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Histoire littéraire des femmes françoises/1/20

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Par une Société de Gens de Lettres
Chez Lacombe (Volume 1p. 382-402).

LETTRE XX.

Une choſe, Madame, qui doit piquer votre curioſité, c’eſt de voir comment la même main qui a répandu les fleurs de la plaiſanterie, offre encore abondamment les fruits d’une ſageſſe conſommée. Réflexions moralesEcoutez Madame de Sévigné raiſonner ſur la Providence : » Qui m’ôteroit la vue de la Providence, m’ôteroit mon unique bien ; & ſi je croyois qu’il fût en nous de ranger, de déranger, de faire, de ne pas faire, de vouloir une choſe ou une autre, je ne peħſerois pas à trouver un moment de repos : il me faut l’Auteur de l’Univers pour raiſon de tout ce qui arrive ; quand c’eſt à lui qu’il faut m’en prendre, je ne m’en prends plus à perſonne, & je me ſoumets : ce n’eſt pourtant pas ſans douleur, ni triſteſſe ; mon cœur en eſt bleſſé ; mais je ſouffre même ces maux, comme étant dans l’ordre de la Providence. Il faut qu’il y ait une Madame de Sévigné qui aime ſa fille avec une extrême paſſion ; qu’elle en ſoit ſouvent très-éloignée ; & que les ſouffrances les plus ſenſibles qu’elle ait dans cette vie, lui ſoient cauſées par cette chere fille. J’eſpere auſſi que cette Providence diſpoſera les choſes d’une autre maniere, & que nous nous retrouverons, comme nous avons déjà fait. C’eſt ainſi qu’on raiſonne, quand on leve les yeux ; mais ordinairement on s’en prend aux pauvres petites cauſes ſecondes & l’on ſouffre avec bien de Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/408 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/409 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/410 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/411 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/412 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/413 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/414 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/415 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/416 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/417 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/418 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/419 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/420 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/421 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/422 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/423 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/424 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/425 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/426

Il regne dans ce morceau un intérêt ſi vif & ſi naturel, qu’on regrette que Madame de Sévigné n’ait rien dit des autres pieces de Racine. Ce qu’elle écrit des Orateurs célebres du même ſiecle tels que les Maſcaron, les Fléchier, les Bourdaloue, fait autant d’honneur à ſa piété qu’à ſon goût.

» Le Pere Bourdaloue fit un ſermon le jour de Notre-Dame, qui transporta, tout le monde ; il étoit d’une force à faire trembler les courtiſans jamais un Prédicateur Evangélique n’a préché ſi hautement, ni ſi généreuſement les vérités chrétiennes : il étoit question de faire voir que toute Puiſſance doit être ſoumise à la loi, à l’exemple de notre Seigneur qui fut préſenté au Temple & enfin, ma fille, cela fut porté au point de la plus haute perfection ; &c certains endroits furent pouſſés comme les auroit pouſſés l’Apôtre Saint Paul ».

» Nous entendîmes, après-diné, le ſermon du Bourdaloue, qui frappe toujours comme un ſourd, diſant des vérités à bride abbatue, parlant à tort & à travers contre l’Adultere ; ſauve qui peut ; il va toujours ſon chemin ».

Je ſuis &c.