Histoire des Juifs/Troisième période, deuxième époque, chapitre VII

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Histoire des Juifs
Introduction
I. Les temps bibliques : § 1er
II. — Après l’exil : § 1er
III. 3e période — La dispersion
1re époque — Le recueillement après la chute
I. Le relèvement ; l’école de Jabné
II. L’activité à l’intérieur
III. Soulèvement des judéens
IV. Suite de la guerre de Barcokeba
V. Patriarcat de Judale Saint
VI. Le patriarche Juda II ; Les Amoraïm
VII. Les Judéens dans le pays parthes
VIII. Le patriarcat de Galamiel IV et de Juda II
IX. Le triomphe du christianisme et les Judéens
X. Les derniers Amoraïm
XI. Les Juifs dans la Babylonie et en Europe
XII. Les Juifs en Arabie
XIII. Organisation du judaïsme babylonien
XIV. Le caraïsme et ses sectes
XV. Situation des Juifs dans l’empire franc et déclin de l’exilarcat en Orient
2e époque — La science et la poésie juive
I. Saadia, Hasdaï et leurs contemporains
II. Fin du gaonat en Babylonie. Aurore de la civilisation juive en Espagne
III. Les cinq Isaac et Yitshaki
IV. La première croisade. Juda Allévi
V. La deuxième croisade - Accusation de meurtre rituel
VI. Situation des Juifs à l’époque de Maïmonide
VII. Époque de Maïmonide
VIII. Dissensions dans le judaïsme. - La rouelle
IX. Controverses religieuses du talmud. Autodafé du Talmud
X. Progrès de la bigoterie et de la Cabbale
XI. La peste noire. Massacres des Juifs
XII. Conséquences de la persécution de 1391. Marranes et apostats.
XIII. Une légère accalmie dans la tourmente.
XIV. Recrudescence de violences
XV. Établissement de tribunaux d’inquisition
XVI. Expulsion des Juifs d’Espagne et de Portugal
XVII. Pérégrinations des Juifs et des Marrannes d’Espagne et de Portugal
3e époque — La décadence
I. Reuchlin et le obscurants. Martin Luther
II. L’inquisition et les Marranes. Extravagances cabbalistiques te messianiques
III. Les Marranes et les papes
IV. Les juifs en Turquie et Don Joseph de Naxos
V. Situation des Juifs de Pologne et d’Italie jusqu’à la fin du XVIe siècle
VI. Formation de communautés marranes à Amsterdam, à Hambourg et à Bordeaux
VII. La guerre de Trente Ans et le soulèvement des Cosaques.
VIII. L’Établissement des Juifs en Angleterre et la révolution anglaise
IX. Baruch Spinoza et Sabbataï Cevi
X. Tritesses et joies
XI. Profonde décadence des Juifs
4e époque — Le relèvement
XII. Moïse Mendelssohn et son temps
XIII. Excès de l’orthodoxie et de la réforme
XIV. La révolution française et l’émancipation des Juifs
XV. Le Sanhédrin de Paris et la Réaction
XVI. Les réformes religieuses et la science juive
XVII. Une Accusation de meurtre rituel à Damas
XVIII. Orthodoxes et réformateurs en Allemagne


CHAPITRE VII


Époque de Maïmonide
(1171-1205)


Dans les trente dernières années du XIIe siècle, le judaïsme semblait ne plus posséder de centre de ralliement et être prêt à s’émietter. Dans le sud de l’Espagne, devant l’intolérance des Almohades, tous les Juifs avaient disparu ou se couvraient du masque de l’islamisme. Les communautés de Tolède et des autres villes de l’Espagne chrétienne étaient de création trop récente pour exercer aucune influence sérieuse. Les communautés du sud de la France étaient dans la période de formation, celles du nord s’adonnaient exclusivement à l’étude du Talmud et n’étaient, du reste, jamais sûres du lendemain. Les Juifs d’Allemagne étaient serfs du gouvernement impérial, et ceux des autres pays de l’Europe ne comptaient même pas. En Asie, l’exilarcat, rétabli par le caprice d’un khalife, avait une existence trop précaire pour exercer quelque action sur les Juifs d’Europe. Le judaïsme paraissait être menacé d’un complet morcellement. C’est alors que parut Moïse Maïmonide. Il devint le guide des Juifs de l’Orient et de l’Occident, et, sans être revêtu d’aucune dignité officielle, il acquit une autorité toute-puissante sur le judaïsme entier.

Moïse ben Maïmoun, appelé en arabe Abou Amram Mousa Maïmoun Obaïd Allah, naquit le 30 mars 1135 dans la ville de Cordoue. Son père, qui descendait d’une famille où la science talmudique était cultivée avec succès depuis de nombreuses générations, était membre du collège rabbinique de Cordoue. Savant talmudiste, Maïmoun était également habile mathématicien et astronome. Il inspira à son fils, dès l’enfance, un amour passionné pour la science et des sentiments d’une élévation et d’une noblesse remarquables. Moïse avait treize ans quand les Almohades conquirent Cordoue (1148) et obligèrent les Juifs et les chrétiens de cette ville à choisir entre l’islamisme, l’émigration ou la mort. Sa famille émigra avec la plus grande partie de la communauté ; on croit qu’elle s’établit à Almeria. Trois ans plus tard, cette ville tomba également au pouvoir des Almohades, et les habitants juifs furent sans doute contraints, comme leurs coreligionnaires de Cordoue, de se faire musulmans ou d’émigrer. Moïse, avec sa famille, mena ainsi pendant quelques années une existence errante et malheureuse, et c’est au milieu de ces épreuves qu’il atteignit l’âge de l’adolescence.

Grâce à d’excellents maîtres et à ses relations avec des savants, Maïmonide acquit un grand fonds de connaissances, fortifia sa raison et l’habitua à essayer de se rendre compte des phénomènes du monde visible et invisible, à chercher partout la lumière et la vérité, et à repousser ce qui paraissait obscur ou mystérieux. Esprit logique et systématique, il aimait l’ordre et la clarté, et il mérite d’être surnommé l’Aristote juif. Son admiration pour le philosophe de Stagire était, du reste, très grande, et mieux que nul autre juif ou musulman — les chrétiens comprenaient alors très peu Aristote — il sut pénétrer et s’approprier ses conceptions originales sur le monde.

À côté de sa science si vaste, Maïmonide possédait un caractère d’une rare élévation, il était un sage dans la plus belle acception du mot. Chez lui, le savoir, la volonté, la foi et les actes s’étaient fondus en un ensemble harmonieux, qui fit de lui la personnalité illustre qui brille d’un si radieux éclat dans l’histoire juive. Sa conduite était conforme à ses principes. Grave et sérieux, il ne cherchait pas, dans la vie, les joies et les distractions, mais les occasions de se dévouer, de faire le bien, de réaliser cette parole de la Bible que l’homme est créé à l’image de Dieu. Tout ce qui était vulgaire, mensonger, factice, lui était profondément antipathique, et pour cette raison il dédaignait la poésie, dont, suivant les idées du temps, la meilleure partie était due à l’imagination et qui, par conséquent, reposait sur la fiction et le mensonge. Aussi blâmait-il les poètes, qui, à son avis, consacraient leur temps à des futilités, et il ne tolérait pas qu’on récitât des vers aux mariages, à moins qu’on y traitât un sujet religieux ; il confondait dans le même blâme tous les vers, hébreux ou autres.

Sévère envers lui-même, Maïmonide était indulgent et bon pour autrui. Jamais, dans ses polémiques, il n’employait d’expressions blessantes à l’égard de ses adversaires. Il ne se montrait mordant et ironique que pour les idées fausses, les théories erronées, il respectait toujours les personnes. Comme tout homme vraiment éminent, il était humble et modeste.

À toutes ces brillantes qualités de cœur et d’esprit, Maïmonide joignait une volonté d’une grande énergie. Ni l’infortune, ni les souffrances, ni l’ingratitude des hommes ne purent jamais le détourner de son but. Ce but était digne de celui qui l’avait conçu.

Maïmonide voulait montrer sous leur vrai jour le judaïsme biblique et talmudique, les lois rituelles et les dogmes, de façon à convaincre de leur haute valeur les autres croyants et même les philosophes. Jeune encore, Maïmonide était déjà préoccupé de cette pensée, et pendant toute son existence il ne cessa d’en poursuivre la réalisation. À un âge où les autres ont à peine achevé leurs études, Maïmonide entreprit une œuvre considérable, l’explication originale de la Mishna, faite en dehors de tout modèle et de toute tradition. Il continua ce travail au milieu de ses pérégrinations et de vicissitudes de toutes sortes.

La famille de Maïmonide voyagea, en effet, assez longtemps avant de trouver le repos et la sécurité. D’Espagne elle alla à Fez. On ne comprend pas bien pour quel motif elle s’établit dans une ville où les Juifs étaient contraints de pratiquer en apparence l’islamisme. Peut-être Maïmoun espéra-t-il pouvoir rendre des services au judaïsme, au milieu de ses malheureux coreligionnaires de ce pays. La persécution religieuse, qui durait depuis dix ans, avait affaibli la foi des Juifs africains. Il n’est donné qu’à des caractères d’une trempe particulièrement ferme de conserver leurs croyances tout en observant extérieurement une autre religion. Peu à peu, la masse ignorante s’habituait à un culte qu’elle n’avait accepté d’abord qu’en apparence et par contrainte, et elle n’était pas loin de croire qu’en réalité Dieu avait aboli la loi promulguée sur le Sinaï et en avait révélé une nouvelle à Mahomet. Cet affaiblissement des convictions religieuses des Juifs et cette renonciation progressive à la foi de leurs pères affligèrent profondément Maïmoun, qui essaya de réagir contre cette tendance funeste et de raffermir la foi chancelante de ses frères. Il adressa dans ce but, en 1160, une lettre d’exhortations aux communautés africaines.

Bientôt Maïmonide eut aussi l’occasion d’entrer dans l’arène et d’encourager, comme son père, les Juifs opprimés à conserver intactes dans leur cœur les croyances de leurs ancêtres. Un écrivain d’une piété outrée avait déclaré que, d’après la loi juive, ceux même qui faisaient semblant d’observer l’islamisme, tout en accomplissant secrètement toutes les pratiques juives, devaient être traités en idolâtres. Selon ce zélateur, tout Juif sincère était obligé, s’il ne voulait être considéré comme apostat, de sacrifier sa vie et celle de se famille plutôt que d’adopter, même extérieurement, la religion musulmane. Vivement émus par cet écrit, qui déclarait inutiles tous leurs efforts pour rester fidèles secrètement à leur ancienne religion, la plus grande partie des Juifs africains se demandaient s’il ne valait pas mieux, dans ce cas, se convertir complètement à l’islamisme. Devant ce danger, Maïmonide entreprit de réfuter les assertions de ce zélateur et de justifier la conduite des Juifs qui faisaient semblant de pratiquer l’islamisme. Cet ouvrage, le premier de Maïmonide, porte déjà la marque de son esprit lucide et pénétrant ; il l’écrivit en arabe pour le rendre accessible à tous.

Maïmonide établit dans cet écrit que la transgression d’une partie des lois relieuses ne constitue pas une apostasie. Du temps des prophètes, les Juifs, tout en adorant des idoles, continuèrent néanmoins à être considérés comme représentant le peuple de Dieu. Nous, ajouta-t-il, nous ne commettons aucun acte d’idolâtrie, nous exprimons une formule rague, à laquelle nous n’attachons aucune importance et que nous ne prononçons, au su des musulmans eux-mêmes, que pour tromper un maître fanatique. Le Talmud, il est vrai, ordonne de mourir plutôt que de devenir idolâtre, il prescrit même de subir, dans certaines circonstances, le martyre plutôt que de transgresser une loi quelconque. Mais ceux qui n’ont pas le courage d’affronter la mort pour la défense de leur religion ne méritent aucun châtiment, même au point de vue talmudique, et ne cessent nullement d’être juifs. L’homme qui pêche par contrainte n’est pas coupable ; sous la pression de la violence, l’idolâtrie même est permise. Dans le cas présent, il existe encore pour les Juifs une autre circonstance atténuante : c’est que la transgression ne se commet pas en acte, mais simplement par la parole. On n’exige pas des Juifs d’abjurer réellement le judaïsme, mais de confesser que Mahomet est un prophète. Cette confession faite, on les laisse à peu près libres de pratiquer leur religion dans leur intérieur. Sans doute, il est très méritoire de subir le martyre plutôt que de se résigner même â cette déclaration ; mais, même d’après le Talmud, on n’a pas le droit d’imposer un pareil sacrifice. Cette réplique de Maïmonide, qui était en même temps un plaidoyer pour lui et sa famille, fut composée entre 1160 et 1464. Elle montre déjà en germe la façon originale dont Maïmonide concevait le judaïsme.

Outre la publication de son ouvrage, Maïmonide parait avoir employé également la persuasion directe pour maintenir l’amour du judaïsme dans le cœur des faux convertis musulmans et stimuler leur zèle pour leur ancienne religion. Dénoncé aux autorités, il aurait payé de sa vie son attachement à sa foi sans l’intervention d’un poète et théologien arabe, Abou-l-Arat ibn Moïscha.

Préoccupés des dangers qui menaçaient leur sécurité, peut-être aussi pressés par le remords, Maïmoun et sa famille se décidèrent à partir de Fez pour la Palestine. Après un séjour assez court à Akko (Saint-Jean-d’Acre) ; ils se dirigèrent vers Jérusalem pour prier sur l’emplacement du temple, et de là ils se rendirent en Égypte. Quelques mois après son arrivée dans ce pays, au commencement de 1166, Maïmoun mourut. Sa célébrité et celle de son fils étaient telles que la famille reçut de nombreuses lettres de condoléances d’amis de l’Afrique et de l’Espagne chrétienne.

Au Vieux-Caire (Fostat), où elle était établie, la famille de Maïmoun se livrait au commerce des pierreries. C’était David, le plus jeune des frères, qui s’occupait principalement des affaires, faisant de fréquents voyages et allant jusqu’aux Indes. Moïse se consacrait surtout à la science. Il fut bientôt arraché au calme de ses chères études par de terribles épreuves. Son frère David périt dans un naufrage, dans la mer des Indes, et avec lui disparut non seulement la fortune de toute la famille, mais aussi une somme considérable que des étrangers lui avait prêtée pour son commerce. Le coup fut si rude pour Maïmonide qu’il en tomba malade.

Son abattement ne dura pas longtemps. Son inébranlable confiance en Dieu, son amour passionné pour la science, l’obligation de protéger sa famille et celle de son frère lui inspirèrent une vaillante énergie. Pour subvenir aux besoins des siens, il commença alors à pratiquer la médecine.

Ses nouvelles occupations ne le détournèrent pas de son commentaire sur la Mishna, qu’il avait commencé à vingt-trois ans et qu’il continuait depuis, au milieu de toutes ses pérégrinations. Cette œuvre, écrite en arabe et intitulée Siradj (Luminaire), fut terminée en 1168. Elle avait pour but de faciliter l’étude de la tradition orale, obscurcie par des discussions sans fin et des interprétations erronées, et d’en élucider les points difficiles par des explications brèves et claires.

Maïmonide fut le premier à appliquer la méthode scientifique à l’explication du Talmud. Il fallait un esprit net et méthodique comme le sien pour accomplir une telle lâche, rendue particulièrement difficile par le désordre qui semble régner dans le Talmud. Ce sont surtout les introductions lumineuses placées en tète des divers traités de la Mishna qui sont empreintes d’un caractère vraiment scientifique.

Dans son commentaire, Maïmonide traite avec prédilection les questions de la Mishna qui touchent à la science, et où il peut invoquer des principes tirés des mathématiques, de l’astronomie, de la physique, de l’anatomie, de la morale et de la philosophie. On voit qu’il se trouvait-là dans son véritable élément. Ces questions lui servaient à démontrer que les docteurs de la Mishna, les dépositaires de la tradition, n’ignoraient pas les sciences, qu’ils avaient enseigné une morale élevée, et que leur conception de Dieu était profondément philosophique. Il caractérisa aussi, dans cette œuvre, la véritable nature de la tradition. Selon lui, la tradition doit être fixe, nettement déterminée, au-dessus de toute contestation, et tous les éléments de la Mishna qui ne répondent pas à cette condition ne sont pas traditionnels. Par cette assertion, Maïmonide s’est mis, à son insu, en contradiction avec le Talmud et en a ébranlé les fondements.

La partie de l’œuvre à laquelle Maïmonide apporta des soins et un amour tout particuliers fut, sans contredit, le commentaire sur les Maximes des Pères. Dans ce commentaire, il utilisa le trésor de ses connaissances si étendues et si variées.

Convaincu qu’une connexité étroite existe entre la philosophie et la religion juive, Maïmonide arriva à se persuader que le judaïsme lui-même était une philosophie révélée et avait pour but de régler non seulement la conduite religieuse et morale des Juifs, mais aussi leurs pensées et leurs croyances. De là, sa résolution d’établir la dogmatique du judaïsme. Selon lui, la religion juive impose à ses adeptes la croyance à certaines vérités, qu’ils ne peuvent rejeter sans devenir renégats. Maïmonide fixe ces articles de foi au nombre de treize. Ce sont les suivants : Dieu existe ; il est un ; il est incorporel et immuable, il est éternel et a été antérieur à toute création ; seul il est digne de notre adoration ; des hommes élus ont été animés de l’esprit prophétique ; Moïse a été le plus grand des prophètes ; la Thora est d’origine divine ; elle est immuable ; Dieu connaît toutes nos pensées ; il récompense les bons et punit les méchants ; il enverra un jour le Messie ; il ressuscitera les morts.

Bien que ces articles de foi s’appuient en partie sur des recherches philosophiques et, par conséquent, ne s’imposent pas forcément à toute intelligence, Maïmonide ne considère cependant comme vrai israélite que celui qui les admet tous. Pour lui, quiconque en rejette un seul est hérétique et n’a point de part à la vie future.

C’est ainsi que, d’une part, Maïmonide éleva la confession juive à la hauteur d’une doctrine consciente d’elle-même, et, de l’autre, mit des bornes, pour l’Israélite, à la liberté de penser. Jusqu’alors, les actes religieux seuls formaient l’essence de la rie juive. Maïmonide opposa des barrières aux libres recherches du penseur et marqua les limites entre la foi et l’hérésie, non seulement dans le domaine déterminé de la pratique religieuse, mais aussi sur le terrain moins défini de la théorie. Il enferma ainsi la pensée dans le cercle étroit de formules immuables.

malgré sa valeur considérable, malgré le vaste savoir, la pénétration et l’esprit de méthode que l’auteur y a déplorés, le commentaire de la Mishna n’assura pas à Maïmonide la célébrité qu’il méritait. Ce furent surtout ses disciples qui le firent connaître et qui le vénérèrent comme l’incarnation même de la sagesse. Un de ses plus jeunes élèves, Salomon Kohen, fit pénétrer sa réputation jusque dans le Yémen, où il annonça aux communautés juives que dans l’adversité elles trouveraient appui et consolation auprès de Maïmonide.

Il s’était, en effet, produit dans l’Égypte des changements notables, qui eurent les meilleurs résultats pour les Juifs de ce pays et des contrées voisines. Le dernier khalife fatimide était mort ou avait été renversé du trône, et l’illustre Saladin, le modèle des princes généreux et chevaleresques de cette époque barbare, était devenu (septembre 1171) le seul maître de l’Égypte, d’une partie de la Palestine et de la Syrie, des pays de l’Euphrate et du khalifat de Bagdad. Son empire offrait un asile aux Juifs persécutés.

Tout d’abord, l’avènement de la dynastie abbasside ou sunnite de Bagdad fut le signal d’une violente explosion de fanatisme. Au Yémen surtout, où dominaient les partisans chiites de la nouvelle dynastie, les Juifs furent persécutés et obligés d’adopter l’islamisme (vers 1172). Mais, comme en Afrique et dans le sud de l’Espagne, leur conversion n’était qu’apparente. Cependant, comme les Juifs yéménites étaient très ignorants, il y avait à craindre que la foule ne s’habituât peu à peu à la religion musulmane et n’oubliât complètement le judaïsme. Déjà un Juif parcourait les communautés pour leur prêcher que la mission de Mahomet était annoncée dans ila Thora et que l’islamisme était une nouvelle révélation, destinée par Dieu à remplacer la promulgation du Sinaï. Ce péril, déjà assez grave pour te judaïsme, était encore augmenté par l’apparition d’un illuminé, qui se présentait, à cette époque, aux Juifs yéménites comme le précurseur du Messie, et les engageait à se tenir prêts à recevoir leur libérateur et à distribuer leur biens aux pauvres. Ces extravagances trouvèrent créance auprès d’une partie de la population et menaçaient de devenir dangereuses. C’est alors que le savant le plus estimé d’entre les Juifs du Yémen, Jacob Alfayyoumi, s’adressa à Maïmonide, qu’il avait appris à connaître par ses disciples, pour lui exposer la situation et lui demander aide et conseil.

Maïmonide envoya une Épître aux communautés yéménites ; elle était écrite en arabe et rédigée de façon à pouvoir être comprise de tous. Dans cette lettre, Maïmonide s’efforçait de raffermir la foi de ses malheureux frères et de leur inspirer ces sentiments de piété profonde et éclairée qui. font accepter avec courage les souffrances qu’on endure pour sa religion et entretiennent l’espérance au milieu des plus dures épreuves. Il reconnaît qu’il est bien triste de voir des persécutions éclater contre les Juifs sur deux points opposés, mais il ajoute que ces malheurs n’étaient pas imprévus, car ils avaient été annoncés par les prophètes : Dieu, dans sa miséricorde, dit-il, a distingué les Israélites parmi les peuples et a fait de nous les dépositaires de la vraie religion ; c’est pourquoi les autres peuples nous haïssent. Ils sont irrités, non pas contre nous, mais contre la volonté divine dont notre existence est une éclatante manifestation, et ils voudraient nous détruire pour empêcher l’accomplissement de cette volonté. Depuis la révélation du Sinaï, continue-t-il, les Juifs ont été persécutés dans tous les temps. Ces persécutions se sont présentées sous trois aspects différents. Tantôt on a employé contre eux la violence, comme Amalek, Sanhérib, Neboukadnéçar, Titus et Adrien ; tantôt on a essayé de les tromper par toutes sortes de sophismes, comme les Perses, les Grecs et les Romains ; tantôt on a présenté de nouvelles doctrines religieuses, telles que le christianisme et l’islamisme, sous le voile du judaïsme, et on a cherché â escamoter ainsi cette dernière religion. Pour mieux tromper les Juifs, les musulmans et les chrétiens disent que la Loi promulguée sur le Sinaï devait, en effet, être observée autrefois, mais que, maintenant, elle a perdu toute valeur. Pourtant, les révélations de Nazareth et de La Mecque ne sont pas plus le judaïsme qu’une image n’est l’être vivant qu’elle représente. Seuls des enfants ou des insensés peuvent prendre l’ombre pour la réalité. Ô mes frères, ajoute Maïmonide, méditez sur les vérités que je viens de vous exposer, ne vous découragez pas au milieu de vos souffrances ; celles-ci n’ont d’autre but que de vous mettre à l’épreuve et de montrer que la postérité de Jacob, les descendants de ceux qui ont reçu la Loi au pied du mont Sinaï, possèdent seuls la vraie religion.

Cette lettre, écrite avec chaleur et remplie de pensées fortifiantes, produisit une vive impression sur les Juifs du Yémen. Elle leur inspira un nouveau courage et les poussa à s’intéresser au sort des Juifs des autres pays. Plus tard, quand il fut devenu illustre, Maïmonide employa son influence à améliorer la situation des Juifs dans le Yémen. Ils lui en témoignèrent leur reconnaissance en manifestant pour lui un attachement profond et en intercalant son nom, comme on le faisait autrefois pour les exilarques, dans les prières journalières.

Peu à peu, la réputation de Maïmonide s’étendit au loin. Dès l’année 1175, on le consultait comme autorité religieuse, et ses décisions étaient acceptées par les communautés. C’est dans cette même année qu’il paraît avoir été nommé officiellement rabbin du Caire. Ces fonctions étaient pour lui un vrai sacerdoce, et il les remplissait avec autant de conscience que de circonspection. Ennemi de tous les abus, il les combattait avec énergie ; il exigeait surtout une tenue décente dans la synagogue, où l’on avait parfois trop de laisser-aller. Il s’élevait également contre les pratiques caraïtes qui s’étaient introduites parmi les rabbanites, mais il se montrait d’une tolérance très large envers les caraïtes eux-mêmes. Interrogé sur la façon dont il fallait traiter ces derniers, il répondit que s’ils gardaient une attitude convenable et n’outrageaient ni le Talmud ni ses adeptes, on était tenu de leur témoigner de la considération et de l’amitié, de leur rendre visite, d’accompagner leurs convois funèbres, de consoler leurs affligés et de recevoir leurs enfants dans l’alliance d’Abraham.

Au milieu des occupations multiples que lui imposaient ses fonctions rabbiniques, sa profession de médecin et ses recherches philosophiques et scientifiques, Maïmonide parvint à achever (en 1180) son second grand ouvrage, le Mischné Thora, ou Code religieux, dont l’apparition a fait époque dans l’histoire de la littérature juive. Il y travailla, comme il le dit lui-même, pendant dix ans consécutifs, mais le temps qu’il y consacra n’est, certes, pas en proportion de la grandeur du résultat.

Quand on n’est pas initié aux difficultés de la tâche, on est incapable d’apprécier le mérite de l’admirable ordonnance de cet ouvrage gigantesque, où Maïmonide a réuni et classé avec méthode les mille petits détails épars au hasard dans l’océan talmudique, a purifié le métal précieux de ses scories, rattaché les lois talmudiques aux textes bibliques, ramené les faits particuliers aux principes généraux et composé d’un chaos un tout organique, construit selon les règles de l’art. Le Talmud, avec ses digressions et ses discussions sans fin, est un vrai labyrinthe oit l’on ne peut se diriger qu’à l’aide d’un fil conducteur. Maïmonide en a fait une construction bien ordonnée, avec ses ailes régulièrement distribuées, ses étages, ses appartements et ses chambres, et où le premier venu petit s’orienter facilement sans guide.

Outre ses qualités de forme, le Mischné Thora a, comme fond, une importance très grande. Maïmonide y a fondu en un tout harmonieux les diverses opinions de ses prédécesseurs ; il n’y a manifesté pour aucune doctrine ni dédain, ni préférence. Il a accordé, dans cet ouvrage, une place équitable à la partie philosophique, morale et rituelle du judaïsme, il y a même traité le côté sentimental de la religion juive, c’est-à-dire les espérances messianiques. Son travail est en quelque sorte la résultante de toutes les tendances qui, depuis Saadia, le créateur de la philosophie religieuse, se sont produites dans le judaïsme ; c’est le résumé de trois siècles d’efforts intellectuels.

On peut presque dira que Maïmonide a composé un nouveau Talmud. Il a conservé, il est vrai, les anciens éléments, dont on connaît l’origine, la nature et la signification, mais il les a groupés et modifiés de telle façon qu’ils se présentent sous un tout autre aspect. Ainsi, la Mishna, qui est la base du Talmud, débute de cette façon : À quel moment du soir peut-on réciter la prière du Schema ? et elle se termine par une discussion relative à une question de pureté lévitique. Maïmonide commence son ouvrage en posant ce principe : La base et le fondement de toute vérité, c’est de reconnaître qu’il existe un Être antérieur à tout, qui a créé tout l’univers, et il termine ainsi : Le jour viendra où la terre sera remplie de connaissances, comme l’océan est rempli d’eau. Toute l’œuvre est animée d’un souffle de parfaite sagesse, de piété sereine et de profonde moralité. Maïmonide a introduit la philosophie dans le code religieux ; il a accorda pour ainsi dire une place à Aristote à côté des docteurs du Talmud. Une brande partie du premier livre (Madda) de son ouvrage traite de questions philosophiques.

Maïmonide a composé son ouvrage pour rendre plus facile la connaissance du judaïsme biblique et du judaïsme talmudique. car, pour lui, les deux n’en forment qu’un seul. L’étude du Talmud était très difficile, à cause de la prolixité des discussions et de l’obscurité de la langue. Par son livre, Maïmonide a écarté, en partie, les difficultés en éclairant le chaos talmudique et en y mettant de l’ordre. Dorénavant, le rabbin, obligé de résoudre journellement des questions religieuses et judiciaires ; le croyant, désireux, par piété, d’étudier la Loi ; l’homme d’étude, poussé par l’amour de la science à se rendre compte du contenu du Talmud, ne sera plus condamné à s’aventurer dans un enchevêtrement de broussailles ; le Mischné Thora rend la tâche plus agréable et plus facile. Du reste, Maïmonide a fait entendre assez clairement que son ouvrage avait pour but, sinon de faire abandonner complètement le Talmud, du moins d’offrir la possibilité de s’en passer. C’est pourquoi il l’a écrit dans une langue facile, l’idiome néo-hébreu, afin de le rendre accessible à tous et de répandre ainsi parmi les Juifs la connaissance de leur code religieux et, en général, du judaïsme.

Dans son souci de rattacher tous les détails à des principes généraux et de n’avoir jamais recours, même pour expliquer certaines lois, à des expédients, Maïmonide devait nécessairement s’écarter parfois de la méthode talmudique pour suivre une voie nouvelle. Il est surtout un point important pour lequel il s’est placé au-dessus du Talmud. Comme il voulait exposer la législation juive dans toutes ses parties et montrer les rapports des éléments bibliques avec les éléments talmudiques, il a été amené à fixer rigoureusement les lois prescrites par la Bible. Ii a donc composé un traité spécial où il a énuméré les lois bibliques et qui complète son grand ouvrage. Dans ce traité, comme dans son code, il établit en principe qu’il ne faut pas considérer comme biblique tout ce que le Talmud désigne comme tel ou fait découler du texte sacré par une des treize règles de déduction, mais seulement ce qui est reconnu comme tel par une tradition certaine. Il faut reconnaître qu’appliqué dans toutes ses conséquences le principe posé par Maïmonide aurait tout simplement pour effet d’ébranler le judaïsme talmudique. Et cependant, en réalité, Maïmonide plaçait ce judaïsme talmudique au-dessus de tout ; les docteurs du Talmud étaient, pour lui, des autorités incontestées, prenant rang immédiatement après les prophètes, et qu’il considérait comme des modèles de piété et de vertu.

Par son code, Maïmonide a certainement assuré au judaïsme rabbinique un solide point d’appui, mais, d’un autre côté, il l’a embarrassé d’entraves très gênantes. Il a transformé en lois immuables bien des opinions qui, dans le Talmud, étaient vagues et prêtaient à interprétation. De même qu’en introduisant dans le judaïsme des articles de foi, il limitait la liberté de penser, de même il immobilisait la législation juive par la codification définitive des lois. Sans tenir compte des circonstances particulières qui avaient donné naissance à certaines décisions talmudiques, il rendait ces décisions obligatoires pour tous les temps et dans toutes les situations. Sous ce rapport, il se montrait plus rigoureux que les tossafistes, qui atténuaient souvent la trop grande sévérité d’une loi talmudique en déclarant, après un examen attentif des raisons qui l’avaient fait adopter, qu’elle n’était plus applicable à leur époque, toute différente des temps antérieurs. Si le code de Maïmonide avait conquis définitivement la suprématie, comme on pouvait le croire d’abord, et éliminé totalement le Talmud des écoles, des administrations religieuses et des tribunaux juifs, il serait devenu funeste, malgré sa valeur considérable, pour le judaïsme rabbinique, parce qu’il l’aurait en quelque sorte pétrifié.

Ce code agit comme un ferment sur le judaïsme ; il était plus qu’un simple livre, il était un véritable événement, fécond en conséquences. Dès son apparition, il fut multiplié par de nombreuses copies et répandu en Arabie, en Palestine, dans l’Orient, en Afrique, en Espagne, dans le midi de la France et en Italie. Dix ans après, l’auteur pouvait dire sans forfanterie que son ouvrage avait pénétré jusqu’aux extrémités du monde habité. On ne se contentait pas de l’étudier, il était respecté comme une nouvelle Bible ou un nouveau Talmud, et considéré comme une des bases de la religion juive. Ce fut surtout en Espagne qu’il produisit une sensation considérable. Avant son apparition en Espagne, dit un contemporain, les Juifs de ce pays trouvaient l’étude du Talmud si difficile qu’ils s’en rapportaient aux rabbins pour toutes les questions traitées dans ce recueil, car ils ne savaient pas se retrouver au milieu de ces longues discussions. Le code de Maïmonide, avec sa langue facile et son ordonnance lumineuse, est accessible à tous et excite l’admiration générale. Jeunes et vieux l’étudient et t’approfondissent. Bien des personnes connaissent maintenant la législation et sont en état de se former une opinion sur les questions en litige et de contrôler les décisions des juges.

Cette impression se reproduisit partout, même en Orient, où se trouvaient pourtant de très savants talmudistes. La vénération pour Maïmonide grandit de jour en jour, on lui prodiguait les épithètes les plus flatteuses, on l’appelait l’Unique de l’époque, le Guide des rabbins, la Lumière d’Israël. Son renom s’étendit depuis l’Espagne jusqu’aux Indes et depuis le Tigre et l’Euphrate jusqu’à l’Arabie méridionale ; il éclipsa toutes les célébrités contemporaines. Les plus savants rabbins se soumettaient avec empressement à son autorité et lui demandaient humblement des conseils ; il était devenu le représentant illustre du judaïsme tout entier.

Il ne manqua rien a la gloire de Maïmonide, pas même les attaques des envieux. Un certain nombre de rabbins, plus ou moins ignorants, qui connaissaient le Talmud par routine et superficiellement et croyaient posséder la science universelle, en voulaient à Maïmonide de leur enlever leurs illusions. Au Caire, il y eut quelques talmudistes assez fanatiques pour refuser même de jeter un regard dans le Mischné Thora, afin qu’il ne fût pas dit qu’ils en avaient tiré quelque profit. D’autres étaient persuadés qu’on ne pouvait apprendre le Talmud, et, par conséquent, devenir talmudiste compétent, qu’à Bagdad. À la tète de ces esprits étroits se trouvait Samuel ibn Ali, de Bagdad, l’orgueilleux gaon toujours entouré d’une troupe d’esclaves, qui n’admettait pas qu’on pût lui être supérieur.

Cependant le Mischné Thora rencontra aussi des adversaires honnêtes et sincères, qui sentaient combien le judaïsme talmudique, tel que le concevait Maïmonide, s’éloignait, sur bien des points, de la tradition, et qui voyaient dans cet ouvrage des hérésies et des dangers pour la religion. Mais les savants seuls pouvaient découvrir, dans ce code, ces éléments étrangers au judaïsme et dangereux pour la foi.

Ce ne fut qu’après un séjour de vingt ans en Égypte que Maïmonide obtint, comme médecin, une situation un peu convenable à la cour de Saladin. Il ne fut pas attaché à la personne même du sultan, parce que celui-ci était constamment tenu éloigné de sa capitale par ses guerres contre les partisans de Noureddin et les chrétiens. Nais il avait conquis l’estime et la sympathie du généreux vizir Alfadhel, le protecteur des sciences, dont un contemporain dit qu’il était tout cœur et toute intelligence. Alfadhel le fit inscrire sur la liste des médecins, lui assura un traitement annuel et le combla de faveurs. Stimulées par l’exemple du vizir, les notabilités du Caire devinrent également les clients de Maïmonide, dont le temps fut bientôt tellement absorbé par sa profession de médecin qu’il dut négliger ses études.

Maïmonide acquit aussi une très grande réputation comme écrivain médical. Il figure parmi les trois personnages illustres en l’honneur desquels le célèbre médecin et théologien musulman Abdellatif se rendit de Bagdad au Caire, pour entrer en relations avec eux. Le poète Alsaïd ibn Sina Almoulk le chanta comme médecin dans des vers extrêmement flatteurs, et sa réputation était telle que le roi d’Angleterre Richard Cœur de Lion, l’âme de la troisième croisade, voulut le nommer son médecin. Maïmonide refusa sa proposition.

Vers 1187, Maïmonide courut un grand danger. Abou-l-Arab ibn Moïscha, ce théologien arabe qui avait sauvé la vie de Maïmonide à Fez, l’accusa, en le retrouvant juif au Caire, d’avoir pratiqué pendant longtemps l’islamisme et voulut le faire condamner comme relaps. C’était pour Maïmonide une question de vie ou de mort. Son protecteur Alfadhel, devant qui il comparut, l’acquitta en déclarant qu’une foi imposée par la violence n’avait aucune valeur et pouvait être abandonnée impunément. Grâce à l’appui de ce même Alfadhel, Maïmonide fut nommé chef (naguid) de toutes les communautés juives de l’Égypte, et cette dignité se transmit dans sa famille de père en fils, jusqu’au XIVe siècle.

Toujours dévoué aux intérêts de ses coreligionnaires, Maïmonide employa son influence en faveur des Juifs du Yémen, pour améliorer leur situation. Il obtint aussi de Saladin, qui venait de reprendre Jérusalem, l’autorisation pour les Juifs de s’établir de nouveau dans la ville sainte. Enfin, il s’efforça de faire confier les emplois publics aux rabbanites plutôt qu’aux caraïtes, dont il parvint, à la grande satisfaction de ses contemporains, à ramener quelques-uns au rabbinisme.

La réputation toujours croissante de Maïmonide excita de plus en plus la jalousie de Samuel ibn Ali, l’obscur chef d’école de Bagdad, qui guettait l’occasion de nuire à la gloire de l’illustre docteur. Lui et ses amis se chuchotèrent d’abord à l’oreille que Maïmonide n’était pas un pratiquant assez sévère ni un partisan sincère du Talmud, puis ils répandirent discrètement ces calomnies. Le terrain ainsi préparé, ils purent exploiter contre Maïmonide l’irritation produite par certaines assertions de disciples trop téméraires.

Il y avait, en effet, à Damas et dans le Yémen, des rabbins qui tiraient des œuvres de Maïmonide des conséquences que lui-même n’aurait certainement pas admises. Comme il avait déclaré avec insistance, et à plusieurs reprises, que l’âme était immortelle et immatérielle dans le monde futur, tandis qu’il avait à peine parlé de la résurrection des corps, ces rabbins en concluaient qu’il n’admettait pas sérieusement cette résurrection, mais que, d’après lui, le corps se décompose et se dissout totalement après la mort, et l’âme seule s’élève jusque dans les régions éthérées. Une pareille doctrine étant contraire au Talmud, on contestait l’orthodoxie de Maïmonide, qu’on accusait de modifier et de fausser certaines opinions talmudiques. Samuel ibn Ali fut soutenu dans ses attaques contre Maïmonide par Mar-Zakaria, talmudiste fanatique d’Alep. À toutes les agressions et à toutes les intrigues, le sage de Fostat n’opposa que la plus dédaigneuse indifférence.

Malgré la guerre que lui faisaient Ibn Ali et ses partisans, malgré les occupations absorbantes que lui imposait sa profession de médecin, Maïmonide parvint à terminer vers 1190 son traité de philosophie religieuse, qu’il intitula Moré Neboukhim ou Guide des Égarés. Cette œuvre a une grande importance non seulement au point de vue particulier du judaïsme, mais aussi pour l’histoire générale de la philosophie du moyen âge. Elle forme le point culminant des travaux de Maïmonide, qui y expose la justification de ses plus intimes convictions. Au premier abord, ce livre si remarquable parait être un recueil de dissertations, écrites par Maïmonide sur diverses questions importantes, pour dissiper les doutes de son élève favori Joseph Almoghrebi, de Fez. Mais en réalité, Maïmonide a composé son Guide pour son propre usage, afin de rendre claire à son esprit la conception philosophique de l’univers et montrer la place qu’y occupe le judaïsme.

Pour Maïmonide, la philosophie d’Aristote, telle qu’elle avait été exposée par le mahométan Ibn Sina, était l’expression de la vérité même, il croyait également avec une conviction absolue à la vérité du judaïsme. D’après lui, cette philosophie et la religion juive ont le même point de départ et conduisent vers le même but : elles admettent toutes les deux un Dieu unique, maître souverain de la création, et elles placent la perfection humaine dans la connaissance de soi-même. Or, si la vérité que l’homme découvre à l’aide de sa raison et la révélation promulguée par Dieu sur le Sinaï se ressemblent dans leur origine et leur fin, elles doivent nécessairement se ressembler aussi dans toutes leurs parties et arriver par des voies différentes à un résultat identique. Il est impossible que la philosophie et la religion se contredisent, car elles émanent toutes les deux de l’esprit divin. La vérité révélée par Dieu est forcément d’accord avec celle qui a sa source dans la raison, donnée elle-même par Dieu, et, de même, toutes les vérités que nous fait connaître la raison doivent se retrouver dans la révélation, c’est-à-dire dans le judaïsme.

Maïmonide a emprunté à Aristote sa conception de l’univers, il admet, comme lui, que la création se compose d’une série d’êtres de différents degrés et que les sphères pures sont mises en mouvement par l’effet de leur aspiration vers Dieu, et produisent ainsi les évolutions du monde sublunaire. Mais il a, en quelque sorte, rajeuni ce système en y rattachant des conceptions originales sur l’homme et sa destinée. Dieu, dit-il, étant la perfection et la souveraine bonté, ne peut avoir créé qu’un monde essentiellement bon. Le mal qui existe dans ce monde ne doit donc pas être considéré comme créé par Dieu, il n’est que l’absence du bien. Il provient du fait que la matière trop grossière est souvent réfractaire au bien. On peut triompher du mal. L’homme est, en effet, un composé de matière grossière et d’une substance plus pure, qui est l’âme. Or, Dieu a doué l’âme de la faculté et du désir de s’instruire. Si l’homme suit ce penchant, il parvient à comprendre l’harmonie du monde et l’action de Dieu sur la création, il devient capable de triompher des barrières que lui oppose la matière et de monter au rang d’ange. C’est en s’élevant aux conceptions les plus nobles et en acquérant la pureté des mœurs que l’homme devient esprit, dépasse les êtres terrestres. conquiert l’immortalité et s’unit à l’Esprit universel du monde. Cette faculté que possède l’homme de s’élever aux degrés supérieurs est la conséquence de son libre arbitre.

Mais en même temps qu’il conquiert l’immortalité, l’homme, par son activité intellectuelle et morale, peut également attirer sur lui l’attention spéciale de la Providence divine. Car cette Providence n’étend sa protection que sur ce qui est durable et permanent dans le monde des quatre éléments ; elle veille sur la conservation des espèces, qui, par leur forme et leur but final, sont de nature spirituelle. Donc, si l’homme, triomphant de la matière, s’élève au rang d’esprit, la protection divine lui est nécessairement acquise. Mais, de même que par la pureté de sa vie et le développement de son intelligence l’homme peut acquérir la récompense glorieuse de l’immortalité, de même il s’attirera le plus sévère châtiment s’il étouffe la lumière de l’esprit sous le péché et les appétits de la matière.

L’homme peut atteindre un résultat encore plus important. Si, par ses pensées et ses actes, il s’élève vers Dieu, il peut acquérir le don de la prophétie. Pour devenir prophète, il faut avoir une imagination féconde et toujours en éveil, et, de plus, être favorisé de l’inspiration divine. La faculté prophétique se manifeste surtout dans l’état de rêve, quand les sens se reposent et que l’esprit, dégagé en quelque sorte de la matière, est plus accessible à l’influence d’en haut. Toutes les visions des prophètes se sont produites dans une sorte de rêve. Les faits et gestes des prophètes rapportés par la Bible ne sont pas des actes réels, extérieurs, mais des perceptions intimes de l’âme ; ils n’ont jamais existé que dans l’imagination. C’est ce qui explique bien des récits merveilleux de la Bible et bien des paroles étonnantes des prophètes. Non pas que les miracles ne soient pas possibles, car Dieu, qui a créé les lois de la nature, peut aussi les suspendre en partie, mais il ne le fait que momentanément et remet bien vite tout en ordre, comme lorsqu’il a changé, pour un temps très court, l’eau du Nil en sang et fendu les flots de la mer Rouge. Encore faut-il limiter autant que possible le nombre des miracles dans la Bible. Du reste, ce n’est pas par les miracles, mais par l’accomplissement des prédictions que s’affirme la réalité de la mission des prophètes.

Le plus parfait des prophètes fut Moïse, cet homme divin qui donna au monde une loi si féconde. Ses prophéties se distinguent en quatre points des visions des autres prophètes. Il a atteint ce degré élevé, parce que son bine avait su se détacher des liens terrestres et se rendre indépendant même de l’imagination, et qu’il s’était élevé au rang des anges ou des esprits purs. Arrivé à un degré que nul mortel n’avait atteint avant lui, il a pu déchirer tous les voiles qui, d’ordinaire, dérobent la vérité à la raison humaine, pénétrer jusqu’à l’essence même de la vérité, contempler directement la divinité et connaître sa volonté. Les vérités qu’il a connues ainsi dans sa communication directe avec l’Être suprême, il les a enseignées à son peuple. C’est la Révélation, c’est la Thora.

Cette loi, ainsi révélée, est unique comme l’intermédiaire qui l’a fait connaître à l’humanité ; elle est parfaite et ne pourra jamais être abrogée ni remplacée.

Le caractère divin de la Thora se manifeste non seulement par son origine, mais aussi par son contenu. À côté de lois et de prescriptions, elle renferme des enseignements (dogmes) sur les questions les plus importantes et se distingue ainsi, par suite de ce double caractère, de toutes les autres législations et religions. Bien plus, les lois de la Thora ont toutes un but élevé, de sorte qu’aucune n’en est superflue, ni indifférente, ni arbitraire. On peut donc dire que la Révélation donne satisfaction à l’âme et assure le bien-être du corps, car elle nous fournit des notions exactes sur Dieu et son action sur l’univers, et elle nous apprend à être purs et vertueux.

Pour les penseurs du temps, l’œuvre de Maïmonide devint réellement le Guide des égarés. Car, à cette époque, tous pensaient en disciples d’Aristote et sentaient en juifs, et comme il existait un abîme entre leurs opinions philosophiques et leurs sentiments religieux, ils accueillirent avec une profonde satisfaction le livre qui conciliait pour eux la philosophie et la religion. Expliqués par Maïmonide, bien des passages de la Bible et du Talmud qui, auparavant, leur avaient paru étranges ou au moins insignifiants, prirent â leurs yeux une grande valeur et un sens profond. L’influence du Moré fut surtout très grande sur la postérité. Le judaïsme, tel que l’exposait Maïmonide, n’était plus un système étrange et appartenant au passé, une religion déjà morte et réduite à des pratiques toutes mécaniques, mais une vérité vivante et vivifiante, une doctrine ayant son caractère propre et en accord parfait avec la raison.

Les penseurs juifs des temps ultérieurs se rattachent tous à Maïmonide ; c’est dans le Guide qu’ils vont puiser toutes leurs inspirations, parfois pour renchérir sur le maître, parfois aussi pour le combattre. Et comme, en définitive, ce sont les penseurs qui façonnent la foule et lui impriment la direction, on peut dire que Maïmonide a revivifié et rajeuni le judaïsme. Son œuvre eut un tel retentissement qu’elle fit oublier tous les travaux analogues publiés avant lui, depuis l’ouvrage de Saadia jusqu’à celui de Juda Hallévi.

Comme le Guide était écrit en arabe, son influence s’étendit bien au delà des milieux juifs. Car, quoique Maïmonide l’eut seulement destiné à ses coreligionnaires et eût prescrit de le copier en caractères hébreux, pour qu’il restât inaccessible aux mahométans et n’occasionnât aucun ennui aux Juifs, il fut répandu parmi les Arabes encore du vivant de l’auteur. Un musulman y ajouta même une préface pour renforcer les arguments produits par Maïmonide en faveur de l’existence de Dieu. Ce fut aussi dans le Guide que les principaux créateurs de la scolastique chrétienne apprirent à résoudre les contradictions entre la foi et la philosophie.

Le système de Maïmonide présente cependant bien des points faibles. Imbu de la philosophie d’Aristote, telle qu’elle était connue de son temps, Maïmonide introduit dans le judaïsme des éléments étrangers et incompatibles avec cette religion. Au lieu du Dieu de la Révélation, qui veille sur l’humanité, sur Israël et sur chaque individu en particulier, il suppose un être métaphysique qui, dans sa froide sublimité et son isolement, ne se préoccupe nullement de ses créatures et possède à peine une personnalité et une volonté. Comme il ne voit pas dans la Révélation une communication faite par Dieu à son peuple, il est obligé de faire de Moïse un demi-dieu, bien au-dessus de l’humanité. Son idéal de l’homme mieux est placé à une telle hauteur que quelques penseurs d’élite peuvent seuls le réaliser. Selon lui, il ne suffit pas, pour plaire à Dieu, d’avoir des mœurs honnêtes et des sentiments religieux, il faut encore pouvoir s’élever à certaines conceptions philosophiques. Il y aura donc, d’après lui, peu d’âmes capables d’arriver à l’immortalité et d’attirer sur elles l’attention particulière de la Providence, et, par conséquent, le nombre des élus sera excessivement petit. Enfin, le désir de mettre d’accord certains versets de la Bible avec les principes de la philosophie aristotélicienne le contraint à fausser le sens des textes.

Beaucoup de ses contemporains, et même son élève favori Joseph Moghrebi, comprirent que son système ne concordait pas tout à fait avec le vrai judaïsme. Son opinion relative à la résurrection rendait surtout ce désaccord sensible. Maïmonide admettait la croyance à la résurrection, mais il n’en avait parlé qu’incidemment ; ce qui lui fut reproché de bien des côtés. Aussi fut-il obligé de publier un traité spécial sur la résurrection (1191). Il admet, dit-il dans cet opuscule, la résurrection des corps, mais elle n’aura lieu, selon lui, qu’à l’aide d’un miracle, compatible, du reste, avec l’idée d’un univers qui a été créé à un certain moment. Il se plaint, dans ce petit traité, de n’avoir pas été compris et d’être obligé de se justifier devant des sots et des femmes ; il s’y exprime, du reste, avec une certaine amertume, qui contraste avec le ton calme de ses autres ouvrages.

Le Guide produisit une grande sensation parmi les savants mahométans, mais cette œuvre fut généralement blâmée, à cause des attaques qu’elle contient contre l’islamisme et la philosophie d’alors, et aussi pour ses idées trop hardies. Abdellatif, le représentant de l’orthodoxie mahométane parmi les musulmans de l’Orient, celui-là même qui s’était rendu en Égypte pour faire la connaissance de Maïmonide (en l’année 1192), exprima son estime pour l’auteur, mais condamna l’œuvre. Voici ce qu’il dit : Moïse, fils de Maïmoun, est venu me voir ; j’ai reconnu en lui un homme de très grand mérite, mais dominé par le désir d’occuper le premier rang et de plaire aux puissants. À côté d’ouvrages de médecine, il a également composé pour les Juifs un livre de philosophie, que j’ai lu. À mon avis, c’est un mauvais livre, qui menace d’ébranler les fondements de la religion par les arguments mêmes qui semblent destinés à les consolider.

Nulle part, les idées de Maïmonide ne trouvèrent un sol aussi favorable et ne furent accueillies avec autant d’empressement que dans les communautés juives du midi de la France. L’aisance des habitants, les franchises municipales et la lutte des Albigeois contre l’Église avaient éveillé l’esprit de critique dans cette région, où, auparavant, Ibn Ezra, les Tibbonides et les Kimhides avaient introduit les éléments de la civilisation juive. Impuissants à concilier par eux-mêmes le judaïsme avec les résultats de la science, les savants de cette contrée étudiaient avec ardeur les travaux de Maïmonide, où ils trouvaient la solution tant désirée, et qui se distinguaient par leur clarté et leur profondeur. Savants laïques et talmudistes s’éprirent du même enthousiasme pour Maïmonide et manifestèrent leur admiration pour ce grand philosophe. Depuis la mort des derniers docteurs du Talmud, disait-on en Provence, il ne s’est pas rencontré une telle personnalité en Israël. — Dieu a créé cet homme, disait-on encore, pour réveiller son peuple de la torpeur qui commençait à l’engourdir. Et le poète Harizi écrivit sur lui ces vers hyperboliques :

Tu es un ange du ciel
Créé à l’image de Dieu,
Quoique tu aies un visage humain.

Plusieurs communautés et notabilités de Provence le consultèrent sur toutes sortes de questions, et les savants de Lunel, présidés par Jonathan Kohen, lui écrivirent pour lui demander de leur envoyer le Guide. Maïmonide ne put répondre que quelques années plus tard à leur lettre si flatteuse, une grave maladie l’avait retenu au lit pendant une année entière et avait encore diminué ses forces, déjà bien affaiblies par l’âge et ses nombreuses occupations. En même temps, il fut troublé dans sa sécurité, à la mort de Saladin, son protecteur, par les rivalités qui éclatèrent entre les fils et le frère du défunt, et qui amenèrent de graves désordres en Égypte.

À la fin, l’aîné des fils de Saladin, nommé Alafdal, put occuper sans contestation le trône de son père (1200), et il attacha Maïmonide comme médecin à sa personne. Épuisé par une vie d’excès et de débauche, ce prince pria Maïmonide de l’aider de ses conseils pour lui faire recouvrer les forces et la santé. Maïmonide composa à son usage un recueil de règles hygiéniques, ou il avait le courage de l’avertir que, pour fortifier le corps, il est nécessaire d’affermir l’âme et de la préserver de toute pensée impure.

Samuel ibn Tibbon, le principal représentant de la culture juive en Provence, écrivit à Maïmonide qu’il avait entrepris de traduire le Guide de l’arabe en hébreu, et qu’il serait heureux de pouvoir aller le voir. Maïmonide accueillit cette communication avec une joie profonde, car il désirait depuis longtemps voir traduire en hébreu ses ouvrages arabes.

Dans la réponse qu’il adressa à la communauté de Lunel, Maïmonide l’engagea ainsi que les autres Juifs de Provence à étudier le Talmud : Vous, habitants de Lunel, et Juifs des villes voisines, vous seuls tenez encore d’une main ferme le drapeau de la Thora. Vous étudiez le Talmud et êtes des savants. En Orient, l’activité intellectuelle des Juifs est nulle. Dans toute la Syrie, la ville d’Alep seule renferme quelques personnes qui se consacrent à l’étude du Talmud et aux sciences, mais sans ardeur. Dans l’Irak un ne trouve que deux ou trois raisins (des hommes intelligents). Les Juifs du Yémen et du reste de l’Arabie savent peu de choses du Talmud, ils ne s’intéressent qu’à l’Aggada. Quant au Maghreb, vous savez combien les Juifs y sont malheureux ! Vous êtes donc les seuls soutiens de la Loi ; soyez forts et courageux. Maïmonide pressentait que le judaïsme scientifique trouverait ses principaux représentants dans la Provence.

Maïmonide était déjà fort affaibli quand il écrivit à la communauté de Lunel. Il mourut à l’âge de soixante-dix ans (20 Tébet = 13 déc. 1204), et fut pleuré dans les communautés de tous les pays. À Fostat, juifs et musulmans observèrent un deuil public de trois jours ; la communauté de Jérusalem organisa une cérémonie funèbre et décréta un jeûne général. On transporta ses dépouilles mortelles à Tibériade. La légende raconte que des Bédouins attaquèrent ceux qui suivaient le convoi funèbre, mais que, n’ayant pas pu faire bouger le cercueil de place, ils se joignirent au convoi et accompagnèrent le corps jusqu’au lieu de sépulture.

Maïmonide ne laissa qu’un fils, Aboulmeni Abraham, qui hérita de ses fonctions de médecin auprès du khalife et de sa dignité de chef religieux des communautés d’Égypte. Ses descendants se perpétuèrent jusqu’au XVe siècle et se distinguèrent par leur piété et leur savoir talmudique. Voici l’épitaphe gravée par un inconnu sur son tombeau

Ici repose un homme qui était plus qu’un homme.
Si tu étais un homme, alors des êtres divins
Avaient protégé spécialement ta mère.
Plus tard, cette inscription fut remplacée par la suivante :
Ici repose Moïse Maïmoun, hérétique et excommunié.

Le contraste de ces deux inscriptions est l’image du violent antagonisme qui éclata parmi les Juifs, après la mort de Maïmonide, et les divisa en deux camps opposés.