Histoire des églises et chapelles de Lyon/Chapelle de Balmont

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H. Lardanchet (tome Ip. 359-363).

CHAPELLE DE BALMONT

Dans le quartier de la Duchère, à Vaise, près de la limite de Lyon, au n° 1 de la montée de Balmont, se trouve une modeste chapelle dont nous allons retracer l’histoire. Par une bonne fortune bien rare, les documents abondent sur cet oratoire, et on en peut suivre l’histoire pendant deux siècles et demi.

La chapelle fut fondée, le 2 mai 1656, par Pierre Roy, marchand, tireur d’or, à Lyon. Le 1er août de la même année, l’édifice étant achevé, on procéda à sa bénédiction. Trente ans plus tard, le 26 septembre 1687, sans doute à la suite de réparations, on mit sur l’autel une pierre sacrée de marbre blanc, qu’on enveloppa d’un treillis vert, et on y glissa un parchemin mentionnant la fondation qu’on vient de rapporter. Le 1er janvier 1708, on procéda à une révision ou inventaire. En 1719, le sieur Chalmette ayant acheté la propriété à Jean-François Benoît, sollicita de l’archevêque la reconnaissance du culte. Le prélat répondit par le décret suivant :

« François-Paul de Neufville de Villeroy, archevêque et comte de Lyon, primat de France, conseiller du Roy en tous ses conseils, sçavoir faisons que sur ce qui nous a été représenté de la part de sieur Jean-François Benoît, marchand de cette ville, qu’en l’année 1719, il acquit du sieur Chalmette un domaine situé aux extrémités de la paroisse de Vaize, dans lequel il y a une chapelle en bon état, où l’on a jusqu’à présent célébré le saint sacrifice de la messe avec deuë permission ; mais, comme ledit sieur Benoît n’a trouvé aucun titre de concession de ladite chapelle, lesquels peuvent avoir été égarés, soit par le laps des temps ou par la négligence des possesseurs dudit domaine, il nous a très humblement fait supplier de permettre que l’on continue à célébrer dans ladite chapelle, et de luy accorder pour cet effet nos lettres sur ce nécessaires. À ces causes, nous, archevêque et comte de Lyon susdit, voulant favoriser ledit sieur Benoît et après avoir été certifié que ladite chapelle n a point été profanée, qu’elle est décemment construite, pourvue de toutes les choses nécessaires au service divin, et nullement sujette aux usages domestiques : avons permis et permettons à tous prêtres séculiers et réguliers de continuer à y célébrer le saint sacrifice de la messe, à la réserve des jours exceptés par les règlemens généraux de notre diocèse, sauf en tout néantmoins les droits et devoirs parroissiaux, et à condition que ladite chapelle demeurera sujette et soumise à perpétuité à notre authorité, visite et juridiction, et de nos successeurs. Donné à Lyon, dans notre palais et sous notre scel archiépiscopal, ce vingt-deuxième septembre mil sept cent vingt-deux ».

On sait qu’il est dans les usages ecclésiastiques de faire visiter, de temps en temps, par un délégué de l’archevêque, les lieux consacrés au culte, afin de s’assurer s’ils sont en bon état et toujours dignes de l’usage qu’on en fait. On a conservé le procès-verbal de la visite de cette chapelle, dressé, le 21 avril 1738, par Legras, curé de Limonest. Il ne sera pas sans intérêt de donner le texte de cette visite.

« Nous, Hugues-François Legras, prêtre et curé de la paroisse de Limonest-au-Mont-d’Or, en conséquence de la commission en datte du 21 février dernier, adressée par monseigneur l’illustrissime et révérendissime Charles-François de Châteauneuf de Rochebonne, archevêque et comte de Lyon, primat de France et pair de France, pour faire la visite d’une chapelle dépendante d’un domaine que monsieur Louis Balmont, bourgeois de Lyon, possède dans la parroisse de Veyse : avons procédé à ladite visite, et, pour cet effet, ce jourduy 21 avril de la présente année, nous nous sommes transportés audit domaine, où étant arrivé, nous avons été conduit à ladite chapelle qui est entièrement séparée de tous bâtimens. Elle est fort éloignée de l’église parroissiale, le chemin qui y conduit est mauvais dans les temps de pluye et d’hyver, et la maison dudit sieur Balmont étant située à la montée vulgairement appelée Balmont et qui est très rapide, ledit chemin par conséquent est très incommode et difficile surtout pour les personnes âgées et infirmes ; ladite chapelle est éloignée des antres églises de demie lieue. Ensuitte, ouverture nous ayant été faille de ladite chapelle, nous avons reconnu qu’elle ferme à clef, que la voûte a canne, le carrelage, les murs, les vitres, le couvert, l’autel qui est proprement orné, le tableau dudit autel représentant le mistère de l’Assomption de la très sainte Vierge et qui est très décent, sont en bon état. Après quoy, ayant examiné le calice qui est d’argent, et a la coupe dorée en dedans ainsy que la patène, comme aussy la pierre sacrée, les nappes, chasubles, missels, aubes, ceintures, linges et autres ornemens nécessaires pour la célébration du saint sacrifice de la messe, nous avons trouvé le tout en très bon ordre, et dans toutte la décence requise et convenable. Dont et du tout nous avons dressé notre présent procès-verbal que nous certifions véritable. Et en foy de quoy, nous avons signé ledit jour 21e avril 1738. (Signé :) Le Gras, curé de Limonest-au-Mont-d’Or. »

On remarquera que le domaine appartenait à ce moment-là à la famille Balmont, qui a sans doute, à cette époque, donné son nom à la montée. Cette visite avait été faite à la demande même de Louis Balmont. À la suite de cette enquête, l’archevêque rendit la sentence suivante :

« Charles-François de Chateauneuf de Rochebonne par la miséricorde de Dieu et l’autorité de Saint-Siège apostolique, archevêque et comte de Lyon, primat de France, pair de France. Vue la requête à nous présentée par sieur Louis Balmont, bourgeois de Lyon, par laquelle il nous exposeroit que de son domaine situé à la montée de Balmont, parroisse de Vaize, dépend une chapelle domestique fort ornée et canoniquement construite, et comme l’éloignement de l’église parroissiale est fort considérable, que les chemins en sont impraticables en tems de pluye, que le supliant est déjà fort avancé en âge, et par conséquent plus exposé par ce motif à manquer au service divin les fêtes et dimanches ; il nous suplioit vouloir rétablir ladite chapelle interdite par notre mandement général du 1er septembre 1736, faisant offre d’y faire dire douze messes par le sieur curé du lieu toutes les années et d’en justifier, vue notre ordonnance du 21 février de la présente année, qui commet Monsieur Hugues-François Le Gras, prêtre curé de Limonest, pour examiner la décence, la régularité, la nécessité de ladite chapelle, son éloignement de l’église parroissiale et autres églises ; le procès-verbal de Monsieur Legras, 21e du passé, par lequel il conste que ladite chapelle est entièrement séparée de tous bàtimens, très proprement ornée et dans la décence requise, éloignée considérablement de l’église parroissiale et de demy lieue des autres églises, avec une montée très rapide, incommode et difficile surtout pour les personnes âgées. Le tout examiné et considéré, nous, archevêque et comte de Lyon susdit, avons permis et permettons au supliant de faire célébrer le sacrifice de la messe dans la chapelle domestique de son domaine, situé à la montée de Balmont, parroisse de Vaize, exceptés les jours réservez, et en se conformant à nos intentions exprimées dans notre mandement du 1er septembre 1736, spécialement à ce que les douze messes que nous aurions désiré être fondées y soient néanmoins acquittées, une chaque mois et un jour ouvrable par les sieurs curé ou vicaires du lieu, sous la rétribution de vingt sols chacune dont justifiera chaque année le supliant au secrétariat de notre archevêché par quittance dudit sieur curé, à défaut de quoi ladite chapelle sera et demeurera interdite par le seul fait jusqu’à ce qu’il en soit par nous autrement ordonné ; sauf et sans préjudice des droits et devoirs parroissiaux et à condition que ladite chapelle restera sujette et soumise à notre autorité, visite, juridiction et de nos successeurs archevêques. Et copie de notre présente ordonance sera affichée dans ladite chapelle pour servir de règle à ceux qui y célébreront et qui ne pourront y célébrer s’ils sont étrangers, qu’ils ne se soient présentés au sieur curé du lieu qui examinera leurs lettres, pouvoirs et exeats. Donné à Lyon, dans notre palais et sous notre scel archiépiscopal, le neuf du mois de may 1738. »

De cette date jusqu’à la révolution, le culte se poursuivit paisiblement dans la chapelle domestique. Après la révolution qui avait fermé tous les oratoires, le domaine appartenait à Jean-Gaspard Myèvre, qui, le 12 avril 1803, adressa au cardinal Fesch la supplique suivante :

« Vous supplie humblement le sieur Jean-Gaspard Myèvre, propriétaire d’une maison de campagne à l’extrémité de la succursale de Vaize, de luy accorder la permission de faire célébrer la messe, le dimanche, pendant son séjour, dans sa chapelle cannonique à tous égards ; cette permission a été accordée sans interruption depuis 1737 à ses prédécesseurs et à luy successivement par les divers archevêques et grands vicaires de ce diocèse ; la dernière a été donnée par M. de Beauboisset pour Mgr de Mérinville. Je me flatte, monseigneur, que vous accueillerez d’autant mieux ma prière que j’ay chez moy ma belle-sœur infirme. »

Le lendemain, MM. Courbon et Renaud, vicaires généraux, accordaient l’autorisation « provisoirement pendant trois mois, à la charge de se pourvoir auprès du gouvernement de l’autorisation demandée ». Le préfet du Rhône, M. Bureaux-Pusy confirmait sa permission provisoire de trois mois le trois floréal, an XI.

Cependant M. Myèvre faisait des démarches à Paris, pour la reconnaissance définitive, et faisait agir M. Audo, ancien jurisconsulte, ami de David Portalis, lequel était chef de la comptabilité pour les affaires concernant le culte. Un si puissant appui ne pouvait rester vain, aussi le 13 floréal an XII, Portalis écrit-il à son ami la lettre suivante :

« Vous m’aviez chargé, monsieur, de la demande de M. Jean-Gaspard Myèvre, propriétaire à la montée de Balmont, commune de Vaize, département du Rhône. Vous avez paru mettre un grand intérêt à ce que cette demande fut favorablement et promptement accueillie par le gouvernement. Le rapport en a été fait au gouvernement, le 14 de germinal dernier, et approuvé le même jour. Lorsque l’expédition nous est parvenue, nous en avons fait passer une seconde expédition au citoyen préfet et à M. le cardinal archevêque de Lyon pour que l’exécution s’en ensuive. Quoique nous ne soyions pas en usage de délivrer des expéditions aux parties intéressées j’ai exigé qu’on m’en fit une exprés pour vous être présentée afin de vous procurer la satisfaction de l’offrir à votre ami pour lequel vous avez si fortement agi. Je suis charmé, monsieur, que vous m’ayez mis à même de pouvoir vous donner la preuve de mon vrai et sincère attachement. »

La chapelle de Balmont appartint en dernier lieu à M. Forestier à qui elle échut vers 1850, il y transporta l’œuvre des sourds-muets qu’il avait fondée tout d’abord aux Minimes. Il n’est pas de lyonnais de cette époque qui n’ait connu cette œuvre. M. et Mme Forestier étaient sourds-muets, et puisèrent dans leur bon cœur une grande pitié pour ces déshérités de la nature. C’est là que pendant cinquante ans ont été élevés plusieurs générations de ces infortunés. Leur œuvre n’existe plus, elle a disparu avec les fondateurs dans des conditions qu’on doit rappeler. On sait qu’autrefois l’instruction des sourds-muets se faisait par signe. Le progrès veut qu’aujourd’hui ces infortunés s’essayent à parler comme tout le monde. M. Forestier n’était point accoutumé à cette nouvelle méthode. Son âge ne lui permettait pas de recommencer son éducation, il acheva d’élever les enfants qui se trouvaient dans sa maison, puis la légua aux abbés Lémann pour y installer une œuvre de bienfaisance. Les nouveaux directeurs, si connus à Lyon et dans toute la France par leurs éludes et leur prédication, ont installé dans la grande propriété un orphelinat de jeunes filles. Ces parlantes, comme on dit, font un singulier contraste par leurs bruyants ébats et leur gaîté avec le silence et la tristesse de ceux qui les ont précédées.

Pour aider au bon entretien de la maison les abbés Lémann firent appel au dévoûment des religieuses Franciscaines de Saint-Sorlin (Rhône), congrégation fondée par la mère Marie-François d’Assise, dont il importe de donner ici un courte notice biographique.

Cette digne personne naquit, le 25 décembre 1828, à Saint-Loup, près de Tarare. Voici comment le toit paternel abrita les prémices du futur institut des petites sœurs :

Quelques petites orphelines ayant été recueillies, un commencement de vie religieuse s’établit ; l’humble congrégation grandit peu à peu, et lorsqu’on quitta le toit paternel, on fonda un premier établissement à Saint-Sorlin, dans le canton de Mornant. En 1868 seulement, eut lieu l’institution canonique de la communauté.

L’accroissement de l’œuvre ne cessa, depuis, de s’affirmer sous la direction toujours plus généreuse de la fondatrice dont la vie entière se passa au service de la communauté. Lorsqu’elle mourut, les soins qu’elle avait donnés aux pauvres orphelines délaissées lui formaient une magnifique couronne.

La chapelle actuelle de Balmont est un édifice qui occupe le centre de la propriété. Elle présente la forme d’un petit temple grec avec un fronton de bon goût. À l’intérieur, au-dessus de l’autel, on voit encore le tableau de l’Assomption dont il a été question dans les documents indiqués plus haut. De chaque côté, on a placé deux statuettes : Notre-Dame de Lourdes et Saint-Joseph. Dans la nef, on voit deux autres statues du Sacré-Cœur et de Saint Augustin ainsi qu’une bonne toile, représentant la Descente de croix.