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Histoire littéraire des femmes françoises/1/23

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Par une Société de Gens de Lettres
Chez Lacombe (Volume 1p. 460-484).

LETTRE XXIII.

M. de Voltaire a dit, en parlant de Madame de la Fayette, qu’elle avoit fait les premiers Romans, où l’on vit les mœurs des honnêtes gens, & des avantures naturelles, décrites avec grace ; avant elle on écrivoit, d’un ſtile empoulé, des choſes peu vraisemblables.

Marie Magdeleine Pioche de la Vergne, Comteſſe de la Fayette, née en 1633, étoit fille d’Aymar, Seigneur de la Vergne, Gouverneur du Havre-de-Grace, Maréchal des Camps & Armées du Roi : on la maria en 1653 à François, Comte de la Fayette. Elle fut eſtimée à la Cour, aima les gens de Lettres, & fut en liaiſon avec les plus célébres d’entr’eux tels que Meſſieurs Huet, Segrais, la Fontaine, Ménage, &c. Madame de la Fayette fuyoit les éloges, & cette eſpéce de gloire qu’un Auteur retire de ſes écrits : elle laiſſa même paſſer ſous le nom de Segrais, le Roman de Zaïde : Ségrais n’y a eu d’autre part, que d’avoir contribué à la diſpoſition du Roman. Madame de la Fayette a auſſi compoſé la Princeſſe de Montpenſier & la Princeſſe de Cleves. Ce dernier Ouvrage a été attaqué avec beaucoup d’eſprit, par M. de Trouſſet de Valincourt, qui en fit la critique. M. de Ségrais a auſſi eu quelque part à ces deux Romans.

Dans les derniers tems de ſa vie, Madame de la Fayette s’étoit entierement tournée vers Dieu par une ſolide piété ; c’eſt ce que l’on voit Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/486 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/487 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/488 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/489 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/490 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/491 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/492 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/493 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/494 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/495 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/496 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/497 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/498 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/499 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/500 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/501 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/502 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/503 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/504 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/505 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/506 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/507 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/508 encore à Calais. Anne de Boulen étoit logée chez Henri VIII, avec le train d’une Reine ; & François I. lui fit les mêmes préſens, & lui rendit les mêmes honneurs, que ſi elle l’eut été réellement. Enfin après une paſſion de neuf années, Henri l’épouſa ſans attendre la diſſolution de ſon premier mariage, qu’il demandoit à Rome depuis long-tems. Le Pape prononça les fulminations contre lui avec précipitation ; Henri en fut tellement irrité, qu’il ſe déclara chef de la Religion, & entraîna toute l’Angleterre dans le malheureux changement où nous la voyons.

Anne de Boulen ne jouit pas long-tems de ſa grandeur ; car lorſqu’elle la croyoit plus aſſurée par la mort de Catherine d’Arragon, un jour qu’elle aſſiſtoit avec toute la Cour à des courſes de Bague que faiſoit le Vicomte de Rochefort ſon frere, le Roi en fut frappé d’une telle jalouſie, qu’il quitta bruſquement le ſpectacle s’en vint à Londres, & laiſſa l’ordre d’arrêter la Reine, le Vicomte de Rochefort & pluſieurs autres qu’il croyoit Amans ou Confidens de cette Princeſſe. Quoique cette jalousie parut née dans ce moment, il y avoit déjà quelque tems qu’elle lui avoit été inſpirée par la Vicomteſſe de Rochefort, qui ne pouvant ſouffrir la liaiſon étroite de ſon mari avec la Reine, la fit regarder au Roi comme une amitié criminelle ; enſorte que ce Prince, qui d’ailleurs étoit amoureux de Jeanne de Seimer, ne ſongea qu’à ſe défaire d’Anne de Boulen. En moins de trois ſemaines il fit faire le Procès à cette Reine & à ſon frere, leur fit couper la tête, & épouſa Jeanne Seimer. Il eut enſuite pluſieurs femmes, qu’il répudia ou qu’il fit mourir.

Je ſuis, &c.