Histoire littéraire des femmes françoises/1/21
LETTRE XXI.
Nous voici, Madame, aux anecdotes & auxAnecdotes & événemens. événemens remarquables recueillis par Madame de Sévigné. Ce ſeroit la matiere de pluſieurs lettres ſi je voulois ne rien omettre de tout ce qui a rapport à l’hiſtoire particuliere & générale de ſon ſiecle : mais j’aime mieux me preſcrire des bornes, & m’en tenir aux événemens les plus curieux, les plus propres à faire connoître le génie brillant de Madame de Sévigné, & ſon talent de raconter.
» La Ducheſſe de la Valiere manda au Roi par le Maréchal de Belle-fond, qu’elle auroit plutôt quitté la Cour, après avoir perdu l’honneur de ſes bonnes graces, ſi elle avoit pu obtenir d’elle de ne le plus voir ; que cette foibleſſe avoit été ſi forte en elle, qu’à peine étoit-elle capable préſentement d’en faire un ſacrifice à Dieu ; qu’elle vouloit pourtant que le reſte de la paſſion qu’elle eue pour lui, ſervit à ſa pénitence, & qu’après lui avoir donné toute ſa jeuneſſe, ce n’étoit pas trop encore du reſte de ſa vie pour le ſoin de ſon ſalut. Le Roi pleura fort, & envoya M. Colbert à Chaillot, la prier inſtamment de venir à Verſailles, & qu’il pût lui parler encore. M. Colbert l’y a conduite ; le Roi a cauſé une heure avec elle, & a fort pleuré. Madame de Monteſpan fut au-devant d’elle les bras ouverts & les larmes aux yeux. Tout cela ne ſe comprend point ; les uns diſent qu’elle demeurera à Verſailles & à la Cour, les autres qu’elle reviendra à Chaillot ; nous verrons »… Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/429 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/430 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/431 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/432 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/433 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/434 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/435 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/436 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/437 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/438 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/439 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/440 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/441 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/442 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/443 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/444 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/445 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/446 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/447 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/448 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/449 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/450 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/451 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/452 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/453 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/454 Je la ſuis auſſi, lui dit-elle. Il me ſemble, reprit Ménage, que ſelon les regles de notre langue, il faudroit dire, je le ſuis. Vous dires comme il vous plaira, ajouta-t-elle, mais pour moi je croirois avoir de la barbe, ſi je diſois autrement ».
Le Préſident de Némond, paſſoit pour un homme fort ennuyeux. Un jour étant allé voir Madame de Sévigné, elle dit, quand on le lui annonça, ce vers de l’Opéra :
N’aimons jamais, ou n’aimons guères.
Je tenois un jour, dit Ménage, une des mains de Madame de Sévigné avec les deux miennes. Lorsqu’elle l’eut retirée, M. Pelletier me dit : voilà le plus bel ouvrage qui ſoit jamais ſorti de vos mains ».
Lorſque Madame de Sévigné eut compté la dot de ſa fille, elle s’écria : » quoi ! ſaut-il tant d’argent pour obliger M. de Grignan à coucher avec ma fille ? Après avoir un peu réfléchi, elle ſe reprit en diſant : il y couchera demain, après demain, toutes les nuits ; ce n’eſt point trop d’argent pour cela.
Madame de Sévigné alla chez le Premier Président de Bellievre pour lui recommander un Procès qu’elle avoit. Elle l’aborda d’un air aiſé, & après bien des révérences, elle lui parla de ſon affaire ; mais comme elle s’apperçut qu’elle s’embarraſſoit dans les termes : » Monſieur, lui dit-elle, je ſçais bien l’air, mais je ne ſçais pas les paroles ».
Je ſuis, &c.