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Histoire littéraire des femmes françoises/1/16

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Par une Société de Gens de Lettres
Chez Lacombe (Volume 1p. 317-334).

LETTRE XVI.

Il nous reſte, Madame, de la célébre Ninon l’Enclos dont je vais vous parler préſentement, quelques 1616. lettres imprimées dans les Œuvres de Saint Evremont. Cette fille avoit de l’eſprit, du goût de la philoſophie, des talens & des liaiſons avec la plupart des beaux eſprits de ſon tems : j’ai donc cru pouvoir lui donner une place dans l’Hiſtoire Littéraire des Femmes Françoiſes ; quoique, ſans doute, elle figureroit beaucoup mieux parmi les femmes galantes. Vous me ſcaurez gré d’emprunter de M. de Voltaire, qui dans ſa jeuneſſe a connu la célebre Ninon, une partie de ce que j’ai à vous dire de cette Courtiſanne bel eſprit.

» Je vous dirai d’abord en HiſtoriographeVie de Ninon l’Enclos. exact, dit M. de Voltaire, que le Cardinal de Richelieu eut les premieres faveurs de Ninon, qui probablement eut les dernieres de ce grand Miniſtre. C’eſt, je crois, la ſeule fois que cette fille célebre ſe donna ſans conſulter ſon goût. Elle avoit alors ſeize à dix-ſept ans. Son pere étoit un Joueur de Luth, nommé Lenclos : ſon inſtrument ne lui fit pas une grande fortune ; mais ſa fille y ſuppléa. Le Cardinal de Richelieu lui donna deux mille livres de rentes viageres, qui étoient quelque choſe dans ce tems-là. Elle ſe livra depuis à une vie un peu libertine ; mais ne fut jamais une Courtiſane publique. Jamais l’intérêt ne lui fit faire la moindre démarche. Les plus grands Seigneurs du Royaume furent Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/343 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/344 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/345 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/346 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/347 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/348 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/349 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/350 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/351 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/352 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/353 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/354 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/355 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/356 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/357 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/358 hait d’un dîner ? L’eſprit a de grands avantages ſur le corps : cependant ce corps fournit ſouvent de petits goûts qui ſe réiterent, & qui ſoulagent l’ame de ſes triſtes réflexions : vous vous êtes ſouvent mocqué de celles que je faiſois ; je les ai toutes bannies : il n’eſt plus tems. Quand on eſt arrivé au dernier période de la vie, il faut ſe contenter du jour où l’on vit : les espérances prochaines, quoique vous en diſiez, valent bien autant que celles qu’on étend plus loin : elles ſont ſûres. Voici une belle morale ; portez-vous bien ; voilà à quoi tout doit aboutir ».

Le ſtyle de ces Lettres eſt naturel & agréable : je regrette toujours que Ninon n’ait point écrit ; nous y perdons d’excellentes choſes : perſonne ne connoiſſoit mieux le monde, & n’étoit plus en état d’en parler.

Je ſuis, &c.