Histoire littéraire des femmes françoises/1/25
LETTRE XXV.
Vous aimez les vers, Madame, & vous voulez que je vous parle des femmes qui ſe ſont le plus diſtinguées dans ce genre d’écrire. Les Œuvres de Madame des Houlieres ſe trouvent préciſément ſous mes yeux ; c’eſt par elles que je vais commencer.
1633.… Fille de Melchior du Ligier, Seigneur de la Garde, & Chevalier de l’Ordre du Roi, elle naquit à Paris vers l’an 1633. De la beauté, une taille au-deſſus de la médiocre, des manieres nobles & prévenantes, quelquefois un enjouement plein de vivacité, quelquefois du penchant à cette mélancolie douce, qui n’eſt pas ennemie des plaiſirs, telles étoient les qualités que Madame des Houlieres avoit reçues de la nature. Etant Vie de Madame des Houlieres.très-jeune elle apprit le Latin, l’Italien, l’Eſpagnol ; & ſon inclination pour la poëſie ſe manifeſta de très-bonne heure.
En 1651, elle épouſa Guillaume de la Fon de Bois-Guérin, Seigneur des Houlieres Gentilhomme de Poitou. Le Prince de Condé n’ayant voulu ſe prêter à aucune conciliation, durant les troubles qui arriverent dans la Province de Guyenne, ſe retira avec ſes troupes ſur la frontiere de Champagne ; & M. des Houlieres, qui étoit attaché à ce Prince, fut obligé de l’y rejoindre, & de quitter ſa femme peu de tems après ſon mariage. M. le Prince ayant pris Rocroi le 29 Septembre 1653, au nom du Roi d’Eſpagne, la majorité en fut donnée à M. des Houlieres ; & Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/542 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/543 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/544 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/545 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/546 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/547 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/548 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/549 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/550 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/551 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/552 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/553 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/554 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/555 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/556 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/557 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/558 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/559 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/560 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/561 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/562 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/563 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/564 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/565 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/566 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/567 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/568 les nuits dans l’un des appartemens du Château ; & que depuis bien du tems, perſonne n’oſoit y habiter. Comme elle n’étoit ni ſuperſtitieuſe ni crédule, elle eut la curioſité, quoique groſſe alors, de s’en convaincre par elle-même, & voulut abſolument coucher dans cet appartement. L’aventure étoit aſſez téméraire, & délicate à tenter pour une femme jeune & aimable. Au milieu de la nuit elle entendit ouvrir ſa porte. Elle parla ; mais le ſpectre ne lui répondit rien : il marchoit péſamment & s’avançoit en pouſſant des gémiſſemens. Une table qui étoit aux pieds du lit ſut renverſée ; & ſes rideaux s’entr’ouvrirent avec bruit. Un moment après, le guéridon qui étoit dans la ruelle fut culbuté ; & le phantôme s’approcha de la dame. Elle de ſon côté, peu troublée, allongeoit les deux mains pour ſentir s’il avoit une forme palpable. En tâtonnant ainſi, elle lui ſaiſit les deux oreilles, ſans qu’il y fit aucun obſtacle. Ces oreilles étoient longues & velues, & lui donnoit beaucoup à penſer. Elle n’oſoit retirer une de ſes mains pour toucher le reſte du corps, de peur qu’il ne lui échappât ; & pour ne point perdre le fruit de ſes travaux, elle perſiſta juſqu’à l’aurore dans cette pénible attitude. Enfin au point du jour elle reconnut l’auteur de tant d’allarmes pour un gros chien aſſez pacifique, qui n’aimant point à coucher à l’air, avoit coutume de venir chercher de l’abri dans ce lieu, dont la ſerrure ne fermoit pas.
Je ſuis, &c.