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Histoire littéraire des femmes françoises/1/12

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Par une Société de Gens de Lettres
Chez Lacombe (Volume 1p. 248-270).

LETTRE XII.

Penſées diverſes.Ne voulant point interrompre la marche des Romans de Cyrus, de Clélie & d’Almahide, j’ai réſervé, Madame, pour une autre lettre quelques penſées, quelques traits de morale, répandus dans le cours de ces hiſtoires, & quelques portraits où l’on reconnoît pluſieurs perſonnages célebres de la Cour de Louis le Grand. Je commence par les penſées. ⠀

» L’amour eſt une paſſion qui ne s’amuſe pas à délibérer ſur les choſes qui doivent la ſatisfaire.

» L’amour eſt accoutumé de faire des muets de ceux qui parlent le mieux.

» Ôtez l’inquiétude & le myſtere à l’amour, vous lui ôtez tout ce qui donne de l’eſprit à un Amant. La raiſon toute ſeule ne peut jamais faire naître l’amour ; mais l’amour que la raiſon autoriſe, eſt mille fois plus fort que celui que la raiſon combat ; & pour aimer fortement, il faut que celui qui aime, puiſſe dire qu’il auroit dû choiſir ce qu’il a aimé ſans choix.

» L’amour ne peut jamais cauſer de plaiſirs tranquilles ; & ſoit qu’il donne de la joie ou de la douleur, ce n’eſt jamais qu’en tumulte, avec agitation & en déſordre.

» Les Amans ſervent plus volontiers leurs amis amoureux que les autres.

» L’amour & la douleur joints enſemble, ſont deux ſources inépuiſables de penſées. Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/274 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/275 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/276 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/277 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/278 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/279 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/280 ſçavoir éviter juſqu’à l’apparence de l’Art. Peut-être que tant de Romans ingénieux & intéreſ ſans que notre nation a produits depuis un demi ſiécle, nous ſont aujourd’hui regarder ceux de Mademoiſelle de Scudéri, comme des productions inſipides, peu capables de nous amuſer. Il eſt certain que la réputation de ſes ouvrages autrefois ſi eſtimés, a beaucoup déchû par l’accroiſſement des lumieres & la perfection du goût. C’eſt envain qu’on voudroit eſſayer de leur donner un air plus moderne ; les vieux Romans rajeunis, dit l’Abbé des Fontaines, ſont encore plus dégoûtans : ils reſſemblent à de vieilles ſemmes ſriſées & parées. Il faut pourtant convenir que ceux de Mademoiſelle de Scudéri, préſentent de grandes avantures, des idées héroïques, des intrigues délicatement nouées, une peinture des paſſions nobles, leurs reſſorts & leurs effets.

Harangues héroïques.Le ſeul parti qu’il y ait à prendre, Madame, pour vous rendre compte d’un autre ouvrage de même Auteur, intitulé, les Femmes Illuſtres, ou les Harangues Héroiques, c’eſt de vous indiquer ſeulement le ſujet de chaque diſcours, & vous laiſſer imaginer ce que peuvent dire ces Héroïnes dans les circonstances où l’Auteur, des place. Quant à l’ouvrage en général, il m’a paru un, recueil d’ampliſications telles que les Profeſſeurs de Rhétorique en propoſent à leurs Écoliers, pour exercer leur imagination & former leur goût & leur ſtile. Si ces différens morceaux étoient écrits en vers, on pourroit les regarder comme autant d’Héroides, à l’imitation de celles d’Ovide, qui dans ces derniers tems ont ſerri de modeles à pluſieurs, de nos jeunes Poëtes. Ils Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/282 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/283 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/284 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/285 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/286 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/289 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/290 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/291 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/292 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/293 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/294

Tels ſont, Madame, les ſujets dont Mademoiſelle de Scudéri a fait autant de harangues, & qu’un Poëte pourroit changer en autant d’Héroïdes. J’ai lu tous ces diſcours avec attention, pour vous éviter la peine de les lire vous même. La plupart manquent d’ame, de chaleur & de graces ; défauts eſſentiels dans des ouvrages de pur agrément.

Je ſuis, &c.