Histoire littéraire des femmes françoises/1/4
LETTRE IV.
Parmi les Françoiſes qui ſe ſont fait un nom Louiſe Labé.dans la république des lettres, celle qui ſuit immédiatement la Reine de Navarre, eſt Louiſe Labé, femme d’un Cordier de Lyon, & appellée pour cette raiſon, la belle Cordiere. Elle réuniſſoit la ſcience & la beauté, les graces du An. 1527corps & les agrémens de l’eſprit ! Elle fut en même tems un exemple de courage & de bravoure militaire ; & les Poëtes du tems ont célébré ſes exploits dans la guerre contre les Eſpa-gnols.
En s’en allant toute armée,
Elle ſembloit parmi l’Armée,
Un Achile ou un Hector.
Vie de Louiſe Labé.La belle Cordiere née à Lyon en 1526 ou 1527, étoit fille d’un nommé Charly, dit Labé, dont on ignore l’état & la fortune. Elle montra de bonne heure d’heureuſes diſpoſitions pour la muſique & pour les langues ſçavantes ; mais ce qu’il y a de plus ſingulier, c’eſt ſon goût pour les exercices militaires. On ne dit pas les motifs qui la déterminerent à ce genre de vie ; on ſçait ſeulement qu’avant ſa ſeizieme année, elle ſe trouva au ſiége de Perpignan, où on l’avoit ſurnommé le Capitaine Loys ; il y a apparence qu’elle y ſuivit ou ſon pere ou ſon Amant.
Dégoûtée des armes par le mauvais ſuccès du ſiége de Perpignan qu’on fut obligé de lever, la belle Lyonnoiſe ſe livra à l’étude, ſans négliger de ſe faire un établiſſement qui lui procurât de la tranquillité & de l’aiſance. Dans cette vue elle épouſa Ennemond Perrin, Marchand fort riche, qui faiſoit un commerce conſidérable de cables & de cordages. On lit à la tête des Œuvres de Louiſe Labé, que ſon mari poſſédoit pluſieurs maiſons dans Lyon, & qu’il occupoit un terrein fort grand, dans lequel étoient placés quatre atteliers, des magazins propres à ſon négoce, un logement commodé ; & un jardin ſpacieux & agréable. Ce jardin avoit une iſſue ſur la place de Belle-Cour ; & ce fut dans la longueur de ce même terrein, que l’on ouvrit une rue qui prit le nom de la Belle Cordiere, qu’elle conſerve encore. Ces détails rendent vraisemblable ce qu’on raconte de ſa fortune, qui lui permit de former une Bibliothéque des meilleurs Auteurs dans tous les genres. Sa Maiſon étoit le rendez-vous de tout ce qu’il y avoit à Lyon de perſonnes de diſtinction, de Savans & de gens d’eſprit. C’étoit une Académie où chacun trouvoit à s’amuſer & à s’inſtruire. La converſation, le chant, les inſtrumens, la lecture, tout étoit employé par la Muſe qui y préſidoit & qui y excelloit. La galanterie n’étoit point exclue de ce docte & agréable lieu ; & la belle Louiſe qui ne vouloit pas que rien manquât à la ſatisfaction générale, ne ſcut jamais refuſer ſes faveurs à ceux qui parurent les déſirer. Ne croyez cependant pas, Madame, que toutes ſortes de perſonnes y eûſſent part ; il falloit être ou hommes de condition ou hommes de Lettres ; & même ceux-ci étoient toujours préférés aux premiers. » Dans la con Société, &c. Ces reproches, de la part d’une Simple Bourgeoiſe, furent regardés comme un crime ; mais voici ce qui acheva de flétrir ſa réputation. La belle Cordiere étoit liée d’une amitié intime avec Clémence de Bourges autre Lyonnoiſe célebre de ſon tems. Louiſe & Clémence, regardées comme les deux Saphos du ſeizième ſiècle, vivoient dans la plus parfaite intelligence. Mêmes goûts, même rapport de caractère & d’humeur, même penchant à l’amour, avec à-peu-près les mêmes charmes pour l’inſpirer. On les citoit comme un exemple d’union ſincere entre deux femmes. La jalouſie rompit ces beaux nœuds. Louiſe Labé trahit ſon amie dans une circonſtance bien ſenſible ; elle lui enleva ſon Amant. Dès-lors elles devinrent ennemies mortelles. Clémence de Bourges qui avoit juſques-là mis ſa gloire à contribuer à celle de ſon amie, & à vanter ſes ouvrages, n’y vit plus que d’horribles défauts, & en fit, ainſi que de ſa perſonne, une critique ſanglante. Sa conduite ne ſur plus à ſes yeux qu’un tiſſa de ſcandales, & ſes vers que l’expreſſion du déréglement. Louiſe ſe conſola par la poſſeſſion de ſa conquête, des invectives de ſa rivale ; elle a même trouvé des Auteurs qui l’ont repréſentée comme un modèle de vertu & de chasteté conjugale ; mais ſes écrits formeront toujours contr’elle des ſoupçons aſſez bien ſondés.
Débat de folie & d’amour. Le meilleur de ſes ouvrages, eſt cette fiction de l'amour, aveuglé par la folie, intitulé Débat de folie & d’amour, dédié à ſon amie, Clémence de Bourges, à qui elle dit que les Loix ſéveres des hommes n’empêchent plus les femmes de s’appliquer aux ſciences ; que celles qui en ont la commodité, doivent employer cette honnête liberté, à s’y livrer, & montrer aux hommes le tort qu’ils leur faiſoient, en les privant du bien & de l’honneur qui leur en pouvoit revenir.
Elle ajoûte en ſon vieux langage : » Ne pouvant de moi-même ſatisfaire au bon vouloir que je porte à notre ſexe, de le voir non en beauté ſeulement mais en ſcience & en vertu, paſſer ou égaler les hommes, je ne puis faire autre choſe, que prier les vertueuſes Dames d’eſlever un peu leurs eſprits par-deſſus leurs quenoilles & fuſeaus, & s’emploier à faire entendre au monde, que ſi nous ne ſommes faites pour commander, ſi ne devons-nous être desdaignées pour compagnes, tant ès affaires domeſtiques que publiques, de ceus qui gouvernent & ſe font obéir. Et outre la réputacion que notre ſexe en recevra, nous aurons valu au publiq, que les hommes mettront plus de peine & d’eſtude aus ſciences vertueuſes, de peur qu’ils n’ayent honte de voir précéder celles, deſquelles ils ont prétendu eſtre tousjours ſupérieurs quaſi en tout. »
Le Débat de folie & d’amour est une espece de drame ou de dialogue diviſé en cinq diſcours. L’Auteur ſuppoſe que Jupiter avoit fait préparer un grand feſtin, auquel tous les Dieux étoient invités : l’amour & la folie arrivent en même tems ſur la porte du Palais où doivent s’aſſembler les convives. La folie voulant entrer la premiere, repouſſe l’amour qui veut paſſer avant elle. Delà naît entr’eux une grande diſpute ſur leurs droits & préſéances. L’amour met la main à ſon arc, & veut décocher une flêche à la folie qui ſoudain ſe rend inviſible, & rend inutile le trait de l’amour. Pour ſe venger elle-même à ſon tour elle arrache les yeux à Cupidon ; & elle lui met un bandeau fait avec tant d’art, qu’il eſt impoſſible de le lui ôter. Venus vient ſe plaindre à Jupiter qui doit être juge de ce differend. L’amour veut plaider ſa cauſe ; mais voici à ce ſujet ce que dit la folie au maître des Dieux. » Pour ce que je crains ne trouuer aucun, qui, de peur d’être appellé fol, ou ami de folie, veuille parler pour moi, je te ſupplie commander à quelqu’un de me prendre en ſa garde & proteccion ».
Les deux Avocats ſont Appollon & Mercure ; le premier plaide pour l’amour, Mercure pour la folie. C’eſt Apollon qui commence. Il repréſente d’abord à Jupiter combien il lui importe de maintenir la ſubordination dans ſon empire, & de punir ſéverement ceux qui s’en écartent. De-là il paſſe aux égards qu’on doit à un Dieu comme l’amour. » Vous ne trouuerez-pas mauvais, dit-il, que je touche en brief de quel honneur & réputacion eſt amour entre les hommes… Combien eſtimez-vous que Promethée ſoit loué là-bas pour l’uſage du feu qu’il inventa. Il le vous déroba, & encourut votre indinacion. Etoit-ce qu’il vous voulut » offenſer ? je crois que non : mais l’amour, qu’il portoit à l’homme, que tu lui baillas Jupiter, commiſſion de faire de terre, & l’aſſembler de toutes pieces ramaſſées des autres animaux, cet amour que l’on porte en général à ſon ſemblable, eſt en telle recommandacion entre les hommes, que le plus ſouvent ſe trouvent entr’eux, qui pour ſauver un pays, leur parent, & garder l’honneur de leur Prince, s’enfermeront dedans lieus peu défenſables, bourgades, colombiers ; & quelqu’aſſurance qu’ils ayent de la mort, n’en veulent ſortir à quelque compoſicion que ce ſoit, pour prolonger la vie à ceus que l’on ne peut aſſaillir que après leur ruine.
» Outre cette afeccion générale, les hommes en ont quelque particuliere l’un enuers l’autre, & laquelle, moyennant qu’elle n’ait point le but de gain ou de plaiſir de ſoy-meſme, n’ayant reſpect à celui que l’on ſe dit aymer, eſt en tel eſtime au monde, que l’on ha remarqué ſongneuſement par tous les ſiecles, ceus qui ſe ſont trouuez excellens en icelle, les ornant de tous les plus honorables titres que les hommes peuuent inuenter ; meſme ont eſtimé cette ſeule vertu, eſtre ſuffiſante pour d’un homme faire un Dieu. Ainſi les Scythes déïfierent Pylade & Oreſte, & leur dreſſerent temples & autels, les apelans les Dieux d’amitié. Mais auant iceux eſtoit amour, qui les avoit liéz & uniz enſemble.
» Raconter l’opinion, qu’ont les hommes des parens d’amour, ne ſeroit hors de propos, pour montrer qu’ils l’eſtiment autant ou plus, que nul autre des Dieus. Mais en ce ne ſont d’un accord, les uns le faiſant ſortir de chaos & de la terre : les autres du ciel & de la nuit : aucuns de diſcorde & de zéphire : autres de Venus la vraye mere, l’honorant par ces anciens peres & meres, & par les effets merueilleus que de tous tems il ha accoutumé montrer. Mais il me ſemble que les Grecs d’un ſeul ſurnom qu’ils t’ont donné, Jupiter, t’apelant amiable, témoignent aſſez que plus ne pouvoient exaucer amour, qu’en te faiſant participant de ſa nature.
» Tel eſt l’honneur que les plus ſauans & plus renomméz des hommes donnent à amour. Le commun populaire lepriſe auſſi & eſtime pour les grandes expériences qu’il voit des commoditez qui proviennent de lui. Celui qui voit que l’homme (quelque vertueus qu’il ſoit) languit en ſa maison, ſans l’amiable compagnie d’une femme, qui fidélement lui diſpenſe ſon bien, lui augmente ſon plaiſir, où le tient en bride doucement, de peur qu’il n’en prenne trop pour ſa ſanté lui ôte les fâcheries & quelquefois les empêche de venir, l’appaiſe, l’adoucit, le traite ſain & malade, le fait auoir deus corps, quatre bras, deus ames, & plus parfaits que les premiers hommes du banquet de Platon, ne confeſſera-il que l’amour conjugale eſt dine de recommandacion, & n’attribuera cette félicité au mariage, mais à l’amour qui l’entretient. Lequel, s’il défaut en cet endroit, vous verrez l’homme forcené, fuir & abandonner ſa Maiſon.
» La femme au contraire ne rit jamais, quand elle n’eſt en amour avec ſon mari. Ilz ne ſont jamais en repos. Quand l’un veut repoſer, l’autre crie. Le bien ſe diſſipe, & vont toutes choſes au rebours, & eſt preuue certeine, que la ſeule amitié fait auoir en mariage le contentement que l’on dit s’y trouver.
» Qui ne dira bien de l’amour fraternelle, ayant veu Caſtor & Pollux, l’un mortel eſtre fait immortel à moitié du don de ſon frere ? Ce n’eſt pas eſtre frere, qui cauſe cet heur, (car peu de freres font de telle ſorte) mais l’amour grande qui eſtoit entre eus. Il ſeroit long à diſcourir, comme Jonathas ſauną la à vie à Dauid : dire l’Hiſtoire de Pithias & Damon : de celui qui quitta ſon eſpouſe à ſor ami la premiere nuit ; & s’enſuit vagabond par le monde. Mais pour montrer quel bien vient d’amitié, j’allégueray le dire d’un grand Roy, lequel ouvrant une grenade, interrogué de quelles choſes il voudroit auoir autant comme il y avoit de grains en la pomme ; reſpondit : de Zopires. C’eltoit ce Zopire, par le moyen duquel il auoit recouuré Babilone. Un Scythe demandant en mariage une fille, & ſommé de bailler ſon bien par déclaration, dit : qu’il n’auoir autre bien que deus amis, s’eſtimant aſſez riche auec telle poſſeſſion, pour oſer demander la fille d’un grand Signeur en mariage : Et pour venir aus femmes, ne ſauua Ariadne la vie à Theſées Hypermneſtre à Lyncée ? Ne ſe ſont trouvées des Armées en danger en païs eſtranges, & ſauuées par l’amitié que quelques Dames portoient aus Capiteines ? Des Rois remiz en leurs principales citez par les intelligences, que leurs amies leur auoient pratiquées ſecretement ? Tant y a des poures Soudars, qui ont eſté eſleuez par leurs amies es Contez, Du chez Royaumes qu’elles poſſédoient.
Certeinement tant de commoditez protis mans : ais hommies par amour, ont bien aydé à l’eſtimer grand. Mais plus que toute choſe l’aſeccion naturelle, que tous auons à aymer, vous le ſaiumeſtever & exalter. Car nous voulons faire paroiſțre, & eſtre eſtimé ; ce à quoi nous nous ſentons enclins. Et qui eſt celui des hommes, qui ne prenne plaiſir, ou d’aymer ou d’eſtre aymé ? Je laiſſe ces myſanthropes & taupes cachées ſous terre, & enſeveliz de leurs bizarries, leſquels auront par moi tout loiſir de n’eſtre point aimez, puiſqu’ils ne leur chaut d’aymer. S’il m’eſtoit licite, je vous les dépeindrois comme je les deſcrire aus hommes de bon eſprit. Et néanmoins il vaut mieus en dire un mot, à fin de connoître combien eſt mal plaiſante & miſérable la vie de ceus, qui ſe font exemptez d’amour : ils diſent que ce ſont gens mornes, ſans eſprit qui n’ont grace aucune à parler, une voix rude, un aller penſif, un viſage de mauvaiſe rencontre, un œil baiſſé, creintifs, avares, impitoyables, ignorans, & n’eſtimans perſonne : lous garous. Quand ils entrent en leur maiſon, ils creingnent que quelqu’un les regarde. Incontinent qu’ils ſont entrez barrent leur porte, ſerrent les feneſtres, mengent ſallement ſans campagnie, la Maiſon mal en ordre : ſe couchent en chapon, le morceau au bec. Et lors à beaus gros bonets gras de deus doits d’eſpais, la comiſole atachée avec eſpingues enrouillées juſques au-deſſous du nombril, grandes chauſſes de laine venans à mycuiſſe, un oreiller bien chaufé & ſentant ſa greſſe fondue : le dormir accompagné de toux, & autres tels excrémens dont ils rempliſſent les courtines. Un leuer peſant, s’il n’y ha quelque argent à receuoir : vieilles chauſſes repetaſſées : ſouliers de païſant : pourpoins de drap fourré. Long ſaye mal attaché devant : la robbe qui pend par derriere iuſques aus eſépaules : plus de fourrures & peliſſes : calottes & larges bonets, couturans les cheueus mal pignez : gens plus fades à voir, qu’un potage ſans ſel à humer. Que vous en ſemble-t-il ? Si tous les hommes eſtoient de cette ſorte, y auroit-il pas peu de plaiſir de viure auec eus ? Combien pluſtot choiſiriez-vous un homme propre, bien en point, & bien parlant, tel qu’il ne s’elt pû faire ſans auoir enuie de plaire à quelqu’un ?…
» Celui qui ne tâche à complaire à perſonne, quelque perfeccion qu’il ait, n’en ha non plus de plaiſir, que celui qui porte une fleur dedans ſa manche. Mais celui qui deſire plaire, inceſſamment penſe à ſon fait : mire & remire la choſe aymée : ſuit les vertus qu’il voit lui eſtre agréables & s’adonne aus complexions contraires à ſoy-meſme, comme celuy qui porte le bouquet en main, donne certein jugement de quelle fleur vient l’odeur & ſenteur qui plus lui eſt agréable…
» Après que l’Amant ha compoſé ſon corps & complexion à contenter l’eſprit de : l’aymée, il donne ordre que tout ce qu’elle verra ſur lui, ou lui donnera plaiſir, ou pour le moins elle n’y trouvera à ſe fâcher. De-là ha ù ſource la plaiſante invancion des habits nouueaus. Car on ne ueut jamais venir à ennui & laſſeré, qui prouient de voir tousjours une meſme choſe. L’homme a tousjours meſme corps, meſme teſte, meſmes bras, jambes & piez : mais il les diuerſifie de tant de ſortes, qu’il ſemble tous les jours eſtre renouuelé. Chemiſes parfumées de mille & mille ſortes d’ouvrages : bonnet à la ſaiſon, pourpoint, chauſſes jointes Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/108 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/109 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/110 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/111 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/112 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/113 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/114 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/115 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/116 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/117 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/118 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/119 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/120 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/122 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/125 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/126 amour, & le conduira partout où bon luy ſemblera, & ſur la reſtitucion de ſes yeus, après en auoir parlé aus Parques en ſera ordonné. »
Cette ingénieuſe fiction eſt ſans contredit le meilleur ouvrage de Louiſe Labé. Depuis on a tourné cette ſable en mille manieres ; pluſieurs Poétes ont voulu ſe l’approprier ; mais l’invention qui en eſt le principal mérite, eſt dûé à la belle Cordiere. La Fontaine y a vraiſemblablement pris l’idée de ſa Fable, intitulée l’Amour & la Folie. Les autres Pieces qui compoſent le recueil des Œuvres de Louiſe Labé, ſont des Élégies & quelques Sonnets, parmi leſquels je ne trouve rien d’aſſez remarquable, pour en groſſir cette Lettre.
Je peux bien en dire autant des poéſies de Clémence de Bourges, & d’une autre Lyonnoiſe Pernette du Guillet.qui vivoit dans le même tems. Pernette du Guillet, uniſſoit la vertu avec les talens, & la connoiſſance des langues avec l’art des vers. Elle jouoit très-bien de pluſieurs ſortes d’inſtrumens & écrivoit en Eſpagnol, en Italien & en Latin, preſqu’auſſi bien que dans ſa Langue naturelle. Ses ouvrages ſont dédiés aux Dames Lyonnoiſes : c’eſt ainsi que de nos jours, une Muſe françoiſe, (Madame du Bocage) a dédié une Tragédie au Beau Sexe. Comme Pernette, elle joint les graces aux talens, & parle les Langues étrangeres comme la ſienne propre.
Clémence de Bourges.Clémence de Bourges dont j’ai parlé ci-deſſus, étoit d’une famille connue & diſtinguée à Lyon. Elle joignoit la vertu aux graces de ſon ſexe ; & elle couronna ſa jeuneſſe & ſa vie par un exemple de conſtance & d’amour plus admiré qu’imité. Elle étoit promiſe à Jean du Peyra, Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/128 avec une traduction des poëmes latins de Flaminius ; Marie de BrameMarie de Brame, Demoiſelle du Bourbonnois, Auteur de quelques poëſies ; Marie de Marie de RomieuRomieu, d’une famille noble du Vivarais, dont il reſte des inſtructions pour les jeunes Dames, & un diſcours pour prouver l’excellence de la Marſeille d’Altouvitisefemme ſur celle de l’homme ; Marſeille d’Altouvitis, originaire de Florence, & née à Marſeille dont elle avoit pris le nom, parce que cette Ville l’avoit tenue ſur les fonds de baptême.
Je ſuis, &c.