Pézenas. On croit que la grande porte de l'évêché, à l'extrémité septentrionale de cet édifice hors de la ville, est bâtie sur une autre pile de ce pont. On peut conjecturer par le lieu où il avait été placé, qu'il fut construit à une époque où la partie de ville, qu'on nomme aujourd'hui le bourg, ne se composait encore que de très-peu de maisons, s'il y en avait ; car on l'en aurait rapproché davantage pour la commodité de ses habitans, comme on l'a fait postérieurement pour le pont à bateaux qui l'a remplacé. Or, le bourg formait déjà une partie considérable d'Agde avant le 12.e siècle, puisqu'en 1173 Louis-le-Jeune en confirma la possession à l'église de cette ville, ainsi que je l'ai déjà dit ailleurs, et certainement le pont de pierre qui n'avait été fait évidemment que pour la cité,était d'un temps bien plus reculé. Il s'écroula en 1206. Depuis cette année jusqu'en 1678, on ne passa la rivière d'Hérault à Agde que dans un bac. La communauté de cette ville ayant obtenu du Conseil d'État la permission de construire un pont à bateaux et d'en percevoir le péage, l'adjudication en fut faite pour une somme de 8,300 francs, et il fut achevé dans le mois d'avril 1678. Une inondation l'emporta le 16 novembre 1705. On en construisit un nouveau qui ne dura que depuis le mois de juin 1706 jusqu'au mois de novembre 1721, où il eut le sort du premier. Un troisième qui fut passant en décembre 1722, et qui coûta 11,000 francs, résista moins long-temps encore à l'impétuosité de l'Hérault, et fut détruit le 2 octobre 1723. Il fut remplacé dans le mois de décembre 1727, par un quatrième pont dont la dépense s'éleva à 25,000 francs, avec la construction des quatre piliers pour les ponts-levis, et dont le plancher fut refait à neuf en 1765 pour 7,000 francs. Celui-ci fut rompu par la rapidité des eaux et entraîné par parties le 30 septembre et 1er octobre 1795. Sa destruction réduisit les habitans d'Agde à l'incommodité de ne passer la rivière que dans un bac jusqu'au mois de septembre 1808, où fut achevé le pont de bateaux qu'on voit aujourd'hui.

A l'endroit même où les eaux de la branche basse du canal se joignent à celles de l'Hérault, et tout près des restes du pont de pierre qui sont amoncelés au milieu de cette rivière, on a élevé depuis long-temps deux piédestaux sur lesquels on s'était proposé de placer deux statues, représentant l'Océan et la Méditerranée, pour célébrer la réunion de ces deux mers par le moyen du canal de Languedoc ou du Midi. Ce monument, qui aurait dû subsister autrement qu'en projet, devait présenter l'inscription suivante, gravée sur le marbre, composée par M. Bonnier d'Alco, président de la cour des comptes de Montpellier : elle mérite d'être cnnue et conservée :

Hic Tethys Oceano circum-famulantibus undis
Obvia, Riqueto conciliante, venit :
Per juga, per valles, per tot discrimina terræ,
Fecit perpetuas, pensilis unda vias.
Dum redit, itque frequens securâ navita puppe,
Eoas merces hesperiasque ferens,
Dicat : io, Lodoix! quo principa Gallia vidit
Montes navigeras, montivagasque rates.

Je vais essayer de traduire en français cette inscription, quoique sans espoir d'en faire passer les beautés dans ma traduction :

C'est ici que le génie de Riquet, secondé par un heureux concours de différentes eaux, a uni la méditerranée à l'Océan. L'onde suspendue (image des écluses) a formé un canal continu sur les monts, dans les vallées, au travers des plus âpres terreins. Que le nocher qui le parcourt dans ses fréquens voyages, tranquille et sans danger sur son bateau, transportant les marchandises des pays septentrionaux et du Levant, s'écrie dans son admiration: Dieu! quel grand roi que Louis! sous le règne de qui la France a vu les montagnes navigables, et les vaisseaux errant sur les montagnes.



Banc de Pierres ou Digue dans le lit de l'Hérault


Le Bagnas

L'étang du Bagnas ou du Baignard était un appendice de celui de Thau. Nous voyons par des actes de l'an 1332, qu'une robine ou un canal navigable pour les barques, même pour les navires, passait à cette époque par le Bagnas. Elle formait la communication de l'Hérault avec l'étang de Thau, comme fait aujourd'hui la branche du canal de Languedoc qui va au pont des Onglous. L'Évêque percevait un péage sur cette robine, et permettait aux particuliers d'y prendre de l'eau pour arroser les pièces de terre qu'ils avaient tout auprès : Si ceux qui ont des terres ou possessions au dict étang les vouloient arrouser, le pourront faire, pourvu que les dictes barques, vaisseaux et carrats y puissent passer. Par différentes transactions des années 1546 et 1593, les Évêques d'Agde abandonnèrent à la communauté de cette ville le terroir du bagnas, sans que les dits Seigneurs Évêques pussent ensuite bailler aucune portion du dit terroir en emphythéose perpétuelle. Peu à peu le desséchement de cet étang s'opéra ou naturellement ou par les tranchées qu'on y fit, et l'on y établit des salines ; on en a défriché quelques parties. Les limites du Bagnas ont été le sujet de discussions souvent renouvelées entre les villes d'Agde et de Marseillan. Il appartient au territoire de la première qui y possède une étendue de 314 hectares environ.

L'étang de Thau, dont celui du Bagnas a fait partie anciennement, est à l'Est et à une lieue d'Agde. C'est le plus considérable de tous ceux qu'on trouve le long de la plage de la Méditerranée. Il est appelé Tacrum dans la carte de la Gallia braccatad'où a été formé le nom de Thau, qu'il vaudrait mieux écrire Tau ; on disait autrefois Taur. Cet étang baigne le promontoire de Sète, et est embrassé par l'ancien diocèse d'Agde, dont plusieurs lieux sont situés sur ses bords, tels que Marseillan, Mèze et Bousigues. On a vu quelquefois des barques s'y perdre et des gens y périr dans des tempêtes qu'excite la violence des vents, ce qui prouve que la navigation n'en est pas toujours sans danger. Dans l'hiver de 1363, où le Rhône gela, l'étang de Thau s'y glaça si fort qu'on y marcha solidement depuis Sète jusqu'à Mèze. Louis XIII voyagea par cet étang en 1642, lorsque le mauvais état de sa santé l'obligea à laisser la continuation du siège de Perpignan aux Maréchaux de Schomberg et de la Meilleraye. De Béziers, où il était le 13 juin, ce Prince se rendit à Marseillan où il coucha le 14. Une fleur de lis sculptée au-dessus de la porte de la maison où il logea, aujourd'hui la maison Lucien Baille, et qui est demeurée jusqu'en 1793, a perpétué parmi les habitans de Marseillan la mémoire du passage de Louis XIII, qui s'y embarque le 15 juin, sur l'étang de Thau pour Frontignan où il arriva le 16. De là, il continua sa route par les autres étangs jusqu'à Pérols.


Marché et Foire

Il y avait autrefois dans Agde, tous les lundis, un marché dont l'établissement eut lieu en vertu de lettres patentes du Roi, du mois de juin 1628 ; il n'eut qu'un siècle environ de durée. Il fut rétabli par arrêt du Conseil du 7 septembre 1773, mais il ne se soutint que douze ou quinze ans. Nouvelle et inutile tentative encore pour le faire tenir sous le gouvernement de Bonaparte. Louis XVIII vient d'accorder récemment aux habitans d'Agde la faculté d'avoir un marché ; ne sera-ce pas inutilement aussi ? Il n'y a pas long-temps qu'on a détruit un petit massif, sous la halle, entre les deux arcades du côté du Midi, où était scellé l'étalon des anciennes mesures pour les grains.

Sous cette même place et aux environs se tient la foire Saint Étienne, qui ouvre le 3 août et qui dure trois jours ; c'est la seule qu'il y ait à Agde. Elle n'est d'aucune importance pour les affaires de commerce. On y accourt cependant des villages voisins pour y acheter des souliers, des indiennes, de la toile, de la bijouterie, des ustensiles de ménage. Les bimbelotiers sont les marchands qui y vendent le plus. Il paraît qu'en 1615 et en 1656 le Roi avait accordé une foire à la ville d'Agde, par des lettres patentes qui ne furent pas mises en exécution. On en sollicita de nouvelles en 1666 pour lesquelles il fut demandé 600 louis d'or par ceux qu'on employait pour les obtenir, et qui plus tard se réduisirent à douze mille livres. Je ne sais pour quelle somme ni en quelle année la foire fut établie ; mais elle ne l'était pas en 1686, et elle l'était depuis plusieurs année en 1721.


Armoiries

Tout est mode en France. Les croisades amenèrent celle des armoiries, parce qu'il fallait aux Seigneurs croisés quelque marque distinctive qui les fît reconnaître de leurs vassaux. Par la suite, les villes eurent aussi leurs armoiries. Celles d'Agde, qui sont aujourd'hui un champ d'or avec trois ondes d'azur et une tête d'ange au dessus, avaient plus anciennement un nombre d'ondes indéterminé ou quatre au moins. Mais, lorsque le canal du Midi eut formé dans le port d'Agde la triple union de ses eaux avec celles de la Méditerranée et de la rivière d'Hérault, on se proposa d'en présenter l'emblême dans les armoiries d'Agde, et on réduisit les ondes à trois. On en compte quatre dans les armes figurées sur le mur de la ville, au dessus du cimetière Saint-André, parce qu'elles datent de 1562, et que le canal du Midi ou de Languedoc n'était pas fait alors. On peut donc rapporter au milieu du 16.e siècle, tout au moins, l'époque depuis laquelle la ville d'Agde a des armoiries.


Porte du Bonel


Ville d'Ambone ou d'Embonne