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Histoire littéraire des femmes françoises/1/8

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Par une Société de Gens de Lettres
Chez Lacombe (Volume 1p. 165-187).

LETTRE VIII.

Vous êtes ſans doute ſurpriſe, Madame, du ſilence aſſez long que je garde depuis ma derniere lettre ; l’objet de celle-ci vous fera voir que la lecture de dix gros volumes emporte néceſſairement beaucoup de tems. Rien ne prouve mieux l’admirable fécondité d’eſprit, & le travail infatigable de Mademoiſelle de Scuderi, que l’immenſe production, intitulée Artamene ou le Grand Cyrus. Roman de Cyrus. Le ſtyle en eſt diffus & cependant ingénieux ; on y trouve du choix dans les expreſſions, mais auſſi de la ſurabondance & de l’obſcurité. La morale n’y eſt point épargnée ; & juſqu’aux actions des différens perſonnages ; tout préſente des leçons de vertu. Les femmes y ſont peintes telles qu’elles devroient être, c’eſt-à-dire, modeſtes, ſages, déſintéreſſées ; & les hommes y paroiſſent ſoumis & reſpectueux. Quant au plan général de l’ouvrage, il eſt immenſe, quoique ſimple & régulier. Le grand nombre d’hiſtoires & d’avantures qui y ſont mêlées, eſt ce qui en fait la longueur & l’étendue. Quelques-unes de ces hiſtoires ſont amuſantes ; & le ſeul défaut conſidérable qu’on puiſſe leur reprocher, c’eſt d’être toujours prolixes & diffuſes. Le début, digne de l’épopée ; eſt noble, majestueux, & transporte tout-d’un-coup le Lecteur au milieu de l’action.

La Capitale de la Cappadoce, Sinope eſt toute en proie aux flammes qui la conſument. Les campagnes, le Ciel & la mer ſont éclairés par ce fuPage:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/191 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/192 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/193 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/194 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/195 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/196 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/197 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/198 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/199 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/200 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/201 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/202 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/203 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/204 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/205 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/206 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/207 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/208 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/209 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/210 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/211 aller à ſon ſecours, ſe jetta dans l’eau en diligence ; & nageant avec une viteſſe incroyable, il fut aſſez heureux pour atteindre le bateau & pour le ramener au rivage. Solon combla de careſſes Policrite & ſon Libérateur ; il retourna avec eux à Paphos ; & le mariage du Prince Philoxipe ſe fit le jour même qu’on célébra celui du Roi avec la Princeſſe Arétaphile. Je finirai ici le Roman de Cyrus, en ajoutant une anecdote concernant le Prince Mazare, dont il a été fait mention ci-deſſus.

M. de Scudéri étant en voyage avec Mlle de Scudéri ſa ſœur, ils s’entrenoient un ſoir dans l’Auberge où ils étoient logés, de la compoſition de ce Roman ; » que ſerons-nous du Prince Mazare, dit Mademoiſelle de Scudéri ? Je ſerois d’avis que nous le fiſſions mourir par le poiſon, plutôt que d’un coup de poignard. Il n’eſt pas encore tems, dit M. de Scuderi ; nous en avons encore beſoin ; nous l’aurons bientôt dépêché quand il ſera tems « . Deux Marchands qui étoient dans une chambre à côté, ayant prêté l’oreille à cette converſation, s’imaginerent que le Prince Mazare étoit un nom déguiſé, & qu’on projettoit la perte de quelque Prince effectif : ils allerent avertir l’Hôte & l’Hôteſſe, qui donnerent avis à un Exempt de Maréchauſſée de ce qui s’étoit paſſé. L’Exempt qui ne demandoit pas mieux que d’avoir occaſion de faire une capture, arrêté M. & Mlle de Scuderi, & les conduit avec une bonne eſcorte à Paris à la Conciergerie, où ils ne coucherent ſeulement pas. On leur donna pleine liberté ; & on leur conſerva le droit de vie & de mort ſur tous les perſonnages de leurs Romans, ſoit par le fer, ſoit par le poiſon, à leur choix.

Je ſuis, &c.