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Histoire littéraire des femmes françoises/1/13

La bibliothèque libre.
Par une Société de Gens de Lettres
Chez Lacombe (Volume 1p. 271-286).

LETTRE XIII.

JE finirai, Madame, le long article de MlleCélinte. de Scudéri par l’Hiſtoire de Célinte, qui peut être regardée comme un des plus ingénieux Romans de cet Auteur. Il a ſur les autres un mérite particulier, c’eſt d’être fort court, & de renfermer dans un ſeul volume, & ſous le titre de Nouvelle, des ſituations intéreſſantes ; des ſcenes variées, des peintures agréables. On ne laiſſe pas d’y trouver encore des longueurs ; mais c’étoit dans ce tems-là une ſorte d’eſprit à la mode, de ne point parler des effets ſans remonter à leurs cauſes, de ne citer aucun fait ſans en détailler les circonſtances, de ne traiter l’amour qu’en cérémonie, de ne rien dire enfin, ſans préambule ſans diſcours préliminaire. Voilà, Madame, la véritable raiſon de cette fatiguante prolixité qui caractériſe preſque tous nos anciens Romans, & en particulier ceux de Mademoiſelle de Scudéri. Je ne parle point de ces entretiens éternels, de ces diſſertations faſtidieuſes ſur des choſes purement acceſſoires, & qui font perdre de vue à chaque inſtant l’objet principal. Pour amener l’hiſtoire de Célinte, l’Auteur s’embarraſſe dans un labyrinthe de converſations, au ſujet de la magnifique entrée de l’Infante d’Eſpagne, épouſe de Louis XIV. Delà des réfléxions ſans fin, & une eſpece de Traité de morale ſur la curioſité. Bref, quelqu’un de la compagnie propoſe de faire la lecture d’une Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/297 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/298 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/299 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/300 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/301 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/302 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/304 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/305 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/306 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/307 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/308 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/309 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/310

Madame la Dauphine répondit, qu’il fallois faire la queſtion à M. le Dauphin. M. de Montauſier le lendemain, en tirant les rideaux du lit de Monſeigneur, lui dit : Je viens demander la réponſe des vers de Mademoiſelle de Scudéri.

Il y a quelque tems, dit Ménage, que M. Duperrier me fit voir une Lettre très-bien écrite, qui finiſſoit par Votre très-humble, très-obeiſſante ſervante. Je lui dis que cela ne valoit rien, & que ce n’étoit point le ſtyle d’une Dame. Il ſoutint le contraire. Le lendemain je reçus un billet de Mlle de Scudéry, qui finiſſoit de la même maniere. Cela me ſurprie, & je ſis voir le billet à M, Duperrier, qui alla faire part à Mille de Scudéri de notre différend. Il eſt vrai, dit-elle, qu’on n’écrivoit pas ainſi autrefois : mais auſſi les femmes ne doivent-elles plus être ſi fieres, depuis qu’elles ne ſont plus ſi vertueuſes.

Mlle de Scudéry cauſoit familierement dans une antichambre avec des laquais. Comme on parut ſurpris de la voir s’abaiſer juſques-là : laiſſez-moi, dit-elle, j’aime à cauſer avec eux ; quand ils ne ſont que laquais, ils ſont doux & traitables : mais dès qu’ils quittent leur condition, & qu’ils s’élevent à quelque rang diſtingué, ils ont une ſotte fierté qui les rend inſupportables.

Delpréaux appelloit les Romans de Mlle de Scudéri, une boutique de verbiage. « C’est un Auteur, diſoit il, qui ne ſçait ce que c’eſt que de finir. Ses Héros n’entrent jamais dans un appartement, que tous les meubles n’en ſoient inventoriés. Vous diriez que c’eſt un Procès-verbal dreſſé par un Sergent. ».

Je ſuis, &c.