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Histoire et chronologie du Nécronomicon/version annotée

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History and Chronology of the Necronomicon - 1927
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Titre original Al Azif[1] — azif étant le mot utilisé par les Arabes pour désigner ce bruit nocturne (fait par les insectes) que l’on suppose être le mugissement de démons[2].

Composé par Abdul Alhazred[3], un poète fou de Sanaá, au Yémen, dont on dit qu’il fleurissait à l’époque des califes Omeyyades, vers 700 ap. J.C. Il visita les ruines de Babylone et les souterrains secrets de Memphis, et passa dix ans seul dans le grand désert au sud de l’Arabie – le Rub al-Khali ou « Espace Vide »[4] des anciens arabes – et le désert « Dahna » ou « Cramoisi[5] » des arabes modernes[6], que l’on croit peuplé d’esprits protecteurs maléfiques[7] et de monstres de mort. Sur ce désert, bien des merveilles étranges et incroyables sont racontées par ceux qui prétendent y avoir pénétré[8]. Dans ses dernières années, Alhazred vécut à Damas, où le Nécronomicon (Al Azif) a été écrit, et sur sa mort définitive ou sa disparition (738 ap. J.C.), bien des choses épouvantables et contradictoires ont été racontées. Ibn Khallikan (biographe du XIIeme siècle) dit qu’il fut saisi en plein jour par un monstre invisible et horriblement dévoré devant un grand nombre de témoins glacés d’effroi. Sur sa folie, on raconte beaucoup de choses. Il prétendait avoir vu la fabuleuse Irem, la Cité des Piliers[9], et avoir trouvé sous les ruines d’une certaine ville sans nom du désert[10] les annales bouleversantes et les secrets d’une race plus vieille que l’humanité. Il fut un musulman peu fervent et vénérait des entités inconnues qu’il appelait Yog-Sothoth et Cthulhu.

En 950 ap. J.C., l’Azif, qui avait atteint une diffusion considérable, bien que clandestine, parmi les philosophes de ce temps, fut traduit secrètement en grec par Théodore Philétas de Constantinople[11], sous le titre de Nécronomicon[12]. Pendant un siècle, il poussa certains expérimentateurs à d’épouvantables essais, quand il fut interdit et brulé par le patriarche Michel. Après cela, on n’en entend plus parler que furtivement, mais Olaus Wormius (1228[13]) fit une traduction latine au bas Moyen-Âge, et le texte latin fut imprimé deux fois – au XVeme siècle en lettres gothiques (à l’évidence en Allemagne), et au XVIIeme siècle (probabl. Espagne) – ces deux éditions étant dépourvues de signes d’identification et n’étant localisées dans le temps et l’espace que par des preuves typographiques internes. L’œuvre, en latin comme en grec, fut interdite par le pape Grégoire IX en 1232, peu après la traduction latine qui attira l’attention sur elle. L’original arabe était perdu dès le temps de Wormius, comme l’indique sa note liminaire ; et nulle apparition de la copie grecque – qui fut imprimée en Italie entre 1500 et 1550 – n’a été signalée depuis l’incendie de la bibliothèque d’un certain homme de Salem en 1692. Une traduction anglaise, faite par le Dr. Dee, ne fut jamais imprimée et n’existe qu’à l’état de fragments récupérés à partir du manuscrit original. Sur les textes latins qui existent aujourd’hui, on sait que l’un (XVeme siècle) est sous clefs au British Museum, tandis que l’autre (XVIIeme siècle) est à la Bibliothèque Nationale à Paris. Une édition du XVIIeme siècle est à la bibliothèque Widener de Havard, et une à la bibliothèque de l’Université de Miskatonic d’Arkham. Également à la bibliothèque de l’Université de Buenos Aires. Il existe probablement de nombreuses autres copies secrètes et, selon une rumeur persistante, une copie du XVeme siècle fait partie de la collection d’un célèbre millionnaire américain. Une rumeur encore plus vague accrédite la préservation d’un texte grec du XVIeme siècle dans la famille Pickman de Salem ; mais s’il a été préservé, il s’est volatilisé avec l’artiste R. U. Pickman qui a disparu au début de l’année 1926[14]. Le livre est rigoureusement interdit par les autorités de la plupart des pays et par toutes les branches ecclésiastiques organisées. Sa lecture conduit à d’épouvantables conséquences. C’est de rumeurs sur ce livre (dont relativement peu de personnes ont connaissance dans le grand public) que Robert W. Chambers aurait tiré l’idée de son roman The King in Yellow.


  1. Également Kitab al Azif.
  2. The Hans Wehr Dictionary of Modern Written Arabic traduit `Azīf par sifflement du vent, son ou bruit étrange.
  3. Pseudonyme que Lovecraft inventa dans sa jeunesse.
  4. Lovecratf dit : « Empty Space » ; on traduit aujourd'hui par Empty Quarter (Quart Vide).
  5. Nom officiel en français inconnu.
  6. Le désert Ad-Dahna est en fait une partie du désert d'Arabie.
  7. Des Jinn qui ont donc choisit le mal.
  8. Ce désert est l'un des lieux les plus inhospitaliers de la Terre. En 1927, à l'époque de ce texte, aucun occidental n'y a encore été.
  9. Cité longtemps légendaire dont les ruines ont été découvertes à la fin du XXeme siècle.
  10. Voir La Cité sans nom, 1921.
  11. Personnage fictif.
  12. Terme dont l'étymologie est fantaisiste. Lovecraft le traduit : « Image de la loi des morts » (Selected Letters V, 418).
  13. La chronologie est erronée, puisque Wormius a vécu au XVIIeme siècle.
  14. Voir la nouvelle Le Modèle de Pickman publiée en 1926.