Histoire des églises et chapelles de Lyon/Saint-Laurent

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H. Lardanchet (tome Ip. 180-182).

SAINT-LAURENT

Tout à côté de l’église Saint-Paul, parallèlement à son axe et à une distance de quelques mètres seulement au nord, se trouvait l’église Saint-Laurent, construite au milieu du xiiie siècle. Quoiqu’elle ait laissé peu de traces dans l’histoire, on a réuni ici les renseignements historiques que fournissent sur elle les rares documents.

En 1251, Guillaume Chamarier, et le chapitre de Saint-Paul, accordèrent des compensations aux aumôniers qui avaient avancé une somme de cent livres pour réparer l’église Saint-Laurent. Elle fut reconstruite en 1635 ; en 1793, transformée en magasin à fourrage, elle fut détruite par un incendie.

Saint-Paul et Saint-Laurent au xviiie siècle. Restitution de M. Catelan.

Un souvenir impérissable de l’église Saint-Laurent est le tombeau de Gerson. On sait que ce grand génie naquit le 14 décembre 1363 à Gerson, près de Barby, à l’ouest de Rethel (Ardennes) ; il fit ses études au collège de Navarre, et fut élu, en 1395, chancelier de l’Université de Paris. En cette qualité il assista au concile de Pise en 1409, puis au concile œcuménique de Constance en 1414. Après avoir parcouru le Tyrol, il vint à Lyon vers 1423, auprès de son frère Jean, prieur des Célestins. Là il vécut pauvre, conservant sans doute son titre de chancelier, mais n’en voulant pas toucher les revenus. Il se contentait d’une petite somme que lui donnait la municipalité de l’époque ; de leur côté les chanoines de la primatiale lui accordèrent la jouissance du domaine de Quincieux en Beaujolais, qu’on avait précédemment donné à saint Thomas de Cantorbéry fuyant la persécution du roi d’Angleterre. En outre, le chapitre lui fournit un logement pour lui et ceux qui l’accompagnaient, et fonda, le 21 octobre 1428, en faveur du chancelier, un anniversaire fixé au 14 décembre de chaque année.

Gerson a composé un grand nombre d’ouvrages et en particulier, à Lyon, plusieurs traités sur le célibat des prêtres, la théologie mystique, la perfection du cœur, le Magnificat, l’astrologie et les superstitions du temps. Dans les dernières années de sa vie, il occupait ses loisirs à enseigner le catéchisme aux petits enfants. Ceux-ci étant un jour montés dans sa chambre, le trouvèrent agonisant ; il mourut le 12 juillet 1429, et on l’ensevelit près de la chaire de l’église Saint-Laurent.

Au xviie siècle eut lieu l’ouverture de son tombeau et un témoin oculaire, le chanoine Étienne Verney écrivit à cette occasion une relation des plus intéressantes. Lorsqu’on ouvrit le sépulcre, il s’en dégagea une odeur suave : on trouva le corps du chancelier étendu sans aucun appareil qui le distinguât : il portait seulement sur la poitrine un calice d’étain. Les foules accoururent et il se produisit plusieurs miracles, mais au bout de quelques années, l’oubli se fit. En 1812, lorsqu’on nivela la place Saint-Laurent, on trouva l’emplacement et les restes d’une voûte, sans doute le tombeau du vénérable chancelier. Aujourd’hui l’oubli est complet, et rien ne rappelle cette gloire lyonnaise, sinon une statue élevée à Gerson, le 2 mars 1880, vis-à-vis de l’église Saint-Paul.