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Histoire littéraire des femmes françoises/1/5

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Par une Société de Gens de Lettres
Chez Lacombe (Volume 1p. 105-124).

LETTRE V.

Voici encore une Marguerite de Valois, 1552. une Reine de Navarre, célébre par ſa naiſſanceVie de Marguerite de Valois ſa beauté, ſon eſprit, ſes amours, ſon mérite littéraire & ſon attachement à la religion catholique. Elle nous a laiſſé des mémoires qui ne ſont autre choſe que le récit de ſa vie. » C’eſt,Ses Mémoires. dit Bayle, un ouvrage qui mérire d’être lû, & qui contient des choſes’aſſez ſingulieres. Il ſeroit à ſouhaiter qu’il s’étendît juſques aux dernieres années de la vie de l’auteur : on y trouve beaucoup de péchés d’omiſſion ; mais pouvoit-on eſpèrer que la Reine Marguerite y avoueroit des choſes qui euſſent pû la flétrir. On réſerve ces aveux pour le tribunal de la conſeſſion ; on ne les deſtine pas à l’hiſtoire ».

Il ne faut donc pas s’étonner de ne voir dans ſes mémoires aucune ombre de ſes galanteries. ” Je fis, dit-elle, toute la réſiſtance poſſible, pour conſerver ma religion du tems du colloque de Poiſſi, où toute la Cour étoit infectée d’héréſie, aux perſuaſions impérieuſes de pluſieurs Dames & Seigneurs, & même de mon frere d’Anjou, depuis Roi de France, de qui l’enfance n’avoit pu éviter l’impreſſion de la malheureuſe Huguenoterie, qui ſans ceſſe me crioit de changer de religion, jettant ſouvent mes Heures dans le feu, & au lieu me donnant des pſalmes & prieres Huguenotes, me contraignant les porter, leſquelles ſoudain que je les avois, je les baillois à Madame de Curton, ma Gouvernante, que Dieu m’avoit Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/131 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/132 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/133 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/134 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/135 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/136 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/137 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/138 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/139 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/140 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/141 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/142 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/143 Catherine ſoutint toutes les incommodités du Siége de la Rochelle avec une conſtance héroïque. N’ayant pas voulu être compriſe dans la capitulation, elle demeura priſonniere de guerre, fut enfermée au Château de Niort & mourut au Parc en Poitou en 1631. Elle a compoſé pluſieurs pieces de Théâtre, dont aucune n’a été imprimée, excepté la Tragédie d’Holopherne, repréſentée à la Rochelle avec ſuccès.

Anne de Parthenai, tante de celle dont je viensAnne de Parthenai. de parler, épouſa Antoine de Pons, Comte de Morennes. Elle ſçavoit le grec, le latin & la Théologie, & ſe rendit célebre par ſon eſprit & par ſa ſcience. Elle avoit une belle voix, & ſçavoit parſaitement la muſique. Elle prenoit un plaiſir ſingulier à s’entretenir avec les Sçavans & ſurtout les Théologiens, avec leſquels elle donna dans les nouvelles opinions de Calvin.

C’est ici le lieu de placer les noms de pluſieurs autres ſemmes ſçavantes, dont les ouvrages, quoique parvenus juſqu’à nous, méritent peu votre attention. Je me contente de vous les indiquer ; & je commence par Anne Seguier qui épouſa Anne de Séguier en premieres nôces François Duprat, Baron de Thiers ; & en ſecondes nôces, M. de la Vergne. Elle a laiſſé des poëſies chrétiennes, précédées d’un dialogue en proſe, dont les Interlocuteurs ſont la vertu, l’honneur, le plaiſir, la fortune & la mort. Anne Seguier eur deux filles de ſon premier mariage, Anne & Philippine Duprat Anne & Philippine Duprat qui poſſédoient les langues grecque & latine, & furent très-eſtimées pour leur ſcience, à la Cour d’Henri III.

Eliſene de Crenne a fait imprimer les AngoiſſesEliſene de Crenne douloureuſes qui procédent d’amour, & un diſcours ſur l’amour. Antoinette de Loyne, née à Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/145 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/146 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/147 d’autres ouvrages manuſcrits, qui ont été imprimés après la mort ſous ce titre : l’ombre de Mademoiselle de Gournay, & ſous cet autre : avis de Mademoiselle de Gournai. Cette ſçavante fille a étudié continuellement juſqu’à ſa mort, arrivée à Paris en 1645. Elle étoit âgée de 80 ans. Pluſieurs ſçavans ont fait des épitaphes pour honorer ſa mémoire.

Je me rappelle, Madame, au ſujet de Mlle de Gournay, une anecdote aſſez plaiſante, dont. je crois devoir vous faire part avant que de finir. cette Lettre.

Deux amis de Racan ſçurent qu’il avoit rendez-vous pour aller chez cette Demoiſelle, qui avoit témoigné un grand empreſſement de le voir. Comme elle ne le connoiſſoit point de vûe, un de ces Meſſieurs prévint d’une heure ou deux, celle du rendez-vous, & fit dire que c’étoit M. de Racan qui demandoit à voir Mlle de Gournai. Dieu ſçait comme il fut reçu. Il parla fort à Mlle de Gournai, des ouvrages qu’elle avoit fait imprimer, & qu’il avoit étudiés exprès. Enfin après un quart d’heure de converſation, il ſortit, & laiſſa cette Savante fort ſatisfaite d’avoir vu M. de Racan. À peine étoit-il à trois pas de chez elle, que l’on vint annoncer un autre. M. de Racan ; elle crut d’abord que c’étoit le premier qui avoit oublié quelque choſe ; elle le préparoit à lui faire un compliment là-deſſus, lorſque l’autre entra & fit le ſien. Mlle de Gournai ne pût s’empêcher de lui demander pluſieurs fois, s’il étoit véritablement M. de Racan ? & lui raconta ce qui venoit de ſe paſſer. Le prétendu Racan fit fort le fâché de la piéce qu’on venoit de lui jouer ; jurant qu’il s’en vengeroit. Breſ, Mlle de Gournai fut encore plus contente de celui-ci, qu’elle ne l’avoit été du premier, parce qu’il la loua davantage. Enfin il paſſa chez elle pour le véritable Racan, & l’autre pour un Racan de contrebande. Il ne faiſoit que de ſortir lorſque M. de Racan en original, demanda à parler à Mlle de Gournai. Sitôt qu’elle le ſçut, elle perdit patience. Quoi encore des Racans, dit-elle ! Néanmoins on le fit entrer. Mlle de Gournai le prit ſur un ton fort haut, & lui demanda s’il venoit pour l’inſulter. Racan, qui n’étoit pas grand parleur, & qui s’attendoit à une autre réception, en fut ſi étonné, qu’il ne put répondre qu’en balbutiant. Mlle de Gournai qui étoit violente, & qui croyoit que c’étoit un homme envoyé pour la jouer, défit ſa pantoufle, lui en donna de grands coups, & l’obligea de ſe ſauver.

Cette anecdote des trois Racans à donné lieu à une Comédie en cinq actes, en vers, par l’Abbé de Bois-robert, repréſentée à l’Hôtel de Bourgogne en 1652, ſous le titre des trois Orontes. Elle ſe trouve imprimée dans le ſixieme volume du Recueil de l’ancien Théâtre François. Cette même Comédie a ſervi de modéle a quelques autres de ce genre, telles que les trois Gaſcons. les trois Freres rivaux, aux François ; & les deux Couſins, au Théâtre Italien.

Je ſuis, &c.