Histoire littéraire des femmes françoises/1/9
LETTRE IX.
Roman de Célamire.La deſcription du Château de Verſailles fait, Madame, le principal fond d’un autre ouvrage de Mademoiſelle de Scuderi, intitulé Hiſtoire de Célamire. L’Auteur, ou quelque perſonnage de ſon invention, écrit la relation d’une promenade qu’il a faite à Verſailles avec une agréable compagnie, dans laquelle ſe trouve une belle Etrangere nouvellement arrivée en France. L’hiſtoire de cette Etrangere, à qui on donne le nom de Célamire, ſe raconte pendant la promenade par ſon amie & ſa parente Glicere ; & voilà en peu de mots le plan de cette eſpece de Roman.
Je reviens un peu ſur mes pas, non pour décrire les beautés ſans nombre qui frappent les yeux de la belle Etrangere dans ce Palais enchanté ; ce détail peut-être n’auroit rien d’agréable ; Verſailles & ſes merveilles vous ſont connus ; & l’hiſtoire de Célamire eſt la ſeule choſe, je penſe, qui puiſſe être aujourd’hui l’objet de votre curioſité. Vous ſçaurez donc que Célamire eſt d’une naiſſance illuſtre ; que ſon bien eſt proportionné à ſa qualité ; & qu’on ne sçauroit avoir reçu une éducation plus ſoignée. Je ne vous dis rien de ſa beauté ; vous jugez bien que l’on ne peut-être ni plus belle ni plus charmante. La Cour où elle a été élevée a aſſurément de la politeſſe ; mais Calamire ſeule en inspireroit beaucoup à ceux qui en auroient le moins. Le Prince qui regne dans cette Cour eſt bien fait & galant, & la converſation y eſt libre & agréable. Célamire qui, comme je l’ai dit, Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/214 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/215 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/216 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/217 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/218 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/219 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/220 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/221 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/222 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/223 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/224 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/225 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/228 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/229 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/230 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 1.djvu/231 périls à la défenſe de Tariſſe que trois cens mille Maures tenoient aſſiégé. Alphonſe ſoutint les efforts de cette Armée redoutable pendant près de ſix ſemaines ; il donna le temps au Roi de Caſtille d’aſſembler ſes ſorces ; & ſortant de la Ville pour aller au-devant du ſecours qu’on lui amenoit, il battit les Maures & contribua beaucoup à leur défaite générale. Le Roi à qui il avoit ſauvé la vie pendant la bataille, le combla de careſſes, & promit de lui accorder tout ce qu’il demanderoit. Alphonſe ſe jettant aux genoux de ſon Maître, le pria de lui donner Mathilde. Mais quel ſut ſon étonnement, lorſqu’il apprit de la bouche du Roi même, que ce Monarque en étoit amoureux, & qu’il avoit deſſein de la placer ſur le Trône ! Les grands ſervices qu’avoit rendus ce héros, n’empecherent point qu’on ne lui otât ſa liberté ; mais ceux qu’il rendit encore depuis, malgré l’ingratitude du Roi, toucherent enfin le cœur de ce Prince qui conſentit au mariage d’Alphonſe & de Mathilde. Ces illuſtres époux ne reſterent pas long-temps en Caſtille ; pour ſe ſouſtraire à la haine de Dom Pedre, ils ſe retirerent à Avignon où ils vécurent heureux & tranquilles dans la compagnie de Laure & de Pétrarque.
Je ſuis, &c.